Tic-tac et papouilles

Publié par 10lunes le 6 janvier 2017 dans Militer

 

Errant paresseusement sur le net à la recherche d’une image (…et d’une idée !) pour commencer l’année, cette montre m’a fait de l’oeil.

Le temps passe.
Et me revient un très récent échange sur la patience.

La maternité d’un CHU de la région – enfin une partie non négligeable de l’équipe de la maternité – fait preuve de beaucoup de bonne volonté pour s’ouvrir à plus de respect des demandes parentales et à des naissances plus physiologiques. Cette ouverture zigzague de la liberté de mouvement aux baignoires de dilatation, de la réflexion sur les rythmes du service à la volonté de personnaliser l’accompagnement et les conseils donnés aux parents.

Du coup, je la joue sage-femme enthousiaste auprès de plus jeunes qui pensent – avec raison – que rien ne va assez vite et déplorent que personne dans la région n’ait voulu accueillir de maison de naissance et que l’ouverture de plateaux techniques se négocie si lentement que de futurs bébés espérant y naître soient maintenant  adultes !

Je suis là depuis assez longtemps pour avoir vu le balancier parti dans le bon sens se mettre à inexorablement reculer. Une bonne décennie de recul.
Il me semble que le mouvement s’inverse à nouveau, que les limites de notre tout-très-trop médical et notre tout-très-trop technique commencent enfin à être perçues.

L’avenir s’éclaire mais …  devant le souhait de sages-femmes de pouvoir passer plus de temps auprès des femmes, un obstétricien résumait ainsi leur demande « être disponibles pour faire des papouilles »….

On a encore un peu de chemin à faire,
Mais on avance 😉

 

 

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Bataille !

Publié par 10lunes le 28 juin 2016 dans Blessures, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Non, je ne me fendrai pas d’un énième billet sur #NosAmisduSyngof. Je dirais même que là ce soir, je n’ai plus du tout envie d’en sourire. L’immensité de leur mépris, leurs approximations  volontaires, leurs accusations sans fondement… Trop c’est trop.

Ce ne sont que les représentants d’une profession et j’ose espérer qu’ils ne représentent qu’eux-même. 
Mais comme ils sont toujours en place, je vais finir par en douter.

Je vous invite à vous faire votre propre opinion en lisant leur dernier torchon communiqué de presse.

A vous de bosser : le débat est ouvert et les commentaires aussi.
Je les espère nombreux, parce que cette bataille d’un autre âge est à la fois dérisoire et déprimante.

 

NB  : ils ont une page facebook aussi, rendue célèbre par leur avant-dernière polémique. Vous aurez peut-être envie de copier là-bas ce que vous écrirez ici…

 

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La rameuse ensablée

Publié par 10lunes le 19 juin 2016 dans Pffffff

 

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Vous pourriez me reprocher ma mono-maniaquerie mais y a des fois, c’est dur de faire autrement.
Je viens de lire que pour une IVG, les arrêts de travail sont  inutiles voire néfastes.

Et oui, comme les sages-femmes – et d’autres – osent s’offusquer du dernier communiqué de presse du SYNGOF (cf dernier billet), certaine rame de plus belle en nous expliquant que oui, y a pas besoin d’arrêt de travail pour une IVG « normale ».

A l’appui de cela, d’excellents arguments :
La dame, elle a qu’à choisir de faire son IVG le week-end ou alors poser un jour de congé.

NDLR : Ben c’est comme quand tu as la grippe hein, tu poses des jours de congé.

Et pourquoi éviter l’arrêt de travail ? 
Pour ne pas avoir à donner d’explications à ton employeur.

       NDRL : Ben oui quand t’as la grippe, tu reviens, t’as le nez qui coule, ça permet de te justifier. Apres une IVG, c’est pas ton nez qui coule alors ça justifie rien.

 

Si ça ne vous suffit pas comme argumentaire, on peut aussi en appeler aux combats féministes. 
Oui, parce qu’en faisant des arrêts de travail à tout va à ces bonnes femmes même pas capables de prévoir le refus ou la rupture de capote, la gastro ou l’oubli de pilule, ben on les pé-na-li-se.
C’est parce que nous professionnels de santé permettons aux femmes de s’arrêter pour un oui ou pour un non que l’égalité salariale n’est toujours pas acquise !

Hum, vous trouvez que mes attaques sont débiles, mes propos outranciers et que faut quand meme pas exagérer, #NosAmisDuSyngof n’ont pas dit ça ?

Ben si !

Je n’ai fait que paraphraser la publication sur leur page facebook d’une représentante bien connue du Syngof, déjà célèbre pour avoir déploré sur France Culture « Les dames qui me disent je viens pour un examen gynéco et un frottis et elles ont leur règles et elles m’en mettent partout ». J’ai nommé Mme Paganelli, secrétaire générale dudit syndicat.

Comme vous ne me croyez surement pas, je vous invite à lire tout cela ici.

Et copie paresseusement la conclusion de cet autre billet évoquant le Syngof :
Avec des amis pareils, ils n’ont pas besoin d’ennemis !

