Sucré/salé

Publié par 10lunes le 11 décembre 2014 dans Après, Vie des femmes

 

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Ils en ont assez. Assez de cette grossesse surmédicalisée, des remarques sur sa prise de poids, du dépistage du diabète, des résultats normaux mais quand même, il faut faire attention.
Assez aussi de il semble bien gros ce fœtus, reposez vous car vous avez des contractions, bougez c’est mieux pour votre poids, votre tension est limite, on va rajouter un rendez vous pour contrôler et comme elle a du attendre et va rater la séance ciné prévue avec ses copines… sa tension est encore limite et on lui impose le passage d’une sage-femme deux fois par semaine, comme ça, elle vérifiera.

L’accumulation est pesante et eux assez désabusés.

Alors, quand la sage-femme vient pour la première fois prendre cette fichue tension et poser ce foutu monitoring,  elle ne résiste pas au plaisir de la tester.

Avec mon gros ventre, j’ai moins envie de faire l’amour et puis ça me donne des contractions
Les yeux de la sage-femme quittent le tracé du monitoring et se lèvent vers elle.

Mais lui – coup d’œil complice – il a plus envie que moi, alors je voudrais lui faire plaisir.

La sage-femme reste silencieuse, attendant la suite.

– Et  je pourrais m’occuper de lui autrement…

La sage-femme semble s’interroger sur la réponse attendue et prononce un très neutre, vous faites ce que vous voulez. 

– Oui mais est ce que je peux avaler ? Parce qu’on s’est renseigné et y a du sucre dans le sperme et comme on m’a déconseillé le sucre…

Son interlocutrice, hésite un peu, émet quelques considérations sur le volume d’une éjaculation, sourit de plus en plus franchement.

Eclat de rire partagé qui valide son examen de passage.
Ils vont pouvoir cheminer ensemble.

 

 

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Positive

Publié par 10lunes le 3 décembre 2014 dans Après, Vie des femmes

 

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Cette consultation post natale est décidément joyeuse. Elle raconte avec bonheur son accouchement parfait, point d’orgue d’une grossesse idéale.

Elle s’extasie maintenant sur la vie si facile avec ce nourrisson plein de bonne volonté. D’ailleurs, c’est pas pour dire mais à un mois et demi, il fait déjà ses nuits !

Mon lever de sourcil n’a pas du être assez discret. Pour mieux me convaincre, elle précise : Mais je t’assure, vraiment, la dernière tétée, c’est disons vers minuit ou 1 heure, et puis après il dort comme un loir et ne réclame que vers 5 ou 6 heures.

 

 

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Pays natal

Publié par 10lunes le 2 décembre 2014 dans Après, Vie des femmes

 

Elle est chilienne. Sa belle histoire d’amour l’a conduite en France. copper-coil
Quelques années et deux enfants plus tard, elle parle un français parfait avec un délicieux accent qui chante à nos oreilles.

Deux enfants dont un petit second pas vraiment prévu. La faute à la désorganisation qui a suivi l’arrivée de aîné. Elle qui s’attachait autrefois à planifier son quotidien s’est retrouvée à gérer au jour le jour une vie calée sur les besoins changeants d’un nourrisson.

La prise de pilule autrefois métronomique est devenue un peu aléatoire et puis…

Ce nouvel enfant a trouvé toute sa place au sein du foyer mais la désorganisation règne de plus belle. Elle souhaite maintenant une contraception « qui ne s’oublie pas » et opte pour un dispositif intra-utérin au cuivre.

Elle appréhende la pose.
Qui se révèle facile et indolore.
Toute tension envolée, elle s’exclame joyeusement
« Comme ça, j’ai un petit bout de mon pays à l’intérieur de moi ! »

 

PS « culture générale » : La mine de Chuquicamata, au Chili, est la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde 

 

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En souvenir des jours heureux

Publié par 10lunes le 29 juillet 2014 dans Après, Vie des femmes

 

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Il y a plus de 20 ans que nous ne nous sommes vues.

Je l’avais accompagnée pour ses maternités. Consultations,  préparation, retour à la maison, post-partum… Une année partagée pour chacun de ses enfants.

Ces enfants qui sont maintenant des adultes ; le dernier vient de quitter le nid.
C’est peut-être pour cela que tout va mal. Moral en berne et douleurs erratiques, pas violentes, juste assez présentes pour lui gâcher la vie. Personne n’arrive à la soulager me dit-elle.

