Consternation

Posté par 10lunes le jeudi 26 mai 2016 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

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Ce matin je me réjouissais d’avoir retrouvé @DocArnica sur twitter  quand soudain…une alerte mail : L’accouchement doit rester un moment intime.

Le genre de titre fourre-tout qui peut dire tout et son contraire.

L’introduction précise que la sage-femme interviewée réagit au récit d’une naissance à domicile. Je m’empresse de chercher l’article, une simple anecdote permettant d’ajouter un peu de joyeuseté dans les pages locales.

Mais cette sage-femme « qui réagit » n’est pas n’importe qui. Elle est présidente d’un Ordre départemental, c’est-à-dire d’une structure censée me représenter, même si le département concerné n’est pas le mien.
Voyons donc qui nous représente en Indre et Loire.

Une sage-femme qui « ne cautionne pas l’accouchement à domicile », au point de le répéter deux fois. La question n’est pas de cautionner ou pas mais de s’appuyer sur une argumentation scientifiquement valide.
Apres avoir indiqué que l’Ordre national cherche à trouver des réponses au problème de l’assurance (et s’être autorisée à affirmer que ce sera sans succès) elle ajoute que l’AAD est dangereux, reprenons à son compte les sempiternels « et si »… On ne fait pas de la médecine avec des si, des hypothèses et des cas particuliers, on E-VA-LUE. Et l’évaluation permet me semble-t-il de « cautionner ».

Au paragraphe suivant (décidément y a pas une ligne qui passe), elle entretient le mythe de l’ambulance dédiée aux Pays-Bas. Les ambulanciers hollandais n’ont bien évidemment rien d’autre à faire que de patienter des heures devant le domicile d’une femme en travail en prévision d’un très éventuel transfert vers une maternité.

On en arrive au chapitre bien-pensance. « Les femmes ont parfois l’impression d’être dépossédées », mais les professionnels les ont en-ten-dues ! Leurs demandes sont d’ailleurs si bien reconnues que ma consoeur envisage un projet de naissance… soyons fous… « pourquoi pas sans péridurale ».

Elle en appelle ensuite à la baignoire et aux ballons en oubliant, comme trop souvent, qu’accompagner une naissance de façon physiologique et respectueuse ne se résume pas à quelques éléments de décor. Avant l’eau et les coussins colorés, cela nécessite une sage-femme bienveillante évidemment, mais surtout disponible… denrée devenue rare au fil des réductions de postes en maternité (la semaine dernière, j’ai revu deux couples en suivi postnatal qui racontaient chacun avoir attendu plus d’une heure – et pas le même jour-  avant d’être accueillis parce que les sages-femmes étaient plus que débordées. L’une des mères a frôlé de très peu l’accouchement en salle d’attente…)

Enfin – et vous me direz que c’est mon petit ego qui est blessé mais oui, il est blessé – je me désespère de voir ma consoeur réduire ma place dans cette « ouverture à des mises au monde plus naturelles » à une « large palette de préparation ».

Parce que la place des sages-femmes libérales – comme de toute autre sage-femme – c’est assurer des consultations, accompagner les grossesses en s’attachant à prévenir avant d’avoir à guérir, écouter, dialoguer, participer à l’émergence d’un projet libéré de tout formatage type Babyboom et consort, aider les femmes et les couples à s’appuyer sur leurs  compétences propres…

Tout sauf se limiter à une palette de techniques, aussi charmantes soient-elles.

Au final, je ne me reconnais dans aucune des paroles énoncées par ma…ahem… « représentante ».

 

 

 

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Pas casser !

Posté par 10lunes le mercredi 25 mai 2016 dans Petites phrases, Pffffff, Profession sage-femme

 

Préambule : si vous n’êtes pas sur le réseau qui gazouille, ce billet va vous paraître… lunaire ! Et si vous l’êtes mais abonnés plus spécifiquement à des cueilleurs de champignons ou à des passionnés de land art*, il vous semblera très décalé.
Mais si vous me suivez sur twitter, alors ce billet vous parlera peut-être.

Ce texte très bisounours, je l’ai rédigé en 2014, à l’occasion d’une rencontre entre twittos… Deux ans plus tard, je ne retire pas une ligne de cette quasi déclaration d’amour !
Le publier aujourd’hui, c’est ma façon de réagir à l’actuel #médecinbashing qui menace le réseau solidaire et informel qui s’est construit entre soignants « bienveillants ».