 

 

NB, prudence étant mère de sûreté, je copie ci-dessous le post- sans en modifier une virgule – au cas où l’éclair de lucidité d’un gestionnaire de la page le ferait retirer…(j’ai peu d’espoir, il est en ligne depuis  4 jours) :

Pour avoir pratiqué en ville l’ivg médicamenteuse depuis des années dans mon cabinet, après l’ivg chir au chu de Tours, je n’ai jamais prescrit 4 à 8 jours d’arrêt de travail pour une ivg médicale…
Soit il y a une complication et la patiente a du être vue aux urgences gynécologiques pour hémorragie et l’arrêt de travail est prescrit pour complications ;
soit tout se passe bien et on propose à la patiente de choisir le jour de l’expulsion un jour férié avec un adulte, si possible le compagnon ou une amie, ou de poser un jour de congé ( cela lui évite de donner un arrêt de travail à son employeur et de craindre de devoir s’expliquer avec ses collègues).
Cela est le vrai contexte de l’ivg de ville qui permet aux femmes de poursuivre au mieux leurs activités sans arrêt de travail et leur permet au mieux l’anonymat de l’acte
S’il y a nécessité de quatre jours d’arrêt de travail ce n’est pas une ivg médicamenteuse normale
Il faut justement travailler tous ensemble : médecins traitant, sage femme, gynécologues de ville et hôpital
Si on considère que la femme est l’égale de l’homme au sein du travail et qu’elle puisse enfin etre payée comme l’homme et avec égalité, il faut que les professionnels de santé évitent les arrêts de travail injustifiés à leurs patientes
dr Elisabeth PAGANELLI, SYNGOF

 

 

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Infatigables rameurs

Publié par 10lunes le 16 juin 2016 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

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Ca faisait longtemps que je ne vous avais pas causé de … #NosAmisDuSyngof. Mais comme d’hab, il suffit que leur représentant évoque ma profession pour que le clavier me démange.

Dernière saillie en date, ce communiqué de presse en réaction à la parution du décret autorisant les sages-femmes à pratiquer l’IVG médicamenteuse (et la vaccination de l’entou-rage d’un nouveau-né), intitulé : Prescription des arrêts de travail post IVG par les sages-femmes: le Syngof dénonce les risques qu’un tel décret fait peser sur les femmes en entretenant la confusion sur leur suivi médical.

Petite analyse de texte.

« Post IVG ». Le Syngof feint de croire que nos arrêts de travail ne seront donnés qu’a posteriori, histoire de suggérer qu’ils seront fait en cas de complications. Pourquoi cette nuance ?

Parce que #NosAmisDuSyngof avaient, il y a juste deux ans, commis cet article, précisant (après quelques attaques à fleuret non moucheté ) :
IVG médicamenteuse : sous réserve d’une convention avec un plateau technique, dans les mêmes conditions qu’un autre praticien. Du point de vue des gynécologues obstétriciens et des gynécologues médicaux, rien ne s’y oppose.*

Comment s’offusquer alors de la parution du décret sans se déjuger ? D’autant que les exigences de formation et de convention imposées aux sages-femmes par la loi sont exactement les mêmes – bien évidemment ! – que celles concernant les médecins. Le Syngof utilise donc leur habituelle pagaie du risque pour imposer « l’incontournabilité » des médecins.
Incontournables ils le sont, mais en cas de complications, et c’est bien pour cela que chacun, médecin comme sage-femme, signe une convention avec un plateau technique pour un éventuel transfert.

Mais cet arrêt de travail n’est destiné qu’à offrir le temps nécessaire à la réalisation de l’IVG et à ses suites. Rappelons que le Dossier guide précise « Après la prise de misoprostol au cabinet du médecin ** ou au centre, il est préférable d’être accompagnée par la personne de votre choix à domicile. Prévoyez de rester chez vous, confortablement installée. »

Le Syngof aurait-il souhaité que nous ne puissions signer cet arrêt, histoire de faire payer leur outrecuidance aux femmes osant s’adresser à une sage-femme  ?

Comme chaque fois, le $yngof rame et tente de tirer sur les sages-femmes $an$ que ça re$$emble à du corporati$me, en appelant pour cela à la $anté de$ femme$.

Il y a quelques temps, avant la parution des décrets, j’ai « prescrit » une IVG médicamenteuse !

Ils sont arrivés timidement, ont raconté leur galère de pilule qu’on oublie et de préservatif qu’on feint d’oublier aussi…Le retard de règles les a alerté et dès la lecture du test de grossesse, la décision d’IVG était évidente.
Ils ont alors cherché à qui s’adresser ; pas de médecin traitant ni de gynéco car nouvellement arrivés dans la région, pas de rendez-vous rapide possible en centre d’orthogénie. Le médecin consulté au hasard, surement un peu distrait, s’en est débarrassés en les réadressant à une sage-femme.

J’ai un souvenir aigu de cette consultation envahie par les coups de fils passés pour tenter de trouver qui pourrait répondre à leur demande. Même en court-circuitant le secrétariat du centre d’orthogénie pour en appeler directement à « mes relations », l’agenda surchargé leur faisait frôler le délai pour l’IVG médicamenteuse.  J’ai fini par trouver un médecin de ville débordé acceptant de leur délivrer les médicaments. Elle l’a vu deux fois 5 minutes. J’avais prescrit les examens, expliqué la procédure, organisé la prise en charge et puis aussi un peu écouté et rassuré. Je les ai revus ensuite, pour assurer – entre autres « détails » – la pose d’une contraception dite de longue durée.

N’en déplaise au Syngof, le mieux pour les femmes et les couples serait que le recours à l’IVG ne débute pas par une longue errance.



*J’écrivais alors « Curieusement, après une longue liste d’arguments spécieux déniant aux sages-femmes toute autonomie d’exercice, les gynécologues retrouvent soudainement leur pleine confiance dans nos compétences et nous accordent généreusement un nouvel acte, l’IVG. »

** Oui, les sages-femmes ne sont pas citées. Faut pas rêver, ce décret de compétence était prévu depuis la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016.  5 mois, c’est finalement trop court ! Les textes concernant les droits de prescriptions et la cotation des actes prévus par ce décret ne sont toujours pas mis à jour. Alors ne parlons même pas du Dossier guide…

 

 

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Top départ ?

