Le double discours

Publié par 10lunes le 2 décembre 2018 dans Militer, Non catégorisé

 

De (trop) nombreux articles de ce blog ont été consacrés à « nos amis du SYNGOF »,  marotte quelque peu masochiste nourrie de petites phrases et attaques diverses.
Début septembre, le dérapage anti IVG de leur président aurait pu justifier un énième billet. Mais le silence semblait la meilleure réponse, histoire de ne pas concourir à  augmenter – même de façon infinitésimale  – son audience.

Pourquoi y revenir alors ? Parce que le Pr Nisand, président du CNGOF (Collège National des Gynécologues et  Obstétriciens Français), vient de signer un éditorial dans le N°53 des « Brèves du Collège » où il qualifie ces propos de « simple maladresse médiatique ».
Simple maladresse ?! Les sites anti-IVG ne s’y sont pas trompés et ont largement diffusé la vidéo.

Mais cette solidarité confraternelle ne s’arrête pas là.  Plus loin, une nouvelle attaque  « Pourquoi accorder aux femmes d’avoir accès à des praticiens bac + 12 alors qu’un bac + 5 peut bien faire l’affaire sans que les femmes n’en voient tout de suite les conséquences ? La politique de la courte vue est à l’œuvre et avant qu’il ne soit bientôt, les coûts induits par l’approximation et la compétence limitée seront considérables. « 
Ne cherchez pas, les « Bac + 5 » évoqués, ce sont les sages-femmes ; les écervelées qui s’adressent à elles plutôt qu’à un gynécologue le paieraient donc un jour de leur santé ? Je vous renvoie à tous les billets publiés ici pour expliquer comment personne et surtout pas les sages-femmes n’imagine que les unes puissent remplacer les autres et comment une meilleure articulation de nos compétences respectives améliore l’offre et la qualité des soins. Mais toute coopération devient un art complexe quand le mépris suinte ainsi !

Ce mépris ne se déverse pas que sur les sages-femmes. Il prend la forme d’un « magnifique » double discours quand il s’agit de la prise en compte des violences obstétricales et gynécologiques.
En juillet 2017, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes, commande un rapport au Haut Comité sur l’Egalité sur les violences obstétricales. Dans les mois qui suivent, le HCE auditionne des représentants des usagers et des professionnels de santé. Le CNGOF, en la personne de son président, décline l’invitation.

En juin dernier, le HCE remet son rapport. Le film de cette présentation est disponible ici. A 1h 39 mn, le professeur Nisand intervient : « Ce rapport dont je salue la qualité car je peux signer les 25 recommandations. Il renchérit plus loin : Je disais que ce rapport était d’une qualité exceptionnelle et que en tant que président du Collège, j’étais prêt à en signer les 25 propositions. » 

Mais le Pr Nisand accuse maintenant, dans l’éditorial déjà cité, les ministres Agnès Buzyn et Marlène Schiappa : « Non contentes de nous avoir stigmatisés dans un rapport ministériel rendu public le 29 juin 2018 (sans aucune statistique et rédigé après avoir auditionné 25 personnes supposées compétentes, ce qui est inédit pour un rapport gouvernemental)… ».

Ce même rapport pour lequel il avait refusé d’être auditionné et dont il saluait cependant 5 mois plus tôt la qualité exceptionnelle.

Où comment nous faire espérer chaque jour un peu plus que les représentants ne soient pas représentatifs de ceux qui les ont pourtant désignés…

 

 

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La proie

Publié par 10lunes le 25 novembre 2018 dans Blessures

 

Elle raconte ce que racontent bien d’autres femmes. La rencontre, la vie commune trop vite arrivée, un enfant, trop vite arrivé lui aussi, la fatigue, les soucis, les tensions et la séparation.
Elle évoque ce que bien d’autres évoquent, une nouvelle rencontre, un nouvel espoir d’amour et un nouvel enfant.
Puis le désenchantement, encore. Mais sous une autre forme. « Il » l’accuse d’être la seule coupable, devient violent non dans ses gestes, mais dans son comportement, accumulation de paroles blessantes, d’accusations diverses, d’attitudes dédaigneuses.
Il se passe plusieurs années avant qu’elle ne parvienne à le quitter, de nombreuses années où les kilos s’accumulent, barrière dérisoire dressée entre elle et lui.

