Normale

Publié par 10lunes le 19 décembre 2016 dans Naissance

 

c-19

Son premier enfant est né par césarienne et si elle a accepté l’éventualité d’une nouvelle intervention, elle a aussi cherché à préparer au mieux une naissance par voie basse.

Seul hic, son utérus cicatriciel, statut maintes fois rappelé, statut entraînant même la programmation d’une autre césarienne.

La nature étant joueuse, l’accouchement se déclenche avec quinze bons jours d’avance, alors que rien ne laissait deviner l’imminence de la naissance.
La veille, son col était encore long et fermé.

Son enfant naît finalement par voie basse comme elle le désirait, même si l’accouchement est plus médicalisé  qu’elle ne l’envisageait.
Elle souhaite remercier la sage-femme, pour son accompagnement et sa confiance dans sa capacité à accoucher mais aussi pour un détail… essentiel à ses yeux.

Elle est la seule ce jour là, à l’inverse de la sage-femme qui l’a accueillie et de l’obstétricien venu pour l’accouchement, la seule donc à ne jamais évoquer son « utérus cicatriciel ».

 

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Incarné

Publié par 10lunes le 7 décembre 2015 dans Naissance

 

016

L’anesthésie a été posée, son bras gauche est perfusé, son bras droit entouré du brassard à tension. L’équipe attentionnée l’a protégée de la fraîcheur de l’air avec une couverture. Dans la lumière crue du bloc opératoire, un seul acteur manque encore, pourtant indispensable, le chirurgien.

L’attente lui parait longue. Elle imagine les instants à venir, craignant que l’anesthésie ne perde de son efficacité à force de patienter. La porte s’ouvre enfin, laissant passer un homme vêtu de vert, calot sur la tête, mains en l’air. L’infirmière s’affaire à l’habiller stérilement.

L’air se fait plus frais, la couverture a été retirée. Elle observe le ballet qui se réfléchit dans le miroir du scialytique, au dessus de sa tête.
Sa peau vire à l’orange au fur et à mesure des mouvements de la compresse imprégnée d’antiseptique. Les mains s’affairent maintenant à fixer les bandes de papier bleu de part et d’autre de son ventre.
Elle craint la sensation du bistouri et ferme les yeux.

Un bruit d’aspiration.
Elle ne sent toujours rien. Puis ça tire et ça remue, l’espace de quelques secondes.

Des pleurs.
Les mains hissent son enfant au dessus du champ opératoire, enroulé sur lui même, encore en position fœtale.
Le geste s’accompagne des paroles rassurantes du médecin
– Madame, voici votre bébé. Ne vous inquiétez pas, c’est votre sang.

Nimbés de l’intense émotion de la rencontre, les mots prennent un autre sens.
Celui de la filiation.

Elle accueille son enfant dans un presque cri.
– Oui ! C’est mon sang, la chair de ma chair, c’est mon fils !

 

 

 

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Réconciliée

Publié par 10lunes le 20 juin 2011 dans Blessures

Son premier enfant est né par césarienne en cours de travail car il ne supportait plus les contractions utérines.
Elle qui pendant neuf mois avait annoncé sa crainte farouche d’un accouchement médicalisé se voit brutalement projetée de l’univers presque apaisé de la salle de naissance au monde froid et aseptisé du bloc opératoire.

Elle se retrouve nue, allongée bras en «croix », poignets liés aux supports de part et d’autre de la table d’intervention. Un champ opératoire en non tissé bleu s’élève devant ses yeux, le puissant faisceau du scialytique se dirige sur son ventre, sa peau est badigeonnée de l’ocre et froid liquide désinfectant. Puis résonne le son métallique du plateau d’instrument ; la main du chirurgien s’est emparé du scalpel.
Elle est terrorisée.

