Crash

Publié par 10lunes le 15 juin 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

 

avionDevinette :
Qui alimente régulièrement ce blog par ses prises de position toujours « bienveillantes » ?
Qui n’avait pas fait l’objet d’un billet depuis janvier ?

Qui ravive mon mauvais penchant pour la ralerie ?

Le Syngof bien sûr (mais sur ce coup là, il n’est pas tout seul, regardez la liste des signataires).

Je vous demande de lire ce document pour vous faire votre propre opinion – les sages-femmes à la santé fragile en sont dispensées – avant de lire la suite du billet.

 

Alors ? Si ça se trouve, et si vous n’êtes pas sage-femme, vous l’avez trouvé très confraternel ce document.
Il mérite, je crois, un petit travail de décodage.

 

Blablabla… excellents rapports, blablabla… respect mutuel, blablabla… confraternité. Voilà une introduction qui va bien pour tenter de faire passer la suite.
Car ça se gâte immédiatement.

Affirmer la « non confusion de nos professions« , c’est reprendre le stratagème employé par Marisol Touraine pour décrédibiliser le mouvement des sages-femmes : « Elles veulent devenir médecin« .

En plaçant le qualificatif de médical entre guillemets, nos amis gynécologues tentent de créer la confusion ; y aurait les vrais médicaux : eux, et les moins vrais : nous.
J’ai déjà dit ici combien la césure entre médicaux/paramédicaux me parait inutile – vive les  » fournisseurs de soin » québécois – mais tant que cette nuance existe dans le code de la santé publique, cet adjectif ne saurait tolérer des guillemets pour notre profession.
Alors, quand le paragraphe se termine sur la nécessité d’une communication sans ambiguïté, je ris… (jaune).


L’affirmation suivante, « non équivalence des professions », s’appuie sur une réalité indéniable, une durée d’études différentes, pour aboutir à une conclusion apparaissant logique, des compétences différentes.

Joli sophisme.
Car tout dépend de quoi nous parlons. Nos compétences sont différentes en cas de pathologie mais équivalentes pour le suivi des femmes en bonne santé. La Haute Autorité de santé le réaffirmait d’ailleurs en 2007 dans des recommandations pour le suivi des femmes enceintes. Ce suivi se décline en effet sous différentes modalités :

  • Suivi A : lorsque la grossesse se déroule sans situations à risque ou que ces situations relèvent d’un faible niveau de risque, le suivi régulier peut être assuré par une sage-femme ou un médecin (généraliste, gynécologue médical ou gynécologue-obstétricien) selon le choix de la femme.
  • Avis A1 : l’avis d’un gynécologue-obstétricien et /ou d’un autre spécialiste est conseillé.
  • Avis A2 : l’avis d’un gynécologue-obstétricien est nécessaire. L’avis complémentaire d’un autre spécialiste peut également être nécessaire.
  • Suivi B : lorsque les situations à risque détectées permettent de statuer sur un niveau de risque élevé, le suivi régulier doit être assuré par un gynécologue-obstétricien.

Toute femme peut, pour une grossesse ou son suivi gynécologique, s’adresser à une sage-femme. Il sera de la responsabilité de celle-ci de déterminer si elle peut assurer ce suivi, si elle doit le faire en collaboration avec un autre professionnel ou s’il relève de la compétence spécifique du gynécologue. 

Ce qui nous amène au sujet très sensible du « premier recours« .
Les gynécologues revendiquent de ne pas en être exclus. Ça me va, c’est aux femmes de choisir. Et comme je dénie aux spécialistes le droit de décider pour ma profession, je m’interdis donc d’intervenir sur la leur.
J’en resterais là si le texte n’ajoutait cette affirmation pleine de menace « Toute orientation contraire serait extrêmement dommageable pour la santé des femmes » suggérant que les femmes qui font le choix de consulter une sage-femme prennent un risque pour leur santé !

Je me permets donc de citer la Cour des comptes recommandait dans son rapport de 2011 de « Mieux articuler et valoriser les compétences relatives des sages-femmes et des gynécologues-obstétriciens en faisant encore davantage des sages-femmes des professionnels de premier recours pour le suivi des femmes en bonne santé ».

Curieusement, après une longue liste d’arguments spécieux déniant aux sages-femmes toute autonomie d’exercice, les gynécologues retrouvent soudainement leur pleine confiance dans nos compétences et nous accordent généreusement un nouvel acte, l’IVG.

Loin de moi l’idée de m’en offusquer, je souhaite, comme beaucoup d’autres, que les sages-femmes puissent participer aux IVG.
Mais cette unique exception prouve le peu de considération accordé à cet acte. Nos autres demandes, portées non pour élargir nos compétences mais uniquement pour nous donner les moyens de les exercer restent inaudibles.

 

Voilà, rien de bien nouveau sous le soleil, si ce n’est la pitoyable métaphore aérienne.

Les gynécologues en appellent à l’aviation pour défendre leurs prérogatives. Ils oublient qu’un commandement unique, ça ne va pas du tout avec la réalité de la santé génésique qui peut, avec ou sans la sage-femme, nécessiter l’intervention conjointe de différents spécialistes.
Qui va piloter ?

Je vous renvoie au livre de Christian Morel « Les décisions absurdes« 
« La collégialité, dont l’efficacité a été mise en évidence dans les cockpits d’avion après bien des accidents, favorise la fiabilité des décisions prises »

Collégialité, c’est le mot qui me manquait !

 

 

 

Comme les textes auxquels je me réfère disparaissent parfois, je le copie ici :

L’ensemble des gynécologues médicaux et obstétriciens écrivent à Monsieur Debeaupuis chargé de ce groupe de discussion.

Monsieur le Directeur,

Après les réunions dites « décrets de périnatalité » et « premier recours » ayant eu lieu le 26 mai dernier, vous avez sollicité des contributions écrites.

Les gynécologues-obstétriciens et gynécologues médicaux, sociétés savantes et syndicats réunis, vous adressent ici leur contribution.

