Merci Docteur :)

Publié par 10lunes le 25 juin 2018 dans Médias, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

J’avais imaginé ne plus polémiquer ici, me recentrer sur les récits et témoignages – je sais ça ne se voit pas mais j’ai quelques billets en gestation !  – plutôt qu’ajouter un énième grain de sel aux tempêtes qui agitent le monde de la santé. D’autant que d’autres défendent parfaitement les causes qui me tiennent à coeur.
Et puis un courrier des lecteurs s’est mis à circuler tous azimuts, multi relayé par les sages-femmes sur les réseaux sociaux. Et voilà venue l’envie irrépressible de répondre à cette main tendue afin de poursuivre le dialogue…

Cher Docteur, je suis d’accord avec vous, il n’est pas vraiment d’usage en France d’être rémunéré de la même façon pour des temps d’études différents.
Mais rassurez-vous, en 2016 les omnipraticiens avaient un revenu moyen de 82 020 € quand les sages-femmes plafonnaient à 26 607 €.

En 2012, l’ire d’un de vos confrères protestant devant le rattrapage prévu entre nos tarifs de consultation avait déjà motivé cette réponse.
Mes arguments restent les mêmes. Inutile de me répéter.
Je soulignerai cependant que votre consultation a été majorée au 1er mai 2017 et que la nôtre le sera, au mieux, début 2019 ; j’ajouterai que nous n’avons évidemment droit ni au ROSP (mais puis-je souligner que les frottis que nous réalisons – en prenant soin d’en adresser la copie au médecin traitant- participent au calcul de votre ROSP) ni à la consultation complexe (en dehors de la 1e consultation de contraception qui sera actée pour nous en 2019) ni au statut de correspondant.
Les sages-femmes travaillent avec les médecins généralistes, elles ne les remplacent pas !

Je trouve d’ailleurs anormal que généralistes comme spécialistes ne puissent bénéficier de la majoration de « médecin correspondant » lorsqu’une sage-femme réadresse un patient qui nécessite leur expertise.
Vous voyez, cher Docteur, nous n’avons peut-être pas des points de vue si éloignés l’un de l’autre…

Je tenais également à vous remercier de votre présentation plutôt exhaustive de nos compétences, trop souvent méconnues du grand public comme de vos confrères ; votre courrier participera, j’en suis certaine, à mieux les faire connaitre.

Permettez moi cependant de corriger quelques approximations.

Suivre les grossesses : Comment dire… cela libère du temps aux médecins et permet une approche plus physiologique parce que c’est le coeur de notre métier. Peut-être est-ce cela que viennent chercher vos consoeurs dont vous semblez vous offusquer qu’elles s’adressent à nous ? Comme l’écrivait la Cour des comptes dans son rapport de 2011 « La satisfaction au sujet des différents aspects des soins semble plus élevée dans les modèles de pratique de sages-femmes comparés aux autres modèles de soins obstétricaux ».
Vous vous irritez des arrêts de travail que vous devriez signer. Là encore, nous sommes d’accord. Pouvez-vous transmettre votre ressentiment à Mme Buzyn ? Les textes limitent à 15 jours nos arrêts sur l’ensemble de la grossesse. Comment faire une fois ce quota atteint sinon se tourner vers vous ? Mais je ne doute pas que vous trouverez les mots pour convaincre un ministère de la Santé sourd à nos demandes réitérées.

Faire des échographies : effectivement, mais avec le diplôme universitaire exigé.

Suivre les bébés :  En aucun cas. Nous assurons dans les premières semaines un accompagnement associant suivi médical de la mère et du nouveau-né, conseils, attention au lien mère-enfant et plus largement à l’équilibre familial… En parallèle et selon les recommandations de la HAS, nous faisons en sorte que le nouveau-né soit vu entre J6 et J10 par le médecin qui poursuivra le suivi mensuel « réglementaire ».

Les vacciner : Nous pouvons vacciner les nouveau-nés contre l’hépatite B et le BCG. Pratique peu fréquente, en maternité et non en cabinet, et dans des circonstances particulières.
Quant à l’entourage, nous sommes encore d’accord ! Le ministère de la santé nous délègue ce rôle de façon assez incohérente. Va pour la « stratégie du cocooning » quand nous suivons les parents en postnatal immédiat… mais le médecin traitant est le plus à même de suivre l’ensemble des vaccinations et rappels nécessaires.

Faire de la rééducation : Les femmes sont – scandaleusement à vos yeux ? – libres de choisir leur praticien pour leur suivi obstétrical ou gynécologique, elles peuvent faire de même pour leur rééducation !