Il ne s’agit pas de cautionner d’éventuels dérapages ; il s’agit simplement de ne pas juger – et encore moins condamner ! – sur un tweet, une saute d’humeur, un trait d’humour… Il s’agit de ne pas en appeler à la justice, fut-elle ordinale, en cas de désaccord.
Il s’agit au final de se montrer intelligent, de savoir débattre plutôt qu’agresser, pour ne pas casser un outil utile aussi à ceux dont nous devons prendre soin.

* aucun rapport avec le billet… juste pour le plaisir et l’apaisement !

 

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Le jour dit

Posté par 10lunes le jeudi 5 mai 2016 dans Profession sage-femme

 

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Aujourd’hui c’est la journée internationale de la sage-femme, hier c’était celle des pompiers et ce sera celle sans régime demain… C’est pour vous dire combien ces journées sont essentielles !

Mais bon nous autres humains semblons aimer petits rituels et autres célébrations… L’occasion d’un billet m’interrogeais-je in petto en début de semaine ?

En 2014, on s’y était mis à plusieurs et ça avait fait un chouette truc 😉 Allez-y voir si vous n’étiez pas là.
L’an dernier… rien.

Cette année…
Je pourrais vous causer d’un reportage* consacré aux sages-femmes libérales dans les déserts médicaux mais je n’ai pas pu m’empêcher de bougonner devant mon écran. A coté des infos données sur notre métier, il y a des commentaires inutilement dramatisant « Au bout d’une demi-heure, Marie peut ENFIN rassurer les parents », et quelques propos tenus pas mes collègues dans lesquels je ne me reconnais pas ; comme des mots condamnant l’accouchement à domicile (mais bon comme d’hab, on est pas sûr de ce qui a été dit avant / après, disons que la phrase a été sortie de son contexte).

J’arriverais à me convaincre que c’est pas si mal mais… Y a ce moment fatidique où l’on découvre une de mes consœurs assise dans l’herbe face à un lac. La voix off s’empresse de nous préciser « Pour se ressourcer entre deux visites, elle éprouve le besoin de méditer face à la nature »
Et je peste. Je peste contre la sage-femme qui peut se ressourcer autant qu’elle veut mais pourrait le faire hors caméra ; je peste surtout contre la production qui trouve là une belle occasion de cautionner le coté « extatiques de la matrice » que certaine aime à nous attribuer.

J’en étais là de mes réflexions quand le téléphone a sonné. Aujourd’hui, j’étais – bénévolement – d’astreinte. Depuis des années, les sages-femmes du coin sont organisées entre elles pour que chaque week end et jour férié, l’une de nous soit disponible pour les visites à domiciles et les appels urgents de nos « patientes ».
Ca permet aux familles de savoir qu’elles peuvent toujours compter sur une sage-femme et aux collègues de déconnecter vraiment.

Le téléphone a donc sonné. C’était une jeune femme, récemment sortie de maternité, jamais suivie par une sage-femme libérale et un peu perdue. Le médecin vu après sa sortie lui a donné des conseils consignes et la reverra la semaine prochaine. La  puéricultrice a constaté que le bébé perdait du poids et le reverra la semaine prochaine… C’est le pont quoi.
Et quand cette jeune mère inquiète s’est tournée vers le centre hospitalier, on lui a dit d’appeler la sage-femme d’astreinte.
Comme si notre astreinte était un service officiellement reconnu (et donc rémunéré)…

Bon, je me suis dépatouillée comme j’ai pu, sans dossier et sans transmissions.
C’est pas grave, c’était ma tournée journée !

 

 

* en ligne jusqu’à dimanche soir

 

 

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En toute franchise

Posté par 10lunes le mardi 5 avril 2016 dans Vie des femmes

 

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Je l’ai rencontrée pour ses grossesses et pas revue depuis plusieurs années. Son nom est noté sur l’agenda sans que soit précisé le motif de la consultation. Le code couleur m’indique juste qu’elle n’est pas enceinte.

Elle affiche un large sourire, s’annonce heureuse de retrouver le cabinet, déroule quelque prétexte futile ne justifiant pas sa venue.
J’attends.

