Du buzz et des larmes

Publié par 10lunes le 13 janvier 2014 dans Vie du blog

 

bigth_3303Le blog a débuté l’année sur les chapeaux de roue avec deux billets multi-relayés.

Le succès du premier me ravit. Comme de nombreux autres  blogueurs, j’ai souhaité annoncer le documentaire « Entre leurs mains ». Et tous ceux qui le voient ont envie qu’il soit vu par d’autres…

Un film qui réussit l’exploit de motiver la publication d’un article dans l’Express évoquant l’accouchement à domicile sans sous-entendre la folie des parents et l’inconscience des sages-femmes les accompagnant… comment dire, je ne pensais pas voir ça de mon vivant ! Ce reportage fait plus en 55 minutes pour convaincre de l’importance des conditions d’accouchement que de nombreux discours et mobilisations.  

En le visionnant,  chacun peut réaliser que nos prises en charges stéréotypées sont critiquables, que l’hypermédicalisation de la naissance à la française peut être remise en question, qu’une autre voie est possible. Et si cette conviction est portée par de nombreuses sages-femmes  – et quelques obstétriciens – rendre cela évident aux yeux de tous, et surtout de ceux qui ne s’interrogent pas sur les conditions de naissance, c’est une formidable réussite.

Puis il y a eu ce second billet, un texte bref, issu des échanges avec une amie sage-femme, racontant les larmes aux yeux une consultation récente. Elle évoquait cette blessure que laisse un accouchement mal vécu, mal soutenu, blessure tellement présente qu’elle peut s’ouvrir à nouveau des années plus tard. Celle-ci s’était ouverte en visionnant le film… et la douleur était violente.

Le jour de la publication de ce billet, le compteur de visites a explosé. J’aurais pu m’en réjouir  –  comme tout blogueur, j’écris dans l’espoir d’être lue –  mais si ce texte a été tant relayé, c’est certainement parce que vous êtes nombreuses (nombreux ?) à vous y reconnaître.  Sinistre constat.

Alors bravo à « Entre leurs mains » pour son succès ; merci à tous ceux qui en parlent, à tous ceux qui relaient.
Les prises de conscience, brutales et douloureuses, que ce film génère sont autant d’appels à interroger nos pratiques.
Saurons-nous enfin les entendre ?

 

 

NB : Il est maintenant possible de répondre à chaque commentaire ce qui, vous le reconnaîtrez, facilite grandement les débats. Un grand merci à la déménageuse réaménageuse Myriam Corbet qui s’est échinée à reprogrammer le truc.

 

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Entre nos mains

Publié par 10lunes le 1 janvier 2014 dans Profession sage-femme

 

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J’ai terminé l’année en douceur en regardant « Entre leurs mains », magnifique documentaire consacré à l’accouchement à domicile, mais militant bien plus largement  pour une naissance respectée.

Ce que l’on y voit de l’accompagnement des sages-femmes filmées est humain,  juste, chaleureux, empathique, en un mot évident. Mais ce faisant, le film montre en filigrane comment l’organisation actuelle des établissements conduit à délaisser ces évidences.

Qu’il est triste d’entendre les femmes raconter les conditions de leur accouchement en maternité, qu’il est triste d’entendre les sages-femmes hospitalières évoquer ce qu’elles « font » aux femmes, ou plutôt ce qui leur est imposé de faire aux femmes. Le constat est glaçant.

Et c’est de notre responsabilité collective, à nous sages-femmes, à nous tous soignants, de changer cela.

Cet accompagnement attentif ne doit pas être, ne peut plus être une exception réservée à quelques femmes informées, déterminées et suffisamment chanceuses pour trouver une sage-femme proposant un accompagnement global.

Les sages-femmes sont en souffrance. Certaines se protègent et s’accommodent du fonctionnement actuel, devenant des techniciennes émérites. D’autres se désolent au quotidien et tentent de préserver ce qu’elles peuvent d’humanité dans les heures qui entourent une naissance.

Mais nous pouvons changer de paradigme ! 

Il « suffit » *que les sages-femmes puissent exercer vraiment leur métier, partout, à la maison comme en maternité.
Il « suffit » que les sages-femmes se mobilisent pour que l’organisation des structures ne les réduise pas à n’être que celles qui monitorisent, tensionnent, perfusent, périduralisent et délivrent.

Il ne s’agit pas de se reposer sur la supposée bienveillance de mère nature, ni de nier l’importance du suivi médical. Le documentaire d’ailleurs évoque les possibles aléas à travers quelques images, un transfert du domicile vers la maternité en cours d’accouchement parce que le travail n’évolue pas correctement, un monitoring (tenu à la main pour éviter à la mère l’inconfort d’une ceinture enserrant son ventre), des bilans sanguins discutés en consultation.

Mais en obstétrique, la médecine se doit d’être d’abord préventive. Nous avons le plus souvent affaire à des femmes en bonne santé, nous disposons d’efficaces outils de surveillance permettant d’anticiper nombre de pathologies et l’intervention n’est pas la règle mais l’exception.
Il nous faut retrouver cette tranquille sérénité incarnée par les quatre sages-femmes de ce documentaire. Savoir suivre grossesse et accouchement en pariant sur les compétences intrinsèques des femmes à mettre leur enfant au monde, tout en restant dans une discrète mais réelle vigilance.

Il nous faut aider les femmes à retrouver une confiance dont on les a dépossédées à coup de discours anxiogènes, de prises en charge déstabilisantes et de télé-réalités scénarisées.

Que perturbons-nous dans le processus de mise au monde en réduisant l’accouchement à l’extraction d’un fœtus d’un utérus ? Que modifions-nous dans l’accueil de ce nouveau-né ?

On m’objectera que les femmes qui accouchent et les enfants qui naissent ne vont pas si mal.

Regardez « Entre leurs mains » pour comprendre comment ils pourraient aller… autrement…  

 

Le film est disponible  en replay ici jusque fin janvier 

* Ne me taxez pas de naïveté, le « il suffit » est ironique. Les deux derniers mois ont démontré combien la parole des sages-femmes était inaudible. La pesante réalité du quotidien face à de grandes avancées. Mais nous pouvons chacun essayer de faire chaque jour un tout petit pas… Ne pas se taire en est un.