Je m’autorise un paragraphe global sur la contraception parce qu’elle est effectivement de notre compétence pour les femmes en bonne santé (ce qui nous amène à une anamnèse rigoureuse avant toute prescription). Cela nous impose de pouvoir prescrire et poser tous moyens de contraception si l’on veut éviter de décider pour les femmes qui s’adressent à nous.
Et là encore, je suis d’accord avec vous, le poseur d’implant doit être en mesure de le retirer, ce que nous faisons. De grâce, n’érigez pas en règle générale un cas particulier !

Faire les frottis : Seules 60 % des femmes sont correctement suivies sur ce point ; tant mieux si les sages-femmes participent à la correction de cette mauvaise statistique. Vacciner contre le HPV me semble aller de pair et si nous le faisons, n’est-ce pas parce que cette question n’a pas été abordée par le médecin ?

Terminons avec le suivi des femmes ménopausées : Nous les recevons pour les examens de dépistage mais ne prescrivons aucun traitement hormonal. Il ne s’agit là encore que de prévention pour des femmes en bonne santé. Accordez-moi cette évidence, la ménopause n’est pas une maladie.

Pour conclure, si de nombreux points nous rapprochent, je n’ose imaginer ce que vous attendez de votre Ordre. Une maladresse de rédaction surement.
Ce n’est peut-être qu’une question de ton ? Un peu d’aménité et tout serait pour le mieux !

 

 

Certaines pages n’étant plus en ligne après quelques mois, je copie ici le courrier.
À quoi sert-il de faire de si longues études avec un concours de PACES complètement débile ? C’est un peu comme si un jeune était en CAP de cuisine et qu’on lui apprenait à poser des ardoises !
La consultation des sages-femmes va passer à 25 euros !
Inutile donc de faire près de dix ans d’études. Il suffit d’en faire cinq et vous pourrez :
– Suivre des grossesses et même faire des échographies ; il faudra seulement demander aux médecins de famille de faire les arrêts de travail (il faut bien qu’on serve à quelque chose !). Personnellement, je refuse (faut pas exagérer !)
– Suivre les bébés
– Les vacciner.
– Faire la rééducation (à quoi servent les spécialistes de la rééducation que sont les kinés ?!)
– Vacciner les parents et pourquoi pas les frères et sœurs, les grands-parents, les cousins les voisins…
– Prescrire la pilule !
– Prescrire et poser les stérilets !
– Prescrire et poser les implants (les enlever est plus difficile et il faut aller, bien sûr, à l’hôpital !)
– Faire les frottis, vacciner contre le papillomavirus !
– Suivre les femmes ménopausées !

Etc. Il va donc nous rester les rhinopharyngites, le cholestérol… La dépression il faudra aller voir la sage-femme puis l’ostéopathe bien sûr ! Il vous restera aussi les gardes bien sûr. Je suis un vieux médecin, faisant beaucoup de gynécologie, et suis aussi MSU. Je ne comprends pas cette dérive et je vous plains les jeunes médecins si vous ne réagissez pas.

Que fait l’Ordre ? Je connais même des femmes médecins qui font suivre leur grossesse par des sages-femmes ! C’est bien sûr leur choix mais il faut bien se dire que ces sages-femmes ne vont pas hésiter à faire circuler l’information qu’elles suivent des femmes médecins. Mon épouse n’a jamais vu de sage-femme avant l’accouchement et mes enfants n’ont jamais vu de pédiatres non plus.

Donc, les jeunes, n’hésitez pas et choisissez de faire des études plus courtes.

 

 

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Temps mort

Publié par 10lunes le 2 avril 2018 dans Blessures, Militer, Petites phrases

 

3 mois de silence…
Faut y aller se dit-elle, sinon ce minusculissime caillou du net passera à la trappe

Et j’y perdrais le plaisir de partager ici mes coups de cœur et mes coups de gueule.

Mais trois mois de silence, c’est justement parce que les coups de gueules abondent ces derniers temps sur les réseaux sociaux.
Les tranchées se creusent, chaque jour plus profondes, chacun brandissant sa banderole, chacun s’essayant à la petite phrase assassine censée emporter la victoire.
On n’avance pas, on se braque.

Pourtant il y a faire, beaucoup, alors je vous balance en vrac quelques épisodes récents, juste pour affirmer ici aussi que oui faut balayer devant notre porte, que oui, on peut faire mieux et que ce qui déconne c’est pas toujours de la faute à… mais aussi de notre faute à chacun.
En vrac j’ai dit, ce qui me donne un alibi pour vous présenter un écrit mal ficelé.


