Tic-tac et papouilles

Publié par 10lunes le 6 janvier 2017 dans Militer

 

Errant paresseusement sur le net à la recherche d’une image (…et d’une idée !) pour commencer l’année, cette montre m’a fait de l’oeil.

Le temps passe.
Et me revient un très récent échange sur la patience.

La maternité d’un CHU de la région – enfin une partie non négligeable de l’équipe de la maternité – fait preuve de beaucoup de bonne volonté pour s’ouvrir à plus de respect des demandes parentales et à des naissances plus physiologiques. Cette ouverture zigzague de la liberté de mouvement aux baignoires de dilatation, de la réflexion sur les rythmes du service à la volonté de personnaliser l’accompagnement et les conseils donnés aux parents.

Du coup, je la joue sage-femme enthousiaste auprès de plus jeunes qui pensent – avec raison – que rien ne va assez vite et déplorent que personne dans la région n’ait voulu accueillir de maison de naissance et que l’ouverture de plateaux techniques se négocie si lentement que de futurs bébés espérant y naître soient maintenant  adultes !

Je suis là depuis assez longtemps pour avoir vu le balancier parti dans le bon sens se mettre à inexorablement reculer. Une bonne décennie de recul.
Il me semble que le mouvement s’inverse à nouveau, que les limites de notre tout-très-trop médical et notre tout-très-trop technique commencent enfin à être perçues.

L’avenir s’éclaire mais …  devant le souhait de sages-femmes de pouvoir passer plus de temps auprès des femmes, un obstétricien résumait ainsi leur demande « être disponibles pour faire des papouilles »….

On a encore un peu de chemin à faire,
Mais on avance 😉

 

 

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Mea culpa

Publié par 10lunes le 26 novembre 2016 dans Militer

 

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Commençons par une brève et vielle histoire :

Il est 19h. Cela fait 23 heures que suis de garde à la maternité, seule sage-femme présente et responsable à la fois du service et des salles de naissances. Je n’ai pas du tout fermé l’œil et pas vraiment posé mes fesses depuis mon arrivée ; j’ai grignoté de la main gauche en remplissant mes dossiers de la main droite et j’ai pissé quand j’en avais le temps, c’est-à-dire pas souvent.
Une chambre sonne. Je frappe à la porte, entre, réponds à je ne sais plus quelle demande au sujet du nouveau-né et m’apprête à repartir quand la jeune mère me remercie par un truc du genre « C’est formidable ici, vous avez toujours le sourire ».
Du coin de la chambre s’élève alors une autre voix, celle de la grand-mère qui tempère la gentille phrase de sa fille  d’un « Ben c’est normal, c’est leur boulot » prononcé sans nuance.

Je suis repartie blessée par cette remarque parce que oui, je trouvais « normal » que l’on me remercie de mon sourire encore présent après cette garde harassante.

Mais en y repensant 25 ans plus tard…

Ces derniers jours, le mot maltraitance a occupé mes pensées.

Il y a eu les récits gentiment adressés pour nourrir mon avent bienveillant. Certains ne relatent que ce qui devrait faire notre quotidien, une très banale et surtout très normale bientraitance assimilable à mon sourire d’il y a 20 ans. D’autres débutent par une situation de maltraitance compensée ensuite par la sollicitude d’autres soignants qui du coup apparaissent exceptionnellement attentifs.

Il y a eu les discussions, ici et ailleurs, plus audibles que certains non-débats parce qu’évitant les jugements définitifs pour privilégier l’analyse fine et la réflexion partagée.

Il y a eu cette réunion professionnelle où des soignants de qualification, région et exercice divers, tous sincèrement attachés à bien faire, s’emparaient chacun de l’étendard de la bientraitance pour défendre leur pré-carré.

Il y a eu ce fil twitter de IuliaLathebiosas@JGiovacchini et ces quelques mots « la médecine est une domination consentie » se mettant à clignoter dans mon cerveau insomniaque.

Il y a eu cette femme rencontrée très récemment en suivi post natal, évoquant avec des étoiles dans les yeux le respect de ses demandes par son obstétricien alors que, plus en mesure de décoder, je n’entendais dans son récit que consultation bâclée et sous-entendus ironiques.

Et puis il y a eu la soirée d’hier, passée à suivre par SMS les tribulations d’une amie sage-femme accompagnant une proche aux urgences gynécologiques d’un CHU.

