Indiana Michel

Publié par 10lunes le 5 avril 2015 dans Médias

 

indiana

Une femme, un homme. Autour d’eux six (six !) personnes. Toutes portent un masque et un calot ; trois sont gantées. La lumière blanche du scialytique éclaire les cuisses fléchies de la femme.

– C’est parti ! On pousse ! Poussez !  Soufflez !
Une femme vêtue de vert intervient puis se recule. Un homme vêtu de bleu interpelle son voisin :
– Mr Cymes ? Docteur ?
Il s’approche et pratique quelques gestes, maladroitement (sur le côté, un genou au sol, on aperçoit la femme en  vert. Ses mains accompagnent discrètement celles du médecin)
– Madame, tendez les mains vers nous !

Elle accueille son enfant.
Car c’est à une naissance que nous venons d’assister.

 

Donner la vie mêle reportage à la maternité Jeanne de Flandre et rappels historiques sur l’évolution de l’obstétrique.
Jacques Gélis et Marie France Morel sont des historiens de la naissance incontournables. En deux heures d’émission, le balayage est forcément rapide mais intéressant ; parfois aussi anecdotique et surprenant (ah le test de Hogben !!).

Mais les images tournées à la maternité nécessitent un zeste de décryptage…

La naissance de Lison inaugure le documentaire. Malgré la nombreuse assemblée, elle semble se dérouler sans problème, comme – évidemment !- la grande majorité des naissances. Mais l’extrait ne concerne que les dernières secondes.

Un peu plus loin, le reportage permet de retrouver les parents de Lison à leur arrivée à la maternité. La péridurale est posée, le son du monitoring envahit la pièce.

En voix off, Michel Cymes commente, usant des tics dramatisant habituellement chers aux chaînes privées (thème déjà évoqué sur le blog, en particulier ici).
– Dans la salle de naissance, la tension monte soudain d’un cran. Malgré les sourires, le risque d’une césarienne en urgence est bien là.
Omar, le sage-femme (qualifié d’atypique parce que c’est un homme…) fait quelques vérifications. Finalement tout va bien, le PH fœtal est bon.

La voix off poursuit
– Depuis leur poste de contrôle, les sages-femmes ne vont pas quitter des yeux le rythme cardiaque de l’enfant (la caméra zoome sur le tracé mais pas de chance, c’est celui des contractions).

Plus tard, la voix off reprend
– Malgré les efforts d’Hélène, Lison semble coincée. Pour le père, impuissant, les minutes sont interminables. Omar ne le montre pas mais il est inquiet. Il demande à écouter le cœur de Lison. Le rythme cardiaque est irrégulier. Il faut accélérer la naissance.

– Le médecin tire de toutes ses forces, une fois, deux fois, dix fois ! Mais rien n’y fait. La ventouse change de main. Par crainte des séquelles que peut laisser une épisiotomie, l’équipe l’a retardée le plus possible mais elle n’a plus le choix, il faut couper le périnée pour agrandir le passage.

Lison finira par naître, moins facilement que ne le laissaient penser les premières images. Le ballet sage-femme, obstétricien, médecin journaliste nous apparaît sous un tout autre éclairage.
Le premier rôle n’est d’ailleurs tenu ni par l’enfant, ni par ses parents. Quelqu’un de l’équipe s’enthousiasme :
Regardez qui sort votre bébé !

Une autre femme accouche de jumeaux par césarienne.

Puis c’est Mariana que nous retrouvons en salle de naissance. Elle aussi a recours à la péridurale
La voix off reprend du service
– Mariana a beau pousser de toutes ses forces, son bébé ne descend pas.  Les paroles apaisantes de la sage-femme cachent une crainte grandissante pour la santé du bébé. Alors, d’un seul signe de tête à sa collègue, elle déclenche la procédure.

– Son rythme cardiaque indique qu’il est en souffrance. La tête du bébé n’est pas assez sortie pour y poser une ventouse, il faut utiliser les forceps. Le gynécologue est arrivé. Il faut aller vite mais sans montrer à Mariana que la situation est critique.

– Le mécanisme semble barbare mais c’est la dernière chance avant une césarienne en urgence. La tête affleure mais le bébé ne sort toujours pas. Il faut faire une épisiotomie, inciser l’entrée du vagin pour élargir le passage en évitant les déchirures.

Il ne nous aura donc pas été offert de voir une naissance physiologique. Une césarienne et deux accouchements que l’on peut qualifier de difficiles !
Deux femmes allongées et immobiles, deux péridurales, deux extractions instrumentales, deux épisiotomies !
Ou comment transmettre à de futurs parents en quête d’information une vision plus que stressante et hypermédicalisée de la mise au monde.

Et si cela ne suffisait pas, il y a la voix off. Elle n’est évidemment pas continue, l’émission alterne son direct et commentaires.
Mais si je n’ai transcrit ici que ces derniers, c’est par souci de démontrer comment ils viennent dramatiser la réalité.
Heureusement, la médecine et le bon docteur Michel sont là pour nous sauver…

Et comme disait récemment un futur père commentant une émission du même acabit :
– Non mais si tu cherches bien, de temps en temps, y’en a qui se passent bien.

 

 

Crédit photo :Tim Norris 

 

 

 

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Quand on veut noyer son chien

Publié par 10lunes le 31 janvier 2015 dans Médias, Militer, Pffffff

 

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La Cour des comptes publie un nouveau rapport sur les maternités… compilation de vrais constats, données diverses, statistiques lissées et de quelques approximations.

