Autonome

Publié par 10lunes le 17 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Elle est allongée sur le lit d’examen, jambes fléchies, un pan de tissu couvrant son bassin. Son bras soutient sa petite fille qui tète le sein avec bonheur.
Elle est sereine ; de l’autre coté d’elle, c’est sa sage-femme de confiance qui officie.
Car elle est là pour une pose de DIU.
Qui ne se passe pas tout à fait comme prévu, du moins coté sage-femme. Cela fait plusieurs minutes qu’elle s’évertue à poser ce petit Y de cuivre et de plastique au creux de son utérus. Et elle a bien du mal. Elle s’excuse régulièrement de sa lenteur, se réjouit à haute voix que ça arrive avec elle si détendue et pas avec la dame plus que stressée du matin pour qui la pose s’est passée rapidement, la félicite de sa patience, s’excuse encore.
Elle, ça l’a fait plutôt sourire. Les essais de la praticiennes sont indolores et elle aurait presque envie de plaisanter sur ses excuses multirépétées.

Tentant une nouvelle stratégie, la sage-femme lui demande de l’aider en tenant le spéculum.
Et je la cite car je ne saurais mieux dire : « Et donc un bébé dans une main, un spéculum dans l’autre, ce jour là j’ai pris ma santé en main de façon tout à fait littérale ».

 

Epiloque : l’histoire a 3 ans, le DIU est bien en place et sa confiance toujours entièrement acquise à sa sage-femme.

 

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Rendez-vous

Publié par 10lunes le 16 décembre 2017 dans Vie des femmes

 

Aujourd’hui, ce ne sera pas une histoire d’Avent, juste une histoire de  circonstance.

La semaine dernière, je n’ai pas pu travailler, ce qui ne m’arrive, disons … jamais. Chaque année, il y a bien une petite maladie hivernale qui me cloue au lit mais toujours harmonieusement… un week-end ; de gentils virus restant en embuscade jusqu’à ce que je les autorise à se déployer. Le lundi suivant, j’ai toujours l’impression que je n’y arriverai pas et puis une heure avant le premier rendez-vous, me voilà suffisamment d’aplomb pour assurer la journée et retourner mourir un peu juste après.

Une sorte de rituel annuel que je ne dois pas être la seule à connaitre.

Mais les virus viennent de déroger à la règle établie. Ils m’ont clouée sur place plusieurs jours, m’imposant de ne pas sortir de mon lit, et même, signe particulier de « gravité » quand on me connait, de ne rien manger.

Tout ayant une fin, entre une tisane au miel et un bain chaud, j’ai une pensée émue pour ma collègue qui a assuré le remplacement au pied levé. Il faudra aussi remercier les femmes et les couples qui ont accepté ce changement de dernière minute avec le sourire. Un peu déphasée, je recalcule les dates concernées.

Des larmes.

La premier jour, c’était la date de son anniversaire, le premier que je ne pourrai pas lui souhaiter.
J’avais pensé à Noel sans elle, à mon anniversaire sans elle, pas au sien.

Mon inconscient déchaîné a bien fait les choses.
J’ai travaillé le jour de sa mort. Je venais de déplacer tous mes rendez-vous du lendemain pour traverser la France et aller la voir lors d’une hospitalisation « un peu » inquiétante… sans plus.
A 12 h elle allait mieux.
A 12 h 30 elle n’était plus.

L’après midi, j’étais au cabinet. Certains rendez-vous déplacés étaient refixés tard le jour même, je n’ai pas osé, pas voulu les déplacer encore.

Alors ce jour de travail manqué, le premier depuis tellement d’années, je le lui devais bien.

 

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Contraceptif (27 12 2010)

Publié par 10lunes le 15 décembre 2017 dans Non catégorisé

 

 

TGV bondé des retours de week-end… pas d’échappatoire, les wagons sont pleins.

Un petit enfant surement très fatigué envahit l’espace de ses cris. Ses parents cherchent à l’apaiser, le bercent, le cajolent, tentent de faire diversion. Rien n’y fait.
Le père se lève alors et emmène le petit plus loin, dans le sas séparant deux rames. Même de là, les pleurs emplissent le wagon

Ils cessent par intermittence, nous laissant espérer l’apaisement puis reprennent de plus belle. Le petit bonhomme s’époumone avec enthousiasme.
Les minutes s‘écoulent, les hurlements font vibrer l’air…

C’est alors que j’entends une voix masculine s’élever derrière moi, assez fort pour être audible dans le vacarme du moment.
Il s’adresse à sa compagne assise à ses cotés :
« C’est là que je me dis, faut pas qu’ t’oublies ta pilule »…

 

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Un grand amour ( 22 02 2010)

Publié par 10lunes le 14 décembre 2017 dans Après

 

Elle vient pour une rééducation postnatale, deux mois après son accouchement. Au fil des séances, la confiance s’installe et elle me confie sa difficulté à reprendre une vie sexuelle. Ni douleur, ni crainte, juste l’absence de désir. Est ce normal ? Que doit-elle en penser ?

