Piégées

Publié par 10lunes le 26 mai 2014 à 09 h 50 dans Pffffff, Profession sage-femme
 

filetDeux innovations administratives viennent une fois encore souligner combien il est difficile pour les sages-femmes d’exercer sereinement leur activité en libéral.La première débute sournoisement en 2009.

La commission de la transparence de la HAS est chargée de se prononcer sur la spécialité Syntocinon ®. Ce produit est utilisé pour provoquer et/ou intensifier les contractions mais aussi pour traiter une atonie utérine consécutive à une hémorragie de la délivrance.

Si aucune des sages-femmes accompagnant les naissances à domicile n’aurait l’idée de déclencher un accouchement ou de renforcer artificiellement les contractions, les pertes sanguines au moment de la délivrance nécessitent une attention toute particulière. Et le Syntocinon ® – synto de son petit nom – fait donc partie de leur trousse d’urgence.

Comme le souligne la HAS : Cette spécialité entre dans le cadre d’un traitement préventif. Le rapport efficacité/sécurité est important. Cette spécialité est un médicament de 1ère intention. Le service médical rendu est important. 

Un peu plus loin, le filet se déploie : Dans le cas d’accouchement hors maternités et hôpital, ce qui reste marginal et pose de sérieuses questions sur la sécurité des patientes et des enfants, cette spécialité est nécessaire aux médecins ou sage femmes. Le service médical rendu reste important.

J’ignorais que la commission de transparence du médicament était appelée à se positionner sur l’accouchement à domicile… (et ne résiste pas à vous renvoyer vers cet article. La HAS gagnerait à lire les recommandations du NICE…)

Le 16 octobre 2013, la nasse commence à se refermer. La commission de la transparence rend un avis favorable à la radiation [du Syntocinon ®] des spécialités remboursables aux assurés sociaux et ce à compter du 1er avril 2014.
Rien de très grave jusque-là ; au prix où ne sont pas payées les sages-femmes (!) elles ne sont plus au coût d’une ampoule de synto près (2.78€)…

Mais les Laboratoires SIGMA-TAU France saisissent cette occasion pour cesser la diffusion en pharmacie, peu rentable, et ne plus commercialiser que la forme destinée aux hôpitaux. Les faibles réserves des officines s’étant vidées, les sages-femmes libérales ne peuvent plus s’en procurer.

Comment alors suivre les recommandations validées par la même HAS qui préconisent une injection prophylactique d’ocytocine au moment de la délivrance ? Je le souligne tout en m’interrogeant sur l’utilité de cette prévention lors d’un accouchement physiologique, l’utérus n’étant pas épuisé par de fortes et fréquentes contractions induites par les hormones de synthèse, cf ce document Inserm.
Mais, faute de synto disponible, si une femme se mettait à saigner après la délivrance, elle serait privée du seul traitement efficace en attendant le transfert hospitalier…

Comme la nouvelle vient de tomber,  un petit trafic est en train de s’organiser et les sages-femmes exerçant à domicile tentent, avant que leur réserve ne se soit épuisée (ou plus certainement périmée), de trouver des complices hospitalières subtilisant pour elles quelques ampoules.

Kafka 1 – sage-femme 0

 

Autre nouveauté : en ce moment, les caisses primaires d’assurance maladie nous adressent un courrier précisant que les sondes utilisées par certaines sages-femmes lors des séances de rééducation périnéale au cabinet doivent être prescrites par un médecin pour être prises en charge.

Résumons : une sage-femme réalise une consultation postnatale (c’est de notre compétence) / évalue entre autres choses la nécessité d’une rééducation périnéale (c’est de notre compétence)/ prescrit cette rééducation (c’est de notre compétence) et la femme choisit de s’adresser à une sage-femme pour cette rééducation (c’est de notre compétence).

Mais cette même femme devra consulter un médecin pour bénéficier du remboursement de la sonde ; soit 23 € facturés en plus à la sécu pour la prise en charge d’une sonde à 25,96€. Les médecins n’ayant bien évidemment rien de plus urgent ni plus utile à faire que de prescrire le matériel qui nous est nécessaire…

Kafka 2  – sage-femme, médecin, sécu : 0

 


Crédit photo Emmeric Le Person

PS : actualité oblige, j’ai différé un autre billet sur le postnatal…mais je n’oublie pas et y reviens bientôt

 

 

21 commentaires sur “Piégées”

