Se brouiller, se débrouiller …

Publié par 10lunes le 28 décembre 2017 dans Médias, Pffffff, Profession sage-femme

 

Je m’apprêtais à passer quelques jours de repos « post Avent » bien mérités mais un début d’agitation médiatique vient me tirer de ma torpeur. La France manque de gynécologues et la santé des femmes serait en danger. « Entre 2007 et 2017, le nombre de ces spécialistes a chuté de 41,6 % à 1 136 et il pourrait tomber à 531 en 2025. Face à cette pénurie, des femmes renoncent à se soigner« .

Ce chiffre de 1136 est apparemment indiqué par l’Ordre des médecins ; pourtant, en 2017, la Dress recense 2978 gynécologues médicaux et 4869 gynéco-obstétriciens. Mais ce qui est rare est cher ! La pénurie annoncée permet de « justifier » les dépassements d’honoraires de ces spécialistes évoqués dans ce second article du Monde.
Mais comme il serait malvenu de s’y arrêter, nos amis du SYNGOF s’empressent de souligner « le premier problème de la profession ne se situe pas là, mais dans « la difficulté à trouver un gynécologue ».

Bertrand de Rochambeau, président du SYNGOF enfonce le clou sur France Info « Ni les médecins généralistes, ni les sages-femmes ne sont suffisamment formés pour assurer le suivi gynécologique des patientes » et plus loin« Si les femmes ne réclament pas des gynécologues, elles devront se débrouiller avec les généralistes et les sages-femmes ».
Situation également évoquée par le Monde où les journalistes écrivent« Certains gynécologues médicaux semblent aujourd’hui se résigner (c’est moi qui souligne…) à un passage de relais aux sages-femmes libérales » en interrogeant leur formation « Elles arrivent sur le marché sans être suffisamment formées en gynécologie, met en garde Anne Gompel, de l’université Paris-Descartes. »

Ces polémiques récurrentes sont lassantes*.
Rappelons ici que la formation des sages-femmes comprend 190 heures dédiées à la gynécologie, la contraception et aux violences faites aux femmes et 8 à 14 ECTS (soit 90 à 420 heures) de stage pratique.
Rappelons surtout que les sages-femmes ne souhaitent pas remplacer les gynécologues médicaux mais travailler avec eux. Une meilleure répartition des actes de prévention et de dépistage permet justement de libérer du temps de spécialistes pour traiter les pathologies. Mener une consultation de contraception sur le mode « BERCER », réaliser un frottis en prenant le temps de déstresser une dame pleine d’appréhension, poser « tranquillement » un implant ou un DIU, évoquer les questions de sexualité, dépister les infections sexuellement transmissibles, interroger les possibles violences… c’est à la fois essentiel et chronophage. C’est aussi autant de temps libéré au spécialiste pour le traitement d’une infertilité, d’une endométriose (suspectée grâce à un interrogatoire attentif) ou de toute autre pathologie gynécologique.

Heureusement certains gynécologues savent travailler de concert avec les sages-femmes.
D’autres… toujours pas.

 

 * testez une recherche sur le blog avec le mot clef SYNGOF…

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Edit du 29/12/2017 : extrait du rapport de la Cour des comptes « L’avenir de l’assurance maladie » – novembre 2017 (p 50)

En revanche, dans la filière périnatale, malgré l’élargissement progressif des missions des sages-femmes aux termes de plusieurs lois, la prise en charge n’a pas été structurée selon une logique graduée de substitution et de complémentarité des différentes catégories de professionnels : gynécologues obstétriciens, gynécologues médicaux et sages-femmes. La bonne articulation des compétences au sein de cette filière aurait pourtant permis d’obtenir rapidement un meilleur suivi des femmes et des parturientes et des économies significatives pour l’assurance maladie.

La loi du 9 août 2004 a autorisé, en effet, le suivi d’une patiente – de la déclaration de grossesse à l’examen post-natal sous réserve de l’absence de pathologie, celle de 2009 a introduit le suivi gynécologique de prévention et la prescription de la contraception, et la loi de modernisation de notre système de santé leur reconnaît, sous certaines conditions réglementaires, la possibilité de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse et un droit étendu de prescription et de vaccination.
Une consultation par une sage-femme revient à 23 €, alors que celle d’un gynécologue est de 28 € en secteur 1. Les gynécologues sont 62 % à exercer en secteur 2, avec des taux de dépassement des tarifs opposables de 75 % pour les gynécologues obstétriciens et de 99 % pour les gynécologues médicaux.