Peu après, son enfant nait, crie faiblement. Elle l’entrevoit rapidement avant qu’il ne soit emmené dans la salle contigüe pour le désobstruer et l’assister dans ses premiers moments de vie extra utérine.
Il lui est ramené de longues minutes plus tard et posé contre elle, au creux de son épaule. Elle voudrait le prendre dans ses bras mais ses mains restent liées. Elle ne peut qu’appuyer sa joue contre le sommet de son crane.

Lorsqu’elle évoque ensuite cette naissance, elle désigne l’anesthésiste comme le responsable de sa détresse. C’est lui qui l’a positionnée sans ménagement, qui l’a crucifiée sur la table, qui a refusé de délier ses poignets, lui encore qui n’a pas eu les paroles empathiques dont elle avait tant besoin. Elle ne décolère pas.

A nouveau enceinte, elle retourne en consultation préanesthésique. Hasard de la vie, parmi la bonne dizaine de praticiens les assurant, c’est celui qui l’avait prise en charge lors de sa césarienne qui la reçoit.
Cette rencontre lui donne l’occasion d’exprimer la colère retenue depuis plusieurs années. Intransigeante, elle ne choisit pas ses mots, n’adoucit pas son propos et dévide âprement sa longue liste de reproches.

Elle est écoutée attentivement par le médecin qui ne cherche pas à écourter le rendez-vous. Il ne s’excuse pas, mais concède la brutalité de certains gestes, développe les motifs médicaux qui justifiaient l’enchainement de ses actes, reconnait son mutisme en le liant à l’urgence de l’intervention. Enfin il exprime son regret qu’elle ne soit pas revenue le voir plus tôt pour pouvoir s’en expliquer.

C’est ainsi quelle pourra m’annoncer avec un grand sourire « j’ai revu mon bourreau ».
Le début de l’apaisement.

 

 

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Consentir

Publié par 10lunes le 3 mai 2011 dans Blessures

« Ils veulent la césariser ! « 
C’est par ce coup de fil laconique et furieux que j’apprends le déroulement de leur dernière consultation. Le premier bébé de ce couple de médecins – elle généraliste, lui urgentiste – a la mauvaise idée de se présenter par le siège. Au vu des mensurations du bassin, l’obstétricien vient de refuser la voie basse.

Ils rêvaient d’une naissance douce, d’une médicalisation minimale sinon absente, convaincus l’un et l’autre que l’accouchement est un acte naturel, qu’il ne peut que bien se passer si l’on prend soin d’en respecter le rythme et la physiologie.
Cette décision de césarienne vient brutalement interrompre leur rêve.

Ils arrivent rapidement, elle abattue, lui furieux.
Il me tend le compte-rendu du radiologue, espérant qu’en une phrase rassurante, je lui confirme le bien-fondé de sa colère. Mais les mesures sont mauvaises. Cela ne m’étonne pas ; je connais bien l’obstétricien qui les suit et je le sais peu enclin à médicaliser sans raison. Une présentation par le siège ne l’embarrasse pas… sauf si elle s’accompagne d’un bassin qualifié de limite.

Il s’emporte, affirme sa confiance, dénonce les excès de la médecine défensive…tonne contre ce gynécologue trop prudent sinon carrément peureux…
Il évoque ses amis obstétriciens éparpillés dans d’autres régions, énonce sa volonté de chercher parmi eux celui qui acceptera de les accompagner dans un accouchement par voie basse.

Je souligne que le bassin est réellement limite, que leur bébé s’annonce réellement gros et que très certainement, tous prôneront la même attitude.
Il tonne encore, m’accuse d’être de leur coté, du coté des timorés, des peureux, de ceux qui ne savent rien de la vraie vie et de la vraie obstétrique…
De temps à autre, il détourne le regard vers elle, quêtant son approbation. Mais elle reste muette, prostrée, pleurant son rêve d’accouchement volé.

Je tente d’expliquer encore… l’absence de certitude… le risque de rétention de tête dernière, le pari qu’on ne peut faire sur la santé d’un enfant.
Notre discussion est dans l’impasse. Il ne veut pas entendre mes arguments, je ne peux accepter les siens même si je comprends leur déception.