Quelques mots sur la libido fréquemment en berne dans les mois suivant une naissance, le manque de temps, l’esprit occupé par les besoins du bébé, les hormones de l’allaitement qui ne sont pas réputées booster la sexualité…
Effectivement, toute envahie de la relation avec son petit, elle ne se sent pas très disponible pour son homme mais s’inquiète cependant de le sentir de plus en plus distant.
Je suggère qu’il pourrait percevoir son absence d’intérêt sexuel comme le symptôme d’un désintérêt plus profond et l’encourage à en parler avec lui.

Elle revient rayonnante et soulagée au rendez-vous suivant. Son compagnon croyait leur histoire en péril. Rassuré par ses paroles, il en a pleuré de joie.

Son homme justement, est en salle d’attente avec leur bébé. Si grand et si robuste que le nourrisson lové contre lui apparait fragile et minuscule. Il le tient d’une seule main, immense, plaquée sur le petit corps. Son autre bras ballote sans savoir que faire. La chaise est trop étroite pour accueillir son bassin, le dossier ridicule ne soutient qu’une infime partie de son dos et ses jambes allongées loin devant lui, s’achevant sur de massives rangers, empiètent sur le passage.

S’impose alors l’image touchante de ce colosse maladroit, pleurant à chaudes larmes sur son amour toujours présent.

 

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Comme un rendez-vous

Publié par 10lunes le 13 décembre 2017 dans 9 mois, Naissance

 

Elle espère porter un enfant, fonder une famille. Mais l’enfant tarde à s’inviter.
Les traitements s’enchaînent ; les années aussi. Beaucoup de larmes auront coulé avant qu’elle ne découvre un jour d’hiver qu’elle porte – enfin  ! – la vie en elle.

Après cette conception très assistée, elle souhaite reprendre la main et fait le choix d’un accouchement en maison de naissance. Elle y trouve une qualité de présence, une relation au long cours, venant renforcer la confiance en ses propres ressources et celles de son enfant.

Lorsque les premières contractions se font sentir, son corps se met en travail, lentement. Comme elle s’y attendait.
Sa mère est décédée quand elle était enfant. Pour elle, l’accouchement est aussi une transition symbolique délicate.
Ne plus être seulement « fille de… », mais « naître mère ».

Sa sage-femme est là, surveille le bon déroulement du travail et la santé de l’enfant.
24 heures de contractions, 36 heures de contractions, 40 heures de contractions…
Le travail avance doucement, bien trop doucement aux yeux de la sage-femme.
Mais parce qu’elle la connait si bien après ces neuf mois partagés, parce qu’elle sait ce qui est en train de se jouer pour elle, la praticienne respecte ce temps nécessaire.
Sa seule intervention « médicale » sera de percer la poche des eaux.
Deux heures plus tard, le nouveau-né poussera son premier cri, accueilli dans un océan de douceur par une femme devenue mère.

A l’étage même où neuf mois plus tôt, jour pour jour, il a été conçu dans une éprouvette.

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NB : texte écrit à quatre mains, celles de la mère et les miennes.

 

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De bon voisinage

Publié par 10lunes le 12 décembre 2017 dans Après

 

Le lendemain de la naissance, des amis ont fait plus d’une heure de route pour venir à la maternité et les emmener chez eux.

En arrivant, ils ont découvert le chemin menant à leur maison ornée de petits drapeaux pour saluer  leur retour.
Un des voisin avait pris le temps de venir  allumer le poêle tôt le matin pour que leur maison soit chaude et accueillante.
Un autre avait préparé une soupe et le pain pour l’accompagner.
Une autre encore avait décoré la maison de quelques fleurs et d’une jolie carte de félicitations.

Tous sont venus saluer chaleureusement parents et nouveau-né et…
… sont repartis aussitôt, respectant ainsi l’intimité de cette nouvelle famille.

Ce si bel accueil a eu lieu en Norvège.
Sommes-nous capables d’en faire autant ici ?

 

 

 

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Renouveau (03 01 2010)

Publié par 10lunes le 11 décembre 2017 dans Après

 

Elle prépare la naissance de son troisième enfant. Préparation sereine, les deux précédents accouchements se sont passés sans aucune difficulté, sans douleur et même quasiment sans perception. Pour le second elle s’endormait dans l’eau chaude de la baignoire et son homme a du la porter sur le lit de naissance. Quelques instants plus tard, son bébé était dans ses bras.
Cette absence de sensation m’interroge et, tout au long de sa grossesse, je suggère des pistes pour l’aider à en comprendre le sens. Vainement.

Je passe la voir à la maternité le lendemain de cette troisième naissance. Elle me la raconte avec bonheur, décrivant avec forces détails les contractions, la douleur… « Qu’est ce que j’ai eu mal ! » me répète-t-elle en boucle avec un sourire éclatant.

