Attentive

Publié par 10lunes le 11 décembre 2016 dans Après

 

coeur-6Les débuts à la maternité sont difficiles. Elle est perdue devant les pleurs de sa toute petite fille, épuisée, craignant plus que tout de ne pas être à la hauteur de ce qui l’attend.

Aussi la confirmation de son départ tombe comme un couperet. Se retrouver à la maison sans le soutien des soignants tant sollicités ces derniers jours l’angoisse profondément.

Mais la porteuse de l’annonce perçoit sa détresse. Malgré son service bientôt terminé, malgré la fatigue présente sur son visage, elle s’assied sur le lit et prend longuement le temps de la rassurer, par de multiples petits conseils pratiques mais surtout en soulignant sa compétence de mère.
Au fil des mots, tout doucement, elle lui insuffle la confiance qui lui manquait.

Des années plus tard, elle repense encore à ce moment avec émotion et précision.
Et si jamais elle n’a su quel était le métier de cette soignante, elle garde son prénom en mémoire.

 

Mots-clés : , , , | 3 commentaires

Mal embarquée

Publié par 10lunes le 4 octobre 2016 dans Après

 

14027-vintage-illustration-of-a-woman-rowing-a-boat-on-rough-seas-pvElle pleure, que dis-je elle sanglote, crescendo, depuis une bonne demi-heure.
Toutes mes tentatives d’apaisement, bonnes paroles, réassurances, propositions diverses sont tombées à plat
La fin de son congé maternité se profile et l’idée de confier son enfant à la garde d’une « étrangère », étrangère pourtant  déjà connue et à qui elle accorde toute sa confiance, cette idée lui est insupportable.

Je rame sur un océan de larmes avec toute mon empathie mais rien n’y fait. Le ressac nous emporte toujours plus loin.

Je m’interroge maintenant  sur une possible dépression, suggère une consultation avec la psychologue de la maternité, un avis de son médecin traitant, un possible arrêt de travail pour différer un peu le moment tant redouté et s’y préparer mieux.
Chacune de mes propositions tombe à plat.
La tempête enfle au rythme de mon impuissance.

Tassée dans le fauteuil, elle s’agrippe à la boite de mouchoir, seule bouée que j’ai su lui trouver. 
Je suis le mauvais capitaine d’un mauvais ersatz de l’Abeille Flandre et je sens bien que je ne vais rien sauver.
A mon énième proposition inutile, elle me coupe sèchement : 
– Tu ne m’aides pas là !

Ses sanglots s’apaisent, mais c’est parce qu’elle n’a plus envie de les partager avec moi.
Je m’inquiète pour elle et parviens à lui extorquer la promesse de nous revoir rapidement.
Elle différera ensuite ce rendez-vous sous un prétexte quelconque. Mais elle accepte de revenir un peu plus tard. Je ne l’avais pas anticipé mais elle si ; cet « un peu plus tard », ce sera après la reprise de son travail.

Entre temps, j’ai repassé en boucle cet entretien, mon inefficacité palpable et me suis promis de m’en excuser auprès d’elle.

Elle arrive, souriante et dynamique, comme je l’ai – presque – toujours connue.
Elle raconte ses retrouvailles avec ses collègues, le plaisir de son métier, les petits et grands bonheurs vécus avec son enfant. Tout va bien.

Je dis mon regret de n’avoir pas su la soutenir dans les semaines précédentes.

Elle s’engouffre dans la brèche : 
Je ne savais pas comment te le dire mais je voulais en reparler aujourd’hui parce que tu as été nulle. 
« Nulle », elle ne l’a pas dit comme ça, c’était moins violemment exprimé mais si je ne me souviens plus des mots exacts, j’ai bien leur sens en mémoire.

Et puis elle m’a expliqué et la leçon fût claire.
– Plus tu cherchais des réponses et plus je me sentais mal.
J’avais juste besoin de t’entendre dire que c’était normal d’être triste à l’idée de me séparer de mon bébé.

