Top départ ?

Publié par 10lunes le 26 novembre 2015 dans Militer, Profession sage-femme

 

stopwatch-259375_640

Les bonnes nouvelles ne sont pas légion en ce moment. Saluons la très attendue parution au JO de l’arrêté listant les 9 sites d’expérimentation des maisons de naissance.

Bien sur, ce n’est encore qu’une étape de la longue course d’obstacle.
Il faut maintenant adapter des locaux et les équiper.
Il faut aussi relancer le travail auprès des assureurs puisque les propositions actuelles restent tres supérieures aux prévisions (au vu de la proximité imposée entre MDN et maternité, les budgets tablaient sur une assurance au tarif « plateau technique »).
Il faut enfin inventer au quotidien comme une nouvelle façon d’exercer le métier de sage-femme, entre le  collectif d’une maternité et le solitaire du domicile.

C’est encore énormément d’argent, de temps, d’énergie à investir par les sages-femmes qui  ont accepté de se lancer dans l’aventure et la poursuivent sans réelle visibilité.

Saluons leur courage et leur détermination.
Elles sont en train de tourner une page essentielle de l’obstétrique française.

Merci à elles !
Merci à celles et ceux, parents comme professionnels, qui les encouragent et les soutiennent !

 

Edit du 27/11  : Audrey pose une excellente question en commentaire et je m’aperçois que je n’ai jamais pris le temps d’écrire la définition des MDN sur le blog. Wikipédia propose un dossier assez complet. Et en tapant le mot clef maison de naissance dans la case recherche (barre de droite) vous pouvez retrouver un certain nombre (!) d’articles sur les aléas de leur expérimentation…


Grace à ce petit coup de boost, je relance l’appel AVENT 2015. J’ai besoin de vous et de vos récits !
Edit bis : je précise ma demande. Je lis tous vos mails avec plaisir et intérêt, ils m’enrichissent, me touchent, me révoltent, en un mot ils me nourrissent !
Mais le projet Avent impose un certain format : je dois pouvoir m’accrocher sur une anecdote ayant un début, une suite et une chute.

 

 

Mots-clés : , , , , | 4 commentaires

Une question de pot

Publié par 10lunes le 8 août 2013 dans Profession sage-femme

 

stopwatchC’est un jour comme je ne les aime pas. Les rendez-vous s’enchaînent et le téléphone se déchaine. D’habitude, un arrangement tacite fait que chacune essaye de prendre les appels à tour de rôle pour que ce soit moins lourd. Ce jour-là, je suis seule au cabinet, aucun relai n’est possible et il semble que la ville entière se soit donné le mot.

Je passe mon temps à m’excuser de décrocher auprès des gens que je reçois, essayant de faire au plus vite. Quand l’échange s’annonce prolixe, je propose de rappeler plus tard et la liste des rappels à faire s’étirant, je me sens obligée de préciser « Surement assez tard ; après 21 heures, ça ne vous dérangera pas trop ? » La journée sera longue.

Une solution serait de brancher le répondeur mais pour cela il faudrait enregistrer l’annonce adéquate – je n’ai jamais pu trouver le Graal que serait un répondeur acceptant de garder en mémoire plusieurs annonces différentes…  Au vu du retard accumulé, je n’ose pas prendre le temps de faire le message entre deux rendez-vous, sure de bafouiller et de devoir m’y reprendre à de multiples fois.

C’est à elle. Je la prie d’excuser mon retard. Elle s’assied, la mine défaite, son bébé de deux semaines endormi dans ses bras. Elle est fatiguée, peine à trouver ses marques de jeune mère. Tout l’inquiète, il dort peu, pleure beaucoup, réclame souvent, le cordon saigne. Surtout, à la maternité, on a décelé un petit souffle « sans gravité ». Cette précision ne l’a pas rassurée ; elle rumine l’information depuis la semaine dernière « Je n’ai pas voulu te déranger » … Le téléphone lui n’hésite pas. Je m’excuse à nouveau et décroche, bien décidée à reprendre l’entretien au plus vite.

