Quand on veut noyer son chien

Publié par 10lunes le 31 janvier 2015 à 10 h 27 dans Médias, Militer, Pffffff

 

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La Cour des comptes publie un nouveau rapport sur les maternités… compilation de vrais constats, données diverses, statistiques lissées et de quelques approximations.

Mais surtout, et c’est ce qui a été retenu par les médias, le rapport distille doucement que les petites maternités sont dangereuses

Parce qu’envisager la fermeture d’une maternité pour des raisons économiques, ça passe mal.
Mais la fermer en invoquant son insécurité, ça passe mieux !

Le rapport s’applique à rappeler que la France est mal classée pour son taux de mortalité néonatale  en soulignant que d’autres pays d’Europe ayant de meilleurs résultats ont regroupé les naissances dans de grands centres… et hop, on passe de la simple constatation à la corrélation. Ni vu ni connu… ou presque.

Pourtant,  le nombre de maternité a été réduit de 70% en quarante ans (1747 en 1972 /544 en 2012). Parallèlement, nos résultats se dégradaient.
Concentrer les naissances sur de grands centres ne semble donc pas la bonne réponse. En tout cas pas sur le mode français : plus de naissances, moins de sages-femmes. Le « une femme /une sage-femme » que nous scandions en 2011 reste une utopie. Nos décideurs veulent croire qu’il suffit de rationaliser nos usines pour fabriquer de beaux produits, pardon, nouveau-nés.

Et d’ailleurs, qui pourrait imaginer que les statistiques de 13 maternités réalisant toutes ensemble moins de 3900 naissances impactent réellement les résultats d’un pays voyant naître plus de 800 000 enfants chaque année ?

Mais saluons l’efficacité de la stratégie mise en oeuvre.

Recette de fermeture sans trop de vagues :
– placer 13 maternités sur la sellette

– distiller régulièrement l’idée qu’elles sont menacées
– déplorer la difficulté de recrutement des médecins qui hésitent logiquement à tout quitter pour rejoindre un établissement dont la rumeur dit qu’il fermera dans les années à venir.
– crier à l’insécurité, ou mieux, laisser les médias faire le travail.

L’article ne s’interroge pas sur la possibilité d’un transfert avant l’accouchement, transfert que l’on peut imaginer inenvisageable du fait de la rapidité des événements. Est-il préférable pour un grand prématuré de naître dans l’ambulance ou dans cette maternité ? En entretenant le flou, on laisse penser que c’est l’établissement qui est dangereux et pas les circonstances de la naissance…

– attendre que les femmes se détournent, préférant la grande maternité, plus éloignée, plus impersonnelle mais sé-cu-ri-tai-re et assurée de ne pas disparaître dans quelques mois.
– dénoncer la gabegie consistant à maintenir un établissement ouvert pour un si faible nombre de naissances. Les maternités visées tenteront évidemment d’allumer des contre-feux.

Le directeur s’emploie à déminer le terrain : « pas de craintes à avoir, pente ascendante, nouveaux locaux ». Il est urgent de rassurer pour ne pas risquer de voir la pente s’infléchir ou s’inverser.


Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…

 

 

11 commentaires sur “Quand on veut noyer son chien”

  1. Nours dit :

    Je ne vais pas aller contre ce que tu dis, bien au contraire… Je me pose une question toute simple sur la taille optimale pour assurer le meilleur compromis entre sécurité et qualité d’accueil. Sait-on donner un chiffre qui serait économiquement raisonnable ?

    1. Ihryll dit :

      Tout simplement : la réponse n’est pas dans la taille optimale de la maternité (en nombre d’accouchements/an) mais bel et bien dans la taille de l’équipe médicale.

      Pour ne parler que d’elles (mais elles ne sont pas seules), une maternité avec une SF en salle, une en service, une volante et une de consult (merci la T2A) + cadre en cas de bourre la journée et seulement 1 en salle et 1 en service la nuit NE PEUT PAS fonctionner correctement 100% du temps.

  2. Anna dit :

    A mon avis, il faudrait accepter que certaines activités n’aient pas l’obligation d’être rentable. Aider les enfants à venir au monde, au hasard.

