Pas casser !

Publié par 10lunes le 25 mai 2016 dans Petites phrases, Pffffff, Profession sage-femme

 

Préambule : si vous n’êtes pas sur le réseau qui gazouille, ce billet va vous paraître… lunaire ! Et si vous l’êtes mais abonnés plus spécifiquement à des cueilleurs de champignons ou à des passionnés de land art*, il vous semblera très décalé.
Mais si vous me suivez sur twitter, alors ce billet vous parlera peut-être.

Ce texte très bisounours, je l’ai rédigé en 2014, à l’occasion d’une rencontre entre twittos… Deux ans plus tard, je ne retire pas une ligne de cette quasi déclaration d’amour !
Le publier aujourd’hui, c’est ma façon de réagir à l’actuel #médecinbashing qui menace le réseau solidaire et informel qui s’est construit entre soignants « bienveillants ».

Il ne s’agit pas de cautionner d’éventuels dérapages ; il s’agit simplement de ne pas juger – et encore moins condamner ! – sur un tweet, une saute d’humeur, un trait d’humour… Il s’agit de ne pas en appeler à la justice, fut-elle ordinale, en cas de désaccord.
Il s’agit au final de se montrer intelligent, de savoir débattre plutôt qu’agresser, pour ne pas casser un outil utile aussi à ceux dont nous devons prendre soin.

* aucun rapport avec le billet… juste pour le plaisir et l’apaisement !

 

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Mauvais jour

Publié par 10lunes le 8 février 2016 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

Elle annule son rendez-vous pour un prétexte futile dix minutes avant l’heure fixée. Je propose un autre moment le lendemain. Ça ne lui convient pas non plus. Pas de problème, une série de dates étant déjà programmée, nous nous verrons comme convenu le… Mais cette dame que je ne connais pas encore s’offusque que je n’aie rien d’autre à lui offrir. Son ton se pince pour m’annoncer un Je vais réfléchîîîr cumulant tous les accents circonflexes en sursis.  Notre relation commence sur un mauvais pied, je suggère de tout annuler.

La suivante arrive, déstabilisée. Elle souhaite faire suivre sa grossesse par une sage-femme, comme pour ses deux enfants précédents. Mais depuis elle a déménagé ; nouvelle  sage-femme mais aussi nouveau médecin traitant. Quand elle l’a informé de sa décision, il s’en est offusqué : Comment ça c’est une sage-femme qui va vous suivre !!  Mais comment, c’est aussi une  sage-femme qui va faire vos échographies !!  Mais c’est n’importe quoi !!! Mais où va-t-on, mais où va-t-on !! Je tente de rester déontologique en soulignant que nous avons tous nos mauvais jours…

Pendant la pause repas, la salle se refroidit. Le volet est bloqué et le réparateur tente d’y remédier, toute fenêtre ouverte. Ça dure, encore et encore. Faut commander une pièce… qu’il n’aura pas tout de suite… et ça va coûter cher… Il assaisonne ces mauvaises nouvelles de divers commentaires, tout le temps de sa longue intervention : Mais qui vous a monté ce volet, travail de sagouin, faut pas demander à n’importe qui.. ah la la vous vous êtes bien faite avoir…  mais quelle idée d’avoir fait bosser une boite pareille etc etc… Ne revendiquant aucune expertise en volet roulant, je finis, excédée par le lui signaler.

Il est tard, j’ai faim, le repas chauffe… et mon portable sonne. Le nom qui s’affiche est celui d’une collègue qui – s’appuyant sur ma longue expérience du libéral- m’a adressé de multiples questions par mail. J’ai répondu de façon détaillée en citant de nombreuses références légales et médicales pour étayer mes propos. J’imagine un petit mot de remerciement pour le temps passé à traiter ses problèmes. Je n’y aurais pas droit, elle se lance dans une nouvelle série de question, même pas précédé d’un rituel « j’espère que je ne te dérange pas ». La soupe refroidit…

Beaucoup plus tard, je souffle sur le potage que je viens de réchauffer en ruminant ma journée. Un mot tourbillonne sans que j’arrive à l’identifier. Un truc que j’essaie de mettre en oeuvre au quotidien, pour lequel j’apprécierais une certaine réciprocité.
Ah oui… le respect.

 

 

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Taxe tampon

Publié par 10lunes le 1 janvier 2016 dans Pffffff, Vie des femmes

 

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Je surfais paisiblement sur le net, tentant de me motiver pour un petit billet histoire de débuter une année pleine de bonnes résolutions bloguesques.

