Mal traitant

Publié par 10lunes le 28 septembre 2015 à 23 h 36 dans Blessures, Médias, Pffffff

 

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Cet après-midi, France culture diffusait un Sur les docks consacré aux « Maltraitances médicales en gynécologie » avec cette intro édifiante « Tout au long de leur vie, les femmes livrent leur corps à des gynécologues ».

Bloquée dans un TGV à la connexion plus qu’intermittente, je me suis attelée au podcast aussitôt rentrée, bien décidée à produire une analyse détaillée et critique.
Mais nul besoin de détails, nul besoin de critique, les interventions des deux gynécologues, respectivement président et secrétaire générale du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (mes amis du Syngof quoi*) se suffisent à elles-mêmes.

J’aurais de toute façon été bien incapable d’écrire quelque chose de censé. L’audition cumulée des témoignages de femmes brutalisées par la médecine est aussi une violence. 


A tout seigneur tout honneur, commençons par le Dr Marty.

Il débute brillamment : La maltraitance vis-à-vis des femmes, pour moi c’est soit du domaine du fantasme soit effectivement des faits divers parce que y en a un ou deux qui ont violé mais ça ça existe dans tous les domaines.
Plus loin, il en rajoute tellement qu’il perd toute crédibilité : C’est pour nous un tel honnnnnnneur d’avoir des femmes qui nous font confiance.
Il osera conclure : Nous on est formés à tout entendre, à tout écouter. On ne fait rien que n’accepte la population.
Irréprochable !

Pourtant,  à deux reprises, son inconscient le trahit.
Evoquant le vécu des touchers vaginaux : Ça dépend d’une appréciation individuelle de cet examen. La plupart des femmes ne posent pas de problèmes par rapport à ça.
A propos des examens sur des patientes sous anesthésie : Y avait aucune raison d’aller expliquer à une femme qui dormait qu’on allait en profiter pour apprendre aux étudiants à faire des examens.

Le Dr Paganelli brille elle par ses interventions… décalées.

Elle ose un premier :  Les dames qui me disent je viens pour un examen gynéco et un frottis et elles ont leur règles et elles m’en mettent partout.
Affirme ensuite : Maintenant les femmes elles demandent tout ce qu’elles veulent…
Puis feint de s’attacher au confort des femmes en comparant  toucher vaginaux  sous et sans anesthésie.
La question n’est pourtant pas celle de l’anesthésie mais celle du consentement…

Consentement qu’elle caricature ensuite  : On leur donnera une fiche d’information par la secrétaire. Est-ce que vous acceptez que je fais (sic) le TV, est ce que vous acceptez  que je prends (re-sic) la tension, est ce que vous acceptez que je vous pèse parce que moi moi j’ai des obèses elles veulent pas être pesées.

Fin des extraits choisis ; je vous encourage à écouter l’émission pour vous faire votre propre opinion.

Je ne souhaite pas opposer gynécologues et sages-femmes. Aucune profession n’a le monopole du respect des femmes. L’un des témoignages évoque d’ailleurs le soutien attentif d’une gynéco.

Mais il semble urgent  que cette profession se trouve d’autres représentants.
Parce qu’avec des amis pareils, ils n’ont pas besoin d’ennemis…

 

*régulièrement invités ici …

Edit du 03 10 2015
Oup ! On me dit dans l’oreillette que le Dr de Rochambeau a remplacé le Dr Marty à la présidence du Syngof le 8 juin dernier. Le Dr Marty est maintenant trésorier du syndicat.

 

23 commentaires sur “Mal traitant”

  1. madi dit :

    heu non j’irais pas écouter, les quelques extraits écrits ici suffisent à me conforter dans mes choix. les gynécos c’est définitivement pas pour moi (et pourtant je vais etre obligée de consulter car ma SF ne veut pas me suivre seule pour ce troisieme bébé qui arrive à presque 40 ans et un surpoids que d’aucuns qualifient de morbide)

  2. madeleine dit :

    Ouahou!! J’en ai rencontré des comme ça mais heureusement maintenant j’ai un gynéco juste normal, dans le respect et la douceur qui comprend que c’est pas anodin d’être là allongée à moitié nue sur cette table!!

  3. Ptilu dit :

    Je tombe des nues car il y a 18 ans j’ai eu l’occasion d’être suivie par le Dr Paganelli… qui m’avait semblé agréable et ouverte. Par ex. contrairement à bien d’autres gynécos que j’ai croisé(e)s par la suite, elle admettait sans problème que la pilule pouvait poser des soucis niveau libido, et remettait en question le fait de la prescrire aussi largement, notamment à des jeunes filles.