Comme souvent, ce qui la décide à le quitter sont ses enfants. La petite dernière est prise à parti, sommée de se dire du coté du père, et devant ses refus naïfs, violemment accusée de toutes les trahisons, de toutes les indignités. Alors, enfin, elle part.
Et commence à reconstruire doucement une vie avec ses enfants.
Lui rencontre une autre femme – pour laquelle d’ailleurs elle s’inquiète – et la laisse tranquille.

Libérée de son emprise, elle se libère de ses kilos, fréquente assidûment une salle de sport.
C’est à ce moment là que je la rencontre. Simple consultation de suivi car elle a décidé de prendre soin de sa santé. Fière de son corps tout neuf, elle le montre, plus ou moins déguisée en femme fatale. Elle me confie les premiers pans de son parcours, affirme sa force nouvelle. Pourtant, tout me dit sa fragilité persistante. Je m’empare d’un prétexte médical pour proposer de la revoir. Elle accepte ce rendez-vous, puis les suivants, sans être dupe.

Elle revient donc, confiant à chaque fois un peu plus de son histoire passée et présente, malmenée par tous les hommes rencontrés et pas seulement les pères de ses enfants.
Elle raconte aussi qu’un des professeurs de la salle de sport se montre plus que prévenant. Je la vois préadolescente quarantenaire prête à s’embraser pour un nouvel amour. Cette presque histoire lui donne confiance. Son ex conjoint le perçoit, espionne ses faits et gestes, questionne la petite dernière. Elle le découvre la guettant devant la salle de sport, à la sortie de son travail, suivant sa voiture…
Obligée de le croiser pour la garde partagée un week-end sur deux, elle subit à nouveau insultes et menaces et met en place des stratégies complexes pour ne pas se retrouver seule avec lui.
Mais elle est amoureuse et presque heureuse.

L’idylle sera brève. C’était prévisible. Tout ce qu’elle en disait évoquait le prédateur, apte à déceler les failles parmi sa cour d’admiratrices en justaucorps. Aussitôt séduite, aussitôt larguée, déjà reparti conquérir une autre proie.
Un détail pour lui, un gouffre pour elle. Malheureuse, totalement, convaincue de ne pas valoir mieux que ce que les hommes lui ont offert toute sa vie, violence et mépris.

Nos rendez-vous épisodiques se poursuivent. Mais elle accepte maintenant les pistes – soignants, association – que je lui propose.
Elle va un peu mieux, soutenue par de plus compétents que moi, relève la tête.

Puis elle arrive à nouveau défaite, hésite à dire ce qui se passe, doutant de son interprétation des faits.

Son médecin généraliste, celui qui la suit depuis de nombreuses années.
Son médecin, à la fin de la consultation programmée en fin de journée, l’a invitée à aller boire un verre.

« En tout bien tout honneur »
a-t-il cru bon d’ajouter.

 

 

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Piquant

Publié par 10lunes le 28 août 2018 dans Rencontre

 

Ma joue brûle un peu.
Je repense à notre première rencontre, à l’occasion de « l’entretien prénatal ». Ils sont venus tous les deux, sans vraiment savoir pourquoi. Consigne leur a été donnée de suivre une préparation à l’accouchement, ils ont docilement pris rendez vous au cabinet le plus proche.

Ils attendent peut-être un exposé docte et pédagogique. Si elle accepte le dialogue, lui semble étonné puis dérangé par le caractère ouvert de l’entretien.
Il se crispe chaque minute un peu plus, furieux de mes relances, prêt à bondir puis finalement bondissant, la main de sa compagne dans la sienne, déterminé à l’extraire de toute urgence. Moi je tente de démêler un peu les fils de leur histoire, de son histoire à elle surtout, écorchée vive, blessures à peine et mal refermées. Elle voudrait dépasser les anciens démons mais ils l’envahissent encore.
Alors forcément mes mots comme mes silences attisent ses larmes.

