Contorsionniste

Publié par 10lunes le 7 juillet 2014 à 08 h 53 dans Naissance

 

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Bringuebalé au gré des besoins maternels, le tabouret d’accouchement s’est retrouvé face au mur de la salle de naissance.

Pour la dernière phase du travail, elle s’est à nouveau installée sur le siège, dans la position accroupie qu’il permet d’adopter sans effort.
Ses yeux sont fermés, ses bras levés, ses mains nouées à celles de son homme, debout derrière elle, qui oppose toute sa force à la traction qu’elle exerce.
Son souffle puissant, profond, rythme chaque contraction.

Je ne suis que simple visiteuse, passée la voir et restée là, parce que ça nous faisait plaisir.
Elle ne sait plus que je suis là.

Elle ne sait rien que la force de son utérus, la force de son homme, la force de son souffle. Et toutes ces forces conjuguées contrastent avec cet enfant qui naît si doucement.

La sage-femme est agenouillée face à elle. Agenouillée, c’est beaucoup dire. L’espace entre le mur et le tabouret est si réduit qu’elle se contorsionne pour suivre l’évolution de la naissance.
Elle guide la mère de quelques mots, à peine chuchotés, qui l’aide à ralentir la progression de l’enfant.

La tête est en train de se dégager. La femme lâche les mains de son compagnon, vient les poser sur le sommet du crâne, ses doigts semblent s’attarder un peu sur la sensation des cheveux touffus  de ce bébé pas encore né. Puis une autre vague, un autre souffle, la tête qui se dégage et le corps qui glisse presque dans le même mouvement.
La sage-femme a juste le temps de s’écarter pour éviter le jet de liquide qui suit.

Serrant son enfant contre elle, la mère ouvre les yeux, embrasse tous les espaces de peau à sa portée, s’enivre de l’odeur amniotique.
Elle rit…

Et ne saura jamais dans quel précaire équilibre était la sage-femme, dont la voix douce et posée n’a pas un instant laissé percevoir l’inconfort de sa posture.

 

Je profite de ce billet pour vous inviter à découvrir, si ce n’est déjà fait, la très drôle et très pédagogique bande dessinée « Primipare » de Lucile Gomez.

 

 

7 commentaires sur “Contorsionniste”

  1. Jen dit :

    Ça laisser rêveur…

  2. Anna dit :

    Puissent plus de naissances se dérouler dans cette douceur.

  3. Carole dit :

    J’aurais adoré avoir la force de mener mes accouchements comme ceci, mais, il faut être réaliste, je douille assez vite et j’ai la chance pour mes 2 merveilles d’avoir eu très peu de repos entre 2 contractions (15 sec quasiment des le début) alors j’ai craqué !!! Ça ne me torture pas, je le vis bien d’être une mouillette (oui mouillette, j’aime pas mauviette) mais quand je lis ça, je me dis que je dois encore essayer !

    1. Anna dit :

      Il faut voir aussi quels outils tu avais à ta disposition pour gérer la douleur… Une contraction vécue en pouvant bouger, avec quelqu’un pour te masser et te rappeler de bien souffler n’a rien, mais alors rien à voir niveau ressenti avec la même contraction, mais vécue allongée sur le dos parce que « sinon le monitoring il capte mal » et avec comme tout accompagnement quelqu’un qui te presse d’accepter la péridurale.

      1. carole dit :

        C’est vrai, j’ai regretté d’être tombé sur une SF réservée qui ne m’a pas plus motivée que ça … j’aurai voulu tomber sur le coach de Rocky, j’ai eu l’assistante du Dr Quinn à la place qui avait deux mains gauches …

  4. cathel dit :

    Il y a un mois et demi, j’ai donné naissance à mon 3ème loulou… Accompagnée en plateau technique par le sage-femme qui m’a suivi toute ma grossesse, j’ai donné la vie debout et lui était accroupi à mes côtés. Quand on me demande comment il a fait pour « m’accoucher » alors que j’étais debout, je réponds que c’est là toute la différence avec lui : il s’adapte à mes besoins et non l’inverse ! Je ne le remercierais jamais assez pour cette naissance qui restera la plus belle des 3 !!

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