Ecrasage et piquetage

Publié par 10lunes le 14 octobre 2014 à 12 h 01 dans Vie des femmes

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La secrétaire de l’accueil réclame ma carte vitale et mes anciens clichés puis m’envoie m’asseoir là bas au fond du couloir à gauche.

La manipulatrice radio appelle mon nom et m’installe dans un box en me demandant « d’enlever tout le haut y compris les bijoux et les piercings ».
N’ayant ni bijou ni piercing, le déshabillage est rapide et je me retrouve à frissonner un peu dans une cabine d’un mètre carré chaleureusement équipée d’un banc et d’un porte manteau.
Pour passer le temps, je feuillette la seule revue posée sur le banc… un Vogue de 2008…

La manip radio vient me chercher. La fois précédente, le box donnait directement dans la salle d’examen mais ils sont passés au numérique et toute l’organisation est changée. 
Me voilà donc à traverser un large couloir à moitié à poil avec l’idée qu’à tout moment, quelqu’un peut s’engouffrer d’un pas vif dans les portes battantes qui séparent le dit couloir de la salle d’attente.

Debout, plaquée contre la machine, bras levé, plus haut, plus en arrière, cliché dans un axe puis dans l’autre, à droite, puis à gauche. Je retrouve la sensation du sein écrasé entre deux plaques.
Est-ce la nouvelle procédure ? Il me semble que la décompression du sein est plus lente que lors des examens précédents. Ce n’est pas plus douloureux mais ça l’est un peu plus longtemps.

La manip me demande d’attendre. En sortant elle laisse la porte se refermer toute seule mais une sécurité freine la fermeture et je suis toujours à poil et bien visible lorsque une femme passée avant moi sort du box d’en face. Elle baisse les yeux et je quitte mon inconfortable tabouret pour fermer cette putain de porte.

Un peu d’attente encore. Un médecin ? – elle ne se présente pas –  entre et me demande de m’allonger tout en m’annonçant que les clichés sont bons. Elle vérifie les explications déjà données à la manip : antécédents, traitements ; les S sont barrés car les questions sont formulées de façon à n’appeler qu’une seule réponse, la brièveté est de rigueur.
Elle s’étonne de l’invisibilité de ma cicatrice comme si elle doutait de ma parole.
Dans le même temps, elle piquette ma poitrine du bout des doigts. Quinze secondes par sein. Ridicule.

Elle s’en va en me lançant « Tout va bien, vous pouvez partir ».
La manip est dans le couloir et m’indique le box 7. Je retrouve mes affaires sans bijou ni piercing, me rhabille et sors en me demandant si je vais croiser le regard d’une autre femme dénudée attendant qu’on vienne lui piqueter les seins.

La secrétaire rencontrée il y a 20 minutes me dit bonjour. Je souris et précise « re »bonjour puis je m’en veux. Au vu du nombre de personnes en salle d’attente, pas possible de mémoriser qui est qui… Elle me tend ma carte vitale. Encore quelques grands couloirs à traverser et je suis dehors.

Et soudain j’ai honte, honte de ce système de soin semblant huilé où tu n’existes pas, honte de cette organisation déshumanisante, honte qu’on ait pu penser que je serais dupe de ce pitoyable piquetage désagréable et inutile.

Honte encore, honte surtout, de n’avoir rien dit…

 

 

NB : ce billet n’a rien à voir avec la campagne « Octobre rose ». Pour y voir plus clair sur le dépistage mammographique :

 

 

 

15 commentaires sur “Ecrasage et piquetage”

  1. Anna dit :

    Pas de honte à avoir quand on a été victime de comportements, de systèmes déshumanisants…

  2. Les déshabilloires… En temps qu’architecte ayant bossé dans l’hospitalier et en tant qu’usager, beaucoup à dire. Ou pas. Ton billet est assez représentatif en fait ! Certains croient encore que cela fait gagner du temps, sans vouloir comprendre à quel point personne ne peut se sentir à l’aise avec ce système. A part faire perdre de nombreux m2, de l’argent (cloison, peinture, portes, surface), et faire angoisser/démoraliser les patients, je ne vois pas ce qu’on gagne… Quelques minutes de déshabillage/rhabillage ?!