  1. Yael dit :

    Pour connaître le fonctionnement de la commission de transparence, quand la commission de transparence rend un avis favorable à la radiation, c’est parce qu’il y a eu une demande de radiation du laboratoire. Sigma-Tau n’a donc pas saisi cette opportunité pour cesser la commercialisation, mais a demandé la radiation car elle comptait cesser la commercialisation.
    Par ailleurs, il peut y avoir des erreurs, mais la commission a pour règle de ne pas accepter une radiation (même si elle n’a aucun pouvoir pour empêcher la fin de la commercialisation, elle refuse la radiation pour marquer sa désapprobation) quand il n’y a pas d’alternative disponible et remboursée. Or il me semble que l’ocytocine de synthèse est génériquée. Je ne connais pas très bien les produits, mais OXYTOCINE PANPHARMA me semble être le générique du SYNTOCINON.

    1. 10lunes dit :

      Merci de cet éclairage. Décidément, on a jamais toutes les cartes en main…
      Du coup, je me renseigne tout de suite sur la disponibilité du générique.

      1. 10lunes dit :

        Les nouvelles ne sont pas très encourageantes. A priori, aucun générique n’est disponible en pharmacie. :((

  2. MilieLB dit :

    Je lis toujours attentivement votre blog et je remercie chaque fois que j’en ai l’occasion « ma » sage-femme.
    Votre article d’aujourd’hui m’apporte des informations mais fait aussi résonner un souvenir de mon dernier accouchement. L’hôpital où j’ai accouché, avec le label ami des bébés, où j’ai toujours rencontré des sage-femmes et auxiliaires de puériculture très accompagnantes, a mis en place un nouveau protocole. Il font une injection systématique de syntocinon aussitôt le bébé sorti, afin de provoquer la délivrance du placenta. Ma sage femme nous a expliqué en préparation à l’accouchement qu’une étude montrait qu’il y avait moins de risques d’hémorragie, pour les patientes sous péridurale, mais que c’était un non-sens pour les patientes sans analgésie de ne pas laisser un peu de temps pour que la délivrance se fasse naturellement.

    Je n’ai pas le droit à la péridurale pour des soucis de coagulation. On m’a injecté ce fameux syntocinon… et je l’ai très mal vécu. Tant pis.

    Mais quand je lis aujourd’hui que les sage femmes pratiquant l’accouchement à domicile vont se retrouver en difficulté pour se procurer ce produit, alors que dans des hôpitaux, ils vont en injecter à tour de bras, ça a tendance à vraiment me mettre en colère.

    Ras le bol de voir une profession si nécessaire autant malmenée !
    Vous avez tout mon soutien.
    Emilie

  3. La sorcière dit :

    Merci 10 lunes pour ton travail d’information. Si il s’avère que le générique est disponible, ce serait formidable que ton coup de gueule ait donné l’occasion aux Sages Femmes de trouver une solution 😀

  4. Finlandaise1 dit :

    Alors voyons cette histoire des sondes…
    J’ai lu le courrier sur oxi80, mais je n’ai rien compris, ou pas grand-chose.

    C’est quoi, un « auto-traitement » ? Et pourquoi dans ce cas il n’y aurait pas besoin de passer par un médecin ?

    Et s’il faut passer par un médecin pour la prescription de la sonde, comment ils vont savoir quelle sonde prescrire ? Chaque kiné et sage-femme utilise un matériel différent, il faudrait que les médecins aient toujours une liste à jour, où on pourrait voir qui utilise quel type de sonde ?

    Si ça se trouve, petit à petit ils vont supprimer la prise en charge systématique de la rééduc périnéale…?

    1. 10lunes dit :

      L’auto-traitement, la femme le fait chez elle avec un matériel remboursé par la sécu pour un coût équivalent à celui de 15 séances avec une sage-femme ( en moyenne, 5 à 10 séances sont nécessaires )…
      Ca n’a d’intérêt que dans des situations TRES particulières.

      Mais je ne crois pas au déremboursement de la rééducation (en tout cas pas dans un avenir proche). Le coup de la sonde, c’est juste du n’importe quoi pondu par un administratif obtus qui n’a rien compris et ne veut rien comprendre.

  5. LN82 dit :

    Il est inadmissible que ce médicament se trouve inaccessible désormais en AAD. Même la physiologie a parfois besoin d’un coup de pouce.