 

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Référentiel ;)

Publié par 10lunes le 24 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Elle fait le choix  – ambitieux dit-elle car elle se qualifie d’hypocondriaque – de faire suivre sa grossesse par une sage-femme. Mais de petits soucis de santé viennent contrecarrer cette décision. L’expertise d’une gynécologue-obstétricienne est devenue nécessaire.

Le premier rendez-vous la rassure, le changement d’opérateur sera serein. La praticienne est douce, son cabinet accueillant, ses gestes posés, ses explications audibles. Et détail d’importance, son accord est sollicité avant l’examen.

Ce qu’elle résume ainsi à son conjoint « Elle est super cette gynéco, pour te dire, on dirait une sage-femme ! »

 

Joyeux Noel à toutes et tous  !

 

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Identifié

Publié par 10lunes le 23 décembre 2017 dans 9 mois

 

Plusieurs couples se retrouvent en préparation à la naissance. La discussion file sur les modalités de l’accouchement et les certitudes de ceux qui attendent leur premier enfant se confrontent à l’expérience de ceux qui sont déjà passé par là. Quelques mythes habituels sur la régularité des contractions ou la durée forcément majorée d’un premier accouchement n’y résisteront pas…

C’est maintenant la péridurale qui est sur la sellette. La sage-femme répond à quelques questions techniques puis se tourne vers une des femmes :
–  » Comme tu as eu une péridurale la dernière fois, peut-être peux-tu raconter comment cela s’est passé ?

Elle plonge dans ses souvenirs, décrivant  l’anesthésiste en tenue bleue, la position assise sur le lit, le marche-pied que l’on rapproche pour qu’elle puisse s’y appuyer, la sensation de froid quand son dos est badigeonné d’antiseptique…
Elle sourit en évoquant l’exigence de faire le dos rond, position lui apparaissant alors inaccessible.

– Heureusement quelqu’un devant moi m’a pris dans ses bras pour m’aider à mieux m’installer.
– Ce quelqu’un, c’était moi ! » précise alors son compagnon.

 

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Mictions impossibles (21 01 2011)

Publié par 10lunes le 22 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Massive, le cheveu dru et blanc, l’œil vif, la voix forte, elle ne passe pas inaperçue.
Elle vient pour traiter une situation invalidante, des besoins irrépressibles et très fréquents d’uriner qui la clouent chez elle. Elle fuit le marché qu’elle aimait tant, ne fait plus ses courses que dans une grande surface proche de son domicile disposant de toilettes facilement accessibles, a renoncé aux sorties organisées par le club des anciens, n’ose plus répondre aux invitations de ses amis.
75 ans, veuve, elle reste malgré son âge alerte et tonique ; mais sa vessie la condamne progressivement à la solitude.

Elle reprend espoir lorsque, osant enfin en parler à son médecin, il lui prescrit des séances de rééducation. Elle arrive chez nous bien décidée à corriger cette vessie devenue incontrôlable.

Nous travaillons donc, avec assiduité, motivation. Elle se plie sans protester à mes « exigences », répète les exercices quotidiennement, consigne avec précision ses ressentis, la fréquence de ses passages aux toilettes, note les petits progrès.
Au fil des semaines, elle reprend le contrôle de sa vessie, retrouve confiance, s’autorise une sortie au restaurant avec le club, puis s’aventure à une excursion en car. Libérée de ses anciennes contraintes, elle retrouve amis et joie de vivre.
Nous pouvons nous quitter.