A l’autre bout du fil, mon interlocutrice a quelque chose à demander à mon associée mais consent, à défaut, à m’interroger. Elle se lance dans un long monologue. « Comment faut-il s’y prendre pour mettre un enfant sur le pot parce que le petit, il veut pas y rester et pourtant il a l’âge parce que deux ans c’est l’âge quand même ma mère disait un an et ma belle-mère dix-huit mois mais je voulais pas le brusquer et ce serait quand même bien qu’il y arrive mais même en lui donnant un jouet il se relève tout de suite alors je me demande si… ».  Un peu déconcertée, je tente de couper court en annonçant que je ne sais pas vraiment quoi lui répondre, que la sage-femme n’est peut-être pas le professionnel adéquat.

Elle rétorque qu’elle a appelé le cabinet parce qu’elle ne savait pas à qui s’adresser mais que mon associée elle, elle savait toujours TOUT.
Et raccroche, me laissant le poids de sa perceptible déception.

 

Mots-clés : , | Ajouter un commentaire

A baby is being born

Publié par 10lunes le 15 juillet 2013 dans Profession sage-femme

 

Miniature_Naissance_Louis_VIII

Depuis de longues semaines, ma boite mail est envahie de multiples alertes concernant la maternité d’une certaine Kate. D’habitude, je zappe. La royale descendance me laisse plus qu’indifférente. Mais plusieurs d’entre vous ont attiré mon attention sur un article où il était question de positions d’accouchement.

Finalement, la royauté pourrait amener d’intéressants débats…

Reprenons les propos du Pr Deruelle qui annonce 60 à 80% de péridurale. Le chiffre semble minoré ; en 2010 nous étions déjà à 80%.  Il est difficile d’imaginer que le taux ait pu baisser alors que les équipes sont chaque jour plus pressurées au sein de maternités surbookées… Se passer de péri suppose souvent de pouvoir être soutenue par une sage-femme disponible.

Pour 80% des femmes la position sera donc surtout celle proposée par l’équipe, parce que la recherche d’une position antalgique n’a plus lieu d’être et parce qu’il faut faire avec les multiples capteurs et branchements qui accompagnent la pose de l’analgésie. S’ils n’empêchent pas toute mobilité, ils sont malgré tout une réelle entrave à la liberté de mouvement.

Par contre, affirmer que sans péridurale, les femmes s’allongent pour des raisons physiologiques liées à leur fatigue fera s’étrangler la première sage-femme venue. Les raisons en sont toutes autres. L’une d’elle est d’ailleurs citée dans l’article « l’imaginaire populaire et télévisuel a véhiculé l’image de la femme allongée ». Ce conditionnement insidieux vient se conjuguer à l’aménagement des salles de naissance où trône (!) un large lit confirmant l’évidence de la position allongée. Les nouvelles salles dites natures, en proposant d’autres supports, aideront peut-être les femmes à retrouver plus de spontanéité.

Mais l’origine principale de la position gynécologique est clairement médicale, comme le montre cet extrait du Traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées, rédigé par François Moriceau obstétricien du XVIIème siècle.

« Car toutes les femmes n’ont pas coutume d’accoucher en même posture, les unes veulent que ce soit en se tenant sur les genoux comme font certaines femmes aux villages, les autres étant debout et ayant seulement les coudes appuyées sur quelque oreiller mis sur une table, ou sur le bord du lit et d’autres étant couchées sur quelques matelas mis par terre au milieu de la chambre. Mais le meilleur et le plus sûr est qu’elles soient couchées dans leur lit ordinaire. (…/…)
Ce lit doit être fait en telle façon que la femme ainsi prête à accoucher y soit couchée sur le dos, ayant le corps de moyenne figure, c’est-à-dire la tête un peu élevée et de telle sorte qu’elle ne soit entièrement couchée ni tout à fait assise (…/…)Etant en cette posture, elle écartera les cuisses l’une de l’autre en pliant un peu les jambes contre les fesses, qui seront médiocrement élevées par un petit oreiller mis dessous, s’il est besoin, afin que le coccyx ou croupion ait plus de liberté de se reculer en arrière et les pieds seront appuyés contre quelque chose qui résiste ». 