  3. magali dit :

    J’aimerais bien savoir comment cela se passe ailleurs, dans d’autres pays. Car j’ai l’impression que ce mépris pour la pudeur des patients est une caractéristique très nette de notre prise en charge médicale en France. J’aimerais bien connaître aussi le ressenti de patients étrangers pris en charge en France. Le choc culturel doit être rude ..
    Il n’empêche que tout le monde subit ça en silence et honteusement en pensant que ce sentiment de pudeur est anormal dans les murs d’un cabinet médical. On se sent bien seul dans ces situations.

    1. Anna dit :

      Une copine australienne ayant fait son début de suivi de grossesse en Australie et la fin en France a été infiniment choquée. Là-bas pas de TV sans signes alarmants, et si l’écho doit être endo-vaginale on couvre la patiente et on la laisse insérer la baguette elle-même. Ça en dit long, non ?

      1. Chris dit :

        Bonjour, je suis suivie pour ma grossesse dans les Yvelines et pas de TV depuis le début de grossesse (je suis à 36 semaines avec une grossesse à risque et une césarienne obligatoire), et si besoin d’une endo-vaginale, elle me couvre, demande au papa s’il souhaite rester ou non et me laisse mettre la sonde… Aucun geste sans explication et du respect quel que soit le soignant (sage femme, gynéco, anesthésiste, infirmière…) J’espère que cela préfigure un changement de mentalité en France 🙂

  4. elihah dit :

    Je vais aller plus loin et poser la question d’un certiain mépris pour les femmes (leurs corps)… C’est vrai quoi, de toute façon, elles se plaignent tout le temps ces chochottes.
    Qui irait de pair avec le fait d’écarter certaines pathologies d’emblée lorsque ce sont des femmes qui se plaignent de douleurs variées, de symptômes relevant du cardiaque ou d’un pbme de type avc….et qu’on les taxe d’anxiété (bah bien sûr et quand bienmême? La douleur avec anxiété c’est toujours de la douleur). et/ou donc de maladie imaginaire.
    Ceci posé, j’aimerais bien savoir si un exam du même type pour les coucougnettes n’aurait pas rapidement trouvé une solution pour moindre douleur et/ou emprisonnement dans box sous plaques si humaines..

  5. Blandine dit :

    Mépris aussi en leur imposant un examen inutile, qui n’a PAS fait la preuve d’une réelle efficacité et d’un RÉEL gain de chances, basé sur une étude reconnue comme totalement bidonnée et en passe d’être abandonné partout en europe …

    pas demain la veille que j’irais me faire écraser les nichons pour rien.

    1. 10lunes dit :

      Blandine, j’ai mis en lien des infos sur le dépistage systématique.

  6. Verdier dit :

    J’ai vecu la meme chose chez un radiologue . Et de plus, on m’a fait attendre indefiniment . Je suis partie sans le compte rendu,sans les clichés, sans rien dire et sans payer . J’ai ete assignée par huissier J’ ai depose une plainte au Conseil de l’ordre. Le gyneco qui me suivait m’a indiqué par courrier qu’il ne souhaitait plus m’avoir comme cliente . Welcome !

  7. A Safi au Maroc, le médecin qui a pratiqué une échographie pelvienne et rénale, dans son cabinet , m’a posé un drap sur le ventre, sans me faire enlever le haut ! L’infirmier pour des injections intramusculaires , découvrait le moins possible mes hanches et mes fesses.
    Pour les mammo à Rouen en France avant et après un cancer du sein , les portes sont fermées à clés , tant au déshabillage qu’à l’examen . Par contre un IRM dans une clinique de Rouen se faisait à tout vent , questionnaire initial et déshabillage. Et c’est mixte ! Lors d’un scanner,post cancer et à cause de nodules pulmonaires,un manipulatrice est arrivée après l’examen en me disant que ce n’était pas étonnant que j’ai tellement mal à la tête … J’ai résisté à l’évanouissement (pensant que j’avais des métastases cérébrales) , elle a continué en m’annonçant une sinusite carabinée, dont je ne souffre pas …Ouf ! Et les nodules sont bénins …

  8. Hermine dit :

    Les radios… J’en ai fait tellement, quand on ne savait pas encore de quelle maladie j’étais atteinte -ou si j’étais atteinte de quelque chose, d’ailleurs. Et ce sont peut-être les examens les plus froids et durs que j’aie eu à passer. Le silence, le froid, le métal, la nudité et les regards vides. J’étais encore une enfant, je n’avais pas le recul que j’ai aujourd’hui.