Trois valeurs fondamentales basent les rapports professionnels que les gynécologues­ obstétriciens et gynécologues médicaux ont avec les sages-femmes :

Rapports de confraternité et de respect mutuel dans la complémentarité de leurs professions. Les interactions entre gynécologues, gynécologues-obstétriciens et sages­-femmes sont quasi permanentes dans de multiples occasions de leurs exercices professionnels respectifs et, dans l’immense majorité des cas, elles se déroulent dans un esprit et une ambiance excellents.

Non confusion des professions. Même si ces professions sont « médicales » et que leur objectif est complémentaire dans le but de contribuer à la santé des femmes et de la naissance, leurs prérogatives, leur mode d’exercice, leurs compétences et leurs responsabilités ne sont pas les mêmes. Dans le cadre de l’organisation des soins sur un territoire donné, les praticiens ne sont pas interchangeables mais complémentaires et travaillent en coopérant entre eux. Il ne serait pas normal, et certainement dommageable, que la confusion soit entretenue auprès du grand public. La communication concernant la meilleure visibilité et le rôle de la sage-femme doit employer des mots justes et non ambigus.

Non équivalence des professions. Une formation en 5 ans (équivalent Master professionnel) ne peut jamais être équivalent à une formation en 11 ou 13 ans (doctorat professionnel suivi d’une spécialisation de 5 ans complétée dans la grande majorité des cas par un post-internat de deux années supplémentaires). Cette non équivalence doit se traduire par la reconnaissance de liens hiérarchiques de fonctionnement dans les situations qui associent les exercices, notamment en salle de naissance.

Sur la base de ces valeurs, et nous référant aux « demandes » formulées par les sages­-femmes, nous vous adressons les commentaires suivants:

1. S’agissant des décrets de périnatalité :

Nous avons compris qu’il s’agit de contribuer à la clarification des décrets existants et non de rédiger de nouveaux décrets. Pour nous, l’essentiel de la clarification doit porter sur les points suivants :

Organisation hiérarchique des professions médicales en salle de naissance. On n’imagine pas un avion dont le vol serait piloté de façon indépendante et autonome par les divers métiers qui en composent l’équipage. Il faut qu’il y ait un commandant de bord, à qui doit revenir la décision, et qui porte une responsabilité spécifique au-delà des responsabilités qui incombent à chaque professionnel individuellement.

Encadrement des personnels. La compétence particulière des sages-femmes dans le domaine de la périnatalité lui confère un rôle spécifique d’encadrement et de coordination de l’ensemble des professionnels non médicaux en salle de naissance et dans les secteurs d’hospitalisation où sont placées les femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher. Les discussions sur le statut professionnel des sages-femmes ne doivent pas faire disparaitre cette responsabilité d’encadrement car ce serait un recul certain pour la qualité des soins en périnatalité.

La différence « physiologique/pathologique ». Une différenciation stricte est impossible tant les facteurs individuels qui doivent être pris en compte sont nombreux et une situation normale peut basculer à tout moment vers la pathologie. C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il n’est pas possible d’apporter plus de précisions sur ce sujet. Il appartient aux hôpitaux et aux cliniques de s’organiser de la façon la plus adaptée en fonction de leur situation locale pour accueillir de la façon la plus humaine possible les patientes dont la naissance est a priori programmée pour être « normale » par rapport aux patientes dont le risque obstétrical est supérieur et qui doivent pouvoir bénéficier de l’accès à un plateau technique adapté.

Il y a une confusion dommageable entre « urgences gynécologiques » et « urgences obstétricales ». Par définition, une salle de naissance doit être accessible 24h/24 7 jours/7. Cette notion est prise en compte par les décrets de périnatalité. Mais cela ne doit pas pour autant conférer automatiquement aux salles de naissance et à la zone d’accueil de l’urgence obstétricale une vocation à accueillir d’autres urgences, et notamment les urgences gynécologiques (sauf choix d’organisation de la structure en question, notamment pour les structures de moindre importance). Nous sommes favorables à ce que ce point précis soit clarifié en indiquant que, au sein des structures dont l’importance le justifie, les locaux et les personnels destinés à assurer ces urgences gynécologiques doivent être différenciés des locaux et du personnel dédié aux salles de naissance.

D’une manière générale il faut souligner la pluralité des professions concernées par les décrets de périnatalité. Les sages-femmes en font partie, mais pas seulement. Les décrets, dans leur ensemble, doivent être raisonnés et interprétés de façon pluri-professionnelle.

2. S’agissant des demandes de « premier recours » :

D’un point de vue général, le « premier recours » n’appartient pas à une profession individuellement, mais doit s’organiser de façon pluri-professionnelle sur un territoire donné. En particulier, pour ce qui est de leur domaine de compétences, les gynécologues-obstétriciens et gynécologues médicaux revendiquent de faire partie du premier recours et que l’accès direct à ces praticiens ne soit pas remis en cause, aussi bien dans le secteur d’activité public que le secteur libéral. Toute orientation contraire serait extrêmement dommageable pour la santé des femmes.

Dans le détail des demandes et des indications d’arbitrage en provenance du cabinet de Mme la Ministre :

IVG médicamenteuse : sous réserve d’une convention avec un plateau technique, dans les mêmes conditions qu’un autre praticien. Du point de vue des gynécologues­ obstétriciens et des gynécologues médicaux, rien ne s’y oppose.

Suivi des grossesses pathologiques et arrêt de travail supérieur à 15 jours pendant la grossesse : ce n’est pas dans les compétences professionnelles des sages-femmes. Les sages-femmes peuvent cependant contribuer au suivi de grossesses pathologiques sur prescription médicale, à la demande du médecin qui en a la responsabilité. La sage­ femme ne peut en aucun cas se substituer à ce médecin.