VO + Cabinet de collègue sage-femme

Coup de fil d’une autre sage-femme lui réadressant une patiente qui déménage sur son secteur. Ladite consoeur lui résume le dossier par téléphone tout en confirmant qu’elle en transmettra la copie intégrale.
Du lien, des transmissions, une apparente attention aux besoins de la femme dont elle parle. Tout cela serait idéal si à un moment de la conversation on n’avait entendu …
« Oui Madame, vous pouvez remettre votre culotte »
Espérons au nom du secret médical que la dame « sans culotte » était bien celle qui déménageait.

VO + Journée de mises à jour en gynéco obstétrique
Le programme est dense ; parmi les interventions prévues, celle du Ciane sur les violences obstétricales.
Le public – majoritairement composé de médecins spécialistes en gynéco-obstétrique – interagit lors des communications, questionne, argumente, démontrant sa réelle volonté d’apporter les meilleurs soins.
Vient le tour du Ciane. Le discours est posé ; il ne s’agit pas de désigner des coupables mais de pointer des dysfonctionnements et d’en rechercher conjointement les solutions. Pourtant, cette intervention suscite les soupirs énervés de la salle. Les apartés se multiplient, plus ou moins discrets, « On sauve la vie de femmes et d’enfants –  les gestes ne sont pas fait par plaisir – pas le temps du consentement en urgence – on connait notre boulot… »
Une seule fois, la salle semble approuver une phrase de la représentante du Ciane. Elle expose la nécessité d’un suivi psychologique pour certaines femmes les ayant contacté après des situations mal vécues.
Le public respire et se félicite ; oser confondre soins et violences, ça relève donc bien de la folie douce.

VO – Cabinet, premier RDV du matin
Ils ont traversé de très sales moments, avec un nouveau-né menacé de séquelles irréversibles. Le parcours a été long et difficile mais les derniers examens sont finalement rassurants. Le petit bonhomme qui tète pendant la consultation est tiré d’affaire.
Leur récit à deux voix des jours passés à l’hôpital mêle stress majeur vécu pendant cette longue attente et humanité sans faille de tous les soignants rencontrés dans ce grand CHU. Ils décrivent une réelle écoute de leurs besoins, soulignent l’honnêteté de l’obstétricien ré-analysant avec eux le déroulé de l’accouchement, s’interrogeant sur certaines de ses décisions. Ils saluent l’attention chaleureuse des équipes, les nouvelles bonnes ou mauvaises mais toujours données et expliquées, remercient ceux qui les ont soignés et qui ont pris soin d’eux.

Il n’y aura pas de conclusion à ce billet, si ce n’est l’invitation à s’abstenir de tout jugement tranché et définitif sur les soignants et les patients, les sages-femmes et les gynécos, les petites maternités et les grands CHU voire les femmes et les hommes…

 

 

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Risque, risque, rage.

Publié par 10lunes le 19 novembre 2017 dans Médias, Militer, Pffffff

 

Au titre de « blogueuse intéressée par les violences obstétricales et gynécologiques », j’ai reçu il y a un mois  le « Livre noir de la gynécologie » de Mélanie Déchalotte.
Je l’ai dévoré d’une traite et me suis promis de venir vous en parler ici.
Et puis… rien.Incapable d’écrire deux lignes.
Ces témoignages attristent, atterrent, enragent, désespèrent… Je n’ai pu, dans un premier temps, m’empêcher de faire des hypothèses, essayant de comprendre une situation, de justifier une intervention. J’aurais voulu lire en miroir les mots des soignants revenant sur ces paroles agressives ou ces geste brutaux réalisés sans explication ni consentement.
J’avais envie de comprendre.
Pour finalement comprendre que l’essentiel dans ces témoignages n’est pas le contexte mais le ressenti des femmes.
Ces récits participent à la « libération de la parole » souvent évoquée ces dernières semaines.
Ces récits pourraient venir enrichir la réflexion des soignants.

Cause toujours !
Deux débats récents montrent qu’il n’en est rien.