Soudain il est debout, le poing serré, prêt à taper sur la table, sur le mur… qu’importe pourvu que je cesse de faire pleurer sa belle.
D’un geste, elle le retient ; il s’assied à nouveau, le visage fermé. La discussion se poursuit, équilibre précaire entre tension et apaisement.

Elle sourit, un peu.
Il s’adoucit, un peu.
Nous prenons le temps de sentir les contours utérins, les mouvements doux de leur enfant, ses réponses à l’appel de ses parents.
Ils disent bien vouloir revenir.

Notre rencontre suivante a lieu en petit groupe, avec deux autres couples. Il se montre de nouveau méfiant, fermé. Lors du tour de table où chacun se présente, il  annonce sèchement la couleur « Pas envie de causer, je sais même pas ce que je fous là ». Sa colère retenue envahit l’espace. Je souligne qu’il est libre de partir ; partagé entre son désir de fuir et celui de faire plaisir à sa belle, il reste, bras croisés, verrouillés, tassé dans son fauteuil, sans plus prononcer un seul mot.

A ma grande surprise, il est présent la fois suivante.
Et les autres fois aussi.
Je ne sais pas comment mais l’alchimie a pris. L’alchimie du groupe qui se fédère, qui partage ses joies et ses trouilles, qui dépasse les tabous de la bien-pensance et livre un peu de ses secrets aux autres parce que la confiance est là et qu’elle permet cette ouverture.
A chaque séance il s’est révélé de plus en plus prolixe, de plus en plus souriant.

Aujourd’hui, ils sont passés dès la sortie de la maternité me présenter leur bébé, heureux et pressés de me raconter la naissance.

Et puis, spontanément, alors qu’ils étaient sur le départ et qu’il allait empoigner le siège auto, il s’est penché vers moi et m’a claqué deux bises.

Alors oui, ma joue râpée par une barbe mal rasée brûle un peu.
Mais ça me fait plaisir !

 

 

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Merci Docteur :)

Publié par 10lunes le 25 juin 2018 dans Médias, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

J’avais imaginé ne plus polémiquer ici, me recentrer sur les récits et témoignages – je sais ça ne se voit pas mais j’ai quelques billets en gestation !  – plutôt qu’ajouter un énième grain de sel aux tempêtes qui agitent le monde de la santé. D’autant que d’autres défendent parfaitement les causes qui me tiennent à coeur.
Et puis un courrier des lecteurs s’est mis à circuler tous azimuts, multi relayé par les sages-femmes sur les réseaux sociaux. Et voilà venue l’envie irrépressible de répondre à cette main tendue afin de poursuivre le dialogue…

Cher Docteur, je suis d’accord avec vous, il n’est pas vraiment d’usage en France d’être rémunéré de la même façon pour des temps d’études différents.
Mais rassurez-vous, en 2016 les omnipraticiens avaient un revenu moyen de 82 020 € quand les sages-femmes plafonnaient à 26 607 €.

En 2012, l’ire d’un de vos confrères protestant devant le rattrapage prévu entre nos tarifs de consultation avait déjà motivé cette réponse.
Mes arguments restent les mêmes. Inutile de me répéter.
Je soulignerai cependant que votre consultation a été majorée au 1er mai 2017 et que la nôtre le sera, au mieux, début 2019 ; j’ajouterai que nous n’avons évidemment droit ni au ROSP (mais puis-je souligner que les frottis que nous réalisons – en prenant soin d’en adresser la copie au médecin traitant- participent au calcul de votre ROSP) ni à la consultation complexe (en dehors de la 1e consultation de contraception qui sera actée pour nous en 2019) ni au statut de correspondant.
Les sages-femmes travaillent avec les médecins généralistes, elles ne les remplacent pas !