Elle a récemment repensé à certains exercices que je lui avais montré quand elle était enceinte, pour protéger son dos, soulager des sciatalgies.
A l’époque, leur effet aurait été « miraculeux ».

Elle me contacte ce jour là pour que je lui remontre ces gestes expliqués deux décennies plus tôt.
Je devine que la question n’est pas là, et que je n’aurai pas de réponse…
Mais elle insiste.

Alors, ce soir là, elle retrouve le chemin du cabinet et s’étonne que je ne la reconnaisse pas en salle d’attente.

A peine assise, elle débute un long monologue. Au travers des mots s’exprime toute la nostalgie de ses maternités. Elle revient en souriant sur chacune de ses grossesses, détaille ses accouchements, s’attarde avec gourmandise sur les mois suivants. Parfois, elle s’interrompt pour m’interpeller sur des souvenirs qui ne nous sont plus communs.

Comme ses mots, le temps s’écoule. Toutes ces années à materner ses petits, à les voir grandir … et puis s’éloigner.
Elle finit par évoquer ses douleurs, feint de penser que je vais savoir les soulager.

C’est hors de mon domaine de compétence. Je le lui avais précisé au téléphone, lui rappelle encore une fois. Elle insiste pour la forme.
Je sais bien qu’elle n’y croyait pas vraiment.

Puis elle s’en va, visiblement déçue.
Et pourtant…
Elle n’était venue que pour boucler la boucle et constater que nous n’avions plus rien à partager.

La page est enfin tournée.
Nous avons bien travaillé !

 

 

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Circulez

Publié par 10lunes le 27 juin 2014 dans Après, Militer, Profession sage-femme

 

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Tous les médias en parlent. Pour faire des économies, l’assurance maladie dégaine une nouvelle arme, le raccourcissement des durées de séjour en maternité.

Sauf que …

Les séjours plus courts, c’est déjà la réalité. Fermetures d’établissements obligent, le nombre de lits est en diminution constante. 32018 lits de maternité en 1975, 17686 en 2007. D’autres ont disparu depuis. Actuellement, Les Lilas, Orthez, Royan… sont menacés. Les maternités restantes absorbent difficilement les accouchements, encore plus difficilement les séjours.
Partout, on cherche  – chasse – la patiente de bonne volonté qui accepte de sortir plus tôt que prévu pour libérer une place… Et dans le CHU voisin, les lits sont doublés dans des chambres prévues pour un seul hébergement..

Il y a quatre ans, la sécurité sociale lançait l’expérimentation Prado. Je dénonçais à l’époque une « nouvelle organisation » à type d’usine à gaz alors que tous les outils nécessaires existaient déjà pour assurer le suivi des familles lors de leur retour à domicile. Personne n’était dupe… A terme, les durées de séjour allaient raccourcir et la sécu l’anticipait. La main sur le cœur, nos interlocuteurs de l’assurance maladie juraient qu’il n’en était rien.
Nous y sommes…

Je n’ai rien contre la sortie précoce, voire ultra-précoce quand elle est choisie. Certaines femmes souhaitent un accouchement ambulatoire, d’autres préfèrent carrément éviter l’étape maternité et faire naître leur enfant à la maison. Cette mesure pourtant économique n’est pas encore encouragée par notre chère sécu…

Mais raccourcir les durées de séjour, ce n’est pas proposer une sortie à la carte, en fonction des besoins de chacun, c’est imposer aux femmes de partir au plus vite, quelles que soient leurs conditions de vie, de logement et le soutien dont elles disposent chez elles… .
Je n’évoque même pas ici l’inhumanité de certaines situations. La visite de la sage-femme, aussi attentive soit-elle, se centre sur la santé et le bien-être de la mère et de l’enfant. Elle ne prépare pas les repas, ne fait pas la lessive, n’emmène pas les aînés à l’école et ne remplit pas le frigo. Quid du repos nécessaire pour les femmes peu entourées ? Prévoir une aide natale, sur le modèle hollandais serait une mesure peu coûteuse et bienvenue… ce n’est pas à l’ordre du jour.

