Passe-passe

Publié par 10lunes le 27 février 2014 dans Médias, Naissance, Non catégorisé, Pffffff

 

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Hier, le thème du dossier des Maternelles était « Accoucher sans péridurale ».

Plateau, quelques échanges tranquilles. Je lève un sourcil lorsqu’une des futures mères affirme Quand on est sous péridurale, on brise le lien établi depuis neuf mois entre une mère et son bébé.

J’espère qu’elle n’aura pas besoin d’une analgésie, bien cher payée si elle se vit comme une rupture du lien mère-enfant. D’autant qu’une femme dépassée par la douleur ne saurait être présente à son bébé.
Je ne vire pas de bord en faisant l’apologie de la péri mais je milite pour que les femmes aient le choix, pas pour qu’elles se sentent contraintes, encore moins coupables !

Mais ma ralerie va trouver un bien meilleur carburant quelques minutes plus tard.
Comme pour chaque émission, le thème est illustré par un reportage. On nous le présente ainsi : Comment se passe un accouchement sans péridurale. Nous avons suivi Sandra qui accouche pour la troisième fois sans péridurale.

On assiste au premier examen. Mathilde, la sage-femme, annonce Le col est postérieur, court, dilatable à 5 cm.
Plan de coupe, Mathilde explique qu’on va se donner un peu de temps… Mais une voix off précise Pour accélérer le travail, la sage-femme injecte de l’ocytocine à Sandra, une hormone qui agit sur les contractions de l’utérus.
On retrouve Sandra, toujours allongée, branchée à sa perfusion et au monitoring ; conditions optimales comme chacun sait pour bien tolérer les contractions, de plus renforcées par des hormones de synthèse.

Nouvel examen une heure plus tard. Sandra tente de se rassurer… là c’est bon, je suis à 8 cm ? Non on est à 5 /6 concède la sage-femme, en annonçant, grimace à l’appui, que l’étape suivante serait de rompre la poche des eaux.
Plan de coupe, Mathilde explique Y a un avant et un après la rupture de la poche des eaux. C’est quelque chose qui dans la plupart des cas augmente très fortement la douleur mais qui accélère le travail.

Retour en salle de naissance, Mathilde rompt la poche des eaux.
Plan de coupe, Mathilde : Comme prévu, les contractions se sont très très fortement amplifiées. Et là effectivement, elle avait très très mal.
La voix off précise En effet, les douleurs sont tellement intenses que Sandra rappelle la sage-femme.

La naissance aura lieu peu après.
Plan de coupe. Mathilde se réjouit : Quand des mamans accouchent sans péridurale, y a toujours un peu un moment de panique vers la fin, c’est très difficile de les accompagner. Là je sentais qu’il n’y avait aucune panique. Honnêtement chapeau ! Ça a été très beau très rapide, et franchement une gestion parfaite.

Pourtant les images diffusées ne suggèrent pas une femme heureuse et triomphante pour être allée au bout de son projet, mais une mère dépassée par sa douleur et sa solitude, peinant à réaliser l’arrivée de son enfant.

Ce n’est qu’un bref reportage, ce ne sont que quelques extraits. Rien ne prouve que l’interprétation que j’en fais est conforme à la réalité.
Mais…
Accoucher sans péridurale devrait d’abord se conjuguer avec le respect des processus physiologiques, sans interventions intempestives. Rien ne nous est dit pour justifier la perfusion ou la rupture des membranes. Peut-être étaient-elles nécessaires, mais l’absence d’explications laisse penser au spectateur que ces gestes sont indispensables pour tout accouchement.

Et puis surtout, accoucher sans péridurale ne peut pas, ne doit pas, se résumer à se passer d’analgésie.
Les femmes faisant ce choix souhaitent vivre leur accouchement en toute liberté, en laissant leur corps agir et les guider.
Elles acceptent en retour la puissance des sensations et émotions qui les envahissent mais à une incontournable condition : se sentir accompagnées et soutenues.

Tout sauf ce que ce reportage nous a montré.

 

 

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Je ne tendrai pas l’autre joue

Publié par 10lunes le 25 janvier 2014 dans Médias, Profession sage-femme

 

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Les sages-femmes sont mobilisées depuis trois mois. Les débats au sein même de la profession sont vifs. Si tous souhaitent une meilleure connaissance et reconnaissance de nos compétences, les moyens pour y parvenir divisent.

Le recours possible à une sage-femme est méconnu. Nous avons toutes entendu ce genre de questions lors d’appels pour une prise de rendez-vous « Si vous suivez ma grossesse, faudra que je vois le médecin pour les prises de sang ? Si je viens vous voir en consultation, est ce que je serai remboursée ? Vous pouvez poser mon stérilet, mais qui va me le prescrire ? Je dois demander une ordonnance à mon gynéco pour venir chez vous? …

Certaines sages-femmes aimeraient que la sage-femme soit la porte d’entrée unique du parcours de soin génésique. D’autres, dont je suis, demandent simplement que nous soyons clairement identifiées comme l’une des portes d’entrée.
Il ne s’agit pas d’étendre nos compétences – nous les avons, de nous en donner le droit – nous l’avons. Il s’agit « juste » d’informer les femmes de la possibilité de consulter sage-femme, médecin généraliste ou gynécologue.

Je suis de ceux qui pensent que les professionnels de santé, tous métiers confondus, peuvent travailler ensemble, dans la complémentarité, la synergie, le respect mutuel et une vision commune du soin. Dans mon quotidien, ça marche – presque toujours – comme ça.
Et je veux croire que, pour le plus grand bien des soignés, soignants, pouvoirs publics, institutions partagent ce point de vue.

Et puis certaines nouvelles viennent sacrément entamer ce que d’aucuns qualifient d’optimisme béat.

La notice d’information* de l’ANSM sur la contraception eostroprogestative annoncée ici en fait partie.
En première page, tout va bien, nous ne sommes pas oubliées : Ces médicaments sont prescrits par un médecin ou une sage-femme.