Ce texte démontre à la fois la reconnaissance de la mobilité spontanée des femmes en travail et la mainmise du médical imposant ce qui ressemble fort à notre actuelle position gynécologique. A un détail près, elle était améliorée  d’un « petit oreiller » permettant une meilleure mobilité du bassin, innovation oubliée et récemment remise au gout du jour par le Dr de Gasquet…

Je me souviens d’une émission diffusée en direct à une heure de grande écoute, il ya une quinzaine d’années. Un obstétricien du moment y avouait avec une franchise aussi déconcertante que son évident mépris, « Oui, la position accroupie est plus physiologique mais moi, je ne suis pas contorsionniste »…

Non Pr Deruelle, les femmes ne s’allongent pas parce qu’elles sont fatiguées, elles s’allongent parce que tous les indicateurs les invitent à le faire. Comme vous le soulignez, elles pensent que la médecine sait mieux qu’elles et d’une certaine façon, vous appuyez cette croyance en affirmant « La sécurité doit toujours primer sur le physiologique » comme si l’un s’opposait à l’autre.

Pourtant, le courant semble s’inverser, doucement, trop ! L’expérimentation des maisons de naissance sera, n’en doutons pas, votée à l’automne ; les salles natures se multiplient.

Et si l’effervescence médiatique liée à la naissance d’un petit britannique amène un obstétricien français à parler d’accouchement accroupi ou à quatre pattes…tous les espoirs nous sont permis !

 

 

NB : Quelques idées de position sur le site de l’Afar

 

 

Mots-clés : , | Ajouter un commentaire

Fiction ?

Publié par 10lunes le 5 mai 2013 dans Profession sage-femme

 

1185503907_da8048194d_b

Journal de 20 heures, 5 mai 20xx

« La caisse nationale d’assurance maladie et le ministère de la santé viennent de confirmer conjointement ce que la rumeur laissait entendre depuis plusieurs mois : la profession de sage-femme va être supprimée.

Lors de la conférence de presse, ministre de la santé et directeur de l’assurance maladie se sont montrés très convaincus : un soignant en moins, ce sont des économies en plus. De fait, dans beaucoup de lieux, l’une ou l’autre des fonctions des sages-femmes sont déjà assurées par un autre professionnel. Il ne s’agit que de généraliser ces exceptions à l’ensemble du territoire. Ils ont d’ailleurs énuméré les nombreux praticiens concernés, diététicien, échographiste, généraliste, gynécologue, infirmier, kinésithérapeute, obstétricien, pédiatre, psychologue, puériculteur… »

 

Afin d’organiser la disparition des sages-femmes, le « parcours maternité » a été verrouillé. Des protocoles stricts encadrent l’action des professionnels afin de diminuer les coûts tout en assurant une prise en charge statistiquement optimale.

Rationaliser les soins est devenu un mot d’ordre. Un rendez-vous mensuel unique est  prévu avec un gynécologue. Toute consultation supplémentaire se fait aux urgences et reste à la charge de la patiente si elle est déclarée injustifiée. Afin de gérer les lits au mieux, les accouchements sont programmés dans la trente sixième semaine de grossesse. Les femmes ne restent ensuite hospitalisées que 24 heures. 

C’est à tout cela qu’elle pense dans la salle d’attente bondée du gynécologue.

Comme chaque mois, elle est accueillie par une  infirmière. Une différente presque à chaque fois. Tension, bandelette urinaire, questionnaire standard avec des cases à cocher… en moins de cinq minutes, c’est bouclé et l’infirmière part déjà s’occuper d’une autre patiente, dans un des box voisins.

Pieds dans les étriers, elle attend l’arrivée du médecin. Il la salue brièvement, jette un oeil sur le questionnaire (toutes les croix dans la colonne de droite = RAS ), procède à un rapide toucher vaginal, fait gicler du gel sur son abdomen et, s’emparant de la sonde échographique, confirme que la grossesse évolue. Rendez-vous dans un mois… Elle aurait aimé le questionner sur les tiraillements qu’elle ressent dans le bassin, les tensions de son utérus, ses insomnies, les larmes qui arrivent parfois sans prévenir… mais il est déjà reparti, la laissant gluante de gel. Son temps est compté et des grossesses pathologiques l’attendent. L’infirmière revient, lui tend quelques feuilles de papier pour essuyer son ventre, essaye vainement de la rassurer : « Inutile de vous inquiéter, le médecin a dit que tout allait bien ».