Le premier opposait Mélanie Déchalotte au Dr Gilles Sournies. Je l’ai suivi de loin grâce au live-tweet de Mme Déjantée, alias Béatrice Kammerer.
J’en extrais un passage sur l’expression abdominale. Rappelons que, depuis déjà dix ans, la Haute Autorité de Santé ne la « recommande pas ». Pourtant des soignants protestent de la salle :  « On ne peut pas vous laisser dire que l’expression abdominale cause des déchirures ! »  protestation mise à mal par le texte de la HAS qui précise « Deux études de bonne qualité méthodologique ont montré que l’expression abdominale est un facteur de risque de déchirures du sphincter anal et de déchirures périnéales du 3e degré ».
Pire encore, un autre osera ajouter « C’est qu’elle voulait pas d’épisio, c’est pour ça qu’elle a le cul explosé ! »

Compétence, respect et bienveillance sont convoqués de toute urgence.

Le second débat a lieu sur le plateau de « Allo docteurs ». Il réunit trois intervenants, Mélanie Déchalotte, la Pr Alexandra Benachi, gynécologue obstétricienne à l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart et Anne Marie Curat, présidente du conseil de l’ordre des sages-femmes.
Clairement les trois médecins du plateau offrent un front uni. En témoigne la première question posée « Vous en pensez quoi de ce bouquin (sic) ? »

La Pr Benachi semble bien commencer en affirmant qu’il n’est pas question de nier la réalité des violences obstétricales mais son ton change très rapidement. Elle accuse la journaliste « J’ai lu votre livre, je n’ai pas appris grand-chose » et enchaîne sur la nécessité d’être constructif, de ne pas se limiter à dénoncer et de trouver des solutions.
Témoigner n’est donc pas suffisant ? Serait-ce aux femmes et aux médias d’être constructifs ?

Alexandra Benachi cherche à différencier les mauvais soignants des bons et exonère ceux-ci d’une phrase  « On vit en permanence dans l’urgence ». L’urgence et le risque seront ses leitmotivs durant toute l’émission. Petit florilège.
– Il y a des gestes médicaux pour sauver la mère et l’enfant.
– On ne va pas demander tout le temps le consentement, quand l’enfant va tres mal, quand la mère saigne très vite.
– On est dans l’urgence en permanence.
– Il est très important de ne pas idéaliser l’accouchement, c’est un moment très à risque.

Alexandra Benachi reprend Mélanie Déchalotte lorsqu’elle évoque certaines conséquences graves de l’expression abdominale, « Ce sont des pratiques exceptionnelles qu’elle semble aussitôt justifier en ajoutant il faut probablement les remettre dans leur contexte ».
Elle feint ensuite de penser que le consentement éclairé oblige à prévenir de l’intégralité des risques. Mélanie Déchalotte rappelle qu’il ne s’agit pas de tout évoquer mais d’expliquer ce que l’on va faire et d’obtenir l’accord de la femme avant de le faire.
Encore une fois, le médecin invoque l’urgence. La journaliste la contre, soulignant que tous les accouchements ne sont pas « code rouge ».
« Oui concède Alexandra Benachi qui poursuit, Bien sur qu’on doit informer mais je mets en garde aussi contre le consentement éclairé avec tous les risques de l’accouchement que l’on devrait expliquer à la pauvre femme qui est enceinte pour la première fois, qui est toute contente. On ne va pas lui sortir la liste de toutes les catastrophes qui peuvent arriver non plus. »

Mélanie Déchalotte souligne la loterie liée aux pratiques très différentes d’une maternité à l’autre. Si les uns le font, pourquoi les autres ne le feraient pas.  La réponse est surréaliste : « Si vous prenez un médecin qui exerce depuis 30 ans et que vous lui dites demain de ne plus faire d’épisiotomie, c’est comme si l’on vous disait de traverser au vert et plus au rouge, va y avoir des accidents ».
De même, la ventouse devient un instrument « qui peut décoller la tête du bébé, et faire des hématomes. Quand il y a des anomalies du rythme, parfois on ne peut pas l’utiliser, c’est pas si simple » soupire Alexandra Benachi.

Quand on lui demande d’expliquer les niveaux de maternité, la réponse est attendue. « Le type 1 c’est l’accouchement normal sans pédiatre sur place, il y a les types 2 A et 2 B et le type 3, c’est là où il y a le plus de sécurité avec la réanimation pour le nouveau-né également ».

Evidemment l’accouchement à domicile est balayé d’une phrase. « Il n’y a pas de sécurité, ce n’est pas vrai. A l’époque où les femmes accouchaient chez elles, les femmes mourraient, il y avait des infections, les enfants allaient mal. »

Les interventions de Anne Marie Curat ont été nettement plus dignes, insistant sur le respect de la parole des femmes et la nécessité de travailler entre professionnels mais aussi avec les « usagers » à améliorer la situation. Elle a ensuite évoqué les alternatives à l’accouchement hospitalier que sont les maisons de naissances et les accouchements à domicile.

