Consternation

Publié par 10lunes le 26 mai 2016 à 15 h 00 dans Pffffff, Profession sage-femme

 

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Ce matin je me réjouissais d’avoir retrouvé @DocArnica sur twitter  quand soudain…une alerte mail : L’accouchement doit rester un moment intime.

Le genre de titre fourre-tout qui peut dire tout et son contraire.

L’introduction précise que la sage-femme interviewée réagit au récit d’une naissance à domicile. Je m’empresse de chercher l’article, une simple anecdote permettant d’ajouter un peu de joyeuseté dans les pages locales.

Mais cette sage-femme « qui réagit » n’est pas n’importe qui. Elle est présidente d’un Ordre départemental, c’est-à-dire d’une structure censée me représenter, même si le département concerné n’est pas le mien.
Voyons donc qui nous représente en Indre et Loire.

Une sage-femme qui « ne cautionne pas l’accouchement à domicile », au point de le répéter deux fois. La question n’est pas de cautionner ou pas mais de s’appuyer sur une argumentation scientifiquement valide.
Apres avoir indiqué que l’Ordre national cherche à trouver des réponses au problème de l’assurance (et s’être autorisée à affirmer que ce sera sans succès) elle ajoute que l’AAD est dangereux, reprenant à son compte les sempiternels « et si »… On ne fait pas de la médecine avec des si, des hypothèses et des cas particuliers, on E-VA-LUE. Et l’évaluation permet me semble-t-il de « cautionner ».

Au paragraphe suivant (décidément y a pas une ligne qui passe), elle entretient le mythe de l’ambulance dédiée aux Pays-Bas. Les ambulanciers hollandais n’ont bien évidemment rien d’autre à faire que de patienter des heures devant le domicile d’une femme en travail en prévision d’un très éventuel transfert vers une maternité.

On en arrive au chapitre bien-pensance. « Les femmes ont parfois l’impression d’être dépossédées », mais les professionnels les ont en-ten-dues ! Leurs demandes sont d’ailleurs si bien reconnues que ma consoeur envisage un projet de naissance… soyons fous… « pourquoi pas sans péridurale ».

Elle en appelle ensuite à la baignoire et aux ballons en oubliant, comme trop souvent, qu’accompagner une naissance de façon physiologique et respectueuse ne se résume pas à quelques éléments de décor. Avant l’eau et les coussins colorés, cela nécessite une sage-femme bienveillante évidemment, mais surtout disponible… denrée devenue rare au fil des réductions de postes en maternité (la semaine dernière, j’ai revu deux couples en suivi postnatal qui racontaient chacun avoir attendu plus d’une heure – et pas le même jour-  avant d’être accueillis parce que les sages-femmes étaient plus que débordées. L’une des mères a frôlé de très peu l’accouchement en salle d’attente…)

Enfin – et vous me direz que c’est mon petit ego qui est blessé mais oui, il est blessé – je me désespère de voir ma consoeur réduire ma place dans cette « ouverture à des mises au monde plus naturelles » à une « large palette de préparation ».

Parce que la place des sages-femmes libérales – comme de toute autre sage-femme – c’est assurer des consultations, accompagner les grossesses en s’attachant à prévenir avant d’avoir à guérir, écouter, dialoguer, participer à l’émergence d’un projet libéré de tout formatage type Babyboom et consort, aider les femmes et les couples à s’appuyer sur leurs  compétences propres…

Tout sauf se limiter à une palette de techniques, aussi charmantes soient-elles.

Au final, je ne me reconnais dans aucune des paroles énoncées par ma…ahem… « représentante ».

 

 

 

17 commentaires sur “Consternation”

  1. maia dit :

    pas mieux ! 😉

    Avec ce genre de choses, mon humeur varie entre : pleurer/hurler/tout planter et aller élever des brebis en Nouvelle Zélande…

    Mais ton billet me redonne espoir, et la patiente qui débarque finit de couper mes envies alternatives à seulement bien faire mon boulot en essayant de faire avancer notre métier !