Elle commence par donner des nouvelles de ses petits, me présente fièrement leurs photos sur son téléphone.
Elle parle d’elle maintenant, son nouveau job plus intéressant mais exigeant et les étapes à passer pour progresser encore, l’éloignement progressif avec son compagnon, accaparés qu’ils sont par le quotidien, les enfants, la nouvelle maison, les rituels week-end avec les amis et plus vraiment de temps à deux. Elle rebondit sur sa santé, déplorant de ne pas prendre plus soin d’elle.
Un virage encore et elle entame une liste de bonnes résolutions.

J’ai le sentiment que c’est pour cette liste qu’elle est venue me voir. Parce que je l’ai connue « avant » ; avant ses enfants, avant son nouveau poste, avant son déménagement. Je suis le témoin nécessaire de ses engagements futurs.
Et ils sont multiples ; faire un régime, se mettre au jogging, prendre des cours du soir pour obtenir une nouvelle qualification professionnelle, débuter le yoga…  Cette liste  déjà longue des choses à faire vient se compléter d’une seconde à ne plus faire : fumer, s’énerver sur les enfants, se coucher tard, grignoter. Perdue dans ses pensées, elle égrène une interminable suite d’indispensables.

Bien trop longue suite, et surtout bien trop conforme à un pseudo idéal de magazine féminin. En deux mots : inutile et inaccessible. Mais comment l’évoquer sans la blesser ?

-« C’est courageux de t’engager ainsi mais tu ne peux pas tout envisager, et surtout pas tout en même temps. Il faut te montrer réaliste dans tes attentes, choisir des objectifs à ta portée
Pour adoucir mon propos, je tente l’autodérision, Tu sais, si je décidais d’être miss France, je n’y arriverais pas.

Son regard parcourt la pièce sans s’arrêter sur rien. La liste de ses bonnes résolutions occupe toujours son esprit.
Elle prononce quelques mots en pilotage automatique, par simple politesse, pour ne pas me laisser sans réponse.
Et se débarrasse en glissant
Ça c’est sur ! ».

😀

 

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Ceci n’est pas un poisson

Posté par 10lunes le vendredi 1 avril 2016 dans Militer

 

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Les premières maisons de naissance françaises ouvrent officiellement leurs portes aujourd’hui !


Ce pourquoi beaucoup ont âprement combattu pendant 18 années voit le jour un 1er avril.

Petit clin d’œil du destin à tous leurs détracteurs.

18 ans, c’est long. Suffisamment pour que des amis espèrent que je les accompagne en maison de naissance pour leurs prochains petits et que ces petits voient arriver le lycée, qu’un autre réfléchisse à devenir sage-femme ou qu’un tout dernier soit scolarisé depuis septembre.

18 ans, c’est la moitié de mon temps d’exercice et du coup la certitude que je ne serai jamais de l’aventure. Aucune ouverture dans ma région et quasi pas d’espoir que cela advienne dans les années à venir.

Mais quel plaisir de voir que d’autres y sont parvenu.
Quel bonheur de voir toutes ces énergies réunies se concrétiser enfin.

Que la route leur soit belle !

 

 

Petite récap des principaux billets sur ce thème depuis l’ouverture du blog

Maison de naissance et faux semblants
Prendre date

Où l’on reparle des MDN
Démocratie
Soutenir
Fière d’être lobbyiste
Sept ans de réflexion
Feuilleton
Salve 1
Salve 2
Salve 3 et mise à mort
Rebelote
Le bout du chemin ?
Un tout petit pas pour les femmes, un vrai pas pour l’obstétrique ?
You pas pi
Top départ ?

 

 

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A son corps défendant

Posté par 10lunes le mardi 8 mars 2016 dans Blessures

 

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Les jours défilent, les semaines s’enchaînent, pas le temps d’écrire, même pas le temps d’avoir de l’inspiration, quelques mots jetés çà et là sur une feuille volante ou un post-it informatique avec l’espoir que ça puisse un jour aboutir à un billet.

Mais pour le 8 mars, j’écris quoi ?
L’inspiration, c’est pas sur commande. Alors j’écris… rien.

Et puis hier un mail vient éclairer une journée pas folichonne à base de grossesse non désirée, violences, suivi médical abscons et autres joyeusetés. La journée du « pas droit des femmes ».

En substance le mail disait : « On s’était causé y a 4 ans parce que je cherchais une sage-femme pour un accouchement à domicile, je viens enfin de la trouver pour ma troisième grossesse. Pour la deuxième, la maternité s’annonçait accueillante mais le jour de la naissance, j’ai pas eu le choix… Si tu veux je t’en raconte plus pour le blog »

Je veux oui, d’autant que les droits des femmes, c’est aussi d’avoir le droit de choisir ce qui leur convient le mieux pour leur accouchement.