Mais surtout, et c’est ce qui a été retenu par les médias, le rapport distille doucement que les petites maternités sont dangereuses

Parce qu’envisager la fermeture d’une maternité pour des raisons économiques, ça passe mal.
Mais la fermer en invoquant son insécurité, ça passe mieux !

Le rapport s’applique à rappeler que la France est mal classée pour son taux de mortalité néonatale  en soulignant que d’autres pays d’Europe ayant de meilleurs résultats ont regroupé les naissances dans de grands centres… et hop, on passe de la simple constatation à la corrélation. Ni vu ni connu… ou presque.

Pourtant,  le nombre de maternité a été réduit de 70% en quarante ans (1747 en 1972 /544 en 2012). Parallèlement, nos résultats se dégradaient.
Concentrer les naissances sur de grands centres ne semble donc pas la bonne réponse. En tout cas pas sur le mode français : plus de naissances, moins de sages-femmes. Le « une femme /une sage-femme » que nous scandions en 2011 reste une utopie. Nos décideurs veulent croire qu’il suffit de rationaliser nos usines pour fabriquer de beaux produits, pardon, nouveau-nés.

Et d’ailleurs, qui pourrait imaginer que les statistiques de 13 maternités réalisant toutes ensemble moins de 3900 naissances impactent réellement les résultats d’un pays voyant naître plus de 800 000 enfants chaque année ?

Mais saluons l’efficacité de la stratégie mise en oeuvre.

Recette de fermeture sans trop de vagues :
– placer 13 maternités sur la sellette

– distiller régulièrement l’idée qu’elles sont menacées
– déplorer la difficulté de recrutement des médecins qui hésitent logiquement à tout quitter pour rejoindre un établissement dont la rumeur dit qu’il fermera dans les années à venir.
– crier à l’insécurité, ou mieux, laisser les médias faire le travail.

L’article ne s’interroge pas sur la possibilité d’un transfert avant l’accouchement, transfert que l’on peut imaginer inenvisageable du fait de la rapidité des événements. Est-il préférable pour un grand prématuré de naître dans l’ambulance ou dans cette maternité ? En entretenant le flou, on laisse penser que c’est l’établissement qui est dangereux et pas les circonstances de la naissance…

– attendre que les femmes se détournent, préférant la grande maternité, plus éloignée, plus impersonnelle mais sé-cu-ri-tai-re et assurée de ne pas disparaître dans quelques mois.
– dénoncer la gabegie consistant à maintenir un établissement ouvert pour un si faible nombre de naissances. Les maternités visées tenteront évidemment d’allumer des contre-feux.

Le directeur s’emploie à déminer le terrain : « pas de craintes à avoir, pente ascendante, nouveaux locaux ». Il est urgent de rassurer pour ne pas risquer de voir la pente s’infléchir ou s’inverser.


Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…

 

 

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Marketing

Publié par 10lunes le 11 mars 2014 dans Médias, Naissance, Pffffff, Profession sage-femme

 

couilles en or

Tissées main au son de chants mayas ? Teintées au pourpre élevé biologiquement ? Fibres siliconées high-tech antimicrobiennes ?
Pardon, je réfléchissais à voix haute au meilleur argumentaire de vente…

Ce billet doit beaucoup à une sage-femme sociologue, ethnologue, une sage-femme dont la longueur des études universitaires est inversement vertigineuse à la mienne et qui m’honore pourtant de son amitié. Récemment, elle m’a offert la primeur d’un de ses articles (lien à venir dès que son travail sera publié) analysant les aspects sociologiques des « espaces physiologiques » au sein des maternités.
Entre autres réflexions parfaitement passionnantes, elle aborde un angle que je n’avais jusque-là jamais envisagé : l’aspect économique.

Ou plus prosaïquement : l’accouchement naturel est à la mode, y a du fric à se faire coco !

Hasard de la vie, je tombe le lendemain de cette lecture sur cet article. Il y aurait beaucoup à en dire ; se féliciter de la volonté d’offrir au sein de l’hôpital une alternative à l’accouchement hypertechnicisé et de l’ouverture du plateau technique aux sages-femmes libérales. Déplorer les allusions anxiogènes répétées à la sécurité garantie ou ce commentaire « comme un accouchement à domicile mais avec une équipe expérimentée » qui en dit long sur les failles séparant la vision de ces deux exercices !!!
En point d’orgue, cet aveu sur la nécessité de se former à l’accouchement physiologique, d’apprendre la mécanique obstétricale, de s’interroger sur les postures, qui résume à lui seul toute les errances d’une profession en quête d’identité …

Mais comme dit plus haut, je me suis arrêtée sur un seul paragraphe : le coût des équipements soit 80 000 € pour aménager un lieu … naturel !
Nous avons donc affaire à une onéreuse baignoire dont la seule spécificité semble être l’existence d’une porte. 36000€, ça fait cher la porte. J’ai toujours travaillé avec des baignoires « normales » et n’ai jamais vu une femme incapable d’en enjamber le tablier. On ne peut même pas évoquer la possibilité d’une « évacuation en urgence » pour justifier ce tarif prohibitif. Ouvrir la porte d’une baignoire pleine… je vous laisse imaginer la pataugeoire !