Elle se rhabille, secrétaire, ordonnances standardisées pour le labo, pour l’écho, chèque, programmation du rendez-vous suivant… 

Elle a consulté deux fois aux urgences, une première fois pour « rien », et son compte bancaire a été délesté d’une somme rondelette, une seconde pour une infection urinaire évoluant depuis plusieurs jours, la facture de sa première visite ayant certainement majoré sa « patience ». En consultation, elle n’avait pas osé évoquer les premiers symptômes, habituée à entendre que toutes ses plaintes faisaient partie du cortège normal de la grossesse. Mais la gêne s’est transformée en brûlure, son utérus s’est mis à se contracter douloureusement et le médecin des urgences a du l’hospitaliser quelques jours, en ronchonnant sur ce lit que l’on aurait pu éviter d’occuper si elle avait su s’ inquiéter plus tôt.

A la date programmée pour la naissance, elle est convoquée à la maternité. L’infirmière installe le monitoring, la perfusion, le scope, l’oxymètre et le brassard à tension automatique. L’anesthésiste fait une brève incursion pour poser la péridurale, avant qu’elle n’ait ressenti la moindre contraction. C’est plus rassurant et de toute façon, elle aura son bébé dans la journée ; soit le travail avance, soit on lui fera une césarienne. Pas question d’embouteiller le service en reportant la naissance au lendemain.

Tous les appareils sont reliés à des écrans de contrôle visibles dans chaque bureau de consultation. L’obstétricien n’a qu’à jeter un œil de temps en temps. De toute façon, des alarmes électroniques sophistiquées signalent toute anomalie. Un nouvel appareil, le colpomètre permet d’évaluer la dilatation sans que le médecin ait à se déplacer.

Toute cette technologie l’impressionne. Elle a bien suivi la préparation virtuelle mais le logiciel ne pouvait prendre en compte ni ses ressentis ni ses angoisses. Pour faire passer le temps, elle regarde la télévision, surfe un peu. La connexion wifi lui permet de rester en lien avec ses amis. Elle ne sait pas vraiment ce qui va se passer. Elle photographie  les écrans des machines et transmet les photos sur facebook en espérant qu’une de ses copines saura la renseigner.

L’infirmière est revenue. Le col est complètement dilaté et l’obstétricien a donné la consigne de pousser. Elle s’applique mais tous ses efforts lui semblent vains. Il est tellement irréel de penser qu’elle va bientôt accueillir son bébé. Le médecin a quitté sa consultation pour finir l’accouchement et son absence se doit d’être brève. Avec cette nouvelle organisation, le taux de forceps a explosé mais tout  le monde le dit, c’est mieux comme ça, les femmes n’ont plus à se fatiguer à pousser. Pourtant, elle se sent si lasse une fois son tout-petit né.

Deux heures plus tard, elle est dans un lit pour l’hospitalisation réglementaire de 24 heures. On lui a expliqué que l’infirmière s’occupera d’elle  et la puéricultrice de son bébé. Ses mamelons sont douloureux et elle se demande à qui elle doit en parler, c’est de ses seins qu’il s’agit mais l’allaitement concerne son petit. Grâce à l’écran multimedia, elle envoie un petit message sur Doctissimal, comme une bouteille à la mer…

Le lendemain, elle rentre chez elle. Elle a encore beaucoup de questions, mais heureusement, de nombreux sites peuvent lui donner toutes les informations nécessaires.

Dans les semaines suivantes, elle revoit souvent la puéricultrice car son bébé pleure beaucoup, l’infirmière car l’épisiotomie lui fait mal, le  généraliste pour une crise hémorroïdaire, puis le gynécologue pour un nouvel examen et une prescription de contraception – elle n’a pas eu le temps de lui dire que  pour le moment, la contraception était le cadet de ses soucis- et enfin le kiné qui assure sa rééducation. 

Tous les soignants rencontrés l’ont rassurée. Sa santé et celle de son enfant sont  PAR-FAI-TES !  Elle a l’impression qu’aucun ne peut comprendre ce qu’elle traverse. 

Elle se sent triste, s’inquiète d’un rien, attend chaque rendez-vous avec impatience, en ressort toujours un peu déçue. Elle a déposé des petits bouts de son histoire, de ses émotions, de ses douleurs, de ses questions auprès de chacun. Mais comment reconstruire le puzzle ?