L’évidence s’est imposée : je me suis plantée !

Alors je réitère mon erreur en répétant que le mot maltraitance recouvre de multiples réalités. Que certaines sont le fait de brutes absolues et inexcusables, que d’autres maltraitances ne sont pas plus excusables mais que peut être leurs auteurs pourraient l’être un peu.
Je m’enfonce en souhaitant que l’on mette avec les soignants au banc commun des accusés la formation, le paternalisme, l’organisations des soins, les conditions de travail, la dérive médico-légale et tant d’autres mécanismes complexes…
Je répète ma crainte d’une bataille rangée inutile parce que stérile.

En un mot comme en cent, l’analyse binaire ne me convient toujours pas.
Mais je commence à admettre qu’elle est le moyen le plus sûr d’être entendu.

 

 


  • Conséquence directe de ce que j’ai écrit plus haut, je ne me lance pas dans un « Avent bienveillant » (et du coup dans aucun Avent faute de munition)
  • C’est un détail mais la suite du dernier billet arrivera un de ces jours

 

 

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Bataille !

Publié par 10lunes le 28 juin 2016 dans Blessures, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Non, je ne me fendrai pas d’un énième billet sur #NosAmisduSyngof. Je dirais même que là ce soir, je n’ai plus du tout envie d’en sourire. L’immensité de leur mépris, leurs approximations  volontaires, leurs accusations sans fondement… Trop c’est trop.

Ce ne sont que les représentants d’une profession et j’ose espérer qu’ils ne représentent qu’eux-même. 
Mais comme ils sont toujours en place, je vais finir par en douter.

Je vous invite à vous faire votre propre opinion en lisant leur dernier torchon communiqué de presse.

A vous de bosser : le débat est ouvert et les commentaires aussi.
Je les espère nombreux, parce que cette bataille d’un autre âge est à la fois dérisoire et déprimante.

 

NB  : ils ont une page facebook aussi, rendue célèbre par leur avant-dernière polémique. Vous aurez peut-être envie de copier là-bas ce que vous écrirez ici…

 

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Ceci n’est pas un poisson

Publié par 10lunes le 1 avril 2016 dans Militer

 

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Les premières maisons de naissance françaises ouvrent officiellement leurs portes aujourd’hui !


Ce pourquoi beaucoup ont âprement combattu pendant 18 années voit le jour un 1er avril.

Petit clin d’œil du destin à tous leurs détracteurs.

18 ans, c’est long. Suffisamment pour que des amis espèrent que je les accompagne en maison de naissance pour leurs prochains petits et que ces petits voient arriver le lycée, qu’un autre réfléchisse à devenir sage-femme ou qu’un tout dernier soit scolarisé depuis septembre.

18 ans, c’est la moitié de mon temps d’exercice et du coup la certitude que je ne serai jamais de l’aventure. Aucune ouverture dans ma région et quasi pas d’espoir que cela advienne dans les années à venir.

Mais quel plaisir de voir que d’autres y sont parvenu.
Quel bonheur de voir toutes ces énergies réunies se concrétiser enfin.

Que la route leur soit belle !

 

 

Petite récap des principaux billets sur ce thème depuis l’ouverture du blog

Maison de naissance et faux semblants
Prendre date

Où l’on reparle des MDN
Démocratie
Soutenir
Fière d’être lobbyiste
Sept ans de réflexion
Feuilleton
Salve 1
Salve 2
Salve 3 et mise à mort
Rebelote
Le bout du chemin ?
Un tout petit pas pour les femmes, un vrai pas pour l’obstétrique ?
You pas pi
Top départ ?

 

 

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Top départ ?

Publié par 10lunes le 26 novembre 2015 dans Militer, Profession sage-femme

 

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Les bonnes nouvelles ne sont pas légion en ce moment. Saluons la très attendue parution au JO de l’arrêté listant les 9 sites d’expérimentation des maisons de naissance.

Bien sur, ce n’est encore qu’une étape de la longue course d’obstacle.
Il faut maintenant adapter des locaux et les équiper.
Il faut aussi relancer le travail auprès des assureurs puisque les propositions actuelles restent tres supérieures aux prévisions (au vu de la proximité imposée entre MDN et maternité, les budgets tablaient sur une assurance au tarif « plateau technique »).
Il faut enfin inventer au quotidien comme une nouvelle façon d’exercer le métier de sage-femme, entre le  collectif d’une maternité et le solitaire du domicile.

