Grillée

Publié par 10lunes le 11 décembre 2015 dans 9 mois, Vie des femmes

 

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La sage-femme est enceinte, pas encore assez pour qu’un pull un peu ample ne puisse masquer l’enfant en devenir. C’est son jardin secret. Viendra un moment où sa grossesse sera évidente. Il sera alors temps de l’annoncer à ses patientes.

En face d’elle une autre femme au ventre plus rond. Lors de la dernière consultation, elle déplorait le regard différent porté sur elle.
–  Je suis une femme enceinte mais pas que !

Souhaitant préserver son look habituel, joyeux et coloré, elle pestait de ne pas trouver de collants de grossesse « un peu fun », évoquant l’idée de teindre un modèle classique.

Son corps s’est encore arrondi. La sage-femme palpe doucement son ventre, s’assure de sa souplesse, repère les contours fœtaux. Elle cherche le centimètre pour mesurer la hauteur utérine.

En déroulant le ruban de plastique, elle pense à leur conversation précédente et interroge :
–  Et alors vos essais de teinture ?
– Pas eu besoin ! J’ai trouvé un modèle sympa dans un magasin pour femmes enceintes. Exactement les mêmes que ceux que vous portez aujourd’hui…

 

 

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Rassurée

Publié par 10lunes le 1 décembre 2015 dans Vie des femmes

 

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La soirée bat son plein.  De petits groupes se sont formés, les discussions sont animées. Dans un coin du salon, quelques femmes en grande conversation. L’une d’elle refuse d’envisager une grossesse, expliquant sa panique à l’idée d’accoucher. Ce serait une horreur, une boucherie, la douleur, le sang, les gens entre mes jambes, l’écartèlement au passage de l’enfant…

Une autre femme est là. Portée par son souvenir, elle parle et parle encore, explique sa liberté de mouvement et de position, le ballon, le bain, raconte la présence essentielle de son compagnon, le soutien rassurant de la sage-femme, décrit l’intensité des émotions, la puissance des sensations et le bonheur de la rencontre.

Elle s’arrête, prête à s’excuser de son long monologue.

Un large sourire accueille son silence, Mais alors je vais pouvoir faire un bébé ?

 


Cette année, les billets de l’Avent seront illustrés par les « Elfes » joliment créés par Hécate. Pour vous éviter les boules (cf Avent 2014 !!) mais surtout pour mettre un coup de projecteur sur un blog de sage-femme. Parce que oui, Hécate est aussi sage-femme. Et elle décrit son quotidien ici aussi bien qu’elle brode !!

 

 

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Fougueux

Publié par 10lunes le 24 octobre 2015 dans Vie des femmes

 

Un rapport non protégé, la veille.flying-sparks-142486_640
Et la voici, en attente de pose d’un dispositif intra-utérin comme contraception d’urgence.

Elle raconte, mi amusée, mi confuse, le désir revenu d’un coup après la pause post accouchement centrée sur le bébé.
Dans la passion du moment, l’absence de contraception est un « détail » qui leur a échappé.

Elle a appelé ce matin, s’interrogeant sur le risque de grossesse à quelques semaines de la naissance. Le risque est faible, mais il existe.
Alors je vais poser ce DIU qui fera d’une pierre deux coups, contraception d’urgence puis contraception tout court.
Histoire de laisser la passion les déborder à nouveau sans arrière-pensée.

L’enthousiasme irraisonné de la jeunesse diront certains.

A eux deux, ils dépassent les 90 printemps.


Un calendrier de l’Avent 2015 sur le blog ? Ça ne tient qu’à vous !
Je ne pourrais répondre au défi des 24 billets que si vous les nourrissez de vos récits tendres ou joyeux.
Vous me racontez et je raconte à mon tour.
10lunes@gmail.com

 

 

 

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Etre choisie, ou pas.