J’hésitais entre une version volontariste et positive : 2016 sera l’année de l’expérimentation des maisons de naissance (pour lesquelles nous bataillons depuis 1998…)

Et une version réaliste : des tarifs assurantiels s’apprêtant à exploser, des maternités overbookées « offrant » des conditions de travail de plus en plus délétères, des droits de prescriptions toujours stupidement listés et autres incohérences textuelles nous imposant moult acrobaties dans notre exercice quotidien…

Puis je suis tombée sur ça.
Que sont nos petits problèmes face à une société qui ne semble pas s’émouvoir de l’instrumentalisation chaque jour accrue des corps maternels ?

Parce que oui, les injonctions sont multiples ; ne pas fumer, ne pas boire, éliminer de nombreux aliments – et souvent les meilleurs ! -, ne pas prendre trop de poids mais quand même assez, avoir une activité sportive mais pas trop quand même, bien dormir et surtout, surtout, ne pas stresser !

Une autre série d’injonction est médicale. Par définition, une femme enceinte offre son corps aux soignants, acceptant sans broncher échographie endovaginale et touchers vaginaux répétés.
Mon coeur se serre chaque fois qu’après ma demande d’accord pour un examen, j’entends : Avec ma grossesse, je me suis tellement habituée –  La pudeur est une notion que j’ai du oublier… Phrases accompagnées d’un demi sourire résigné.

Donc ne chipotons pas, les mères ne sont plus à une intrusion près. Envisager un nouveau truc à mettre dans son vagin pour aider leur futur génie à être encore plus génial NE DOIT PAS leur poser problème.

Il serait quand même détestable et bien peu maternel de refuser un dispositif qui permet « d’améliorer le développement neuronal de son bébé ».
A croire que tous les enfants nés avant cette magnifique invention sont débiles. Du coup, je comprends mieux pourquoi je suis si fréquemment déçue de l’humanité.
Z’ont pas eu les neurones correctement développés ? C’est bien ça ?

 

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Trêve de ralerie !

Je vous souhaite une belle et heureuse année 2016.
J’en profite pour remercier toutes celles (aucun homme ne s’est senti concerné) qui m’ont envoyé leurs récits pour l’Avent 2015. Je n’ai pas pu tout utiliser, parfois parce que je ne trouvais pas comment reprendre le récit, parfois parce qu’il m’invitait plutôt au pessimisme.
Mais je piocherai dans toutes ces histoires pour nourrir le blog cette année. Et la boite mail reste ouverte !

 

 

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Mal traitant – mal traité

Publié par 10lunes le 3 octobre 2015 dans Médias, Pffffff

 

Cible-j-f-r

Le sujet était brûlant, l’émission a fait le buzz, les blogs*qui l’ont commentée un peu aussi.
Jeudi, je reçois un mail « Je tenais à vous informer que dans le cadre de notre rubrique « Le Post », nous citerons votre blog dans un article publié samedi sur JIM.fr. »
On est samedi. Je lis.

Comment éviter le débat ? En le caricaturant !
Opposons  de pauvres gynécologues manipulés par la radio (grands naïfs qu’ils sont) à des blogueuses enragées engagées.
Fin du débat.

Le JIM reproduit ma retranscription des propos des gynécos en terminant sur ce commentaire « épingle cruellement Dix Lunes sans reconnaître que le jeu du montage a pu donner des gynécologues interviewés une image peut-être un peu déformée (et sans envisager que Jean Marty se référait à une acception très classique du terme « maltraitance »). »

Les mauvais esprits tentent toujours de remettre en cause les témoignages de patientes, les renvoyant à leurs mauvaises compréhension des gestes, à leur hypersensibilité voire pudibonderie, aux impératifs médicaux. Je me suis attachée à ne retranscrire que les propos des Dr Marty et Paganelli, justement parce qu’ils se suffisaient à eux-mêmes et n’étaient pas susceptibles d’interprétation.