C’est encore énormément d’argent, de temps, d’énergie à investir par les sages-femmes qui  ont accepté de se lancer dans l’aventure et la poursuivent sans réelle visibilité.

Saluons leur courage et leur détermination.
Elles sont en train de tourner une page essentielle de l’obstétrique française.

Merci à elles !
Merci à celles et ceux, parents comme professionnels, qui les encouragent et les soutiennent !

 

Edit du 27/11  : Audrey pose une excellente question en commentaire et je m’aperçois que je n’ai jamais pris le temps d’écrire la définition des MDN sur le blog. Wikipédia propose un dossier assez complet. Et en tapant le mot clef maison de naissance dans la case recherche (barre de droite) vous pouvez retrouver un certain nombre (!) d’articles sur les aléas de leur expérimentation…


Grace à ce petit coup de boost, je relance l’appel AVENT 2015. J’ai besoin de vous et de vos récits !
Edit bis : je précise ma demande. Je lis tous vos mails avec plaisir et intérêt, ils m’enrichissent, me touchent, me révoltent, en un mot ils me nourrissent !
Mais le projet Avent impose un certain format : je dois pouvoir m’accrocher sur une anecdote ayant un début, une suite et une chute.

 

 

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« Déjà » la rentrée ?

Publié par 10lunes le 1 septembre 2015 dans Militer

 

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Voilà, voilà, l’été est passé et avec lui les quelques idées de billets qui ont feint de me traverser l’esprit.
Arrive un moment où il y a tellement longtemps que tu n’as pas pianoté nerveusement sur ton clavier que tu en oublies l’impression que ça fait.
Tu te sens libérée…
Et ça te manque un peu aussi…

Alors voyons si l’arrivée de l’automne est propice au retour de l’inspiration.
Parce qu’il s’est quand même passé un truc extraordinaire  cet été… le décret permettant l’expérimentation des maisons de naissance a été publié.

Si !
A une date certainement déterminée par le plus grand des hasards.

Le samedi 1er août.

Plus au creux du creux de l’été, tu peux pas !

Bonne pioche, les syndicats médicaux étaient un peu aux abonnés absents. Ne rêvons pas, nous avons eu droit à la diatribe récurrente du Syngof sur le danger que vont courir les femmes… Mais comme le couplet du risque est à la fois éculé et surtout démenti par les études étrangères (cf BMJ 2011) ils tentent un autre angle d’attaque : Nous voulons être associés à l’expérimentation afin de nous assurer que l’évaluation sera bien médicale. Parce que c’est couru d’avance, sans leur supervision, les sages-femmes se contenteraient d’évaluer la satisfaction des couples devant la couleur des murs. La santé et le bien-être des femmes et des enfants, c’est pas notre souci…

Mais il y a eu aussi cet article du Figaro*où le secrétaire du CNGOF affirme à la fois la sécurité des maisons de naissance mais aussi  la réalité de l’hyper médicalisation et l’occasion enfin donnée aux parents et aux professionnels de progresser sur la physiologie.
Comme une main tendue laissant espérer qu’un jour, tous les acteurs de la périnatalité sauront travailler en bonne intelligence !

Reste à saluer la mobilisation des porteurs de projets qui n’ont que  45 jours – dont le mois où les administratifs de tous poils sont en congé – pour boucler un dossier pléthorique et complexe …

Reste à pousser les murs pour trouver des locaux vacants au sein des maternités partenaires afin de respecter l’exigence de proximité (spécificité française s’il en est…)

Reste à résoudre la question de l’assurance alors qu’aucune compagnie ne souhaite s’engager sur les tarifs et que tout laisse craindre que l’addition finale soit plus que salée.

Reste à rire jaune de la présence imposée d’une seconde sage-femme alors que rien dans la nomenclature n’est prévu pour la rémunérer.

Reste surtout à s’incliner devant l’engagement de celles et ceux qui défendent une autre idée de la naissance et s’y investissent corps et âme pour lui donner vie.

Dire que j’ai mis deux mois à rédiger une demi-page 😉

 

 

*Extrait LE FIGARO 12 08 2015.