Mais ça se gâte tout de suite après ; morceaux choisis :
– L’apparition ou l’aggravation de maux de tête doit impérativement être signalée à votre médecin prescripteur.
– Tout effet indésirable apparaissant après la prise de pilule doit être signalé et discuté avec votre médecin.
– Dans ces cas, appelez ou consultez immédiatement votre médecin traitant, le médecin prescripteur ou le pharmacien. Si ce n’est pas possible, appelez le SAMU-Centre 15 ou présentez-vous au service des urgences d’un hôpital ou d’une clinique.
– Si vous identifiez l’une des pathologies ou facteurs de risque décrits dans cette fiche, chez vous ou chez un membre de votre famille, signalez-le immédiatement à votre médecin traitant et/ou à votre gynécologue ou à votre pharmacien.
– Si une nouvelle maladie est survenue chez vous ou chez quelqu’un de votre famille depuis la prescription initiale, vous êtes invitée à le signaler à votre médecin traitant et/ou à votre gynécologue sans tarder car des précautions d’emploi ou des contre-indications peuvent alors exister.

Vous le voyez le blème ?
La formulation de l’ANSM laisse pense que tout incident, toute suspicion de pathologie, toute contre-indication ne méritent pas d’être signalés à la sage-femme prescriptrice.

Eux médecins garants de la santé des femmes, moi gentille sage-femme distributrice de pilule bonbons colorés.

Trois mois de grève, deux manifestations, de multiples réunions et groupes de travail (qui se divisent en sous-groupe puis en sous sous-groupe histoire de bien nous user)
J’ai beau faire partie de la frange modérée, vous la voyez ma colère là ?

 

 

Complément d’info 
On me dit dans l’oreillette que les réponses aux questions ne sont pas forcément connues de tous…
Si vous suivez ma grossesse, faudra que je vois le médecin pour les prises de sang ? Non , la sage-femme les prescrira elle même
Si je viens vous voir en consultation, est ce que je serai remboursée ? Oui, à 70 % ou 100 % pour la plupart des actes concernant la maternité
Vous pouvez poser mon stérilet, mais qui va me le prescrire ? La sage-femme peut le faire
Je dois demander une ordonnance à mon gynéco pour venir chez vous ? Non, sauf quand c’est un médecin (gynéco ou généraliste) qui vous adresse à la sage-femme pour un suivi de grossesse pathologique ou pour une rééducation périnéale ( la sage-femme peut aussi la prescrire elle même en consultation postnatale)

 

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Lettre ouverte aux utérus !

Publié par 10lunes le 23 janvier 2014 dans Médias, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Hier, en attendant la première consultation de l’après midi, je sirotais tranquillement mon café devant les titres du Magazine de la santé. Amer le café…

C’est un coup dur pour les sages-femmes. Alors qu’elles ont entamé leur troisième mois de grève pour réclamer une revalorisation de leur statut, des médecins hospitaliers s’opposent à leur demande d’autonomie. Cette mise en garde a été formulée par cinq intersyndicales de praticiens hospitaliers et le syndicat national des gynécologues obstétriciens de France, le SYNGOF. On va en parler tout de suite avec une de leur représentante, Pascale Le Pors-Lemoine, gynécologue-obstétricien à l’hôpital de Saint-Malo et vice-présidente de ce SYNGOF.

C’est donc le SYNGOF, auteur d’attaques récurrentes envers les sages-femmes, qui va s’exprimer. Je crains le pire (cf leur dernier communiqué de presse ) et ne suis pas déçue. Les mots de respect et de collaboration sont repris, mais c’est pour mieux distiller le poison du doute : mise en danger de la santé des femmes et incompétence supposée des sages-femmes…

Le Dr Le Pors Lemoine commence par nous reprocher des propos extrêmes. Lesquels ? Nous n’en saurons rien. Du coup, impossible de démentir l’accusation...

Elle affirme ensuite qu’il faut remettre la femme au centre, et dénoncer des dérives pour la santé des femmes. Que je sache, ce sont les sages-femmes qui défilaient en 2011 pour défendre la santé des femmes et revendiquer « Une femme, une sage-femme » afin d’être en mesure d’assumer correctement leur fonction. A l’époque déjà, le SYNGOF avait brillamment réagi.

Elle embraye sur nos compétences médicalement définies et se reprend, médicalement limitées. La reformulation n’a rien d’innocent. Comme il n’est pas innocent d’évoquer notre rôle fonctionnel paramédical, faire des prises de sang, poser des perfusions. Soudain, je m’interroge… Quand un anesthésiste pose une perfusion au bloc opératoire, le SYNGOF pense t-il aussi qu’il assure un « rôle fonctionnel paramédical » ?

Elle glisse ensuite que pour travailler par exemple dans l’urgence il faut une hiérarchie fonctionnelle – comprendre des sages-femmes aux ordres ! Pourtant, en obstétrique, les situations d’urgence nécessitent souvent le recours à plusieurs spécialistes médicaux (anesthésistes, obstétriciens, pédiatres) qui articulent leurs interventions sans « hiérarchie fonctionnelle ». Articulation qu’elle évoque d’ailleurs avec un « bien sûr » qui tient du rattrapage : les obstétriciens sont appelés et bien sûr pédiatres, anesthésistes ont un rôle extrêmement important.

S’ensuit l’habituel couplet sur « on ne peut pas prévoir ». J’imagine que l’étude citée est celle que j’avais déjà évoquée ; étude qui considère qu’un accouchement sous péridurale et perfusion d’ocytocine fait partie du « bas risque ». Bas risque, peut-être, physiologie pas du tout. Les sages-femmes le savent bien, elles qui souhaitent des filières autonomes au sein de l’hôpital, mais en excluent évidemment les accouchements nécessitant ces interventions.