Enfin, les maternités ont déjà le plus grand mal à boucler leur budget. Raccourcir officiellement la durée de séjour, ça ne signifie concrètement qu’une seule chose : diminuer la tarification correspondant au séjour post-accouchement. Le peu que chaque service « grattait » avec des sorties un peu plus rapides va donc être reperdu.
Les économies, il faudra les faire ailleurs, dans les services, en réduisant le nombre de postes.

Et là, ce sont encore une fois les femmes qui en payeront le prix. Etre bien accompagnée suppose que l’équipe soit disponible, donc en effectif suffisant.

Une équipe surmenée, c’est moins d’écoute, moins de réassurance, plus de symptômes*, donc plus de consultations, de bilans, de prescriptions, de péridurale, de perfusion, d’hormones de synthèse, voire d’hémorragie, de traitements lourds…

Elle est où l’économie ?

 

 

*Extrait de ce rapport « On notera que les sages-femmes sont moins prescriptrices, du fait de consultations plus longues et mettant l’accent sur le conseil et la prévention au-delà de l’acte médical ».

 

 

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Que du bonheur ?! (2)

Publié par 10lunes le 5 juin 2014 dans Après, Vie des femmes

 

coup de foudre

Leur enfant est né la veille au soir. Le père, contraint de quitter la maternité pour la nuit, revient aux premières heures de la matinée. Il retrouve sa compagne contemplant le nouveau-né, dormant paisiblement  dans son berceau.
Dans un geste tendre, il caresse son ventre vide.
Elle lui sourit.
-« Tu dis bonjour au bébé ?
En me racontant l’anecdote, elle précise

Il a cru que je blaguais, j’ai pas osé lui dire que non. »

Les regards qui se croisent, l’amour immodéré, le bonheur immense…
Qui n’a pas lu ou entendu ces mots, au détour d’un article, d’un reportage, non pour évoquer un coup de foudre amoureux mais pour décrire les sentiments d’une mère à la naissance de son enfant.

La rencontre est présentée comme évidente, immédiate.
Et comme toujours, la vie est plus nuancée que ça.

Bien sûr, cette rencontre peut se faire à la première seconde, d’autant que les nouveau-nés sont « programmés » pour ça.
Mais il y a d’autres vécus, qui vont de la tiédeur à l’indifférence.

Je ne pense pas ici aux parcours difficiles, complexes mais tout simplement aux femmes heureuses de porter un enfant, attendant avec impatience ce moment tant vanté, le coup de foudre maternel.
Et l’émotion promise n’est pas là.

Car elle ne sera pas au rendez-vous si la mère n’a pu d’abord réaliser la séparation. Comment s’émouvoir de la naissance de son enfant s’il est encore pensé comme niché au creux de son ventre ?

Les raisons de cette sidération sont multiples. Naissance trop rapide surprenant une femme pas encore prête ; naissance longue et difficile transformant l’accouchement en épreuve physique dont la seule attente est qu’elle se termine ; péridurale trop dosée coupant la femme de toute sensation, participant ainsi à l’irréalité du moment. Telle cette jeune mère racontant qu’en voyant le nouveau-né émerger entre ses jambes, sa première pensée  avait été « Oh ! Un bébé ! »

Non seulement, ces femmes se retrouvent frustrées de ce bonheur promis, mais souvent aussi dans la culpabilité, celle de ne pas être une bonne mère, puisque une bonne mère ne saurait être insensible à son enfant.

Pourtant, la rencontre se fera, un peu plus tard, plus ou moins progressivement…
Comme pour toute histoire d’amour, personne ne peut dire qu’elle sera plus belle si l’amour s’est invité d’un coup ou s’il s’est révélé doucement.

 

 

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Que du bonheur ?! (1)

Publié par 10lunes le 12 mai 2014 dans Après

 

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« Je ne pensais pas que ce serait si dur ». Son premier enfant, si longtemps attendu, si longtemps espéré, a juste deux semaines. Et c’est la première phrase qu’elle prononce en franchissant ma porte.

Aborder le post partum en préparation à la naissance est difficile. L’énergie des femmes et des couples est tournée vers le point culminant du parcours d’obstacles : l’accouchement.
Les sauts précédents, on les évoque en direct. Il est facile de déminer ensemble le décalage entre l’idéalisation de la grossesse – promesse de pur épanouissement – et la réalité quotidienne.