  2. Bergerault dit :

    Sage femme libérale du département en question, j’ai aussi ouvert le journal le matin avec un grand espoir en voyant que pour une fois la deuxième page nous était entièrement dédiée……malheureusement une fois ma lecture terminée j’aurai préféré ne pas l’avoir lue.Outre le mépris et l’attaque de la sage femme libérale qui pratique contre vents et marées sa profession, et dans une région où il est inutile de dire combien c’est « bien vu  » par les structures, la sage femme libérale est encore une fois décrite comme une touriste de l’obstétrique pour « bobos branchés » qui cherchent les dernières  » techniques »!!! comme si une naissance découlait de ploufs dans l’eau et trois tortillages de fesses sur un ballon!! lamentable!!!!
    mais qu’on envoie donc toutes les étudiantes chez des sages femmes libérales pour voir si notre action se borne aux préparations ( indispensables cependant).Que fait on de l’écoute, des suivis de grossesses des suites de couches, rééducations,de la gynéco, des poses de stérilets et autres,des réponses aux gros coups de blues quand bébé ne laisse plus une minute à sa maman déjà épuisée etc…….25 ans que je cours dans tous les sens comme beaucoup d’entre nous et ça commence à être agaçant d’être sans cesse considérées comme des sages femmes de deuxième zone!Nous devons voter pour ce fameux CO et bien pour la première fois de ma carrière de sage femme ( 40 ans cette année) je boycotte , je ne voterai pas.

    1. 10lunes dit :

      Boycotter ? Mais justement, c’est en votant que l’on fait en sorte que nos positions soient représentées. Et si aucun(e) candidat(e) ne trouve grâce à tes yeux, alors il faut convaincre de plus représentatifs de candidater…

  3. Madeleine dit :

    Je n’aurai pas de 3ème enfant et pourtant je continue de lire votre blog, non pas tant pour vos expériences de sage- femme mais surtout comme soigant-empathique de la Femme. Bref, j’ai eu mes deux enfants dans le département en question et j’ai eu cette « charmante » sage femme en prépa de mon premier accouchement. Prépa que j’ai arrêtéé car je pleurais de désespoir en ressortant. Tout me semblait si carré, cadré, prévu que j’avais une trouille horrible de ne pas rentrer dans ces cases le jour J. Mon gynéco – le plus gentil et le plus compréhensif à 50 km à la ronde- m’a dit : allez donc au restaurant ou au cinéma à la place, ça sera moins anxiogène et vous verrez tout se passera bien. J’ai eu un mal de chien à justifier que je ne souhaitais plus finir ma prépa, limite à me faire remonter les brettelles par votre charmante consoeur. Finalement, j’ai accouché sans mes cours de prépa, sans péri, sans épisio ….grâce à mon gynéco qui à son arrivée en salle de naissance à gentiment mais fermement viré celle qui me disait : « allez madame, il faut vous presser, ça fait une demi heure maintenant, votre bébé doit sortir, c’est sûr sans péri c’est plus long… » (n’importe quoi…)Il m’a dit : on a le temps, tout se passe bien, je suis pas pressé, je ne pars en vacances que ce soir (c’était vrai en plus…), votre fils va venir tout seul. Et il est venu. Tout seul, entre ses mains.
    Mais ici, on est en Indre et Loire, tout le monde baigne dans une atmosphère « bien pensante », où ça ne se fait pas de penser ni de faire des choses contre l’ordre établi. Malheureusement,ça ne vaut pas que dans votre domaine!
    Continuez comme vous êtes car il existe peu de soignants comme vous qui prennent en compte les besoins de leur patients, sans juger, jauger, enjoindre….
    Bien cordialement
    M.

  4. Sorraine dit :

    Non, mais, aussi prennez en compte la formation, et l’ambiance qu’elles vivent. Parce qu’elles ne sont pa smeilleures, ni pires que vous, els tenantes d’un accouchement hospitalier. Peut-petre juste ‘meilleures élèves » dans le sens où elles savent miieux que vous se plier aux ordres, et aux règles.

