Rassurée

Publié par 10lunes le 1 décembre 2015 dans Vie des femmes

 

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La soirée bat son plein.  De petits groupes se sont formés, les discussions sont animées. Dans un coin du salon, quelques femmes en grande conversation. L’une d’elle refuse d’envisager une grossesse, expliquant sa panique à l’idée d’accoucher. Ce serait une horreur, une boucherie, la douleur, le sang, les gens entre mes jambes, l’écartèlement au passage de l’enfant…

Une autre femme est là. Portée par son souvenir, elle parle et parle encore, explique sa liberté de mouvement et de position, le ballon, le bain, raconte la présence essentielle de son compagnon, le soutien rassurant de la sage-femme, décrit l’intensité des émotions, la puissance des sensations et le bonheur de la rencontre.

Elle s’arrête, prête à s’excuser de son long monologue.

Un large sourire accueille son silence, Mais alors je vais pouvoir faire un bébé ?

 


Cette année, les billets de l’Avent seront illustrés par les « Elfes » joliment créés par Hécate. Pour vous éviter les boules (cf Avent 2014 !!) mais surtout pour mettre un coup de projecteur sur un blog de sage-femme. Parce que oui, Hécate est aussi sage-femme. Et elle décrit son quotidien ici aussi bien qu’elle brode !!

 

 

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Primum non nocere

Publié par 10lunes le 22 novembre 2015 dans Blessures

 

4092855689_a29d36435fCette semaine,  j’assistais à un congrès périnatalité, évidemment organisé bien avant les attentats.  Il a été maintenu, assorti de quelques mesures de « sécurité » : Je peux voir votre valise, vous n’avez pas de bombe hein ? Ahahaha…

Nous étions dans une petite ville balnéaire, désertée par ses habitants aux premiers jours de l’automne, presque isolés du reste du monde.

Discuter EBM et puissance statistique par ces temps heurtés s’annonçait dérisoire. Pourtant, nous y sommes arrivé.

C’était comme une bulle de normalité, un espacé préservé qui faisait du bien.
Je ne sais pas si l’ombre des attentats planait sur nos têtes, si la chaîne de solidarité qu’ils ont déclenchée y était pour quelque chose mais ce congrès était étonnamment apaisé. Pas de grands discours, de décorum, de querelles d’ego et même pas de pingouins. Pontes et plèbe ont fait assaut de jeans-baskets.

L’essentiel était ailleurs. Comme la promesse d’une obstétrique redevenue humaine.

Dénoncer l’hypermédicalisation inutile et anxiogène de ce concept très français qu’est la menace d’accouchement prématuré.
S’attacher aux modalités des annonces faites aux parents lors de problèmes découverts pendant la grossesse.
Remettre en cause des pratiques qui font mal aux tenants de la physiologie comme l’épisiotomie (simple rappel bien sûr, mais toujours  bienvenu) ou –  sujet plus inattendu – le clampage immédiat du cordon…
Pour certains, dont je suis, qui ont toujours laissé le cordon cesser spontanément son battement afin de permettre la poursuite des échanges sanguins entre mère et enfant, cela pourrait apparaître comme la réinvention de l’eau chaude. Mais c’est la réinventer avec des données et des études à l’appui ; et donner ainsi les moyens à chaque praticien de s’affirmer scientifiquement face à des protocoles obsolètes et obtus.

Les interventions ont encore traité de prévention, de travail en réseau et d’usagers indispensables pour empêcher les professionnels de penser en rond…
Même le toujours polémique sujet des maisons de naissance a été abordé avec respect bien que la tension soit un poil plus palpable.

Et puis le congrès a pris fin, chacun est rentré chez soi, retrouvant état d’urgence, infos, hommages et appels à résistance.

Impuissante face à la terrible absurdité du monde, je veux croire qu’une société équitable et solidaire se construit dès les premiers instants d’une vie. Je ne peux rien sauf respecter parents et nouveaux nés, laisser les émotions s’exprimer, prévenir, accompagner, soutenir.
En toute humanité.
Parce que ça s’enracine où la violence, à quel moment de la vie ?

 

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Etre choisie, ou pas.

Publié par 10lunes le 20 octobre 2015 dans Blessures, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

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Notre première rencontre a tout dû au hasard. Il fallait une sage-femme pour assurer sa sortie de maternité, c’est tombé sur moi.