Je trouve d’ailleurs anormal que généralistes comme spécialistes ne puissent bénéficier de la majoration de « médecin correspondant » lorsqu’une sage-femme réadresse un patient qui nécessite leur expertise.
Vous voyez, cher Docteur, nous n’avons peut-être pas des points de vue si éloignés l’un de l’autre…

Je tenais également à vous remercier de votre présentation plutôt exhaustive de nos compétences, trop souvent méconnues du grand public comme de vos confrères ; votre courrier participera, j’en suis certaine, à mieux les faire connaitre.

Permettez moi cependant de corriger quelques approximations.

Suivre les grossesses : Comment dire… cela libère du temps aux médecins et permet une approche plus physiologique parce que c’est le coeur de notre métier. Peut-être est-ce cela que viennent chercher vos consoeurs dont vous semblez vous offusquer qu’elles s’adressent à nous ? Comme l’écrivait la Cour des comptes dans son rapport de 2011 « La satisfaction au sujet des différents aspects des soins semble plus élevée dans les modèles de pratique de sages-femmes comparés aux autres modèles de soins obstétricaux ».
Vous vous irritez des arrêts de travail que vous devriez signer. Là encore, nous sommes d’accord. Pouvez-vous transmettre votre ressentiment à Mme Buzyn ? Les textes limitent à 15 jours nos arrêts sur l’ensemble de la grossesse. Comment faire une fois ce quota atteint sinon se tourner vers vous ? Mais je ne doute pas que vous trouverez les mots pour convaincre un ministère de la Santé sourd à nos demandes réitérées.

Faire des échographies : effectivement, mais avec le diplôme universitaire exigé.

Suivre les bébés :  En aucun cas. Nous assurons dans les premières semaines un accompagnement associant suivi médical de la mère et du nouveau-né, conseils, attention au lien mère-enfant et plus largement à l’équilibre familial… En parallèle et selon les recommandations de la HAS, nous faisons en sorte que le nouveau-né soit vu entre J6 et J10 par le médecin qui poursuivra le suivi mensuel « réglementaire ».

Les vacciner : Nous pouvons vacciner les nouveau-nés contre l’hépatite B et le BCG. Pratique peu fréquente, en maternité et non en cabinet, et dans des circonstances particulières.
Quant à l’entourage, nous sommes encore d’accord ! Le ministère de la santé nous délègue ce rôle de façon assez incohérente. Va pour la « stratégie du cocooning » quand nous suivons les parents en postnatal immédiat… mais le médecin traitant est le plus à même de suivre l’ensemble des vaccinations et rappels nécessaires.

Faire de la rééducation : Les femmes sont – scandaleusement à vos yeux ? – libres de choisir leur praticien pour leur suivi obstétrical ou gynécologique, elles peuvent faire de même pour leur rééducation !

Je m’autorise un paragraphe global sur la contraception parce qu’elle est effectivement de notre compétence pour les femmes en bonne santé (ce qui nous amène à une anamnèse rigoureuse avant toute prescription). Cela nous impose de pouvoir prescrire et poser tous moyens de contraception si l’on veut éviter de décider pour les femmes qui s’adressent à nous.
Et là encore, je suis d’accord avec vous, le poseur d’implant doit être en mesure de le retirer, ce que nous faisons. De grâce, n’érigez pas en règle générale un cas particulier !

Faire les frottis : Seules 60 % des femmes sont correctement suivies sur ce point ; tant mieux si les sages-femmes participent à la correction de cette mauvaise statistique. Vacciner contre le HPV me semble aller de pair et si nous le faisons, n’est-ce pas parce que cette question n’a pas été abordée par le médecin ?

Terminons avec le suivi des femmes ménopausées : Nous les recevons pour les examens de dépistage mais ne prescrivons aucun traitement hormonal. Il ne s’agit là encore que de prévention pour des femmes en bonne santé. Accordez-moi cette évidence, la ménopause n’est pas une maladie.

Pour conclure, si de nombreux points nous rapprochent, je n’ose imaginer ce que vous attendez de votre Ordre. Une maladresse de rédaction surement.
Ce n’est peut-être qu’une question de ton ? Un peu d’aménité et tout serait pour le mieux !