A côté de la baignoire, il y a le lit. Dans un accouchement na-tu-rel ma cocotte, tu prends les positions que tu veux mais sur le lit prévu à cet effet… (mobilité d’accord mais encadrée) 40000 € quand même ! Ce type de matériel se révèle intéressant dans une salle classique ; par sa modularité, il permet une plus grande variété de postures aux femmes immobilisées par le triptyque péridurale/perfusion/monitoring.
Mais dans une salle physiologique, à quoi bon ces jambières du plus bel orange ? Un matelas, quelques coussins, un ballon, une corde de tissus pour se suspendre et s’étirer … C’est la femme qui doit choisir, non le mobilier qui doit induire !

Mais je me suis vraiment étranglée sur « la simple écharpe de traction » à 5600 €. Qui peut m’expliquer ce tarif prohibitif alors qu’un banal drap ferait l’affaire ?

Et au final, cette addition : 80000 € ! 
Ou comment nous laisser penser que le confort des femmes se joue dans un aménagement onéreux plutôt qu’un accompagnement respectueux.

Voilà donc 80000 € donnés en pâture à tous les détracteurs de ce type d’accouchement. Une somme apparaissant de plus dépensée pour le plaisir de quelques doux allumés rêveurs. C’est en filigrane ce que nous dit le reportage puisque la seule naissance dans cette salle remonte à dix jours et que les deux femmes enceintes interrogées précisent qu’elles ne la choisiront pas.

80 000 euros qui viendront surtout enrichir quelques commerciaux visionnaires. Dans tout nouveau concept, y a du fric à prendre. Il suffit de créer le marché.

Je vous quitte, m’en vais de ce pas me recycler dans le lucratif commerce des écharpes de traction.

 

 

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Passe-passe

Publié par 10lunes le 27 février 2014 dans Médias, Naissance, Non catégorisé, Pffffff

 

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Hier, le thème du dossier des Maternelles était « Accoucher sans péridurale ».

Plateau, quelques échanges tranquilles. Je lève un sourcil lorsqu’une des futures mères affirme Quand on est sous péridurale, on brise le lien établi depuis neuf mois entre une mère et son bébé.

J’espère qu’elle n’aura pas besoin d’une analgésie, bien cher payée si elle se vit comme une rupture du lien mère-enfant. D’autant qu’une femme dépassée par la douleur ne saurait être présente à son bébé.
Je ne vire pas de bord en faisant l’apologie de la péri mais je milite pour que les femmes aient le choix, pas pour qu’elles se sentent contraintes, encore moins coupables !

Mais ma ralerie va trouver un bien meilleur carburant quelques minutes plus tard.
Comme pour chaque émission, le thème est illustré par un reportage. On nous le présente ainsi : Comment se passe un accouchement sans péridurale. Nous avons suivi Sandra qui accouche pour la troisième fois sans péridurale.

On assiste au premier examen. Mathilde, la sage-femme, annonce Le col est postérieur, court, dilatable à 5 cm.
Plan de coupe, Mathilde explique qu’on va se donner un peu de temps… Mais une voix off précise Pour accélérer le travail, la sage-femme injecte de l’ocytocine à Sandra, une hormone qui agit sur les contractions de l’utérus.
On retrouve Sandra, toujours allongée, branchée à sa perfusion et au monitoring ; conditions optimales comme chacun sait pour bien tolérer les contractions, de plus renforcées par des hormones de synthèse.

Nouvel examen une heure plus tard. Sandra tente de se rassurer… là c’est bon, je suis à 8 cm ? Non on est à 5 /6 concède la sage-femme, en annonçant, grimace à l’appui, que l’étape suivante serait de rompre la poche des eaux.
Plan de coupe, Mathilde explique Y a un avant et un après la rupture de la poche des eaux. C’est quelque chose qui dans la plupart des cas augmente très fortement la douleur mais qui accélère le travail.

Retour en salle de naissance, Mathilde rompt la poche des eaux.
Plan de coupe, Mathilde : Comme prévu, les contractions se sont très très fortement amplifiées. Et là effectivement, elle avait très très mal.
La voix off précise En effet, les douleurs sont tellement intenses que Sandra rappelle la sage-femme.

La naissance aura lieu peu après.
Plan de coupe. Mathilde se réjouit : Quand des mamans accouchent sans péridurale, y a toujours un peu un moment de panique vers la fin, c’est très difficile de les accompagner. Là je sentais qu’il n’y avait aucune panique. Honnêtement chapeau ! Ça a été très beau très rapide, et franchement une gestion parfaite.

Pourtant les images diffusées ne suggèrent pas une femme heureuse et triomphante pour être allée au bout de son projet, mais une mère dépassée par sa douleur et sa solitude, peinant à réaliser l’arrivée de son enfant.

Ce n’est qu’un bref reportage, ce ne sont que quelques extraits. Rien ne prouve que l’interprétation que j’en fais est conforme à la réalité.
Mais…
Accoucher sans péridurale devrait d’abord se conjuguer avec le respect des processus physiologiques, sans interventions intempestives. Rien ne nous est dit pour justifier la perfusion ou la rupture des membranes. Peut-être étaient-elles nécessaires, mais l’absence d’explications laisse penser au spectateur que ces gestes sont indispensables pour tout accouchement.

Et puis surtout, accoucher sans péridurale ne peut pas, ne doit pas, se résumer à se passer d’analgésie.
Les femmes faisant ce choix souhaitent vivre leur accouchement en toute liberté, en laissant leur corps agir et les guider.
Elles acceptent en retour la puissance des sensations et émotions qui les envahissent mais à une incontournable condition : se sentir accompagnées et soutenues.