Examen postnatal : il n’y a pas d’examen postnatal « physiologique » si la grossesse ou la naissance ont été d’ordre pathologique. L’autorisation donnée à la sage-femme d’assurer la consultation du post-partum n’est acceptable que si en amont tout a été strictement normal. Il serait fort dommageable pour la santé des femmes de se priver de ce moment privilégié du post-partum destiné à faire le point précis des facteurs de risque qui ont conduit à la pathologie. Une consultation avec un médecin s’impose dans ces circonstances.

Il est normal que la sage-femme soit intégrée dans le parcours de soins et qu’elle puisse adresser elle-même la patiente au spécialiste gynécologue-obstétricien, gynécologue médical, pédiatre ou médecin traitant. Elle ne peut cependant se substituer à un médecin pour adresser à d’autres spécialités médicales (radiologues, cardiologues, néphrologues…)

La prescription d’examens complémentaires, d’arrêts de travail ou de thérapeutiques qui relèvent de la pathologie ne doit pas faire partie des prérogatives des sages-femmes dont les compétences sont limitées à la « physiologie ». C’est le cas pour la prescription des échographies de surveillance de la grossesse qui doivent se limiter à l’échographie de datation et aux échographies Tl, T2 et T3.

D’une manière générale, l’établissement d’un catalogue d’actes autorisés ou non ne nous parait pas judicieux car il ne peut être exhaustif. Si cette formule devait quand même être conservée, nous demandons à participer à son élaboration. Les points déclinés ci­ dessus peuvent servir d’exemple pour illustrer les principes que les prises en charge ne doivent pas être raisonnées de façon individualisée par une seule profession mais toujours de façon organisée et coordonnée, et que les professions ne sont pas interchangeables mais contribuent dans leur complémentarité à une prise en charge de qualité.

Nous espérons que cette contribution sera utile. Nous l’avons rédigée de façon concertée entre les différents groupes de sensibilité au sein de notre profession de gynécologues­ obstétriciens et de gynécologues médicaux afin que vous puissiez avoir un reflet synthétique de ce que nous pensons de façon très large.

Nous vous prions d’accepter l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Le président du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français)

La présidente de la FNCGM (Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale)

Le président de la Fédération des Cercles de Gynécologie-Obstétrique des Hôpitaux Généraux

La vice-présidente du Syngof, Vice-présidente d’Avenir Hospitalier

La présidente du SGL (Syndicat des Gynécologues Libéraux)

 

 

 

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Piégées

Publié par 10lunes le 26 mai 2014 dans Pffffff, Profession sage-femme
 

filetDeux innovations administratives viennent une fois encore souligner combien il est difficile pour les sages-femmes d’exercer sereinement leur activité en libéral.La première débute sournoisement en 2009.

La commission de la transparence de la HAS est chargée de se prononcer sur la spécialité Syntocinon ®. Ce produit est utilisé pour provoquer et/ou intensifier les contractions mais aussi pour traiter une atonie utérine consécutive à une hémorragie de la délivrance.

Si aucune des sages-femmes accompagnant les naissances à domicile n’aurait l’idée de déclencher un accouchement ou de renforcer artificiellement les contractions, les pertes sanguines au moment de la délivrance nécessitent une attention toute particulière. Et le Syntocinon ® – synto de son petit nom – fait donc partie de leur trousse d’urgence.

Comme le souligne la HAS : Cette spécialité entre dans le cadre d’un traitement préventif. Le rapport efficacité/sécurité est important. Cette spécialité est un médicament de 1ère intention. Le service médical rendu est important. 

Un peu plus loin, le filet se déploie : Dans le cas d’accouchement hors maternités et hôpital, ce qui reste marginal et pose de sérieuses questions sur la sécurité des patientes et des enfants, cette spécialité est nécessaire aux médecins ou sage femmes. Le service médical rendu reste important.

J’ignorais que la commission de transparence du médicament était appelée à se positionner sur l’accouchement à domicile… (et ne résiste pas à vous renvoyer vers cet article. La HAS gagnerait à lire les recommandations du NICE…)

Le 16 octobre 2013, la nasse commence à se refermer. La commission de la transparence rend un avis favorable à la radiation [du Syntocinon ®] des spécialités remboursables aux assurés sociaux et ce à compter du 1er avril 2014.
Rien de très grave jusque-là ; au prix où ne sont pas payées les sages-femmes (!) elles ne sont plus au coût d’une ampoule de synto près (2.78€)…

Mais les Laboratoires SIGMA-TAU France saisissent cette occasion pour cesser la diffusion en pharmacie, peu rentable, et ne plus commercialiser que la forme destinée aux hôpitaux. Les faibles réserves des officines s’étant vidées, les sages-femmes libérales ne peuvent plus s’en procurer.

Comment alors suivre les recommandations validées par la même HAS qui préconisent une injection prophylactique d’ocytocine au moment de la délivrance ? Je le souligne tout en m’interrogeant sur l’utilité de cette prévention lors d’un accouchement physiologique, l’utérus n’étant pas épuisé par de fortes et fréquentes contractions induites par les hormones de synthèse, cf ce document Inserm.
Mais, faute de synto disponible, si une femme se mettait à saigner après la délivrance, elle serait privée du seul traitement efficace en attendant le transfert hospitalier…

Comme la nouvelle vient de tomber,  un petit trafic est en train de s’organiser et les sages-femmes exerçant à domicile tentent, avant que leur réserve ne se soit épuisée (ou plus certainement périmée), de trouver des complices hospitalières subtilisant pour elles quelques ampoules.

Kafka 1 – sage-femme 0

 

Autre nouveauté : en ce moment, les caisses primaires d’assurance maladie nous adressent un courrier précisant que les sondes utilisées par certaines sages-femmes lors des séances de rééducation périnéale au cabinet doivent être prescrites par un médecin pour être prises en charge.

Résumons : une sage-femme réalise une consultation postnatale (c’est de notre compétence) / évalue entre autres choses la nécessité d’une rééducation périnéale (c’est de notre compétence)/ prescrit cette rééducation (c’est de notre compétence) et la femme choisit de s’adresser à une sage-femme pour cette rééducation (c’est de notre compétence).