 

 

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Braderie de fin d’année !

Publié par 10lunes le 22 décembre 2013 dans Militer

 

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En ce moment, les sages-femmes se font entendre et je ne moufte pas. C’est pas vraiment mon habitude hein, en général j’arrive à suivre ce qui se passe. Mais là, niet, nada… j’ai l’impression de ne rien comprendre.

Parce qu’au départ c’est clair ! Les sages-femmes portent des revendications partagées par toutes :  reconnaissance de leurs compétences, réelle autonomie d’exercice pour que ces compétences puissent être mises en œuvre, parcours de soin utilisant au mieux les dites compétences et puis un peu aussi de meilleurs salaires (ce point ne concerne pas les libérales mais je suis évidemment solidaire).

Simple, carré, évident.

Sauf que tout cela achoppe sur le statut qui semble diviser les sages-femmes.
On pourrait même dire que ça achoppe sur un point de vocabulaire : « mé-di-cal ». Encore une fois, le classement des professions de santé – quasi spécificité hexagonale – en deux catégories, médicaux/paramédicaux, complique la donne. Ainsi, Michel Sapin, ministre du travail s’autorise à interpréter (mais de quoi qu’il se mêle !) « [Le travail des sages-femmes] mérite une reconnaissance mais ce ne sont pas des médecins ». Personne ne le prétend et surtout pas les sages-femmes. Mais le code de santé publique a déjà tranché, les sages-femmes sont une des trois professions médicales. Point. 

Les objectifs sont donc communs à toute la profession. Mais les chemins qui y conduisent au sein de l’hôpital font débat. Et Marisol Touraine s’empare avec bonheur de ces divisions. Apres avoir annoncé en novembre une phase de concertation suivie de décisions définitives rendues le 20 décembre, elle annonce ce jour là qu’il est urgent d’attendre. L’annonce de la fin 2013 serait donc définitive fin mars 2014.
Ou comment tenter de laisser un mouvement s’épuiser.

Les sages-femmes se seraient mobilisées depuis deux mois pour en arriver là, c’est-à-dire pas très loin ?
Puis vient ce communiqué et là, je me dis qu’elles ont gagné !!!

Paradoxal ?
Mais si certains s’abaissent à ce genre de grossière attaque, c’est que le balancier balance et que la place des sages-femmes devient enfin plus visible.

Sachez Mesdames et Messieurs de la FNCGM que le gouvernement n’a pas à confier la santé des femmes à quiconque. De droit, nous faisons partie des praticiens à qui les femmes peuvent s’adresser. Elles sont adultes et autonomes et confieront leur santé à qui elles le voudront…  Sachez aussi que certaines confient déjà leur santé – génésique – aux sages-femmes et qu’elles sont chaque jour plus nombreuses à le faire. Sachez enfin que les sages-femmes qui les reçoivent s’attachent justement à dépister tout antécédent, toute anomalie qui justifierait de passer le relais.

Mais quand une sage-femme doit diriger une femme vers un gynécologue parce que la situation nécessite ses compétences spécifiques, comment pourrait-elle l’adresser à un signataire de cette pétition ?

Nous ne sommes pas médecins, ne prétendons pas prendre leur place. Nous demandons simplement à être respectées pour ce que nous faisons au quotidien, à pouvoir exercer la profession pour laquelle nous sommes formées.

Le méprisable mépris dont vous faite preuve dans ce communiqué, la pitoyable pétition qui l’accompagne sont révélateurs de votre mode de pensée. Vous grands chefs, nous dociles fourmis ouvrières.

Mesdames et Messieurs de la FNCGM, à tous les étages du système de soin, dès que l’un pense détenir le savoir et réduit l’autre à la simple exécution, il fait fausse route et met en péril la qualité des soins.

Je souhaite travailler avec vous, j’ai besoin de vous.
Mais sans respect réciproque, nous et les femmes dont nous prenons soin, nous sommes bien mal barrés !

 

Photo : manifestation des sages-femmes © « sage-femme en colère »

PS : la succession d’articles « militant » a de quoi lasser les non sages-femmes qui passent par ici. Je vais profiter de la la trêve de Noël pour revenir à d’autres thèmes qui me sont tout aussi chers…

 

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Mon âme au diable

Publié par 10lunes le 8 décembre 2013 dans Formation/déformation

 

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Cette semaine, j’ai un peu vendu mon âme en participant à une formation offerte par des labos.
Je 
m’y étais inscrite malgré la petite voix de ma mauvaise conscience me rappelant que le discours serait forcément tronqué.

Je dois à la fréquentation assidue, virtuelle ou réelle, de praticiens soucieux de santé publique, soignants à l’esprit vif, indépendant, démontant les discours prémâchés et cherchant à se référer à des données fiables… Je dois à tous ceux-là et à mon abonnement à Prescrire une certaine prudence.
La voix fluette de mon ange gardien me disait donc que je vendais mon âme à Big pharma ; le petit diable perché sur mon autre épaule cherchait à me rassurer avec des paroles lénifiantes. A moi de rester vigilante, de ne pas prendre les infos reçues pour argent comptant, et puis quand même, c’était bien sympa de retrouver des copains-copines et de causer d’un sujet qui me passionne, la contraception.

Au final, mon petit ange avait raison, le diablotin a été mis KO au premier round et n’a plus osé l’ouvrir.
Nous (je co-voiturais, ce qui expliquera ma longue présence..) arrivons juste à temps pour prendre un café-croissant offert par le labo.

Vite aller chercher son badge, s’étonner de voir des couleurs différentes et  comprendre en lisant quelques noms à l’envers que c’est pour identifier la profession, gynécologue, généraliste  ou sage-femme. Mieux vaut savoir à qui l’on s’adresse quand on demande de passer le sucre, on pourrait se compromettre à causer avec quelqu’un n’appartenant pas à notre caste… Les gentils étudiants qui tiennent le stand conviennent de la stupidité du truc avec un grand sourire. C’est toujours ça de pris.