    La remarque sur les règles est complètement à l’opposé de l’image que je me faisais d’elle, qui m’avait semblé encourager le fait d’être à l’aise avec son corps et pas « dégoûtée »!

    bref chuis déçue, là…

  4. fromm dit :

    J’ai connu des gynécologues (femmes) très sensibilisées à la question du consentement, gynécologues de ville et interne en gynécologie, et puis d’autres (hommes) , qui, selon mon ressenti, font passer la nécessité de l’acte médical avant le consentement. Je ne me trouvais pas dans une situation où l’urgence aurait empêché une simple question: êtes vous d’accord que je procède à un TV? non, au plus un agenda chargé.

  5. Babeth dit :

    Je viens d’écouter le podcast. Je suis atterrée. Et encore, le mot est faible. Tu oublies de préciser qu’il faut se munir d’un sac à vomi avant d’écouter l’émission.

  6. ayla dit :

    Dommage, pour une fois qu’une émission traitait de ce sujet, on pouvait en espérer beaucoup. Je te fais entièrement confiance dix lunes, aussi je sais que je n’ai pas besoin d’aller écouter le podcast de cette émission. Je pensais qu’on donnerait la parole aux femmes alors qu’encore une fois, on nous rabaisse, on nous manque de respect et on nous infantilise. C’est honteux !

    1. Marmottine dit :

      Rassure-toi l’émission laisse la parole aux femmes! Dix Lunes ne parle ici que des interventions des gynécologues mais elles représentent une petite partie de l’émission. On entend aussi beaucoup de témoignages et d’intervenants parlant « pour » le respect des femmes.

      1. 10lunes dit :

        Tout à fait ! Pardon d’avoir manqué de clarté. Je ne me suis attachée qu’aux commentaires des gynécos, REPRESENTANTS de la profession.
        Il me semble urgent que les gynécos prennent position et refusent d’être ainsi représentés.
        Qui ne dit mot consent…

  7. rututu dit :

    Non Ayla, c’est une très bonne chose d’en parler, même mal. Et il y a des témoignages de femmes et on sent fort bien ce décalage entre les patientes et les gynécologues.Je suis optimiste, je pense que déjà il faut en parler et ensuite ça va se propager et enfin s’améliorer. Il faut qu’il y ait une prise de conscience, ça ne viendra qu’en en parlant encore et encore.Je pense qu’il faut se garder ce podcast sous le coude et que d’ici 5 à 10 ans, les intervenants n’auront pas fière allure à réentendre leurs propos.

    1. mazava dit :

      Je suis tout à fait d’accord avec votre commentaire , parlez Mesdames , dites ce que vous ressentez , ce que vous vivez ainsi les choses évolueront positivement ….Hélas la prise de conscience passe par là….

  8. Consternant…
    Je crois comme tu le dis si bien qu’il ne faut pas opposer SF et gynécologues. J’ai été mal(-)traitée par une sage-femme récemment (elle m’a imposé d’enlever ma culotte alors que je venais de refuser un TV, m’a examiné les seins sans même me demander mon avis); j’ai aussi été maltraitée par des gynécologues, des généralistes, hommes ou femmes. Combien de fois ai-je été examinée brutalement? Sans me demander mon avis? En m’imposant même un TV? La seule chose qui a changé, c’est que maintenant je commence à essayer de dire que je refuse; mais j’avoue que pour m’éviter la confrontation, j’ai choisi d’accoucher en maison de naissance, et à aucun moment je ne me suis pas sentie respectée et écoutée.
    Sont respectueux ceux qui sont humains et qui n’infantilisent pas les patient(e)s, peu importe la profession, l’appartenance à un sexe.
    Il faut maintenant militer pour que les femmes (et les hommes aussi, d’ailleurs) sachent qu’ils ont le droit de dire « NON » à une blouse blanche, gynéco, sage-femme, infirmier, et toute profession médicale ou paramédicale. Merci 10lunes pour tes articles toujours éclairants qui ouvrent les yeux…