Au final, les propos d’Alexandra Benachi ne peuvent être qualifiés de faux, mais ils manquent cruellement de mesure. A l’entendre, aucun accouchement ne se passe normalement. Pour mieux enfoncer le clou, elle choisit d’ailleurs de conclure sur le risque « En maison de naissance, les femmes sont à bas risque mais on ne peut dire que l’accouchement est normal qu’a posteriori, une fois que l’enfant et la mère vont bien… »

Tenez-vous le pour dit, l’accouchement c’est dan-ge-reux, toujours.
Et ce danger justifie toutes les dérives puisque c’est pour votre bien.
Une seule conclusion à tout cela, aux femmes de crier plus fort encore pour que le message soit enfin entendu.

 

 


Il y aurait tant d’autres choses à dire, par exemple

  • le reportage sur la maternité de Besançon inauguré par un accouchement en position gynécologique, poussée bloquée et coaching vocal de 4 (quatre!) soignants « encore encore encore, plus fort plus fort plus fort »
  • la manœuvre de Couderc présentée comme une règle pour préserver le périnée. Je serais curieuse d’avoir l’avis des collègues passant par ici.
  • les chiffres fantaisiste sur la fréquence des épisiotomies, 37 % dans la présentation du reportage, 32 % en 2010 et 22 % en 2016 selon Alexandra Benachi  alors qu’ils sont respectivement de 27 et 20 %
  • le choix de consacrer le débat aux violences obstétricales. Les violences gynécologiques permettent plus difficilement de s’abriter derrière l’urgence.

 

 

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L’histoire sans fin

Publié par 10lunes le 31 juillet 2017 dans Médias, Militer

 

Odile Buisson a décidément l’art de réactiver ce blog.
Ses propos se font chaque fois plus outranciers et il est quelque peu désespérant que les gynécologues la laissent parler en leur nom.

N’en déplaise à Odile Buisson, la violence obstétricale n’est pas un fantasme. Le questionnement ne concerne pas sa réalité mais son ampleur. D’aucuns évoquent un phénomène général, je voudrais pencher pour l’exception ; mais même si cela ne concernait qu’une toute petite minorité de femmes et de soignants, cela n’en resterait pas moins inacceptable.
Le rapport du HCE devrait permettre  de trancher. Et si certains discours sont effectivement virulents, ce n’est qu’à ce prix, comme j’en convenais ici, que la souffrance se fait entendre. Je déplore la surenchère nécessaire pour être enfin audible mais cette surenchère n’appartient pas aux « activistes de la naissance », c’est tout un fonctionnement médiatique et politique qu’il faudrait revoir.

Odile Buisson accuse tous azimuts en affirmant la volonté d’éviction de tous les spécialistes. C’est bien évidemment faux, personne ne serait assez naïf pour en revenir aux lois de mère nature. Par contre nous sommes nombreux à souhaiter que les « modes de prise en charge » soient redéfinis pour mieux respecter la « normalité » * de la naissance.

Ce travail est en marche. Il y a eu les recommandations du collège des sages-femmes sur l’utilisation de l’ocytocine. Et nous attendons dans les prochains mois des recommandations de la Haute Autorité de Santé sur l’accouchement physiologique. Il semble que le balancier reparte – enfin ! – dans le bon sens alors que les années 2000 avaient vu exploser l’hypermédicalisation de la naissance.

Pour faire bonne mesure, Odile Buisson tente d’apeurer les foules en évoquant le déremboursement de la péridurale. Un délire total et un de ses sous-entendus récurrents contre ces diaboliques sages-femmes, grandes prêtresse de la nature adeptes de la rédemption par la souffrance…(oui, moi aussi, je peux forcer le trait !)

Mais chère Odile – permets-moi de te tutoyer depuis le temps que je monologue avec toi – je m’irrite que tu oses énoncer : « Les syndicats de sages-femmes, très actifs depuis que le métier s’est masculinisé ».

D’une part c’est faux. Le pourcentage d’hommes exerçant le métier de sage-femme reste faible :  3 % en 2015 et ils sont -logiquement ! – très minoritaires au sein des instances syndicales : 1 sur 12 membres au conseil administration de l’UNSSF, 2 pour 10 au conseil d’administration de l’ONSSF.
Mais surtout, et c’est d’autant plus inacceptable que tu es régulièrement présentée dans les médias comme féministe, crois tu vraiment que ma profession ait eu besoin des hommes pour oser défendre et revendiquer de meilleures conditions de mise au monde pour les femmes ?