Entrée dans la salle de conférence. Sur nos chaises, une pub pour la pseudo contraception Clearblue nous attend. La notice rappelle en encadré  « Jours verts le couple peut avoir des relations sexuelles sans risque pour la femme de tomber enceinte » mais précise dans le paragraphe suivant : « Clearblue est fiable à 94 % cela signifie que sur 100 femmes qui utiliseraient Clearblue pendant un an, 6 d’entre elles pourraient tomber enceinte en ayant des rapports sexuels pendant un jour vert, suite à une identification incorrecte de leurs jours fertiles par Clearblue« . Fiable à seulement 94% donc …

Les interventions commencent et très vite, la journée s’annonce rude. L’artillerie lourde est sortie pour contester la position de l’ANSM sur les pilules de 3ème et 4ème génération. Les chiffres donnés sont justes mais la façon de les présenter manque de clarté. Tout est dans le commentaire et les sous-entendus.
Chacun par exemple s’accorde à reconnaître que le risque thrombo-embolique est plus important pendant une grossesse que sous n’importe quelle pilule. On pourrait en conclure que le recours à toute contraception est un facteur protecteur mais, petit glissement, seule la pilule estroprogestative est mise en avant pour ce bénéfice…

La plupart des interventions seront sur le même mode. Pas de fausses informations mais de la désinformation, des raccourcis, ellipses, données dépassées (une présentation  s’appuyait sur des études réalisées entre 1977 et 1999 !! ), et argumentaires étonnants – la pilule empêche la chute des cheveux.

Les échecs de pilule sont ainsi commentés « l’oubli est la première cause d’échec »… comme si cela dédouanait ce mode contraceptif. Alors que justement, la difficulté réside dans la nécessité d’une prise quotidienne. On nous dira ensuite que le DIU (stérilet) est plus efficace mais seulement parce que les femmes doivent avoir recours au médecin – ne cherchez pas les sages-femmes, elles n’ont jamais été citées pendant les interventions que j’ai suivies – pour l’enlever.
L’avantage d’une contraception longue durée, c’est justement qu’il n’y ait rien à faire au quotidien !

Plus tard, la salle se sépare en deux groupes, publics avertis – J’ai dit avertis et pas invertis rigole l’orateur. Je reste dans le groupe « novice » car c’est clairement là que sont attendues les sages-femmes. Il s’agit de réfléchir au déroulement d’une consultation d’une jeune fille venant pour la première fois demander la pilule ; quelles questions doivent être posées, quels examens cliniques sont nécessaires ? On est dans le B-A BA pour archidébutants… Les réponses qui fusent dans la salle montrent que ce sont déjà des acquis. On en arrive à Quand doit-elle commencer sa pilule ? La salle, dans une parfaite unanimité affirme : Aujourd’hui ! L’orateur est décontenancé, patine puis pirouette, Je suis un peu classique, on va lui dire de commencer le premier jour des règles…
Pourtant la situation mise en scène concerne une jeune fille de 17 ans et lui demander d’attendre son prochain cycle est un vrai facteur de risque de grossesse… Le désir a des raisons que la raison ne connait pas.

Nous apprendrons aussi qu’il faut parler de vaccin contre le cancer du col (raccourci anxiogène) parce que si on évoque le virus HPV, elle va pas comprendre. Seul bon point, on nous rappelle que l’examen gynécologique n’est pas indispensable (cf ces recommandations HAS).

Bon y a eu aussi des interventions plus objectives, de vraies infos données. Mais c’est presque pire car la qualité de quelques uns tend à faire oublier les « à-peu-près » des autres.

Une anecdote résume parfaitement la journée : un orateur interrompt son intervention pour souligner Ah, j’ai oublié de passer la diapos sur les conflits d’intérêts.  Mais c’est simple, j’ai bossé pour tous les laboratoires

Tout est dit !

 

PS : j’ai « tweeté » en direct  et @_castille a gentiment tout compilé, y compris mes fautes de frappe et mauvaises blagues. Si le cœur vous en dit (le fonctionnement et les « codes » de Twitter sont déroutants pour le novice…).

 

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Odile ne connait pas la nuance (2)

Publié par 10lunes le 20 mars 2013 dans Pffffff

 

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Le billet précédent se terminait par un pastiche, description volontairement caricaturale de l’accouchement sous péridurale, faisant écho à l’accouchement en maison de naissance narré par Odile Buisson.

Le moins que l’on puisse dire est que son propos n’est pas nuancé. Les professionnels de santé soucieux d’une médicalisation raisonnée sont croqués en « extatiques de la matrice », chantres de la douleur, célébrant la nature dans une nouvelle religion.
Les catholiques ont pour les guider un nouveau pape ; les femmes ont Odile.

Car c’est bien elle qui ose ce curieux parallèle « Que le principe religieux s’appelle Dieu ou nature, c’est au choix et c’est pareil »Les mères souhaitant éviter la péridurale sont rapidement cataloguées. Elles ne décident pas pour elles mêmes mais se soumettent  à une autorité extérieure ; « Mélange d’habitude, d’obéissance et de construction mentale séculaires ». Excusez du peu.

Pourtant, la catholique enceinte d’un enfant trisomique qui ne désire pas interrompre sa grossesse n’est elle aucunement suspecte de se soumettre à une loi naturelle ou religieuse. Sa décision ne sera annotée que de ce prudent commentaire « je ne suis pas tout à fait à mon aise »

Elle s’attarde ensuite sur le décalage entre un projet de naissance très idéalisé et la réalité finale. Cet accouchement est vécu sans soutien, sans accompagnement et seul le liquide teinté lors de la rupture spontanée de la poche des eaux fait qu’enfin l’on s’affaire autour de la mère. Si Odile Buisson semble au départ faire preuve d’empathie, déplorant le surbooking de la maternité qui ne permet pas aux sages-femmes d’accompagner ces parents, elle ne peut s’empêcher de moquer la supposée naïveté maternelle « elle le sait bien elle qu’il suffirait d’attendre un peu et que le bébé sortirait de lui-même ». L’enfant naîtra par forceps sous « anesthésie locale défaillante ».
La morale de l’histoire est limpide, imaginer se soustraire à la toute puissance médicale est une faute sanctionnée par le sort.