L’attaque est ensuite frontale : Faire comme si effectivement la sage-femme assurait en permanence seule les naissances, euh, ça va trop loin et on est bien d’accord c’est là où on en vient à la sécurité de la femme.
Il faudra le signaler à notre ministre de la Santé qui vient de répondre à une question écrite posée en mars dernier (!) L’Enquête nationale périnatale de 2010 montre la place croissante des sages-femmes dans la surveillance prénatale et dans la pratique des accouchements. Elles réalisent en effet près de 80 % des accouchements par voie basse non opératoire (92 % dans le secteur public), contre 69 % en 2003. De fait, les sages-femmes sont les spécialistes de la grossesse et de l’accouchement physiologiques.
Il faudra aussi le signaler au SYNGOF qui s’était fendu d’un communiqué positif sur ce thème (pas de fausse joie, c’était pour mieux dénoncer le rôle des sages-femmes dans le suivi gynécologue de prévention).

Je l’ai dit et répété sur ce blog, les sages-femmes savent leur complémentarité avec les autres spécialistes de l’obstétrique (d’autres le savent… moins !). Mais, en salle de naissance, ce sont toujours les sages-femmes qui sont en première ligne et font appel aux spécialistes quand cela est nécessaire.

Je vous ai gardé le meilleur pour la fin : Les femmes ne sont pas que surveillance d’utérus, seins et ovaires. La femme a aussi un cerveau un cœur, il y a donc une prise en charge globale pour la santé des femmes.
Comment devons nous entendre cette phrase ?
Sur un plan médical ? Le cerveau et le cœur ne sont évidemment pas de notre compétence, mais pas vraiment non plus de celle du gynécologue. J’en appellerais plutôt au généraliste puis au neurologue ou au cardiologue.
Sur un plan symbolique ? Comme je l’espère tout soignant, les sages-femmes s’adressent aussi au cœur et au cerveau des femmes. Peut-être plus facilement encore parce que leur formation ne les construit pas dans une vision hiérarchisée du soin…

L’interview se termine sur la défense d’une articulation fonctionnelle respectueuse.
Enfin un point d’accord.
A la condition que cette nécessité soit reconnue comme réciproque !

 

@Lenatrad (sur Twitter) a eu la très grande gentillesse de se porter volontaire pour la transcription de l’interview. Vous avez ainsi la possibilité de lire l’intégralité des propos tenus. Un immense merci à elle !

Alors vous sortez d’une réunion de concertation avec les sages-femmes au ministère de la Santé qu’est-ce qui s’y est dit ?
Ce sont des réunions nécessaires pour remettre les choses à plat et pour recentrer le débat sur la femme. Longtemps les autres professionnels au service de la femme pour sa santé, que ce soit les généralistes, les gynécologues médicaux, obstétriciens ne se sont pas exprimés dans le but de ne pas être du tout bloc contre bloc alors qu’on est des professions qui travaillent bien ensemble, respectueusement ensemble, mais il nous semble que certains propos sont extrêmes et qu’il faut remettre la femme au centre et dénoncer ce qui pourrait être sinon des dérives, à la fois pour l’organisation au sein de l’hôpital et pour la santé des femmes.

Quels propos extrêmes ?
Euh, alors les principes de compétences médicales des sages-femmes sont clairement reconnus. Ils sont clairement reconnus dans le cadre de la loi, c’est-à-dire de compétences médicalement définies, médicalement limitées, pas au-delà. Euh, et donc il nous semble que le danger aussi qu’il y a c’est que des professions qui travaillaient jusque-là ensemble sentent une infusion d’une mésentente qui pointe, de difficultés, alors que bien évidemment pour travailler par exemple dans l’urgence il faut une hiérarchie fonctionnelle, il faut que chaque métier ait ses compétences propres, bien articulées et pas que ça parte dans tous les sens. Donc l’autonomie professionnellement reconnue médicale oui, mais dans une organisation où bien évidemment que le médecin lui-même et dans une organisation, pas dans une organisation pleinement autonome, totalement autonome.

Vous avez conscience que ça va paraître très corporatiste ?
J’espère que vous avez conscience que les médias ont beaucoup, beaucoup, beaucoup, développé l’avis du collectif de sages-femmes et que les médecins ne sont pas intervenus.

On avait le sentiment jusqu’à présent que les médecins soutenaient plutôt le combat des sages-femmes. C’est pour ça que ce qui paraît comme un revirement.
Clairement, la reconnaissance médicale et normale. La revalorisation de ce métier à l’hôpital est effectivement soutenue. Euh, par contre, aller beaucoup au-delà dans le premier recours il y a beaucoup de choses. C’est-à-dire que les femmes ne sont pas que surveillance d’utérus, seins et ovaires. La femme a aussi un cerveau un cœur, il y a donc une prise en charge globale pour la santé des femmes. Et donc il ne faut pas arriver à une confusion entre le dépistage, le rôle de la sage-femme dans un contexte organisé et la prise en charge globale des femmes qui est une prise en charge de médecine générale, de compétence médicale.

Ce que mettent en avant les sages-femmes c’est que, dans la plupart des cas, et fort heureusement, les accouchements se passent bien et se passent qu’avec la présence de sages-femmes, il n’y a pas besoin du médecin qui est là, l’obstétricien n’est pas forcément en salle d’accouchement. Et donc elles disent et bien voilà, on fait ce métier-là souvent seules, est-ce qu’on peut nous reconnaître un peu plus notre métier. C’est un peu ça le message.
Alors je n’avais pas l’impression jusque-là que les sages-femmes avaient un sentiment de solitude, mais plutôt le sentiment d’être à disposition des sages-femmes pour justement, qu’elles ne soient pas seules dans la difficulté. Donc les médecins ont compétence aussi sur le physiologique, et il est vraiment temps de dire que les médecins aussi souhaitent le plus physiologique, les naissances les plus heureuses, les plus simples possibles. Ça fait beaucoup d’années maintenant que l’on entend beaucoup d’histoires de surmédicalisation, mais qu’est-ce que ça veut dire ? On cherche tous ça. Donc reconnaître effectivement l’important métier des sages-femmes, la difficulté de ce métier dans le cadre de la naissance oui, mais aller au-delà et faire comme si effectivement la sage-femme assurait en permanence seule les naissances, euh, ça va trop loin et on est bien d’accord c’est là où on en vient à la sécurité de la femme, il faut vraiment des équipes organisées, fonctionnellement organisées pour que la femme accouche le mieux possible, mais s’il y a le moindre problème et on sait qu’en obstétrique ça ne pardonne pas et ça va très vite et on ne peut pas prévoir, même dans les dans les populations a priori à bas risque il y a beaucoup d’appels et une étude récente montre que tout de même, dans plus du tiers des cas dans une grossesse à bas risque et dans un accouchement à bas risque les obstétriciens sont appelés et bien sûr pédiatres, anesthésistes ont un rôle extrêmement important.