 

 

Mots-clés : , , , | 12 commentaires

Pour un clic, avec toi, j’écrirais n’importe quoi… ♫

Publié par 10lunes le 12 janvier 2016 dans Après

 

Dawn_Roode-082_copy

Quel meilleur moyen pour booster les visites sur un site que d’affoler le chaland ?
Les titres accrocheurs et les contenus racoleurs, c’est le fond de poubelle du net.
Cette petite cuisine me laisse souvent indifférente. Mais quand un titre grand public tente de recruter de l’audience en reprenant une étude sur l’accouchement tout en en omettant un « détail » essentiel pour la rendre plus angoissante, je m’énerve.

Parents.fr titre « Les blessures post-accouchement comparables à celles des sportifs ».
Sportive de dernière zone inclassable tellement elle est énième, je peux m’enorgueillir de deux performances athlétiques enfants ! Et m’imagine bardée de blessures de guerre, éclatante démonstration de mon dévouement maternel puisque je n’en ai jamais rien ressenti…

Je lis « événement le plus traumatisant, blessures pelviennes irréversibles dans 15 % des cas » (en gras, des fois que vous sautiez la ligne). Et comme on en est plus à un trou de la sécu près, l’article évoque l’intérêt d’une IRM systématique pour toute accouchée.

Mais vous n’avez pas encore assez peur, alors se rajoute avec un deuxième paragraphe sur le périnée avec 41 % (!) des femmes ayant subi « une déchirure du périnée, au point que ce muscle se détachait partiellement ou complètement de l’os pelvien ». Vous le voyez bien votre corps déchiqueté… vous vous imaginez traînant votre lambeau de périnée plus attaché à rien… ?

Sous l’article un lien conduit à un résumé de l’étude initiale. On découvre alors que les chiffres ne concernent pas l’ensemble des accouchées ; l’étude ne portait que sur des femmes présentant des facteurs de risque élevés de déchirure (lesquels, quel pourcentage de femmes concernées ?).
Elle souligne d’ailleurs qu’il n’est pas question de généraliser l’IRM à toutes les femmes ayant accouché.

La conclusion est bien celle citée par Parents.fr : « Si une femme sent qu’elle ne récupère pas assez, qu’elle a une sensation d’inconfort ou que certains symptômes l’empêchent de faire ses exercices de Kegel, elle doit consulter un spécialiste »*. 

Mais elle n’a plus tout à fait  le même sens…

 

*En espérant qu’elle n’entendra pas ce qu’une femme me racontait ce matin même. Se plaignant de douleurs vives plusieurs semaines après son accouchement, elle a consulté et a eu pour seule réponse, « Tout est rentré dans l’ordre, tout est normal, c’est dans votre tête ».

 

 

 

Mots-clés : , , , , | 5 commentaires

Désorienté

Publié par 10lunes le 20 décembre 2015 dans Après, Vie des femmes

 

004Ils n’ont pas choisi la maternité la plus proche. L’équipe qui accueillera leur enfant saura se montrer plus qu’attentive à leurs attentes. Le prix à payer pour cet accompagnement est de faire une bonne demi-heure de voiture.

Le trajet se passe bien. Soucieuse de ne rien perturber du travail de son corps, elle s’est isolée dans sa bulle, s’en remettant à son compagnon pour la conduire à bon port. Les yeux fermés, elle est centrée sur elle-même et rien ne vient la déranger.

Tout se passe comme prévu, le départ comme l’arrivée sont sereins, l’accueil chaleureux et la naissance facile. 
Aucune fausse note dit-elle le lendemain quand ils se refont le film de la naissance, pour mieux en graver chaque instant dans leur mémoire.

Elle surprend le regard un instant confus de son compagnon.
– Hier, sur la route, tu n’as pas remarqué…?

Non elle n’a rien remarqué ; pas de coup de frein brusque, pas de virage violent, une conduite efficace et douce.
– Oui… mais je me suis trompé de chemin.

Elle sourit, quel que soit le détour, elle n’y aurait pas prêté attention.