Tout sauf ce que ce reportage nous a montré.

 

 

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Je ne tendrai pas l’autre joue

Publié par 10lunes le 25 janvier 2014 dans Médias, Profession sage-femme

 

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Les sages-femmes sont mobilisées depuis trois mois. Les débats au sein même de la profession sont vifs. Si tous souhaitent une meilleure connaissance et reconnaissance de nos compétences, les moyens pour y parvenir divisent.

Le recours possible à une sage-femme est méconnu. Nous avons toutes entendu ce genre de questions lors d’appels pour une prise de rendez-vous « Si vous suivez ma grossesse, faudra que je vois le médecin pour les prises de sang ? Si je viens vous voir en consultation, est ce que je serai remboursée ? Vous pouvez poser mon stérilet, mais qui va me le prescrire ? Je dois demander une ordonnance à mon gynéco pour venir chez vous? …

Certaines sages-femmes aimeraient que la sage-femme soit la porte d’entrée unique du parcours de soin génésique. D’autres, dont je suis, demandent simplement que nous soyons clairement identifiées comme l’une des portes d’entrée.
Il ne s’agit pas d’étendre nos compétences – nous les avons, de nous en donner le droit – nous l’avons. Il s’agit « juste » d’informer les femmes de la possibilité de consulter sage-femme, médecin généraliste ou gynécologue.

Je suis de ceux qui pensent que les professionnels de santé, tous métiers confondus, peuvent travailler ensemble, dans la complémentarité, la synergie, le respect mutuel et une vision commune du soin. Dans mon quotidien, ça marche – presque toujours – comme ça.
Et je veux croire que, pour le plus grand bien des soignés, soignants, pouvoirs publics, institutions partagent ce point de vue.

Et puis certaines nouvelles viennent sacrément entamer ce que d’aucuns qualifient d’optimisme béat.

La notice d’information* de l’ANSM sur la contraception eostroprogestative annoncée ici en fait partie.
En première page, tout va bien, nous ne sommes pas oubliées : Ces médicaments sont prescrits par un médecin ou une sage-femme.

Mais ça se gâte tout de suite après ; morceaux choisis :
– L’apparition ou l’aggravation de maux de tête doit impérativement être signalée à votre médecin prescripteur.
– Tout effet indésirable apparaissant après la prise de pilule doit être signalé et discuté avec votre médecin.
– Dans ces cas, appelez ou consultez immédiatement votre médecin traitant, le médecin prescripteur ou le pharmacien. Si ce n’est pas possible, appelez le SAMU-Centre 15 ou présentez-vous au service des urgences d’un hôpital ou d’une clinique.
– Si vous identifiez l’une des pathologies ou facteurs de risque décrits dans cette fiche, chez vous ou chez un membre de votre famille, signalez-le immédiatement à votre médecin traitant et/ou à votre gynécologue ou à votre pharmacien.
– Si une nouvelle maladie est survenue chez vous ou chez quelqu’un de votre famille depuis la prescription initiale, vous êtes invitée à le signaler à votre médecin traitant et/ou à votre gynécologue sans tarder car des précautions d’emploi ou des contre-indications peuvent alors exister.

Vous le voyez le blème ?
La formulation de l’ANSM laisse pense que tout incident, toute suspicion de pathologie, toute contre-indication ne méritent pas d’être signalés à la sage-femme prescriptrice.

Eux médecins garants de la santé des femmes, moi gentille sage-femme distributrice de pilule bonbons colorés.

Trois mois de grève, deux manifestations, de multiples réunions et groupes de travail (qui se divisent en sous-groupe puis en sous sous-groupe histoire de bien nous user)
J’ai beau faire partie de la frange modérée, vous la voyez ma colère là ?

 

 

Complément d’info 
On me dit dans l’oreillette que les réponses aux questions ne sont pas forcément connues de tous…
Si vous suivez ma grossesse, faudra que je vois le médecin pour les prises de sang ? Non , la sage-femme les prescrira elle même
Si je viens vous voir en consultation, est ce que je serai remboursée ? Oui, à 70 % ou 100 % pour la plupart des actes concernant la maternité
Vous pouvez poser mon stérilet, mais qui va me le prescrire ? La sage-femme peut le faire
Je dois demander une ordonnance à mon gynéco pour venir chez vous ? Non, sauf quand c’est un médecin (gynéco ou généraliste) qui vous adresse à la sage-femme pour un suivi de grossesse pathologique ou pour une rééducation périnéale ( la sage-femme peut aussi la prescrire elle même en consultation postnatale)

 

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Lettre ouverte aux utérus !

Publié par 10lunes le 23 janvier 2014 dans Médias, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

uterus

Hier, en attendant la première consultation de l’après midi, je sirotais tranquillement mon café devant les titres du Magazine de la santé. Amer le café…

C’est un coup dur pour les sages-femmes. Alors qu’elles ont entamé leur troisième mois de grève pour réclamer une revalorisation de leur statut, des médecins hospitaliers s’opposent à leur demande d’autonomie. Cette mise en garde a été formulée par cinq intersyndicales de praticiens hospitaliers et le syndicat national des gynécologues obstétriciens de France, le SYNGOF. On va en parler tout de suite avec une de leur représentante, Pascale Le Pors-Lemoine, gynécologue-obstétricien à l’hôpital de Saint-Malo et vice-présidente de ce SYNGOF.

C’est donc le SYNGOF, auteur d’attaques récurrentes envers les sages-femmes, qui va s’exprimer. Je crains le pire (cf leur dernier communiqué de presse ) et ne suis pas déçue. Les mots de respect et de collaboration sont repris, mais c’est pour mieux distiller le poison du doute : mise en danger de la santé des femmes et incompétence supposée des sages-femmes…

Le Dr Le Pors Lemoine commence par nous reprocher des propos extrêmes. Lesquels ? Nous n’en saurons rien. Du coup, impossible de démentir l’accusation...

Elle affirme ensuite qu’il faut remettre la femme au centre, et dénoncer des dérives pour la santé des femmes. Que je sache, ce sont les sages-femmes qui défilaient en 2011 pour défendre la santé des femmes et revendiquer « Une femme, une sage-femme » afin d’être en mesure d’assumer correctement leur fonction. A l’époque déjà, le SYNGOF avait brillamment réagi.

Elle embraye sur nos compétences médicalement définies et se reprend, médicalement limitées. La reformulation n’a rien d’innocent. Comme il n’est pas innocent d’évoquer notre rôle fonctionnel paramédical, faire des prises de sang, poser des perfusions. Soudain, je m’interroge… Quand un anesthésiste pose une perfusion au bloc opératoire, le SYNGOF pense t-il aussi qu’il assure un « rôle fonctionnel paramédical » ?

Elle glisse ensuite que pour travailler par exemple dans l’urgence il faut une hiérarchie fonctionnelle – comprendre des sages-femmes aux ordres ! Pourtant, en obstétrique, les situations d’urgence nécessitent souvent le recours à plusieurs spécialistes médicaux (anesthésistes, obstétriciens, pédiatres) qui articulent leurs interventions sans « hiérarchie fonctionnelle ». Articulation qu’elle évoque d’ailleurs avec un « bien sûr » qui tient du rattrapage : les obstétriciens sont appelés et bien sûr pédiatres, anesthésistes ont un rôle extrêmement important.

S’ensuit l’habituel couplet sur « on ne peut pas prévoir ». J’imagine que l’étude citée est celle que j’avais déjà évoquée ; étude qui considère qu’un accouchement sous péridurale et perfusion d’ocytocine fait partie du « bas risque ». Bas risque, peut-être, physiologie pas du tout. Les sages-femmes le savent bien, elles qui souhaitent des filières autonomes au sein de l’hôpital, mais en excluent évidemment les accouchements nécessitant ces interventions.

L’attaque est ensuite frontale : Faire comme si effectivement la sage-femme assurait en permanence seule les naissances, euh, ça va trop loin et on est bien d’accord c’est là où on en vient à la sécurité de la femme.
Il faudra le signaler à notre ministre de la Santé qui vient de répondre à une question écrite posée en mars dernier (!) L’Enquête nationale périnatale de 2010 montre la place croissante des sages-femmes dans la surveillance prénatale et dans la pratique des accouchements. Elles réalisent en effet près de 80 % des accouchements par voie basse non opératoire (92 % dans le secteur public), contre 69 % en 2003. De fait, les sages-femmes sont les spécialistes de la grossesse et de l’accouchement physiologiques.
Il faudra aussi le signaler au SYNGOF qui s’était fendu d’un communiqué positif sur ce thème (pas de fausse joie, c’était pour mieux dénoncer le rôle des sages-femmes dans le suivi gynécologue de prévention).

Je l’ai dit et répété sur ce blog, les sages-femmes savent leur complémentarité avec les autres spécialistes de l’obstétrique (d’autres le savent… moins !). Mais, en salle de naissance, ce sont toujours les sages-femmes qui sont en première ligne et font appel aux spécialistes quand cela est nécessaire.

Je vous ai gardé le meilleur pour la fin : Les femmes ne sont pas que surveillance d’utérus, seins et ovaires. La femme a aussi un cerveau un cœur, il y a donc une prise en charge globale pour la santé des femmes.
Comment devons nous entendre cette phrase ?
Sur un plan médical ? Le cerveau et le cœur ne sont évidemment pas de notre compétence, mais pas vraiment non plus de celle du gynécologue. J’en appellerais plutôt au généraliste puis au neurologue ou au cardiologue.
Sur un plan symbolique ? Comme je l’espère tout soignant, les sages-femmes s’adressent aussi au cœur et au cerveau des femmes. Peut-être plus facilement encore parce que leur formation ne les construit pas dans une vision hiérarchisée du soin…

L’interview se termine sur la défense d’une articulation fonctionnelle respectueuse.
Enfin un point d’accord.
A la condition que cette nécessité soit reconnue comme réciproque !

 

@Lenatrad (sur Twitter) a eu la très grande gentillesse de se porter volontaire pour la transcription de l’interview. Vous avez ainsi la possibilité de lire l’intégralité des propos tenus. Un immense merci à elle !