Si la secrétaire d’Etat  se piquait d’un nouveau rapport sur les inepties sexistes proférées à l’égard des sages-femmes… Chère Odile, tu y figurerais surement en bonne place.

 

 

*je ne peux me résoudre à conjuguer les mots protocole et physiologie. Le premier est censé se déterminer à partir de normes générales alors que la seconde se détermine au plus près de l’expérience individuelle. 

 

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Contre-feux

Publié par 10lunes le 28 juillet 2017 dans Médias, Militer

 

Le 20 juillet, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes – peut-être soucieuse d’éteindre le feu couvant quant à la baisse drastique de son budget (27%) – a évoqué les violences obstétricales lors de son audition au Sénat.

« J’ai commandé un rapport au Haut Comité sur l’Egalité sur les violences obstétricales qui est un sujet qui revient dans l’actualité. Vous savez qu’en France, on a un taux d’épisiotomies par exemple à 75%, alors que l’OMS préconise d’être normalement je crois autour de 20-25% ». Le chiffre est à vérifier mais il me semble que c’est cela. Notamment de pratiques obstétricales non consenties avec notamment des violences obstétricales, semble-t-il, particulièrement sur les femmes étrangères, sur les femmes très jeunes, et sur les femmes handicapées. Ce sont des sujets sur lesquels nous avons un gros travail à mener ».(à 1h 09)

Elle a commis la réelle maladresse de se référer à un chiffre issu du réseau « Maman travaille »* choix pas tout à fait innocent puisqu’elle en est la fondatrice. Marlene Schappia aurait pu, dû, se tourner vers les  statistiques provenant de l’enquête périnatale de 2010 (les chiffres de la dernière enquête, réalisée au printemps 2016, ne seront disponibles que fin 2017) :  le 75%  d’épisiotomie  annoncé se transforme alors en  44.4 %  pour un premier accouchement  et 14.2 % pour les suivants. Elle aurait pu noter aussi que ces chiffres ont été respectivement divisés par 2 et 3 en 14 ans ( cf p 80 de ce rapport de la DREES). Chiffres en réel progrès donc, mais encore trop élevés puisque certaines maternité sont en dessous de 5 %.

Je ne suis pas certaine que cela aurait fait autant de bruit si nous n’étions au cœur de l’été à l’heure où tout semble s’arrêter et que les rédactions peinent à remplir leurs pages. Les médias se sont emparés du sujet.

Curieusement les obstétriciens se sont immédiatement sentis désignés, oubliant au passage que, comme le souligne cette réaction mesurée du CNOSF, 75 % des accouchements sont « réalisés » par les sages-femmes. Le CNGOF s’est dit profondément choqué, le SYNGOF a carrément réclamé la démission de la secrétaire d’Etat.
Ni les uns ni les autres n’ont souligné ce qui apparaît gravissime : la désignation de catégories de femmes victimes de violences obstétricales. Si ces faits étaient avérés, cela impliquerait que ces violences sont volontaires, puisque ciblant les femmes les plus fragiles et les moins à même de se défendre.

L’état des lieux des violences obstétricales commandé au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes est donc plus que bienvenu.

 

NB : Odile Buisson ayant encore sévi, je vous dis à très bientôt…

 

*attention photo ! (et propos improbables… )

 

 

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Tic-tac et papouilles

Publié par 10lunes le 6 janvier 2017 dans Militer

 

Errant paresseusement sur le net à la recherche d’une image (…et d’une idée !) pour commencer l’année, cette montre m’a fait de l’oeil.

Le temps passe.
Et me revient un très récent échange sur la patience.

La maternité d’un CHU de la région – enfin une partie non négligeable de l’équipe de la maternité – fait preuve de beaucoup de bonne volonté pour s’ouvrir à plus de respect des demandes parentales et à des naissances plus physiologiques. Cette ouverture zigzague de la liberté de mouvement aux baignoires de dilatation, de la réflexion sur les rythmes du service à la volonté de personnaliser l’accompagnement et les conseils donnés aux parents.

Du coup, je la joue sage-femme enthousiaste auprès de plus jeunes qui pensent – avec raison – que rien ne va assez vite et déplorent que personne dans la région n’ait voulu accueillir de maison de naissance et que l’ouverture de plateaux techniques se négocie si lentement que de futurs bébés espérant y naître soient maintenant  adultes !