Publié par 10lunes le 20 octobre 2015 dans Blessures, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

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Notre première rencontre a tout dû au hasard. Il fallait une sage-femme pour assurer sa sortie de maternité, c’est tombé sur moi.

Une grossesse longtemps espérée.
La médecine s’était imposée, d’abord pour pallier les défaillances du corps, ensuite pour accompagner les mésaventures successives venues angoisser ces neuf mois. Parmi elles, la certitude que la chirurgie serait nécessaire à leur enfant.

J’arrivais dans cette histoire trop lourde sans rien en savoir. Elle m’a fait confiance.

Il y a eu les opérations, les sales peurs, les bonnes nouvelles.
Le suivi post natal s’est étiré plus qu’à l’habitude, petite fenêtre se voulant banale dans ce parcours qui ne l’était pas.
Elle ne m’avait pas choisie mais nous avons longtemps cheminé ensemble.

Pour sa deuxième grossesse, arrivée quand elle ne l’attendait plus, elle m’a vraiment choisie. Mais quelques semaines plus tard, le temps s’est suspendu. Une fausse-couche, techniquement banale, si douloureuse à vivre.
J’étais là.

Elle m’a encore choisie quand un nouvel enfant s’est invité. Il a grandi assez pour qu’elle le sente bouger, se réjouisse et fasse confiance à la vie. Chienne de vie qui s’est arrêté un jour sans explication.
J’étais là toujours pour accueillir ses pleurs et sa révolte.

Le temps a passé. Je n’ai plus eu de nouvelles ; mais elle traversait souvent mes pensées.

Autre temps, autre lieu. Nous sommes plusieurs sages-femmes à nous retrouver lors d’une journée du réseau régional. On cause, on râle et on rigole. Et puis l’une d’elle me glisse  Je vois une de tes anciennes patientes.  Quelques indications et je risque un prénom puis un nom. C’est bien elle.

Blanc.

Après tout ce que nous avons partagé, après le temps donné sans compter, la disponibilité, l’énergie mise à la soutenir… elle préfère s’adresser à une autre. Je rumine l’information, me sens comme une amoureuse trahie. Elle m’a abandonnée.

Bizarre inversion, ce n’est plus elle qui aurait besoin de moi mais moi qui ait besoin d’elle.

Je me replonge dans son dossier, cherchant à travers les lignes quel impair j’ai commis, me ronge de ce qui aurait pu m’échapper. Si je me réjouis sincèrement que sa grossesse se déroule bien, je m’attriste de ne pas être à ses côtés.
Je ne suis plus aimée…

Le week-end me permet de prendre la distance qui me manquait.
Je sais.

Je suis le mauvais objet. Présente à ses cotés pour toutes les galères, je suis la porteuse de poisse désignée.
Elle a souhaité repartir à zéro en choisissant une autre sage-femme.
Elle a eu raison.

Et ça ne me fait presque plus mal.
 

 

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Zone de confort

Publié par 10lunes le 14 décembre 2014 dans Vie des femmes

 

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Elle est arrivée un peu tremblante, un petit panier d’osier à la main. La longue boite du dispositif intra-utérin en dépasse, accom-pagnée de l’enveloppe contenant le double de ses résultats, du paréo qui lui permettra de rester couverte et… d’un grand paquet de mouchoir.

Parce qu’elle le sait, ça va faire mal. D’ailleurs elle l’a lu partout sur le net : la pose sera douloureuse, d’autant plus qu’elle est nullipare.

Je blague un peu pour la rassurer, raconte tout et n’importe quoi en préparant le petit matériel nécessaire. Je veux aller vite pour ne pas lui laisser le temps de se stresser plus encore. Une fois installée, je lui explique chacun de mes gestes -comme toujours, je lui ai laissé le choix (à défaut de la position) : savoir ce qui se passe au fur et à mesure ou parler d’autre chose et réexpliquer à la fin.