Elle interroge sa mère « Maman, c’est si compliqué à vivre tout ça. La grossesse, l’accouchement et maintenant je me sens tellement perdue avec mon bébé. Toi, comment tu faisais ? »

Sa mère a souri et a simplement répondu, « Moi ? Mais moi, j’avais une sage-femme !« 

 

 

Le 5 mai célèbre la Journée Internationale de la Sage-femme. Partout dans le monde, des femmes deviennent mères, des enfants naissent. Leur santé nous tient à coeur, de même que leur bien-être émotionnel. Partout dans le monde, les conditions entourant cet événement peuvent être difficiles, chacune à leur échelle.
L’International Confederation of Midwives souligne le rôle essentiel des sages-femmes auprès des femmes.
Pour appuyer l’appel de l’ICM, dix blogueuses et blogueurs sages-femmes ont imaginé un monde où leur profession n’existerait pas…

A lire chez :

Bruit de Pinard 
Ella 
Ellis Lynen
Jimmy Taksenhit 
Knackie
Marjeasu 
Miss Cigogne 
NiSorcièreNiFée 
SophieSageFemme 

 

©Photo

Mots-clés : | 1 commentaire

Timbrée

Publié par 10lunes le 28 avril 2013 dans Profession sage-femme

gardarem_ben

 

J’aime bien les jolis timbres ; pas pour accumuler les gravures crénelées dans de précieux albums, mais très banalement, pour le courrier. Comme un hommage rendu au papier, à l’objet. Si j’osais, je cachèterais mes envois à la cire…

Comme le cachet n’est plus vraiment de mise au temps du net, me reste l’option d’égayer mes enveloppes d’une vignette un peu plus originale qu’une banale Marianne.

Quand le stock s’épuise, je passe à la poste, espérant que le choix ne se limitera pas à «Recettes de terroir » ou « collector Claude François ». La dernière fois, il restait  d‘anachroniques «Meilleurs vœux » et les petits messages de Ben.  Va pour les messages. Pour faire bonne mesure, j’ai pris cinq carnets…

J’aurais pas du !

« J’aime écrire » m’arrache un demi rictus quand je poste un courrier en triple exemplaire (maternité/médecin traitant/gynéco) alors que les destinataires se montrent trop rarement enclins à m’écrire quoi que ce soit…

« Je suis timbré » me parait un double sens dangereux pour accompagner le règlement de mon assurance professionnelle.

« Entre nous » est un peu trop intime pour le médecin du travail que je souhaite convaincre de déclarer en inaptitude (provisoire) une femme enceinte malmenée par son employeur.

 « Enfin de l’art » n’est pas tout à fait bienvenu pour le traitement d’une infection vaginale entrainant divers symptômes inconfortables et malodorants.

« Vous êtes formidables » est un encouragement un tantinet excessif pour mes onéreuses cotisations retraites.

« Gardarem lo moral » serait de mauvais aloi pour cette femme redoutant une nouvelle grossesse trop vite venue.

« J’ai quelque chose à dire » semble un message trop explicite pour ma lettre de réclamation à l’Urssaf.

 « Pour l’instant tout va bien » est un poil anxiogène quand j’adresse copie des résultats à celle qui doit rapidement consulter un spécialiste.

« Les mots c’est la vie » n’est pas adapté à ce médecin bourru qui m’a expédiée en trois mots » Hum, oui, peut-être« , lorsque je sollicitais son avis.

« Cette idée voyage » apparaît bien ironique pour le traitement d’une infection sexuellement transmissible.

« Et mots d’amour » ne convient strictement à personne si l’on veut rester strictement professionnelle !

Reste le très tautologique « Ceci est une lettre »…
Enfin m’en reste plus, curieusement les cinq sont déjà utilisés !

 

PS : à celles et ceux qui imaginent qu’il suffirait de choisir un autre timbre pour chaque situation… Essayez… pas si simple !!

 

Mots-clés : , , , | Ajouter un commentaire

C’est pas tous les jours Noël…

Publié par 10lunes le 6 décembre 2012 dans Profession sage-femme

109165746_34d8fac2cf_o

Nous vous prions de nous excuser pour cette brève interruption de programme…

Je vous avais promis des billets légers et joyeux pendant 25 jours. Mais ça va être dur de tenir ; outre que je n’avais pas anticipé qu’écrire un billet par jour était un pari un peu fou…, je n’avais surtout pas anticipé les nouveaux coups de gueule à venir.
Naïve la fille quoi.

Voilà donc une colère toute neuve.