Vous ne craignez pas que à partir de maintenant justement, dans les salles d’accouchement, il y ait un climat un peu délétère qui est lié justement à ce qui est quand même en train de naître, qui est un conflit.
Sur le fond, on entend vos arguments, mais sur la forme est-ce qu’il ne va pas y avoir des difficultés ?
Ce que l’on veut porter, c’est qu’il y a un hiatus entre ce qui est porté par le collectif et des propos extrêmes et ce que nous continuons de vivre, j’étais de garde dimanche, au quotidien avec vraiment une bonne entente avec les sages-femmes jusqu’alors, et avec une certaine infusion, en particulier pour les nouveaux sortis des écoles, d’une différence, de quelque chose qui fait que il finit par y avoir une confusion des métiers et que la sage-femme qui a un rôle médical reconnu associé à un rôle fonctionnel paramédical, faire des prises de sang, poser des perfusions, en allant plus sur un terrain médical et en rejetant quelque part le rôle paramédical, on arrive à une confusion de métiers. Donc s’il s’agit de réinventer une spécialité qui existe la gynécologie-obstétrique et par ailleurs de manquer dans d’autres compétences, il y a un problème ou il faut avertir les femmes, ce n’est pas superposable. C’est complémentaire avec une articulation fonctionnelle respectueuse que nous défendons.

 

 

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Au sein d’une île

Publié par 10lunes le 3 décembre 2013 dans Médias

 

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Depuis dimanche, un accouchement à domicile fait la joie des médias. Sa particularité, avoir eu lieu sur une île qui n’avait pas vu naître d’enfant depuis 35 ans.
Bienvenue à Emilie !

Mais je m’étonne qu’aucune voix dissonante ne vienne ternir la fête avec l’habituelle ritournelle : dangers de l’accouchement à domicile, incompétence des professionnels, difficultés de transfert, coût pour la société et autre attaque récurrente…

Parce que si on lit bien :
– la mère était assistée par un médecin qui n’avait pas pratiqué d’accouchement depuis son internat en 1975 (mais ouf,  il était accompagné au téléphone par une sage-femme  !).

– un éventuel transfert en urgence aurait pris une petite heure (la mère parle de 20 minutes dans le reportage (à 15’50) mais l’hélicoptère doit partir de Quimper, soit 20 mn, prendre en charge la patiente, puis redécoller vers l’hôpital, soit 20 nouvelles minutes…)
Mon habituel mauvais esprit rappelle que Marisol Touraine évoquait la semaine dernière l’attenance à une maternité imposée aux maisons de naissance dans ces termes « Cette disposition est absolument indispensable dans le cas où surviendraient des complications ».

–  mère et enfant ont ensuite été transférés à la maternité sans que personne ne s’en émeuve, « juste comme ça » précise l’article, « par précaution » dit le reportage.

– enfin, l’hôpital semble avoir validé ce projet.

Ailleurs, nombre de femmes prévoyant d’accoucher à la maison, accompagnée par une sage-femme dont c’est le métier (et qui le pratique au quotidien), avec des possibilités de transfert bien plus aisées et rapides, se voient pourtant refuser une simple consultation d’anesthésie au motif de ne pas cautionner leur décision.

Rêvons ensemble que l’île bretonne ouvre une nouvelle ère, où tous trouveront normal et banal qu’un enfant naisse au sein de son foyer…

 

©Image : David Tourquetil

 

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Solitude

Publié par 10lunes le 3 octobre 2013 dans Médias

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Mardi soir, j’ai voulu jeter un œil sur Babyboom. Pas téméraire, j’allume la télé sans m’installer devant; juste un fond sonore accompagnant mes dernières occupations de la journée. Je vaque d’une pièce à l’autre, m’éloigne et perds le fil, me rapproche et entends une femme s’effondrer à l’annonce de la mort de son bébé – c’est bon pour l’audimat ça coco – puis les remarques à haute teneur philosophique -la vie, la mort, tout ça – d’un membre de l’équipe.

Besoin d’une pause. 

Un peu plus tard, je recroise mon écran. Une femme est seule dans une salle qui n’a de nature que le nom – qualificatif initié par la rédaction ? Elle gémit, pleure, se tord. Elle est seule, très seule.
Toute seule ? A un détail près, l’objectif de la caméra qui nous rend complices et voyeurs. Nous sommes des milliers à contempler son immense solitude.

Besoin d’une pause.

Je reviens ; son homme est avec elle, visiblement démuni devant sa détresse.

Besoin d’une pause.

C’est le moment du changement d’équipe. L’une des sages–femmes explique à la relève que cette femme est là depuis le matin (il est 20 heures) qu’elle espère une péridurale depuis trois heures mais que des urgences ont retenu l’anesthésiste. L’anesthésiste oui, mais d’autres semblaient disponibles ? C’est en tout cas ce que laissent penser les indiscrètes caméras. Pourtant, personne n’a été présent aux cotés de cette femme pour la soutenir, la rassurer, l’accompagner… (ou ces images n’ont pas été retenues au montage ? *)

Coup de sonnette ; une sage-femme prenant la garde va voir. Nous voilà à nouveau dans la salle « nature ». L’attitude de la mère fait clairement penser qu’elle est en fin de travail. La sage-femme l’examine, confirme l’imminence de la naissance.