  9. Mmettvabien dit :

    Bonjour

    Je lis ce blog depuis quelques temps et j’aime beaucoup tes récits et ta vision des femmes/familles et de l’accouchement.
    Timing parfait j’ai écouté cette émission hier soir. Et ces interventions m’ont fait bondir. Genre on en met partout quand on a nos règles, il fallait qu’elle fasse bouchère 🙂 moi quand je prends RDV jamais un gynéco m’a demandé de venir hors règles. Ils ont qu’à le faire savoir en prenant le rdv qu’on doit venir « propre ». 🙁 MAis ça fait partie de leur boulot (après qu’ils puissent pas faire certains exams à cette période, soit , je ne suis pas médecin ni Sf!) et qu’est-ce que c’est condescendant et insultant ce qu’elle a dit à ce moment là.
    Et perso je suis pas contre qu’on m’endorme pour que des étudiants s’exercent au TV mais dans ce cas je dois avoir été informée et approuvé avant de dormir… Ca leur semble si aberrant?Et le gynéco qui envoyait paître Winckler juste car généraliste (j’ose imaginer ce qu’il pense des sage femme!) et écrivain (et pas femme!) alors que justement ces livres parlent de cela : le respect et l’écoute des patients et de leurs besoins…
    Après je comprends un peu son intervention disant qu’on remplirait une feuille d’autorisation dans le sens où il y a de plus en pus de procès et peut être difficile de faire un diagnostic sans certains actes. Mais plutôt que de mettre ça sur le dos de l’hystérie des femmes pourquoi ne pas réfléchir d’où vient ce problème de se montrer nue ou de subir un TV et essayer en quelques séance de mettre la femme en position de confiance. SI tous les médecins étaient respectueux il n’y aurait pas ce genre de problèmes, ou beaucoup moins.

    Sinon moi en écoutant ça je me suis dit que j’avais eu un suivi de grossesse par une sage-femme en ville très cool (mais très responsable aussi car quand il y a eu doute elle a donné la main aux gynéco de l’hôpital) : pas eu de TV (la première avec demande d’autorisation après le perçage de la poche des eaux), pas de pesée (même à l’hôpital on m’a toujours fait confiance et de mon côté je ne voyais pas l’intérêt de mentir, mais ils m’ont toujours cru). Je pensais, surtout en lisant des témoignages qu’on ne coupait pas à ce genre de choses…. comme quoi!
    et le jour J la sage femme m’a aidée à me mettre sur le côté même avec la péri et le monitoring, et 10 min après m’a remise sur le dos car je n’étais finalement pas bien sur le côté. Comme quoi même dans un grand hôpital il peut y avoir respect. et c’est tout ce que je demandais!

    1. Oriane dit :

      Je plussoie : c’était vraiment pathétique de voir le gynéco essayer de décrédibiliser Martin Winckler en soulignant avec suffisance sa condition de généraliste et son rôle d’écrivain, comme si ça en faisait un sous-médecin. A-t-on demandé au Dr Marty si on le connaissait mieux comme syndicaliste que comme gynéco ? Et puis, dire que la maltraitance « relève du fantasme » après plusieurs minutes de témoignages effarants, fallait oser, quand même… Enfin, l’écoute complète de l’émission vaut le détour !

  10. StellaStellina dit :

    Ce qui ressort très clairement, c’est que ces médecins pontifiants et paternalistes ne comprennent pas la notion de consentement : on ne va pas refuser ou accepter un acte juste en fonction de la douleur anticipée, mais simplement au nom de notre liberté à disposer de notre corps, de notre intimité. Si un acte est bien expliqué, qu’on en comprend les tenants et aboutissants et qu’on ne subit pas de pression, on se sent quand même plus en confiance pour prendre une décision dans un sens ou dans l’autre… Ils envisagent de demander la permission avant de toucher une personne parce que la loi le prévoit, la société ayant évolué (« quel dommage, ça nous complique tellement la vie », semblent-ils penser) et non pas parce que leur éthique leur impose de voir une personne dans le patient.

    Pour faciliter cette prise de conscience, il faudrait d’ailleurs inventer un autre mot peut-être, car « patient » semble signifier qu’on doit tout endurer, qu’on est passif entre leurs mains expertes, alors que ce qu’on subit, c’est éventuellement la pathologie pour laquelle on consulte. Et qui plus est dans le cas d’une grossesse, on n’est pas forcément malade, on ne se considère pas comme relevant de la médecine curative…

    Pour être passée plusieurs fois entre lesdites mains, j’ai une vision assez complète de ces comportements, entre non-communication et négation de la douleur : La dernière fois, qui a été un peu la goutte de trop même si pas dramatique en soi, a été lors d’une hystéroscopie après une FC. On m’avait annoncé une « douleur de règles » alors que des règles très douloureuses j’en ai déjà eu, et ça n’avait vraiment rien à voir… L’infirmière me tenant la main pendant l’examen était une présence rassurante, mais j’aurais aimé savoir d’avance que j’aurai besoin d’elle…
    Les témoignages de ce reportage et d’autres, ainsi que le beau film Entre leurs mains, m’ont décidée à choisir avec beaucoup de soin une sage-femme en accompagnement global lorsque Dame Nature m’accordera un enfant, en espérant avoir la persévérance nécessaire pour la dénicher.