La pose du spéculum se fait sans problème. Elle se crispe légèrement au passage de l’hystéromètre, se détend ensuite. Je patiente un peu avant de poursuivre, pour éviter le spasme du col et passer facilement l’inserteur. Petit coup de ciseaux pour raccourcir les fils.
– C’est terminé !

Je lui propose le miroir pour regarder son col et les fils. Refus poli.
– Je n’y tiens pas.

Je replie matériel et emballages dans le tiroir pour relever le bout de la table afin qu’elle allonge ses jambes. Éteindre la lampe, repousser le chariot, déposer les références du DIU sur le bureau pour remplir le dossier. Une minute se passe encore. Elle est toujours allongée.

J’ajoute qu’elle peut se relever dès qu’elle en aura envie.

– Je vais rester encore un peu dit-elle d’une petite voix.

Forcément, je m’en inquiète : Quelque chose ne va pas ?
– Oh non ! C’est juste parce que je suis bien.

 

 

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Sucré/salé

Publié par 10lunes le 11 décembre 2014 dans Après, Vie des femmes

 

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Ils en ont assez. Assez de cette grossesse surmédicalisée, des remarques sur sa prise de poids, du dépistage du diabète, des résultats normaux mais quand même, il faut faire attention.
Assez aussi de il semble bien gros ce fœtus, reposez vous car vous avez des contractions, bougez c’est mieux pour votre poids, votre tension est limite, on va rajouter un rendez vous pour contrôler et comme elle a du attendre et va rater la séance ciné prévue avec ses copines… sa tension est encore limite et on lui impose le passage d’une sage-femme deux fois par semaine, comme ça, elle vérifiera.

L’accumulation est pesante et eux assez désabusés.

Alors, quand la sage-femme vient pour la première fois prendre cette fichue tension et poser ce foutu monitoring,  elle ne résiste pas au plaisir de la tester.

Avec mon gros ventre, j’ai moins envie de faire l’amour et puis ça me donne des contractions
Les yeux de la sage-femme quittent le tracé du monitoring et se lèvent vers elle.

Mais lui – coup d’œil complice – il a plus envie que moi, alors je voudrais lui faire plaisir.

La sage-femme reste silencieuse, attendant la suite.

– Et  je pourrais m’occuper de lui autrement…

La sage-femme semble s’interroger sur la réponse attendue et prononce un très neutre, vous faites ce que vous voulez. 

– Oui mais est ce que je peux avaler ? Parce qu’on s’est renseigné et y a du sucre dans le sperme et comme on m’a déconseillé le sucre…

Son interlocutrice, hésite un peu, émet quelques considérations sur le volume d’une éjaculation, sourit de plus en plus franchement.

Eclat de rire partagé qui valide son examen de passage.
Ils vont pouvoir cheminer ensemble.

 

 

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Contingences domestiques

Publié par 10lunes le 7 décembre 2014 dans Naissance, Vie des femmes

 

3165753317_86610dc4f3_zIls viennent de rentrer à la maison après un court séjour à la maternité.

Elle commence par s’excuser du désordre régnant dans le salon. Rien de très spectaculaire pourtant. Le canapé a disparu sous les coussins, livres dessins et doudous de l’aîné qui tient à marquer son territoire. Sur la table basse, une clémentine à moitié épluchée, un reste de tisane, une grande bouteille d’eau pour calmer la soif pendant les tétées. Et puis une couverture pour la petite, un emballage de gâteaux secs relâchant quelques miettes, une boite de mouchoir en papier…

La maison normale d’une famille de deux enfants dont un nouveau-né.

Je pousse un peu les livres d’image pour m’asseoir à côté d’elle. La petite dort paisiblement, prenons d’abord le temps d’évoquer sa naissance.

