Solitude

Publié par 10lunes le 3 octobre 2013 à 07 h 38 dans Médias

loneliness 2

Mardi soir, j’ai voulu jeter un œil sur Babyboom. Pas téméraire, j’allume la télé sans m’installer devant; juste un fond sonore accompagnant mes dernières occupations de la journée. Je vaque d’une pièce à l’autre, m’éloigne et perds le fil, me rapproche et entends une femme s’effondrer à l’annonce de la mort de son bébé – c’est bon pour l’audimat ça coco – puis les remarques à haute teneur philosophique -la vie, la mort, tout ça – d’un membre de l’équipe.

Besoin d’une pause. 

Un peu plus tard, je recroise mon écran. Une femme est seule dans une salle qui n’a de nature que le nom – qualificatif initié par la rédaction ? Elle gémit, pleure, se tord. Elle est seule, très seule.
Toute seule ? A un détail près, l’objectif de la caméra qui nous rend complices et voyeurs. Nous sommes des milliers à contempler son immense solitude.

Besoin d’une pause.

Je reviens ; son homme est avec elle, visiblement démuni devant sa détresse.

Besoin d’une pause.

C’est le moment du changement d’équipe. L’une des sages–femmes explique à la relève que cette femme est là depuis le matin (il est 20 heures) qu’elle espère une péridurale depuis trois heures mais que des urgences ont retenu l’anesthésiste. L’anesthésiste oui, mais d’autres semblaient disponibles ? C’est en tout cas ce que laissent penser les indiscrètes caméras. Pourtant, personne n’a été présent aux cotés de cette femme pour la soutenir, la rassurer, l’accompagner… (ou ces images n’ont pas été retenues au montage ? *)

Coup de sonnette ; une sage-femme prenant la garde va voir. Nous voilà à nouveau dans la salle « nature ». L’attitude de la mère fait clairement penser qu’elle est en fin de travail. La sage-femme l’examine, confirme l’imminence de la naissance.

Une femme sur le point de mettre son enfant au monde, une sage-femme. On espère un instant que la situation va s’adoucir, que la présence chaleureuse de l’une va apaiser l’autre, lui permettre de vivre une fin d’accouchement plus sereine, quelque chose de doux et d’humain qui viendrait compenser la solitude des heures précédentes.

Pas du tout.

Tout s’enchaîne ;  allongée,  jambes dans les étriers, poussée bloquée. Aucun mot de réconfort.  La compassion de la sage-femme se résume à cette annonce « Vous allez avoir très très très mal mais ce sera bientôt fini ».

En moins de vingt minutes, le bébé naît. Les cris qui ont accompagné sa naissance sont bien des cris de douleurs, ceux d’une femme enfermée dans sa solitude, entre une sage-femme induisant plus de souffrance encore par ses paroles négatives, une auxiliaire tentant quelques mots d’accompagnement et s’affairant à rabattre le drap pour préserver sa pudeur** et un homme perdu devant l’épreuve que traverse celle qu’il aime.

Des gestes, de la technique, du savoir faire… mais quel savoir être ?
Une naissance déshumanisée.

Pause définitive.

 

NB: après la naissance, le père essuie ses larmes et s’éloigne un peu, tournant dans la salle pour cacher son émotion. La caméra le suit pas à pas, sans plan de coupe. Les autres cadres sont fixes et l’on pourrait croire que les monteurs visionnent les images plus tard. La caméra suivant le père prouve que quelqu’un est bien là, partageant l’intimité de la naissance en direct, tout en se faisant totalement oublier du fait de son invisibilité.

*pour avoir décortiqué certaines mises en scène de la première saison… je reste prudente.

** pas de souci, la télé veille. Lorsque la jeune femme s’agite au point de dévoiler un coin de fesse, il est pudiquement flouté par la prod.

 

 

3 commentaires sur “Solitude”

  1. 10lunes dit :

    Retrouvez les commentaires sur cet article à l’adresse suivante : http://10lunes.canalblog.com/archives/2013/10/03/28137425.html#comments

  2. Sylvinne DAUTH dit :

    Je dois avouer que cette salle « nature » m’a interpellée aussi… J’y ai trouvé plus de médicalisation que dans la salle dite « standard » dans laquelle j’ai accouché de mon fils, mais dans laquelle j’ai pu me déplacer a volonté, me mettre dans la position qui me soulageais le plus lors de l’expulsion et ou la sage femme et son élève ont été d’une douceur et d’une dicretion a toute épreuve malgré leur attention constante….

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