La rameuse ensablée

Publié par 10lunes le 19 juin 2016 à 15 h 22 dans Pffffff

 

boat-867218_960_720

Vous pourriez me reprocher ma mono-maniaquerie mais y a des fois, c’est dur de faire autrement.
Je viens de lire que pour une IVG, les arrêts de travail sont  inutiles voire néfastes.

Et oui, comme les sages-femmes – et d’autres – osent s’offusquer du dernier communiqué de presse du SYNGOF (cf dernier billet), certaine rame de plus belle en nous expliquant que oui, y a pas besoin d’arrêt de travail pour une IVG « normale ».

A l’appui de cela, d’excellents arguments :
La dame, elle a qu’à choisir de faire son IVG le week-end ou alors poser un jour de congé.

NDLR : Ben c’est comme quand tu as la grippe hein, tu poses des jours de congé.

Et pourquoi éviter l’arrêt de travail ? 
Pour ne pas avoir à donner d’explications à ton employeur.

       NDRL : Ben oui quand t’as la grippe, tu reviens, t’as le nez qui coule, ça permet de te justifier. Apres une IVG, c’est pas ton nez qui coule alors ça justifie rien.

 

Si ça ne vous suffit pas comme argumentaire, on peut aussi en appeler aux combats féministes. 
Oui, parce qu’en faisant des arrêts de travail à tout va à ces bonnes femmes même pas capables de prévoir le refus ou la rupture de capote, la gastro ou l’oubli de pilule, ben on les pé-na-li-se.
C’est parce que nous professionnels de santé permettons aux femmes de s’arrêter pour un oui ou pour un non que l’égalité salariale n’est toujours pas acquise !

Hum, vous trouvez que mes attaques sont débiles, mes propos outranciers et que faut quand meme pas exagérer, #NosAmisDuSyngof n’ont pas dit ça ?

Ben si !

Je n’ai fait que paraphraser la publication sur leur page facebook d’une représentante bien connue du Syngof, déjà célèbre pour avoir déploré sur France Culture « Les dames qui me disent je viens pour un examen gynéco et un frottis et elles ont leur règles et elles m’en mettent partout ». J’ai nommé Mme Paganelli, secrétaire générale dudit syndicat.

Comme vous ne me croyez surement pas, je vous invite à lire tout cela ici.

Et copie paresseusement la conclusion de cet autre billet évoquant le Syngof :
Avec des amis pareils, ils n’ont pas besoin d’ennemis !

 

 

NB, prudence étant mère de sûreté, je copie ci-dessous le post- sans en modifier une virgule – au cas où l’éclair de lucidité d’un gestionnaire de la page le ferait retirer…(j’ai peu d’espoir, il est en ligne depuis  4 jours) :

Pour avoir pratiqué en ville l’ivg médicamenteuse depuis des années dans mon cabinet, après l’ivg chir au chu de Tours, je n’ai jamais prescrit 4 à 8 jours d’arrêt de travail pour une ivg médicale…
Soit il y a une complication et la patiente a du être vue aux urgences gynécologiques pour hémorragie et l’arrêt de travail est prescrit pour complications ;
soit tout se passe bien et on propose à la patiente de choisir le jour de l’expulsion un jour férié avec un adulte, si possible le compagnon ou une amie, ou de poser un jour de congé ( cela lui évite de donner un arrêt de travail à son employeur et de craindre de devoir s’expliquer avec ses collègues).
Cela est le vrai contexte de l’ivg de ville qui permet aux femmes de poursuivre au mieux leurs activités sans arrêt de travail et leur permet au mieux l’anonymat de l’acte
S’il y a nécessité de quatre jours d’arrêt de travail ce n’est pas une ivg médicamenteuse normale
Il faut justement travailler tous ensemble : médecins traitant, sage femme, gynécologues de ville et hôpital
Si on considère que la femme est l’égale de l’homme au sein du travail et qu’elle puisse enfin etre payée comme l’homme et avec égalité, il faut que les professionnels de santé évitent les arrêts de travail injustifiés à leurs patientes
dr Elisabeth PAGANELLI, SYNGOF

 

 

16 commentaires sur “La rameuse ensablée”

  1. docteurdu16 dit :

    Je ne suis ni gygy ni maieuticien mais je suis par principe peu favorable à l’IVG médicamenteuse car, le plus souvent, on laisse la femme se dépatouiller avec ses douleurs, ses saignements, son expulsion et ce qui va avec : angoisse, et cetera.
    Je trouve que c’est un formidable retour en arrière.
    Mais surtout : on ne laisse pas le choix à la femme de la méthode, on décide pour elle et basta.
    Bonne journée.

    1. 10lunes dit :

      Je suis par principe tres favorable à ce que les femmes décident pour elles -mêmes. Imposer une IVG médicamenteuses serait tout aussi détestable qu’imposer l’aspiration sous AG pour cause de délais dépassés. Le choix éclairé passe d’abord par la possibilité de consulter rapidement et de recevoir toutes les informations nécessaires.