Ca a commencé dans la nuit. J’avais quelques contractions, j’ai attendu un peu et puis elles sont devenues plus fortes, alors j’aurais bien pris un bain mais comme on n’a pas de baignoire, je suis allée sous la douche… et ça passait pas alors j’ai décidé de sortir et de partir tranquillement à la maternité. Et juste en sortant de la douche, j’ai perdu les eaux…

Elle s’interrompt un bref instant, sourit.
A 10 secondes près, y avait pas de ménage à faire !

 

 

 

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Au degré prêts

Publié par 10lunes le 6 décembre 2014 dans Vie des femmes

 

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Leurs premiers enfants ont vu le jour dans une maternité où ils se sont sentis respectés et accompagnés.

Ce petit dernier s’annonce alors qu’ils vivent maintenant quelques dizaines de kilomètres plus loin. Ils n’ont pas envie de le voir naître ailleurs et sont prêts à faire la route.
Prêts mais un peu inquiets.

Pour se rassurer, il a une idée. Il a appris que pour les vaches, la température s’abaisse 24 heures avant le vêlage. 
Alors elle surveille sa température tous les matins dans les dernières semaines.

A quelques dizaines de kilomètres de là, j’attends les résultats du « test » avec impatience et une certaine candeur. Car d’autres ont bien du y penser et vérifier avant…
Quand elle m’annonce la naissance, je serais presque déçue : « Ca marche pour les vaches, mais pas pour moi ».

Mais elle ne s’est pas laissée impressionner par le silence du thermomètre.
Ils ont rejoint la maternité dans les temps.

 

 

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Evidence

Publié par 10lunes le 5 décembre 2014 dans Formation/déformation, Vie des femmes

 

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Elle est lycéenne. Elle a déjà choisi d’être sage-femme et obtenu le droit de passer un dimanche à la maternité. Novice, elle découvre tout de l’univers hospitalier, ses règles obscures, sa hiérarchie, son surbooking…

Pour ce premier jour, elle a pour consigne de suivre comme son ombre une des auxiliaires de puériculture.
Elle la suit donc.
Mais la collègue est peu bavarde, plus occupée à boucler son « tour » dans les délais que d’expliquer son travail à la béotienne. Elles passent de chambre en chambre, vont répondre aux sonnettes, enchaînent des actions qui lui restent hermétiques.
Vient le moment de changer un bébé.

L’auxiliaire manie le nouveau-né avec dextérité, toujours sans commentaires ni explications. Pas question non plus d’imaginer laisser la plus jeune faire ses premiers pas en déshabillant l’enfant.
La couche est prestement retirée et les fesses enduites de méconium habilement nettoyées sous l’oeil attentif de la stagiaire.

Le silence lui semble de plus en plus pesant. Cherchant à se donner une contenance, elle tente un début de conversation et lance une de ces phrases bateau qui se parlent pour ne pas dire grand chose ; ça aurait pu être la pluie et le beau temps… mais comme elle est dans une maternité, elle s’entend prononcer…
C’est une fille ou un garçon ?

 

 

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Jeu de l’amour et du hasard

Publié par 10lunes le 4 décembre 2014 dans Naissance, Rencontre, Vie des femmes

 

Elle vient de naître, à la maison, comme prévu.2656467632_1f6b2afe75_z

Les parents s’attendrissent sous les yeux attendris des deux sages-femmes qui les ont accompagnés dans ce long voyage.

La mère les remercie de leur présence, de leur soutien.
Elle sourit encore : C’est formidable, c’est mon anniversaire. On aura la même date de naissance toutes les deux !

Les sages-femmes commentent à voix basse. Quelques mots plus audibles s’échappent de leurs murmures. Incroyable, c’est dingue quand même, j’en reviens pas…

Elles semblent si étonnées que le père s’étonne à son tour. La coïncidence est jolie mais la probabilité reste d’1/365… Ça doit arriver de temps en temps non ?

De temps en temps oui. Mais nous avons eu une autre naissance ce matin, pas bien loin d’ici.
Et c’était aussi l’anniversaire de la maman.

 

 

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