Quelques mois plus tard, je la croise dans un des rayons de la supérette voisine. Quelques clients y font leurs courses, leur panier à la main. La musique de fond est discrète, l’ambiance aseptisée.
A quelques mètres l’une de l’autre, nos regards se croisent. Je n’ai pas le temps de m’approcher pour la saluer. Rompant le silence quasi monacal du temple consumériste, elle s’écrie avec force « Oh ! Lola ! Ça me fait plaisir de vous voir, JE PENSE A VOUS TOUS LES JOURS QUAND JE FAIS PIPI ! »

Je prends de ses bonnes nouvelles puis me sauve sans oser lever les yeux sur les clients qui nous entourent.
Mais je m’amuse encore à l’idée ce qu’ils ont pu penser…

 

PS : Pardon pour le titre calamiteux. J’ai pas pu résister 😉

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Démonstrative

Publié par 10lunes le 21 décembre 2017 dans Après

Centre ville bondé un samedi, dans le dernier sprint pré-festivités de fin d’année.
Au fond de sa poche, le portable vibre. Pas le sien, celui qu’elle partage avec d’autres sages-femmes du secteur pour assurer la « continuité des soins » le week-end, chacune à leur tour.
Au bout du fil une femme qui a accouché un mois plus tôt. Elle allaite et se plaint d’un sein douloureux.

Il est mal aisé de poser un diagnostic par téléphone. La sage-femme interroge, cherchant à connaitre les circonstances d’apparition de la douleur, ses modalités. Peu à peu, une hypothèse semble s’imposer. Pour la confirmer, elle questionne encore faisant préciser la localisation, l’induration, la chaleur… Concentrée sur la conversation, elle oublie la foule autour d’elle.

Un discret coup de coude la ramène à cette réalité.
Son compagnon chuchote à son oreille
– « Arrête…
– Regard étonné, J’arrête quoi ?
De te palper le sein » 

Fou-rire partagé.
Faute de contact direct avec son interlocutrice, elle mimait ses questions depuis le début de l’échange.

 

 

 

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Vocabulaire

Publié par 10lunes le 20 décembre 2017 dans Naissance

 

Comme beaucoup d’autres femmes, elle s’est forgé une vision de l’accouchement à base de fictions mal ficelées, récits dantesques et autres épisodes de baby boom et consort.

Elle s’est projetée dans un imaginaire empli de cris, de larmes et de sueurs, d’équipe débordée et autoritaire. Elle a pensé se tordre sur le lit tout en serrant trop fort la main de son compagnon.
Ce serait, comme on dit, un sale moment à passer.

Mais à son arrivée en maternité, elle trouve tout autre chose. Une sage-femme disponible et empathique, une salle de naissance apaisée. Elle peut cheminer à son rythme, rassurée par cette présence bienfaisante, étonnée de pouvoir se mobiliser comme elle le souhaite, du bain chaud, du peu de gestes médicaux jamais imposés et toujours expliqués…

Tellement surprise de la douceur – relative – de cette naissance que ses premiers mots de remerciements pour la sage-femme seront « J’en reviens pas, je vous ai même pas insultée ! »

 

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Poche ventrale

Publié par 10lunes le 19 décembre 2017 dans Après

 

L’accouchement date d’à peine un mois quand une infection impose d’hospitaliser la mère, sans son enfant.

Le jeune père est un peu perdu. Il quitte le service avec son bébé dans les bras, ce fils qui n’a jamais tété que le sein.

Pas d’alternative, lui qui s’appuie sur sa compagne depuis la naissance, se sentant moins à l’aise, moins confiant, pâle copie d’un original inatteignable… il va devoir assurer.

Ce qu’il lui démontre dès le lendemain, gérant préparation des biberons de main de maître mais surtout, arborant fièrement lors de sa visite à l’hôpital une écharpe de portage et son tout-petit lové dedans.

Depuis, elle est rentrée à la maison, a repris l’allaitement et tout va pour le mieux.
Lui garde de ces quelques jours une confiance accrue dans ses compétences paternelles
et un nouveau plaisir.
Il porte son bébé, pour l’endormir, pour le câliner, ou simplement assurer les taches incontournables du quotidien.
A longueur de journée.

D’ailleurs, c’est bien simple, il s’est rebaptisé « papa hippocampe ».

 

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A terre

Publié par 10lunes le 18 décembre 2017 dans Après

 

Avant de la rencontrer, chaque tétée nocturne – et elles étaient nombreuses – la tirait de son lit pour aller sagement s’installer comme il le lui avait été montré, bien calée dans un fauteuil.
Position parfaitement confortable en journée, beaucoup moins à 3 heures du matin.