A l’inverse, j’aurais aimé voir cité ma conclusion qui, loin du gynéco bashing auquel on me résume, soulignait combien cette représentation syndicale était problématique pour la profession…

Le JIM ne dit d’ailleurs rien d’autre quand il regrette ensuite :
Ainsi les deux praticiens ne trouvent nullement grâce aux yeux de ces blogueuses engagées et sont, rapidement, érigés comme le symbole d’une gynécologie maltraitante et paternaliste, sexiste et irrespectueuse… et qui plus est fière d’elle ! Si les propos rapportés par les trois blogueuses ont effectivement été tenus par les deux praticiens et s’ils reflètent assez bien la teneur générale de leurs déclarations (la tentative de démonstration de l’absence de respect des patientes par Elisabeth Paganelli est on ne peut plus maladroite), on ne peut s’empêcher d’apporter quelques nuances à cette vindicte. D’abord, dans une émission toute acquise à la cause des patientes « malmenées », Jean Marty et Elisabeth Paganelli n’avaient pas la tâche facile et tenaient forcément le mauvais rôle… mauvais rôle appuyé par un montage où se superposent sans véritable lien les témoignages les plus édifiants et leurs propos souvent décalés.
L’injustice radiophonique ne fit qu’aggraver leur cas : à côté de la belle voix douce de Martin Winckler et de celle des différentes intervenantes, l’accent
.
Surtout, on peut se demander pourquoi France Culture a choisi de ne s’en tenir qu’à ces deux seuls praticiens : il n’y a donc en France aucun gynécologue qui soit d’accord pour reconnaître qu’il existe une tendance regrettable au paternalisme, que certains actes doivent être prohibés et que la pédagogie doit remplacer l’infantilisation autoritaire ? Une sorte de « Martin Winckler » (l’irréprochable ) de la gynécologie ! Ou au moins un gynécologue capable d’expliquer la nécessité de certains actes, de tenter d’excuser certains propos maladroits (et pas seulement en soulignant que c’est ainsi que les gynécologues ont appris leur métier comme le répète toujours Martin Winckler)… sans tomber dans la caricature. Apparemment non.

Le JIM feint donc d’ignorer que les médecins interrogés sont des représentants très officiels de la profession. Bien sur, ils y en a d’autres. Mais c’est bien le SYNGOF qui, par ses prises de positions régulièrement agressives et méprisantes, nuit à l’image des gynécologues et à toute tentative de réflexion conjointe autour de l’organisation des soins ou de la coordination nécessaire entre praticiens. 

Confraternellement, le JIM précise ensuite : Comme Clara de Bort l’a bien souligné au cours de l’émission, la spécificité des organes concernés suppose des attentes, apparemment pas toujours satisfaites, et une sensibilité, pas toujours comprise, particulières.
Puis cite : La blogueuse Ovidie pourtant dans sa conclusion appelle à la nuance « …/… Et il y a des gynéco formidables, mentionnons-le au passage. Il ne s’agit pas de tirer à boulet rouge sur l’ensemble d’une profession si nécessaire » écrit-elle.

Je ne disais pas autre chose. Mais qui prendra le temps d’aller lire le blog après la présentation qui en est faite ?
L’article laissera à ses lecteurs le sentiment d’une sage-femme aux positions outrancières.
Ou comment nourrir – avec gourmandise ? – l’idée d’une bataille rangée entre nos deux professions…

 

 

*Autres blogs cités dans l’article :
– Marie-Hélène Lahaye
– Ovidie

 

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Mal traitant

Publié par 10lunes le 28 septembre 2015 dans Blessures, Médias, Pffffff

 

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Cet après-midi, France culture diffusait un Sur les docks consacré aux « Maltraitances médicales en gynécologie » avec cette intro édifiante « Tout au long de leur vie, les femmes livrent leur corps à des gynécologues ».

Bloquée dans un TGV à la connexion plus qu’intermittente, je me suis attelée au podcast aussitôt rentrée, bien décidée à produire une analyse détaillée et critique.
Mais nul besoin de détails, nul besoin de critique, les interventions des deux gynécologues, respectivement président et secrétaire générale du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (mes amis du Syngof quoi*) se suffisent à elles-mêmes.

J’aurais de toute façon été bien incapable d’écrire quelque chose de censé. L’audition cumulée des témoignages de femmes brutalisées par la médecine est aussi une violence. 


A tout seigneur tout honneur, commençons par le Dr Marty.

Il débute brillamment : La maltraitance vis-à-vis des femmes, pour moi c’est soit du domaine du fantasme soit effectivement des faits divers parce que y en a un ou deux qui ont violé mais ça ça existe dans tous les domaines.
Plus loin, il en rajoute tellement qu’il perd toute crédibilité : C’est pour nous un tel honnnnnnneur d’avoir des femmes qui nous font confiance.
Il osera conclure : Nous on est formés à tout entendre, à tout écouter. On ne fait rien que n’accepte la population.
Irréprochable !