 

 

Certaines pages n’étant plus en ligne après quelques mois, je copie ici le courrier.
À quoi sert-il de faire de si longues études avec un concours de PACES complètement débile ? C’est un peu comme si un jeune était en CAP de cuisine et qu’on lui apprenait à poser des ardoises !
La consultation des sages-femmes va passer à 25 euros !
Inutile donc de faire près de dix ans d’études. Il suffit d’en faire cinq et vous pourrez :
– Suivre des grossesses et même faire des échographies ; il faudra seulement demander aux médecins de famille de faire les arrêts de travail (il faut bien qu’on serve à quelque chose !). Personnellement, je refuse (faut pas exagérer !)
– Suivre les bébés
– Les vacciner.
– Faire la rééducation (à quoi servent les spécialistes de la rééducation que sont les kinés ?!)
– Vacciner les parents et pourquoi pas les frères et sœurs, les grands-parents, les cousins les voisins…
– Prescrire la pilule !
– Prescrire et poser les stérilets !
– Prescrire et poser les implants (les enlever est plus difficile et il faut aller, bien sûr, à l’hôpital !)
– Faire les frottis, vacciner contre le papillomavirus !
– Suivre les femmes ménopausées !

Etc. Il va donc nous rester les rhinopharyngites, le cholestérol… La dépression il faudra aller voir la sage-femme puis l’ostéopathe bien sûr ! Il vous restera aussi les gardes bien sûr. Je suis un vieux médecin, faisant beaucoup de gynécologie, et suis aussi MSU. Je ne comprends pas cette dérive et je vous plains les jeunes médecins si vous ne réagissez pas.

Que fait l’Ordre ? Je connais même des femmes médecins qui font suivre leur grossesse par des sages-femmes ! C’est bien sûr leur choix mais il faut bien se dire que ces sages-femmes ne vont pas hésiter à faire circuler l’information qu’elles suivent des femmes médecins. Mon épouse n’a jamais vu de sage-femme avant l’accouchement et mes enfants n’ont jamais vu de pédiatres non plus.

Donc, les jeunes, n’hésitez pas et choisissez de faire des études plus courtes.

 

 

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Oups, la pilule

Publié par 10lunes le 6 avril 2018 dans Profession sage-femme, Vie des femmes

 

 

L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) a communiqué hier sur un «petit» bug des laboratoires Majorelle amenant à rappeler le lot N°1958550 de pilule Optimizette gé 75 μg.

Si vous utilisez cette contraception, il est simple de savoir si vous êtes concernée : la boite contient un blister de 21 comprimés au lieu des 28 habituels.

 

Je rédige ce bref billet pour trois raisons :

– apporter ma très modeste contribution à la nécessaire circulation de cette information

– m’étonner de la rédaction de l’alerte « La prise de ces comprimés ne présente pas de danger et aucun effet indésirable n’a été signalé jusqu’à présent …/… Le seul risque identifié pour les patientes est l’inefficacité contraceptive de la pilule ».
Ce qui laisse à penser qu’une grossesse non souhaitée ne serait pas un effet indésirable…

– m’irriter de la phrase répétée à deux reprises « La patiente doit se rapprocher au plus vite de son médecin pour évaluer le risque de grossesse ». C’est évidemment une recommandation nécessaire mais pourquoi omettre de citer les autres professionnels concernés ?
Les sages-femmes prescrivent également cette contraception
Les sages-femmes sont en capacité « d’évaluer un risque de grossesse »
Les sages-femmes peuvent prescrire le cas échéant les examens complémentaires nécessaires
Les sages-femmes peuvent orienter une femme enceinte qui ne souhaite pas poursuivre une grossesse et pour certaines d’entre elles prescrire et accompagner une IVG médicamenteuse.

Omission corrigée.

 

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Temps mort

Publié par 10lunes le 2 avril 2018 dans Blessures, Militer, Petites phrases

 

3 mois de silence…
Faut y aller se dit-elle, sinon ce minusculissime caillou du net passera à la trappe

Et j’y perdrais le plaisir de partager ici mes coups de cœur et mes coups de gueule.