Une femme sur le point de mettre son enfant au monde, une sage-femme. On espère un instant que la situation va s’adoucir, que la présence chaleureuse de l’une va apaiser l’autre, lui permettre de vivre une fin d’accouchement plus sereine, quelque chose de doux et d’humain qui viendrait compenser la solitude des heures précédentes.

Pas du tout.

Tout s’enchaîne ;  allongée,  jambes dans les étriers, poussée bloquée. Aucun mot de réconfort.  La compassion de la sage-femme se résume à cette annonce « Vous allez avoir très très très mal mais ce sera bientôt fini ».

En moins de vingt minutes, le bébé naît. Les cris qui ont accompagné sa naissance sont bien des cris de douleurs, ceux d’une femme enfermée dans sa solitude, entre une sage-femme induisant plus de souffrance encore par ses paroles négatives, une auxiliaire tentant quelques mots d’accompagnement et s’affairant à rabattre le drap pour préserver sa pudeur** et un homme perdu devant l’épreuve que traverse celle qu’il aime.

Des gestes, de la technique, du savoir faire… mais quel savoir être ?
Une naissance déshumanisée.

Pause définitive.

 

NB: après la naissance, le père essuie ses larmes et s’éloigne un peu, tournant dans la salle pour cacher son émotion. La caméra le suit pas à pas, sans plan de coupe. Les autres cadres sont fixes et l’on pourrait croire que les monteurs visionnent les images plus tard. La caméra suivant le père prouve que quelqu’un est bien là, partageant l’intimité de la naissance en direct, tout en se faisant totalement oublier du fait de son invisibilité.

*pour avoir décortiqué certaines mises en scène de la première saison… je reste prudente.

** pas de souci, la télé veille. Lorsque la jeune femme s’agite au point de dévoiler un coin de fesse, il est pudiquement flouté par la prod.

 

 

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Voix off, flou on

Publié par 10lunes le 12 octobre 2012 dans Médias

 

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Le magazine de la Santé (France 5) consacrait cette semaine sa série « In vivo » aux sages-femmes. L’ensemble des émissions est disponible sur le site et une rediffusion est programmée demain samedi à 13h25.

Le reportage montre des sages-femmes autonomes, présentes dans tous les secteurs de la maternité, praticiennes accomplies, chaleureuses, efficaces, compétentes.

Pourquoi alors ma diffuse insatisfaction ? 

L’émission est ainsi présentée :
La grossesse n’est pas une maladie. Forte de cette évidence souvent oubliée, la maternité de l’hopital Necker redonne toute leur place aux sages femmes. Elles sont désormais seules en scène pour assurer la prise en charge des femmes avant, pendant et après leur acccouchement, tant qu’aucun problème médical n’apparait bien sûr. Echographie, accouchement, allaitement, babyblues, leurs compétences sont aujourd’hui pleinement reconnues.

Voilà ce qui me chagrine ! La voix off trouble le message porté par les images. L’exercice autonome des sages-femmes est présenté comme une innovation de l’hopital Necker alors que c’est ainsi dans toutes les maternités de France ; l’accent est mis sur la nouveauté, laissant penser que ces compétences nous ont récemment été octroyées. Si cela est vrai pour le « suivi gynécologique de prévention » (simplement cité au dernier épisode), c’est faux pour toutes les autres activités évoquées. Même l’échographie est une compétence de longue date des sages-femmes.

Mais surtout, la petite phrase « tant qu’aucun problème médical n’apparait » ponctuée par un « bien sûr » fortement appuyé, vient contredire la présentation, comme une affirmation de notre totale dépendance aux médecins. Elle omet que le dépistage de ces « problèmes médicaux » est de notre ressort et que nous prenons en charge certaines  – évidemment pas toutes – de ces situations sans avoir à en référer aux médecins.

Je n’évoque ici que l’introduction, répétée à chaque épisode. Mais ce sentiment de décalage entre les images et les mots persiste au fil des commentaires.
D’autres praticiens, sages-femmes et médecins, m’ont confirmé que cette impression de flou était partagée.

Peut-être sommes nous des chipoteurs acharnés. A chacun d’en juger après avoir vu mais surtout écouté ce documentaire.

 

©Photo

 

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Mère Nature !

Publié par 10lunes le 21 mars 2012 dans Médias

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Nous connaissions l’accouchement physiologique, l’accouchement eutocique, l’accouchement normal, voilà que l’on découvre l’accouchement naturel. J’attends avec impatience l’accouchement certifié bio par Ecocert.

Ainsi l’accouchement naturel comporte trois  phases, dilatation, expulsion, délivrance…  Serais-je dans l’erreur en pensant que c’est le cas de tous les accouchements ?

Puis vient cet élogieux paragraphe / mères moins fatiguées /enfants moins angoissés / relations de meilleure qualité / sorties plus rapide / moins de complications… qui dessine en creux une terrible et abusive image de l’accouchement « médicalisé ».

La démonstration est un peu courte. Si la surmédicalisation a des effets iatrogènes, personne ne souhaite pour autant s’en remettre  aveuglément à dame nature. Un accouchement peut se compliquer et l’intervention du médical sera alors bienvenue.

Mais pour que tout le monde s’y retrouve – faut faire consensuel cocotte -les baffes sont équitablement distribuées, une  à droite, une à gauche. L’accouchement naturel ça se paye, on a mal et si y a des complications, y a pas de matériel ! Autant dire que ces pauvres femmes sont livrées à elles-mêmes… C’est ballot quand on sait que le  « matériel nécessaire » – mot générique pouvant recouvrir un large univers, du forceps au bloc opératoire en passant par la baguette magique – est dans la salle d’à coté.