Alors elle m’a raconté
Et je vous raconte à mon tour.

Elle met son premier enfant au monde de façon suffisamment « classique » pour savoir que ça ne lui convient pas.
Pour son deuxième enfant, à défaut de sage-femme prête à l’accompagner pour une naissance à domicile, elle trouve une petite maternité – moins d’une naissance par jour – réputée accueillante.

Elle rencontre la cadre du service pour évoquer son projet d’accouchement physiologique. C’est quoi un accouchement physiologique ? lui est-il répondu. Mettons ça sur le compte d’une réelle volonté d’écoute et de la nécessité de mettre des mots précis sur des concepts qui ne sont même pas clairs pour les professionnels (au point qu’il leur est parfois demandé d’écrire des « protocoles » d’accouchement physiologique. Plus antinomique que ça tu meurs ; mais bon, là c’est pas le sujet…)

Ce premier contact un peu frais est très largement compensé par une seconde rencontre ; ils visitent l’établissement avec une sage-femme à l’écoute, ouverte à toutes leurs demandes ; pas de perfusion, liberté de mouvement, clampage tardif du cordon…. Ils se sentent entendus, respectés.
Ils sont confiants.

Le jour J arrive. Le travail avance vite. Elle est à 9 cm de dilatation quand ils sont accueillis par une sage-femme qu’elle ne connait pas. Elle est installée en salle de naissance. On lui parle de perfusion, elle refuse, se raccrochant aux paroles de la première sage-femme rencontrée  « Si vous le souhaitez, on peut ne poser qu’un cathéter ».
La sage-femme de garde s’étonne de son refus : Mais POURQUOI vous refusez la perfusion…?  Elle ne cède pas et obtient son cathéter, posé sans ménagement, après plusieurs essais infructueux de la sage-femme, par un anesthésiste  fanfaronnant  « Et si vous avez besoin, on peut aussi poser une péri ».

On les laisse enfin tranquilles quelques minutes. Elle trouve la position qui la soulage le mieux, à quatre pattes (en position mains-genoux 😉 )
Mais la sage-femme revient, Moi je ne fais pas les accouchements comme ça, et lui impose une position gynéco.
Tout s’enchaîne trop vite. Pas d’accompagnement, pas de respect de ses demandes. Elle crie qu’elle n’y arrivera pas. Pourtant, l’enfant naît rapidement. Le cordon est coupé tout aussi rapidement. Elle ne s’en aperçoit que trop tard, comme elle découvre trop tard aussi que son bras est branché à la perfusion refusée.

L’immense bonheur de la rencontre avec sa nouvelle-née se teinte de la déception de n’avoir pu se faire entendre.

Un peu plus tard, la sage-femme  la (se) félicite. Vous voyez, vous y êtes arrivé !

 

 

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Mauvais jour

Posté par 10lunes le lundi 8 février 2016 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

Elle annule son rendez-vous pour un prétexte futile dix minutes avant l’heure fixée. Je propose un autre moment le lendemain. Ça ne lui convient pas non plus. Pas de problème, une série de dates étant déjà programmée, nous nous verrons comme convenu le… Mais cette dame que je ne connais pas encore s’offusque que je n’aie rien d’autre à lui offrir. Son ton se pince pour m’annoncer un Je vais réfléchîîîr cumulant tous les accents circonflexes en sursis.  Notre relation commence sur un mauvais pied, je suggère de tout annuler.

La suivante arrive, déstabilisée. Elle souhaite faire suivre sa grossesse par une sage-femme, comme pour ses deux enfants précédents. Mais depuis elle a déménagé ; nouvelle  sage-femme mais aussi nouveau médecin traitant. Quand elle l’a informé de sa décision, il s’en est offusqué : Comment ça c’est une sage-femme qui va vous suivre !!  Mais comment, c’est aussi une  sage-femme qui va faire vos échographies !!  Mais c’est n’importe quoi !!! Mais où va-t-on, mais où va-t-on !! Je tente de rester déontologique en soulignant que nous avons tous nos mauvais jours…

Pendant la pause repas, la salle se refroidit. Le volet est bloqué et le réparateur tente d’y remédier, toute fenêtre ouverte. Ça dure, encore et encore. Faut commander une pièce… qu’il n’aura pas tout de suite… et ça va coûter cher… Il assaisonne ces mauvaises nouvelles de divers commentaires, tout le temps de sa longue intervention : Mais qui vous a monté ce volet, travail de sagouin, faut pas demander à n’importe qui.. ah la la vous vous êtes bien faite avoir…  mais quelle idée d’avoir fait bosser une boite pareille etc etc… Ne revendiquant aucune expertise en volet roulant, je finis, excédée par le lui signaler.