L’après, on croit le connaitre… Les futurs parents pensent aborder un rivage accueillant. Il est en couverture de tous les avatars de « Ma famille magazine » avec un couple radieux – forcément reposé, souriant, amoureux – s’extasiant devant un nourrisson au sourire enjôleur…
Que du bonheur !
Et ça parait si logique ; leur enfant a été dé-si-ré, quasi programmé (juste quasi pour cause de gamètes parentales capricieuses).
Ils se projettent forcément dans un après idéalisé.

Oh, tout le monde sait bien qu’un nouveau-né pleure mais chacun se pense à l’abri. Il sera un parent attentif se précipitant au premier appel, et le petit s’apaisera dans l’instant grâce au sein ou au biberon. Au pire une couche mouillée, un rot de travers… toutes choses facilement gérables.

Il faut donc avertir – en cassant un peu le rêve – que certains moments seront difficiles, que la nature a prévu que les pleurs soient insupportables et qu’elle a bien bossé sur ce coup là.
Qu’il est difficile de donner le maximum pour répondre aux besoins de son tout-petit, au point d’en oublier les siens, et de ne pas en être récompensé par un bébé paisible et certifié conforme.
Que chacun s’attend à des nuits entrecoupées de pleurs mais que cela devient intolérable quand les pleurs viennent vous cueillir dans les premières minutes d’un difficile endormissement et que c’est le énième espoir déçu d’une nuit reposante.
Que tout conjoint va rentrer un soir de son travail, un peu jaloux de la femme en congé maternité qui peut « profiter du petit » et qu’à peine la porte franchie, il réceptionnera un enfant hurlant et inconsolable déposé dans ses bras par une mère tout aussi inconsolable épuisée par une journée chaotique.

Il ne s’agit pas de noircir le tableau, juste de le rendre plus réaliste.
Il y a ces chouettes moments où l’enfant blotti contre soi s’endort en toute confiance, ou il tète avec avidité, témoignant par de petits bruits de son ravissement. Il y a ce regard profond et ces premiers sourires qui font craquer les parents même s’ils ne sont pas encore tout à fait intentionnels. Il y a même ces moments où l’on peut poser l’enfant endormi dans son berceau et s’étonner d’avoir du temps pour soi (mais qu’est-ce qu’on en faisait avant de tout ce temps ?).
Voilà, il y a -aussi- plein de moments de vrai bonheur.

Mais tout parent normalement constitué se dira un jour «  quelle connerie d’avoir voulu un bébé ! »
Le même parent sentira parfois la colère l’envahir, à quelques millimètres du précipice et d’un geste violent envers son enfant.
Se sentir totalement dépassé fait partie du postnatal. Il faut donc savoir s’en préserver et oser demander de l’aide à ses proches, afin d’être soutenu voire parfois relayé.

Et trouver comment se sentir conforté dans sa compétence parentale.

Au cabinet, nous organisons une rencontre postnatale. Les couples d’un même groupe de préparation se retrouvent pour se raconter les naissances, se présenter leurs nouveau-nés et surtout causer, causer, causer… de tous les aléas du quotidien.
Très souvent, entendre chacun évoquer ses doutes et ses moments de ras le bol est plus thérapeutique que toute autre parole.

Chacun redevient, par  la magie d’un vécu commun et partagé, un parent « suffisamment bon ».

 

NB : Ce billet fait partie d’une « série à thème », presque une commande, issue d’une « discussion » sur Twitter sur le différentiel entre la plénitude annoncée et le quotidien chaotique. Les angles d’abord sont multiples… J’y reviendrai surement bientôt.

 

 

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Du tarif de la roue

Publié par 10lunes le 3 février 2014 dans Après, Profession sage-femme

 

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Leur appel m’a cueillie à la sortie d’une réunion professionnelle, au moment où chacun se réjouit de rentrer chez lui après une journée bien remplie. Elle a accouché il y a dix jours, vit depuis un allaitement chaotique et douloureux

Pour son retour à domicile, personne ne lui a rappelé la possibilité d’un accompagnement par la sage-femme rencontrée pendant la grossesse. La seule consigne – donnée /entendue ? – était de contacter la puéricultrice de PMI pour surveiller le poids de son bébé. Comme elle a un peu tardé à l’appeler, le rendez-vous est prévu pour la semaine prochaine.