Je tente de préciser «Tu as senti plus de choses, mieux perçu la descente, eu envie de pousser?
– Oui, oui, bien sur, mais qu’est ce que j’ai eu mal… »

Je reste décontenancée par l’apparente contradiction entre son évidente satisfaction et la description de sa douleur intense.

Quelques jours plus tard, finalement perplexe devant ce paradoxe, elle souhaite en discuter à nouveau.
Petit à petit, nous élaborons ensemble une hypothèse. Tout chez elle est strict, maîtrise. Rien ne dépasse, rien de la déborde, sa coupe de cheveux, ses vêtements, sa façon de parler, d’être, tout est sous contrôle. Son métier, exercé avec passion, nécessite également beaucoup de rigueur et de maîtrise de soi.
N’était-ce pas la première fois qu’elle se laissait déborder ?
Est ce que le « plaisir » de cette douleur ne résidait pas là, dans la découverte du lâcher prise, de la perte de contrôle ?

Deux ans plus tard, au cours d’un après-midi printanier, un coup de fil interrompt une consultation. C’est elle.
Elle souhaite simplement me confirmer que notre hypothèse était la bonne. Depuis cet accouchement, un champ d’expériences inédites, nouvelles sensations, débordement d’émotions s’est ouvert à elle.
Une autre vie.

 

 

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Voyageur

Publié par 10lunes le 10 décembre 2017 dans 9 mois

 

Sa première grossesse s’est trop vite et mal terminée. Un embryon installé dans sa trompe droite a contraint l’équipe à son ablation.
Mais sa trompe et son ovaire gauche étant intacts, tous les espoirs lui restent permis, un cycle sur deux …

Quelques temps plus tard, un retard de règle la conduit en salle d’échographie.

Un tout petit embryon est déjà visible au creux de l’utérus.
L’échographiste cherche une trace de l’ovulation, la trouve à droite.
Elle s’en étonne.
Il oriente la sonde vers l’ovaire gauche et confirme, l’ovulation a bien eu lieu à droite.

Contourner un utérus pour rejoindre l’unique trompe existante.
Elle rêve déjà son enfant, voyageur et déterminé.

 

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Comité d’accueil

Publié par 10lunes le 9 décembre 2017 dans Naissance

 

Si tout s’est bien passé lors de son premier accouchement, le fait d’avoir mis deux enfants au monde à la fois revenait à convoquer le ban et l’arrière ban médical. Sage-femme, obstétricien, anesthésiste, pédiatre et puéricultrice ont assisté plus qu’ils ne l’ont assistée à la naissance de ses jumeaux.
Devant ce large public, surement enrichi de futurs soignants en formation, elle s’est sentie quelque peu dépossédée de l’événement.

Alors pour ce nouvel enfant qui arrive en solo, elle confie à l’étudiante sage-femme souhaiter un accouchement en « petit comité ».

L’étudiante la rassure, outre son conjoint, ils ne seront que trois dans la salle, l’étudiante, la sage-femme qui la supervise et une autre sage-femme venant s’occuper du nouveau-né.

Mais quatre personnes, ça fait quelle taille de comité ?

Le dernier examen montre que le col est dilaté à 8 centimètres, le bébé encore haut. Les sages-femmes sont unanimes, ce n’est pas pour tout de suite. Elles repartent, accompagnés du père qui profite de l’occasion pour aller remonter son taux de nicotine.

A peine ont-ils franchi la porte que la mère annonce, « Il arrive ! »

L’étudiante n’aura que le temps de soulever le drap pour accueillir le bébé.
En tout petit comité, conformément au souhait maternel.

 

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Réaliser

Publié par 10lunes le 8 décembre 2017 dans 9 mois

 

Son ventre plat détonne parmi les ventres ronds. Elle est entourée de femmes joyeusement enceintes en qui elle ne se reconnait pas.

Son début de grossesse est… hésitant. Le test positif pourtant attendu, espéré, l’a laissée indifférente. Loin de l’épanouissement annoncé, elle s’interroge sur son désir d’enfant, peut-être trop vite comblé.

Comme un écho de son hésitation, son utérus s’est mis à saigner. Patientant sur une chaise au plastique inconfortable, elle pense à une possible fausse couche, sans parvenir à savoir si elle en serait triste ou soulagée.

On l’appelle en salle d’échographie.
Un peu de gel, l’appui de la sonde sur sa peau et très vite apparaît à l’écran le clignotement rythmé des battements cardiaques.
Gentiment, le médecin s’en réjouit « Mais elle est bien là la crapule ! »

Crapule, adjectif soulignant qu’elle a pu inquiéter sa mère
Crapule, gentil surnom donnant soudain une réalité à ce « projet » d’enfant.

Immédiatement, elle se sent enceinte,
et si heureuse de l’être.

 

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