    Par ailleurs, pour avoir accoucher deux fois sous dominance gynécologique et médicale, et historique, forte, je n’en suis pas morte. Ça va, on se détend, elles ne sont pas si mauvaises. Il y a mieux, c’est sûr, (ou probable) et on peut rêver mieux, surtout, mais dans le fond, accoucher en pleine soumission à l’ordre n’empêche ni d’y survivre, ni d’aimer son nourrisson, ni de ne pas l’aimer, ni de chouiner, ni de clamer son bonheur. En somme, vous bataillez sur un point de détail, quand l’essentiel sera toujours de parvenir au but. Et avec ou sans vous, avec ou sans un cadre hospitalier délirant, à la fin, les femmes, dans leur ensemble, sont toujours arrivées au but.

    Ce qui me fait dire qu’il faudrait peut-être revoir vos méthodes, parce qu’à force de raconter que vous savez, seules, maîtriser un accouchement « libre » et sans mal, vous racontez surtout que tous les autres sont malsains.M’enfin, je dis çà, je dis rien, j’ai accouché deux fois, en milieu médical serré, et franchement, j’en ai pas souffert.

    Je devrais?

    1. Vervaine dit :

      C’est du trollage en règle, ou bien?
      Soit vous n’avez jamais lu le blog de 10lunes, sauf cet article, soit vous cherchez la polémique?
      Quand on prône l’écoute, le dialogue et le respect, c’est dans les 2 sens… Respecter autant celles qui veulent un accouchement médicalisé en maternité que celles qui ne le veulent pas.

      1. 10lunes dit :

        Merci Vervaine 😉

    2. 10lunes dit :

      Sorraine, c’est à moi que vous vous adressez ? parce que
      – je ne maîtrise rien et ne prétends surtout pas à y parvenir.
      – les femmes dont je suis la grossesse accouchent pour la presque totalité en maternité
      – avec des collègues dont je défends le travail mais dont je dénonce les conditions d’exercice
      – je n’accompagne pas d’accouchement à domicile

      Mais il est vrai que je réagis plus facilement ces derniers temps à ce qui me dérange qu’à ce qui me ravit. Et je m’en veux.

  5. Vervaine dit :

    Merci pour cet article, qui montre encore une fois combien est biaisée la vision « alternative » à l’hôpital archi-médicalisé. Donc si on ne rentre pas dans le moule imposé, on est des hyppies bobos inconscientes qui faisons courir des risques à nos enfants… juste parce qu’elles veulent prendre un bain et s’amuser sur des ballons (et de chants mayas?!).

  6. Alalie dit :

    Bonjour,
    Comme vous, à la lecture de votre billet, je me suis dit : « mais qu’elle débile celle-là (celle d’Indre et Loire, pas vous ^^) »

    Mais pour vous rassurer, j’ai eu pour mon 1er un accompagnement à la maternité, une prépa en libérale et un accouchement à la maternité, avec que des gens très à l’écoute, proposant leur palette de solution sans en imposer une, devenant directif quand il me fallait que des « ordres » et redevenant à l’écoute quand je refaisais front …
    Bref, je re-signe sans soucis pour le 2eme dans cette maternité bien qu’elle soit à 1h de chez moi maintenant. Seule différence j’ai fait le suivi en libéral à coté de chez moi.

    Tous ça pour dire que des gens à l’écoute existe ! (heureusement) et que si on « tombe » pas sur les gens qu’il nous faut, il ne faut surtout pas hésiter à dire non c’est pas comme ca que je veux, ca n’empêche pas d’y revenir après avoir eu les arguments de la personne en face, mais au moins on aura compris pourquoi !!

    1. Vervaine dit :

      Bonjour Alalie, je rebondis sur votre commentaire: quand on dit qu’il y a des problèmes dans les maternités, ça ne veut pas dire qu’il n’y a QUE des problèmes! Heureusement qu’il existe encore des gens compréhensifs et humains… Mais alors que cela devrait être la norme, on les érige en héros parce qu’ils ont été agréables/polis/à l’écoute… On inverse les valeurs, il me semble !