Enfin, les sages-femmes penseraient la naissance dénaturée parce que médicalisée. Oui nous sommes nombreuses à déplorer la protocolisation qui s’impose à chaque femme et l’oblige à accoucher non comme elle le souhaite mais comme la médecine en décide. Oui l’hypermédicalisation nous éloigne de la réalité physiologique de la naissance. Mais qui oserait penser que la césarienne est un acte inutile, que toute péridurale est superflue ?

De la mesure ! Comme toujours, les extrèmes sont néfastes. Certes, les 99% de péri, les 40 % de césariennes revendiquées par certaines maternités effraient. Mais je serais tout aussi effrayée si l’on imposait que toute femme accouche « naturellement » dans son foyer.

La médecine actuelle nous permet de prévenir, de dépister… c’est ainsi que nous pouvons accompagner les femmes, en fonction de leur désirs et de leur réalité médicale.

Tout traitement univoque – qu’il soit naturel ou hypertechnicisé – serait, comme l’article cité, dénué de sens.

 

©Photo

 

 

 

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Babyboom, décorticage tardif

Publié par 10lunes le 28 novembre 2011 dans Médias

 

Audrey Hepburn disait, le plus difficile dans la maternité, c’est cette grande inquiétude intérieure que l’on ne peut pas montrer. Et bien aujourd’hui, nous vous montrons TOUT.
Cette phrase pompeuse introduisait chaque épisode de Baby Boom…Une promesse d’honnêteté qui méritait, même très en retard (!), d’être explorée.

Histoire que personne ne soit dupe… décortiquons.

Le décor
Tristes salles d’accouchement. La modernité s’incarne dans les appareils médicaux mais déserte les carreaux de faïence kaki faussement égayés de quelques fleurs désuètes.
En comparaison, d’autres lieux de la maternité paraissent bien pimpants… En particulier l’office où l’équipe se réunit pour se détendre et partager un repas. Normal, il a été rénové pour l’émission ; le personnel a même eu droit à de la vaisselle neuve.
Quant à l’entrée des urgences, elle a été réaménagée en prévision du reportage puis « remise en état ».  Les canapés de cuir, luxueux et détonants, dans lesquels les pères se reposaient en attendant l’heureux événement n’ont existé que le temps du tournage.

La mise en scène
L’étudiante sage-femme est en train de photographier le premier bébé qu’elle a « aidé à naitre » lové dans les bras de sa maman. Le père entre chargé d’un imposant bouquet. Pour l’offrir à sa compagne ? Que nenni ! C’est pour remercier l’étudiante. Comme elle fait des études de sage-femme et pas de théâtre, elle surjoue légèrement et s’extasie «C’est pour moi oh mais c’est gentiiiil» dès l’arrivée du bouquet sans attendre que le père précise qu’il lui est destiné…

Le racolage
A deux reprises au moins, nous avons droit aux piteux ressorts propres aux chaînes commerciales … quelques images pour nous faire craindre le pire et s’assurer – en titillant nos mauvais instincts – que nous resterons devant l’écran pendant les spots publicitaires.
Après un accouchement laborieux, l’enfant nait. Cri de la mère « Il respire pas ! ». La sage-femme emmène le bébé inerte et … Il faudra attendre la fin de la coupure pub pour être rassuré sur la santé de ce nouveau-né !

Autre accouchement, l’enfant prend son temps. Avant de nous infliger un long tunnel publicitaire, la production extrait quelques mots de la sage-femme évoquant une possible césarienne puis expliquant à la caméra «Quand ça dérape notre métier devient le plus moche métier du monde ! ». Plan de coupe sur le visage anxieux des parents.
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Au final, l’histoire se résume à de très banales explications de la sage-femme, plutôt optimiste sur le déroulement du travail, qui ne fait que répondre à une question du père impatient «Qu’est ce qu’on peut faire si jamais ça n’avance pas ?».

La normalisation
La quasi totalité des émissions est consacrée à des accouchements standardisés répondant parfaitement à l’imaginaire que le public peut en avoir : femmes immobiles + péridurale  + position gynécologique. Standard à peine tempéré par les images d’une femme refusant l’analgésie, accompagnée par une sage-femme qui lui suggère d’autres positions.
Seules quelques variations contrôlées à travers une césarienne ou une naissance express tentent de donner l’illusion de la diversité…

L’équipe de Poissy – de ce que j’ai pu en apprendre par de courts échanges virtuels- s’attache pourtant à proposer bien autre chose que cet accompagnement stéréotypé. Preuve de cette ouverture, la phrase d’une sage-femme expliquant à ses collègues qu’il (ben oui, c’est un homme sage-femme) a examiné une femme debout… mais bien évidemment, pas d’images ni de cet examen, ni de quoi que ce soit d’autre qui pourrait dépasser du cadre.
A l’inverse, Poissy est une maternité de type III qui accueille des grossesses hautement pathologiques et gère des situations complexes ; nous ne le verrons pas non plus.

Le montage
L’obstétricien vient saluer chaleureusement des parents en salle d’accouchement. Au plan suivant, il explique face à la caméra le plaisir de retrouver lors de la naissance les couples qu’il a suivis. Retour au bloc obstétrical ; un coup de fil l’oblige à quitter la salle. Il s’avère que l’appel « urgent » concerne la gestion d’une commande de sushis. Le médecin règle les derniers détails du repas– en demandant au passage à une sage-femme de « faire une jolie table genre maîtresse de maison (sic) le temps qu’on finisse l’accouchement» et revient nonchalamment vers la  salle de naissance. Il s’attarde devant la porte. On entend le bébé naître. Il ne rentre qu’ensuite.
Tout cela est sans grande importance, la présence du médecin n’était pas requise.