Publié par 10lunes le 26 novembre 2015 dans Militer, Profession sage-femme

 

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Les bonnes nouvelles ne sont pas légion en ce moment. Saluons la très attendue parution au JO de l’arrêté listant les 9 sites d’expérimentation des maisons de naissance.

Bien sur, ce n’est encore qu’une étape de la longue course d’obstacle.
Il faut maintenant adapter des locaux et les équiper.
Il faut aussi relancer le travail auprès des assureurs puisque les propositions actuelles restent tres supérieures aux prévisions (au vu de la proximité imposée entre MDN et maternité, les budgets tablaient sur une assurance au tarif « plateau technique »).
Il faut enfin inventer au quotidien comme une nouvelle façon d’exercer le métier de sage-femme, entre le  collectif d’une maternité et le solitaire du domicile.

C’est encore énormément d’argent, de temps, d’énergie à investir par les sages-femmes qui  ont accepté de se lancer dans l’aventure et la poursuivent sans réelle visibilité.

Saluons leur courage et leur détermination.
Elles sont en train de tourner une page essentielle de l’obstétrique française.

Merci à elles !
Merci à celles et ceux, parents comme professionnels, qui les encouragent et les soutiennent !

 

Edit du 27/11  : Audrey pose une excellente question en commentaire et je m’aperçois que je n’ai jamais pris le temps d’écrire la définition des MDN sur le blog. Wikipédia propose un dossier assez complet. Et en tapant le mot clef maison de naissance dans la case recherche (barre de droite) vous pouvez retrouver un certain nombre (!) d’articles sur les aléas de leur expérimentation…


Grace à ce petit coup de boost, je relance l’appel AVENT 2015. J’ai besoin de vous et de vos récits !
Edit bis : je précise ma demande. Je lis tous vos mails avec plaisir et intérêt, ils m’enrichissent, me touchent, me révoltent, en un mot ils me nourrissent !
Mais le projet Avent impose un certain format : je dois pouvoir m’accrocher sur une anecdote ayant un début, une suite et une chute.

 

 

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Ecrasage et piquetage

Publié par 10lunes le 14 octobre 2014 dans Vie des femmes

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La secrétaire de l’accueil réclame ma carte vitale et mes anciens clichés puis m’envoie m’asseoir là bas au fond du couloir à gauche.

La manipulatrice radio appelle mon nom et m’installe dans un box en me demandant « d’enlever tout le haut y compris les bijoux et les piercings ».
N’ayant ni bijou ni piercing, le déshabillage est rapide et je me retrouve à frissonner un peu dans une cabine d’un mètre carré chaleureusement équipée d’un banc et d’un porte manteau.
Pour passer le temps, je feuillette la seule revue posée sur le banc… un Vogue de 2008…

La manip radio vient me chercher. La fois précédente, le box donnait directement dans la salle d’examen mais ils sont passés au numérique et toute l’organisation est changée. 
Me voilà donc à traverser un large couloir à moitié à poil avec l’idée qu’à tout moment, quelqu’un peut s’engouffrer d’un pas vif dans les portes battantes qui séparent le dit couloir de la salle d’attente.

Debout, plaquée contre la machine, bras levé, plus haut, plus en arrière, cliché dans un axe puis dans l’autre, à droite, puis à gauche. Je retrouve la sensation du sein écrasé entre deux plaques.
Est-ce la nouvelle procédure ? Il me semble que la décompression du sein est plus lente que lors des examens précédents. Ce n’est pas plus douloureux mais ça l’est un peu plus longtemps.

La manip me demande d’attendre. En sortant elle laisse la porte se refermer toute seule mais une sécurité freine la fermeture et je suis toujours à poil et bien visible lorsque une femme passée avant moi sort du box d’en face. Elle baisse les yeux et je quitte mon inconfortable tabouret pour fermer cette putain de porte.

Un peu d’attente encore. Un médecin ? – elle ne se présente pas –  entre et me demande de m’allonger tout en m’annonçant que les clichés sont bons. Elle vérifie les explications déjà données à la manip : antécédents, traitements ; les S sont barrés car les questions sont formulées de façon à n’appeler qu’une seule réponse, la brièveté est de rigueur.
Elle s’étonne de l’invisibilité de ma cicatrice comme si elle doutait de ma parole.
Dans le même temps, elle piquette ma poitrine du bout des doigts. Quinze secondes par sein. Ridicule.

Elle s’en va en me lançant « Tout va bien, vous pouvez partir ».
La manip est dans le couloir et m’indique le box 7. Je retrouve mes affaires sans bijou ni piercing, me rhabille et sors en me demandant si je vais croiser le regard d’une autre femme dénudée attendant qu’on vienne lui piqueter les seins.

La secrétaire rencontrée il y a 20 minutes me dit bonjour. Je souris et précise « re »bonjour puis je m’en veux. Au vu du nombre de personnes en salle d’attente, pas possible de mémoriser qui est qui… Elle me tend ma carte vitale. Encore quelques grands couloirs à traverser et je suis dehors.

Et soudain j’ai honte, honte de ce système de soin semblant huilé où tu n’existes pas, honte de cette organisation déshumanisante, honte qu’on ait pu penser que je serais dupe de ce pitoyable piquetage désagréable et inutile.