Mais trois mois de silence, c’est justement parce que les coups de gueules abondent ces derniers temps sur les réseaux sociaux.
Les tranchées se creusent, chaque jour plus profondes, chacun brandissant sa banderole, chacun s’essayant à la petite phrase assassine censée emporter la victoire.
On n’avance pas, on se braque.

Pourtant il y a faire, beaucoup, alors je vous balance en vrac quelques épisodes récents, juste pour affirmer ici aussi que oui faut balayer devant notre porte, que oui, on peut faire mieux et que ce qui déconne c’est pas toujours de la faute à… mais aussi de notre faute à chacun.
En vrac j’ai dit, ce qui me donne un alibi pour vous présenter un écrit mal ficelé.


VO + Cabinet de collègue sage-femme

Coup de fil d’une autre sage-femme lui réadressant une patiente qui déménage sur son secteur. Ladite consoeur lui résume le dossier par téléphone tout en confirmant qu’elle en transmettra la copie intégrale.
Du lien, des transmissions, une apparente attention aux besoins de la femme dont elle parle. Tout cela serait idéal si à un moment de la conversation on n’avait entendu …
« Oui Madame, vous pouvez remettre votre culotte »
Espérons au nom du secret médical que la dame « sans culotte » était bien celle qui déménageait.

VO + Journée de mises à jour en gynéco obstétrique
Le programme est dense ; parmi les interventions prévues, celle du Ciane sur les violences obstétricales.
Le public – majoritairement composé de médecins spécialistes en gynéco-obstétrique – interagit lors des communications, questionne, argumente, démontrant sa réelle volonté d’apporter les meilleurs soins.
Vient le tour du Ciane. Le discours est posé ; il ne s’agit pas de désigner des coupables mais de pointer des dysfonctionnements et d’en rechercher conjointement les solutions. Pourtant, cette intervention suscite les soupirs énervés de la salle. Les apartés se multiplient, plus ou moins discrets, « On sauve la vie de femmes et d’enfants –  les gestes ne sont pas fait par plaisir – pas le temps du consentement en urgence – on connait notre boulot… »
Une seule fois, la salle semble approuver une phrase de la représentante du Ciane. Elle expose la nécessité d’un suivi psychologique pour certaines femmes les ayant contacté après des situations mal vécues.
Le public respire et se félicite ; oser confondre soins et violences, ça relève donc bien de la folie douce.

VO – Cabinet, premier RDV du matin
Ils ont traversé de très sales moments, avec un nouveau-né menacé de séquelles irréversibles. Le parcours a été long et difficile mais les derniers examens sont finalement rassurants. Le petit bonhomme qui tète pendant la consultation est tiré d’affaire.
Leur récit à deux voix des jours passés à l’hôpital mêle stress majeur vécu pendant cette longue attente et humanité sans faille de tous les soignants rencontrés dans ce grand CHU. Ils décrivent une réelle écoute de leurs besoins, soulignent l’honnêteté de l’obstétricien ré-analysant avec eux le déroulé de l’accouchement, s’interrogeant sur certaines de ses décisions. Ils saluent l’attention chaleureuse des équipes, les nouvelles bonnes ou mauvaises mais toujours données et expliquées, remercient ceux qui les ont soignés et qui ont pris soin d’eux.

Il n’y aura pas de conclusion à ce billet, si ce n’est l’invitation à s’abstenir de tout jugement tranché et définitif sur les soignants et les patients, les sages-femmes et les gynécos, les petites maternités et les grands CHU voire les femmes et les hommes…

 

 

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Se brouiller, se débrouiller …

Publié par 10lunes le 28 décembre 2017 dans Médias, Pffffff, Profession sage-femme

 

Je m’apprêtais à passer quelques jours de repos « post Avent » bien mérités mais un début d’agitation médiatique vient me tirer de ma torpeur. La France manque de gynécologues et la santé des femmes serait en danger. « Entre 2007 et 2017, le nombre de ces spécialistes a chuté de 41,6 % à 1 136 et il pourrait tomber à 531 en 2025. Face à cette pénurie, des femmes renoncent à se soigner« .