Il est tard, j’ai faim, le repas chauffe… et mon portable sonne. Le nom qui s’affiche est celui d’une collègue qui – s’appuyant sur ma longue expérience du libéral- m’a adressé de multiples questions par mail. J’ai répondu de façon détaillée en citant de nombreuses références légales et médicales pour étayer mes propos. J’imagine un petit mot de remerciement pour le temps passé à traiter ses problèmes. Je n’y aurais pas droit, elle se lance dans une nouvelle série de question, même pas précédé d’un rituel « j’espère que je ne te dérange pas ». La soupe refroidit…

Beaucoup plus tard, je souffle sur le potage que je viens de réchauffer en ruminant ma journée. Un mot tourbillonne sans que j’arrive à l’identifier. Un truc que j’essaie de mettre en oeuvre au quotidien, pour lequel j’apprécierais une certaine réciprocité.
Ah oui… le respect.

 

 

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Clémente

Posté par 10lunes le jeudi 28 janvier 2016 dans 9 mois, Blessures

 

Je le savais pourtant qu’elle attendait ce résultat, qu’elle se rongeait d’angoisse, que les délais de réponse qui lui avaient été annoncés étaient bien trop courts. J’avais tenté de corriger sans oser trop insister.

Et puis ce courrier qui m’attend depuis hier. En mon absence, mes collègues ouvrent « mes » résultats de labo mais cette enveloppe neutre n’avait l’air de rien, elles n’y ont pas touché.

Moi non plus, je ne l’ai pas ouverte tout de suite. J’ai profité de la pause café du midi pour terminer la pile. Un faire-part, une brochure pour un congrès très éloigné de mes centres d’intérêt, quelques résultats d’analyse arrivés le jour même, le chèque d’une femme venue avec sa carte bleue ( j’ai pas de lecteur de carte), une énième pub tentant de se déguiser en information professionnelle et puis cette enveloppe blanche… et son destin à l’intérieur.

Nous avions rendez vous une heure plus tard.

J’ai bêtement pensé qu’elle savait déjà, que puisque le courrier était posté de l’avant-veille, on lui avait communiqué les résultats, qu’il était stupide de l’appeler une heure avant notre rencontre pour le vérifier.

Je l’ai vue dans la salle d’attente, fermée, stressée, pas libérée… le doute m’a traversé – à peine – juste assez pour que je m’entende prononcer avant de me l’être formulé…
– Tu as eu tes résultats ?
Sa tête a fait non.

– Mais c’est bon ! Je les ai reçus, tout va bien !

Elle a pleuré toutes les larmes retenues depuis trois semaines ; j’ai pris sa main.
J’ai un tout petit peu – discrètement – pleuré avec elle et je lui ai demandé pardon parce qu’une heure de plus au bout de trois semaines, oui ça compte quand même.

Alors elle a dit le truc le plus gentil du monde.
Elle a dit :
– Mais c’est mieux comme ça. Je n’aurais pas voulu être seule, c’était bien d’être avec toi pour savoir.

 

 

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Pour un clic, avec toi, j’écrirais n’importe quoi… ♫

Posté par 10lunes le mardi 12 janvier 2016 dans Après

 

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Quel meilleur moyen pour booster les visites sur un site que d’affoler le chaland ?
Les titres accrocheurs et les contenus racoleurs, c’est le fond de poubelle du net.
Cette petite cuisine me laisse souvent indifférente. Mais quand un titre grand public tente de recruter de l’audience en reprenant une étude sur l’accouchement tout en en omettant un « détail » essentiel pour la rendre plus angoissante, je m’énerve.

Parents.fr titre « Les blessures post-accouchement comparables à celles des sportifs ».
Sportive de dernière zone inclassable tellement elle est énième, je peux m’enorgueillir de deux performances athlétiques enfants ! Et m’imagine bardée de blessures de guerre, éclatante démonstration de mon dévouement maternel puisque je n’en ai jamais rien ressenti…

Je lis « événement le plus traumatisant, blessures pelviennes irréversibles dans 15 % des cas » (en gras, des fois que vous sautiez la ligne). Et comme on en est plus à un trou de la sécu près, l’article évoque l’intérêt d’une IRM systématique pour toute accouchée.