Je suis là depuis assez longtemps pour avoir vu le balancier parti dans le bon sens se mettre à inexorablement reculer. Une bonne décennie de recul.
Il me semble que le mouvement s’inverse à nouveau, que les limites de notre tout-très-trop médical et notre tout-très-trop technique commencent enfin à être perçues.

L’avenir s’éclaire mais …  devant le souhait de sages-femmes de pouvoir passer plus de temps auprès des femmes, un obstétricien résumait ainsi leur demande « être disponibles pour faire des papouilles »….

On a encore un peu de chemin à faire,
Mais on avance 😉

 

 

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Mea culpa

Publié par 10lunes le 26 novembre 2016 dans Militer

 

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Commençons par une brève et vielle histoire :

Il est 19h. Cela fait 23 heures que suis de garde à la maternité, seule sage-femme présente et responsable à la fois du service et des salles de naissances. Je n’ai pas du tout fermé l’œil et pas vraiment posé mes fesses depuis mon arrivée ; j’ai grignoté de la main gauche en remplissant mes dossiers de la main droite et j’ai pissé quand j’en avais le temps, c’est-à-dire pas souvent.
Une chambre sonne. Je frappe à la porte, entre, réponds à je ne sais plus quelle demande au sujet du nouveau-né et m’apprête à repartir quand la jeune mère me remercie par un truc du genre « C’est formidable ici, vous avez toujours le sourire ».
Du coin de la chambre s’élève alors une autre voix, celle de la grand-mère qui tempère la gentille phrase de sa fille  d’un « Ben c’est normal, c’est leur boulot » prononcé sans nuance.

Je suis repartie blessée par cette remarque parce que oui, je trouvais « normal » que l’on me remercie de mon sourire encore présent après cette garde harassante.

Mais en y repensant 25 ans plus tard…

Ces derniers jours, le mot maltraitance a occupé mes pensées.

Il y a eu les récits gentiment adressés pour nourrir mon avent bienveillant. Certains ne relatent que ce qui devrait faire notre quotidien, une très banale et surtout très normale bientraitance assimilable à mon sourire d’il y a 20 ans. D’autres débutent par une situation de maltraitance compensée ensuite par la sollicitude d’autres soignants qui du coup apparaissent exceptionnellement attentifs.

Il y a eu les discussions, ici et ailleurs, plus audibles que certains non-débats parce qu’évitant les jugements définitifs pour privilégier l’analyse fine et la réflexion partagée.

Il y a eu cette réunion professionnelle où des soignants de qualification, région et exercice divers, tous sincèrement attachés à bien faire, s’emparaient chacun de l’étendard de la bientraitance pour défendre leur pré-carré.

Il y a eu ce fil twitter de IuliaLathebiosas@JGiovacchini et ces quelques mots « la médecine est une domination consentie » se mettant à clignoter dans mon cerveau insomniaque.

Il y a eu cette femme rencontrée très récemment en suivi post natal, évoquant avec des étoiles dans les yeux le respect de ses demandes par son obstétricien alors que, plus en mesure de décoder, je n’entendais dans son récit que consultation bâclée et sous-entendus ironiques.

Et puis il y a eu la soirée d’hier, passée à suivre par SMS les tribulations d’une amie sage-femme accompagnant une proche aux urgences gynécologiques d’un CHU.

L’évidence s’est imposée : je me suis plantée !

Alors je réitère mon erreur en répétant que le mot maltraitance recouvre de multiples réalités. Que certaines sont le fait de brutes absolues et inexcusables, que d’autres maltraitances ne sont pas plus excusables mais que peut être leurs auteurs pourraient l’être un peu.
Je m’enfonce en souhaitant que l’on mette avec les soignants au banc commun des accusés la formation, le paternalisme, l’organisations des soins, les conditions de travail, la dérive médico-légale et tant d’autres mécanismes complexes…
Je répète ma crainte d’une bataille rangée inutile parce que stérile.

En un mot comme en cent, l’analyse binaire ne me convient toujours pas.
Mais je commence à admettre qu’elle est le moyen le plus sûr d’être entendu.

 

 


  • Conséquence directe de ce que j’ai écrit plus haut, je ne me lance pas dans un « Avent bienveillant » (et du coup dans aucun Avent faute de munition)
  • C’est un détail mais la suite du dernier billet arrivera un de ces jours

 

 

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Bataille !