Les femmes exigent désormais de ne plus souffrir en accouchant nous dit elle plus loin. Décidément les femmes ne savent pas ce quelles veulent, Odile Buisson non plus. Elle témoigne de « féministes railleuses » venues les interpeller « Hep ! Les toubibs ! Cela vous défrise de vous lever la nuit pour faire des péridurales? »  Pourtant, le temps n’est pas si lointain où l’analgésie n’avait lieu qu’au bon vouloir de l’équipe médicale, aux heures ouvrables et pas le week end. Cette « libération », ce « soulagement » tant vantés par l’auteur n’ont pas toujours été une évidence pour les praticiens chargés de la dispenser.

Ne lui en déplaise, les partisans de la naissance respectée ne militent pas contre la péridurale mais pour son libre choix par les femmes, contre la médicalisation de la naissance mais pour le respect la physiologie. 

En 2008, un groupe de travail réuni sous l’égide du ministère de la santé a fait des propositions cherchant à conjuguer plus justement nécessités médicales et souhaits parentaux.

Étonnamment, ni dieu, ni diable, ni extatiques de la matrice dans cette commission qui notait pourtant « Un soutien empathique et physique continu pendant l’accouchement a pour effet de diminuer le stress et présente de ce fait de nombreux avantages comme un travail plus court, une diminution du recours systématique aux moyens techniques et une réduction des extractions instrumentales. »

 

à suivre…

 

 

©Photo Varahi, déesse indienne

 

 

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Odile nous raconte des histoires (1)

Publié par 10lunes le 18 mars 2013 dans Pffffff

 

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Odile Buisson semble faire dans le politiquement correct. Comment s’offusquer qu’un médecin enfourche son blanc destrier pour aller sauver la cause des femmes ? Celles évoquées sont tour à tour indépendantes ou soumises, émues ou indifférentes, informées ou naïves, trop ou mal accompagnées… D’évidence, Odile ratisse large afin que chacune puisse se reconnaître. 

Son credo, seul le gynécologue peut guider cette inconstante qu’est la femme.

Ses bêtes noires avouées ? Tout ce qui ose de près ou de loin remettre en cause l’hégémonisme des médecins, questionner l’hypermédicalisation et nos prises en charge actuelles.

Ses bêtes noires inavouables, les sages-femmes qui, si elles ne sont jamais directement attaquées – Odile a certainement de très bons conseillers juridiques – sont malmenées en filigrane tout au long des chapitres. J’y reviendrai.

Bien plus que la cause des femmes, c’est la cause du pouvoir médical qui l’anime. Pour mieux servir son propos, les femmes apparaissent  souvent manipulées, petites choses bien en peine d’émettre un désir propre et gouvernées par une foule de gourous et autres « intervenants non médecins » (sic). 

Un extrait résume parfaitement le propos :

 » Puis on filme une femme qui accouche de façon très humaine : complètement nue, à quatre pattes, ahanant, tordant son bassin et remuant son postérieur en une transe saccadée douloureuse et électrique. Elle s’échine à expulser son petit. Le mari, calme, un peu peiné, lui masse le haut de la croupe tandis que la sage-femme surveille la posture du mammifère humain. En regardant la scène, il est difficile de ne pas avoir mal pour elle mais … il s’agit de son choix. Et devant une telle souffrance, avoir le choix est même le seul argument recevable. Car pour le reste, l’animalité de la scène est frappante tant elle évoque une douloureuse mise bas. »

La nudité n’a rien d’inhumain, la recherche d’une posture plus favorable à la mécanique obstétricale non plus. Mais cette femme dénudée ahane, se tort, se fait flatter masser la « croupe ». Le vocabulaire sélectionné avec soin renvoie à la bestialité. Evidemment, nous ne saurons rien du vécu de cette mère et de tant d’autres qui choisissent de mettre au monde leur enfant sans recourir à la péridurale. Odile sait pour nous, elles souffrent.

Moi aussi je peux tricher avec les mots et manier la caricature…

Puis on filme une femme qui accouche de façon civilisée. Elle est allongée, vêtue d’une chemise de papier bleu. Immobile, clouée au lit par l’analgésie, elle est dans l’incapacité de sentir comment pousser son enfant. Aucun mouvement, aucune vie ne vient animer son bassin. Le mari, calme, un peu peiné, lui soutient la nuque tandis que la sage-femme dirige les efforts de la mère, coupée de toute sensation.  En regardant la scène, il est difficile de ne pas être triste pour elle mais … il s’agit de son choix. Devant une telle passivité, seul avoir le choix est un argument recevable. Car pour le reste, la froideur de la scène est frappante tant elle évoque une  mécanique expulsive désincarnée.

 

à suivre…

 

 

©Photo

 

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Sous le signe du lien

Publié par 10lunes le 13 mars 2013 dans Pffffff

 

5398546351_035100ff3e_bAprès l’argumentation spécieuse d’Odile Buisson, voilà qu’un autre médiatique gynécologue aligne les affirmations tendancieuses.

Comme il serait dommage ne pas en avoir connaissance, je vous copie ci-dessous l’intégralité d’une interview diffusée sur France Bleue Alsace le 4 mars dernier.

Les maisons de naissance bientôt testées dans toutes la France ?

Le Sénat devrait voter dans les prochaines semaines une proposition de loi qui prévoit d’expérimenter ces structures attenantes aux maternités. Elles offrent aux femmes la possibilité d’accoucher sans être hospitalisées. Le suivi est assuré uniquement par une sage-femme. En ligne avec nous le professeur Israël Nisand gynécologue obstétricien à Strasbourg. Bonjour !

Bonjour.

Vous connaissez très bien ce dossier puisqu’il existe une forme de maison de naissance à Strasbourg depuis 2004. Vous en êtes d’ailleurs le responsable. Cela signifie qu’il y a aujourd’hui une vraie demande de la part des femmes ? Est-ce que c’est parce que l’accouchement est devenu trop médicalisé professeur Nisand ?