Ce qui mettra fin à notre duel  sera ma dernière provocation…
Il est médecin urgentiste, a déjà accompagné des naissances, est formé pour cela. Je le lui rappelle. Rien ne les empêche, s’il est, s’ils sont aussi certains d’avoir raison, de mettre ce bébé au monde tous les deux à la maison ; mais ils ne peuvent demander aux autres praticiens d’endosser la responsabilité de cette décision que la raison médicale réprouve…
C’est finalement d’être ainsi placés au pied du mur qui les convaincra. D’une certaine façon, ils retrouvent la liberté de choisir. Ce n’est plus l’obstétricien qui impose sa décision mais eux qui décident de suivre son avis.
Ils acceptent la césarienne.

 


J-10 !

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Légitime défense ?

Publié par 10lunes le 12 janvier 2011 dans Profession sage-femme

Le 14 décembre dernier, la Fédération Hospitalière de France communiquait sur la pertinence des examens et actes médicaux. Parmi les « mis en cause », la césarienne, mode de naissance d’un enfant sur cinq.

En mars 2009, la FHF avait déjà produit un rapport consacré aux césariennes, notant un taux d’intervention toujours en croissance (+ 1.4% en 5 ans) et une pratique plus fréquente (+1.9%) dans les maternités de type I en secteur privé (21.5 %) qu’en secteur public (19.6%).
Les derniers chiffres annoncés par la FHF confirment leurs premières conclusions. Le taux de césarienne augmente encore légèrement : 20.1%en 2007, 20.23%en 2009. La différence entre maternité privée et public de type I se creuse : +  2.3%. Saluons au passage le bel effort d’une clinique parisienne, également de type I, qui voit baisser son taux de presque 6 % en 2 ans…  passant de 43,3% à  37,7 %.

Le secrétaire général du Syngof (Syndicat des gynécologues-obstétriciens) a réagi : «Je tiens tout d’abord à vous rappeler que les honoraires d’un accouchement sont cotés à l’identique avec une césarienne en secteur privé. Que la naissance se passe par les voies naturelles ou par césarienne il n’en coûte pas plus à la Sécurité sociale ».
Ce n’est pas la stricte vérité … Les honoraires du médecin sont effectivement les mêmes quel que soit le mode d’accouchement. Mais la Fédération de l’Hospitalisation Privée communiquait l’an dernier sur ses tarifs (en épinglant le secteur public…) et annonçait elle même des chiffres différents pour un accouchement (2 774,75€ ) et une césarienne (3 234,21€). Le coût pour la sécurité sociale n’est donc pas identique.
Je ne peux guère analyser plus loin car les calculs des tarifs en GHM et autres PMSI me sont particulièrement impénétrables… On peut imaginer cependant quelques frais supplémentaires pour l’assurance maladie car une intervention chirurgicale nécessite a priori un peu plus de suivi, d’examens complémentaires et traitements qu’un banal accouchement.

Mais des motivations autres que financières interviennent. Et là ce n’est pas moi qui le dit mais le Figaro, qui n’a pourtant pas la réputation d’un média hostile aux médecins. «Un bon connaisseur du monde de la santé souligne malgré tout que d’autres raisons peuvent expliquer les césariennes. Elles sont «pratiques» pour l’obstétricien quand elles sont programmées – en journée et en semaine. Et quelques cliniques se sont constitué un véritable «marché» en répondant toujours favorablement aux demandes des futures mamans que l’accouchement par voie basse inquiète.»
Il est effectivement plus simple d’organiser une césarienne qu’un accouchement à une heure dite…
Quant à répondre favorablement à la demande, encore faudrait-il se préoccuper de ce qu’elle couvre réellement. Laissons d’abord aux femmes l’espace et le temps de livrer leurs peurs, fréquent amalgame de fantasmes et d’idées reçues, afin qu’elles puissent s’en libérer.