Oui mais…
– Dr Tête-nue-sans-masque entre dans la salle et prononce quelques mots sympathiques.
– Le téléphone du Dr Tête-nue-sans-masque sonne en salle d’accouchement ; il s’apprête à sortir de la pièce.
– Sort dans le couloir le Dr Bonnet-de-bloc-et-masque-dénoué.
– Dr Bonnet-de-bloc-et-masque-dénoué paye la commande de sushis et cherche une maîtresse de maison.
– Dr Bonnet-de-bloc-et-masque-dénoué s’approche tranquillement de la salle d’accouchement.
– Dr Tête-nue-sans-masque rentre dans la salle…
Pourquoi ce médiocre montage sinon pour suggérer la duplicité du médecin, s’affirmant heureux d’assister à la naissance, s’absentant dans l’instant suivant pour une dérisoire histoire de sushis …

L’impact
Dans les semaines précédant l’émission, la production a insisté sur la discrétion – plus de 40 caméras tout de même !- du dispositif mis en place. « Pour perturber le moins possible les naissances, la chaîne a opté pour des caméras dirigées à distance par une régie ».
Aucune perturbation du service donc ? Même en oubliant les puissantes lumières nécessaires aux images, le tournage a forcément influé sur la vie de l’équipe et des parents.

Telle cette anecdote, non diffusée évidemment.
Une femme arrive aux urgences à dilatation complète. L’équipe la brancarde à toute allure dans les couloirs pour l’emmener en salle de naissance. Arrivée au bloc obstétrical, bref temps d’arrêt pour demander où l’installer.
« La 4 est libre »
Le brancard repart, ça urge.
« Ah oui mais non, la 4 c’est une salle avec caméra…On attend une autre femme »
Le brancard amorce un demi-tour.
« Enfin, ah moins que la dame veuille bien être filmée ? »
La sage-femme s’entend prononcer :
«- Ah ben je sais pas. Madame ? Madame ! Vous voulez être filmée ?
Nooooon ! s’époumone la femme en pleine contraction.
 – Bon ben non, on va où alors ? »

Contraintes techniques imposées par le tournage, aléas médicaux soigneusement évités, sélection des images, montage… Une sage-femme de Poissy après la diffusion du premier épisode m’a écrit : « Pour notre part à toutes c’est une déception. Ça ne représente pas notre pratique. »

Je la crois sans peine !

 

NB : Si vous ne l’avez pas déjà lue, ne manquez pas cette analyse affûtée publiée dès la diffusion du premier épisode sur « Maman Travaille.fr »

 

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Tééééélé, ton univers impitoyâââââble

Publié par 10lunes le 28 octobre 2011 dans Médias

 

Hier, au magazine de la santé la chronique de Magali Cotard intitulée « Accoucher où je veux, comme je veux » s’annonçait ainsi « Une tendance qui gagne du terrain dans certains pays anglo-saxons ».
Françaises, sachez-le vous n’êtes pas concernées !

Tu parles d’une chronique.

Premier sujet, Marni Kotak, une américaine qui a souhaité faire de son accouchement une « performance« . Commentaires et gloussements très « premier degré » accompagnent les images des créations plastiques de l’artiste. Pourtant, la fonction de l’art contemporain n’est-elle pas d’interpeller, même au risque de choquer? Vivre les dernières semaines de la grossesse puis la naissance dans une galerie d’art est un acte provoquant qui ne peut être réduit à un simple exhibitionnisme… Mais surtout, il n’illustre en rien le sujet annoncé.

On enchaine avec Nancy Salgueiro , canadienne qui a filmé et diffusé en direct sur le net son accouchement à la maison pour partager l’évidente simplicité d’une naissance physiologique. On se rapproche du thème promis mais nous aurions pu nous passer des commentaires « A 2h30 elle va encore bien – petit sourire entendu… –  29 minutes plus tard elle va un petit peu moins bien – genre : fallait s’y attendre hein ! – et à 3h18 le bébé naît en une poussée « . Ben, pas mal non ?  Comme cela doit finalement apparaître trop simple, les journalistes sur le plateau insistent sur « l’attente angoissante » du premier cri.

Vient ensuite la dramatique histoire de Janet Fraser (voir ce billet de la Poule Pondeuse), militante australienne de l’accouchement « non assisté », c’est à dire sans aucun accompagnement médical.
Pour son troisième enfant, elle a choisi de ne pas faire suivre sa grossesse et d’accoucher sans sage-femme. Son bébé est mort, « privé d’oxygène » – sûrement pas à cause du cordon autour du cou ainsi que le suggère Marina Carrere d’Encausse… qui évoquera plus tard dans l’émission « la rupture d’utérus avec hémorragie massive »  (complication plus qu’exceptionnelle liée à un accouchement particulièrement difficile ) pour justifier la nécessité d’accoucher à proximité d’un bloc opératoire.

Retour plateau : « Le problème avec tous ces accouchements à la maison, c’est d’assurer la sécurité de la mère et de l’enfant ». Ce qui permet d’enchainer joyeusement sur les risques d’une naissance à domicile. Accoucher avec ou sans sage-femme, avec ou sans suivi de la grossesse, c’est donc du pareil au même…

Magali Cotard cite des données statistiques pour une naissance « sans entourage médical »« Ce qui est assez étonnant, souligne t-elle, c’est qu’a priori pour les mamans il n’y a pas plus de risque. Cela s’explique très certainement parce qu’elles sont en bonne santé » – il me semblait même que c’était un critère indispensable pour envisager une naissance à la maison… – « mais pour les bébés, les risques de décès seraient multipliés par trois » !  Allusion à la trop fameuse étude de Wax que j’avais déjà critiquée et dont les nombreux biais ne sont plus à démontrer.

Mais pourquoi se priver d’utiliser des données erronées puisqu’elles sont politiquement correctes…

Pour finir dans le très politiquement correct, on enchaîne sur un appel à la solidarité, non sans s’étonner que ce que les nanties refusent ici – comprendre la sécurité d’une naissance hospitalière – manque cruellement aux africaines démunies. Magali relaye donc l’appel d’une ONG qui souhaite réduire de 25 % la mortalité maternelle en Afrique, en formant 30 000 sages-femmes.

Tiens, subitement, les sages-femmes sont redevenues un gage de sécurité…

Il ne sera pas dit que cette triste chronique était totalement inutile : allez parrainer une sage-femme !