Pourtant,  à deux reprises, son inconscient le trahit.
Evoquant le vécu des touchers vaginaux : Ça dépend d’une appréciation individuelle de cet examen. La plupart des femmes ne posent pas de problèmes par rapport à ça.
A propos des examens sur des patientes sous anesthésie : Y avait aucune raison d’aller expliquer à une femme qui dormait qu’on allait en profiter pour apprendre aux étudiants à faire des examens.

Le Dr Paganelli brille elle par ses interventions… décalées.

Elle ose un premier :  Les dames qui me disent je viens pour un examen gynéco et un frottis et elles ont leur règles et elles m’en mettent partout.
Affirme ensuite : Maintenant les femmes elles demandent tout ce qu’elles veulent…
Puis feint de s’attacher au confort des femmes en comparant  toucher vaginaux  sous et sans anesthésie.
La question n’est pourtant pas celle de l’anesthésie mais celle du consentement…

Consentement qu’elle caricature ensuite  : On leur donnera une fiche d’information par la secrétaire. Est-ce que vous acceptez que je fais (sic) le TV, est ce que vous acceptez  que je prends (re-sic) la tension, est ce que vous acceptez que je vous pèse parce que moi moi j’ai des obèses elles veulent pas être pesées.

Fin des extraits choisis ; je vous encourage à écouter l’émission pour vous faire votre propre opinion.

Je ne souhaite pas opposer gynécologues et sages-femmes. Aucune profession n’a le monopole du respect des femmes. L’un des témoignages évoque d’ailleurs le soutien attentif d’une gynéco.

Mais il semble urgent  que cette profession se trouve d’autres représentants.
Parce qu’avec des amis pareils, ils n’ont pas besoin d’ennemis…

 

*régulièrement invités ici …

Edit du 03 10 2015
Oup ! On me dit dans l’oreillette que le Dr de Rochambeau a remplacé le Dr Marty à la présidence du Syngof le 8 juin dernier. Le Dr Marty est maintenant trésorier du syndicat.

 

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Logique floue

Publié par 10lunes le 10 septembre 2015 dans Non catégorisé, Pffffff

 

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Il y a d’abord eu cette étude de l’Inserm issue des données de l’Enquête nationale périnatale 2010 : 26% des femmes avaient déclaré pendant leur grossesse ne pas vouloir de péridurale lors de l’accouchement. Toutefois, 52% ont finalement reçu une analgésie péridurale en cours de travail.

Le communiqué du CNOSF reprend certaines des conclusions de Béatrice Blondel qui souligne C’est moins le profil de la femme que l’organisation des soins qui va conduire à la pose d’une péridurale en cours de travail …/… La pose d’une péridurale peut être un moyen de faire face à la surcharge de travail au moment de certaines gardes.

Le CNOSF s’appuie sur l’étude pour dénoncer la très réelle et très problématique diminution des effectifs en maternité et enchaîne sur un élément n’apparaissant pas dans le résumé : Les problèmes organisationnels au sein des maternités contraindraient les professionnels de santé à déroger à un principe fondamental édicté par la loi : le consentement des patients.

Le communiqué du CNSF enfonce le même clou en évoquant le non-respect du choix initial des femmes.

Si je déplore avec les uns et les autres que les femmes ne puissent accéder à l’accouchement qu’elles souhaitent, l’adjectif « initial » s’appliquant au mot choix m’apparaît essentiel. Faudrait-il respecter la décision d’une femme prise en amont de l’accouchement plutôt que celle prise sur le moment, lorsqu’elle souhaite une solution médicale à la douleur ressentie ? Que cette douleur soit fortement majorée par l’indisponibilité des sages-femmes et/ou le renforcement des contractions par des hormones de synthèse*, personne ne peut en douter. Que notre organisation des soins défaillante conduise des femmes à renoncer à leur projet d’accouchement est une réalité quotidienne.
Mais évoquer le non-respect du consentement dune parturiente quand une péridurale est finalement posée à sa demande est un sophisme qui offre des armes à nos détracteurs.