  3. Nours dit :

    L’économiquement raisonnable ne voulait pas dire rentable… ceci dit, dans un mode gouverné Excel, difficile de lutter contre la dictature de la simplicité (qui induit tellement de complexité), et même contre l’envie des gens d’avoir des comptes ronds, positifs et bien lisses. C’est ce qu’on leur apprend en maths durant toute leur scolarité… L’équilibre.
    Et difficile de leur expliquer que les bénéfices humains existent même s’ils sont inchiffrables…

  4. soizic dit :

    Bientôt, on pourra avorter dans la petite structure du coin. Mais pour accoucher, on devra faire 100km, au risque d’accoucher sur la route, ce qui est évidemment bien plus sécuritaire que d’aller dans la petite structure à côté, bien évidemment …

    1. Nours dit :

      Naître dans une voiture, parfois ça se passe bien…
      http://jesuisunnours.over-blog.com/2014/11/naissance.html

    2. Bénédicte dit :

      heu…sauf que justement pour avorter aussi il faut dans beaucoup de région aller de plus en plus loin. Les centres d’orthogénies aussi ferment. Et donner au sf la charge des avortement médicamenteux ne résoudra pas tout.

      Donc ce qui est inadmissible, c’est qu’on limite les choix des femmes, quelques soient ces choix. Nul besoin d’opposer ivg et accouchement.

  5. Jean dit :

    Scandaleux cette tentative minable de se débarrasser des « petites » maternités.
    Donc sous prétexte qu’elles font moins d’accouchement que les « grandes », il faut les fermer; mais ils pensent quoi à la cour des comptes, que tout le monde vit en ile de france et que donc si on ferme les « petites » c’est pas grave puisque le gros CHU n’est pas loin?
    Forcément il y a moins d’accouchements dans un bassin de 7000 habitants que dans une agglo de 400000 habitants, mais quelle idée aussi de faire des enfants en campagne, doivent penser les vieux gras de la cour des comptes…

    Et si on ferme les petite mat dans les zones un peu reculées je suppose que c’est le pivot (le MG de garde) qui fera les accouchements urgents non transférables? Fort d’une expérience de 4 ou 5 accouchements « hors structure » dans une carrière pour les plus vieux et les plus malchanceux** d’entre nous…
    Et le cercle vicieux : qui irait, avec son compagnon, en age d’avoir des enfants, habiter dans un endroit à plus d’une heure de la mat si elle doit fermer? Et donc pourquoi garder la mat puisqu’il y a moins d’accouchements? Et pourquoi garder l’ecole puisqu’il y a de moins en moins d’enfants? Moins d’enfants et donc moins de parents actifs donc peu d’entreprises, donc pourquoi garder la poste?
    Heureusement, soyons rassurés, l’Agence pour le Developpement Economique dans les Territoires (l’ADET… la dette??) annoncée par le président veillera sur nous grace à ses emplois fictifs…

    ** je dis « malchanceux » parce que l’unique personne qui a essayé de nous former (comprendre : nous passer une vidéo) à ça pendant mon internat est un urgentiste qui nous a dit en préambule « l’accouchement inopinné, vous devez savoir comment on fait, et surtout prier pour que ça tombe chez le voisin ».
    Et effectivement c’est ma plus grande peur en garde: etre appelé pour un accouchement; bien avant l’arret cardiaque de l’enfant, l’accident de voiture grave, l’attaque d’extraterrestre, et la possession démoniaque!

  6. dodo dit :

    La fermeture de la maternité de l’hôpital Bégin à Saint-Mandé (hôpital militaire) avec ses 1100 accouchements par an semble être victime de cette logique. Cette fermeture est prévue pour juin 2015 et laisse au bas mot 400 femmes se débrouiller toute seule pour trouver une autre maternité où accoucher. Quand on sait que pour certaines structures à Paris et en région parisienne il faut s’inscrire 15 jours maximum après le début de grossesse ça laisse rêveur.
    Toutes ces femmes (et hommes) qui ont souhaité que leur enfant vienne au monde ailleurs que dans une usine à bébé, se voient contraints et forcés d’accoucher dans ces mêmes usines à bébés!!!

  7. Thomas dit :

    La dangerosité des petites maternités n’est pas la seule cause de fermeture. L’État souhaite surtout ne pas perdre d’argent… Mais à quel prix ? Toutes les futures mamans ne vivent pas à proximité d’une maternité. Plus la route est longue, plus le danger est grand !

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