Se brouiller, se débrouiller …

Publié par 10lunes le 28 décembre 2017 dans Médias, Pffffff, Profession sage-femme

 

Je m’apprêtais à passer quelques jours de repos « post Avent » bien mérités mais un début d’agitation médiatique vient me tirer de ma torpeur. La France manque de gynécologues et la santé des femmes serait en danger. « Entre 2007 et 2017, le nombre de ces spécialistes a chuté de 41,6 % à 1 136 et il pourrait tomber à 531 en 2025. Face à cette pénurie, des femmes renoncent à se soigner« .

Ce chiffre de 1136 est apparemment indiqué par l’Ordre des médecins ; pourtant, en 2017, la Dress recense 2978 gynécologues médicaux et 4869 gynéco-obstétriciens. Mais ce qui est rare est cher ! La pénurie annoncée permet de « justifier » les dépassements d’honoraires de ces spécialistes évoqués dans ce second article du Monde.
Mais comme il serait malvenu de s’y arrêter, nos amis du SYNGOF s’empressent de souligner « le premier problème de la profession ne se situe pas là, mais dans « la difficulté à trouver un gynécologue ».

Bertrand de Rochambeau, président du SYNGOF enfonce le clou sur France Info « Ni les médecins généralistes, ni les sages-femmes ne sont suffisamment formés pour assurer le suivi gynécologique des patientes » et plus loin« Si les femmes ne réclament pas des gynécologues, elles devront se débrouiller avec les généralistes et les sages-femmes ».
Situation également évoquée par le Monde où les journalistes écrivent« Certains gynécologues médicaux semblent aujourd’hui se résigner (c’est moi qui souligne…) à un passage de relais aux sages-femmes libérales » en interrogeant leur formation « Elles arrivent sur le marché sans être suffisamment formées en gynécologie, met en garde Anne Gompel, de l’université Paris-Descartes. »

Ces polémiques récurrentes sont lassantes*.
Rappelons ici que la formation des sages-femmes comprend 190 heures dédiées à la gynécologie, la contraception et aux violences faites aux femmes et 8 à 14 ECTS (soit 90 à 420 heures) de stage pratique.
Rappelons surtout que les sages-femmes ne souhaitent pas remplacer les gynécologues médicaux mais travailler avec eux. Une meilleure répartition des actes de prévention et de dépistage permet justement de libérer du temps de spécialistes pour traiter les pathologies. Mener une consultation de contraception sur le mode « BERCER », réaliser un frottis en prenant le temps de déstresser une dame pleine d’appréhension, poser « tranquillement » un implant ou un DIU, évoquer les questions de sexualité, dépister les infections sexuellement transmissibles, interroger les possibles violences… c’est à la fois essentiel et chronophage. C’est aussi autant de temps libéré au spécialiste pour le traitement d’une infertilité, d’une endométriose (suspectée grâce à un interrogatoire attentif) ou de toute autre pathologie gynécologique.

Heureusement certains gynécologues savent travailler de concert avec les sages-femmes.
D’autres… toujours pas.

 

 * testez une recherche sur le blog avec le mot clef SYNGOF…

__________________________________

Edit du 29/12/2017 : extrait du rapport de la Cour des comptes « L’avenir de l’assurance maladie » – novembre 2017 (p 50)

En revanche, dans la filière périnatale, malgré l’élargissement progressif des missions des sages-femmes aux termes de plusieurs lois, la prise en charge n’a pas été structurée selon une logique graduée de substitution et de complémentarité des différentes catégories de professionnels : gynécologues obstétriciens, gynécologues médicaux et sages-femmes. La bonne articulation des compétences au sein de cette filière aurait pourtant permis d’obtenir rapidement un meilleur suivi des femmes et des parturientes et des économies significatives pour l’assurance maladie.

La loi du 9 août 2004 a autorisé, en effet, le suivi d’une patiente – de la déclaration de grossesse à l’examen post-natal sous réserve de l’absence de pathologie, celle de 2009 a introduit le suivi gynécologique de prévention et la prescription de la contraception, et la loi de modernisation de notre système de santé leur reconnaît, sous certaines conditions réglementaires, la possibilité de pratiquer des interruptions volontaires de grossesse et un droit étendu de prescription et de vaccination.
Une consultation par une sage-femme revient à 23 €, alors que celle d’un gynécologue est de 28 € en secteur 1. Les gynécologues sont 62 % à exercer en secteur 2, avec des taux de dépassement des tarifs opposables de 75 % pour les gynécologues obstétriciens et de 99 % pour les gynécologues médicaux.

 

22 commentaires

Intim-e-r

Publié par 10lunes le 25 novembre 2017 dans Après, Blessures, Petites phrases, Pffffff, Vie des femmes

 


 

En cette journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, laissez-moi vous conter une brève histoire.

 

 

Son accouchement a été long, difficile, douloureux, laborieux… et s’est terminé par un forceps et une épisiotomie*.

Deux mois plus tard, elle retrouve le gynécologue qui l’a « accouchée » lors de la consultation postnatale.

« – Alors comment allez-vous ? commence t-il jovialement, peu attentif à sa démarche lente et à ses traits tirés

Pas très bien docteur. J’ai eu très mal dans les semaines suivant l’accouchement. Je ne pouvais même pas m’asseoir. Ca va un peu mieux maintenant, mais la cicatrice reste vraiment douloureuse.

Et la sexualité, ça se passe comment ? dit le médecin, visiblement peu impressionné par le témoignage de la patiente.

Mais docteur, je viens de vous dire, l’épisiotomie me fait encore mal alors je ne vois vraiment pas comment je pourrais penser à …

Mais, la coupe t-il sèchement, il faut que vous y pensiez ! Sinon, il ne faudra pas vous étonner que votre mari aille voir ailleurs… »

 

* L’histoire m’a été racontée et je ne sais rien du dossier médical, des circonstances de l’accouchement et de ce qui a motivé ces gestes. Je ne souhaite évoquer ici que le déroulement atterrant de cette « consultation ».