Publié par 10lunes le 28 juin 2016 dans Blessures, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Non, je ne me fendrai pas d’un énième billet sur #NosAmisduSyngof. Je dirais même que là ce soir, je n’ai plus du tout envie d’en sourire. L’immensité de leur mépris, leurs approximations  volontaires, leurs accusations sans fondement… Trop c’est trop.

Ce ne sont que les représentants d’une profession et j’ose espérer qu’ils ne représentent qu’eux-même. 
Mais comme ils sont toujours en place, je vais finir par en douter.

Je vous invite à vous faire votre propre opinion en lisant leur dernier torchon communiqué de presse.

A vous de bosser : le débat est ouvert et les commentaires aussi.
Je les espère nombreux, parce que cette bataille d’un autre âge est à la fois dérisoire et déprimante.

 

NB  : ils ont une page facebook aussi, rendue célèbre par leur avant-dernière polémique. Vous aurez peut-être envie de copier là-bas ce que vous écrirez ici…

 

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Ceci n’est pas un poisson

Publié par 10lunes le 1 avril 2016 dans Militer

 

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Les premières maisons de naissance françaises ouvrent officiellement leurs portes aujourd’hui !


Ce pourquoi beaucoup ont âprement combattu pendant 18 années voit le jour un 1er avril.

Petit clin d’œil du destin à tous leurs détracteurs.

18 ans, c’est long. Suffisamment pour que des amis espèrent que je les accompagne en maison de naissance pour leurs prochains petits et que ces petits voient arriver le lycée, qu’un autre réfléchisse à devenir sage-femme ou qu’un tout dernier soit scolarisé depuis septembre.

18 ans, c’est la moitié de mon temps d’exercice et du coup la certitude que je ne serai jamais de l’aventure. Aucune ouverture dans ma région et quasi pas d’espoir que cela advienne dans les années à venir.

Mais quel plaisir de voir que d’autres y sont parvenu.
Quel bonheur de voir toutes ces énergies réunies se concrétiser enfin.

Que la route leur soit belle !

 

 

Petite récap des principaux billets sur ce thème depuis l’ouverture du blog

Maison de naissance et faux semblants
Prendre date

Où l’on reparle des MDN
Démocratie
Soutenir
Fière d’être lobbyiste
Sept ans de réflexion
Feuilleton
Salve 1
Salve 2
Salve 3 et mise à mort
Rebelote
Le bout du chemin ?
Un tout petit pas pour les femmes, un vrai pas pour l’obstétrique ?
You pas pi
Top départ ?

 

 

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Top départ ?

Publié par 10lunes le 26 novembre 2015 dans Militer, Profession sage-femme

 

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Les bonnes nouvelles ne sont pas légion en ce moment. Saluons la très attendue parution au JO de l’arrêté listant les 9 sites d’expérimentation des maisons de naissance.

Bien sur, ce n’est encore qu’une étape de la longue course d’obstacle.
Il faut maintenant adapter des locaux et les équiper.
Il faut aussi relancer le travail auprès des assureurs puisque les propositions actuelles restent tres supérieures aux prévisions (au vu de la proximité imposée entre MDN et maternité, les budgets tablaient sur une assurance au tarif « plateau technique »).
Il faut enfin inventer au quotidien comme une nouvelle façon d’exercer le métier de sage-femme, entre le  collectif d’une maternité et le solitaire du domicile.

C’est encore énormément d’argent, de temps, d’énergie à investir par les sages-femmes qui  ont accepté de se lancer dans l’aventure et la poursuivent sans réelle visibilité.

Saluons leur courage et leur détermination.
Elles sont en train de tourner une page essentielle de l’obstétrique française.

Merci à elles !
Merci à celles et ceux, parents comme professionnels, qui les encouragent et les soutiennent !

 

Edit du 27/11  : Audrey pose une excellente question en commentaire et je m’aperçois que je n’ai jamais pris le temps d’écrire la définition des MDN sur le blog. Wikipédia propose un dossier assez complet. Et en tapant le mot clef maison de naissance dans la case recherche (barre de droite) vous pouvez retrouver un certain nombre (!) d’articles sur les aléas de leur expérimentation…


Grace à ce petit coup de boost, je relance l’appel AVENT 2015. J’ai besoin de vous et de vos récits !
Edit bis : je précise ma demande. Je lis tous vos mails avec plaisir et intérêt, ils m’enrichissent, me touchent, me révoltent, en un mot ils me nourrissent !
Mais le projet Avent impose un certain format : je dois pouvoir m’accrocher sur une anecdote ayant un début, une suite et une chute.

 

 

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