    On peut accoucher en 15 minutes sans péridurale et se retrouver avec une délivrance utérine sous AG parce qu’on n’a pas eu d’ocytocine et que les contractions n’ont jamais repris. C’est ce qu’il m’est arrivé pour mon 2ème enfant, après 2 h de manœuvres « manuelles » plutôt douloureuses.
    J’ai apprécié pour mes deux accouchements suivants, sans péridurale non plus, que cette injection ait eu lieu. Pas de SF en train de m’écraser le ventre, pas d’hémorragie, pas d’anesthésie, pas de gifles pour me réveiller.
    Le bonheur de la tétée et du peau à peau à la place …

  6. DOURIEZ dit :

    Bonjour, pour la prescription de la sonde, je suis surpris car sur le site ameli, dans les dispositifs que la sage femme a le droit de prescrire se trouve: sonde ou électrode cutanée périnéale (http://www.ameli.fr/professionnels-de-sante/sages-femmes/exercer-au-quotidien/prescriptions/la-prescription-de-dispositifs-medicaux.php)ce qui correspond à code LPP 1183014. Par contre, je ne sais pas si il existe d’autres codes LPP couvrant ce type de sonde, ce qui pourrait expliquer la réaction de la sécu. Eric D.

    1. 10lunes dit :

      Je suis bien d’accord… mais Kafka dit que les sages-femmes peuvent prescrire une sonde SAUF si cette sonde est utilisée pendant les séances de rééducation au cabinet (je remets le lien : http://www.oxi80.com/CPAM508/en%20direct%20367.pdf )
      Il semble que ce soit un excès de zèle des caisses dans l’interprétation du texte. Il n’empêche, le courrier a été reçu par de nombreuses sages-femmes.

      1. DOURIEZ dit :

        Oui je suis surpris. Je vais questionner mon syndicat car cela veut dire que, nous pharmaciens, ne devrions pas être remboursés lors d’un tiers payant si c’est prescrit par une sage femme. 2ème point important quand on regarde sur BDM LPP 1183014 (http://www.codage.ext.cnamts.fr/cgi/tips/cgi-fiche?p_code_tips=1183014&p_date_jo_arrete=%25&p_menu=FICHE&p_site=AMELI), il est indiqué:  » La prise en charge des sondes ou électrodes est assurée pour les patients traités à domicile ou en cabinet ». Je vous tiens informé. Cordialement, Eric D.

      2. DOURIEZ dit :

        Bonjour, je viens de reprendre le texte de loi:http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=8335B4335CB1B9B72622486253618375.tpdjo09v_3?cidTexte=JORFTEXT000000242344&idArticle=LEGIARTI000024689415&dateTexte=20140531&categorieLien=id#LEGIARTI000024689415, il indiqué « A l’exclusion des produits et matériels utilisés pendant la séance », donc il semble que la sécu respecte la législation. Quid des DIU?

      3. 10lunes dit :

        Oui, je connais le texte 🙂 mais certaines caisses le respectent de façon risible… Il semblerait qu’un courrier soit en instance de départ depuis la CNAM pour les rappeler à la raison.
        Mais ça ne règle pas la question du synto…

  7. Koa dit :

    LN82, ce que tu ecris me fait froid dans le dos. Les claques pour te reveiller, serieusement ?? Quelle horreur…
    Toute ma compassion.

    En AAD, ma SF m’avait demande deux choses pour aider l’expulsion du placenta (plus de contractions pour moi non plus…) : me mettre accroupie avec le bebe au sein ; creer une depression en soufflant tout en me bouchant le nez et en fermant la bouche.

    Accroupie, je n’en avais plus la force, mais le coup de souffler nez bouche-bouche fermee a tres bien fonctionne.

    Si faire tourner cette astuce peut aider…

    1. alice dit :

      Bonjour Koa,
      je me demande, comment on fait pour souffler avec le nez bouché et la bouche fermée?

      1. leclercprof dit :

        c est aussi ce qu on fait en plongée 😉

        on pousse pour expirer mais bien sûr l air ne sort pas 😉 par contre on sent bien que « ça pousse » 😉

  8. faribole dit :

    c’est dégueulasse. le seul mot qui me vienne.

  9. Pistouche dit :

    Petite question un rien hors sujet: en dehors du non-respect du rythme naturel de la délivrance, y a-t-il d’autres inconvénients à l’injection de syntocinon après un accouchement physio?

  10. Je lis votre blog depuis quelque temps, j’ai eu moi-même un bébé l’an dernier et je l’ai bien vécu grâce aux différentes sages-femmes que j’ai croisées! Merci à elles, merci à vous! Mais que faire pour sauvegarder cette profession?? Je suis catastrophée par l’actualité! Courage

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