Ce chiffre de 1136 est apparemment indiqué par l’Ordre des médecins ; pourtant, en 2017, la Dress recense 2978 gynécologues médicaux et 4869 gynéco-obstétriciens. Mais ce qui est rare est cher ! La pénurie annoncée permet de « justifier » les dépassements d’honoraires de ces spécialistes évoqués dans ce second article du Monde.
Mais comme il serait malvenu de s’y arrêter, nos amis du SYNGOF s’empressent de souligner « le premier problème de la profession ne se situe pas là, mais dans « la difficulté à trouver un gynécologue ».

Bertrand de Rochambeau, président du SYNGOF enfonce le clou sur France Info « Ni les médecins généralistes, ni les sages-femmes ne sont suffisamment formés pour assurer le suivi gynécologique des patientes » et plus loin« Si les femmes ne réclament pas des gynécologues, elles devront se débrouiller avec les généralistes et les sages-femmes ».
Situation également évoquée par le Monde où les journalistes écrivent« Certains gynécologues médicaux semblent aujourd’hui se résigner (c’est moi qui souligne…) à un passage de relais aux sages-femmes libérales » en interrogeant leur formation « Elles arrivent sur le marché sans être suffisamment formées en gynécologie, met en garde Anne Gompel, de l’université Paris-Descartes. »

Ces polémiques récurrentes sont lassantes*.
Rappelons ici que la formation des sages-femmes comprend 190 heures dédiées à la gynécologie, la contraception et aux violences faites aux femmes et 8 à 14 ECTS (soit 90 à 420 heures) de stage pratique.
Rappelons surtout que les sages-femmes ne souhaitent pas remplacer les gynécologues médicaux mais travailler avec eux. Une meilleure répartition des actes de prévention et de dépistage permet justement de libérer du temps de spécialistes pour traiter les pathologies. Mener une consultation de contraception sur le mode « BERCER », réaliser un frottis en prenant le temps de déstresser une dame pleine d’appréhension, poser « tranquillement » un implant ou un DIU, évoquer les questions de sexualité, dépister les infections sexuellement transmissibles, interroger les possibles violences… c’est à la fois essentiel et chronophage. C’est aussi autant de temps libéré au spécialiste pour le traitement d’une infertilité, d’une endométriose (suspectée grâce à un interrogatoire attentif) ou de toute autre pathologie gynécologique.

Heureusement certains gynécologues savent travailler de concert avec les sages-femmes.
D’autres… toujours pas.

 

 * testez une recherche sur le blog avec le mot clef SYNGOF…

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Edit du 29/12/2017 : extrait du rapport de la Cour des comptes « L’avenir de l’assurance maladie » – novembre 2017 (p 50)

En revanche, dans la filière périnatale, malgré l’élargissement progressif des missions des sages-femmes aux termes de plusieurs lois, la prise en charge n’a pas été structurée selon une logique graduée de substitution et de complémentarité des différentes catégories de professionnels : gynécologues obstétriciens, gynécologues médicaux et sages-femmes. La bonne articulation des compétences au sein de cette filière aurait pourtant permis d’obtenir rapidement un meilleur suivi des femmes et des parturientes et des économies significatives pour l’assurance maladie.

La loi du 9 août 2004 a autorisé, en effet, le suivi d’une patiente – de la déclaration de grossesse à l’examen post-natal sous réserve de l’absence de pathologie, celle de 2009 a introduit le suivi gynécologique de prévention et la prescription de la contraception, et la loi de modernisation de notre système de santé leur reconnaît, sous certaines conditions réglementaires, la possibilité de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse et un droit étendu de prescription et de vaccination.
Une consultation par une sage-femme revient à 23 €, alors que celle d’un gynécologue est de 28 € en secteur 1. Les gynécologues sont 62 % à exercer en secteur 2, avec des taux de dépassement des tarifs opposables de 75 % pour les gynécologues obstétriciens et de 99 % pour les gynécologues médicaux.

 

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Référentiel ;)

Publié par 10lunes le 24 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Elle fait le choix  – ambitieux dit-elle car elle se qualifie d’hypocondriaque – de faire suivre sa grossesse par une sage-femme. Mais de petits soucis de santé viennent contrecarrer cette décision. L’expertise d’une gynécologue-obstétricienne est devenue nécessaire.