Non il n’y a pas de vraie demande parce que nous offrons 8 salles de maisons de naissance à Strasbourg depuis 2004 et ça correspond à 3 % des accouchements, donc il n’y a pas de réelle demande ce n’est pas en augmentation. Il y a une demande de certaines professionnelles de s’affranchir de la tutelle des médecins mais il n’y a pas de demandes de patientes.

Le Professeur Frydman, autre gynécologue médiatique, évoque lui une demande de 10 à 15 %*. C’est bien parce que ces salles physiologiques n’ont rien à voir avec une maison de naissance que la demande ne se développe pas. L’accompagnement global est une des clefs de voute du succès. Réduire le concept à une salle un peu plus accueillante bénéficiant d’une baignoire, c’est démontrer ne rien avoir compris ni à l’idée défendue, ni surtout aux attentes des femmes.

Donc c’est plus un débat purement médical alors, c’est ce que vous nous dites ?

C’est un débat assez corporatiste parce qu’il y a dans pratiquement toutes les maternités de France des secteurs physiologiques où l’on peut accoucher en faisant moins de médecine. Mais si on s’éloigne des salles d’accouchement, on s’éloigne aussi de la possibilité d’avoir une péridurale et cela c’est pas dit dans la chanson. Comme actuellement il y a une assez mauvaise météo pour les femmes, je dis que ces maisons de naissance à distance des salles d’accouchement où il n’y aura plus de péridurale possible c’est un peu une tromperie pour les femmes.

Les salles physiologiques sont loin, très loin, d’être présentes dans toutes les maternités de France.
Par ailleurs, opposer les unes aux autres est absurde.  Est-ce que l’on imagine opposer maternités de type 1 ou 3 ? Ce sont des offres de soin complémentaires, pas interchangeables.
Quant à tromper les femmes…

Oui parce que vous à Strasbourg, c’est vrai que les salles sont vraiment incluses dans la maternité, enfin les médecins peuvent venir à tout moment alors que la proposition loi ne prévoit pas ça. C’est ce que vous dénoncez ?

Voilà, voilà, c’est ce que je dénonce. C’est sûr qu’un certain nombre de sages-femmes ont envie de devenir chef de service et de s’affranchir de la tutelle des médecins mais je rappelle qu’un accouchement à tout moment peut tourner à une complication, que les sages-femmes n’ont pas la compétence pour gérer les complications et que s’il faut au moment d’une complication se mettre à se déplacer pour rejoindre une salle d’accouchement traditionnelle on est dans le mal fait aux femmes.

Marteler le mot complication ne fait pas une démonstration. Ces lieux sont destinés à des femmes ne présentant aucune situation particulière, et le dépistage de possibles complications est de la responsabilité et de la compétence de toute sage-femme. Cela dit, oui certaines femmes seront transférées de la maison de naissance à la maternité comme d’autres le sont d’une « salle d’accouchement traditionnelle » au bloc opératoire.

Et donc à ce titre là, je trouve que la question corporatiste qui est posée de savoir si les sages-femmes doivent ou non être chef de service ne justifie pas que l’on éloigne les femmes des endroits où l’on peut les soigner correctement.

La motivation des sages-femmes serait donc d’être calife à la place du calife ? L’argument semble tellement mesquin qu’il ne mérite pas que l’on s’y attarde. Dans cet autre billet, je soulignai le possessif du Pr Nisand évoquant « ses » sages-femmes.

Mais revenons au bien être des patientes est ce que ça ne peut pas quand même servir certaines femmes d’accoucher de façon plus naturelles aujourd’hui ? Il y en a qui le souhaitent.

Mais c’est le cas dans pratiquement toutes les maternités et de mon point de vue il suffisait de mettre l’accélérateur sur des salles d’accouchement dédiées à la maison de naissance à l’intérieur des salles d’accouchement.
Mais le fait de s’éloigner des salles d’accouchement et de faire des services d’accouchements bis avec le prétexte que à ces endroits on aura plus de sages-femmes pour s’occuper des femmes, et bien mettons les moyens sur les salles d’accouchement qui n’ont pas les moyens actuellement de s’occuper vraiment méticuleusement des femmes. Il n’y a pas besoin de créer de nouvelles structures pour cela. Il suffit de donner un peu plus de personnel dans les maternités pour qu’on n’ait plus d’accident de type Port-Royal et que l’on puisse s’occuper un peu mieux des patientes qui souhaitent démédicaliser leur accouchement. Mais créer de nouvelles structures pour ça, ça me parait très mauvais pour les femmes.

Là encore, il est absurde d’opposer les deux. Il faut à la fois plus de sages-femmes en structure et des sages-femmes en maison de naissance. Et quid de l’accompagnement global ?

Donc vous pensez que ce n’est pas le vrai argument, vous citez l’exemple de l’accident de Port-Royal est ce que ce n’est pas aussi pour désengorger les maternités tout simplement ?

Mais ça ne va jamais désengorger madame puisque la demande est à hauteur de 3 %. Ça ne va rien désengorger. Ça va mettre beaucoup de moyens sur un petit nombre d’accouchements alors que là où il y a besoin de gros moyens humains on ne les mettra pas.
Donc je préférerais que plutôt qu’on utilise des sages-femmes pour faire 150 accouchements par an ce qui est prévu dans les maisons de naissance, on rajoute ces moyens dans les endroits où y a beaucoup d’accouchements pour que les pépins… si vous voulez pour qu’on ait des pépins dans les maternités qui font beaucoup d’accouchements et des lieux d’accouchements physiologiques avec beaucoup de sages-femmes pour très peu d’accouchements ne me parait pas raisonnable, en tout cas ça va contre l’égalité des femmes entre elles.