La réponse de la SFAR parait à l’inverse apaisée. Les anesthésistes soulignent Du fait de la méthodologie de cette étude, on ne peut pas savoir si les femmes changent d’avis et demandent qu’une péridurale soit faite ou si les soignants convainquent les patients de la recevoir. Ils soutiennent les demandes des sages-femmes : Une partie de l’insatisfaction trouve d’autres motifs qui ne sont pas nécessairement du ressort de l’équipe d’anesthésie‐réanimation mais plutôt des protocoles obstétricaux et d’une révision des procédures et des organisations de l’équipe soignante au sens large. Ils dénoncent ensuite : La relation reste souvent paternaliste et manque d’explications, de temps d’échange.
La SFAR s’abstient de désigner un coupable et souligne les multiples facteurs en cause. Excellente façon d’inviter à un débat constructif.

Mais c’était sans compter sur nos amis du Syngof qui, fidèles à eux-mêmes, tirent dans le tas !
Comme d’hab, une petite explication de texte s’impose.

Ce communiqué a donné lieu depuis à une instrumentalisation visant à dénoncer une surmédicalisation de l’accouchement quand les professionnels médicaux ont pour unique préoccupation d’apporter aux femmes les conditions les plus sûres et les plus confortables pour leur accouchement.
Traduisons : Les matrones sages-femmes dénoncent une surmédicalisation imaginaire à des fins personnelles et égoïstes alors que les  professionnels médicaux – lire les gynéco-obstétriciens (autre pierre dans le jardin des sages-femmes qui sont elles aussi des professionnels médicaux) – sont seuls à se démener pour la santé et le confort des femmes.

Elles pensent à leur grand-mère et parfois mère qui n’ont pas eu la chance de connaître la péridurale.
Petit couplet aux relents paternalistes. De quoi se plaignent ces femmes qui ont la chance, contrairement à leurs aînées, de connaitre la péridurale.


Alors, la France veut-elle faire des économies sur le dos des femmes en diminuant les chances d’avoir une péridurale ?
Joli retournement ! Le fait de ne pas souhaiter une péridurale se transforme ainsi en perte de chance d’y avoir recours. Nouvelle attaque « discrète » contre les maisons de naissance ?
Je sais, je vois le mal partout…

Ces chiffres, s’ils doivent alimenter la réflexion sur l’organisation des maternités et la coordination entre sages-femmes et gynécologues obstétriciens, ne doivent pas être détournés à des fins corporatistes en mettant en cause la sincérité et l’engagement médical, jour et nuit, des gynécologues obstétriciens au service des femmes.
Nouvelle couche sur le supposé corporatisme de matrones sages-femmes égoïstes versus l’engagement mé-di-cal de gynéco dévoués au service des femmes.

Etre au service des femmes, ne serait-ce pas plutôt s’interroger sur ce qui pousse certaines à déroger à leur projet de naissance et réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour que ce projet puisse être respecté ?

 

 

* Sur ce point, la question du consentement doit se poser. Combien de femmes sont réellement informées de l’utilisation d’ocytocine et de ses conséquences ?

 

 

 

 

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Du people et du pipeau

Publié par 10lunes le 30 mai 2015 dans Médias, Pffffff

 

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Devant la multiplicité des médias traitant soudain ce sujet, j’imagine que l’assurance maladie a souhaité communiquer sur les sorties précoces de maternité. M6 a choisi de traiter le sujet à la n’importe nawak. Autant d’inepties et de contres-vérités débitées en 3 minutes (à 15’20), ça frise l’exploit.

Je vous laisse en juger avec cette transcription intégrale… agrémentée de quelques captures d’écran histoire de vous prouver que je n’écris pas ce billet sous l’emprise d’une substance hallucinogène.
Et je vous épargne le ton surjoué genre iMMMMMMMense hôpital ou sans-pé-ri-du-ra-le

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Question : les jeunes mamans restent elles trop longtemps à la maternité après leur accouchement. Elles y passent un peu plus de  4 jours actuellement et c’est trop selon certaines mères d’autant qu’un délai plus court est synonyme d’économie. La caisse nationale d’assurance maladie estime que raccourcir leur séjour permettrait d’économiser 280 millions d’euro par an.

Alors quels sont les avantages et les inconvénients d’un retour précoce à la maison,  comment ça se passe chez nos voisins européens ? 
Pourquoi certaines femmes veulent elles réduire leur séjour à la maternité ?

C’est en général parce qu’elles ont déjà eu un enfant et donc elles veulent souder rapidement le lien avec les frères ou les sœurs.  Elles se disent également dans un environnement beaucoup plus confortable à  la maison que dans un immense hôpital impersonnel. Et au total 30 % des mères estiment rester trop longtemps à la maternité quand ça se passe bien évidemment.  Alors on le rappelle, la durée minimale du séjour est de trois jours pour un accouchement classique par voie basse, quatre pour une césarienne.

