Chevaleresque

Publié par 10lunes le 18 février 2017 dans Non catégorisé

 

Jour férié, je dépanne une sage-femme de la ville d’à coté pour une sortie de maternité qualifiée de précoce.
Ma collègue m’a transmis un dossier dense, combinant pathologies multiples dont certaines assez lourdes, nombre de grossesses et d’enfants conséquent et maîtrise limitée du français.
Elle m’a répété trois fois de suite « Tu verras, c’est le quartier le plus difficile de la ville. »

Elle m’a donné le portable du père – la mère n’en a pas – que j’ai appelé hier pour prévenir de mon passage.
Il a répondu avec un sourire si grand qu’il traversait le téléphone, m’affirmant que ce sera « avec plaisir » et ajoutant qu’il va prévenir sa femme… parce que lui, il est à l’étranger.

Je sonne à l’interphone à l’heure dite. La porte de l’immeuble s’ouvre mais personne ne répond à ma question sur l’étage de l’appartement.
Je grimpe les six étages à pieds en espérant trouver un nom,  un numéro d’appartement, une porte ouverte.
Mais aucun nom n’est visible, les numéros  ne correspondent ni au numéro s’affichant sur le supermoderneinterphone, ni à quoi que ce soit d’écrit sur les boites à lettre, boites accumulant chacune un nombre impressionnant de noms de famille…
Je me vois mal redéranger le père à l’autre bout du monde.

Je descends les six étages en espérant trouver un indice. Dans l’escalier, je croise une infirmière – team jour férié bonjour – qui ne connait pas la dame.
Que faire sinon sonner à nouveau ; l’interphone crachote dans le vide.

Une petite fille entre dans l’immeuble. Connait-elle une dame qui vient d’avoir un bébé ? Oui ! Je compte sur la loi des probabilités pour arriver au bon endroit parce qu’elle ne sait pas me dire le nom.

Bingo, c’est la bonne famille. On s’installe dans un coin, on papote, je tente de démêler avec la mère la tonne de prescriptions faites par la maternité. Au milieu de la pile mêlant ordonnances et diverses fiches conseils, un beau livret sur la stérilisation.
Bonne conscience hospitalière oblige, l’information a  été « donnée ».

La mère a mal et a envoyé un de ses enfants chercher les médicaments prescrits à la pharmacie. Personne n’a pensé à la prévenir que c’était un jour férié. Elle bredouille, c’est pas dimanche… ben non, c’est juste une fête nationale dont elle ne sait rien, elle qui n’est arrivée en France qu’en début de grossesse.
On bricolera avec la pharmacie maison et de la glace.

Mon passage la rassure, c’est déjà ça…

Cela fait un moment que nous papotons quand je découvre le petit, tellement emmitouflé au bout du canapé que je n’avais vu qu’un tas de couvertures. Il est tout rond, tout beau et elle sourit quand je le souligne. Je l’examine, tout va bien. Elle sourit plus fort.

Pendant que je m’occupe de la paperasse, elle me demande si j’ai des nouvelles de l’infirmière agressée il y a quelques temps dans le quartier. Elle espère qu’elle va bien parce qu’elle était si gentille…. je suis désolée de ne pas savoir répondre à sa question, je la sens sincèrement inquiète.

J’annonce mon départ. Un des fils se lève alors « Je viens avec vous pour pas que vous vous perdiez ». Je souligne n’avoir que quelques étages à descendre mais il insiste.
Je le laisse me « raccompagner », imaginant une question à poser sans témoin. Mais il descend les étages en silence, m’adresse un au-revoir chaleureux et retourne sur ses pas dès que nous sommes arrivés à ma voiture.

Alors, je repense à l’infirmière.

 

 

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Leçons de l’expérience, épisode 2

Publié par 10lunes le 15 janvier 2017 dans Formation/déformation

 

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Comme promis dans ce déjà lointain billet, je vous raconte.

Le stage alterne théorie et exercice pratiques. La théorie me semble obscure, parsemée de néologismes divers et d’affirmations gratuites visant à vernir le tout d’un fondement scientifique irréfutable.
La pratique nous fait expérimenter le toucher.