– Que pense le CNGOF de la légalisation des maisons de naissance ?
Philippe DERUELLE. – Nous sommes très favorables à ce changement, car les femmes pourront bénéficier d’une offre de soins différente pour accoucher. Aujourd’hui, en France, l’accouchement proposé en hôpital est standardisé, très normé. En maison de naissance, elles pourront accoucher comme elles le souhaitent.

Y a-t-il selon vous des aspects négatifs ?
Non, nous soutenons le décret à 100 %. À présent, le défi sera d’avoir assez de moyens humains pour le mettre en œuvre. Pour l’instant, il n’y a pas assez de sages-femmes, et il va falloir trouver des personnes très impliquées et motivées pour travailler dans ces maisons de naissance : elles devront suivre à elles seules plusieurs grossesses, et faire preuve de soutien auprès de femmes qui accouchent sans péridurale.

Pensez-vous que la sécurité y sera suffisante ?
Oui, les garanties de sécurité ont été respectées dans le texte. L’élément central du projet était la proximité avec la maternité, et il a été respecté. Si les femmes doivent être transférées à la maternité, il n’y aura même pas une rue à traverser et c’est une bonne chose. En Angleterre, par exemple, les maisons de naissance ne doivent pas nécessairement être attenantes à un hôpital, mais les résultats y sont moins bons (il est plus risqué d’y accoucher, NDLR). Et puis toutes les femmes ne pourront pas accoucher en maisons de naissance, les conditions d’accueil sont strictes : celles qui ont des antécédents médicaux, qui sont obèses, font du diabète ou qui ont une hypertension artérielle ne pourront pas, par exemple, bénéficier de cette offre. Pour les femmes qui passent par ce biais pour leur premier enfant, la sélection sera très stricte.

Ce changement aura-t-il un impact sur votre profession ?
Bien sûr, car les anesthésistes et obstétriciens n’interviendront pas dans ces accouchements. Mais je pense que ce décret aura un retentissement positif au sein du milieu médical en général. Nous sommes allés trop loin dans la médicalisation de l’accouchement, et cela fait des années que certains gynécologues et obstétriciens s’en alarment. Par exemple, en France, le taux de césariennes est très élevé, proche des 20 % ; il s’élève même à une moyenne de 40 % dans certains établissements. Ce décret illustre un changement de philosophie. Il montre qu’il y a une volonté de mieux accompagner les femmes dans leur grossesse, d’être plus à l’écoute, ce qui manque au milieu médical aujourd’hui, et qu’on lui reproche beaucoup.

 

 

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Doit-on enseigner aux jeunes médecins le toucher vaginal sur patientes endormies au bloc ? Il s’agit d’une pratique évoquée dans plusieurs blogs, par des témoignages de futurs médecins et même attestée par des documents. Selon les déclarations récentes de médecins, ces actes « n’auraient jamais existé », ou « auraient existé dans le passé mais ne seraient plus d’actualité », ou encore « existent effectivement et sont légitimes ». Bon nombre de professionnels de la santé et d’internes nous ont expliqué qu’ils doivent apprendre leur métier, et qu’il est préférable que la patiente ne sente rien, ne se souvienne pas que plusieurs inconnus sont passés la « voir ». Certains témoignages citent également les touchers rectaux, actes moins fréquents mais réalisés eux aussi à strictes fins d’apprentissage, sans vérification du consentement de l’intéressé. Ce n’est pourtant pas un geste anodin, ni pour le-a patient-e ni pour l’étudiant-e futur-e médecin.

 

Pour le-a patient-e qui n’a pas préalablement marqué son accord, il s’agit d’une négation de ses droits, celui de recevoir une information loyale sur la façon dont va se dérouler une opération, celui d’accepter ou de refuser tout geste médical. La loi Kouchner impose depuis 2002 qu’ « aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment », celui surtout que son corps ne soit pas instrumentalisé. Ce geste effectué sans consentement pourrait même être assimilé, au sens pénal, à un acte de pénétration sexuelle commis sur la personne d’autrui par contrainte ou surprise, c’est-à-dire un viol.