Mais cette même femme devra consulter un médecin pour bénéficier du remboursement de la sonde ; soit 23 € facturés en plus à la sécu pour la prise en charge d’une sonde à 25,96€. Les médecins n’ayant bien évidemment rien de plus urgent ni plus utile à faire que de prescrire le matériel qui nous est nécessaire…

Kafka 2  – sage-femme, médecin, sécu : 0

 


Crédit photo Emmeric Le Person

PS : actualité oblige, j’ai différé un autre billet sur le postnatal…mais je n’oublie pas et y reviens bientôt

 

 

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L’histoire de Louise C – épisode 1

Publié par 10lunes le 5 mai 2014 dans Profession sage-femme

 

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Louise C, je la croise régulièrement. Nous échangeons un sourire dans la file d’attente de la boulangerie où nous avons toutes deux nos habitudes. Elle est sur le chemin de mon cabinet et à quelques pas de ma banque, celle où travaille Louise. De temps en temps c’est elle qui me donne un carnet de chèque ou me fournit la copie du relevé bancaire professionnel égaré …

Du coup elle connait ma profession. La première fois, en lisant l’intitulé du compte, elle a dit un truc du genre :
– Sage-femme, ça existe encore ? Et puis ensuite, Mais vous travaillez où ?
Car la petite maternité de la ville a fermé depuis 15 ans, c’est dans la ville voisine, à Saint Nanterre, que les femmes vont accoucher.
J’ai bredouillé l’habituel
Non, pas en maternité, j’exerce en libéral.
– En libéral ? Mais ça veut dire quoi ? Vous faites des accouchements ? Non ?! Mais vous faites quoi alors ?
M’en suis sortie avec un  Tout le reste… pleine d’espoir dans les points de suspension que j’y avais mis.
Mais Louise n’a pas relevé et je suis repartie un peu dépitée que mon métier semble si méconnu.

Méconnu, oui car Louise n’a pas eu l’idée de venir me voir quand l’unique gynéco de la ville a pris sa retraite. En panne de pilule, elle n’avait pas envie de causer de « tout ça » avec son médecin traitant. La sentant mal à l’aise, il a proposé de renouveler l’ordonnance en la rassurant sur le fait que l’examen n’était en rien obligatoire pour cette prescription. Il a cependant souligné qu’il faudrait bientôt refaire un frottis puisque le dernier datait de 3 ans. Elle a balbutié que oui bien sûr… et est repartie sans oser parler de l’oubli régulier de ce foutu comprimé quotidien.

Louise n’a pas non plus pensé à venir me voir pour faire son frottis, ou pour prendre le temps de réfléchir à un autre mode de contraception qui ne s’oublierait pas.

Et puis un énième raté de pilule, quelques nausées, les seins tendus. Elle a acheté un test de grossesse. Enceinte ! Julien était ravi. Elle pas vraiment. Les questions se sont bousculées. Le garder ou pas ? Combien de temps pour se décider ? Comment se passe une IVG ? Et si elle poursuivait la grossesse, est ce que ce serait grave d’avoir continué à prendre sa pilule ?
Louise n’a encore une fois pas pensé que je pouvais l’aider.

Quand ils ont décidé de garder ce bébé, beaucoup d’autres questions sont arrivées. Quels papiers, quels examens, où, avec qui ? Et puis comment son corps va-t-il se transformer ? L’accouchement ça fait vraiment très mal ? Allaiter il parait que c’est mieux ? Est ce qu’elle sera à la hauteur ? Et son couple ?
Elle ne sait pas avec qui évoquer tout cela ; dans leur bande d’amis ils sont les premiers à découvrir la grossesse. Sa mère habite loin, et puis elle n’est pas très disponible, quant à sa belle-mère… elle se mêle déjà bien assez de leur vie de couple !

Finalement, c’est la boulangère qui a aidé Louise. Elle s’étonnait de ne plus la voir acheter de baba au rhum, sa gourmandise préférée.
Louise a éclaté en sanglots, inquiète du gâteau consommé alors qu’elle ne se savait pas encore enceinte.
Tout le monde dit que l’alcool c’est dangereux pour le bébé.
Devant le sourire de la boulangère,  les vannes se sont ouvertes.
C’était pas vraiment prévu mais finalement on est très content sauf que j’ai un peu peur et puis j’ai plein de sensations bizarres et je sais pas si c’est grave, et puis on m’a dit qu’il faudrait faire des échographies et des examens mais je sais pas ce que je dois faire et …
La boulangère l’a interrompue
Ben faut aller voir la sage-femme !

 

A l’occasion du 5 mai, journée internationale de la sage-femme, les blogueurs sages-femmes vous invitent à voyager de billet en billet pour découvrir l’histoire de Louise. La suite est ici

Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5
Episode 6
Episode 7
Episode 8
Episode 9
Episode 10
Episode 11

 

 

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Outre-manche

Publié par 10lunes le 17 avril 2014 dans Profession sage-femme, Vie des femmes

 

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Les blogs, forums et autres lieux d’échanges moins virtuels bruissent de cette nouvelle façon de faire, apparaissant plus respectueuse des femmes. Il y a ceux qui pratiquent au quotidien, ceux qui ont déjà essayé, ceux qui vont commencer. Je devrais m’emparer de cette nouveauté avec enthousiasme et pourtant…
Si je vante les mérites des capotes ou me régale de la crème du même nom, l’examen à l’anglaise, j’y arrive pas!

Cette position, je l’ai découverte avec Martin Winckler dans un de ses romans, « le Choeur des femmes ». Ça ne m’avait pas vraiment interpellée mais à l’époque, je pratiquais peu de gestes gynécologiques.
Puis Borée en a causé de façon très pédagogique sur son blog. Billet que j’ai commenté, non comme praticienne mais comme patiente. Tant qu’à faire qu’un « non intime » mette ses doigts dans mon vagin, je préfère l’avoir en face de moi que dans mon dos.