Cette jeune femme dont j’ai suivi la grossesse revient me voir avec son bébé juste né. C’est la première semaine à la maison avec un premier enfant et le jeune couple déborde de questions… Très logiquement, je ressors le dossier pour noter le contenu de la consultation.  

Forcément je lis la phrase écrite en rouge sur la couverture (bon moyen de ne pas oublier les incontournables). Est donc écrit en rouge et grassement souligné :  » Rudivax en PP  » 

En clair, cela signifie que cette jeune femme que j’ai connue au début de sa grossesse n’a jamais eu la rubéole, que personne n’a eu l’idée de la vacciner avant qu’elle ne pense à être enceinte, qu’elle, son compagnon et moi avons un tout petit peu croisé les doigts les premiers mois pour qu’elle ne rencontre pas le virus pile à ce moment-là, que ledit virus a eu la gentillesse de passer son chemin et que comme ce serait ballot de recroiser les doigts la prochaine fois, ben on va se dépêcher de la vacciner juste après l’accouchement, avant qu’un nouveau projet de bébé n’arrive dans sa vie…

Et pour ne pas oublier, c’est donc noté en rouge.

Mais c’est sans compter l’obtuse bureaucratie ambiante puisque le vaccin contre la rubéole (Rudivax) a été retiré du marché le 12 novembre dernier au profit du ROR. Il est donc impossible depuis cette date de vacciner contre la rubéole sans faire dans le même temps le rappel oreillons et rougeole (le fameux ROR).

Outre que ça m’énerve un poil de revacciner « de force » des femmes qui ont déjà eu la rougeole (c’est son cas), y a un petit bug supplémentaire…

Le ROR n’est pas dans la liste des droits de prescription des sages-femmes.
La rubéole OUI (mais on s’en fout, ça existe plus) mais le ROR NON !

Ce qui signifie que cette dame dont j’ai suivi toute la grossesse, qui reviendra pour sa consultation postnatale et ensuite pour son suivi gynécologique (de prévention !), cette dame qui va très bien et n’a aucune pathologie, cette dame qui souhaite juste suivre mes conseils et se faire vacciner contre la rubéole … ben faut qu’elle aille voir un médecin pour avoir une ordonnance de vaccin.

Vaccin que dans leur grande mansuétude, les mêmes bureaucrates qui m’interdisent de le prescrire, m’autorisent cependant à pratiquer…

 

©Photo

Mots-clés : , , , | Ajouter un commentaire

Hôpital j’écôute !

Publié par 10lunes le 3 décembre 2012 dans Profession sage-femme

5503915810_9eb06cea06_b

Les suivis de grossesses pathologiques à domicile s’apparentent parfois à des enquêtes policières.  Souvent, les femmes nous contactent (dé)munies d’une simple ordonnance précisant le nombre de passages requis chaque semaine… et roule ma poule, nous devons en déduire de quoi il s’agit. Si la future mère n’a pas tout compris des explications qui ne lui ont peut-être pas été données, à nous la joie d’explorer les résultats de labo et de décoder les diverses prescriptions pour en déduire quelle est la pathologie qui motive le suivi.

Et quand le dossier est complexe, qu’un des paramètres à surveiller sort un peu des clous, pas assez pour envoyer la dame directement aux urgences mais quand même suffisamment pour que l’on ne puisse se contenter de ne rien faire… c’est le grand moment du coup de fil à un ami, je veux dire à la maternité.

Cet appel là date mais le souvenir reste aigu. Peu rodée à l’exercice, contactant un hôpital où je ne connaissais personne, dont j’ignorais les rouages, redoutant le jugement carnassier d’une collègue de CHU méconnaissant les difficultés de la solitude libérale, j’avais pris mon courage et mon téléphone à deux mains.  

Sonneries…. standard, je demande les « grossesses à haut risque » où la patiente était hospitalisée avant de nous être confiée…  sonneries… retour au standard « Ne quittez pas« … sonnerie… enfin quelqu’un décroche et me confirme que je suis dans le bon service. 

Craignant d’oublier un détail d’importance, je me lance dans une description plus qu’exhaustive de la situation, des antécédents aux résultats de bilan, de la pathologie motivant le suivi aux traitements en cours. J’en arrive enfin à la consultation du jour et je détaille les motifs de mon inquiétude. Cinq bonnes minutes d’exposé sans reprendre mon souffle. Enfin je m’arrête avec la satisfaction du devoir accompli. On ne pourra me reprocher d’avoir omis un élément essentiel au diagnostic !