Une grossesse longtemps espérée.
La médecine s’était imposée, d’abord pour pallier les défaillances du corps, ensuite pour accompagner les mésaventures successives venues angoisser ces neuf mois. Parmi elles, la certitude que la chirurgie serait nécessaire à leur enfant.

J’arrivais dans cette histoire trop lourde sans rien en savoir. Elle m’a fait confiance.

Il y a eu les opérations, les sales peurs, les bonnes nouvelles.
Le suivi post natal s’est étiré plus qu’à l’habitude, petite fenêtre se voulant banale dans ce parcours qui ne l’était pas.
Elle ne m’avait pas choisie mais nous avons longtemps cheminé ensemble.

Pour sa deuxième grossesse, arrivée quand elle ne l’attendait plus, elle m’a vraiment choisie. Mais quelques semaines plus tard, le temps s’est suspendu. Une fausse-couche, techniquement banale, si douloureuse à vivre.
J’étais là.

Elle m’a encore choisie quand un nouvel enfant s’est invité. Il a grandi assez pour qu’elle le sente bouger, se réjouisse et fasse confiance à la vie. Chienne de vie qui s’est arrêté un jour sans explication.
J’étais là toujours pour accueillir ses pleurs et sa révolte.

Le temps a passé. Je n’ai plus eu de nouvelles ; mais elle traversait souvent mes pensées.

Autre temps, autre lieu. Nous sommes plusieurs sages-femmes à nous retrouver lors d’une journée du réseau régional. On cause, on râle et on rigole. Et puis l’une d’elle me glisse  Je vois une de tes anciennes patientes.  Quelques indications et je risque un prénom puis un nom. C’est bien elle.

Blanc.

Après tout ce que nous avons partagé, après le temps donné sans compter, la disponibilité, l’énergie mise à la soutenir… elle préfère s’adresser à une autre. Je rumine l’information, me sens comme une amoureuse trahie. Elle m’a abandonnée.

Bizarre inversion, ce n’est plus elle qui aurait besoin de moi mais moi qui ait besoin d’elle.

Je me replonge dans son dossier, cherchant à travers les lignes quel impair j’ai commis, me ronge de ce qui aurait pu m’échapper. Si je me réjouis sincèrement que sa grossesse se déroule bien, je m’attriste de ne pas être à ses côtés.
Je ne suis plus aimée…

Le week-end me permet de prendre la distance qui me manquait.
Je sais.

Je suis le mauvais objet. Présente à ses cotés pour toutes les galères, je suis la porteuse de poisse désignée.
Elle a souhaité repartir à zéro en choisissant une autre sage-femme.
Elle a eu raison.

Et ça ne me fait presque plus mal.
 

 

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Logique floue

Publié par 10lunes le 10 septembre 2015 dans Non catégorisé, Pffffff

 

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Il y a d’abord eu cette étude de l’Inserm issue des données de l’Enquête nationale périnatale 2010 : 26% des femmes avaient déclaré pendant leur grossesse ne pas vouloir de péridurale lors de l’accouchement. Toutefois, 52% ont finalement reçu une analgésie péridurale en cours de travail.

Le communiqué du CNOSF reprend certaines des conclusions de Béatrice Blondel qui souligne C’est moins le profil de la femme que l’organisation des soins qui va conduire à la pose d’une péridurale en cours de travail …/… La pose d’une péridurale peut être un moyen de faire face à la surcharge de travail au moment de certaines gardes.

Le CNOSF s’appuie sur l’étude pour dénoncer la très réelle et très problématique diminution des effectifs en maternité et enchaîne sur un élément n’apparaissant pas dans le résumé : Les problèmes organisationnels au sein des maternités contraindraient les professionnels de santé à déroger à un principe fondamental édicté par la loi : le consentement des patients.

Le communiqué du CNSF enfonce le même clou en évoquant le non-respect du choix initial des femmes.

Si je déplore avec les uns et les autres que les femmes ne puissent accéder à l’accouchement qu’elles souhaitent, l’adjectif « initial » s’appliquant au mot choix m’apparaît essentiel. Faudrait-il respecter la décision d’une femme prise en amont de l’accouchement plutôt que celle prise sur le moment, lorsqu’elle souhaite une solution médicale à la douleur ressentie ? Que cette douleur soit fortement majorée par l’indisponibilité des sages-femmes et/ou le renforcement des contractions par des hormones de synthèse*, personne ne peut en douter. Que notre organisation des soins défaillante conduise des femmes à renoncer à leur projet d’accouchement est une réalité quotidienne.
Mais évoquer le non-respect du consentement dune parturiente quand une péridurale est finalement posée à sa demande est un sophisme qui offre des armes à nos détracteurs.