Le secrétaire du Syngof ajoute « Si un taux croissant de césariennes est constaté, il est surtout la conséquence de conduites «défensives» des obstétriciens dont la couverture assurantielle reste insuffisante »
Que devons nous comprendre ? Il ne s’agirait donc pas de « bonnes pratiques » mais d’être inattaquable devant les tribunaux : «J’ai fait le maximum » ?
Soit la meilleure thérapeutique est réellement la césarienne et l’assurance n’a rien à voir la dedans.
Soit elle est autre et l’on choisirait sciemment de ne pas s’y conformer par souci de risque judiciaire.
Ainsi résumé, ça refroidit non ?
Allez, je l’avoue, ce raccourci brille par sa mauvaise foi. La médecine ne répond pas à une logique mathématique binaire et toute décision mêle analyse, expérience, probabilités, psychologie et bien d’autres facteurs encore.

La FHF n’est pas non plus exempte de critiques car les solutions préconisées sont surréalistes. « Le Pr Mornex, qui a dirigé son groupe de travail sur la pertinence des actes, prône des «bonnes pratiques opposables» – en clair, ne plus rembourser les examens qui ne correspondent pas aux préconisations qui font consensus au sein de la communauté médicale. «Mais elles doivent être opposables aussi en cas de conflit juridique»
Ne pas rembourser des actes quand ils ne correspondent pas au consensus, cela reviendrait à faire payer aux patients les excès de zèle des praticiens !
Quand aux préconisations opposables en cas de conflit juridique, autant annoncer le calcul par ordinateur de toute décision médicale : Grossesse banale: taper 1 / vous avez un facteur de risque : taper 2 / vous croulez sous les facteurs de risque : taper 3 et l’informatique décidera …

La décision médicale ne se prend pas en suivant un consensus, même s’il aide à éclairer nos choix, mais en prenant en compte l’ensemble des éléments médicaux, psychologiques, sociaux…

Il est certain que l’envahissement du médico-légal nous conduit à verrouiller nos dossiers, non dans le but de mieux soigner mais dans celui de nous protéger.
Il est vrai que les recours en justice sont en augmentation.
Mais la première prévention de ces excès ne serait-elle pas un dialogue honnête entre soignant et « soigné » ?

 


PS : je me répète.. cf ce billet

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Toujours plus, toujours pire ?

Publié par 10lunes le 31 mai 2010 dans Pffffff

Bref reportage le lundi de Pentecôte au journal de 20h de France 2. L’on s’y inquiète de l’inflation du taux de césarienne, plus de 20% en France, 33% aux Etats-Unis.

Outre-Atlantique, la demande de césarienne de « confort » serait en cause. Une femme témoigne avoir préféré cette solution afin «de pouvoir s’organiser», tout en évitant l’étape accouchement dont elle garde un souvenir douloureux pour son premier enfant.
Son médecin l’a encouragée à faire ce choix, affirmant que ce serait moins stressant pour l’enfant comme pour la mère… C’est oublier que les enfants nés par césarienne présentent plus souvent des difficultés d’adaptation respiratoire, c’est également omettre que la chirurgie multiplie le risque d’anomalie placentaire pouvant amener à des complications sévères lors des grossesses suivantes.

Mais il est surtout surprenant ? paradoxal ? incompréhensible ? que l’on puisse préférer le recours systématique à la chirurgie au simple respect de la physiologie. Car loin des situations périlleuses nécessitant l’intervention bienvenue de tout notre arsenal médical, il s’agit ici d’une femme lambda, présentant une grossesse tout aussi lambda.

Pourquoi les obstétriciens s’orientent-ils si aisément vers la césarienne ?
D’une part, chaque équipe redoute la plainte, l’accusation de ne pas en avoir fait suffisamment et la chirurgie peut apparaitre comme le summum de la prise en charge – difficile d’en faire plus, effectivement ! – et donc comme un bouclier parfait à toute velléité procédurière.
D’autre part, ces interventions programmées sont économes en temps et faciles à insérer dans la journée de consultation. De plus, elles « rentabilisent » le bloc opératoire et augmentent les prix de journée versés à l’établissement.
La journaliste précise d’ailleurs «le système de santé américain, largement privatisé, explique donc en partie cette inflation de césarienne».