Et désormais certaines maternités peuvent permettre de rentrer plus tôt, c’est ce qu’on appelle le programme prado. La maman a alors droit à trois jours de visite d’une sage-femme à domicile, la première dans les 48 heures, ainsi qu’à une aide-ménagère, le tout évidemment pris en charge à 100 %.

pradoUn commentaire à présent : J’ai été choquée de voir Kate Middleton rentrer 10 heures après son accouchement nous dit Delphine.

Mais oui Delphine, ça a surpris  les français mais au Royaume Uni ça n’a rien d’exceptionnel. Les britanniques restent en moyenne 1.7 jours à la maternité contre 3 pour la moyenne européenne et 4,2 jours en France.

Pourquoi ?  Parce que la majorité des européennes accouchent sans péridurale contre une minorité seulement de françaises. Elles peuvent se lever tout de suite et il y a moins besoin de suivi médical.péri

L’autre tendance c’est l’accouchement à domicile ou dans une maison de naissance.  C’est très répandu en Hollande, aux Pays Bas, au  Royaume Uni. En France, c’est totalement marginal puisque les maisons de naissance sont totalement interdites.AAD

Y a quand même des risques non  à sortir trop rapidement de la maternité?
Ben oui, pour une jeune femme, une jeune maman dont c’est le premier enfant, c’est un peu comme partir dans l’inconnu. On peut ne pas dépister certains problèmes de lien mère- enfant, le fameux baby blues par exemple.baby bluesL’enfant risque aussi certaines complications, certaines infections, la jaunisse qui apparaît entre le 3ème et le 5ème jour de sa vie.

Ictère

Et selon la Haute Autorité de la Santé, et bien, deux femmes sur dix rencontrent des difficultés après l’accouchement et c’est précisément dû à une mauvaise préparation de sa (sic) sortie de la maternité.post nat
Et donc on comprend la prudence des femmes françaises.

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Voilà… Je ne sais même pas si ça vaut le coup de décrypter tellement c’est gros mais 

  • Il n’y a pas de durée minimale de séjour imposée ; plus exactement, un départ avant les délais indiqués est considéré comme précoce par la HAS qui a rédigé des recommandations de bonnes pratiques sur la sortie de maternité.
  • Le prado c’est, par exemple, ça. Donc plutôt deux visites de la sage-femme et pas le début de l’amorce d’un hypothétique passage d’une aide-ménagère. Coté tarif, la mère est bien prise en charge à 100 % pendant 12 jours mais pour le nouveau-né, on retombe à 70 % dès la fin de la première semaine de vie.
  • Les taux de péridurale européens sont justes (et devraient nous faire réfléchir …) mais expliquer la durée des séjours par la nécessité d’un suivi médical prolongé du fait de l’anesthésie est absurde sinon totalement stupide.
  • Coté statistiques européennes  des accouchements à domicile, j’ai la flemme de chercher des références mais en gros, c’est 25 % aux Pays Bas et 3 % en Angleterre.
  • Non seulement les maisons de naissance en France ne sont pas interdites (!!) mais le principe de leur expérimentation a été voté en 2013. Si tout va bien – croisage de doigts recommandé- les premières ouvriront l’année prochaine.
  • Evoquer le baby blues comme un trouble du lien mère-enfant est une ineptie juste bonne à faire frémir toutes celles qui ont vécu cet état émotionnel bref et banal.
  • L’ictère (jaunisse) n’est en aucun cas une infection. Il est le plus souvent banal, (même s’il mérite d’être surveillé et quantifié) au point d’être qualifié de « physiologique ».
  • Enfin, la HAS  écrit : « Actuellement en France, le nombre de femmes qui rencontrent des difficultés en post-partum serait relativement important (de 15 à 35 % en fonction des études), du fait d’une mauvaise préparation à la sortie de la maternité. D’une manière générale, ces difficultés ne seraient pas directement imputées à la durée du séjour, puisque près des trois quarts des femmes interrogées jugeaient leur durée d’hospitalisation à la maternité adéquate. »
    En poursuivant la lecture, il est clair que ces difficultés sont liées au manque d’informations dispensées par les professionnels. Le suivi à domicile est justement l’occasion de donner ou redonner ces informations, d’autant plus pertinentes et audibles que nous ne sommes plus dans la projection d’un futur idéalisé mais dans le concret de la vie avec un nouveau-né.