La réponse de la SFAR parait à l’inverse apaisée. Les anesthésistes soulignent Du fait de la méthodologie de cette étude, on ne peut pas savoir si les femmes changent d’avis et demandent qu’une péridurale soit faite ou si les soignants convainquent les patients de la recevoir. Ils soutiennent les demandes des sages-femmes : Une partie de l’insatisfaction trouve d’autres motifs qui ne sont pas nécessairement du ressort de l’équipe d’anesthésie‐réanimation mais plutôt des protocoles obstétricaux et d’une révision des procédures et des organisations de l’équipe soignante au sens large. Ils dénoncent ensuite : La relation reste souvent paternaliste et manque d’explications, de temps d’échange.
La SFAR s’abstient de désigner un coupable et souligne les multiples facteurs en cause. Excellente façon d’inviter à un débat constructif.

Mais c’était sans compter sur nos amis du Syngof qui, fidèles à eux-mêmes, tirent dans le tas !
Comme d’hab, une petite explication de texte s’impose.

Ce communiqué a donné lieu depuis à une instrumentalisation visant à dénoncer une surmédicalisation de l’accouchement quand les professionnels médicaux ont pour unique préoccupation d’apporter aux femmes les conditions les plus sûres et les plus confortables pour leur accouchement.
Traduisons : Les matrones sages-femmes dénoncent une surmédicalisation imaginaire à des fins personnelles et égoïstes alors que les  professionnels médicaux – lire les gynéco-obstétriciens (autre pierre dans le jardin des sages-femmes qui sont elles aussi des professionnels médicaux) – sont seuls à se démener pour la santé et le confort des femmes.

Elles pensent à leur grand-mère et parfois mère qui n’ont pas eu la chance de connaître la péridurale.
Petit couplet aux relents paternalistes. De quoi se plaignent ces femmes qui ont la chance, contrairement à leurs aînées, de connaitre la péridurale.


Alors, la France veut-elle faire des économies sur le dos des femmes en diminuant les chances d’avoir une péridurale ?
Joli retournement ! Le fait de ne pas souhaiter une péridurale se transforme ainsi en perte de chance d’y avoir recours. Nouvelle attaque « discrète » contre les maisons de naissance ?
Je sais, je vois le mal partout…

Ces chiffres, s’ils doivent alimenter la réflexion sur l’organisation des maternités et la coordination entre sages-femmes et gynécologues obstétriciens, ne doivent pas être détournés à des fins corporatistes en mettant en cause la sincérité et l’engagement médical, jour et nuit, des gynécologues obstétriciens au service des femmes.
Nouvelle couche sur le supposé corporatisme de matrones sages-femmes égoïstes versus l’engagement mé-di-cal de gynéco dévoués au service des femmes.

Etre au service des femmes, ne serait-ce pas plutôt s’interroger sur ce qui pousse certaines à déroger à leur projet de naissance et réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour que ce projet puisse être respecté ?

 

 

* Sur ce point, la question du consentement doit se poser. Combien de femmes sont réellement informées de l’utilisation d’ocytocine et de ses conséquences ?

 

 

 

 

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Indiana Michel

Publié par 10lunes le 5 avril 2015 dans Médias

 

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Une femme, un homme. Autour d’eux six (six !) personnes. Toutes portent un masque et un calot ; trois sont gantées. La lumière blanche du scialytique éclaire les cuisses fléchies de la femme.

– C’est parti ! On pousse ! Poussez !  Soufflez !
Une femme vêtue de vert intervient puis se recule. Un homme vêtu de bleu interpelle son voisin :
– Mr Cymes ? Docteur ?
Il s’approche et pratique quelques gestes, maladroitement (sur le côté, un genou au sol, on aperçoit la femme en  vert. Ses mains accompagnent discrètement celles du médecin)
– Madame, tendez les mains vers nous !

Elle accueille son enfant.
Car c’est à une naissance que nous venons d’assister.