Le premier rendez-vous la rassure, le changement d’opérateur sera serein. La praticienne est douce, son cabinet accueillant, ses gestes posés, ses explications audibles. Et détail d’importance, son accord est sollicité avant l’examen.

Ce qu’elle résume ainsi à son conjoint « Elle est super cette gynéco, pour te dire, on dirait une sage-femme ! »

 

Joyeux Noel à toutes et tous  !

 

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Identifié

Publié par 10lunes le 23 décembre 2017 dans 9 mois

 

Plusieurs couples se retrouvent en préparation à la naissance. La discussion file sur les modalités de l’accouchement et les certitudes de ceux qui attendent leur premier enfant se confrontent à l’expérience de ceux qui sont déjà passé par là. Quelques mythes habituels sur la régularité des contractions ou la durée forcément majorée d’un premier accouchement n’y résisteront pas…

C’est maintenant la péridurale qui est sur la sellette. La sage-femme répond à quelques questions techniques puis se tourne vers une des femmes :
–  » Comme tu as eu une péridurale la dernière fois, peut-être peux-tu raconter comment cela s’est passé ?

Elle plonge dans ses souvenirs, décrivant  l’anesthésiste en tenue bleue, la position assise sur le lit, le marche-pied que l’on rapproche pour qu’elle puisse s’y appuyer, la sensation de froid quand son dos est badigeonné d’antiseptique…
Elle sourit en évoquant l’exigence de faire le dos rond, position lui apparaissant alors inaccessible.

– Heureusement quelqu’un devant moi m’a pris dans ses bras pour m’aider à mieux m’installer.
– Ce quelqu’un, c’était moi ! » précise alors son compagnon.

 

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Mictions impossibles (21 01 2011)

Publié par 10lunes le 22 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Massive, le cheveu dru et blanc, l’œil vif, la voix forte, elle ne passe pas inaperçue.
Elle vient pour traiter une situation invalidante, des besoins irrépressibles et très fréquents d’uriner qui la clouent chez elle. Elle fuit le marché qu’elle aimait tant, ne fait plus ses courses que dans une grande surface proche de son domicile disposant de toilettes facilement accessibles, a renoncé aux sorties organisées par le club des anciens, n’ose plus répondre aux invitations de ses amis.
75 ans, veuve, elle reste malgré son âge alerte et tonique ; mais sa vessie la condamne progressivement à la solitude.

Elle reprend espoir lorsque, osant enfin en parler à son médecin, il lui prescrit des séances de rééducation. Elle arrive chez nous bien décidée à corriger cette vessie devenue incontrôlable.

Nous travaillons donc, avec assiduité, motivation. Elle se plie sans protester à mes « exigences », répète les exercices quotidiennement, consigne avec précision ses ressentis, la fréquence de ses passages aux toilettes, note les petits progrès.
Au fil des semaines, elle reprend le contrôle de sa vessie, retrouve confiance, s’autorise une sortie au restaurant avec le club, puis s’aventure à une excursion en car. Libérée de ses anciennes contraintes, elle retrouve amis et joie de vivre.
Nous pouvons nous quitter.

Quelques mois plus tard, je la croise dans un des rayons de la supérette voisine. Quelques clients y font leurs courses, leur panier à la main. La musique de fond est discrète, l’ambiance aseptisée.
A quelques mètres l’une de l’autre, nos regards se croisent. Je n’ai pas le temps de m’approcher pour la saluer. Rompant le silence quasi monacal du temple consumériste, elle s’écrie avec force « Oh ! Lola ! Ça me fait plaisir de vous voir, JE PENSE A VOUS TOUS LES JOURS QUAND JE FAIS PIPI ! »

Je prends de ses bonnes nouvelles puis me sauve sans oser lever les yeux sur les clients qui nous entourent.
Mais je m’amuse encore à l’idée ce qu’ils ont pu penser…

 

PS : Pardon pour le titre calamiteux. J’ai pas pu résister 😉

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