Mais ce ressenti n’est que personnel et il me semblait important de laisser le choix aux femmes.

Dans le même temps, je me suis (re)formée en gynéco, ai réalisé de plus en plus de consultations dans ce cadre. J’ai régulièrement proposé cette position alternative. En retour, regards étonnés, sourires amusés ou refus déterminés. Personne ne désire essayer. Au mieux on croit à une blague, au pire on me taxe d’une nouvelle lubie de sage-femme. 
J’ai fini par penser que ce n’était pas la position innovante qui séduisait, mais le possible choix qui débaptise la « patiente » pour reconnaître la femme comme actrice de ses soins.
Ça m’arrangeait bien.

Et puis il y a eu l’étudiante, faisant son mémoire sur ce thème, éclatant de rire en m’entendant conclure ainsi mes explications un peu confuses :

-« Et je serai derrière.
– Ah ben oui, mais si tu le dis comme ça… »
Mes réserves transpirent dans ma proposition… elle est donc toujours déclinée.

Pourtant j’en cause avec des pratiquants. J’ai même eu droit à une démonstration de l’installation un soir de printemps, sur un banc public. Merci à cette ambassadrice d’y avoir mis autant d’énergie.

Alors, pour elle et pour tous ces praticien-ne-s que je respecte, je continue à m’interroger. Récemment, une copine a accepté (que ne ferait-elle pas pour la cause des femmes) que nous tentions ainsi le contrôle du DIU posé quelque semaines auparavant.
J’ai regretté de ne pas croiser son regard, j’ai détesté le mouvement d’écarter la fesse supérieure pour exposer la vulve ; et une fois tout cela dépassé, la pose du du spéculum a été désagréable, l’exposition du col impossible et bien que ma copine ait fait preuve d’une bonne volonté quasi sacrificielle, il a fallu se résoudre à finir « normalement ».

Alors, je continue à lutter avec mes petits moyens pour que l’examen gynéco ne consiste pas à se retrouver à poil sur une table avec les pieds posés dans des étriers de métal.
En rééducation périnéale manuelle – ou la symétrie indispensable à l’examen interdit toute variante latérale – et pour tous les examens, je me place sur le côté du lit. La femme est allongée, le buste un peu relevé. Ses jambes sont fléchies, plantes des pieds l’une contre l’autre. Un petit coussin soutient l’un des genoux et ma cuisse si je suis assise, ou un second coussin sinon, soutient l’autre. Un paréo la couvre. Cette installation semble plutôt bien accueillie.

Mais pour faire un frottis, je me sens obligée de me placer en face et je reviens carrément à la position gynéco pour la pose d’un stérilet, tout en m’excusant platement de mon incapacité à faire autrement.

Y a pas à dire, faut que je me trouve un stage.

 

 

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Un métier de rêve

Publié par 10lunes le 8 avril 2014 dans Profession sage-femme

 

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Ce weekend, j’ai revu « Entre leurs mains », en version longue mais surtout en projection publique. Revoir ce film avec une soixantaine de sages-femmes – c’était le congrès de l’ANSFL– avait une autre densité. Partager l’émotion d’une même vision de ce métier, de ce qu’il pourrait et devrait être.

Le générique a défilé, la lumière s’est allumée, quelques larmes se sont furtivement essuyées.
Les premières interventions ont remercié Céline Darmayan, la réalisatrice, d’avoir su si bien saisir ce qui fait l’essence de notre métier, cette relation privilégiée qui se tisse entre une femme, un couple, et un professionnel. Confiance réciproque dans le savoir de l’autre, écoute, respect.

Et puis une étudiante a pris la parole, la voix vacillante : « J’ai l’impression de redécouvrir le métier de sage-femme, celui qu’on ne voit plus à l’hôpital. C’est ce  métier que j’avais choisi mais ce n’est pas celui qui m’est enseigné ».
Cruel résumé.

Oui, notre place de sage-femme devrait être celle-là. Permettre à une femme de vivre sa féminité en sécurité, physique et psychique. Qu’il s’agisse de contraception, de grossesse, d’accouchement, de maternité… notre rôle est d’accompagner, de guider, dans une totale mais discrète vigilance.
Lors d’une naissance, il ne s’agit ni de ne rien faire, ni de s’en remettre à dame nature mais d’abord de s’attacher à préserver les processus physiologiques. Intervenir a minima.

Cette vigilance s’incarne dans le film avec Sidonie, retirée dans une autre pièce pour respecter l’intimité du couple, écoutant les sons de la femme en travail qu’elle accompagne et se levant pour la rejoindre juste quelques secondes avant que celle-ci ne l’appelle.
La fonction de la sage-femme, ne serait-ce pas celle-là ? Une attention permettant de devancer les attentes des femmes, de repérer tout symptôme débutant pour mieux y répondre ?

Mais ça ne se voit pas, donc ça ne se sait pas, donc ça ne se reconnait pas et au final ça ne se budgétise pas.

Dans la plupart des maternités, les conditions de travail actuelles empêchent les sages-femmes d’exercer cette vigilance si particulière. Faute de disponibilité, on se rabat alors sur des protocoles, des courbes, des normes qui tentent de rationaliser ce qui ne peut l’être.

Et une future sage-femme découvre au travers d’un film que le métier qu’elle croyait avoir rêvé pourrait exister.

 

 

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Indisponible

Publié par 10lunes le 21 mars 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

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Hier les sages-femmes étaient en grève. Jeudi noir qu’on a dit.
Dans les médias, tout semblait se cristalliser autour des hospitalières qui réclament au sein de leurs établissements un statut médical, conforme au code de la santé publique.
Sage-femme libérale, j’étais pourtant en grève aussi. Ces revendications ne me concernent pas directement mais 5 mois de mobilisation et aucune avancée… ça justifie de se montrer solidaire.