En maison de naissance, le ratio serait d’environ 50 accouchements par sage-femme et par an. Mais il ne s’agit pas que d’accouchement. L’accompagnement global, c’est aussi le suivi médical, la préparation à la naissance, le suivi postnatal à domicile.
On compte en France environ 20 000 sages-femmes pour 800 000 naissances, soit une sage-femme « utilisée » pour 40 accouchements… 

Une dernière question puisque c’est un argument aussi pour cette proposition de loi, c’est le coût. On nous dit que l’accouchement dans ces lieux reviendrait moins cher qu’à l’hôpital, c’est vrai ou faux professeur Nisand ?

C’est une tromperie madame, c’est une tromperie. Quand on regarde les salles d’accouchement aujourd’hui, on a fait, tout le monde a fait des efforts pour que l’argent public soit utilisé correctement. Dire qu’avec 2 ou 3 sages-femmes (rires) on va faire 150 naissances là où on en fait 4000 par ailleurs je veux bien qu’on m’explique que ça va couter moins cher mais ça va couter bien plus cher et en plus ce sont des endroits ou en cas de douleur extrême on ne pourra pas faire de péridurale. Dans la maison de naissance de Strasbourg, 35 % des femmes qui avaient l’intention d’accoucher en maison de naissance finissent par demander, malgré l’acupuncture, malgré l’analgésie qu’on y fait, d’être transférées dans la pièce d’à côté pour bénéficier d’une péridurale.

Cela coutera moins cher et les transferts pour péridurale seront bien inférieurs.
Notre problématique est justement d’avoir l’occasion de le démontrer.
Rappelons que la proposition de loi ne concernerait au maximum qu’une dizaine de sites.
Il ne s’agit pas de révolutionner l’obstétrique française mais d’entrouvrir la porte à une expérimentation…

Le seul point positif est que le reproche d’une moindre sécurité semble abandonnné. Une récente étude le démontre – à nouveau ! – cette thèse ne tient pas.

En dehors de notre supposée lutte pour les chefferies, le seul argument multimartelé est l’absence de recours à la péridurale. Les sages-femmes seraient donc assez malhonnêtes pour taire cette information, les femmes assez stupides pour ne pas les interroger et les maternités assez perverses pour refuser le transfert en cas de besoin ? 

Prétendre défendre la cause des femmes en niant leur droit à décider pour elles-mêmes me semble un exercice périlleux.

Merci beaucoup professeur Israël Nisand pour ces explications.

 

 

Une petite étude présentant les résultats de maisons de naissance suisses (l’une d’elles se nomme « Dix lunes » mais aucun rapport avec le blog) 

 *Y a-t-il des grossesses et des accouchements à bas risque ? C. Colmant a,b, R. Frydman a, Gynécologie Obstétrique & Fertilité 37 (2009) 195–199

 

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Lol :(

Publié par 10lunes le 19 janvier 2013 dans Pffffff

 

6183597043_f98bdc56fb_b (1)Au début, je l’ai juste tweeté, évoquant une insondable stupidité méritant une péridurale du cerveau.

Et puis j’ai vu ce truc multirelayé par divers médias web, sites de vulgarisation médicale, sites « d’information » dédiés au féminin, pages facebook… La pseudo info est même arrivée dans ma boîte mail perso. J’ai lu des commentaires amusés, des admiratifs, des « Comme ça, ils sauront ce que c’est », des Lol et autres mdr…

Tout ça pour quoi ?

Pour une émission de télévision (Pays-Bas) à la noix où deux jeunes mecs se font poser des électrodes sur les abdominaux et subissent des stimulations électriques allant grandissant, soit-disant pour leur faire vivre ce que vit une femme lors d’un accouchement. 

L’extrait qui circule commence par des images de vraies naissances, sonorisées comme il se doit de bruits divers et cris plus ou moins étouffés. Au passage, j’aimerais qu’on rétablisse cette vérité : le cri de la poussée n’est pas corrélé à la douleur ; il  permet l’ouverture du périnée au passage de l’enfant. Une efficace protection du dit périnée prévue par dame nature.

On enchaîne sur des images des deux jeunes cons, plutôt hilares au début, et puis de plus en plus tordus de douleur.

Qui pourrait imaginer que les contractions utérines seraient équivalentes à des abdos trop sollicités ? Le mécanisme de l’accouchement est physiologique, le muscle répond normalement à une demande pour laquelle il est prévu. Rien à voir avec ce simulacre où les muscles sont artificiellement tétanisés.

Et puis, y aurait une  sage-femme… Elle tient la main, suggère des positions, cale un oreiller, masse, respire avec « l’accouchant ». Toutes choses pouvant réellement aider lors d’un vrai travail utérin ; mais on joue à quoi là ??  En quoi un coussin préservant l’ouverture du bassin par la rotation externe des fémurs pourrait-il soulager une crampe ?

Ça doit se sentir, cette émission m’a mise en rogne. Parce qu’elle fait du spectaculaire racoleur en prétendant faire du scientifique, parce qu’en filmant ce simulacre d’accompagnement, on dénigre ce travail essentiel qui permet à une femme de lâcher prise pour laisser son corps s’adapter au mieux.

Le travail de mise au monde, mêlant corps et psyché, est autrement plus complexe que ce que veut nous faire croire cette piteuse blague à la fois sadique et potache.

 

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La forme sans le fond

Publié par 10lunes le 26 février 2012 dans Pffffff

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Un espace physiologique vient d’être inauguré à la maternité de Villefranche-de-Rouergue. La forme semble sympathique – quoiqu’un peu grise – pour ce que l’on peut en apercevoir dans ce bref reportage. Le commentaire du Pr Nisand (CHU de Strasbourg et non de Toulouse comme l’indique le sous-titre…) souligne que les femmes « préfèrent qu’on respecte la physiologie de leur accouchement ».

J’aimerais que la médecine le préfère aussi…

Si la forme semble convenable, on est bien loin du fond ! En témoigne cet article de l’AFP où chaque mot mériterait une analyse de texte.

Le titre  « L’accouchement comme à la maison » est déjà un petit  – un gros – arrangement avec la réalité.

Nous avons cherché à créer une atmosphère de zénitude totale, pour donner le sentiment de materner la mère. Cette phrase sonne comme un aveu. Il ne s’agit pas de faire mais de donner l’impression.