Honte encore, honte surtout, de n’avoir rien dit…

 

 

NB : ce billet n’a rien à voir avec la campagne « Octobre rose ». Pour y voir plus clair sur le dépistage mammographique :

 

 

 

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Crash

Publié par 10lunes le 15 juin 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

 

avionDevinette :
Qui alimente régulièrement ce blog par ses prises de position toujours « bienveillantes » ?
Qui n’avait pas fait l’objet d’un billet depuis janvier ?

Qui ravive mon mauvais penchant pour la ralerie ?

Le Syngof bien sûr (mais sur ce coup là, il n’est pas tout seul, regardez la liste des signataires).

Je vous demande de lire ce document pour vous faire votre propre opinion – les sages-femmes à la santé fragile en sont dispensées – avant de lire la suite du billet.

 

Alors ? Si ça se trouve, et si vous n’êtes pas sage-femme, vous l’avez trouvé très confraternel ce document.
Il mérite, je crois, un petit travail de décodage.

 

Blablabla… excellents rapports, blablabla… respect mutuel, blablabla… confraternité. Voilà une introduction qui va bien pour tenter de faire passer la suite.
Car ça se gâte immédiatement.

Affirmer la « non confusion de nos professions« , c’est reprendre le stratagème employé par Marisol Touraine pour décrédibiliser le mouvement des sages-femmes : « Elles veulent devenir médecin« .

En plaçant le qualificatif de médical entre guillemets, nos amis gynécologues tentent de créer la confusion ; y aurait les vrais médicaux : eux, et les moins vrais : nous.
J’ai déjà dit ici combien la césure entre médicaux/paramédicaux me parait inutile – vive les  » fournisseurs de soin » québécois – mais tant que cette nuance existe dans le code de la santé publique, cet adjectif ne saurait tolérer des guillemets pour notre profession.
Alors, quand le paragraphe se termine sur la nécessité d’une communication sans ambiguïté, je ris… (jaune).


L’affirmation suivante, « non équivalence des professions », s’appuie sur une réalité indéniable, une durée d’études différentes, pour aboutir à une conclusion apparaissant logique, des compétences différentes.

Joli sophisme.
Car tout dépend de quoi nous parlons. Nos compétences sont différentes en cas de pathologie mais équivalentes pour le suivi des femmes en bonne santé. La Haute Autorité de santé le réaffirmait d’ailleurs en 2007 dans des recommandations pour le suivi des femmes enceintes. Ce suivi se décline en effet sous différentes modalités :

  • Suivi A : lorsque la grossesse se déroule sans situations à risque ou que ces situations relèvent d’un faible niveau de risque, le suivi régulier peut être assuré par une sage-femme ou un médecin (généraliste, gynécologue médical ou gynécologue-obstétricien) selon le choix de la femme.
  • Avis A1 : l’avis d’un gynécologue-obstétricien et /ou d’un autre spécialiste est conseillé.
  • Avis A2 : l’avis d’un gynécologue-obstétricien est nécessaire. L’avis complémentaire d’un autre spécialiste peut également être nécessaire.
  • Suivi B : lorsque les situations à risque détectées permettent de statuer sur un niveau de risque élevé, le suivi régulier doit être assuré par un gynécologue-obstétricien.

Toute femme peut, pour une grossesse ou son suivi gynécologique, s’adresser à une sage-femme. Il sera de la responsabilité de celle-ci de déterminer si elle peut assurer ce suivi, si elle doit le faire en collaboration avec un autre professionnel ou s’il relève de la compétence spécifique du gynécologue. 

Ce qui nous amène au sujet très sensible du « premier recours« .
Les gynécologues revendiquent de ne pas en être exclus. Ça me va, c’est aux femmes de choisir. Et comme je dénie aux spécialistes le droit de décider pour ma profession, je m’interdis donc d’intervenir sur la leur.
J’en resterais là si le texte n’ajoutait cette affirmation pleine de menace « Toute orientation contraire serait extrêmement dommageable pour la santé des femmes » suggérant que les femmes qui font le choix de consulter une sage-femme prennent un risque pour leur santé !

Je me permets donc de citer la Cour des comptes recommandait dans son rapport de 2011 de « Mieux articuler et valoriser les compétences relatives des sages-femmes et des gynécologues-obstétriciens en faisant encore davantage des sages-femmes des professionnels de premier recours pour le suivi des femmes en bonne santé ».

Curieusement, après une longue liste d’arguments spécieux déniant aux sages-femmes toute autonomie d’exercice, les gynécologues retrouvent soudainement leur pleine confiance dans nos compétences et nous accordent généreusement un nouvel acte, l’IVG.

Loin de moi l’idée de m’en offusquer, je souhaite, comme beaucoup d’autres, que les sages-femmes puissent participer aux IVG.
Mais cette unique exception prouve le peu de considération accordé à cet acte. Nos autres demandes, portées non pour élargir nos compétences mais uniquement pour nous donner les moyens de les exercer restent inaudibles.

 

Voilà, rien de bien nouveau sous le soleil, si ce n’est la pitoyable métaphore aérienne.

Les gynécologues en appellent à l’aviation pour défendre leurs prérogatives. Ils oublient qu’un commandement unique, ça ne va pas du tout avec la réalité de la santé génésique qui peut, avec ou sans la sage-femme, nécessiter l’intervention conjointe de différents spécialistes.
Qui va piloter ?

Je vous renvoie au livre de Christian Morel « Les décisions absurdes« 
« La collégialité, dont l’efficacité a été mise en évidence dans les cockpits d’avion après bien des accidents, favorise la fiabilité des décisions prises »

Collégialité, c’est le mot qui me manquait !