 

 

11 commentaires

Risque, risque, rage.

Publié par 10lunes le 19 novembre 2017 dans Médias, Militer, Pffffff

 

Au titre de « blogueuse intéressée par les violences obstétricales et gynécologiques », j’ai reçu il y a un mois  le « Livre noir de la gynécologie » de Mélanie Déchalotte.
Je l’ai dévoré d’une traite et me suis promis de venir vous en parler ici.
Et puis… rien.Incapable d’écrire deux lignes.
Ces témoignages attristent, atterrent, enragent, désespèrent… Je n’ai pu, dans un premier temps, m’empêcher de faire des hypothèses, essayant de comprendre une situation, de justifier une intervention. J’aurais voulu lire en miroir les mots des soignants revenant sur ces paroles agressives ou ces geste brutaux réalisés sans explication ni consentement.
J’avais envie de comprendre.
Pour finalement comprendre que l’essentiel dans ces témoignages n’est pas le contexte mais le ressenti des femmes.
Ces récits participent à la « libération de la parole » souvent évoquée ces dernières semaines.
Ces récits pourraient venir enrichir la réflexion des soignants.

Cause toujours !
Deux débats récents montrent qu’il n’en est rien.

Le premier opposait Mélanie Déchalotte au Dr Gilles Sournies. Je l’ai suivi de loin grâce au live-tweet de Mme Déjantée, alias Béatrice Kammerer.
J’en extrais un passage sur l’expression abdominale. Rappelons que, depuis déjà dix ans, la Haute Autorité de Santé ne la « recommande pas ». Pourtant des soignants protestent de la salle :  « On ne peut pas vous laisser dire que l’expression abdominale cause des déchirures ! »  protestation mise à mal par le texte de la HAS qui précise « Deux études de bonne qualité méthodologique ont montré que l’expression abdominale est un facteur de risque de déchirures du sphincter anal et de déchirures périnéales du 3e degré ».
Pire encore, un autre osera ajouter « C’est qu’elle voulait pas d’épisio, c’est pour ça qu’elle a le cul explosé ! »

Compétence, respect et bienveillance sont convoqués de toute urgence.

Le second débat a lieu sur le plateau de « Allo docteurs ». Il réunit trois intervenants, Mélanie Déchalotte, la Pr Alexandra Benachi, gynécologue obstétricienne à l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart et Anne Marie Curat, présidente du conseil de l’ordre des sages-femmes.
Clairement les trois médecins du plateau offrent un front uni. En témoigne la première question posée « Vous en pensez quoi de ce bouquin (sic) ? »

La Pr Benachi semble bien commencer en affirmant qu’il n’est pas question de nier la réalité des violences obstétricales mais son ton change très rapidement. Elle accuse la journaliste « J’ai lu votre livre, je n’ai pas appris grand-chose » et enchaîne sur la nécessité d’être constructif, de ne pas se limiter à dénoncer et de trouver des solutions.
Témoigner n’est donc pas suffisant ? Serait-ce aux femmes et aux médias d’être constructifs ?

Alexandra Benachi cherche à différencier les mauvais soignants des bons et exonère ceux-ci d’une phrase  « On vit en permanence dans l’urgence ». L’urgence et le risque seront ses leitmotivs durant toute l’émission. Petit florilège.
– Il y a des gestes médicaux pour sauver la mère et l’enfant.
– On ne va pas demander tout le temps le consentement, quand l’enfant va tres mal, quand la mère saigne très vite.
– On est dans l’urgence en permanence.
– Il est très important de ne pas idéaliser l’accouchement, c’est un moment très à risque.

Alexandra Benachi reprend Mélanie Déchalotte lorsqu’elle évoque certaines conséquences graves de l’expression abdominale, « Ce sont des pratiques exceptionnelles qu’elle semble aussitôt justifier en ajoutant il faut probablement les remettre dans leur contexte ».
Elle feint ensuite de penser que le consentement éclairé oblige à prévenir de l’intégralité des risques. Mélanie Déchalotte rappelle qu’il ne s’agit pas de tout évoquer mais d’expliquer ce que l’on va faire et d’obtenir l’accord de la femme avant de le faire.
Encore une fois, le médecin invoque l’urgence. La journaliste la contre, soulignant que tous les accouchements ne sont pas « code rouge ».
« Oui concède Alexandra Benachi qui poursuit, Bien sur qu’on doit informer mais je mets en garde aussi contre le consentement éclairé avec tous les risques de l’accouchement que l’on devrait expliquer à la pauvre femme qui est enceinte pour la première fois, qui est toute contente. On ne va pas lui sortir la liste de toutes les catastrophes qui peuvent arriver non plus. »

Mélanie Déchalotte souligne la loterie liée aux pratiques très différentes d’une maternité à l’autre. Si les uns le font, pourquoi les autres ne le feraient pas.  La réponse est surréaliste : « Si vous prenez un médecin qui exerce depuis 30 ans et que vous lui dites demain de ne plus faire d’épisiotomie, c’est comme si l’on vous disait de traverser au vert et plus au rouge, va y avoir des accidents ».
De même, la ventouse devient un instrument « qui peut décoller la tête du bébé, et faire des hématomes. Quand il y a des anomalies du rythme, parfois on ne peut pas l’utiliser, c’est pas si simple » soupire Alexandra Benachi.

Quand on lui demande d’expliquer les niveaux de maternité, la réponse est attendue. « Le type 1 c’est l’accouchement normal sans pédiatre sur place, il y a les types 2 A et 2 B et le type 3, c’est là où il y a le plus de sécurité avec la réanimation pour le nouveau-né également ».

Evidemment l’accouchement à domicile est balayé d’une phrase. « Il n’y a pas de sécurité, ce n’est pas vrai. A l’époque où les femmes accouchaient chez elles, les femmes mourraient, il y avait des infections, les enfants allaient mal. »

Les interventions de Anne Marie Curat ont été nettement plus dignes, insistant sur le respect de la parole des femmes et la nécessité de travailler entre professionnels mais aussi avec les « usagers » à améliorer la situation. Elle a ensuite évoqué les alternatives à l’accouchement hospitalier que sont les maisons de naissances et les accouchements à domicile.