– Lsalle physiologique de préparation à l’accouchement de Villefranche, la première en Midi-Pyrénées, correspond aux Maisons de naissanceLes espaces physiologiques sont sans nul doute une proposition intéressante mais n’ont rien à voir avec les maisons de naissance que l’on nous promet depuis …1998.

– Dans la salle aux murs gris clair, un investissement de 130.000 euros… Ca coûte cher de faire comme à la maison dans un hôpital !

– Le lit est assez grand pour que le mari soit allongé avec sa femme. C’est donc ainsi que la chef de service imagine un accouchement « naturel ». 

– L’accouchement lui-même se fait sur le lit, en position accroupie. Interprétation du journaliste ? L’accouchement en maternité ne pourrait se concevoir que normé ? 

– Après l’accouchement, la petite Manon ne lui a pas été arrachée pour la pesée et les examens. Faut-il noircir la réalité des stuctures pour justifier les demandes aletrnatives ?

– Elle n’aurait pas voulu accoucher chez elle: En aucun cas je n’aurais souhaité mettre la vie de ma fille et la mienne en danger, il me fallait la sécurité d’un hôpital à côté. Opinion personnelle que l’on nous assène comme une évidence.

Le Pr Israël Nisand est formel: Je suis contre les Maisons de naissance expérimentées en dehors des hôpitaux. Lors de l’élaboration du cahier des charges des MDN, les sages-femmes avaient pourtant accepté la proximité immédiate (qui ne correspond pas à la définition des MDN) afin d’obtenir le démarrage de l’expérimentation. Ce n’est pas l’éloignement qui inquiète certains de nos amis obstétriciens, mais notre autonomie…

Sans compter que de nombreuses femmes ayant fait le choix d’un accouchement naturel, démédicalisé, sans intervention (injections, péridurale…) pour faire diminuer les souffrances, changent d’avis au moment des premières contractions: seules 3 à 4 % de ces futures mères vont jusqu’au bout de leur démarche, reconnaît Mme Bader.

C’est à la lecture de cette dernière phrase que ma colère a explosé.

Aménager de jolies salles ne sert à rien si les sages-femmes ne sont pas disponibles et désireuses d’accompagner les femmes autrement. Je m’en inquiétais il y a quelques mois. « La douleur et le stress se payent cash et le risque est de voir pulluler des statistiques démontrant l’inanité des ces équipements ». 

Voilà, j’ai déjà raison et je m’en désole.

Les gens de mauvaise volonté retiendront que l’on a dépensé 130 000 € d’argent public pour satisfaire des femmes capricieuses changeant d’avis dès leurs premières contractions…

 

 

Edit de 11h 30 : on me glisse à l’oreille que cette maternité ne mérite pas de jugement hatif… Mon billet n’étant inspiré « que » par un article de presse, tout témoignage direct sera le bienvenu !


Edit de minuit : Témoignages reçus ! L’article de l’AFP ne semble pas du tout représentatif de la réalité de cette maternité. Loin d’une simple politique d’affichage, il existe une réelle volonté de Mme Bader, chef de service, comme de l’équipe de respecter les attentes des couples. Pour preuve, le nombre d’accouchements augmente de façon régulière et certains parents délaissent une maternité bien plus proche pour se rendre à Villefrance de Rouergue. Dont acte !

Reste ce mystérieux chiffre de 3 à 4% dont je continue à cherche la source (cette statistique serait une estimation « générale » ne concernant pas la maternité citée)


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L’art de la désinformation

Publié par 10lunes le 24 janvier 2011 dans Médias

Reportage sur l’accouchement à domicile diffusé samedi sur M6… encore visible ici.

En fait, l’émission mêle le parcours de deux couples. Le premier prépare la naissance à la maison de leur second enfant – après un premier accouchement hospitalier mal vécu –, le second  fait une énième et dernière tentative de FIV avec don d’ovocyte – elle a 46 ans – en Grèce. Cet ultime essai n’aboutira pas et il y a quelque chose de particulièrement malsain dans la présentation de cette histoire, alternant savamment mauvaises nouvelles et rebondissements riches d’espoirs pour se conclure sur l’image d’une femme en pleurs. Nous aurons même le droit d’assister à l’ouverture de l’enveloppe du laboratoire annonçant l’échec.
Sinistre voyeurisme hélas coutumier de ce type d’émission…

Mais là n’est pas mon sujet. C’est de Dinah et Mathieu dont je souhaite vous parler ici. Le reportage présente les différentes étapes de la fin de grossesse, de la dernière visite prénatale de la sage-femme à la naissance et aux heures qui suivent.
Tout se passe bien, les parents sont heureux, le bébé magnifique, la grande sœur normalement décontenancée.

Pourquoi alors mon agacement, ce sentiment diffus de manipulation ? Pour en avoir le cœur net, j’y retourne ! (Admirez ma détermination; sur M6 replay, on ne peut sauter des passages sans bloquer le déroulement et se prendre une page de publicité supplémentaire pour nous punir de notre impatience…).

A la deuxième lecture, c’est évident, voix off et mise en scène viennent dramatiser un récit qui serait sinon parfaitement charmant et banal.

Voix off présentant le reportage :
Il est 5 h Dinah vient de perdre les eaux. Leur deuxième enfant est sur le point de naitre (…) Même si Dinah sera assistée par une sage-femme qui la suit depuis plusieurs mois maintenant, un accouchement à domicile comporte toujours de nombreux risques…

Pour appuyer le commentaire, on entend alors la voix de la sage-femme «Je ne suis pas Mme Soleil, je sais très bien qu’il peut se passer n’importe quoi.»