Le premier exercice dont je me souvienne, c’est d’être assis en tailleur deux par deux et dos à dos. Nous devons sentir comment nos corps s’imbriquent, comment chacun réagit, se défend ou se détend au contact de l’inconnu de l’autre côté.

Le second…
Ah, le second…

Dans mon vieux souvenir un peu reconstruit nous sommes en sous-vêtements mais j’imagine que nous étions simplement jambes nues.
Nous nous bandons les yeux et les animateurs du stage nous placent deux par deux. Chacun doit toucher, palper les jambes de l’autre, en mémoriser formes, contact, perceptions diverses.
Puis les animateurs nous séparent et nous répartissent dans la salle.
L’exercice est maintenant de retrouver notre binôme.

D’aucuns, plus doués, plus chanceux ou plus tricheurs (y a eu des aveux secondaires !) y parviennent rapidement et gagnent le droit de s’asseoir et de retirer leur bandeau.

D’autres, moins doués ou plus naïfs s’appliquent à jouer le jeu.
Je suis – évidemment- dans le clan des naïfs.

Les exclamations de voix et autres commentaires m’indiquent que presque tout le groupe a terminé l’exercice.
Ils sont donc tous assis autour de la salle et contemplent les derniers égarés.

Nous restons quatre à tourner désespérément en rond en cherchant à percevoir où sont les autres.

Je donne un spectacle pitoyable. Imaginez un peu.
Dans un  corps post-partum avec lequel je ne suis pas tout à fait réconciliée, je suis en slip (et surement T-shirt), sous les yeux de différents étrangers et pire encore de mon chef de service, également stagiaire.
J’avance quasi pliée en deux, battant largement mes bras tendus à 50 cm du sol.
Oui, 50 cm, surtout pas plus haut.
Parce que les voix montrent qu’il reste au moins un mec parmi les retardataires et que je ne veux pas prendre le risque de choper une paire de couilles…

Je ne sais plus comment ça s’est terminé, si j’ai retrouvé mon binôme ou si en désespoir de cause, on a autorisé les derniers à laisser tomber.

Mais là aussi, j’ai mis des années avant de réaliser la perversité de cet « exercice » et surtout à interroger ma tolérance du moment.

 

 

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Tic-tac et papouilles

Publié par 10lunes le 6 janvier 2017 dans Militer

 

Errant paresseusement sur le net à la recherche d’une image (…et d’une idée !) pour commencer l’année, cette montre m’a fait de l’oeil.

Le temps passe.
Et me revient un très récent échange sur la patience.

La maternité d’un CHU de la région – enfin une partie non négligeable de l’équipe de la maternité – fait preuve de beaucoup de bonne volonté pour s’ouvrir à plus de respect des demandes parentales et à des naissances plus physiologiques. Cette ouverture zigzague de la liberté de mouvement aux baignoires de dilatation, de la réflexion sur les rythmes du service à la volonté de personnaliser l’accompagnement et les conseils donnés aux parents.

Du coup, je la joue sage-femme enthousiaste auprès de plus jeunes qui pensent – avec raison – que rien ne va assez vite et déplorent que personne dans la région n’ait voulu accueillir de maison de naissance et que l’ouverture de plateaux techniques se négocie si lentement que de futurs bébés espérant y naître soient maintenant  adultes !

Je suis là depuis assez longtemps pour avoir vu le balancier parti dans le bon sens se mettre à inexorablement reculer. Une bonne décennie de recul.
Il me semble que le mouvement s’inverse à nouveau, que les limites de notre tout-très-trop médical et notre tout-très-trop technique commencent enfin à être perçues.

L’avenir s’éclaire mais …  devant le souhait de sages-femmes de pouvoir passer plus de temps auprès des femmes, un obstétricien résumait ainsi leur demande « être disponibles pour faire des papouilles »….

On a encore un peu de chemin à faire,
Mais on avance 😉

 

 

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Heureuse

Publié par 10lunes le 24 décembre 2016 dans Rencontre

 

C’est la première fois qu’elle consulte une sage-femme. Après les premiers mots d’accueil, il est temps de créer son dossier.

L’ordinateur impose ( si !)  de commencer par une banale fiche administrative.
Nom, prénom, adresse… les touches du clavier cliquettent et les cases se remplissent.