A l’autre bout du fil, la voix traîne « Ouiiiiii et alors ?
– Et alors ? Je voudrais une conduite à tenir. Est ce que vous souhaitez la réhospitaliser ?
– Ch’ais pas moi, ch’uis la secrétaire. »

 

©Photo

 

 

Mots-clés : | Ajouter un commentaire

Bruits

Publié par 10lunes le 25 octobre 2012 dans Profession sage-femme

2994066524_21f2a2a80e_z

Le week-end dernier, un fait divers dramatique a occupé les médias qui ont unanimement relayé une version simpliste et reprise en boucle, à base de déserts médicaux et de fermetures des maternités de proximité. Après les médias se sont engouffrées les représentations professionnelles, reformulant les faits pour mieux les faire coïncider avec leurs propres combats. Les politiques ont renchéri – persistance de l’absurde agitation coutumière au mandat précédent ? – Le président a demandé publiquement l’ouverture d’une enquête administrative et MN Lienemann, sénatrice PS, réclamé un moratoire sur la fermeture de maternités. Enfin, Pelloux en a appellé aux maisons de naissance. Je devrais m’en réjouir mais là encore, il ne s’agit que d’attirer la lumière ; une maison de naissance n’est pas un lieu d’accueil pour un enfant prématuré.

Chez les sages-femmes, ça bruisse aussi. Elles se sentent oubliées, les médias ont causé maternités, gynécologues, mais pas d’elles. Il faudrait réagir. Ca discute, ça temporise… les uns et les autres finissent par publier leurs communiqués. 

Quelle que soit la justesse des causes défendues, cette curée où chacun tente d’utiliser l’émotion (le voyeurisme ?) me désole. Le monde médiatique semble ainsi fait que nous ne puissions débattre sur la place publique qu’à « l’occasion » d’un drame individuel …

Mais la difficulté d’accès aux soins n’est pas que géographique. Dans le même temps, les syndicats de médecins négocient leurs (tarifs) pardon, leurs dépassements d’honoraires. Les raisonnements spécieux fleurissent, invoquant le non remboursement par l’assurance maladie des dits dépassements pour contester sa place dans ce débat. La belle idée de 1945, garantissant un égal accès aux soins pour tous, est balayée. Oui les tarifs médicaux ne sont pas toujours à la hauteur des études/des responsabilités/du temps passé/de l’investissement- cf ce billet de Fluorette, médecin généraliste, qui détaille comment son exercice se vit au quotidien. Mais comment peut-on parler de santé en parlant de loi du marché ?! Certains osent évoquer les cabinets débordant des spécialistes en secteur 2 pour expliquer que les gens se font soigner, quelque soit la part restant à charge ! Et quid de ceux qui n’ont pas ou plus les moyens ? Que sont devenues les valeurs solidaires ? 

Et si vous voulez avoir une idée de ce que serait la santé sur le modèle américain, quand les assurances privées sont aux commandes, ce qui semble en train de se profiler en France, je vous invite très fort à lire cet article paru en 2009. Mesurons notre chance et faisons tous en sorte que le système ne s’effondre pas.

La politique de santé ne se pense pas dans l’urgence mais il y a urgence à la repenser.

 

 

PS prosélyte… :

Si j’étais médecin, je serai syndiquée au SMG 
Et comme je suis sage-femme, je suis syndiquée .

 

 

©Megatron Matrix – Nam June Paik

Mots-clés : , , , , , , | Ajouter un commentaire

Juste valeur ?

Publié par 10lunes le 10 octobre 2012 dans Profession sage-femme

516138699_d55db75da2_b

C’était quelques jours avant la revalorisation de notre consultation (passée à 21€ depuis le 15 septembre).

Elle arrive en cours de grossesse parce que ses « exigences » horaires ne conviennent pas à son gynécologue qui lui aurait dit « Si vous voulez des rendez-vous après 18 heures, vous n’avez qu’à aller voir une sage-femme ». C’est en tout cas ce qu’elle me raconte pour expliquer notre rencontre un peu tardive. Le code du travail autorise*les absences pour les consultations règlementaires mais bien que salariée, sa situation professionnelle ne lui permet pas de faire jouer cet article sans risquer de perdre son emploi.