Et en France ? Comme l’indique cette fiche « Taux de césarienne » disponible sur le site du ministère de la santé, les mêmes causes conduisent aux mêmes effets ; en voici la conclusion : «Ces résultats illustrent le fait que le risque obstétrical n’est pas le seul déterminant. En particulier la programmation des césariennes pour des raisons organisationnelles ou de préférence des femmes est un déterminant à prendre en compte. La tarification de la césarienne pourrait également influencer le taux de césarienne dans les établissements.»

Le reportage se termine sur une manifestation des américaines contre la banalisation de la césarienne. Aurons nous à faire de même en France ?
Devrons nous manifester pour que l’accouchement par voie basse soit la norme et non l’exception ?
Devrons nous manifester pour que les femmes soient mieux accompagnées afin de ne pas redouter la mise au monde au point de préférer se faire ouvrir le ventre ?
Devrons nous enfin manifester pour prendre conscience que cette chirurgie a un coup pour la société et que cet argent pourrait être mieux utilisé ?

Dans un rapport datant de mars 2010, Amnesty International dénonce l’augmentation de la mortalité maternelle aux USA du fait des difficultés d’accès aux soins. Hélas, les Etats-Unis n’ont souvent que quelques années « d’avance » sur l’Europe.

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La trace

Publié par 10lunes le 3 mars 2010 dans Après

C’est notre dernière rencontre après un accompagnement de plusieurs mois. Sa grossesse, particulièrement difficile, a été suivie de près et s’est terminée par une césarienne en urgence.

Le temps s’est écoulé depuis. Parce que nous n’aurons plus l’occasion de nous voir, ce dernier échange a tout du bilan.

Elle regarde les événements passés avec sérénité, sourit sur son enfant en si bonne santé, s’attendrit sur son compagnon en congé parental, congé qu’ils se partagent afin de prendre chacun du temps pour leur fils mais aussi du temps ensemble.
Elle se félicite de sa ligne retrouvée, de son plaisir au travail, de l’attention de son compagnon et se ravit de l’équilibre existant entre tous les aspects de sa vie, maternelle, professionnelle, amoureuse, personnelle.

Puis elle se lève, se dirige vers la porte, commence à prononcer quelques mots d’au revoir… et s’interrompt. Une dernière chose dont elle voudrait me parler, la seule ombre au tableau «Je voudrais te montrer ma cicatrice, je la trouve moche ». Toujours debout, elle ouvre la ceinture de son jean, remonte son pull, baisse une bordure de dentelle. La cicatrice apparait, un peu trop rouge, un peu trop épaisse, un peu de travers, mal masquée par les poils pubiens.
Et elle si jolie, si pimpante explique qu’elle supporte mal son image dans la glace.

J’atteste que la cicatrice n’est pas très esthétique, évoque la possibilité d’une reprise chirurgicale dans quelques mois, une fois que les tissus n’évolueront plus, si elle en est toujours insatisfaite. J’ajoute que cette trace reste celle de sa maternité et quelle peut aussi se l’approprier et l’accepter non pour ce qu’elle est mais pour ce qu’elle symbolise.

Tout en prononçant ces mots, je m’interroge sur la justesse de mon intervention. Ne suis-je pas en train d’engrammer un complexe mal justifié par une cicatrice peu esthétique mais somme toute peu exposée? Etait-il utile d’abonder dans son sens ? Peut-être aurais-je du au contraire la tranquilliser en affirmant que la balafre carmin se voyait peu…

Son grand sourire et ses paroles d’au revoir me rassurent. Bien au contraire, la reconnaissance de son ressenti la réconforte. 
Elle s’en va d’un pas léger.

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Suggestionnée ?