Imaginez un peu :
Se lever, aller dans l’autre pièce, allumer la lumière, installer la nouvelle-née,  perdre peu à peu la chaleur du lit, lutter contre la fatigue, tenter ensuite de recoucher sa fille elle aussi bien réveillée par tous ces déplacements puis chercher le sommeil … jusqu’à la tétée suivante.

A ce mauvais train là, elle s’est vite épuisée.
Tout a changé le jour où elle a découvert cette autre façon de faire, lui permettant de donner le sein en restant allongée.
Elle n’en avait jamais entendu parler, n’était pas sure de bien comprendre les explications données.

Il n’y avait que trois fauteuils dans le petit cabinet de consultation.
Alors la sage-femme s’est allongée au sol pour mieux lui montrer.

Et elle s’est dit que personne n’était jamais allé jusque-là pour l’aider.

 

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Autonome

Publié par 10lunes le 17 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Elle est allongée sur le lit d’examen, jambes fléchies, un pan de tissu couvrant son bassin. Son bras soutient sa petite fille qui tète le sein avec bonheur.
Elle est sereine ; de l’autre coté d’elle, c’est sa sage-femme de confiance qui officie.
Car elle est là pour une pose de DIU.
Qui ne se passe pas tout à fait comme prévu, du moins coté sage-femme. Cela fait plusieurs minutes qu’elle s’évertue à poser ce petit Y de cuivre et de plastique au creux de son utérus. Et elle a bien du mal. Elle s’excuse régulièrement de sa lenteur, se réjouit à haute voix que ça arrive avec elle si détendue et pas avec la dame plus que stressée du matin pour qui la pose s’est passée rapidement, la félicite de sa patience, s’excuse encore.
Elle, ça l’a fait plutôt sourire. Les essais de la praticiennes sont indolores et elle aurait presque envie de plaisanter sur ses excuses multirépétées.

Tentant une nouvelle stratégie, la sage-femme lui demande de l’aider en tenant le spéculum.
Et je la cite car je ne saurais mieux dire : « Et donc un bébé dans une main, un spéculum dans l’autre, ce jour là j’ai pris ma santé en main de façon tout à fait littérale ».

 

Epiloque : l’histoire a 3 ans, le DIU est bien en place et sa confiance toujours entièrement acquise à sa sage-femme.

 

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Rendez-vous

Publié par 10lunes le 16 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Aujourd’hui, ce ne sera pas une histoire d’Avent, juste une histoire de  circonstance.

La semaine dernière, je n’ai pas pu travailler, ce qui ne m’arrive, disons … jamais. Chaque année, il y a bien une petite maladie hivernale qui me cloue au lit mais toujours harmonieusement… un week-end ; de gentils virus restant en embuscade jusqu’à ce que je les autorise à se déployer. Le lundi suivant, j’ai toujours l’impression que je n’y arriverai pas et puis une heure avant le premier rendez-vous, me voilà suffisamment d’aplomb pour assurer la journée et retourner mourir un peu juste après.

Une sorte de rituel annuel que je ne dois pas être la seule à connaitre.

Mais les virus viennent de déroger à la règle établie. Ils m’ont clouée sur place plusieurs jours, m’imposant de ne pas sortir de mon lit, et même, signe particulier de « gravité » quand on me connait, de ne rien manger.

Tout ayant une fin, entre une tisane au miel et un bain chaud, j’ai une pensée émue pour ma collègue qui a assuré le remplacement au pied levé. Il faudra aussi remercier les femmes et les couples qui ont accepté ce changement de dernière minute avec le sourire. Un peu déphasée, je recalcule les dates concernées.

Des larmes.

La premier jour, c’était la date de son anniversaire, le premier que je ne pourrai pas lui souhaiter.
J’avais pensé à Noel sans elle, à mon anniversaire sans elle, pas au sien.

Mon inconscient déchaîné a bien fait les choses.
J’ai travaillé le jour de sa mort. Je venais de déplacer tous mes rendez-vous du lendemain pour traverser la France et aller la voir lors d’une hospitalisation « un peu » inquiétante… sans plus.
A 12 h elle allait mieux.
A 12 h 30 elle n’était plus.

L’après midi, j’étais au cabinet. Certains rendez-vous déplacés étaient refixés tard le jour même, je n’ai pas osé, pas voulu les déplacer encore.

Alors ce jour de travail manqué, le premier depuis tellement d’années, je le lui devais bien.

 

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