Un tout petit pas pour les femmes, un vrai pas pour l’obstétrique ?

Publié par 10lunes le 2 décembre 2013 à 10 h 29 dans Militer

 

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Jeudi dernier, la proposition de loi concernant l’expérimentation des maisons de naissance a enfin été adoptée, à l’unanimité qui plus est ! Depuis 15 ans, ses partisans avaient épuisé quelques parcelles d’optimisme au gré des nombreux rebondissements du parcours législatif…
Alors champagne !

Mais ce n’est qu’un premier pas .

Nous ne savons rien des contraintes qui seront imposées à part celle-ci : « Ces maisons devront être attenantes – le mot a son importance – à une maternité » a annoncé Marisol Touraine. L’évidence française du tout hospitalier ne saurait tolérer autre chose. Il faudra accepter cette étape pour un jour ouvrir des maisons de naissance totalement indépendantes des maternités. Cette exigence s’impose donc même si nous sommes nombreux à la déplorer. Elle dénature (!) le principe d’un lieu de vie bien identifié et différent d’un service de soin, elle pèse sur l’indépendance des pratiques, elle pourrait modifier les prises en charge.
Ces écueils sont réels et pourtant bien contournés par les « presque MDN » déjà en fonctionnement, le CALM et Pontoise, qui seront sans aucun doute les premiers lieux autorisés.

Le cahier des charges qui doit être rédigé par la Haute Autorité de Santé sera un élément essentiel – et pour le moment inconnu – du fonctionnement des MDN. Jeudi dernier, Marisol Touraine a souligné « Le gouvernement ne marque aucune opposition à cette démarche, dès lors qu’un certain nombre de conditions sont posées, à commencer par la sécurité absolue des femmes au moment de l’accouchement. Et chacun peut lire dans ces quelques mots toute la menace d’un possible décalquage de la pratique hospitalière sur les MDN. C’est oublier un peu vite la iatrogénie de certaines de nos prises en charges, soulignée par la mission périnatalité dès 2003 (cf ce billet). Le fonctionnement des maisons de naissance doit être libéré des protocoles hospitaliers pour s’axer sur cet autre savoir, sur cette autre sécurité que donnent la réelle connaissance de « l’accouchante ». Comment démontrer sinon qu’une autre obstétrique est possible ?

Il n’ s’agit en rien d’un retour en arrière, comme ce titre du Figaro « Des centres pour donner naissance à l’ancienne », voudrait le laisser croire… Il s’agit au contraire de s’appuyer sur les connaissances les plus récentes, sur les moyens de dépistages et de surveillances les plus actuels pour n’intervenir qu’à bon escient.

Mais l’accusation d’obscurantisme n’est jamais loin. J’ai d’ailleurs cru reconnaître dans l’intervention de notre ministre l’inspiration d’une certaine Odile » Nous ne pouvons pas confondre l’attente d’un nombre important de femmes d’un accouchement plus conforme à leurs désirs de bien-être avec l’injonction qui monte dans certaines associations d’accoucher comme on le faisait il y a des décennies. Nous ne saurions accepter que certains milieux, au nom d’une idéologie, cherchent à récupérer le mouvement des maisons de naissance. »

Dernier point, la quasi concomitance de cette loi avec les menaces pesant sur l’accouchement à domicile fait craindre à certains que les maisons de naissance soient un jour considérées comme la seule alternative légale à l’accouchement hospitalier. Pour suivre les deux dossiers depuis de très longues années, j’affirme que cette coïncidence n’est qu’un énième mauvais tour du hasard !

Alors oui, le(s) combat(s) pour une autre naissance ne s’éteignent pas avec le vote de cette loi. Mais c’est une première brèche ouverte dans l’évidence du tout hospitalier, un premier pas vers une offre de soin élargie, reconnaissant – enfin ! – aux femmes le droit de CHOISIR.

 

Vous pouvez retrouver les débats de jeudi dernier ici (pas d’erreur sur le lien, la première partie aborde le rétablissement des avantages liés aux heures supplémentaires, mais la seconde concerne l’expérimentation des maisons de naissance )

NB : Mention spéciale à Mme Catherine Lemorton que nous devrions embaucher pour notre promotion : « Les sages-femmes sont une profession médicale aux compétences multiples, et j’en profite pour les rappeler parce qu’on ne les connaît pas assez : elles ne s’occupent pas uniquement de l’accouchement mais aussi du suivi médical de la grossesse, de la réalisation des échographies obstétricales, du dépistage des troubles néonataux, du suivi médical des femmes en post-partum, de la prise en charge en sortie de maternité de la mère et du bébé, de la consultation postnatale, du suivi gynécologique de prévention et des consultations de contraception, des séances de préparation à la naissance et à la périnatalité, de la rééducation et de la prévention des troubles périnéo-sphinctériens, du suivi de l’allaitement et de l’alimentation du nouveau-né, tout cela avec un droit de prescription concernant les femmes enceintes, accouchées, dans le domaine de la gynécologie et de la contraception, mais aussi pour les nouveau-nés. Toutes ces compétences, inscrites dans le code de la santé publique, ne sont pas suffisamment utilisées et mises en valeur dans la pratique au quotidien de leur profession. »

 

 

 

2 commentaires sur “Un tout petit pas pour les femmes, un vrai pas pour l’obstétrique ?”

  1. fjell dit :

    « Il s’agit au contraire de s’appuyer sur les connaissances les plus récentes, sur les moyens de dépistage et de surveillance les plus actuels pour n’intervenir qu’à bon escient. »

    C’est une évidence ! Mais certains ont des oeillères !!!

    Oui, ce vote est un premier pas (même si ce n’est pas encore le mieux) et tu as raison il faut vraiment souligner le fait que l’unanimité a été de mise et que les débats ont été enfin dans le bon sens par rapport en 2010 !

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