 

« Si vous ne voulez pas être un objet d’étude, il vous suffit d’éviter de vous faire soigner en CHU », nous ont rétorqué certains médecins. Une hospitalisation en CHU serait donc, selon eux, un blanc-seing donné à toutes les visites, à toutes les pratiques, et un renoncement à ses droits les plus élémentaires. La Cour européenne des Droits de l’Homme estime pourtant qu’une simple information sur la présence et l’implication d’étudiant-es dans un hôpital ne constitue pas un consentement libre et éclairé à chacun de leurs actes, et que cette pratique est contraire aux droits fondamentaux. Il est dès lors surprenant que les étudiant-es apprennent une médecine qui transgresse les droits du patient. Le consentement libre et éclairé du patient à chaque acte médical est clairement le point aveugle de la formation des médecins.

 

Pour l’étudiant-e en médecine, être contraint par ses formateurs à procéder à un acte contraire à ses valeurs constitue une grande violence. Le jeune est invité à banaliser un geste pour lequel il éprouve des appréhensions légitimes, non sur le plan technique mais sur le plan éthique. A défaut de consentement, la personne qu’il examine est réduite à un organe. Il ne s’agit pas du vagin ou du rectum d’une personne à qui il demande l’autorisation de l’examiner. Il s’agit d’un vagin ou du rectum sur lequel une équipe d’étudiant-e-s s’entraine à identifier tel ou tel problème, profitant de l’anesthésie de son-sa propriétaire. Demander l’accord de la patiente ? « Elle risquerait de dire non »[i], rétorque la doyenne de l’Unité de Formation et de Recherche de la Faculté de médecine de Lyon. « C’est de la pudibonderie »[ii], s’insurge le Président du Collège national des Gynécologues et Obstétriciens français. Ces réponses sont inquiétantes et confirment que se pose ici une véritable question éthique et de respect de la personne humaine. Cette déshumanisation, dès les premiers apprentissages de certains actes médicaux, nous préoccupe. Le non respect de la loi par les enseignants eux-mêmes nous inquiète. L’absence de place donnée au doute, à l’échange, à la prise en compte de la singularité de chaque patient nous interpelle. De plus, pour quelles raisons seul le médecin enseignant doit-il déterminer ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ? Pourquoi n’y a-t-il aucun tiers dans cette évaluation ? L’avis des étudiant-es, des patients, de la société ne compte-t-il pas ?

 

C’est bien l’un des problèmes que nous identifions dans les études de médecine : la création d’un entre soi organisé autour de la transmission des pratiques, les meilleures comme les pires, plutôt que leur interrogation et leur examen critique. Le maintien d’un milieu marqué par le pouvoir, dans lequel on apprend à reproduire et à cultiver une certaine forme de secret loin du regard de la société. La défense d’un esprit de corps empreint de domination où les interrogations et souhaits du patient ont peu de poids face aux certitudes héritées d’un autre âge. De telles conceptions de la médecine sont de nature à rompre définitivement la confiance entre le monde médical et le reste de la société qui ne les accepte plus. Nous ne sommes pas tous médecins, mais nous sommes tous concerné-e-s. Les femmes le sont particulièrement, par la multiplicité des contacts qu’elles ont tout au long de leur vie de femme pour leur suivi gynécologique, mais les témoignages relatifs aux touchers rectaux démontrent que c’est bien le rapport au patient qui dysfonctionne. Or chaque personne connait mieux que quiconque son propre corps, ses limites, ses aspirations et ses souhaits.

 

Au vu de la gravité des pratiques mises au jour, nous demandons à Najat Vallaud-Belkacem, la Ministre l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de lancer une inspection de l’IGAENR pour faire toute la lumière sur cette affaire et les conditions de l’apprentissage pratique des futurs médecins de notre pays. Nous demandons que le recueil du consentement sur les actes pratiqués par des étudiant-e-s soit systématisé dans l’ensemble des hôpitaux français. Nous souhaitons qu’en complément du compagnonnage par les pairs, les futurs médecins bénéficient au cours de leurs études d’apports et d’appui extérieurs, de la part de professionnels des sciences humaines, de la philosophie, du droit, de la sociologie. Les critères éthiques de l’enseignement de la médecine ne doivent pas être énoncés par les seuls médecins français, mais par l’ensemble des personnes concernées : étudiant-e-s, associations de patients, juristes, éthiciens, en s’appuyant sur les avancées existant dans d’autres pays développés (Scandinavie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Canada…). L’éthique ne peut définitivement plus être une simple option dans la formation des médecins français.