 

 

 

Comme les textes auxquels je me réfère disparaissent parfois, je le copie ici :

L’ensemble des gynécologues médicaux et obstétriciens écrivent à Monsieur Debeaupuis chargé de ce groupe de discussion.

Monsieur le Directeur,

Après les réunions dites « décrets de périnatalité » et « premier recours » ayant eu lieu le 26 mai dernier, vous avez sollicité des contributions écrites.

Les gynécologues-obstétriciens et gynécologues médicaux, sociétés savantes et syndicats réunis, vous adressent ici leur contribution.

Trois valeurs fondamentales basent les rapports professionnels que les gynécologues­ obstétriciens et gynécologues médicaux ont avec les sages-femmes :

Rapports de confraternité et de respect mutuel dans la complémentarité de leurs professions. Les interactions entre gynécologues, gynécologues-obstétriciens et sages­-femmes sont quasi permanentes dans de multiples occasions de leurs exercices professionnels respectifs et, dans l’immense majorité des cas, elles se déroulent dans un esprit et une ambiance excellents.

Non confusion des professions. Même si ces professions sont « médicales » et que leur objectif est complémentaire dans le but de contribuer à la santé des femmes et de la naissance, leurs prérogatives, leur mode d’exercice, leurs compétences et leurs responsabilités ne sont pas les mêmes. Dans le cadre de l’organisation des soins sur un territoire donné, les praticiens ne sont pas interchangeables mais complémentaires et travaillent en coopérant entre eux. Il ne serait pas normal, et certainement dommageable, que la confusion soit entretenue auprès du grand public. La communication concernant la meilleure visibilité et le rôle de la sage-femme doit employer des mots justes et non ambigus.

Non équivalence des professions. Une formation en 5 ans (équivalent Master professionnel) ne peut jamais être équivalent à une formation en 11 ou 13 ans (doctorat professionnel suivi d’une spécialisation de 5 ans complétée dans la grande majorité des cas par un post-internat de deux années supplémentaires). Cette non équivalence doit se traduire par la reconnaissance de liens hiérarchiques de fonctionnement dans les situations qui associent les exercices, notamment en salle de naissance.

Sur la base de ces valeurs, et nous référant aux « demandes » formulées par les sages­-femmes, nous vous adressons les commentaires suivants:

1. S’agissant des décrets de périnatalité :

Nous avons compris qu’il s’agit de contribuer à la clarification des décrets existants et non de rédiger de nouveaux décrets. Pour nous, l’essentiel de la clarification doit porter sur les points suivants :

Organisation hiérarchique des professions médicales en salle de naissance. On n’imagine pas un avion dont le vol serait piloté de façon indépendante et autonome par les divers métiers qui en composent l’équipage. Il faut qu’il y ait un commandant de bord, à qui doit revenir la décision, et qui porte une responsabilité spécifique au-delà des responsabilités qui incombent à chaque professionnel individuellement.

Encadrement des personnels. La compétence particulière des sages-femmes dans le domaine de la périnatalité lui confère un rôle spécifique d’encadrement et de coordination de l’ensemble des professionnels non médicaux en salle de naissance et dans les secteurs d’hospitalisation où sont placées les femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher. Les discussions sur le statut professionnel des sages-femmes ne doivent pas faire disparaitre cette responsabilité d’encadrement car ce serait un recul certain pour la qualité des soins en périnatalité.

La différence « physiologique/pathologique ». Une différenciation stricte est impossible tant les facteurs individuels qui doivent être pris en compte sont nombreux et une situation normale peut basculer à tout moment vers la pathologie. C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il n’est pas possible d’apporter plus de précisions sur ce sujet. Il appartient aux hôpitaux et aux cliniques de s’organiser de la façon la plus adaptée en fonction de leur situation locale pour accueillir de la façon la plus humaine possible les patientes dont la naissance est a priori programmée pour être « normale » par rapport aux patientes dont le risque obstétrical est supérieur et qui doivent pouvoir bénéficier de l’accès à un plateau technique adapté.

Il y a une confusion dommageable entre « urgences gynécologiques » et « urgences obstétricales ». Par définition, une salle de naissance doit être accessible 24h/24 7 jours/7. Cette notion est prise en compte par les décrets de périnatalité. Mais cela ne doit pas pour autant conférer automatiquement aux salles de naissance et à la zone d’accueil de l’urgence obstétricale une vocation à accueillir d’autres urgences, et notamment les urgences gynécologiques (sauf choix d’organisation de la structure en question, notamment pour les structures de moindre importance). Nous sommes favorables à ce que ce point précis soit clarifié en indiquant que, au sein des structures dont l’importance le justifie, les locaux et les personnels destinés à assurer ces urgences gynécologiques doivent être différenciés des locaux et du personnel dédié aux salles de naissance.

D’une manière générale il faut souligner la pluralité des professions concernées par les décrets de périnatalité. Les sages-femmes en font partie, mais pas seulement. Les décrets, dans leur ensemble, doivent être raisonnés et interprétés de façon pluri-professionnelle.

2. S’agissant des demandes de « premier recours » :

D’un point de vue général, le « premier recours » n’appartient pas à une profession individuellement, mais doit s’organiser de façon pluri-professionnelle sur un territoire donné. En particulier, pour ce qui est de leur domaine de compétences, les gynécologues-obstétriciens et gynécologues médicaux revendiquent de faire partie du premier recours et que l’accès direct à ces praticiens ne soit pas remis en cause, aussi bien dans le secteur d’activité public que le secteur libéral. Toute orientation contraire serait extrêmement dommageable pour la santé des femmes.