Et puis d’autres motifs que le statut agitent la profession, en particulier son « invisibilité ».
Une transparence que nous ressentons au quotidien, à travers l’étonnement de femmes nous découvrant au hasard d’un forum internet, du conseil d’une copine, ou d’un blackboulage hospitalier « Pas de place avant le 7ème mois, si vous n’avez pas de gynéco, voyez avec votre généraliste ou une sage-femme ».

Mais comment montrer l’absence ?
Et puis j’ai repensé au site ameli.

[pub] Ameli direct est un service vous informant sur les praticiens de votre ville, en fonction des actes pratiqués, de leurs tarifs et de leur secteur de conventionnement. [pub]

Imaginons que vous envisagiez une « Pose, ablation ou changement de stérilet ou d’implant contraceptif sous-cutané »
Vous tapez votre code postal et lancez la recherche. Avec un peu de chance, vous aurez plusieurs noms.
Mais JAMAIS de sage-femme !
Parfois il n’y en pas dans votre ville, parfois il y en a mais elles n’assurent pas ces actes. Et parfois c’est pas ça !
Dans ma ville, toutes les sages-femmes pratiquent le suivi gynéco « de prévention ». Ameli-direct liste des généralistes, les gynécologues -tous en secteur 2– mais nous oublie obstinément.

Si vous demandez simplement les généralistes ou tous autres spécialistes de votre secteur, vous aurez accès aux tarifs de leurs principaux actes.
En cherchant les sages-femmes : leur liste va bien s’afficher. Mais AUCUN tarif et AUCUN acte ne sont précisés. Ni la pose d’un DIU, ni même une banale consultation…

Pire, en cliquant sur la petite loupe censée préciser l’activité, vous tomberez sur « Les tarifs de ce professionnel de santé ne sont pas disponibles actuellement. » Pourtant, nos tarifs sont parfaitement clairs et connus, comme par exemple sur cette page du site… ameli !

Un autre motif pour ce « professionnel de santé » de fermer son cabinet hier !

 

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Poussez pas !

Publié par 10lunes le 15 mars 2014 dans Naissance, Profession sage-femme

 

bulldozerLa nuit a été longue. L’annonce de la dilatation complète lui parvient comme une libération. La dernière ligne droite se profile enfin, quelques poussées et son petit sera là.

Vite dit.
Oh, elle s’applique pourtant, mettant en œuvre tout ce qui lui a été appris, dans une expiration forcée du plus bel effet. Du plus bel effet sauf sur la progression fœtale.
La sage-femme l’encourage, tente de lui communiquer toute l’énergie dont elle dispose, elle qui vient de prendre sa garde.
Mais rien n’y fait, le petit n’avance pas.

La sage-femme suggère une pause,
– Si vous voulez, on attend un peu ?
– Non, non, je ne veux pas me reposer. Je veux pousser !
– La sage-femme insiste doucement : Vous êtes sure d’être prête ? Il n’y a aucune urgence. Si vous avez besoin d’un peu de temps pour vous séparer de ce bébé…
Sa phrase reste inachevée ; la mère s’offusquerait presque de l’hypothèse évoquée…

Chacun poursuit ses efforts. La sage-femme propose de changer de technique. Va pour une poussée bloquée.
Ventre tendu, rouge aux joues, son souffle explose quand enfin elle s’autorise à reprendre un peu d’air.
Comme il serait tentant d’appuyer sur son ventre. Une « petite » poussée sur le fond utérin et très certainement ce troisième bébé viendrait se poser sur le périnée maternel.
Tentant mais injustifié. Tout va bien si ce n’est l’inutilité des efforts. La sage-femme se donne, leur donne, du temps.

Et puis le déclic, ce besoin de pousser qui s’impose. Cette force qui la traverse. Ce souffle qui se transforme en cri. Comme une évidence.
En une seule contraction, la tête arrive à la vulve. Elle la sent, souffle plus doucement pour laisser glisser son enfant hors d’elle.
Il est né.

Que s’est-il passé ? Comme une bascule, une dernière hésitation vaincue dans l’ambivalence qui préside à toute mise au monde : garder l’enfant encore un peu pour soi ou le laisser partir. Le temps du corps n’est pas forcément celui de l’esprit et le col utérin peut s’ouvrir bien avant que la mère soit prête à la séparation.
Si elle pousse cependant, elle sera inefficace. Combien de femmes le disent ensuite « Je sentais bien que je ne faisais pas ce qu’il fallait, mais je ne pouvais pas faire autrement ». L’ambivalence est bien au delà de la volonté…

Parfois l’ambivalence cesse, parfois elle se règle par une extraction instrumentale.
L’intermédiaire semble être « l’expression utérine », ce geste paraissant anodin car réalisé sans instrument. « Accompagner « les efforts de poussée de la femme en labourant son ventre  appuyant sur son fond utérin.
Violent et absurde.

Soit il y a un obstacle réel et il ne sert à rien d’appuyer, il faut utiliser une aide instrumentale pour mieux orienter l’enfant dans les axes du bassin maternel, ou même recourir à la césarienne.
Soit il n’y pas d’obstacle. Pourquoi alors ne pas se laisser du temps ? Rien n’oblige à pousser dès dilatation complète. Savoir attendre, c’est permettre à la femme de réaliser que l’heure de se séparer est venue, de l’accepter ou de s’y résoudre…

L’expression abdominale est fortement déconseillée par la HAS depuis 2007.
L’enquête du Ciane révèle pourtant qu’elle est encore utilisée dans un accouchement sur cinq !

 

Sur le même sujet  :
Le besoin et l’envie
Brève tempête 

NB : certains commentaires semblent rester bloqués plusieurs jours en attente de validation avant que je n’en sois informée. Vous m’en voyez à la fois désolée et incapable d’y remédier. N’hésitez pas à me le signaler par mail.