 

Donner la vie mêle reportage à la maternité Jeanne de Flandre et rappels historiques sur l’évolution de l’obstétrique.
Jacques Gélis et Marie France Morel sont des historiens de la naissance incontournables. En deux heures d’émission, le balayage est forcément rapide mais intéressant ; parfois aussi anecdotique et surprenant (ah le test de Hogben !!).

Mais les images tournées à la maternité nécessitent un zeste de décryptage…

La naissance de Lison inaugure le documentaire. Malgré la nombreuse assemblée, elle semble se dérouler sans problème, comme – évidemment !- la grande majorité des naissances. Mais l’extrait ne concerne que les dernières secondes.

Un peu plus loin, le reportage permet de retrouver les parents de Lison à leur arrivée à la maternité. La péridurale est posée, le son du monitoring envahit la pièce.

En voix off, Michel Cymes commente, usant des tics dramatisant habituellement chers aux chaînes privées (thème déjà évoqué sur le blog, en particulier ici).
– Dans la salle de naissance, la tension monte soudain d’un cran. Malgré les sourires, le risque d’une césarienne en urgence est bien là.
Omar, le sage-femme (qualifié d’atypique parce que c’est un homme…) fait quelques vérifications. Finalement tout va bien, le PH fœtal est bon.

La voix off poursuit
– Depuis leur poste de contrôle, les sages-femmes ne vont pas quitter des yeux le rythme cardiaque de l’enfant (la caméra zoome sur le tracé mais pas de chance, c’est celui des contractions).

Plus tard, la voix off reprend
– Malgré les efforts d’Hélène, Lison semble coincée. Pour le père, impuissant, les minutes sont interminables. Omar ne le montre pas mais il est inquiet. Il demande à écouter le cœur de Lison. Le rythme cardiaque est irrégulier. Il faut accélérer la naissance.

– Le médecin tire de toutes ses forces, une fois, deux fois, dix fois ! Mais rien n’y fait. La ventouse change de main. Par crainte des séquelles que peut laisser une épisiotomie, l’équipe l’a retardée le plus possible mais elle n’a plus le choix, il faut couper le périnée pour agrandir le passage.

Lison finira par naître, moins facilement que ne le laissaient penser les premières images. Le ballet sage-femme, obstétricien, médecin journaliste nous apparaît sous un tout autre éclairage.
Le premier rôle n’est d’ailleurs tenu ni par l’enfant, ni par ses parents. Quelqu’un de l’équipe s’enthousiasme :
Regardez qui sort votre bébé !

Une autre femme accouche de jumeaux par césarienne.

Puis c’est Mariana que nous retrouvons en salle de naissance. Elle aussi a recours à la péridurale
La voix off reprend du service
– Mariana a beau pousser de toutes ses forces, son bébé ne descend pas.  Les paroles apaisantes de la sage-femme cachent une crainte grandissante pour la santé du bébé. Alors, d’un seul signe de tête à sa collègue, elle déclenche la procédure.

– Son rythme cardiaque indique qu’il est en souffrance. La tête du bébé n’est pas assez sortie pour y poser une ventouse, il faut utiliser les forceps. Le gynécologue est arrivé. Il faut aller vite mais sans montrer à Mariana que la situation est critique.

– Le mécanisme semble barbare mais c’est la dernière chance avant une césarienne en urgence. La tête affleure mais le bébé ne sort toujours pas. Il faut faire une épisiotomie, inciser l’entrée du vagin pour élargir le passage en évitant les déchirures.

Il ne nous aura donc pas été offert de voir une naissance physiologique. Une césarienne et deux accouchements que l’on peut qualifier de difficiles !
Deux femmes allongées et immobiles, deux péridurales, deux extractions instrumentales, deux épisiotomies !
Ou comment transmettre à de futurs parents en quête d’information une vision plus que stressante et hypermédicalisée de la mise au monde.

Et si cela ne suffisait pas, il y a la voix off. Elle n’est évidemment pas continue, l’émission alterne son direct et commentaires.
Mais si je n’ai transcrit ici que ces derniers, c’est par souci de démontrer comment ils viennent dramatiser la réalité.
Heureusement, la médecine et le bon docteur Michel sont là pour nous sauver…

Et comme disait récemment un futur père commentant une émission du même acabit :
– Non mais si tu cherches bien, de temps en temps, y’en a qui se passent bien.

 

 

Crédit photo :Tim Norris 

 

 

 

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Faux départs

Publié par 10lunes le 24 mars 2015 dans Naissance

 

point interrogationMi mars, les Maternelles ont consacré une émission* à l’accouchement.
Je  ne vais en évoquer que deux passages.

Le premier, sidérant, est un reportage en salle de naissance. Les parents ont déjà deux filles et n’ont pas voulu connaitre le sexe de ce futur bébé. Une fois le nouveau-né posé sur le ventre maternel, la sage-femme jette un coup d’œil peu discret à son entrejambe.
Le père croise son regard et interroge Alors ?
Elle l’enjoint à regarder lui-même : c’est une troisième fille, tendrement accueillie par ses parents.  

Que se passe-t-il alors dans la tête de la sage-femme qui se met à chantonner
– Y sait pas faire les garçooooons onh. 

On va dire que c’est le stress de la caméra … mais bon.


Une fois cette anecdote – et ma honte professionnelle – ainsi déposée, j’en arrive au vrai sujet de ce billet, car l’émission abordait entre autres questions celle récurrente du « Quand partir à la maternité », assortie de son corollaire habituel « J’ai peur de pas savoir ».

Il y a deux cas de figures répond l’obstétricien invité :
– la perte des eaux : on ne se pose pas la question, c’est le moment du départ. Pour clarifier son propos à l’intention des décervelées que sont les femmes enceintes, il se veut amusant : Quand ça coule pas normal on consulte.
– les contractions. Elles deviennent de plus en plus douloureuses, se rapprochent, et quand elles sont espacées de 4 ou 5 minutes et régulières depuis deux ou trois heures, c’est le moment.

Le témoignage qui suit vient tempérer ces affirmations. La femme explique avoir attendu que les contractions soient conformes à la description donnée lors des séances de préparation. Mais une fois arrivée à la maternité, la sage-femme a constaté un faux travail et l’a invitée à repartir. Enorme déception conclue-t-elle.

La journaliste se retourne vers l’obstétricien et interroge
– Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas reconnaître un faux travail ?
La réponse tombe avec toute l’expertise de la faculté

– Il FAUT être examinée pour savoir.

Reprenons…

Il est d’usage d’affirmer que le début du travail se caractérise par des contractions se rapprochant progressivement, de plus en plus fortes et régulières. Mais les femmes accouchent aussi avec des contractions irrégulières, espacées ou d’emblée très proches !
Alors pourquoi s’entêter à décrire le modèle standardisé ? Surement parce que ça rassure les parents qui ont le sentiment d’être bien informés.

Sauf que… le jour J rien ne ressemble à ce qui était prévu et le discours apaisant devient anxiogène.
Certaines femmes sentent que c’est le moment mais hésitent à partir parce que le travail utérin n’est pas conforme au standard transmis.
D’autres perçoivent que rien n’est vraiment commencé mais leurs contractions « régulières et rapprochées » les font se rendre à la maternité, avec au final la déception de la fausse alerte et la crainte de ne pas savoir quand il faudra vraiment venir.

Alors, à l’inverse du médecin assurant qu’il faut être examinée pour savoir, j’affirme qu’il faut se fier à son ressenti !
Tant que la femme hésite, ce n’est pas le moment. Le top départ, c’est l’évidence du « maintenant on y va » !

Un dernier détail cependant. Même en suivant leur instinct, certaines font un petit tour « pour rien ». Mais les femmes le pressentent, elles jouent à « on dirait que j’accoucherais ». Une fausse alerte qui permet de répéter le parcours, de l’arrivée à la maternité aux différents examens d’entrée en passant par la rencontre avec la sage-femme.
Comme une répétition générale offrant un tout peu de connu avant le grand saut.

 

 

*ne cherchez pas, vu ma lenteur de production, il n’est plus en ligne 

 

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Ecrasage et piquetage

Publié par 10lunes le 14 octobre 2014 dans Vie des femmes

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La secrétaire de l’accueil réclame ma carte vitale et mes anciens clichés puis m’envoie m’asseoir là bas au fond du couloir à gauche.