Mais vous n’avez pas encore assez peur, alors se rajoute avec un deuxième paragraphe sur le périnée avec 41 % (!) des femmes ayant subi « une déchirure du périnée, au point que ce muscle se détachait partiellement ou complètement de l’os pelvien ». Vous le voyez bien votre corps déchiqueté… vous vous imaginez traînant votre lambeau de périnée plus attaché à rien… ?

Sous l’article un lien conduit à un résumé de l’étude initiale. On découvre alors que les chiffres ne concernent pas l’ensemble des accouchées ; l’étude ne portait que sur des femmes présentant des facteurs de risque élevés de déchirure (lesquels, quel pourcentage de femmes concernées ?).
Elle souligne d’ailleurs qu’il n’est pas question de généraliser l’IRM à toutes les femmes ayant accouché.

La conclusion est bien celle citée par Parents.fr : « Si une femme sent qu’elle ne récupère pas assez, qu’elle a une sensation d’inconfort ou que certains symptômes l’empêchent de faire ses exercices de Kegel, elle doit consulter un spécialiste »*. 

Mais elle n’a plus tout à fait  le même sens…

 

*En espérant qu’elle n’entendra pas ce qu’une femme me racontait ce matin même. Se plaignant de douleurs vives plusieurs semaines après son accouchement, elle a consulté et a eu pour seule réponse, « Tout est rentré dans l’ordre, tout est normal, c’est dans votre tête ».

 

 

 

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Taxe tampon

Posté par 10lunes le vendredi 1 janvier 2016 dans Pffffff, Vie des femmes

 

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Je surfais paisiblement sur le net, tentant de me motiver pour un petit billet histoire de débuter une année pleine de bonnes résolutions bloguesques.

J’hésitais entre une version volontariste et positive : 2016 sera l’année de l’expérimentation des maisons de naissance (pour lesquelles nous bataillons depuis 1998…)

Et une version réaliste : des tarifs assurantiels s’apprêtant à exploser, des maternités overbookées « offrant » des conditions de travail de plus en plus délétères, des droits de prescriptions toujours stupidement listés et autres incohérences textuelles nous imposant moult acrobaties dans notre exercice quotidien…

Puis je suis tombée sur ça.
Que sont nos petits problèmes face à une société qui ne semble pas s’émouvoir de l’instrumentalisation chaque jour accrue des corps maternels ?

Parce que oui, les injonctions sont multiples ; ne pas fumer, ne pas boire, éliminer de nombreux aliments – et souvent les meilleurs ! -, ne pas prendre trop de poids mais quand même assez, avoir une activité sportive mais pas trop quand même, bien dormir et surtout, surtout, ne pas stresser !

Une autre série d’injonction est médicale. Par définition, une femme enceinte offre son corps aux soignants, acceptant sans broncher échographie endovaginale et touchers vaginaux répétés.
Mon coeur se serre chaque fois qu’après ma demande d’accord pour un examen, j’entends : Avec ma grossesse, je me suis tellement habituée –  La pudeur est une notion que j’ai du oublier… Phrases accompagnées d’un demi sourire résigné.

Donc ne chipotons pas, les mères ne sont plus à une intrusion près. Envisager un nouveau truc à mettre dans son vagin pour aider leur futur génie à être encore plus génial NE DOIT PAS leur poser problème.

Il serait quand même détestable et bien peu maternel de refuser un dispositif qui permet « d’améliorer le développement neuronal de son bébé ».
A croire que tous les enfants nés avant cette magnifique invention sont débiles. Du coup, je comprends mieux pourquoi je suis si fréquemment déçue de l’humanité.
Z’ont pas eu les neurones correctement développés ? C’est bien ça ?

 

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Trêve de ralerie !

Je vous souhaite une belle et heureuse année 2016.
J’en profite pour remercier toutes celles (aucun homme ne s’est senti concerné) qui m’ont envoyé leurs récits pour l’Avent 2015. Je n’ai pas pu tout utiliser, parfois parce que je ne trouvais pas comment reprendre le récit, parfois parce qu’il m’invitait plutôt au pessimisme.
Mais je piocherai dans toutes ces histoires pour nourrir le blog cette année. Et la boite mail reste ouverte !

 

 

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