 

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Marketing

Publié par 10lunes le 11 mars 2014 dans Médias, Naissance, Pffffff, Profession sage-femme

 

couilles en or

Tissées main au son de chants mayas ? Teintées au pourpre élevé biologiquement ? Fibres siliconées high-tech antimicrobiennes ?
Pardon, je réfléchissais à voix haute au meilleur argumentaire de vente…

Ce billet doit beaucoup à une sage-femme sociologue, ethnologue, une sage-femme dont la longueur des études universitaires est inversement vertigineuse à la mienne et qui m’honore pourtant de son amitié. Récemment, elle m’a offert la primeur d’un de ses articles (lien à venir dès que son travail sera publié) analysant les aspects sociologiques des « espaces physiologiques » au sein des maternités.
Entre autres réflexions parfaitement passionnantes, elle aborde un angle que je n’avais jusque-là jamais envisagé : l’aspect économique.

Ou plus prosaïquement : l’accouchement naturel est à la mode, y a du fric à se faire coco !

Hasard de la vie, je tombe le lendemain de cette lecture sur cet article. Il y aurait beaucoup à en dire ; se féliciter de la volonté d’offrir au sein de l’hôpital une alternative à l’accouchement hypertechnicisé et de l’ouverture du plateau technique aux sages-femmes libérales. Déplorer les allusions anxiogènes répétées à la sécurité garantie ou ce commentaire « comme un accouchement à domicile mais avec une équipe expérimentée » qui en dit long sur les failles séparant la vision de ces deux exercices !!!
En point d’orgue, cet aveu sur la nécessité de se former à l’accouchement physiologique, d’apprendre la mécanique obstétricale, de s’interroger sur les postures, qui résume à lui seul toute les errances d’une profession en quête d’identité …

Mais comme dit plus haut, je me suis arrêtée sur un seul paragraphe : le coût des équipements soit 80 000 € pour aménager un lieu … naturel !
Nous avons donc affaire à une onéreuse baignoire dont la seule spécificité semble être l’existence d’une porte. 36000€, ça fait cher la porte. J’ai toujours travaillé avec des baignoires « normales » et n’ai jamais vu une femme incapable d’en enjamber le tablier. On ne peut même pas évoquer la possibilité d’une « évacuation en urgence » pour justifier ce tarif prohibitif. Ouvrir la porte d’une baignoire pleine… je vous laisse imaginer la pataugeoire !

A côté de la baignoire, il y a le lit. Dans un accouchement na-tu-rel ma cocotte, tu prends les positions que tu veux mais sur le lit prévu à cet effet… (mobilité d’accord mais encadrée) 40000 € quand même ! Ce type de matériel se révèle intéressant dans une salle classique ; par sa modularité, il permet une plus grande variété de postures aux femmes immobilisées par le triptyque péridurale/perfusion/monitoring.
Mais dans une salle physiologique, à quoi bon ces jambières du plus bel orange ? Un matelas, quelques coussins, un ballon, une corde de tissus pour se suspendre et s’étirer … C’est la femme qui doit choisir, non le mobilier qui doit induire !

Mais je me suis vraiment étranglée sur « la simple écharpe de traction » à 5600 €. Qui peut m’expliquer ce tarif prohibitif alors qu’un banal drap ferait l’affaire ?

Et au final, cette addition : 80000 € ! 
Ou comment nous laisser penser que le confort des femmes se joue dans un aménagement onéreux plutôt qu’un accompagnement respectueux.

Voilà donc 80000 € donnés en pâture à tous les détracteurs de ce type d’accouchement. Une somme apparaissant de plus dépensée pour le plaisir de quelques doux allumés rêveurs. C’est en filigrane ce que nous dit le reportage puisque la seule naissance dans cette salle remonte à dix jours et que les deux femmes enceintes interrogées précisent qu’elles ne la choisiront pas.

80 000 euros qui viendront surtout enrichir quelques commerciaux visionnaires. Dans tout nouveau concept, y a du fric à prendre. Il suffit de créer le marché.

Je vous quitte, m’en vais de ce pas me recycler dans le lucratif commerce des écharpes de traction.

 

 

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Effet de non-annonce

Publié par 10lunes le 4 mars 2014 dans Militer, Profession sage-femme

 

blablabla (1)

Voilà un billet que je sais par avance mal écrit et mal fichu, parfaitement assorti à l’état d’esprit de son auteur après les annonces ce matin de Marisol Touraine au sujet du statut des sages-femmes.
Pas de retransmission en direct, les premières infos reçues sont les tweets du ministère de la santé que je me fais un devoir de copier et commenter ici…

Garantir la santé des femmes, reconnaître les compétences médicales des sages-femmes et favoriser un cadre de travail collectif à l’hôpital.
Qui pourrait s’opposer à tout cela ? Se préoccuper de la santé des femmes est un incontournable, les compétences médicales des sages-femmes sont inscrites dans le code de la santé publique et la coordination des acteurs de santé est un préalable indispensable à la qualité de nos prises en charge.
Langue de bois mon amour…

Apres le temps du dialogue vient celui de la décision.
Création d’un statut indépendant de sages-femmes des hôpitaux
Ce statut permettra aux sages-femmes d’être reconnues a la hauteur de leur rôle.
On ne sait pas bien ce que ça veut dire mais il est facile de déduire que le statut de « praticien hospitalier sage-femme » réclamé par une grande partie de la profession tombe aux oubliettes. Quel sera ce « statut indépendant » ? Que va t’il garantir ?
Dans un courrier, Marisol Touraine évoque la « possibilité d’unités fonctionnelles en fonction du projet médical de l’établissement et avec l’avis favorable des équipes concernées ».
Quand on sait que l’ouverture des plateaux techniques aux sages-femmes libérales est inscrite dans la loi depuis 1991… et que pourtant – parce que l’équipe n’y est pas favorable et que cela ne correspond pas au projet médical – très peu d’établissements en donnent la possibilité…
En clair, dans les chouettes maternités qui travaillent déjà ainsi de façon informelle, cela pourra être formalisé, dans les autres… ben on continuera sans rien changer !