Au final, les propos d’Alexandra Benachi ne peuvent être qualifiés de faux, mais ils manquent cruellement de mesure. A l’entendre, aucun accouchement ne se passe normalement. Pour mieux enfoncer le clou, elle choisit d’ailleurs de conclure sur le risque « En maison de naissance, les femmes sont à bas risque mais on ne peut dire que l’accouchement est normal qu’a posteriori, une fois que l’enfant et la mère vont bien… »

Tenez-vous le pour dit, l’accouchement c’est dan-ge-reux, toujours.
Et ce danger justifie toutes les dérives puisque c’est pour votre bien.
Une seule conclusion à tout cela, aux femmes de crier plus fort encore pour que le message soit enfin entendu.

 

 


Il y aurait tant d’autres choses à dire, par exemple

  • le reportage sur la maternité de Besançon inauguré par un accouchement en position gynécologique, poussée bloquée et coaching vocal de 4 (quatre!) soignants « encore encore encore, plus fort plus fort plus fort »
  • la manœuvre de Couderc présentée comme une règle pour préserver le périnée. Je serais curieuse d’avoir l’avis des collègues passant par ici.
  • les chiffres fantaisiste sur la fréquence des épisiotomies, 37 % dans la présentation du reportage, 32 % en 2010 et 22 % en 2016 selon Alexandra Benachi  alors qu’ils sont respectivement de 27 et 20 %
  • le choix de consacrer le débat aux violences obstétricales. Les violences gynécologiques permettent plus difficilement de s’abriter derrière l’urgence.

 

 

9 commentaires

Le diable se cache dans les détails

Publié par 10lunes le 18 juillet 2017 dans Petites phrases, Pffffff

 

Un débat diffusé lundi midi sur France Inter m’a ramenée quelques années en arrière, quand je m’attelais à disséquer ici un livre d’Odile Buisson. Fallait bien ça pour faire sortir le blog de son long silence !

Reconnaissons-le, Mme Buisson a eu le mérite d’accepter la discussion alors que le Pr Nisand président du CNGOF et initialement pressenti s’était fait porter pale, refusant d’en découdre avec Marie-Hélène Lahaye qui l’avait quelque peu étrillé sur son blog.

Si ce n’est déjà fait, je vous invite à écouter cette émission et n’ai pas l’intention d’en faire ici une analyse exhaustive. Le débat était riche et les propos  des intervenants globalement mesurés.

Mesurés oui, mais pas les interventions d’Odile Buisson qui entre autres saillies a répété à deux reprises que l’activité du planning familial se résumait à faire des frottis et poser des stérilets. « Jolie » négation du travail délicat et ciselé de ces structures, motivée par la seule volonté de discréditer Martin Winckler qui s’est fendu d’une belle réponse.

Odile Buisson a ensuite minimisé la maltraitance verbale, la requalifiant en « manque de tact », reprenant ainsi les paroles du Pr Nisand*.

Odile Buisson a enfin évoqué – à juste titre -la souffrance des soignants, déplorant le suicide récent de cinq internes. Mais là encore son intervention était maladroite ; la souffrance des uns ne les dédouanant pas de celle des autres.

Ses interventions apparaissaient malvenues et malhabiles et ne répondaient ni aux questionnements sur les mécanismes des violences, ni à la recherche de solutions.

Mais ce que je veux relever ici, c’est un détail, terriblement significatif du décalage entre le discours audible et ses sous-entendus. Tout au long de l’émission, Odile Buisson s’est appliquée à ne jamais citer le nom de Marie-Hélène Lahaye. Et si elle l’a interpellée, tentant régulièrement de l’interrompre, ce n’était que par son seul prénom.
Dominique Dupagne était le troisième débatteur. Odile Buisson ne lui a jamais coupé la parole, et quand elle l’a cité, elle n’a pas abrégé son identité.
Marie-Hélène Lahaye n’aura pas eu droit à ce traitement.  Aux yeux d’Odile Buisson, elle commet la double faute de ne pas être médecin et d’oser s’opposer à eux.

Paternalisme médical quand tu nous tiens…
Mais personne n’est plus dupe.

 

 

* Je ne résiste pas à souligner la tentative de blanchiment d’une phrase plus que maladroite du Pr Nisand citée dans l’article mais  initialement publiée ici  « Au moment de l’accouchement, tout le sang est drainé vers l’utérus, au détriment du cerveau » reformulée en plus hermétique et magistrale « hémodynamique vasculaire fortement bouleversée » .

 


Pour masquer mon inactivité, quelques vieux billets en réponse
au livre d’Odile Buisson « Sale temps pour les femmes »

Odile nous raconte des histoires 
Odile ne connait pas la nuance 
Odile se contredit
Odile n’aime pas les maisons de naissance 
Odile n’aime pas du tout les sages-femmes 
Odile vend sa soupe

et à celui de Martin Winclkler « Les brutes en blanc »

Un peu de douceur dans un mode de …

 

12 commentaires

Autothérapie

Publié par 10lunes le 8 septembre 2016 dans Médias, Petites phrases, Pffffff

 

divan

Hier soir un mail : Je viens de regarder en replay l’émission de la « Maison des maternelles »   : Je veux accoucher sans péridurale. Je te conseille de la regarder si c’est pas déjà fait.

Le temps d’un téléchargement à la lenteur que je qualifierais de majestueuse – on se console comme on peut de la fracture numérique – j’ai pu voir le replay tôt ce matin. Ou comment « bien » débuter une journée.


Il y a une femme, Marie Charlotte, témoignant de ses trois accouchements, le premier sous péridurale, les deux autres sans. Elle avait une parole modulée, ne diabolisant pas l’un, n’idéalisant pas les autres.

Il y a une sage-femme, Barbara Bouhanna, au discours posé, respectueuse des femmes et de leurs choix.