Et je ne résiste pas à copier ici sa phrase de conclusion
« Notre chemin était parfait. Juste parfait »

 

 

Mots-clés : , , , | 1 commentaire

Désinhibée

Publié par 10lunes le 19 décembre 2015 dans Après, Vie des femmes

 

030

Son compagnon et leur nouveau-né l’attendent dans une chambre du service, quelques mètres plus loin.
L’accouchement s’est bien déroulé mais la délivrance ne se fait pas. Il faut aller chercher le placenta et ça nécessite une brève anesthésie générale.

Elle n’avait pas imaginé ainsi l’heure suivant la naissance et s’angoisse un peu du geste à venir. La sage-femme cherche à la détendre ; plus elle s’endormira calmement, plus son réveil sera serein. Elle lui propose de se concentrer sur une belle image, un paysage qu’elle aime par exemple.

L’obstétricien se tient prêt, en attente du top départ que lui donnera l’anesthésiste.
Mi-blagueur, mi-rouleur de mécaniques, il suggère
– Ou sinon, vous pensez à moi.

La réponse fuse 
Ah non, je vais plutôt penser à mon mari. Il est beaucoup…

Le produit commence à circuler dans ses veines. La fin de sa phrase se perd dans un presque chuintement
…plus beau que vouuus.

 

 

 

Mots-clés : , | Ajouter un commentaire

Franc

Publié par 10lunes le 17 décembre 2015 dans Après

 

002

Il est minuit mais personne ne dort. L’accouchement s’est un peu précipité et faute de mode de garde immédiatement disponible, le grand frère de trois ans est arrivé à la maternité avec ses parents. De bonne composition, il accepte de rester avec l’aide soignante qui propose gentiment de s’en occuper le temps de la naissance.

Peu  après, heureux de pouvoir lui présenter le nouveau-né, son père vient le chercher.
Son frère est blotti contre le sein maternel. Il a déjà été examiné, pesé et habillé, sans oublier l’habituel collyre de l’époque ; un produit coloré qui cerne ses yeux d’un large reflet mandarine.

Son père le hisse à la bonne hauteur et interroge
– Alors, comment tu le trouves ton petit frère ?
– Orange !

 

 

Mots-clés : , | 1 commentaire

Fleurie

Publié par 10lunes le 13 décembre 2015 dans Après

 

024

Ce troisième enfant qui s’annonce n’a pas encore de prénom. Parce qu’ils ne savent pas encore s’il est fille ou garçon ; et parce que, faute de s’être enthousiasmés ensemble sur un même choix, la liste reste longue.
Pour une fille, le père a eu un coup de coeur. Mais sa compagne hésite encore.
Alors, comme pour leur précédent enfant, ils attendent de découvrir leur tout-petit pour se décider.

C’est une petite fille qui vient se poser sur le ventre maternel. 
A la rituelle question de la sage-femme, ils répondent qu’ils ne savent pas encore.
Elle s’affaire autour d’eux, couper le cordon, attendre puis vérifier le placenta, s’assurer de l’absence de déchirure, s’attendrir devant la petite tétant avec vigueur.

Tout va bien. La sage-femme se retire et les laisse en famille.
Ils s’émerveillent devant leur petite aux traits si fins, la nomme de multiples petits surnoms tendres.
Le bracelet de plastique rose attend sagement un prénom sur un coin de chariot.

La sage-femme repasse un peu plus tard, s’amusant de la suggestion d’une collègue 
– Quand on ne sait pas, c’est bien de donner un prénom de fleur.

La sage-femme doit être fée. Un seul prénom parmi leur liste est aussi le nom d’une fleur, celui que le père préférait.
Ils y voient tous les deux un coup de main du destin.
Elle va s’appeler Garance !

 

 

Mots-clés : , , | 5 commentaires

Soutenante (1)

Publié par 10lunes le 17 décembre 2014 dans Après

 

christmas-eve-436138_640

Sa température est élevée, beaucoup, bien trop pour une jeune accouchée ; elle se retrouve aux urgences.
Le diagnostic tombe, infection utérine avec son corollaire imposé, hospitalisation.