 

 

 

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Ambigus sous-entendus…

Publié par 10lunes le 13 septembre 2011 dans Médias

 

Samedi soir, le 20h de France 2 (28ème minute) a consacré un long reportage à l’accouchement à domicile.
Comme souvent, ce qui m’importe ne sont pas tant les images diffusées que le commentaire qui les accompagne.

Morceaux choisis.

Premier lancement du journaliste : «A suivre notre grand format sur ces femmes qui font le choix d’accoucher à domicile une pratique marginale mais qui inquiète les professionnels »
Le très générique terme de « professionnel » laisse entendre, à tort, que ce choix est décrié par la totalité des praticiens.

Passent quelques sujets politiques puis nouveau lancement : «Notre grand format maintenant avec, je vous le disais, cette pratique marginale certes mais qui inquiète toujours les professionnels. Environ 1500 femmes par an font le choix et bien d’accoucher, comme avant à domicile. Alors quelles sont leurs motivations, que risquent–elles réellement ? »
Remarquez le « comme avant » qui vient souligner combien cette idée semble désuète. « Qui inquiète toujours » : est-ce à dire que les « professionnels » n’ont pas changé d’avis depuis le premier lancement, cinq minutes plus tôt ?

Suit un reportage sur un couple dont la fille est née à la maison cet été.

La voix off souligne «Ils habitent au 6ème étage sans ascenseur». 
Il est vrai que cela compliquerait un transfert en urgence. Mais faut-il être riche pour avoir le droit d’accoucher comme on le souhaite ? Si les maisons de naissance tant attendues s’ouvraient, au moins y aurait-il une alternative à proposer quand les conditions de logement sont inadéquates.

«Les parents avaient fort heureusement prévenus les voisins car elle est née à 4 h du matin»
Ce « fort heureusement » suggère un accouchement sonore, sous-entendu complété dans la phrase suivante soulignant la durée du travail et l’absence de péridurale. «Sidonie la sage-femme fut le seul témoin. Elle a accompagné les parents pendant toute la durée du travail, une douzaine d’heure, sans péridurale bien sur».
Il faut donc comprendre bruyant parce que douloureux.

«Nathalie est architecte, Benoit photographe. Le couple se soigne à l’homéopathie, surveille son alimentation, ils désiraient un accouchement dans l’intimité, aussi naturel que possible»
Entendre : ce choix ne concerne que des bobos assez dingues pour croire que la santé peut passer par des granules et une alimentation bio.

«L’accouchement à domicile, Jacqueline Lavillonnière le pratique depuis plus de 30 ans. Cette sage-femme a parcouru des milliers de kilomètres d’abord dans l’Ardèche puis ici en Anjou. Elle pense avoir mis au monde près d’un millier de bébé fait maison»
Jamais Jacqueline Lavillonnière n’utiliserait cette formulation. Ce sont les mères qui mettent au monde et les sages-femmes les accompagnent.

«Elle assure toute la préparation et le suivi de l’accouchement »
Résumé un poil réducteur qui omet suivi de la grossesse, suivi postnatal et consultations du nourrisson…

«En France seules 70 sages-femmes pratiquent les accouchements à domicile, la plus souvent non assurés car le tarif des assurances est exorbitant. Les parents leurs font confiance, parfois plus qu’aux structures hospitalières»
Parfois plus, mais au moins autant, sinon, ils ne feraient pas ce choix !

«Jacqueline a déjà été traitée de sorcière et de sectaire. Elle est souvent confrontée à des médecins très hostiles à l’accouchement à domicile».
Jacqueline Lavillonnière : «Ils ont une vision déformée, forcément, puisqu’ils ne font que de la pathologie. De fait, ils n’imaginent même pas comment se déroule un accouchement physiologique. On a mis de la technique y compris sur les accouchements qui n’en avaient pas besoin».

«Le Pr Puech obstétricien à Lille reconnait que la France a trop médicalisé l’accouchement. Mais selon lui, les choses ont changé, dans les maternités, la prise en charge serait aujourd’hui plus humaine, plus personnalisée».
Les récents épisodes de Baby Boom l’ont démontré, les équipes sont parfaitement en mesure de proposer cette prise en charge personnalisée…

«Il déconseille l’accouchement à domicile, trop risqué».
Pr Puech : «Le risque d’hémorragie pour la maman, très peu fréquent, mais inopiné qui peut entrainer un transfert de la maman qui doit être rapide. Et aussi pour le bébé qui doit naitre, le risque de procidence du cordon, c’est-à-dire le cordon qui passe devant la tête du bébé et qui peut le comprimer et entrainer une souffrance fœtale».

Nous nous devons de prendre en compte les complications potentielles. Mais ce choix concerne des femmes en bonne santé, ayant une grossesse sans problème et dont l’accouchement se déroule normalement et sans intervention. Toute anicroche dans ce programme justifie un transfert vers la maternité. Ajoutez à cela la présence et l’attention constante de la sage-femme. Les statistiques concluent à d’aussi bons résultats qu’en maternité.
Je m’autorise un brin de mauvaise foi : est-il plus sécurisant d’accoucher seuls sur la route parce que les maternités ferment ou chez soi avec l’aide d’une sage-femme ?

Le reportage se conclut ainsi. «Pour celles qui ne souhaitent accoucher ni à la maison ni à l’hôpital, existe une alternative, les maisons de naissance comme ici en Belgique tenues par des sages-femmes avec en cas d’urgence un transfert organisé dans une clinique voisine. En France plusieurs projets existent mais les maisons de naissance n’ont pas encore vu le jour».

Comme d’habitude, nous devrons nous contenter de ce simple constat.

 

PS : ce même jour, Selina Kyle publie ce témoignage édifiant. Nous sommes loin des discours lénifiants sur le respect et l’accompagnement. Zero respect, zero choix !

 


 

Soutien à la maternité des Lilas : manifestation samedi 24 septembre à 10h30.


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