Dans le détail des demandes et des indications d’arbitrage en provenance du cabinet de Mme la Ministre :

IVG médicamenteuse : sous réserve d’une convention avec un plateau technique, dans les mêmes conditions qu’un autre praticien. Du point de vue des gynécologues­ obstétriciens et des gynécologues médicaux, rien ne s’y oppose.

Suivi des grossesses pathologiques et arrêt de travail supérieur à 15 jours pendant la grossesse : ce n’est pas dans les compétences professionnelles des sages-femmes. Les sages-femmes peuvent cependant contribuer au suivi de grossesses pathologiques sur prescription médicale, à la demande du médecin qui en a la responsabilité. La sage­ femme ne peut en aucun cas se substituer à ce médecin.

Examen postnatal : il n’y a pas d’examen postnatal « physiologique » si la grossesse ou la naissance ont été d’ordre pathologique. L’autorisation donnée à la sage-femme d’assurer la consultation du post-partum n’est acceptable que si en amont tout a été strictement normal. Il serait fort dommageable pour la santé des femmes de se priver de ce moment privilégié du post-partum destiné à faire le point précis des facteurs de risque qui ont conduit à la pathologie. Une consultation avec un médecin s’impose dans ces circonstances.

Il est normal que la sage-femme soit intégrée dans le parcours de soins et qu’elle puisse adresser elle-même la patiente au spécialiste gynécologue-obstétricien, gynécologue médical, pédiatre ou médecin traitant. Elle ne peut cependant se substituer à un médecin pour adresser à d’autres spécialités médicales (radiologues, cardiologues, néphrologues…)

La prescription d’examens complémentaires, d’arrêts de travail ou de thérapeutiques qui relèvent de la pathologie ne doit pas faire partie des prérogatives des sages-femmes dont les compétences sont limitées à la « physiologie ». C’est le cas pour la prescription des échographies de surveillance de la grossesse qui doivent se limiter à l’échographie de datation et aux échographies Tl, T2 et T3.

D’une manière générale, l’établissement d’un catalogue d’actes autorisés ou non ne nous parait pas judicieux car il ne peut être exhaustif. Si cette formule devait quand même être conservée, nous demandons à participer à son élaboration. Les points déclinés ci­ dessus peuvent servir d’exemple pour illustrer les principes que les prises en charge ne doivent pas être raisonnées de façon individualisée par une seule profession mais toujours de façon organisée et coordonnée, et que les professions ne sont pas interchangeables mais contribuent dans leur complémentarité à une prise en charge de qualité.

Nous espérons que cette contribution sera utile. Nous l’avons rédigée de façon concertée entre les différents groupes de sensibilité au sein de notre profession de gynécologues­ obstétriciens et de gynécologues médicaux afin que vous puissiez avoir un reflet synthétique de ce que nous pensons de façon très large.

Nous vous prions d’accepter l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Le président du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français)

La présidente de la FNCGM (Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale)

Le président de la Fédération des Cercles de Gynécologie-Obstétrique des Hôpitaux Généraux

La vice-présidente du Syngof, Vice-présidente d’Avenir Hospitalier

La présidente du SGL (Syndicat des Gynécologues Libéraux)

 

 

 

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Virtuellement soignée

Publié par 10lunes le 8 février 2014 dans Pffffff

 

Virtual Hospital 1J’ai entre 18 et 49 ans, je suis enceinte. Je me plains de douleurs dans le dos depuis moins de deux jours et de troubles urinaires (j’ai coché un peu au hasard, je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire). J’ai aussi mal au ventre avec une douleur forte qui descend vers le bas-ventre et qui n’est pas soulagée par différentes positions ( en vrai si un peu mais y a juste noté oui ou non dans le questionnaire).

On me demande si j’ai souvent envie d’uriner (heureusement que j’ai coché troubles urinaires !) Je réponds oui.

Le site mouline en m’informant qu’il va estimer le niveau d’urgence et me recommande… une autosurveillance à domicile ! L’état de la personne ne semble pas nécessiter de consulter un médecin en urgence.
S’il est précisé que l’infection urinaire est très probable, à aucun moment la réponse ne prend en compte que cette infection peut provoquer un accouchement prématuré. La douleur doit passer dans les 3 heures qui viennent. Si ce n’est pas le cas, consulter le médecin. Vu que la seule précision temporelle retenue, c’est « douleurs depuis moins de deux jours », j’ai largement le temps d’accoucher ! Peut-être même dans ma baignoire vu qu’on me précise La douche chaude ou mieux, le bain chaud, permet souvent de soulager divers maux comme le mal de dos, les maux de ventre, la constipation, ou les règles douloureuses.

Comme je suis une gentille fille, je teste un autre scénario.

Même topo de départ mais j’indique d’abord mal au ventre…et puis aussi mal aux reins…La douleur est forte et irradie dans le bas-ventre et le dos. On me demande enfin à combien de mois je suis ? 6 ! Et ben rebelote, autosurveillance à domicile et bain chaud.

Troisième essai. Je la joue finaude et coche contractions au lieu de « mal au ventre ». On me demande si elles sont toutes les 10 minutes (irrégulières ou plus rapprochées, ça n’existe pas). Disons que j’ai des contractions toutes les 5 minutes alors je coche pas. Je précise à nouveau que je suis enceinte de 6 mois. Je vous le donne en mille : auto surveillance à domicile !

Mais le mec est fin, il sait que je le regarde alors il tente de m’amadouer : En cas de doute sur l’importance et les conséquences de ces contractions (vous ne savez pas forcément bien évaluer cela), prenez contact avec la sage-femme qui vous suit pour lui demander conseil.