Reprise de la voix off
D’autant que Dinah va accoucher sans péridurale et c’est sans doute ce qui fait le plus peur à son mari.
Voix du mari : «Je sais très bien qu’elle va avoir horriblement mal»
Quoi qu’il arrive, il devra garder son calme face aux souffrances de sa femme et ne devra surtout pas paniquer face à une sage-femme injoignable alors que le bébé est en train d’arriver.
On entend alors la tonalité du téléphone qui sonne dans le vide… longuement…

Et comme la dramatisation ne doit pas sembler suffisante, je soupçonne la scénarisation de certains passages.
Par exemple, Dinah annonce à sa fille de deux ans la naissance prochaine en prenant soin de lui préciser que «maman ne fera pas comme les autres dames et qu’elle n’ira pas à l’hôpital pour accoucher ». Est ce vraiment Dinah qui a eu envie de le présenter ainsi ou une demande de la production pour bien souligner l’originalité de ce choix ?
On apprend ensuite que la petite fille dort avec ses parents qui du coup «n’ont rien prévu pour le bébé, ni chambre ni berceau». Cette précision inutile ne semble là que pour mieux cataloguer le couple en insistant sur ses choix « inhabituels ».

Revenons à la voix off
Malgré tout, elle a quand même du s’inscrire dans un hôpital proche de chez elle au cas où les choses se passeraient mal en dernière minute.
Catherine la sage-femme sera présente mais en cas de grave problème elle sera vite désarmée.

La phrase d’introduction du reportage « je ne suis pas Mme Soleil, je sais très bien qu’il peut se passer n’importe quoi» est reprise mais retrouve sa signification réelle car elle se poursuit ainsi «et donc il faut qu’on ait un établissement de repli». Ce qui, vous me l’accorderez, n’a pas tout à fait le même sens que le raccourci anxiogène de la présentation.

Coupure pub

Il est 5 heure du matin, Dinah vient de perdre les eaux, les contractions ont déjà commencé.
C’est seulement vers sept heures du matin qu’ils vont appeler très calmement la sage-femme.
 
Sonneries répétées du téléphone…
Sauf que Catherine ne répond pas.
Le fixe reste muet
Mathieu essaye de la joindre sur son portable.
Le répondeur se déclenche.
Le père laisse donc un message serein «Oui Catherine c’est Mathieu. C’était pour te dire que le travail avait commencé. Si tu peux nous rappeler quand tu as le message »

Il est 8 heures et ils n’ont toujours aucune nouvelle de la sage-femme… Cette fois ci c’est un peu tendu que Mathieu tente de la rappeler ; ce n’est pas elle qui va lui répondre mais une voix masculine … « Attendez, je vais aller lui dire, elle a eu un accident de voiture. Je l’appelle »
Puis Catherine commence à expliquer qu’elle a fait trois tonneaux, qu’elle s’est retrouvée aux urgences, que sa voiture est hors service. Pourtant, l’accident ne vient pas d’avoir lieu mais s’est produit la semaine précédente.

Pour avoir fréquenté quelques conjoints de sages-femmes accompagnant des accouchements à domicile, je peux témoigner que ce sont des « secrétaires » émérites, quasi aussi performants pour répondre et rassurer des parents que leur compagne.
Je n’imagine absolument pas l’un d’eux commencer par annoncer l’accident à moins qu’il ne vienne de se produire !
De même, je n’imagine pas une seconde ladite sage-femme s’attarder sur ses mésaventures avant de prendre des nouvelles des parents et surtout de les rassurer sur sa disponibilité.
J’imagine encore moins un futur père écoutant sereinement ces explications sans poser urgemment la question de sa possible présence.
Tout cela sent le montage. Un accident coco, ça le fait bien… on va en profiter pour mettre un peu de suspens… on pourrait laisser planer le doute ; la sage-femme est-elle blessée ? clouée au lit ? sans bagnole ? C’est bon ça coco !
Je ne doute pas de la réalité de l’accident – la pauvre Catherine se balade avec une minerve – mais de la spontanéité de ces échanges.

Coupure pub…

Dinah a perdu les eaux il y a quelques heures. Elle a décidé d’accoucher chez elle avec une sage-femme qui n’est toujours pas arrivée. La douleur devient difficile à gérer. Si elle avait choisi d’accoucher à l’hôpital, Dinah le sait, elle aurait sans doute craqué. Chez elle le seul refuge qu‘elle va trouver ce sont les bras de son mari qui ne sait plus vraiment quoi faire.
Il est 9 heures et la sage-femme n’est toujours pas là.                           
Le travail est long et difficile

Catherine la sage-femme arrive avec une demi-heure de retard.
Retard par rapport à quoi ???
Les parents sont rassurés ce qui n’empêche pas la douleur. Celle-ci devient de plus en plus intolérable pour Dinah qui reste concentrée sur sa respiration
Les minutes passent, Dinah continue de souffrir en silence
Les massages de Mathieu ne la soulagent plus. Celui-ci se sent complètement démuni pour aider sa femme.
Pour tenter de gérer la souffrance, Dinah ne cesse de changer d’endroit dans la maison. Elle se retrouve dans la cuisine. Elle souffre sans un bruit.

Comme Dinah apparait plutôt calme, qu’elle ne hurle pas, et donne ainsi l’impression de bien supporter le travail, il faut dramatiser un peu et la voix off multiplie les allusions à la douleur…

C’est vers 10h, cinq heures après avoir perdu les eaux …
Ah bon, je croyais que le travail était long et difficile ?!
que les choses vont brutalement s’accélérer. C’est aux toilettes qu’elle va appeler la sage-femme à l’aide, le bébé est en train d’arriver. Catherine va proposer à Dinah d’aller dans le salon.
Plusieurs minutes plus tard, Dinah va tout de même trouver la force de se déplacer.

Au final, Dinah accouchera debout dans son salon, sans aucune difficulté, d’un petit Antoine rose et paisible.

Tout cela doit sembler un peu trop facile puisque l’on redonne la parole au papa «D’après l’extérieur, on peut croire que ça été un peu dur mais bon mais moi je sais qu’elle a douillé»

Et d’ailleurs la voix off reprend : Dinah est épuisée mais heureuse.

Voilà. Manquent à ma transcription les images, les mots de Dinah, les commentaires de la sage-femme et une bonne partie des dires paternels. Mais ce reportage, une fois débarrassé de la voix off et des mises en scène propres à la télé réalité, laisserait une toute autre impression. Celle d’une naissance simple, vécue simplement.

Mais ça, c’est pas vendeur coco !


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