Résumons, la seule information fiable donnée par M6, c'est l'info people. Kate est bien sortie 10 heures après son accouchement.
L'honneur journalistique est sauvé !

 

NB : Il y a 5 ans, j’étais nettement plus critique sur les sorties précoces. L’accompagnement s’est tout de même amélioré.
NB bis: Vous devez ce billet à la nécessité de réagir rapidement à une « information » donnée dans un journal télévisé et à la conjonction d’incidents domestiques bouleversant mon programme. Pardon pour mon silence, je traverse une parenthèse un peu agitée mais ça devrait s’arranger bientôt.

 

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Quand on veut noyer son chien

Publié par 10lunes le 31 janvier 2015 dans Médias, Militer, Pffffff

 

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La Cour des comptes publie un nouveau rapport sur les maternités… compilation de vrais constats, données diverses, statistiques lissées et de quelques approximations.

Mais surtout, et c’est ce qui a été retenu par les médias, le rapport distille doucement que les petites maternités sont dangereuses

Parce qu’envisager la fermeture d’une maternité pour des raisons économiques, ça passe mal.
Mais la fermer en invoquant son insécurité, ça passe mieux !

Le rapport s’applique à rappeler que la France est mal classée pour son taux de mortalité néonatale  en soulignant que d’autres pays d’Europe ayant de meilleurs résultats ont regroupé les naissances dans de grands centres… et hop, on passe de la simple constatation à la corrélation. Ni vu ni connu… ou presque.

Pourtant,  le nombre de maternité a été réduit de 70% en quarante ans (1747 en 1972 /544 en 2012). Parallèlement, nos résultats se dégradaient.
Concentrer les naissances sur de grands centres ne semble donc pas la bonne réponse. En tout cas pas sur le mode français : plus de naissances, moins de sages-femmes. Le « une femme /une sage-femme » que nous scandions en 2011 reste une utopie. Nos décideurs veulent croire qu’il suffit de rationaliser nos usines pour fabriquer de beaux produits, pardon, nouveau-nés.

Et d’ailleurs, qui pourrait imaginer que les statistiques de 13 maternités réalisant toutes ensemble moins de 3900 naissances impactent réellement les résultats d’un pays voyant naître plus de 800 000 enfants chaque année ?

Mais saluons l’efficacité de la stratégie mise en oeuvre.

Recette de fermeture sans trop de vagues :
– placer 13 maternités sur la sellette

– distiller régulièrement l’idée qu’elles sont menacées
– déplorer la difficulté de recrutement des médecins qui hésitent logiquement à tout quitter pour rejoindre un établissement dont la rumeur dit qu’il fermera dans les années à venir.
– crier à l’insécurité, ou mieux, laisser les médias faire le travail.

L’article ne s’interroge pas sur la possibilité d’un transfert avant l’accouchement, transfert que l’on peut imaginer inenvisageable du fait de la rapidité des événements. Est-il préférable pour un grand prématuré de naître dans l’ambulance ou dans cette maternité ? En entretenant le flou, on laisse penser que c’est l’établissement qui est dangereux et pas les circonstances de la naissance…

– attendre que les femmes se détournent, préférant la grande maternité, plus éloignée, plus impersonnelle mais sé-cu-ri-tai-re et assurée de ne pas disparaître dans quelques mois.
– dénoncer la gabegie consistant à maintenir un établissement ouvert pour un si faible nombre de naissances. Les maternités visées tenteront évidemment d’allumer des contre-feux.

Le directeur s’emploie à déminer le terrain : « pas de craintes à avoir, pente ascendante, nouveaux locaux ». Il est urgent de rassurer pour ne pas risquer de voir la pente s’infléchir ou s’inverser.


Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…

 

 

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Publié par 10lunes le 25 septembre 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Hier la Haute Autorité de Santé a publié sur son site le cahier des charges relatif à l’expérimentation des maisons de naissance.
Pas de réjouissances hâtives !

De nombreux points restent à régler, en particulier ces « détails » que sont le statut juridique et le financement de ces futurs sites.
Le cahier des charges apporte aussi quelques mauvaises surprises, ajouts de dernière minute non validés par le groupe de travail…
On est donc loin du consensus joyeux et d’un démarrage en fanfare des expérimentations.

Apres 16 années de lutte, nous en sommes encore au début d’une potentielle expérimentation, très encadrée, limitée dans son nombre de sites (liste définie par le ministère de la Santé) et sa durée (5 ans).
Nombre de questions restent à régler, et cela dans un temps limité puisque la fenêtre pour lancer l’expérimentation se refermera en décembre 2015.