Il y a un obstétricien, Philippe Descamps, chef de service du CHU d’Angers, le propos un poil paternaliste quand il explique la petite aiguille et le petit cathéter, un poil colonialiste quand il évoque son expérience à l’étranger, le silence des asiatiques et les cris des nord-africaines.
Il prévient : Ca vaut ce que ça vaut mais on estime que la douleur d’un accouchement c’est entre la fracture de la jambe et l’amputation du doigt… Malgré tout cela, son discours apparait presque neutre.

Neutre, surtout comparé à celui de l’animatrice, Agathe Lecaron qui, si j’ai bien compris, a eu un enfant récemment, accouchement qui a été, si j’ai bien deviné, très douloureux.
Car cela s’est beaucoup, beaucoup, vraiment beaucoup entendu.

Ca démarre dès la présentation  : C’est bien si on accouche sans péridurale d’accoucher très très vite mais c’est pas le cas pour tout le monde. D’ailleurs : Accoucher sans péridurale, pourquoi ?
Dans les années 80, la péridurale nous a délivré de douleurs atroces, les douleurs atroces de l’accouchement. En France 8 femmes sur 10 bénéficient aujourd’hui de cette anesthésie, dont la majorité d’entre nous d’ailleurs n’imagine même pas pouvoir se passer le jour J.


Sans se soucier de l’évidente contradiction, elle enchaîne :
Pour info, selon un récent sondage diffusé en mars 2016, 44% des femmes se déclarent prêtes à accoucher sans péridurale mais au bout du compte une femme sur deux va changer d’avis – hihiiiiii –ben oui parce quand on commence à avoir mal, c’est pas pareil ! Et pourtant, de plus en plus de futures mamans souhaitent revenir à un accouchement plus naturel, c’est la tendance, plus riche en sensations, quitte à déguster au moment des contractions.

Je souligne que la Maison des maternelles est diffusée en direct mais que cette présentation était écrite et donc préparée…
La suite sera encore
 plus spontanée.

Petit florilège des interventions de la présentatrice lors du débat :
– Accoucher volontairement ou pas sans péridurale, mais pourquoi, mais comment ?

S’adressant à la femme venue témoigner  : Vous, vous êtes allée au bout de votre choix, c’est pas toujours le cas. Il y a 5 ans, vous aviez accouché sous péridurale. La mère en fait un court récit que résume ainsi l’animatrice : Vous, vous étiez confortable, ça s’est très très bien passé, y avait pas de regret après, tout s’est bien passé.

Un peu plus tard
– Puisque c’est si facile d’accoucher avec péridurale, enfin facile, c’est jamais facile d’accoucher mais enfin c’est plus facile d’accoucher avec péridurale au niveau des douleurs, comment on explique qu’il y a encore des femmes qui veulent accoucher sans péridurale dans notre pays ? Faut quand même rappeler que les contractions ça fait un mal de chien, il faut le dire.

D’ailleurs se passer de péri, c’est peut-être pas par choix :
– Ca arrive souvent quand on arrive trop tard à la maternité, c’est-à-dire qu’on a trop attendu, du coup on a plus le temps quoi.

– Mais en même temps, les dernières contractions sont les plus douloureuses quoi, c’est vraiment du travail concret. C’est quand même très dur si on l’a pas à ce moment-là.
– Y a pas à culpabiliser de pas avoir envie d’avoir mal, ça on va quand même pas mal le dire.
– Quand on a cette envie, faut essayer de la tenir jusqu’au bout, après c’est vrai que quand les contractions arrivent et que c’est un premier, on peut pas imaginer ce que ça fait et parfois ça démotive.

Barbara, la sage-femme, souligne qu’une femme a toujours la possibilité de changer d’avis
– Elle est libre, c’est important de le dire ponctue Agathe Lecaron.
Oui faut quand même pas se faire souffrir très longtemps.

Le reportage illustrant le débat vient confirmer le discours pas vraiment subliminal de la présentatrice. La femme qui souhaitait vivre son accouchement sans péridurale change d’avis au bout de neuf heures et met au monde son enfant au bout de 22 heures de travail.
Puisqu’on vous dit que c’est difficile !
Elle accouche sous péridurale donc, mais aussi les jambes calées dans les étriers, et la lumière du scialytique braquée sur son sexe.  

C’est ballot, juste à côté de cette maternité, y a une maison de naissance, j’ai nommé le CALM, avec un environnement et surtout un accompagnement se prêtant réellement à une naissance sans anesthésie.*

J’espère qu’Agathe Lecaron se sent mieux après cette émission exutoire.
Mais je doute que toute autre femme la visionnant résiste au martelage « sans péri, on en bave »…

D’ailleurs, le dernier reportage filme les parents d’un tout jeune bébé.
– Vous avez accouché d’un bébé de 4 kg 820 sans péridurale ! Vous êtes mon idole. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

 


*
 Les couples sont surement peu enthousiasmés par l’idée d’une équipe de tournage venant troubler cette intimité. Cela peut expliquer le choix du reportage

 

 

 

Mots-clés : , , , , | 9 commentaires

La maison qui rend fou

Publié par 10lunes le 2 septembre 2016 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

téléchargement

Plantons le décor. Chez les professionnels de santé, il y a des soignants prescripteurs et des soignants prescrits. Le plus souvent, les médecins prescrivent certains actes qui sont réalisés par d’autres professionnels, essentiellement infirmiers et kinésithérapeutes.

Dans ce monde bien rangé, il y a une exception… les sages-femmes.

La plupart du temps, nous exerçons en toute autonomie : consultations, préparation à la naissance, suivi à domicile postnatal, frottis, pose de DIU ou d’implant contraceptif.  
Il y a par ailleurs des actes que nous prescrivons pour qu’ils soient réalisés par d’autres soignants, examens de laboratoires, imagerie médicale, soins infirmiers.
Et puis… il y a des actes qui doivent nous être prescrits : la surveillance de grossesse pathologique et la rééducation périnéale.
Je vous entends penser : ça n’a pas l’air si compliqué !