    2. Koa dit :

      Quand vous dîtes n’être pas favorable à cette méthode, il me semble que de fait, vous décidez pour « la femme » ce qui est le mieux pour elle, non ?
      J’ai avorté une fois, je souhaitais ardemment une IVG médicamenteuse et gérer moi-même douleurs, saignements etc. J’ai pu l’obtenir, j’ai géré, et les choses se sont passées aussi bien qu’elles pouvaient. J’aurais été réellement traumatisée par une IVG non-médicamenteuse : le rdv à l’hôpital auquel j’ai dû me rendre avant d’avoir rdv dans le cabinet du médecin de ville qui m’a prescrit l’IVG médicamenteuse a en soi été une très grande épreuve, plus que la suite…

  2. wain" dit :

    c’est à pleurer (de rage) !
    PS : puis qd on a une grippe, on a souvent un arrêt maladie, il est rare qu’on pose un jour de congé…

  3. Eleniria dit :

    Ivg il y a peu, on ne m’a rien proposé comme « arret », juste de « caler ca en fonction de mon emploi du temps », la meme chose pour mon mari qui a ete present a chaques rendez vous…

    C’est juste mettre un peu plus de batons dans les roues…

  4. Mariannne dit :

    Et comment faire culpaliser les femmes un peu plus !
    je travaille à l’étranger et je vois beaucoup d’hommes se faire faire des vasectomies lorsqu’ils ont le nombre d’enfants désiré.
    je sais ce n’est pas le débat, mais cela montre juste une mentalité bien différente de la notre !
    Ces hommes sont allemands, canadiens …

  5. Vervaine dit :

    Encore un peu plus écœurée et dépitée… Je ne pensais pas que c’était possible de creuser encore plus au fond du trou (pas de mauvais jeu de mots, je n’en ai pas le cœur). Et se permettre d’oser évoquer le féminisme pour encore plus enfoncer les femmes, non mais quel culot !

    N’y aurait-il pas un sous-entendu que pour une IVG, la femme « n’avait qu’à faire attention », donc « faut qu’elle assume maintenant, et prendre sur ses RTT ou ses dimanches. » Alors que pour une grippe ou des maux de ventre, un homme, il avait pas le choix le pauvre… J’extrapole peut-être, mais ça sent fort ce genre de jugement nauséabond…

  6. Besoft dit :

    Elle est peu humaine cette spécialiste, peut-être que la femme a besoin d’un congé psychologique ou physique, ce n’est pas rien, je ne l’ai aps vécu mais ce n’est pas une formaité non plus, oo un truc tellement honteux qu’il faut surtout le camoufler, ça arrive c’est tout. Dans nos pays on a la chance de le faire en sécurité mais ça ce serait encore mieux dans le respect de la femme

    J’ai testé le contraire, le transfert d’embryon congelé, les études ont beau démontrer que d’être arrêtée n’augmente pas les chances de grossesse donc du coup seulement 48h donné par l’hosto, ce n’est pas pour ça que je n’avais pas besoin de plus de jours pour gérer l’événement psychologiquement. Heureusement mon généraliste m’a entendu et respectée. J’ai des connaissances qui vont à l’hosto pour le transfert et se sente d’attaque pour retravailler le jour même ou le lendemain, nous sommes différentes c’est tout, imposer un même protocole à tout le monde c’est nier l’humain

  7. joelle dit :

    Bonjour,
    Une idée simple passe toujours mieux qu’une idée complexe. Ce billet, comme d’autres, invite au raisonnement binaire : « congé=respect » versus « pas congés= punition » et « ça » marche super bien, les témoignages affluent. Pourtant, parler de « congés » sous-entend que l’article s’adresse seulement aux salariées et pas du tout à l’ensemble de la population féminine. En effet : quelle mère de famille seulement mère de famille et donc non salariée dans une entreprise possède le choix de solliciter un « arrêt maladie », un « congé psychologique », un simple congé…? AUCUNE. En effet : quelle femme exerçant une profession libérale, indépendante, commerçante à son compte possède le choix de solliciter le moindre congés financé par une caisse publique? AUCUNE. Les femmes de ces deux catégories sont-elles moins fragiles, plus inconscientes, moins respectables, plus représentatives? Je ne sais pas. Ce dont je suis certaine c’est qu’aborder ce « problème » en parlant d’une ou deux journée de « congé maladie » c’est à la fois non-respecter les femmes qui sortent du cadre salarié et pathologiser un acte qui entre dans la physiologie/psychologie féminine depuis la nuit des temps.
    J’ai toujours imaginé que l’objectif de ce blog allait dans le sens de la non-pathologisation et invitait à un plus grand respect de toutes les femmes… Pas facile…

    1. 10lunes dit :

      Ca ressemble à du trollage en règle mais je réponds quand même.
      – Idée simple/complexe : c’est pas moi qui simplifie, c’est Mme Paganelli. comme je l’ai précisé, ce billet est une « simple » paraphrase de ses écrits
      – la question du congé réservé aux salariés : vraie question qui n’était pas le sujet. Pour le coup, grippe ou IVG, la difficulté est la même.
      – enfin le coup de la pathologie… entre ceux qui décrient l’IVG médicamenteuse car très douloureuse et ceux comme toi qui la range dans la physiologie féminine, y a surement un juste milieu qu’il appartient à chaque femme de juger pour elle même. Signer un AT n’impose pas de s’arrêter mais ne pas le signer impose de travailler. J’y vois comme une nuance de taille…

    2. Vervaine dit :

      euh… l’IVG, de la physiologie? On n’a pas la même définition, visiblement !!!

  8. Lucile dit :

    Le Magazine de la Santé, émission du 21/06, s’est royalement payé Mme Paganelli, et dans les règles de l’art !
    Petit bonus : ils en remettent une couche en appuyant là où ça fait mal, à savoir insister sur le fait que maintenant les SF ont le droit de prescrire des IVG médicamenteuses… et les arrêts qui vont avec !
    Ca a égayé ma journée ! Et j’ai de suite pensé à vous 10lunes 😉

  9. Sophie dit :

    Je pense que, si un homme se retrouvait à « subir » une IVG, il réclamerait bien vite une semaine d’arrêt de travail !!!! Je pense même que certains en réclameraient à chaque fois qu’ils auraient leurs règles… hihi !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *