Sans dessus dessous

Publié par 10lunes le 21 avril 2012 à 09 h 56 dans Naissance

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Elle est en position « mains – genoux », expression rencontrée des années plus tard dans un article sur les postures d’accouchement ; la formulation « à quatre pattes » devait apparaître trop triviale au rédacteur…
 
Elle est ainsi parce qu’elle l’a souhaité, non parce que je le lui ai proposé. Malgré pas mal de naissances accompagnées en position autre que gynécologique,  je n’ai pas encore expérimenté cette variante. Pour être honnête, j’aurais préféré faire mes armes sur une situation plus banale. Son bébé se présente en « occipito-sacré », visage dirigé vers le pubis maternel, à l’inverse donc de la position habituelle.

Elle est médecin et cela m’aide certainement à accepter sa totale liberté de mouvement… C’est comme un contrat entre nous, une responsabilité partagée.  Prévenue de mon inexpérience, elle accepte de me faire confiance. De mon coté, je sais pouvoir m’appuyer sur ses ressentis, sur la force tranquille qui la guide depuis le début du travail.

De la phase d’expulsion ne me restent que de confus souvenirs de projections géométriques. Du fait de la position maternelle, mes repères anatomiques sont inversés ; je passe mon temps à retourner mentalement femme et enfant pour pouvoir m’appuyer sur mes critères habituels, tiraillée entre mon souci de « m’y retrouver » pour m’assurer que tout évolue bien et celui de ne pas atteindre sa sérénité. Il me faut être à l’écoute, rassurante, alors que mes neurones surchauffent en élaborant d’improbables schémas…

Et puis tout s’apaise. Le petit arrive sur le périnée et si la position de la mère m’est inhabituelle, celle de la tête fœtale redevient banalement rassurante.

Je l’encourage à souffler doucement pour laisser le périnée tendu s’ouvrir un peu plus, encore un peu plus. La tête apparaît dans un premier jaillissement de liquide, le reste du corps suit dans un bruit de succion. Je n’ai qu’à tendre les mains pour accueillir l’enfant, le glisser entre les cuisses maternelles. Elle se redresse à genou et le serre dans ses bras, triomphante.

Un gros bébé, une position foetale réputée plus agressive pour le périnée, et pas une égratignure…

J’en serais presque fière si la petite voix de ma conscience ne me chuchotait que tout le mérite en revient à la mère.

 

©Photo

 

 

 

5 commentaires sur “Sans dessus dessous”

  1. LuLett dit :

    C’est comme ça ! C’est exactement à quatre pattes que j’aurais voulu accoucher !
    Dommage, on ne m’en a pas laissé l’opportunité. J’ai quand même réussi à négocier une expulsion accroupie sur un tabouret. Mais j’ai dû passer la quasi totalité de la phase de dilatation en position gynécologique, les 4 fers en l’air, à me tordre de douleur. La SF disait que sinon, elle ne pouvait pas m’examiner…

    Ah, que n’ai-je eu un peu plus de force de caractère, ce jour là !
    Que ne suis-je pas tombée sur vous ! 😉

  2. 10lunes dit :

    Il ne s’agit pas de caractère. Comment s’opposer à celle qui est censée vous aider ?
    Mais avez vous pu en rediscuter ensuite avec elle ? Parce que même si la sage-femme préférait vous examiner dans une position « classique » ces examens sont en général espacés d’une heure. Ce qui laisse largement le temps de se mobiliser entre deux.

  3. zibeline dit :

    Je relis,
    et voilà,
    <3

  4. Blandine dit :

    Bonjour et surtout MERCI
    Je m’explique : je suis en PACES pour devenir sage-femme, cela fait quelques années que je suis décidée, mais en lisant cet article, mon projet prend un autre sens : c’est ce genre d’accouchements que je veux faire, j’ai envie d’accompagner les parents dans leurs souhaits
    Pour ça je pense me diriger vers une maison de naissance, qu’en pensez vous ? je pense pouvoir y travailler avec des collègues plus ouverts d’esprit que certains peuvent l’être en maternité classique, non ? Et ce genre d’accouchement est-il aussi facile dans une maternité classique (au niveau du matériel, des règles ou que sais-je) ?

    1. 10lunes dit :

      Bonjour Blandine, pas facile de répondre en quelques mots à ta question. Oui les maisons de naissance qui débutent leur phase expérimentale de 5 ans sont des lieux de physiologie et de respect maximum. Mais il y a aussi les accouchements à domicile et en plateau technique
      Et surtout et heureusement des maternités qui sont ouvertes à une autre manière d’accompagner les naissances que ce que veut nous faire croire babyboom !
      J’ai simplement envie de souligner que c’est à nous sages-femmes de faire bouger les lignes vers toujours plus de respect des femmes et des couples !

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