Arrive l’entrée « date de naissance »
– « C’est bientôt, répond la femme en souriant, le 24 décembre.

Les yeux de la sage-femme quittent l’écran pour se lever vers elle :
 Quand vous étiez enfant, vous deviez trouver ça dommage ?
Pas du tout, j’ai toujours été habituée comme ça, et puis c’était du coup une très grande journée de fête !

Son sourire s’élargit encore,
D’ailleurs, j’ai longtemps cru que Noël, c’était juste pour que les autres enfants ne soient pas jaloux de mon anniversaire… »

 

Je ferme l’Avent sur une anecdote qui n’a qu’un rapport très lointain avec les sujets abordés ici parce que la vision positive de cette enfant devenue grande me ravit. Et qu’elle est très « raccord » avec ma motivation pour ce petit marathon 2016 : mettre en avant le meilleur.
Merci à toutes celles qui ont nourri ces 24 billets (et bien plus).
Merci à vous d’être quotidiennement venu nous lire.

 

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Joueuse

Publié par 10lunes le 23 décembre 2016 dans Rencontre

 

Venue à reculons consulter une sage-femme, il a fallu quelques séances pour nous apprivoiser, pour que la confiance s’installe, doucement.
Ce jour-là, j’insiste sur le temps nécessaire pour les exercices, soulignant qu’ils seront plus efficaces si elle les pratique lentement.

Alors, elle livre un peu de son histoire.
Elle évoque son enfance à la ferme, son père trop tôt disparu, sa mère restée seule avec une tripotée d’enfants, petits encore les enfants.

Adulte, elle a réalisé combien la vie de sa mère avait dû être difficile mais jamais elle n’en a eu conscience dans son enfance.

Sa mère les protégeait, gommant les difficultés, sublimant un quotidien ardu. Des travaux de la maison à ceux du potager, tout était prétexte à émulation joyeuse entre la fratrie.

Elle se tait un instant, cherchant un moment plus précis à raconter.

Puis reprend :
-« Quand il fallait ramasser les haricots, ma mère nous mettait chacun au bout d’un rang et on jouait à qui finirait le plus vite. Et maman jouait avec nous, ramassait aussi son rang.
Bien sur, elle allait plus vite que nous, mais s’arrêtait toujours avant la fin parce que la soupe allait déborder ou qu’il y avait la lessive à étendre.
Et puis elle revenait, juste un peu trop tard, mais à temps pour nous féliciter d’avoir fini avant elle et d’avoir gagné.

Dans les mots de cette dame déjà âgée, il y a l’amour inconditionnel de cette maman depuis disparue.

– Depuis, j’ai toujours pris le travail comme un jeu, à me dépêcher de finir la première ».

 

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Bouclées

Publié par 10lunes le 22 décembre 2016 dans Naissance

 

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Après plusieurs fausses alertes, elle le sait, le sent, son utérus travaille cette fois-ci de façon efficace.
Quelques heures plus tard, en route pour la maternité, les contractions réveillent ses doutes en s’espaçant.

Pourtant, la sage-femme qui les accueille ne doute pas et –  après avoir vérifié si l’examen était souhaité – annonce une dilatation de 6 cm.

Elle plonge dans sa bulle, cette conscience à la fois aiguë et distanciée qui marque le travail de l’accouchement.
Au rythme des vagues successives, l’univers se recentre sur son ventre.

La sage-femme passe régulièrement s’assurer que tout va bien, restant discrète, attentive à ne pas la déranger.
Plus tard, elle propose de percer la poche des eaux nacrée venue bomber à l’entrée du vagin.
Juste après, sans effort perceptible, l’enfant naît.

Si la praticienne a semblé à son compagnon avare en mots et en gestes, elle lui sait gré de sa discrétion, de sa confiance.

Et, malgré le flou de l’environnement qui marque toute naissance, un détail lui reste très précis : les jolies boucles d’oreilles de sa sage-femme.