Consultations pédiatriques surbookées, médecin traitant annonçant son manque de compétence sur le sujet, maternité expéditive au téléphone. C’est le soir, elle a mal, envisage de cesser l’allaitement… et ils se souviennent que nous nous sommes déjà rencontrés.
Oh, pas beaucoup, juste à huit reprises, une bonne quinzaine d’heures, en préparation à la naissance.

Je suis la cinquième roue du carrosse mais la seule qui décroche son portable à cette heure un peu tardive. Cinquième roue donc mais roue de secours.

La situation n’a rien de désespéré ; son petit bonhomme plein de bonne volonté accepte de cesser de pleurer, accepte de tirer la langue pour me montrer qu’il en est capable, accepte de prendre correctement le sein et accepte de s’endormir paisiblement après une tétée redevenue indolore par la grâce d’une meilleure position.

On cause encore un peu ; l’accouchement, la rencontre, le retour à la maison et les plus ou moins petites questions restées sans réponses… je prends le temps nécessaire.

Il est tard, j’ai faim et ma soirée paisible est bien entamée. Je m’apprête à les quitter. Nous convenons qu’elle rappelle le lendemain pour faire le point et prévoir si besoin un nouveau rendez-vous. Au plus tard, nous nous retrouverons pour la rencontre postnatale déjà programmée avec le groupe de préparation.

Je suis en train d’enfiler mon manteau lorsque j’entends :
– Est-ce qu’on te doit quelque chose ?

Effectivement, je n’ai pas évoqué de règlement. Je suis arrivée les mains vides, sortie de réunion sans sacoche, évidemment sans son dossier et sans lecteur de carte vitale ; ça attendra notre prochaine rencontre, comme pour les séances de préparation dont je regroupe la facturation.
Mais la formulation m’irrite. « Combien te devons-nous » ou « Nous passerons te payer  » m’auraient mieux convenu.
Il n’irait donc pas de soi que mon travail soit rémunéré ?

Affichant mon plus large sourire, j’ai acquiescé.

 

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Un appel à signer pour soutenir le travail des PMI 

 

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Post partum animal triste

Publié par 10lunes le 3 septembre 2013 dans Après

 

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Merci les médias, quand je suis en mal d’inspiration, un petit article et ça repart.

Cette fois-ci, l’article est titré « La vraie histoire du sexe après l’accouchement ». Je le lis, bougonne doucement. Il la joue un peu hussard le Dr Harvey ! Le vagin ne sera plus jamais comme avant, ça a l’air de signer la fin d’une époque : bonjour la parentalité, adieu l’orgasme.
Mais si le propos est un peu rude, dénoncer le ronronnement médiatique – qui aime à laisser croire qu’une grossesse est une location de neuf mois restant sans effet dès le départ de l’occupant – est salutaire.

Pour autant est-il normal de penser Plus jamais mon mec ne me touche ? Ce n’est pas ce que j’entends des femmes que je rencontre au quotidien même si rien n’est simple. Fatigue, manque de disponibilité, peur d’avoir mal et/ou de ne pas retrouver le plaisir sont des sujets récurrents dans les semaines suivant la naissance… L’arrivée d’un enfant bouleverse tous les aspects de la vie et il faut se laisser le temps de s’y adapter. Ce n’est sûrement pas assez dit.
Admettons qu’il faille un peu charger la barque pour que le message soit clairement audible.

Mais la barque coule aux paragraphes suivants. 

Mon vagin était devenu un hall de gare. Pourquoi  présenter l’envahissement des examens comme un incontournable ? Les touchers vaginaux sont le plus souvent inutiles lors de la grossesse et ne devraient pas se multiplier pendant un accouchement. Par ailleurs, une femme peut être examinée avec respect, douceur, en ayant attendu son autorisation. Ou l’on peut considérer son corps comme un domaine public, entrer dans une salle de travail sans prononcer un mot, enfiler un doigtier et fourrager brutalement en oubliant qu’il y a un être humain de l’autre côté du plastique. N’est-ce pas plutôt cela qu’il faut dénoncer ?

Pendant l’accouchement, la sage-femme rentre l’avant-bras dans ton vagin pour voir où en est ton col. Que nenni, l’index et le majeur suffisent grandement, pas besoin de l’avant-bras ! Pourquoi véhiculer ce genre d’image sinon pour conforter la « goritude » de la chose ? 