Mais y a des nuances dans les nuances : la surveillance de grossesse pathologique doit être prescrite par un médecin alors qu’une sage-femme peut prescrire la rééducation périnéale ; mais attention… pas toujours.

Il est demandé aux professionnels de santé prescrits de justifier leurs actes en transmettant les ordonnances aux caisses d’assurance maladie.
Quand vous saurez que certains codes de facturation à l’assurance maladie sont commun à plusieurs actes sages-femmes, que par exemple celui qui désigne la surveillance de grossesse pathologique (prescrite) est le même que celui de la première séance de préparation à la naissance (non prescrite)… vous imaginez le joyeux bordel.

Les codes inidentifiables, les actes possiblement auto-prescrits ou pas, les actes que nous réalisons sans prescription mais qui sont prescrits pour d’autres professionnels (vaccins par exemple), tout cela offre de nombreux motifs d’erreur, de quiproquo, d’incompréhension, de réclamations inutiles etc…
(par honnêteté, précisons qu’un système de transmission numérique est en train de se mettre en place et que cela devrait à terme simplifier la vie de tous)

 

Le témoignage que je m’apprête à vous narrer est celui d’une sage-femme qui, très consciencieusement, envoie tous ses justificatifs agrafés aux bordereaux ad hoc, triés par patiente, date, centre de paiement et autres joyeusetés.
Avez-vous  vu ce passage « Des douze travaux d’Astérix » ? (oui, j’ai des références éminemment intellectuelles !)  
C’est immédiatement ce que m’a évoqué le récit de ma collègue.

Tout commence par un mail de sa CPAM l’avertissant que, faute de justificatifs, la caisse lui prélèvera un trop perçu pour tous les actes concernés. Elle a 8 jours pour fournir les documents demandés.
Inquiétude de ma consœur qui avait pourtant tout bien fait comme on lui avait dit de faire.

Elle prend donc son téléphone pour contacter la ligné dédiée.
Après de très nombreuses tentatives couronnées d’insuccès, enfin une interlocutrice !
Et là…

« – Bonjour,  j’ai reçu un mail réclamant des justificatifs mais j’ai déjà envoyé les pièces demandées.
– Oui, c’est normal, on n’a pas eu le temps de traiter le courrier.

Jusque-là, on peut se sentir solidaires de fonctionnaires débordés.
Mais la voix ajoute, sans une once de dérision
– Evidemment, le courrier s’entasse parce qu’on passe notre temps au téléphone à répondre à des gens comme vous qui veulent savoir pourquoi ils ont reçu ce genre de mail !
– C’est assez logique de s’inquiéter quand on nous menace de prélever notre compte en banque non ? Donc si je comprends bien, je ne dois pas tenir compte de votre mail et vous laisser le temps de rattraper le retard de courrier ?
– Bien sûr qu’il faut en tenir compte! Si on vous a demandé des justificatifs, il faut nous les envoyer.

La sage-femme pleine d’un bon sens semblant cruellement manquer à son interlocutrice
– Mais vous allez perdre encore plus de temps à ouvrir des courriers envoyés deux fois.
– Je suis surtout en train de perdre mon temps avec vous à devoir tout vous expliquer !

Sa phrase suivante est un pur chef d’oeuvre de surréalisme administratif
– Rappelez-nous dans 10 jours pour savoir si on a pu traiter votre dossier.
– Si j’ai bien compris, je vous rappelle dans 10 jours pour que vous perdiez votre temps à me répondre et que vous vous n’ayez toujours pas le temps d’ouvrir le courrier … »

 

 

9 commentaires

Bataille !

Publié par 10lunes le 28 juin 2016 dans Blessures, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

René_d'Anjou_Livre_des_tournois_France_Provence_XVe_siècle_Barthélemy_d'Eyck

Non, je ne me fendrai pas d’un énième billet sur #NosAmisduSyngof. Je dirais même que là ce soir, je n’ai plus du tout envie d’en sourire. L’immensité de leur mépris, leurs approximations  volontaires, leurs accusations sans fondement… Trop c’est trop.

Ce ne sont que les représentants d’une profession et j’ose espérer qu’ils ne représentent qu’eux-même. 
Mais comme ils sont toujours en place, je vais finir par en douter.

Je vous invite à vous faire votre propre opinion en lisant leur dernier torchon communiqué de presse.

A vous de bosser : le débat est ouvert et les commentaires aussi.
Je les espère nombreux, parce que cette bataille d’un autre âge est à la fois dérisoire et déprimante.

 

NB  : ils ont une page facebook aussi, rendue célèbre par leur avant-dernière polémique. Vous aurez peut-être envie de copier là-bas ce que vous écrirez ici…

 

Mots-clés : , , , , , , | 24 commentaires

Ne vous inquiétez pas, néanmoins…

Publié par 10lunes le 26 juin 2016 dans Formation/déformation, Pffffff

 

maxresdefault

Ne vous inquiétez pas et néanmoins sont les deux mantras d’une vidéo postée par un site « d’information santé ». Vidéo dont je ne donnerai pas le lien, parce que je veux ici dénoncer un discours, pas la collègue qui le récite. Je ne sais pas comment cette vidéo a été tournée, quel contrôle cette sage-femme a eu sur la version finale. Surtout, je ne sais pas quel est son parcours et je sais trop bien quel aurait pu être le mien sans un petit coup de main du destin.

J’ai donc choisi de vous copier les mots et vous certifie l’exhaustivité de la copie.

 

Bonjour, je m’appelle Gudule* je suis sage-femme.  Nous allons voir aujourd’hui les questions qu’on n’ose pas poser sur l’accouchement.

Première question : Est-ce que je vais avoir mal ?
La douleur est une sensation subjective, nous n’avons pas toutes le même seuil de douleur.
Parler de seuil de douleur, c’est sous-entendre que son niveau serait unique mais, selon que l’on soit douillette ou courageuse, sa tolérance variable. Pourtant, de multiples facteurs vont influer sur le vécu de la douleur, en particulier le stress (et perso, si on me bassine avec des ne vous inquiétez-pas… je stresse). Tout ce qui aide ou empêche le glissement dans l’état de conscience si particulier de l’accouchement favorise ou bloque la sécrétion d’endorphines.