      Le deuxième souci est que, pour un accouchement, sauf en cas de césa programmée, on ne sait pas sur qui on va tomber ! Et ce jeu de hasard me semble tout de même bien aléatoire pour ce moment important de la vie d’un couple et de leur enfant. Et il est très difficile de dire non en pleine « action » ! quand on en position de faiblesse, quand on est infantilisée par un protocole ou un soignant autoritaire, par une pression morale effectuée quand au risque de mort de votre bébé! Les témoignages à ce sujet sont légion !

      1. Alalie dit :

        Bonjour,

        Pour le coup, je suis bien d’accord, on érige en héros ce qui devrait être normal, mais je préfère me réjouir que ça existe, plutôt que de désespérer que ca ne soit pas partout comme ca !

        Dire non n’est pas toujours facile et évident, mais si ma 1ere grossesse m’a appris quelque chose, c’est bien d’oser, dire non, poser les questions que j’ai en tête. Pendant l’accouchement, j’ai eu une episio, je n’ai pas « donner on accord » avant, mais apres ma sage-femme m’a expliqué pourquoi elle l’avait fait, et pour le coup j’ai eu aucun soucis a l’accepter même après coup alors que j’aurais pu penser qu’elle me l’a fait « dans le dos » ! Prendre 5 min pour expliquer peut parfois tous changer !
        Et poser nos questions aussi, pour un soignant quelque chose peut sembler normal, couler de source, mais pour nous c’est le grand saut vers l’inconnu ! Deux mondes se rencontrent !

        Mais d’une personne à l’autre tant coté soignant que patient, tous change rapidement ! Et il n’est pas toujours facile de s’adapter les uns au autres sur un moment si intense et au final plutot court !

  7. Claeys dit :

    Plutôt discussion d’opinions que basées sur des études. Quand tout va pas de problème à domicile. Sinon complications. Les hollandais semblent avoir plus d’enfants handicapés.

    1. Zab dit :

      A) « les hollandais ont plus d’enfants handicapés » : source ?
      B) Et même en admettant que ce soit vrai, à confronter à leurs statistiques d’IMG… Les problèmes lors de l’accouchement ne sont pas les seules causes de handicap !

    2. Marie dit :

      Bonjour,

      Il me semblait que les sages-femmes qui font des accouchements à domicile prennent le temps d’évaluer les risques, et sont à même de dire quand un accouchement nécessite un lieu plus médicalisé.

      Question aux pros : les complications post accouchement imprévisibles avant la naissance ça représente quoi exactement et à quelle fréquence ?

      Par ailleurs sur la remarque concernant les enfants handicapés en Hollande, j’aimerais bien avoir des chiffres, puisque vous parlez d’études.
      Après, le nombre d’enfants handicapés qui naissent dépend aussi de la société dans laquelle on vit. En France, c’est sûr que rien n’est fait pour aider décemment les familles qui accueillent un enfant handicapé, et la société passe son temps à ignorer, voire cacher, les personnes handicapées, entre autres…

  8. Peut-être que cette sage-femme se savait incompétente pour un AAD (comme celle qui m’a accompagnée en 2002)
    J’ai eu la crème niveau incompétence et mon AAD s’est transformé en drame, le plus douloureux de ma vie de maman (11 enfants)
    Ma culpabilité est encore énorme 14 années plus tard…Pourquoi ne m’a t’-elle pas écouté quand j’ai senti que mon bébé ne naîtra pas à la maison ? Pourquoi s’est-elle entêtée ? Pourquoi a-t-elle accepté d’accompagner une multipare (c’était mon neuvième enfant) si elle savait que ça représentait un risque trop important ? Elle qui avait été chef de service d’une grande maternité, c’est pas comme si je m’étais entourée d’une sage femme débutante dans le métier. Depuis ce 17 mars 2002, mon fils a basculé dans le monde de la différence 🙁
    Je ne suis pas aigrie, j’ai beaucoup d’admiration pour le métier de sage-femme.
    Bon dimanche à vous.

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