Nouvelle tentative
J’ajoute des saignements vaginaux au mal de ventre, toujours à 6 mois de grossesse : autosurveillance à domicile !
Ce truc a été conçu pour désengorger les hôpitaux !! 
Le e-docteur ne consent à me recommander d’appeler le 15 que si je coche contractions toutes les 10 minutes.

Allez je tente une dernière… tout pareil mais en plus je coche  Vous avez remarqué (sic) : La tête de l’enfant (ou ses fesses) apparaissent entre les jambes de la mère (proposition qui n’apparaît qu’en cochant contractions toutes les 10 minutes). Le e-docteur s’alarme enfin Le problème nécessite a priori l’appel immédiat au 15 !

Pour finir en beauté, quelques conseils nous sont donnés pour l’accouchement. Evidemment, la femme doit s’allonger sur le dos, sur un drap si possible repassé au fer (vous avez bien lu).  Demandez à la jeune femme de respirer amplement et lentement, la bouche ouverte, sans pousser, de façon à retarder le plus possible l’accouchement (si on voit la tête entre les jambes, ça me semble une bien mauvaise idée).

Après c’est plutôt mieux puisqu’on conseille de laisser la tête de l’enfant sortir sans tirer dessus. Mais en cas de présentation par le siège, ça se complique car le site décrit une manœuvre un peu complexe pour le néophyte tout en lui mettant bien la pression : c’est la seule solution pour éviter la mort de l’enfant. La meilleure façon de procéder est souvent de ne pas intervenir, peut-être encore plus quand on ne sait pas faire.

Les erreurs et approximations pourraient prêter à sourire si ce site ne s’annonçait comme Conçu et encadré par des médecins ; même si les conditions d’utilisation précisent prudemment que les résultats en terme de conseil diagnostique, thérapeutique, d’orientation et d’information sont fournis à titre strictement indicatif et qu’à ce titre ils ne peuvent se substituer à l’exercice médical ou paramédical réalisé par des soignants missionnés par le système de santé.
Le risque est réel de voir des interventions médicales indispensables retardées du fait de patients rassurés à tort – cf cette analyse de Doc Adrénaline, médecin urgentiste, qui a « cramé 5 vies » sur le site !

En conclusion, en cas de doute, appelez un VRAI praticien. Rien ne remplace l’échange entre deux humains...

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NB : D’autres blogueurs sages-femmes avaient envie de s’y frotter. Je communiquerai ici les références dès que leurs billets seront en ligne !
Utilité publique

 

 

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Je ne tendrai pas l’autre joue

Publié par 10lunes le 25 janvier 2014 dans Médias, Profession sage-femme

 

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Les sages-femmes sont mobilisées depuis trois mois. Les débats au sein même de la profession sont vifs. Si tous souhaitent une meilleure connaissance et reconnaissance de nos compétences, les moyens pour y parvenir divisent.

Le recours possible à une sage-femme est méconnu. Nous avons toutes entendu ce genre de questions lors d’appels pour une prise de rendez-vous « Si vous suivez ma grossesse, faudra que je vois le médecin pour les prises de sang ? Si je viens vous voir en consultation, est ce que je serai remboursée ? Vous pouvez poser mon stérilet, mais qui va me le prescrire ? Je dois demander une ordonnance à mon gynéco pour venir chez vous? …

Certaines sages-femmes aimeraient que la sage-femme soit la porte d’entrée unique du parcours de soin génésique. D’autres, dont je suis, demandent simplement que nous soyons clairement identifiées comme l’une des portes d’entrée.
Il ne s’agit pas d’étendre nos compétences – nous les avons, de nous en donner le droit – nous l’avons. Il s’agit « juste » d’informer les femmes de la possibilité de consulter sage-femme, médecin généraliste ou gynécologue.

Je suis de ceux qui pensent que les professionnels de santé, tous métiers confondus, peuvent travailler ensemble, dans la complémentarité, la synergie, le respect mutuel et une vision commune du soin. Dans mon quotidien, ça marche – presque toujours – comme ça.
Et je veux croire que, pour le plus grand bien des soignés, soignants, pouvoirs publics, institutions partagent ce point de vue.

Et puis certaines nouvelles viennent sacrément entamer ce que d’aucuns qualifient d’optimisme béat.

La notice d’information* de l’ANSM sur la contraception eostroprogestative annoncée ici en fait partie.
En première page, tout va bien, nous ne sommes pas oubliées : Ces médicaments sont prescrits par un médecin ou une sage-femme.

Mais ça se gâte tout de suite après ; morceaux choisis :
– L’apparition ou l’aggravation de maux de tête doit impérativement être signalée à votre médecin prescripteur.
– Tout effet indésirable apparaissant après la prise de pilule doit être signalé et discuté avec votre médecin.
– Dans ces cas, appelez ou consultez immédiatement votre médecin traitant, le médecin prescripteur ou le pharmacien. Si ce n’est pas possible, appelez le SAMU-Centre 15 ou présentez-vous au service des urgences d’un hôpital ou d’une clinique.
– Si vous identifiez l’une des pathologies ou facteurs de risque décrits dans cette fiche, chez vous ou chez un membre de votre famille, signalez-le immédiatement à votre médecin traitant et/ou à votre gynécologue ou à votre pharmacien.
– Si une nouvelle maladie est survenue chez vous ou chez quelqu’un de votre famille depuis la prescription initiale, vous êtes invitée à le signaler à votre médecin traitant et/ou à votre gynécologue sans tarder car des précautions d’emploi ou des contre-indications peuvent alors exister.