Néanmoins, la période de pré-travail peut être douloureuse.  Les contractions seront présentes toutes les 10 minutes, peu douloureuses, puis elles vont s’accentuer toutes les 2, 3 minutes, assez régulières et douloureuses. 
Je m’insurge (oui, à ce point !) contre cette description mathématique des contractions. Elle laisse penser que tous les utérus avancent de la même manière, indépendamment du corps et de la psyché qui les accompagnent. Les contractions peuvent être immédiatement rapprochées, rester espacées ou irrégulières jusqu’à la naissance. Cette description minutée du rythme du travail fait que nombre de femmes ont l’impression que rien ne se passe comme prévu et s’en tracassent. Alors que ça se passe et c’est tout.

Une fois la péridurale posée, vous ressentirez les contractions utérines mais vous n’aurez plus mal. Lors de l’accouchement, vous pourrez sentir une pression mais vous n’aurez plus mal non plus.
Comprenez bien, quel que soit votre seuil de douleur, la péridurale est un incontournable de la salle de naissance !!

L’accouchement sans péridurale est différent. Il vous faudra une solide préparation à l’accouchement reposant sur le souffle et la maîtrise de soi. La douleur sera constante jusqu’à l’accouchement.  Le travail peut être long si votre fœtus n’arrive pas à se positionner correctement dans votre bassin. A tout moment vous pouvez poser une péridurale, ne le considérez  pas comme un échec.
L’accouchement sans péridurale passerait plutôt par le lâcher prise. Se préparer à mettre au monde, ce n’est surement pas être formatée à souffler en cadence… Prendre confiance dans ses ressentis, se savoir compétente et capable de s’adapter me semble bien plus « solide ».

Une autre question que les femmes enceintes se posent régulièrement : Est ce que nous pouvons poser la péridurale à tout instant ?
Souvent la péridurale est posée à partir de 3 cm. Nous attendons cette dilatation afin d’être surs que le travail est bien lancé. Néanmoins, si les douleurs sont trop importantes, nous pouvons poser la péridurale avant.  La péridurale peut être posée jusqu’à dilatation complète. Cela s’appelle une rachi-anesthésie. Elle agit du coup instantanément.
Sans péridurale, pas de salut. Et si vous aviez pensé pouvoir faire sans, on vous le dit, ne vous entêtez pas, jusqu’au bout c’est possible. C’est vrai – mais variable selon les organisations de maternité – et parfois au prix de l’absence totale de sensation.

Néanmoins si la douleur est trop vive, nous pouvons choisir de nous installer car seul l’accouchement pourra  vous soulager.
Vous vous demandez bien quelle installation va vous soulager ? Le terme est un peu jargonnant et signifie que la sage-femme vous met en position pour pousser. Ca veut dire surtout que la sage-femme décide du quand et du comment (sans attendre votre besoin de pousser).

La question qui en découle est : est-ce que j’aurais assez de péridurale jusqu’à l’accouchement ?
Le travail peut durer  7 à 8 heures.  Ensuite nous pouvons attendre jusqu’à 2 heures que le bébé descende dans le bassin. Mais ne vous inquiétez pas la péridurale continuera jusqu’à la fin de l’accouchement.
Une énième couche de péridurale. Aucune nuance apportée sur l’efficacité, réelle mais pas toujours optimale ; aucune information sur la PCEA qui permet aux femmes de controler elles-mêmes la dose d’analgésie nécessaire. La PCEA n’est pas disponible dans tous les établissements mais c’est une information utile aux femmes qui pourraient alors interroger la maternité choisie.

La question que toutes les femmes enceintes se posent est la question des selles. Est-ce que nous allons avoir des selles au moment de l’accouchement ?
Seules 10 % des femmes sont dans ce cas. 
Personne ne sait d’où vient cette statistique de 10 % (j’ai demandé aux copains/copines). Et puis les chiffres on s’en fiche un peu. Même si la probabilité est de 1%, si c’est toi le 1 %, tu te sens très concernée.

En effet, cela fait 12 à 24h que vous supportez des contractions utérines douloureuses, vous n’avez pas ou peu mangé. Au moment de l’accouchement, nous vous posons une perfusion qui vous alimente par voie veineuse. Néanmoins vous pouvez sentir comme une pression au moment de l’accouchement. Si on reprend le bassin, le coccyx se met en arrière de manière à laisser passer votre bébé. C’est ce mouvement-là qui peut vous amener à penser d’avoir des selles au moment de l’accouchement. Pas de panique il ne se passera rien.
Effectivement le coccyx bascule mais la sensation de rectum plein n’a rien à voir. Elle est liée à la pression de la tête à travers la paroi vaginale. Cette sensation d’appui est présente pour toutes les femmes (plus ou moins gommée par une éventuelle péridurale) mais toutes ne vont pas à la selle. Rien à voir avec leur supposée jeûne de 12 à 24 heures (minutage au doigt mouillé un poil anxiogène), pour la plupart  leur rectum s’est vidé en début de travail.
Pour les autres, il se « passera bien quelque chose ». Il leur restera donc à paniquer comme les explications leur suggèrent.

Une autre question qui peut revenir, c’est est ce que je vais avoir mal si on utilise des instruments pour la naissance?
Suivant le mode d’accouchement, nous pouvons utiliser soit une ventouse, soit des forceps ou alors des spatules. Avec la péridurale vous sentirez la pose des instruments mais vous n’aurez pas mal.
Puisqu’on vous dit qu’une péridurale est in-dis-pen-sa-ble !

L’autre question qui en découle  c’est : est ce que mon bébé va être déformé par ces instruments ?
Ne vous inquiétez pas. Le bébé lorsqu’il descend dans votre bassin doit s’adapter. C’est pour cela qu’il a une tête un peu allongée. Cela peut être majoré par l’utilisation d’instruments.
Les forceps violents qui pouvaient avoir un impact sur le crane du nouveau-né ont laissé la place aux césariennes. La tête allongée n’est que le résultat de son adaptation pour traverser le bassin maternel. Et si l’accouchement est long et laborieux, cette déformation sera plus importante encore.
Par contre, la ventouse crée – du fait de la dépression – un œdème sur le sommet du crane.