    1. mazava dit :

      Merci de la confiance que vous nous accordez ….Nous sommes dans le respect de la femme dans sa globalité , que vous ayez les règles , que vous accouchiez , que vous nous confiez vos differentes interrogations et vos problèmes , nous sommes là , nous nous battons pour vous toutes parce que nous avons un IMMENSE respect por vous.

  11. mazava dit :

    Je lis tous ces commentaires avec effroi …quand est ce que l’on respectera enfin les femmes? non , on n’a pas le droit d’examiner une femme ,lorsqu’elle est endormie sans son consentement,et permettre à des étudiants de se « faire la main »…. Non on n’a pas le droit d’être dégoutée par des règles : on est SF , Gynéco ou obstétricien parce qu’on l’a choisi ….Les femmes doivent être consententent et le seront si on leur explique avec déontologie le pourquoi du geste …. Arrêtons cette maltraitance des gestes et des paroles …la médecine passe par le respect du corps de l’autre , si on n’a pas compris cela alors changez de métier….

  12. mazava dit :

    Mon commentaire ne doit pas etre censuré comme celui de certaines autres personnes , ne choisissez pas le spectaculaire au détriment de l’information …

  13. mazava dit :

    je suis SF…

    1. 10lunes dit :

      Mazava, je ne censure personne !! Word press m’impose de modérer ceux qui commentent pour la première fois. (une fois le premier message validé, les autres sont publiés en direct).
      Comme toi, je suis SF parfois retenue par mon métier et donc pas toujours devant un écran et ma boite mail …
      Et si tu passes un peu de temps sur le blog, tu verras que « privilégier le spectaculaire à l’information », c’est vraiment pas mon genre. 😉

  14. Princesse Strudel dit :

    Plus je te lis, plus je me félicite d’avoir un gynéco aussi bien que le mien. Pour l’anecdote, quand le sujet « gynéco » vient sur le tapis avec mes copines, il suffit que l’une dise « le mien est top. Il est assez jeune, très doux, patient, hyper à l’écoute, très ouvert » et là il y en a une autre qui i ntervient « ah, tu es suivie par le Dr. XXX ».
    Du coup je lui en fais part lors de notre dernier RDV. Il était content, à sa façon timide.

  15. speedy dit :

    J’en profite pour réagir face à cette gynecologue qui s’offusque qu’un jour elle ne puisse peser librement ses patientes. Une de mes grossesses a été suivie pendant quelques mois en Afrique du Sud où la relation avec les patientes m’a semblée très différente. Je me souviens qu’avant de passer dans son cabinet, je passais aux toilettes pour remplir le gobelet d’urine et qu’une balance était innocemment posée là (loin du passage sur la balance sous l’oeil acéré de la SF en maternité francaise). Le gyneco ne m’a jamais demandé mon poids. Il partait peut être du principe que si celui-ci me semblait problématique pour le dévelopement de mon bébé je serais la première à lui en parler. Dans un tel contexte de confiance, pas besoin du consentement de la maman puisqu’elle sera la première à demander un conseil.

  16. Hortense dit :

    Je n’ai pas écouté le podcast.Les quelques lignes m’ont suffi pour comprendre que mon idée de certains gynécologues ne changera pas.
    Il y a 15 ans,lors de mon 1er examen gynécologique,âgée d’à peine 20 ans,timide et apeurée,le gynécologue que j’ai consulté m’a dit du haut de sa suffisance que mon poids m’empêcherait de travailler et d’avoir des enfants….Et pour prouver son propos,celui ci m’a infligé la violence d’une échographie endormi vaginale.Il savait que je n’étais plus vierge mais je n’avais jamais été pénétrée.Cette écho a duré de longues minutes,humiliantes et douloureuses.J’en ai souffert physiquement pendant 2 jours.Et moralement,j’en souffre encore.J’ai perçu ce moment comme un viol et il m’a fallu de longues années pour reconstruire une confiance en moi et une image correcte de mon corps.Je n’ai repris une vie sexuelle qu’une bonne dizaine d’années après cet examen.
    Ce médecin n’a pas perçu un instant la violence de son geste,ni sa portée.Mais cela n’excuse rien…

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