 

 

Clara de BORT, directrice d’hôpital, ancienne correspondante Santé à la Mission interministérielle de Lutte contre les violences faites aux femmes

Béatrice KAMMERER, présidente et fondatrice de l’association d’éducation populaire Les Vendredis Intellos

Marie-Hélène LAHAYE, juriste, féministe, auteure du blog « Marie accouche là » http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/

Martin WINCKLER, médecin et écrivain

Juliette Noureddine dite Juliette, auteure compositrice interprète

Dre Muriel SALMONA, psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie

Céline SCHILLINGER, bloggeuse, cadre d’industrie, engagée pour l’égalité hommes/femmes

Pierre THEPOT, directeur d’hôpital

Dr Gilles LAZIMI, médecin, enseignant et membre du haut conseil à l’égalité entre les femmes et les femmes, et coordinateur de la campagne télé « proches » contre le viol du CFCV

Bénédicte ROUSSEAU, sociologue

Diane SAINT-REQUIER, journaliste et actrice de prévention

Diké, blogueuse féministe

Hélène, blogueuse

OVIDIE, auteure et réalisatrice

Paul CESBRON, gynécologue obstétricien

Marie-Hélène BOURCIER, sociologue

VALERIECG, blogueuse www.crepegeorgette.com

DARIAMAX, blogueuse http://dariamarx.com/
Les dé-chaînées, association féministe

Martin DUFRESNE, journaliste Montréal (Canada)

Laure de Montalembert, journaliste santé

Emmanuelle Piet, médecin Présidente du Collectif Féministe Contre le Viol

Anne Verjus, chercheure au CNRS, histoire politique et sociologie du genre

Anne-Charlotte Husson, doctorante, blogueuse www.cafaitgenre.org

Hypathie, blogueuse

Chris Blache, co-fondatrice de l’Association Genre et Ville

Dre Claire Rondet, Maitre de conférence en médecine générale à l’université Pierre et Marie Curie

Johanna Luyssen, journaliste, membre du collectif PrenonsLa1

Eloïse BoutoN, Journaliste indépendante et militante féministe

Emmanuelle GONTIER, psychologue

Elodie Bacoup, juriste

Clara Gonzales,Macholand.fr

Elliot Lepers, Macholand.fr

Caroline De Haas, militante féministe, Macholand.fr

Claude Didierjean Jouveau, responsable associative et auteure d’ouvrages sur la naissance et la petite enfance

GM Zimmermann, auteure

Marie Kirschen, journaliste, rédactrice en chef de la revue well well well

Corinne Morel Darleux, conseillère régionale Rhône Alpes

Anne-Marie Viossat, féministe

Evelyne Pierron, médecin pharmacovigilante

Nathalie Perrin-Gilbert, mairie du 1er arrondissement, Lyon

Osez le féminisme !

Baptiste BEAULIEU, auteur du blog Alors voilà. Journal des soignés/soignants réconciliés

Blandine LENOIR, réalisatrice

Gwen FAUCHOIS, activiste, lesbienne et féministe, blogueuse

Fabien ABITBOL, ancien journaliste, blogueur

Agnès LEGLISE, chroniqueuse

Monica ZOPPI FONTANA, Professeur de L’Université de Campinas-Brésil, chercheur visitant au laboratoire Triangle ENS

AVFT, Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail

Pascaline LAMARE, française de Québec

Poule Pondeuse, blogueuse, www.poule-pondeuse.fr

Marie-Alice CHASSERIAUD, graphiste et féministe

Fabienne, blogueuse

Anne-Lina, docteure en santé publique

Gogo, twitto @santedefrance

Christine DETREZ Maître de conférence HDR en sociologie à l’ENS de Lyon

10lunes

CIANE, Collectif interassociatif autour de la naissance

Dr Michel SCHMITT, médecin, chef de pôle hospitalier, auteur de plusieurs ouvrages sur la bientraitance à l’hôpital

 

 

[i]   « On pourrait effectivement demander à chaque personne l’accord pour avoir un toucher vaginal de plus mais j’ai peur qu’à ce moment-là, les patientes refusent. » http://www.metronews.fr/info/touchers-vaginaux-sur-patientes-endormies-un-tabou-a-l-hopital/moaC!txk2bsiOnYXIU/

 

[ii]     Ne vous semblerait-il pas normal de lui demander son consentement ?
– C’est aller trop loin dans la pudibonderie !
 http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20150203.OBS1608/touchers-vaginaux-sur-patientes-endormies-c-est-de-la-medecine-on-n-est-pas-dans-un-fantasme-de-viol.html

 

 

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Quand on veut noyer son chien

Publié par 10lunes le 31 janvier 2015 dans Médias, Militer, Pffffff

 

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La Cour des comptes publie un nouveau rapport sur les maternités… compilation de vrais constats, données diverses, statistiques lissées et de quelques approximations.