Publié par 10lunes le 12 décembre 2009 dans Médias

Journal de la santé, reportage annoncé sur la césarienne.

En plateau, une jeune femme témoigne de son parcours obstétrical ; une première césarienne pour présentation du siège, une seconde il y a deux ans – pour des jumelles – préférée à la voie basse que rien ne contre-indiquait car elle gardait un bon souvenir de la première naissance.
Heureuse coïncidence, cette césarienne avait été filmée pour les besoins de la même émission.

Voyage dans le temps. Nous retrouvons cette femme, ventre rond et tendu, quelques minutes avant le passage au bloc. Nous assistons ensuite à l’extraction des deux petites filles et le reportage se termine sur l’image attendue des enfants nichées dans chacun des bras maternels sous le regard ému de leur père. Le commentaire souligne que tout s’est bien passé.
Happy end.

Mais il s’agit d’une émission médicale à visée pédagogique ; un petit aparté didactique est inséré dans le récit de la naissance. Le chirurgien, interrogé sur les risques inhérents au choix de la césarienne, s’empresse de confirmer, risque infectieux, hémorragique… Il parle, vêtu de bleu, ganté, masqué devant un champ du même bleu tendu verticalement. Il ne faut pas une grande expérience du bloc opératoire pour imaginer que de l’autre coté du tissu stérile se trouve le visage – et les neurones – de la dame. D’ailleurs, le champ de la caméra s’élargit et l’on découvre les mains gantées qui s’affairent à recoudre l’abdomen béant. En écoutant dérouler la liste des complications possibles, je me demande quel peut être l’effet d’entendre qu’il existe un risque majoré lorsque l’on est allongée là ventre ouvert …

Me reviens en mémoire une étude lue il y a bien longtemps faisant état de l’impact des paroles au cours d’une intervention sous anesthésie générale. Je vous résume très grossièrement ce que j’en avais retenu * : Lors d’une banale intervention, si le chirurgien s’exclame avec conviction « P…n, ça pisse le sang ! », le patient  présenterait plus de complications postopératoires que s’il y a réellement hémorragie mais que le chirurgien sifflote. (j’ai bien écrit « très grossièrement » !)

Si la parole peut faire effet sur un opéré plongé dans un sommeil artificiel, quel peut être son impact sur celle qui n’est qu’anesthésiée localement par une péridurale ?

Inutile d’échafauder des hypothèses anxieuses, le reportage précisait que tout s’était bien passé.

Retour sur le plateau et la jeune femme poursuit son récit. Surprise ! Cette seconde césarienne s’est beaucoup moins bien déroulée. Elle a fait une hémorragie, est restée en observation pendant plusieurs heures avant que le chirurgien ne vienne lui annoncer que « sa vie n’était plus en jeu »….

Si l’hémorragie est effectivement une complication possible en cas de césarienne, si la distension utérine du fait de la grossesse gémellaire majore le risque, je ne peux cependant m’empêcher de m’interroger sur l’éventuel rapport entre les réponses du médecin en pleine intervention et les suites opératoires.

* si par hasard un lecteur connaissait les références de cette étude, je suis preneuse !

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L’indicible

Publié par 10lunes le 9 novembre 2009 dans Blessures

Son premier enfant est né par césarienne sous anesthésie générale et elle en garde un terrible non-souvenir. Pour cette seconde grossesse, pouvoir accoucher lui est un enjeu essentiel. L’obstétricien se montre confiant et rien ne laisse prévoir la nécessité d’une nouvelle intervention.

Dans les dernières semaines, elle passe souvent à la maternité, les radios de son bassin sous le bras, demandant encore et toujours à être rassurée sur ses bonnes dimensions et la possibilité d’un accouchement par voie basse. Hasard du calendrier, je suis souvent présente lors de ses visites. C’est donc moi qui, régulièrement, lui confirme que tout s’annonce bien. Elle semble à chaque fois soulagée.