Ne vous inquiétez pas, au bout de 24 heures votre bébé retrouvera une tête bien ronde. Une consultation chez l’ostéopathe peut être nécessaire à la sortie de la maternité.
Le crane met souvent plus de 24 heures à se remodeler, même quand aucun instrument n’est utilisé. Et enchainer tout revient à la normale mais faudra peut-être consulter, c’est … dissonant. 

Une autre question récurrente c’est : l’épisiotomie, est-elle systématique ?
La sage-femme ou l’obstétricien prendra la décision de la réaliser si une déchirure du périnée semble inévitable. L’épisiotomie fait peur pourtant la cicatrisation d’une épisiotomie est plus facile qu’une déchirure
C’est acquis depuis longtemps dans d’autres pays et depuis 2005 en France ; l’épisiotomie ne protege pas le périnée et elle ne cicatrise pas mieux  qu’une déchirure.

Votre conjoint sera présent à tout instant.
N’y aurait-il qu’un modèle unique ? Le mot « conjoint » exclut femmes seules, en couple avec une autre femme,  qui ne souhaitent pas la présence de leur compagnon, dont le compagnon ne souhaite pas être présent.

Pour la pose de péridurale, votre conjoint sera amené à attendre à l’extérieur de la pièce pour des raisons d’hygiène.
Le motif me rappelle un épisode récent de « babyburk » ou un soignant (sage-femme ? anesthésiste ?) assénait à un père demandant très poliment à rester auprès de sa femme pendant la pose de la péridurale « Non et ce n’est pas négociable ! ».
Là aussi l’hygiène était convoquée pour justifier l’arbitraire.

Si l’obstétricien décide de réaliser une césarienne, votre conjoint peut être amené à attendre à l’extérieur de la pièce.
Bis repetita. Et présenter comme banal le fait que l’accompagnant ne puisse aller au bloc en cas de césarienne court-circuite toute discussion sur le sujet avec l’équipe.

Voilà, j’espère que ces conseils vous seront utiles. N’hésitez pas à vous abonner à la chaîne maman gnangnan * et à bientôt pour une nouvelle vidéo.

Vous me direz que tout cela n’est pas si grave et que mes remarques ne changent pas foncièrement le fond du discours.
Mais se conjuguent maladresse du propos, approximations et injonction anesthésique sur un fond anxiogène peu contrebalancé par le propos plus lénifiant que rassurant.
Le ton est sirupeux, concentré de gnangnantitude. Le formatage assumé. 

Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout.
Dormez braves gens.
Dormez !

NB : Orcrawn a aussi été « inspiré » par cette vidéo. Plein de similitudes avec son billet et pourtant on ne s’est même pas concertés. Juste je lui ai piqué le prénom qui rebaptise la sage-femme…

_________________
*Afin de préserver l’anonymat, les noms ont été modifiés  😉

 

 

 

Mots-clés : , , , , , , , | 17 commentaires

La rameuse ensablée

Publié par 10lunes le 19 juin 2016 dans Pffffff

 

boat-867218_960_720

Vous pourriez me reprocher ma mono-maniaquerie mais y a des fois, c’est dur de faire autrement.
Je viens de lire que pour une IVG, les arrêts de travail sont  inutiles voire néfastes.

Et oui, comme les sages-femmes – et d’autres – osent s’offusquer du dernier communiqué de presse du SYNGOF (cf dernier billet), certaine rame de plus belle en nous expliquant que oui, y a pas besoin d’arrêt de travail pour une IVG « normale ».

A l’appui de cela, d’excellents arguments :
La dame, elle a qu’à choisir de faire son IVG le week-end ou alors poser un jour de congé.

NDLR : Ben c’est comme quand tu as la grippe hein, tu poses des jours de congé.

Et pourquoi éviter l’arrêt de travail ? 
Pour ne pas avoir à donner d’explications à ton employeur.

       NDRL : Ben oui quand t’as la grippe, tu reviens, t’as le nez qui coule, ça permet de te justifier. Apres une IVG, c’est pas ton nez qui coule alors ça justifie rien.

 

Si ça ne vous suffit pas comme argumentaire, on peut aussi en appeler aux combats féministes. 
Oui, parce qu’en faisant des arrêts de travail à tout va à ces bonnes femmes même pas capables de prévoir le refus ou la rupture de capote, la gastro ou l’oubli de pilule, ben on les pé-na-li-se.
C’est parce que nous professionnels de santé permettons aux femmes de s’arrêter pour un oui ou pour un non que l’égalité salariale n’est toujours pas acquise !

Hum, vous trouvez que mes attaques sont débiles, mes propos outranciers et que faut quand meme pas exagérer, #NosAmisDuSyngof n’ont pas dit ça ?

Ben si !

Je n’ai fait que paraphraser la publication sur leur page facebook d’une représentante bien connue du Syngof, déjà célèbre pour avoir déploré sur France Culture « Les dames qui me disent je viens pour un examen gynéco et un frottis et elles ont leur règles et elles m’en mettent partout ». J’ai nommé Mme Paganelli, secrétaire générale dudit syndicat.

Comme vous ne me croyez surement pas, je vous invite à lire tout cela ici.

Et copie paresseusement la conclusion de cet autre billet évoquant le Syngof :
Avec des amis pareils, ils n’ont pas besoin d’ennemis !