Mais elle ne relève plus de la maternité – les joies de l’organisation des soins – et le service qui la prend en charge ne peut accueillir son bébé.

C’est donc seule et frissonnante qu’elle est hospitalisée. Dans son brouillard fiévreux, un seul objectif, préserver sa lactation, ne pas répéter sa première expérience, mal vécue, d’un arrêt précoce de l’allaitement au prétexte qu’elle n’aurait pas de lait.

Mais le service n’est pas une maternité, et à cette heure tardive, le lactarium est fermé et les consultantes en lactation absentes…
La priorité est de traiter rapidement son infection. Le reste apparaît bien secondaire.

Pourtant, l’aide soignante à qui elle a confié ses craintes ne veut pas en rester là. Elle se démène, déniche un tire-lait puis reste avec elle parce que tremblante et épuisée, elle ne parvient pas à maintenir seule l’appareil contre son sein.

Durant sa brève hospitalisation, c’est cette même aide soignante qui l’encourage, la guide et la rassure.

A sa sortie, c’est encore elle qui lui prodigue d’autres conseils pour redémarrer au mieux son allaitement.

Et c’est le prénom de cette aide-soignante qu’elle prononce quand elle revient quelques semaines plus tard, réclamant SA soignante parce qu’elle nourrit toujours son enfant au sein et veut l’en remercier.

 

 

6 commentaires

Sucré/salé

Publié par 10lunes le 11 décembre 2014 dans Après, Vie des femmes

 

gummibarchen-12007_640

Ils en ont assez. Assez de cette grossesse surmédicalisée, des remarques sur sa prise de poids, du dépistage du diabète, des résultats normaux mais quand même, il faut faire attention.
Assez aussi de il semble bien gros ce fœtus, reposez vous car vous avez des contractions, bougez c’est mieux pour votre poids, votre tension est limite, on va rajouter un rendez vous pour contrôler et comme elle a du attendre et va rater la séance ciné prévue avec ses copines… sa tension est encore limite et on lui impose le passage d’une sage-femme deux fois par semaine, comme ça, elle vérifiera.

L’accumulation est pesante et eux assez désabusés.

Alors, quand la sage-femme vient pour la première fois prendre cette fichue tension et poser ce foutu monitoring,  elle ne résiste pas au plaisir de la tester.

Avec mon gros ventre, j’ai moins envie de faire l’amour et puis ça me donne des contractions
Les yeux de la sage-femme quittent le tracé du monitoring et se lèvent vers elle.

Mais lui – coup d’œil complice – il a plus envie que moi, alors je voudrais lui faire plaisir.

La sage-femme reste silencieuse, attendant la suite.

– Et  je pourrais m’occuper de lui autrement…

La sage-femme semble s’interroger sur la réponse attendue et prononce un très neutre, vous faites ce que vous voulez. 

– Oui mais est ce que je peux avaler ? Parce qu’on s’est renseigné et y a du sucre dans le sperme et comme on m’a déconseillé le sucre…

Son interlocutrice, hésite un peu, émet quelques considérations sur le volume d’une éjaculation, sourit de plus en plus franchement.

Eclat de rire partagé qui valide son examen de passage.
Ils vont pouvoir cheminer ensemble.

 

 

3 commentaires

Positive

Publié par 10lunes le 3 décembre 2014 dans Après, Vie des femmes

 

time-275428_640

Cette consultation post natale est décidément joyeuse. Elle raconte avec bonheur son accouchement parfait, point d’orgue d’une grossesse idéale.

Elle s’extasie maintenant sur la vie si facile avec ce nourrisson plein de bonne volonté. D’ailleurs, c’est pas pour dire mais à un mois et demi, il fait déjà ses nuits !

Mon lever de sourcil n’a pas du être assez discret. Pour mieux me convaincre, elle précise : Mais je t’assure, vraiment, la dernière tétée, c’est disons vers minuit ou 1 heure, et puis après il dort comme un loir et ne réclame que vers 5 ou 6 heures.

 

 

11 commentaires