Mais surtout, et c’est ce qui a été retenu par les médias, le rapport distille doucement que les petites maternités sont dangereuses

Parce qu’envisager la fermeture d’une maternité pour des raisons économiques, ça passe mal.
Mais la fermer en invoquant son insécurité, ça passe mieux !

Le rapport s’applique à rappeler que la France est mal classée pour son taux de mortalité néonatale  en soulignant que d’autres pays d’Europe ayant de meilleurs résultats ont regroupé les naissances dans de grands centres… et hop, on passe de la simple constatation à la corrélation. Ni vu ni connu… ou presque.

Pourtant,  le nombre de maternité a été réduit de 70% en quarante ans (1747 en 1972 /544 en 2012). Parallèlement, nos résultats se dégradaient.
Concentrer les naissances sur de grands centres ne semble donc pas la bonne réponse. En tout cas pas sur le mode français : plus de naissances, moins de sages-femmes. Le « une femme /une sage-femme » que nous scandions en 2011 reste une utopie. Nos décideurs veulent croire qu’il suffit de rationaliser nos usines pour fabriquer de beaux produits, pardon, nouveau-nés.

Et d’ailleurs, qui pourrait imaginer que les statistiques de 13 maternités réalisant toutes ensemble moins de 3900 naissances impactent réellement les résultats d’un pays voyant naître plus de 800 000 enfants chaque année ?

Mais saluons l’efficacité de la stratégie mise en oeuvre.

Recette de fermeture sans trop de vagues :
– placer 13 maternités sur la sellette

– distiller régulièrement l’idée qu’elles sont menacées
– déplorer la difficulté de recrutement des médecins qui hésitent logiquement à tout quitter pour rejoindre un établissement dont la rumeur dit qu’il fermera dans les années à venir.
– crier à l’insécurité, ou mieux, laisser les médias faire le travail.

L’article ne s’interroge pas sur la possibilité d’un transfert avant l’accouchement, transfert que l’on peut imaginer inenvisageable du fait de la rapidité des événements. Est-il préférable pour un grand prématuré de naître dans l’ambulance ou dans cette maternité ? En entretenant le flou, on laisse penser que c’est l’établissement qui est dangereux et pas les circonstances de la naissance…

– attendre que les femmes se détournent, préférant la grande maternité, plus éloignée, plus impersonnelle mais sé-cu-ri-tai-re et assurée de ne pas disparaître dans quelques mois.
– dénoncer la gabegie consistant à maintenir un établissement ouvert pour un si faible nombre de naissances. Les maternités visées tenteront évidemment d’allumer des contre-feux.

Le directeur s’emploie à déminer le terrain : « pas de craintes à avoir, pente ascendante, nouveaux locaux ». Il est urgent de rassurer pour ne pas risquer de voir la pente s’infléchir ou s’inverser.


Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…

 

 

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You pas pi

Publié par 10lunes le 25 septembre 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Hier la Haute Autorité de Santé a publié sur son site le cahier des charges relatif à l’expérimentation des maisons de naissance.
Pas de réjouissances hâtives !

De nombreux points restent à régler, en particulier ces « détails » que sont le statut juridique et le financement de ces futurs sites.
Le cahier des charges apporte aussi quelques mauvaises surprises, ajouts de dernière minute non validés par le groupe de travail…
On est donc loin du consensus joyeux et d’un démarrage en fanfare des expérimentations.

Apres 16 années de lutte, nous en sommes encore au début d’une potentielle expérimentation, très encadrée, limitée dans son nombre de sites (liste définie par le ministère de la Santé) et sa durée (5 ans).
Nombre de questions restent à régler, et cela dans un temps limité puisque la fenêtre pour lancer l’expérimentation se refermera en décembre 2015.