S’ajoutait à cette sensation un accessoire peu glamour mais obligé : pendant un mois après la naissance de son bébé, elle a porté constamment des couches, de très grosses serviettes. Effectivement la couche épaisse manque un tantinet d’élégance. Mais cela ne concerne que les premiers jours, ensuite les pertes diminuent et les protections se font plus discrètes. Alors oui, pas de tampons en postnatal immédiat (le glamour du fil qui dépasse ?) pas de moon cup non plus… Saigner est un aspect de la vie des femmes, tout simplement.

Les médecins recommandent d’attendre au moins quinze jours avant la reprise des rapports. Personnellement, je ne recommande rien sinon d’attendre d’en avoir envie et de prendre du temps ensemble ; pas forcément pour se grimper dessus, juste le temps de la tendresse, parce que le désir émerge rarement entre des pleurs à apaiser et un sac poubelle à descendre…

On nous sert ensuite les inévitables exemples de ceux pour qui ça n’est jamais reparti. L’arrivée d’un enfant ne soude pas un couple, ne le détruit pas non plus. Mais elle aiguise toutes les aspérités. Si ça n’allait pas très bien avant, ça ira rarement mieux après et ce n’est pas l’accouchement en lui-même qui est en cause.

Ce qui m’irrite au final, c’est que cet article écrit en filigrane qu’une nana n’est désirante et désirable que mince, tonique et aménorrhéique ; que tout changement corporel est forcément assassin pour le désir ; que récupérer d’un accouchement, c’est perdre ses kilos, masquer ses vergetures et remonter ses seins. Bien la peine de citer le Beautiful Body Project ! *

Je vous invite à ré(?)-écouter cette chanson de Moustaki magnifiquement interprétée par Reggiani (avec du Baudelaire en prime)

 

*extrait du volume 1 consacré aux mères

 

PS : j’ai volontairement omis plusieurs questions évoquées dans cet article car elles méritent à elles seules un billet. A venir… ?

 

 

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Cachez ce sein

Publié par 10lunes le 11 mars 2013 dans Après

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Le musée présente une rétrospective « Le nu dans tous ses états ». Dessins, peintures, photos ou sculptures, petits ou grands formats, les corps sont exposés, livrés au regard. Que l’image soit anatomique, érotique, transcendée, rêvée, revisitée… la nudité est partout.

Elle parcourt cette exposition avec son tout petit. Porté en écharpe, lové contre sa mère, c’est à peine si on devine sa présence. Mais quand la faim se fait sentir, ses manifestations sonores la rendent plus évidente.

Au centre de la salle, de grandes banquettes confortables permettent de se reposer en contemplant les oeuvres. Dans un coin, un tabouret celui du gardien peut être, est inoccupé. Il a le mérite d’être hors du passage des visiteurs. C’est donc celui là qu’elle choisit.

Sous le T-shirt, sa main libère le sein puis remonte le pan de tissu tandis que son autre bras approche l’enfant du mamelon. Le tout ne prend que quelques secondes ; ne reste visible que le dos du bébé tourné contre sa mère. En étant très attentif, à peine peut-on deviner aux faux-plis du tissu que quelque chose se passe. Mais rien dans son attitude n’est ostentatoire, encore moins provocant.

A peine la tétée commencée, le gardien vient la chercher pour lui proposer un endroit plus confortable. Elle décline poliment, se sent bien dans la salle. Il insiste, cela pourrait être gênant. Elle le rassure, ça ne la dérange absolument pas. Mais ce n’est pas de sa gêne qu’il s’agit mais de celle supposée des visiteurs. En empaumant son coude pour la pousser à se lever, le gardien affirme à nouveau, « Vous serez mieux installée ailleurs ». Pour éviter l’esclandre, elle accepte de le suivre.

C’est ainsi quelle se retrouve au fond d’un couloir sombre, à proximité immédiate de l’entrée des toilettes, installée « plus confortablement » sur un tabouret identique à celui que l’on vient de la forcer à quitter.

 

©Photo

 

PS : je travaille sur une réponse au dernier livre d’ Odile Buisson. En attendant que je parvienne à publier autre chose qu’une réponse épidermique forcément maladroite, un seul conseil : n’achetez pas son livre ! Inutile de faire monter ses chiffres de vente et ses droits d’auteurs… 

 

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