  9. Natacha dit :

    Mes deux grands-mères sont mortes d’un cancer du sein, ma tante paternelle est morte d’un cancer du sein (au bout de la 3ème récidive…) alors c’est mammo tous les deux ans et je n’ai que 43 ans. Perso, je ne me vois pas faire sans, cette maladie me terrifie.
    Maintenant, la brochure en référence dit que plus on commence le dépistage tôt plus on a de risque de cancer radio-induit… Question: je fais quoi (ce n’est une demande d’avis médical hein, c’est simplement une question ouverte)?
    Et comme toute femme, je déteste faire une mammo mais j’ai la chance de la faire dans un cabinet où je ne risque pas de croiser quelqu’un en me promenant à moitié à poil…

    1. Bénédicte dit :

      La brochure concerne le dépistage systématique sur les femmes ne présentant AUCUN RISQUE PARTICULIER. Tu n’es donc pas concerné par cette brochure tout simplement. Pour toi le rapport bénéfice/risque est sans doute bien différent.

  10. Clotilde dit :

    Consultation d’anesthésie pré-accouchement, hôpital de province, il y a 2 ans
    J’ai passé plus de temps à remplir mon dossier administratif avec la secrétaire, que avec l’anesthésiste, qui a réussi à me poser les questions tout en prenant ma tension et en m’examinant le dos. Tout juste si je n’ai pas du me rhabiller dans le couloir (forcément à 8 mois, on met plus de temps à attacher ses chaussures…).

    Et heureusement que je savais que les embolies pulmonaires faisaient partie des antécédents à signaler, elle ne m’a pas posé la question…!!

  11. Marie G. dit :

    Bonjour,

    J’ai vécu récemment une situation du même genre. J’ai 30 ans, et je n’avais pas vu de gynéco depuis plus de 3 ans, depuis mon emménagement dans une nouvelle région. J’ai donc pris un rdv avec une gynéco libérale que je ne connaissais pas.
    Lors de notre entretien, il a fallu que j’insiste pour qu’elle me represcrive la pilule car je suis une fumeuse, et plutôt que de chercher à mieux me connaître, elle s’est contenté d’un « hé bien vous ne viendrez pas vous plaindre » fortement hautain.
    Au moment de l’auscultation, elle m’a fait me mettre entièrement nue. Je me suis retrouvée nue des pieds à la tête, debout devant elle sans savoir quoi faire pendant qu’elle faisait je ne sais quoi. L’examen a ensuite commencé par la palpation des seins ; je lui ai fait remarquer que mon ancienne gynéco ne me faisait jamais enlever mon t-shirt, elle dégrafait simplement mon soutien-gorge et réalisait la palpation par en dessous. Le reste de la visite s’est déroulée sans un bruit, même pas un son de sa bouche pour me prévenir des différents examens qu’elle allait réaliser, j’ai eu l’impression d’être un vulgaire « trou » dans lequel on pouvait enfourner tout et n’importe quoi, mon corps ne m’appartenait plus.

    Je précise que cette dame n’était pas pressée, aucun autre rdv ne l’attendait.

    Je suis ressortie de là en me promettant que JAMAIS je ne remettrais les pieds chez elle. J’ai été confortée dans cette idée lorsqu’elle m’a envoyé une vulgaire lettre pour m’annoncer que mon frottis avait révélé une anomalie, accompagnée d’une prescription. Sans explication supplémentaire. Elle a même refusé de me communiquer mes résultats (pour lesquels j’ai déboursé la modique somme de 56€), il a fallu que je recherche le labo qui avait traité mon dossier puis que je les contacte …

    Enfin voilà, j’ai été un peu longue et en suis désolée. Mais même si je ne suis pas pudique, j’avais besoin de partager ce moment où ce corps n’a plus été le mien, où je me suis sentie humiliée et traitée comme un vulgaire objet. Et puis c’est bête, mais venant d’une femme, je trouve ça encore plus incompréhensible …

    Pour finir, et pour info : aux USA, les femmes se déshabillent mais on leur fournit une chemise, elles ne sont jamais nues devant leur praticien. On les fait s’allonger sur le côté plutôt que d’enfourner leurs jambes dans les étriers, dans cette position de soumission. Certains gynécologues en souhaitent y venir, mais c’est long et compliqué, car tout cela est moins pratique pour les praticiens.

    Espérant ne pas vous avoir trop « soulées » mesdames ^^

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