2ème mesure : valorisation des compétences médicales des sages-femmes.
Une campagne de communication, valorisation spécifique des actes réalisés par les sages-femmes à l’hôpital.
Cette phrase me donne l’occasion de féliciter le SYNGOF pour son efficace travail de lobbying !!! Souligner les compétences des sages-femmes à l’hôpital, ça ne mange pas de pain…Les femmes y sont en quelque sorte captives ; au sein des établissements hospitaliers, on ne décide pas des modalités de son suivi. Etre mieux informées ne peut être que plus respectueux pour elles, mais ne changera rien à l’organisation des soins.
En dehors, par contre…. Mieux faire connaitre les compétences des sages-femmes en libéral, c’était prendre le risque de voir certaines patientes se détourner de leur gynécologue pour choisir de s’adresser à une sage-femme. Faut pas pousser hein !*

De nouvelles responsabilités : participation au projet médical d’établissement, à la recherche, à des missions d’intérêt général…
Les sages-femmes étaient déjà présentes en CME qui participe (depuis fin 2013) à l’élaboration du projet médical d’établissement, déjà en mesure de faire de la recherche et même d’en assurer la direction. Quant aux missions d’intérêt général, le courrier évoque les réseaux de périnatalité (les sages-femmes y sont bien heureusement déjà présentes, et certaines en sont les coordinatrices) ou la PMI où travaillent déjà par ailleurs … je vous le donne en mille….des sages-femmes !

4ème mesure : amélioration de la formation des sages-femmes (statut de maîtres de stage, des étudiants en maïeutique).
Le courrier parle de « pleine reconnaissance ». Mais encore ?

5ème mesure : revalorisation de la rémunération des sages-femmes – la concertation s’ ouvrira dès le mois d’avril.
Après quatre mois de mobilisation, il est effectivement urgent d’attendre deux mois de plus pour débuter les négociations salariales.

Un nouveau statut, des compétences mieux reconnues, des responsabilités accrues, une formation renforcée, une rémunération revalorisée.
Les sages-femmes auront un statut médical avec la création du statut de sages-femmes des hôpitaux.
Les sages-femmes hospitalières pourront exercer sur le territoire des missions d’intérêt général et verront leurs compétences valorisées.
Seul le détail des mesures concrètes permettra de se faire vraiment une opinion.
Pour le moment, je ne vois rien dans cette annonce qui réponde aux attentes des sages-femmes.

Ou comment enflammer une profession en tentant d’endormir sa colère…

 

Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, les sages-femmes communiquent sur leurs compétences.
L’ANSFL organise le 8 mars prochain, à l’occasion de la journée des droits des femmes,
une porte ouverte dans les cabinets de sage-femme

C’est le moment de découvrir les professionnels de votre secteur !! A bientôt ?

 

* Dans son discours, Marisol Touraine n’est guère plus précise… Elle évoque cependant une valorisation des compétences des sages-femmes qui ne semble pas restreinte aux hospitalières. Trop peu de nos concitoyennes savent aujourd’hui qu’elles peuvent aller consulter une sage-femme pour leur contraception ou, à des fins de prévention. Il est de ma responsabilité de mieux faire connaître du grand public et des autres professionnels le rôle primordial que jouent les sages-femmes pour la santé des femmes.

 

 

 

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Elles

Publié par 10lunes le 23 février 2014 dans Profession sage-femme

 

womens-group-560x295Depuis quatre mois, les sages-femmes manifestent, se questionnent, revendiquent, s’affrontent, sont attaquées frontalement, insidieusement, médiatiquement, se défendent, attaquent à leur tour

Au cœur de cette agitation, une profession qui défend son identité, et cette identité est multiple. 

Hasard total ou effet subliminal de cette actualité, j’ai entendu cette semaine beaucoup de femmes prononcer la même phrase : Je ne savais pas vraiment ce que faisait une sage-femme.

Celle qui se découvre enceinte à 45 ans alors qu’elle avait fait une croix sur la maternité
Celle qui vient discuter d’un sevrage difficile et prend conscience des enjeux dans son couple
Celle qui découvre qu’elle aurait dû prendre une contraception d’urgence mais que personne ne l’en a informée
Celle qui se réjouit d’avoir vécu une grossesse sereine sans examens inutiles
Celle qui est soulagée que rien ne s’oppose à sa vie trépidante
Celle qui a du mal à financer la pilule non remboursée prescrite d’autorité
Celle qui téléphone joyeusement pour annoncer qu’elle est devenu « copine avec son pessaire »
Celle qui pleure sur sa maternité idéalisée et découvre la dépression du postpartum
Celle pour qui chacun s’est satisfait d’un frottis vieux d’un an sans que personne ne semble avoir lu le résultat
Celle qui laisse un SMS à 4 heure du matin pour dire sa joie d’un accouchement respecté
Celle qui peut recommencer à danser parce qu’elle n’a plus de fuites urinaires
Celle qui remercie d’avoir suspecté une rétention placentaire
Celle qui retrouve doucement sa sexualité
Celle qui offre un thé lors d’une visite à domicile pour évoquer la relation houleuse avec sa mère
Celle qui envisage une IVG parce qu’on lui avait affirmé que toute contraception était inutile
Celle qui partage son passé douloureux avec son groupe de préparation à la naissance
Celle dont l’enfant reprend du poids en modifiant sa position d’allaitement
Celle qui pleure en entendant pour la première fois les battements d’un tout petit cœur
Celle qui est soulagée de se voir imposer un arrêt de travail 
Celle qui est adressée aux urgences pédiatrique parce que le comportement de son bébé est alarmant
Celle qui s’émeut de voir son nouveau-né esquisser une marche automatique
Celle dont la petite fille maltraite sa poupée pendant que sa mère évoque l’arrivée du prochain
Celle qui sourit à son homme fier de sentir pour la première fois leur petit réagir sous sa main

Autant de femmes – et d’hommes et d’enfants – qui  donnent sens et identité à mon métier.

 

 

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