Vous le voyez le blème ?
La formulation de l’ANSM laisse pense que tout incident, toute suspicion de pathologie, toute contre-indication ne méritent pas d’être signalés à la sage-femme prescriptrice.

Eux médecins garants de la santé des femmes, moi gentille sage-femme distributrice de pilule bonbons colorés.

Trois mois de grève, deux manifestations, de multiples réunions et groupes de travail (qui se divisent en sous-groupe puis en sous sous-groupe histoire de bien nous user)
J’ai beau faire partie de la frange modérée, vous la voyez ma colère là ?

 

 

Complément d’info 
On me dit dans l’oreillette que les réponses aux questions ne sont pas forcément connues de tous…
Si vous suivez ma grossesse, faudra que je vois le médecin pour les prises de sang ? Non , la sage-femme les prescrira elle même
Si je viens vous voir en consultation, est ce que je serai remboursée ? Oui, à 70 % ou 100 % pour la plupart des actes concernant la maternité
Vous pouvez poser mon stérilet, mais qui va me le prescrire ? La sage-femme peut le faire
Je dois demander une ordonnance à mon gynéco pour venir chez vous ? Non, sauf quand c’est un médecin (gynéco ou généraliste) qui vous adresse à la sage-femme pour un suivi de grossesse pathologique ou pour une rééducation périnéale ( la sage-femme peut aussi la prescrire elle même en consultation postnatale)

 

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Braderie de fin d’année !

Publié par 10lunes le 22 décembre 2013 dans Militer

 

manif SF 7-11

En ce moment, les sages-femmes se font entendre et je ne moufte pas. C’est pas vraiment mon habitude hein, en général j’arrive à suivre ce qui se passe. Mais là, niet, nada… j’ai l’impression de ne rien comprendre.

Parce qu’au départ c’est clair ! Les sages-femmes portent des revendications partagées par toutes :  reconnaissance de leurs compétences, réelle autonomie d’exercice pour que ces compétences puissent être mises en œuvre, parcours de soin utilisant au mieux les dites compétences et puis un peu aussi de meilleurs salaires (ce point ne concerne pas les libérales mais je suis évidemment solidaire).

Simple, carré, évident.

Sauf que tout cela achoppe sur le statut qui semble diviser les sages-femmes.
On pourrait même dire que ça achoppe sur un point de vocabulaire : « mé-di-cal ». Encore une fois, le classement des professions de santé – quasi spécificité hexagonale – en deux catégories, médicaux/paramédicaux, complique la donne. Ainsi, Michel Sapin, ministre du travail s’autorise à interpréter (mais de quoi qu’il se mêle !) « [Le travail des sages-femmes] mérite une reconnaissance mais ce ne sont pas des médecins ». Personne ne le prétend et surtout pas les sages-femmes. Mais le code de santé publique a déjà tranché, les sages-femmes sont une des trois professions médicales. Point. 

Les objectifs sont donc communs à toute la profession. Mais les chemins qui y conduisent au sein de l’hôpital font débat. Et Marisol Touraine s’empare avec bonheur de ces divisions. Apres avoir annoncé en novembre une phase de concertation suivie de décisions définitives rendues le 20 décembre, elle annonce ce jour là qu’il est urgent d’attendre. L’annonce de la fin 2013 serait donc définitive fin mars 2014.
Ou comment tenter de laisser un mouvement s’épuiser.

Les sages-femmes se seraient mobilisées depuis deux mois pour en arriver là, c’est-à-dire pas très loin ?
Puis vient ce communiqué et là, je me dis qu’elles ont gagné !!!

Paradoxal ?
Mais si certains s’abaissent à ce genre de grossière attaque, c’est que le balancier balance et que la place des sages-femmes devient enfin plus visible.

Sachez Mesdames et Messieurs de la FNCGM que le gouvernement n’a pas à confier la santé des femmes à quiconque. De droit, nous faisons partie des praticiens à qui les femmes peuvent s’adresser. Elles sont adultes et autonomes et confieront leur santé à qui elles le voudront…  Sachez aussi que certaines confient déjà leur santé – génésique – aux sages-femmes et qu’elles sont chaque jour plus nombreuses à le faire. Sachez enfin que les sages-femmes qui les reçoivent s’attachent justement à dépister tout antécédent, toute anomalie qui justifierait de passer le relais.

Mais quand une sage-femme doit diriger une femme vers un gynécologue parce que la situation nécessite ses compétences spécifiques, comment pourrait-elle l’adresser à un signataire de cette pétition ?

Nous ne sommes pas médecins, ne prétendons pas prendre leur place. Nous demandons simplement à être respectées pour ce que nous faisons au quotidien, à pouvoir exercer la profession pour laquelle nous sommes formées.

Le méprisable mépris dont vous faite preuve dans ce communiqué, la pitoyable pétition qui l’accompagne sont révélateurs de votre mode de pensée. Vous grands chefs, nous dociles fourmis ouvrières.

Mesdames et Messieurs de la FNCGM, à tous les étages du système de soin, dès que l’un pense détenir le savoir et réduit l’autre à la simple exécution, il fait fausse route et met en péril la qualité des soins.

Je souhaite travailler avec vous, j’ai besoin de vous.
Mais sans respect réciproque, nous et les femmes dont nous prenons soin, nous sommes bien mal barrés !

 

Photo : manifestation des sages-femmes © « sage-femme en colère »

PS : la succession d’articles « militant » a de quoi lasser les non sages-femmes qui passent par ici. Je vais profiter de la la trêve de Noël pour revenir à d’autres thèmes qui me sont tout aussi chers…

 

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