Souvenons nous aussi que la contiguïté à une maternité a été imposée aux projets pour pouvoir envisager un transfert immédiat, peut-être bien plus immédiat que dans certaines maternités où chambres d’hospitalisation, salles de naissance et bloc opératoire se retrouvent, du fait de l’ancienneté des bâtiments, à distance les uns des autres…

Cette obligation -qui exclut de fait plusieurs projets – n’est pourtant pas suffisante aux yeux de nos décidément toujours grands amis du SYNGOF.

Et s’il fallait vous convaincre de ne pas sauter trop vite de joie, je vous invite à lire cette copie du courrier qu’ils ont adressé à la HAS, copie publiée page 32 du rapport d’élaboration.

 

 

 

 

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Court circuit

Publié par 10lunes le 16 septembre 2014 dans 9 mois, Pffffff, Profession sage-femme

 

Samedi 13h30. Je viens de brancher le répondeur donnant les coordonnées de l’astreinte quand le téléphone sonne. J’hésite deux secondes, lâchement… parce qu’à cette heure-là, peu de chance que ce soit une banale prise de rendez-vous. 
Ma mauvaise conscience a vite fait de trancher ; je décroche. J’entends les mots d’une femme inquiète. Enceinte de sept mois, elle vient de recevoir une grosse décharge électrique. Comme elle est suivie par ma collègue, son premier réflexe a été de nous appeler.

Le risque électrique, j’y connais rien.

Je l’interroge rapidement. Elle sent son enfant bouger, pas de douleurs, pas de contractions, rien ne lui parait anormal. Je tente de la rassurer mais lui demande aussi d’appeler le 15 parce qu’eux seront en mesure de lui répondre précisément.

Mon ignorance m’irrite. Je cherche des infos sur le net, demande l’avis d’autres praticiens (vive les réseaux sociaux). Leurs réponses sont multiples, divergentes, pas forcément rassurantes. Je rappelle la jeune femme pour vérifier qu’elle a bien contacté le 15. Sur leurs conseils, elle est en route pour la maison médicale de garde.
Ma bonne conscience s’en réjouit.

Dès l’ouverture du cabinet, elle rappelle. Elle ne sent pas très bien. La consultation du samedi lui a semblé rapide et son inquiétude persiste. 
Je lui propose de passer faire le point. Coté obstétrical, tout va bien. Mais elle se plaint de divers symptômes et douleurs que je ne sais expliquer. Faut-il les attribuer à l’incident ? Au contre-coup du stress subi ? Je contacte son médecin traitant qui prend le temps de réfléchir avec moi et conclut qu’il ne sait pas trop non plus. Faute de certitudes, il me conseille d’appeler les urgences pour avoir un avis.
Comme le 15 a déjà été appelé, j’opte pour les urgences obstétricales du CHU qui me semblent plus à même de prendre en compte sa grossesse.

Je me présente, demande à qui je parle… une sage-femme est-il sèchement répondu à ma question répétée deux fois parce qu’ostensiblement ignorée.

J’explique la situation. De profonds soupirs soulignent la lassitude de l’autre côté du fil.
A la fin de mon bref exposé, mon interlocutrice lance un laconique :

– Et alors ?
Je tente de résumer ce que j’ai déjà dit. Mon incompétence en choc électrique et mon souhait, appuyé par son médecin traitant, que quelqu’un de plus expérimenté puisse donner un avis.
– Mais y a rien de grave là… si elle avait de la tension faudrait nous l’envoyer mais là …

Mes correspondants des réseaux sociaux, médecins généralistes, urgentistes, anesthésistes, avaient envisagé entre autres options la réalisation d’un ECG voire la possibilité d’une hospitalisation. Bien sur, leurs réponses concernaient les suites immédiates de l’incident mais …
Comme je doute d’être tombée sur une sage-femme exceptionnellement calée en gestion de choc électrique, j’insiste encore.
Elle semble céder
– Vous voulez un avis de l’interne ?
– Oui. 
Je souhaite que ma patiente soit reçue et examinée et espère en convaincre l’interne.
Mon soulagement sera bref

– Il est à côté, il est d’accord avec moi.

Et elle a raccroché.

 

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Si vous avez vu la jolie affiche placardée quelque part, venez le dire ici. A vos commentaires (que j’espère nombreux pour le coup ; suis une incorrigible optimiste !!)

 

 

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