Elle arrive en travail pendant l’une de mes gardes. Je suis heureuse d’être celle qui l’accompagnera vers cet accouchement tant désiré et me sens dépositaire de sa confiance.

Elle est en tout début de dilatation mais assez vite, tout se complique. Elle se tord de douleur, crispe sa main sur son sexe en criant que « ça pousse, ça pousse trop fort ».

Je vérifie son col, espérant que le travail ait évolué très rapidement mais rien n’a changé. Elle est à 2 cm de dilatation avec un bébé très haut, qui n’appuie pas.
Perplexe, je tente de la rassurer, masse son dos, lui propose un bain… elle s’apaise et je la laisse avec son compagnon.

Je suis rapidement rappelée par une sonnette insistante. Ce n’est plus de son ventre ou des ses reins qu’elle se plaint. Les deux mains plaquées sur les joues, dévissant violemment le cou comme si elle voulait en détacher son crane, elle sanglote « ma tête, ma tête, ma mère ne m’aimait pas ». Son homme la regarde, anéanti.

Je suis jeune sage-femme et me sens totalement démunie devant sa détresse. Je tente de l’aider mais à chaque contraction, le leitmotiv déchirant revient «ma mère, elle m’aimait pas» et je ne sais quoi faire. L’expression de sa souffrance n’a rien d’habituel et je suis totalement dépassée.

Une psychanalyste travaille dans la maternité et intervient de temps à autre lors des accouchements. Je la sais en séance et passe un coup de fil en lui demandant de venir au plus vite.  Les minutes s’égrènent dans son attente et je suis submergée par cette souffrance confinant au délire. N’y tenant plus, je vais frapper, impensable impair, à la porte de son cabinet.

Elle comprend l’urgence et abandonne sa patiente avec quelques mots d’excuses.
Je la laisse seule avec la mère… les cris cessent.
Elle ressort un peu plus tard et explique qu’une césarienne s’impose, hors de tout motif obstétrical, parce que l’acte d’accoucher est absolument intolérable à cette femme. Nous ne pouvons la laisser traverser cette indicible épreuve.

La mère pourtant si opposée à l’idée pendant la grossesse, accepte cette solution avec un immense soulagement. L’obstétricien, confiant dans le diagnostic, adhère à la décision et le bébé naitra peu de temps après par césarienne. Le séjour de cette femme s’est ensuite passé de façon apaisée, sans jamais aucun mot de regret sur les conditions de cette naissance.

Plus tard, elle m’a confié un peu de son passé, comme un début d’explication. Une enfance douloureuse marquée par la grande violence de sa mère à son égard,  jusqu’à une tentative de meurtre et son placement, encore petite fille, à l’assistance publique.

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Symbole

Publié par 10lunes le 20 août 2009 dans Naissance

Elle a eu une césarienne…
C’était plus ou moins envisagé. Un bébé resté en siège qui n’a pu descendre malgré la tentative d’accouchement par voie basse.
L’intervention se passe sereinement, le père est présent. Il est invité à suivre son enfant dans la salle où les premiers soins lui seront donnés.

Le nouveau-né, tout emmitouflé de champs opératoires, est déposé sous une lampe chauffante. « Voulez vous couper le cordon ?» Le lien bleu nacré s’étire entre les deux pinces venues le « clamper ».  On lui tend une paire de ciseaux.

Son enfant vient de naitre. Dans cette émotion neuve, sans poser de question, il acquiesce et coupe, réalisant ce geste présenté comme symbolique du « rôle » paternel, le tiers séparateur.

Un mois plus tard, me racontant cela, il se questionne : « Ce bout de cordon, d’un coté il était raccordé au bébé, mais de l’autre ? »
Bien obligée de répondre  « à rien ».  Difficile évidemment de proposer au père de venir séparer l’enfant de sa mère au cœur de l’utérus. C’est le chirurgien qui réalise la section. Le cordon restant était long et le père l’a simplement raccourci.

Lui restent le symbole, la modestie du geste… et le sentiment d’avoir été un peu floué.

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