 

 

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Questionnée

Publié par 10lunes le 21 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

c-21Des gynécologues, elle en a rencontrés, plusieurs. Pourtant, elle ne demande rien d’extraordinaire, juste un praticien soucieux de prendre soin d’elle plutôt que de traiter son endométriose.
Vous me direz : c’est pareil.
Pas tout à fait.
En témoigne cette autre femme me racontant une consultation mal vécue « Faudrait qu’il réalise, y a quelqu’un autour ! » en désignant son ventre.

Ce jour-là elle a su avoir trouvé celui qui méritait sa confiance.
Parce qu’il lui a posé une question, en précisant qu’elle était libre d’y répondre ou pas, et aussi d’y revenir une autre fois.

Elle a pensé alors que celui-là ne s’étonnerait pas de sa crainte de l’examen, d’une émotion la submergeant, d’une réaction un peu vive ; qu’il ne lui reprocherait pas d’être trop tendue, ou trop inquiète, ou encore trop douillette.
Elle s’est dit avoir trouvé celui à qui elle ferait une réelle confiance.

Et elle a su tout cela quand il a demandé : « Avez-vous déjà subi des violences sexuelles ? »

 

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Coloré

Publié par 10lunes le 20 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

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Elle traverse la pièce, repart dans l’autre sens, s’assied un instant, s’accroupit, se relève.
– « C’est un peu inconfortable là.

L’autre femme sourit :
Voulez-vous remettre le premier pour être sure ?
Oui, vous avez raison, je vais le réessayer.

Quelques contorsions plus tard, elle reprend ses allées et venues
Finalement je crois que le vert me va mieux que le jaune » annonce-t-elle…

… à la sage-femme !

Car ce qu’elle est en train de tester, ce sont les anneaux de plastique qui permettent de choisir la bonne taille d’un diaphragme.

 

NB : si l’on en croit l’indice de Pearl (6 en usage optimal, 16 en réalité) le diaphragme est plus un moyen de régulation des naissances qu’une contraception.

 

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Normale

Publié par 10lunes le 19 décembre 2016 dans Naissance

 

c-19

Son premier enfant est né par césarienne et si elle a accepté l’éventualité d’une nouvelle intervention, elle a aussi cherché à préparer au mieux une naissance par voie basse.

Seul hic, son utérus cicatriciel, statut maintes fois rappelé, statut entraînant même la programmation d’une autre césarienne.

La nature étant joueuse, l’accouchement se déclenche avec quinze bons jours d’avance, alors que rien ne laissait deviner l’imminence de la naissance.
La veille, son col était encore long et fermé.

Son enfant naît finalement par voie basse comme elle le désirait, même si l’accouchement est plus médicalisé  qu’elle ne l’envisageait.
Elle souhaite remercier la sage-femme, pour son accompagnement et sa confiance dans sa capacité à accoucher mais aussi pour un détail… essentiel à ses yeux.

Elle est la seule ce jour là, à l’inverse de la sage-femme qui l’a accueillie et de l’obstétricien venu pour l’accouchement, la seule donc à ne jamais évoquer son « utérus cicatriciel ».

 

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Humide

Publié par 10lunes le 18 décembre 2016 dans Après

 

c-18Son bébé est goulu et sa montée de lait tarde à venir. Tout au long de l’accouchement, elle a du insister pour faire valoir ce qu’elle sentait et savait. Défendre son allaitement est le combat de trop.
Elle cède aux conseils de l’équipe et accepte de nourrir son enfant au biberon.

Le jour de sa sortie, elle vérifie la température de son bébé et la découvre un peu en dessous de la normale. Cela ne tracasse en rien la sage-femme du service :
– « Vous ne l’avez surement pas bien prise. Tout va bien, vous pouvez rentrer chez vous ».

A la maison, inquiète, elle vérifie et constate que c’est toujours trop bas.
Elle appelle la sage-femme qui suivait sa grossesse. A l’inverse de la première, celle ci lui fait confiance et conseille de prendre son enfant en peau à peau pour bien le réchauffer.

Elle déshabille son tout-petit, le place sur son torse nu et s’emmitoufle dans un plaid de laine.

Très rapidement, elle a chaud, tellement chaud qu’elle en transpire. Elle sent la sueur couler sur ses seins, atteindre son ventre et finit par s’étonner de son abondance.
Un rapide coup d’œil sous le plaid lui donne la clef du mystère.

La montée de lait est là !

 

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