Je la reçois donc en fin de journée. Comme trop souvent, son médecin n’a pas jugé utile de me transmettre un dossier. Son parcours de vie émaillé de petits mais nombreux problèmes de santé occupe une bonne partie de la consultation. La partie suivante est consacrée à l’avalanche de ses questions inquiètes. C’est la première fois semble-t-il qu’elle peut évoquer la masse de scénarios angoissés accumulés depuis le projet de cette grossesse.

Examen clinique (après avoir argumenté l’inutilité du toucher vaginal systématique), prescription du bilan mensuel (en expliquant ce qui est recherché) ; il est presque 20 heures quand la consultation se termine.

-« Voilà vous me devez 19 €. Je vais prendre votre carte vitale, vous serez remboursée dans les cinq jours et j’attends pour poser votre chèque.

– Oui d’accord mais je croyais que pendant la grossesse on était couverte à 100% ?

– Tout à fait, vous serez remboursée de la totalité par la sécurité sociale, sans mutuelle.

– Oui mais pendant la grossesse on est bien prise en charge à 100% ?

– Bien sûr, c’est ce que je viens de vous dire.

– Mais si je suis à 100% pourquoi je devrais avancer l’argent ?

– Parce que la prise en charge 100% et le tiers payant, ce n’est pas pareil. De toute façon, je ne déposerai pas votre chèque à la banque avant que vous ne soyez remboursée.

– Ah bon, mais pourquoi je dois vous payer ?

…..

– Parce que notre rendez-vous a duré plus d’une heure, qu’il est tard et que je trouve normal d’être payée pour mon travail ! Pas vous ?

– Si si… «  dit elle en extirpant – lentement – un chéquier de son sac.

Déontologiquement correcte, je n’ai pas évoqué les dépassements d’honoraires – connus et conséquents – de mon « confrère » gynécologue.

 

*Article L1225-16 du code du travail ; ça peut toujours servir !

 

©Photo

 

Mots-clés : , , | Ajouter un commentaire

Le passé au présent

Publié par 10lunes le 16 juillet 2012 dans Profession sage-femme

 

3553516632_716536231b_z

Archives INA 1982

En plateau, la journaliste annonce un reportage sur « une chaise d’accouchement »

Les  images apparaissent, accompagnées d’une presque première phrase de commentaire « L’idée est d’accoucher en  position oblique sinon assise, mais pas à la façon des écologistes, pas accroupie sur le sol en famille avec des amis »…

C’était il y a 30 ans mais l’ironie méprisante du propos est encore d’actualité. Certains s’amusent toujours du désir d’accoucher autrement, ailleurs que sur le trop fameux lit (qui a bien peu évolué depuis), plus entourée que par l’unique accompagnant toléré par nombre de services, obligeant parfois père, meilleure amie, grand-mère voire doula à se prêter à de stupides relais. Un à la fois !

Comme en 82, c’est toujours la sécurité qui est invoquée ; nécessité de surveiller le périnée pour justifier la position,  risque infectieux ou manque de place en cas de gestes d’urgence pour expliquer la limitation des présents, inconvénients ne concernant étonnamment pas les différents stagiaires en formation…

En voyant ces images d’archives, je reconnais le fil torsadé rouge et blanc de l’électrode de scalp que l’on vissait au crane fœtal (!) pour mieux surveiller son rythme cardiaque. Je retrouve le nouveau-né isolé dans son incubateur sous le regard anxieux d’une mère impuissante à le rassurer. Je me rappelle qu’à l’époque, la consigne était formelle, « le bébé doit être couché sur le ventre »…

En 82, j’étais déjà sage-femme. Heureusement, mon premier poste m’avait fait découvrir d’autres façons de faire. Les femmes accouchaient souvent assises, sans étriers. Elles faisaient leur dilatation dans l’eau, bougeaient, marchaient. Leur enfant restait longuement posé sur leur ventre, puis était baigné (ce qui n’était pas une si bonne idée)…

En 82, cette maternité subissait déjà les foudres de l’establishment pour oser penser autrement.

La seule vraie différence, trente ans plus tard, c’est que se faire traiter d’écologiste est plutôt valorisant…

 

©Photo

 

Mots-clés : , | Ajouter un commentaire