Alors vous sortez d’une réunion de concertation avec les sages-femmes au ministère de la Santé qu’est-ce qui s’y est dit ?
Ce sont des réunions nécessaires pour remettre les choses à plat et pour recentrer le débat sur la femme. Longtemps les autres professionnels au service de la femme pour sa santé, que ce soit les généralistes, les gynécologues médicaux, obstétriciens ne se sont pas exprimés dans le but de ne pas être du tout bloc contre bloc alors qu’on est des professions qui travaillent bien ensemble, respectueusement ensemble, mais il nous semble que certains propos sont extrêmes et qu’il faut remettre la femme au centre et dénoncer ce qui pourrait être sinon des dérives, à la fois pour l’organisation au sein de l’hôpital et pour la santé des femmes.

Quels propos extrêmes ?
Euh, alors les principes de compétences médicales des sages-femmes sont clairement reconnus. Ils sont clairement reconnus dans le cadre de la loi, c’est-à-dire de compétences médicalement définies, médicalement limitées, pas au-delà. Euh, et donc il nous semble que le danger aussi qu’il y a c’est que des professions qui travaillaient jusque-là ensemble sentent une infusion d’une mésentente qui pointe, de difficultés, alors que bien évidemment pour travailler par exemple dans l’urgence il faut une hiérarchie fonctionnelle, il faut que chaque métier ait ses compétences propres, bien articulées et pas que ça parte dans tous les sens. Donc l’autonomie professionnellement reconnue médicale oui, mais dans une organisation où bien évidemment que le médecin lui-même et dans une organisation, pas dans une organisation pleinement autonome, totalement autonome.

Vous avez conscience que ça va paraître très corporatiste ?
J’espère que vous avez conscience que les médias ont beaucoup, beaucoup, beaucoup, développé l’avis du collectif de sages-femmes et que les médecins ne sont pas intervenus.

On avait le sentiment jusqu’à présent que les médecins soutenaient plutôt le combat des sages-femmes. C’est pour ça que ce qui paraît comme un revirement.
Clairement, la reconnaissance médicale et normale. La revalorisation de ce métier à l’hôpital est effectivement soutenue. Euh, par contre, aller beaucoup au-delà dans le premier recours il y a beaucoup de choses. C’est-à-dire que les femmes ne sont pas que surveillance d’utérus, seins et ovaires. La femme a aussi un cerveau un cœur, il y a donc une prise en charge globale pour la santé des femmes. Et donc il ne faut pas arriver à une confusion entre le dépistage, le rôle de la sage-femme dans un contexte organisé et la prise en charge globale des femmes qui est une prise en charge de médecine générale, de compétence médicale.

Ce que mettent en avant les sages-femmes c’est que, dans la plupart des cas, et fort heureusement, les accouchements se passent bien et se passent qu’avec la présence de sages-femmes, il n’y a pas besoin du médecin qui est là, l’obstétricien n’est pas forcément en salle d’accouchement. Et donc elles disent et bien voilà, on fait ce métier-là souvent seules, est-ce qu’on peut nous reconnaître un peu plus notre métier. C’est un peu ça le message.
Alors je n’avais pas l’impression jusque-là que les sages-femmes avaient un sentiment de solitude, mais plutôt le sentiment d’être à disposition des sages-femmes pour justement, qu’elles ne soient pas seules dans la difficulté. Donc les médecins ont compétence aussi sur le physiologique, et il est vraiment temps de dire que les médecins aussi souhaitent le plus physiologique, les naissances les plus heureuses, les plus simples possibles. Ça fait beaucoup d’années maintenant que l’on entend beaucoup d’histoires de surmédicalisation, mais qu’est-ce que ça veut dire ? On cherche tous ça. Donc reconnaître effectivement l’important métier des sages-femmes, la difficulté de ce métier dans le cadre de la naissance oui, mais aller au-delà et faire comme si effectivement la sage-femme assurait en permanence seule les naissances, euh, ça va trop loin et on est bien d’accord c’est là où on en vient à la sécurité de la femme, il faut vraiment des équipes organisées, fonctionnellement organisées pour que la femme accouche le mieux possible, mais s’il y a le moindre problème et on sait qu’en obstétrique ça ne pardonne pas et ça va très vite et on ne peut pas prévoir, même dans les dans les populations a priori à bas risque il y a beaucoup d’appels et une étude récente montre que tout de même, dans plus du tiers des cas dans une grossesse à bas risque et dans un accouchement à bas risque les obstétriciens sont appelés et bien sûr pédiatres, anesthésistes ont un rôle extrêmement important.

Vous ne craignez pas que à partir de maintenant justement, dans les salles d’accouchement, il y ait un climat un peu délétère qui est lié justement à ce qui est quand même en train de naître, qui est un conflit.
Sur le fond, on entend vos arguments, mais sur la forme est-ce qu’il ne va pas y avoir des difficultés ?
Ce que l’on veut porter, c’est qu’il y a un hiatus entre ce qui est porté par le collectif et des propos extrêmes et ce que nous continuons de vivre, j’étais de garde dimanche, au quotidien avec vraiment une bonne entente avec les sages-femmes jusqu’alors, et avec une certaine infusion, en particulier pour les nouveaux sortis des écoles, d’une différence, de quelque chose qui fait que il finit par y avoir une confusion des métiers et que la sage-femme qui a un rôle médical reconnu associé à un rôle fonctionnel paramédical, faire des prises de sang, poser des perfusions, en allant plus sur un terrain médical et en rejetant quelque part le rôle paramédical, on arrive à une confusion de métiers. Donc s’il s’agit de réinventer une spécialité qui existe la gynécologie-obstétrique et par ailleurs de manquer dans d’autres compétences, il y a un problème ou il faut avertir les femmes, ce n’est pas superposable. C’est complémentaire avec une articulation fonctionnelle respectueuse que nous défendons.