Souvenons nous aussi que la contiguïté à une maternité a été imposée aux projets pour pouvoir envisager un transfert immédiat, peut-être bien plus immédiat que dans certaines maternités où chambres d’hospitalisation, salles de naissance et bloc opératoire se retrouvent, du fait de l’ancienneté des bâtiments, à distance les uns des autres…

Cette obligation -qui exclut de fait plusieurs projets – n’est pourtant pas suffisante aux yeux de nos décidément toujours grands amis du SYNGOF.

Et s’il fallait vous convaincre de ne pas sauter trop vite de joie, je vous invite à lire cette copie du courrier qu’ils ont adressé à la HAS, copie publiée page 32 du rapport d’élaboration.

 

 

 

 

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A l’affiche

Publié par 10lunes le 8 septembre 2014 dans Militer, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

Scène 1 – Cabinet médicalcinema (1)
Plan large : Une femme est accueillie par la sage-femme
Voix off  : Sa vie a dérapé il y a quelques années. Cette sensation bizarre, un matin, en savonnant son sein, l’appel au médecin juste pour se rassurer.
Plus rien ensuite n’a été rassurant. Elle a mené une longue et difficile bataille et le crabe a fini par lâcher. Le temps est passé, rythmé par les contrôles. La vie a repris doucement son cours, et un jour, elle a eu le droit d’envisager une grossesse.

Gros plan sur la femme : ventre plat, rien ne laisse encore deviner qu’elle est enceinte
Voix off
Alors cette grossesse elle a envie de la vivre sereinement, du côté de la santé et de la confiance. C’est pour ça qu’elle est là ; elle veut voir une sage-femme parce qu’elle pense qu’ensemble elles seront du bon côté.

Contre champ sur la sage-femme
Je comprends vos attentes et serai toujours disponible pour vous accompagner. Mais, selon les critères de la HAS je dois vous ré-orienter vers votre gynécologue. C’est avec ce spécialiste que vous déciderez des modalités de votre suivi.

Gros plan sur le visage de la femme enceinte. Large sourire.
J’en ai déjà parlé avec lui. Il comprend très bien mes attentes et est d’accord pour que vous me suiviez. Il m’a donné un courrier pour vous.

Scène 2 Même cabinet
Plan serré – bande son musicale : La jeune mère berce son nouveau-né. Elle parle, sourit largement, parle encore et encore et éclate de rire.


Ce n’est pas une fiction. J’ai suivi la grossesse de cette femme en partenariat avec son gynécologue et son médecin traitant et notre trio d’équilibristes l’a aidée à vivre une maternité sereine. Elle a pu se recentrer sur l’attente de son enfant, sur son corps porteur de vie, sur la promesse d’un avenir, sur tout ce dont la maladie l’avait privée pendant plusieurs années.
Notre partenariat lui a été précieux.

C’est à cette organisation des soins que je crois, celle où le « patient » réfléchit au parcours qui lui convient le mieux avec des soignants fédérés autour de lui et attentif à ses besoins.
Mais pour réfléchir, il faut être in-for-mé !

Dans le cadre du suivi de grossesse ou du suivi gynécologique, la France n’a longtemps connu qu’un seul dogme : c’est du ressort du gynécologue.
Pourtant 
trois professions peuvent assurer ces suivis, avec des compétences différentes et des niveaux d’intervention qui le sont aussi. J’ai nommé – par ordre alphabétique – gynécologue, médecin généraliste, sage-femme.
A chaque femme de choisir vers qui elle souhaite se tourner.
A nous professionnels de savoir collaborer.

Ce partenariat confiant et respectueux entre tous les praticiens apparaît parfois comme une utopie. Alors quand plusieurs d’entre eux mettent leur énergie au service du choix éclairé, j’applaudis de toutes mes mains et me dis que l’utopie est à notre portée.

 

BANDE ANNONCE

Sur une idée originale de Docteur Gécé, brillamment illustrée par Gelule, avec le soutien actif de Farfadoc, j’ai le grand plaisir de vous présenter cette affiche téléchargeable en haute définition.

 

 

affiche-gc3a9lule-entier1
 

Y a plus qu’à ! Imprimez là ! Diffusez là !

Et courrez lire les billets de Docteur GécéFarfadoc et Gelule !

 

NB : si vous voulez un A3 avec votre imprimante A4, Docteur Gécé a pensé à tout et vous propose de la tirer en deux parties : haut  bas

 

 

 

 

 

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