 

 

NB, prudence étant mère de sûreté, je copie ci-dessous le post- sans en modifier une virgule – au cas où l’éclair de lucidité d’un gestionnaire de la page le ferait retirer…(j’ai peu d’espoir, il est en ligne depuis  4 jours) :

Pour avoir pratiqué en ville l’ivg médicamenteuse depuis des années dans mon cabinet, après l’ivg chir au chu de Tours, je n’ai jamais prescrit 4 à 8 jours d’arrêt de travail pour une ivg médicale…
Soit il y a une complication et la patiente a du être vue aux urgences gynécologiques pour hémorragie et l’arrêt de travail est prescrit pour complications ;
soit tout se passe bien et on propose à la patiente de choisir le jour de l’expulsion un jour férié avec un adulte, si possible le compagnon ou une amie, ou de poser un jour de congé ( cela lui évite de donner un arrêt de travail à son employeur et de craindre de devoir s’expliquer avec ses collègues).
Cela est le vrai contexte de l’ivg de ville qui permet aux femmes de poursuivre au mieux leurs activités sans arrêt de travail et leur permet au mieux l’anonymat de l’acte
S’il y a nécessité de quatre jours d’arrêt de travail ce n’est pas une ivg médicamenteuse normale
Il faut justement travailler tous ensemble : médecins traitant, sage femme, gynécologues de ville et hôpital
Si on considère que la femme est l’égale de l’homme au sein du travail et qu’elle puisse enfin etre payée comme l’homme et avec égalité, il faut que les professionnels de santé évitent les arrêts de travail injustifiés à leurs patientes
dr Elisabeth PAGANELLI, SYNGOF

 

 

Mots-clés : , , , | 16 commentaires

Infatigables rameurs

Publié par 10lunes le 16 juin 2016 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

Lifeboat-drill (1)

Ca faisait longtemps que je ne vous avais pas causé de … #NosAmisDuSyngof. Mais comme d’hab, il suffit que leur représentant évoque ma profession pour que le clavier me démange.

Dernière saillie en date, ce communiqué de presse en réaction à la parution du décret autorisant les sages-femmes à pratiquer l’IVG médicamenteuse (et la vaccination de l’entou-rage d’un nouveau-né), intitulé : Prescription des arrêts de travail post IVG par les sages-femmes: le Syngof dénonce les risques qu’un tel décret fait peser sur les femmes en entretenant la confusion sur leur suivi médical.

Petite analyse de texte.

« Post IVG ». Le Syngof feint de croire que nos arrêts de travail ne seront donnés qu’a posteriori, histoire de suggérer qu’ils seront fait en cas de complications. Pourquoi cette nuance ?

Parce que #NosAmisDuSyngof avaient, il y a juste deux ans, commis cet article, précisant (après quelques attaques à fleuret non moucheté ) :
IVG médicamenteuse : sous réserve d’une convention avec un plateau technique, dans les mêmes conditions qu’un autre praticien. Du point de vue des gynécologues obstétriciens et des gynécologues médicaux, rien ne s’y oppose.*

Comment s’offusquer alors de la parution du décret sans se déjuger ? D’autant que les exigences de formation et de convention imposées aux sages-femmes par la loi sont exactement les mêmes – bien évidemment ! – que celles concernant les médecins. Le Syngof utilise donc leur habituelle pagaie du risque pour imposer « l’incontournabilité » des médecins.
Incontournables ils le sont, mais en cas de complications, et c’est bien pour cela que chacun, médecin comme sage-femme, signe une convention avec un plateau technique pour un éventuel transfert.

Mais cet arrêt de travail n’est destiné qu’à offrir le temps nécessaire à la réalisation de l’IVG et à ses suites. Rappelons que le Dossier guide précise « Après la prise de misoprostol au cabinet du médecin ** ou au centre, il est préférable d’être accompagnée par la personne de votre choix à domicile. Prévoyez de rester chez vous, confortablement installée. »

Le Syngof aurait-il souhaité que nous ne puissions signer cet arrêt, histoire de faire payer leur outrecuidance aux femmes osant s’adresser à une sage-femme  ?

Comme chaque fois, le $yngof rame et tente de tirer sur les sages-femmes $an$ que ça re$$emble à du corporati$me, en appelant pour cela à la $anté de$ femme$.

Il y a quelques temps, avant la parution des décrets, j’ai « prescrit » une IVG médicamenteuse !

Ils sont arrivés timidement, ont raconté leur galère de pilule qu’on oublie et de préservatif qu’on feint d’oublier aussi…Le retard de règles les a alerté et dès la lecture du test de grossesse, la décision d’IVG était évidente.
Ils ont alors cherché à qui s’adresser ; pas de médecin traitant ni de gynéco car nouvellement arrivés dans la région, pas de rendez-vous rapide possible en centre d’orthogénie. Le médecin consulté au hasard, surement un peu distrait, s’en est débarrassés en les réadressant à une sage-femme.

J’ai un souvenir aigu de cette consultation envahie par les coups de fils passés pour tenter de trouver qui pourrait répondre à leur demande. Même en court-circuitant le secrétariat du centre d’orthogénie pour en appeler directement à « mes relations », l’agenda surchargé leur faisait frôler le délai pour l’IVG médicamenteuse.  J’ai fini par trouver un médecin de ville débordé acceptant de leur délivrer les médicaments. Elle l’a vu deux fois 5 minutes. J’avais prescrit les examens, expliqué la procédure, organisé la prise en charge et puis aussi un peu écouté et rassuré. Je les ai revus ensuite, pour assurer – entre autres « détails » – la pose d’une contraception dite de longue durée.

N’en déplaise au Syngof, le mieux pour les femmes et les couples serait que le recours à l’IVG ne débute pas par une longue errance.



*J’écrivais alors « Curieusement, après une longue liste d’arguments spécieux déniant aux sages-femmes toute autonomie d’exercice, les gynécologues retrouvent soudainement leur pleine confiance dans nos compétences et nous accordent généreusement un nouvel acte, l’IVG. »

** Oui, les sages-femmes ne sont pas citées. Faut pas rêver, ce décret de compétence était prévu depuis la loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016.  5 mois, c’est finalement trop court ! Les textes concernant les droits de prescriptions et la cotation des actes prévus par ce décret ne sont toujours pas mis à jour. Alors ne parlons même pas du Dossier guide…

 

 

Mots-clés : , , , | 3 commentaires