 

 

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Au sein d’une île

Publié par 10lunes le 3 décembre 2013 dans Médias

 

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Depuis dimanche, un accouchement à domicile fait la joie des médias. Sa particularité, avoir eu lieu sur une île qui n’avait pas vu naître d’enfant depuis 35 ans.
Bienvenue à Emilie !

Mais je m’étonne qu’aucune voix dissonante ne vienne ternir la fête avec l’habituelle ritournelle : dangers de l’accouchement à domicile, incompétence des professionnels, difficultés de transfert, coût pour la société et autre attaque récurrente…

Parce que si on lit bien :
– la mère était assistée par un médecin qui n’avait pas pratiqué d’accouchement depuis son internat en 1975 (mais ouf,  il était accompagné au téléphone par une sage-femme  !).

– un éventuel transfert en urgence aurait pris une petite heure (la mère parle de 20 minutes dans le reportage (à 15’50) mais l’hélicoptère doit partir de Quimper, soit 20 mn, prendre en charge la patiente, puis redécoller vers l’hôpital, soit 20 nouvelles minutes…)
Mon habituel mauvais esprit rappelle que Marisol Touraine évoquait la semaine dernière l’attenance à une maternité imposée aux maisons de naissance dans ces termes « Cette disposition est absolument indispensable dans le cas où surviendraient des complications ».

–  mère et enfant ont ensuite été transférés à la maternité sans que personne ne s’en émeuve, « juste comme ça » précise l’article, « par précaution » dit le reportage.

– enfin, l’hôpital semble avoir validé ce projet.

Ailleurs, nombre de femmes prévoyant d’accoucher à la maison, accompagnée par une sage-femme dont c’est le métier (et qui le pratique au quotidien), avec des possibilités de transfert bien plus aisées et rapides, se voient pourtant refuser une simple consultation d’anesthésie au motif de ne pas cautionner leur décision.

Rêvons ensemble que l’île bretonne ouvre une nouvelle ère, où tous trouveront normal et banal qu’un enfant naisse au sein de son foyer…

 

©Image : David Tourquetil

 

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Solitude

Publié par 10lunes le 3 octobre 2013 dans Médias

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Mardi soir, j’ai voulu jeter un œil sur Babyboom. Pas téméraire, j’allume la télé sans m’installer devant; juste un fond sonore accompagnant mes dernières occupations de la journée. Je vaque d’une pièce à l’autre, m’éloigne et perds le fil, me rapproche et entends une femme s’effondrer à l’annonce de la mort de son bébé – c’est bon pour l’audimat ça coco – puis les remarques à haute teneur philosophique -la vie, la mort, tout ça – d’un membre de l’équipe.

Besoin d’une pause. 

Un peu plus tard, je recroise mon écran. Une femme est seule dans une salle qui n’a de nature que le nom – qualificatif initié par la rédaction ? Elle gémit, pleure, se tord. Elle est seule, très seule.
Toute seule ? A un détail près, l’objectif de la caméra qui nous rend complices et voyeurs. Nous sommes des milliers à contempler son immense solitude.

Besoin d’une pause.

Je reviens ; son homme est avec elle, visiblement démuni devant sa détresse.

Besoin d’une pause.

C’est le moment du changement d’équipe. L’une des sages–femmes explique à la relève que cette femme est là depuis le matin (il est 20 heures) qu’elle espère une péridurale depuis trois heures mais que des urgences ont retenu l’anesthésiste. L’anesthésiste oui, mais d’autres semblaient disponibles ? C’est en tout cas ce que laissent penser les indiscrètes caméras. Pourtant, personne n’a été présent aux cotés de cette femme pour la soutenir, la rassurer, l’accompagner… (ou ces images n’ont pas été retenues au montage ? *)

Coup de sonnette ; une sage-femme prenant la garde va voir. Nous voilà à nouveau dans la salle « nature ». L’attitude de la mère fait clairement penser qu’elle est en fin de travail. La sage-femme l’examine, confirme l’imminence de la naissance.

Une femme sur le point de mettre son enfant au monde, une sage-femme. On espère un instant que la situation va s’adoucir, que la présence chaleureuse de l’une va apaiser l’autre, lui permettre de vivre une fin d’accouchement plus sereine, quelque chose de doux et d’humain qui viendrait compenser la solitude des heures précédentes.

Pas du tout.

Tout s’enchaîne ;  allongée,  jambes dans les étriers, poussée bloquée. Aucun mot de réconfort.  La compassion de la sage-femme se résume à cette annonce « Vous allez avoir très très très mal mais ce sera bientôt fini ».

En moins de vingt minutes, le bébé naît. Les cris qui ont accompagné sa naissance sont bien des cris de douleurs, ceux d’une femme enfermée dans sa solitude, entre une sage-femme induisant plus de souffrance encore par ses paroles négatives, une auxiliaire tentant quelques mots d’accompagnement et s’affairant à rabattre le drap pour préserver sa pudeur** et un homme perdu devant l’épreuve que traverse celle qu’il aime.

Des gestes, de la technique, du savoir faire… mais quel savoir être ?
Une naissance déshumanisée.

Pause définitive.

 

NB: après la naissance, le père essuie ses larmes et s’éloigne un peu, tournant dans la salle pour cacher son émotion. La caméra le suit pas à pas, sans plan de coupe. Les autres cadres sont fixes et l’on pourrait croire que les monteurs visionnent les images plus tard. La caméra suivant le père prouve que quelqu’un est bien là, partageant l’intimité de la naissance en direct, tout en se faisant totalement oublier du fait de son invisibilité.

*pour avoir décortiqué certaines mises en scène de la première saison… je reste prudente.

** pas de souci, la télé veille. Lorsque la jeune femme s’agite au point de dévoiler un coin de fesse, il est pudiquement flouté par la prod.

 

 

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Voix off, flou on

Publié par 10lunes le 12 octobre 2012 dans Médias

 

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Le magazine de la Santé (France 5) consacrait cette semaine sa série « In vivo » aux sages-femmes. L’ensemble des émissions est disponible sur le site et une rediffusion est programmée demain samedi à 13h25.

Le reportage montre des sages-femmes autonomes, présentes dans tous les secteurs de la maternité, praticiennes accomplies, chaleureuses, efficaces, compétentes.

Pourquoi alors ma diffuse insatisfaction ? 

L’émission est ainsi présentée :
La grossesse n’est pas une maladie. Forte de cette évidence souvent oubliée, la maternité de l’hopital Necker redonne toute leur place aux sages femmes. Elles sont désormais seules en scène pour assurer la prise en charge des femmes avant, pendant et après leur acccouchement, tant qu’aucun problème médical n’apparait bien sûr. Echographie, accouchement, allaitement, babyblues, leurs compétences sont aujourd’hui pleinement reconnues.

Voilà ce qui me chagrine ! La voix off trouble le message porté par les images. L’exercice autonome des sages-femmes est présenté comme une innovation de l’hopital Necker alors que c’est ainsi dans toutes les maternités de France ; l’accent est mis sur la nouveauté, laissant penser que ces compétences nous ont récemment été octroyées. Si cela est vrai pour le « suivi gynécologique de prévention » (simplement cité au dernier épisode), c’est faux pour toutes les autres activités évoquées. Même l’échographie est une compétence de longue date des sages-femmes.

Mais surtout, la petite phrase « tant qu’aucun problème médical n’apparait » ponctuée par un « bien sûr » fortement appuyé, vient contredire la présentation, comme une affirmation de notre totale dépendance aux médecins. Elle omet que le dépistage de ces « problèmes médicaux » est de notre ressort et que nous prenons en charge certaines  – évidemment pas toutes – de ces situations sans avoir à en référer aux médecins.

Je n’évoque ici que l’introduction, répétée à chaque épisode. Mais ce sentiment de décalage entre les images et les mots persiste au fil des commentaires.
D’autres praticiens, sages-femmes et médecins, m’ont confirmé que cette impression de flou était partagée.

Peut-être sommes nous des chipoteurs acharnés. A chacun d’en juger après avoir vu mais surtout écouté ce documentaire.

 

©Photo

 

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Mère Nature !

Publié par 10lunes le 21 mars 2012 dans Médias

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Nous connaissions l’accouchement physiologique, l’accouchement eutocique, l’accouchement normal, voilà que l’on découvre l’accouchement naturel. J’attends avec impatience l’accouchement certifié bio par Ecocert.

Ainsi l’accouchement naturel comporte trois  phases, dilatation, expulsion, délivrance…  Serais-je dans l’erreur en pensant que c’est le cas de tous les accouchements ?

Puis vient cet élogieux paragraphe / mères moins fatiguées /enfants moins angoissés / relations de meilleure qualité / sorties plus rapide / moins de complications… qui dessine en creux une terrible et abusive image de l’accouchement « médicalisé ».

La démonstration est un peu courte. Si la surmédicalisation a des effets iatrogènes, personne ne souhaite pour autant s’en remettre  aveuglément à dame nature. Un accouchement peut se compliquer et l’intervention du médical sera alors bienvenue.

Mais pour que tout le monde s’y retrouve – faut faire consensuel cocotte -les baffes sont équitablement distribuées, une  à droite, une à gauche. L’accouchement naturel ça se paye, on a mal et si y a des complications, y a pas de matériel ! Autant dire que ces pauvres femmes sont livrées à elles-mêmes… C’est ballot quand on sait que le  « matériel nécessaire » – mot générique pouvant recouvrir un large univers, du forceps au bloc opératoire en passant par la baguette magique – est dans la salle d’à coté.

Enfin, les sages-femmes penseraient la naissance dénaturée parce que médicalisée. Oui nous sommes nombreuses à déplorer la protocolisation qui s’impose à chaque femme et l’oblige à accoucher non comme elle le souhaite mais comme la médecine en décide. Oui l’hypermédicalisation nous éloigne de la réalité physiologique de la naissance. Mais qui oserait penser que la césarienne est un acte inutile, que toute péridurale est superflue ?

De la mesure ! Comme toujours, les extrèmes sont néfastes. Certes, les 99% de péri, les 40 % de césariennes revendiquées par certaines maternités effraient. Mais je serais tout aussi effrayée si l’on imposait que toute femme accouche « naturellement » dans son foyer.

La médecine actuelle nous permet de prévenir, de dépister… c’est ainsi que nous pouvons accompagner les femmes, en fonction de leur désirs et de leur réalité médicale.

Tout traitement univoque – qu’il soit naturel ou hypertechnicisé – serait, comme l’article cité, dénué de sens.

 

©Photo

 

 

 

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