La manipulatrice radio appelle mon nom et m’installe dans un box en me demandant « d’enlever tout le haut y compris les bijoux et les piercings ».
N’ayant ni bijou ni piercing, le déshabillage est rapide et je me retrouve à frissonner un peu dans une cabine d’un mètre carré chaleureusement équipée d’un banc et d’un porte manteau.
Pour passer le temps, je feuillette la seule revue posée sur le banc… un Vogue de 2008…

La manip radio vient me chercher. La fois précédente, le box donnait directement dans la salle d’examen mais ils sont passés au numérique et toute l’organisation est changée. 
Me voilà donc à traverser un large couloir à moitié à poil avec l’idée qu’à tout moment, quelqu’un peut s’engouffrer d’un pas vif dans les portes battantes qui séparent le dit couloir de la salle d’attente.

Debout, plaquée contre la machine, bras levé, plus haut, plus en arrière, cliché dans un axe puis dans l’autre, à droite, puis à gauche. Je retrouve la sensation du sein écrasé entre deux plaques.
Est-ce la nouvelle procédure ? Il me semble que la décompression du sein est plus lente que lors des examens précédents. Ce n’est pas plus douloureux mais ça l’est un peu plus longtemps.

La manip me demande d’attendre. En sortant elle laisse la porte se refermer toute seule mais une sécurité freine la fermeture et je suis toujours à poil et bien visible lorsque une femme passée avant moi sort du box d’en face. Elle baisse les yeux et je quitte mon inconfortable tabouret pour fermer cette putain de porte.

Un peu d’attente encore. Un médecin ? – elle ne se présente pas –  entre et me demande de m’allonger tout en m’annonçant que les clichés sont bons. Elle vérifie les explications déjà données à la manip : antécédents, traitements ; les S sont barrés car les questions sont formulées de façon à n’appeler qu’une seule réponse, la brièveté est de rigueur.
Elle s’étonne de l’invisibilité de ma cicatrice comme si elle doutait de ma parole.
Dans le même temps, elle piquette ma poitrine du bout des doigts. Quinze secondes par sein. Ridicule.

Elle s’en va en me lançant « Tout va bien, vous pouvez partir ».
La manip est dans le couloir et m’indique le box 7. Je retrouve mes affaires sans bijou ni piercing, me rhabille et sors en me demandant si je vais croiser le regard d’une autre femme dénudée attendant qu’on vienne lui piqueter les seins.

La secrétaire rencontrée il y a 20 minutes me dit bonjour. Je souris et précise « re »bonjour puis je m’en veux. Au vu du nombre de personnes en salle d’attente, pas possible de mémoriser qui est qui… Elle me tend ma carte vitale. Encore quelques grands couloirs à traverser et je suis dehors.

Et soudain j’ai honte, honte de ce système de soin semblant huilé où tu n’existes pas, honte de cette organisation déshumanisante, honte qu’on ait pu penser que je serais dupe de ce pitoyable piquetage désagréable et inutile.

Honte encore, honte surtout, de n’avoir rien dit…

 

 

NB : ce billet n’a rien à voir avec la campagne « Octobre rose ». Pour y voir plus clair sur le dépistage mammographique :

 

 

 

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L’arbre et le fruit *

Publié par 10lunes le 23 septembre 2014 dans Naissance, Profession sage-femme

 

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Dans le jardin, un figuier donne chaque année de nombreux fruits juteux et sucrés que nous partageons volontiers avec les oiseaux. Cet été, point de partage : une nuée d’étourneaux s’abat régulièrement sur l’arbre, dans un vacarme de piaillements disharmonieux.

Les oiseaux sont fins gourmets… aucune figue mure ne leur résiste ; ils ne nous laissent que les fruits verts.
Frustrant.
Nous avons tenté l’intimidation, s’approcher de l’arbre en claquant des mains. Mais la nuée s’envole pour se rabattre aussitôt. Un voisin a suggéré la carabine à plomb, un autre la fronde, un autre un grand filet… Trop de dégâts ou trop d’efforts.
Nous nous sommes résignés à passer une année sans figue.

Pourtant, depuis quelques jours, nous avons droit aux  fruits murs. Les étourneaux sont toujours là, mais moins nombreux, moins envahissants… Une buse veille ! Peut-être même a-t-elle fait quelques victimes dans la nuée.
Dame nature a restauré l’équilibre.


Je tente ici une parabole hasardeuse, fruit (hahaha) de la dégustation simultanée d’une figue juteuse et du billet d’une chouette consœur.

Nous savons depuis fort longtemps que plusieurs hormones président au déroulement de la naissance à travers de subtiles dosages « auto-gérés ».
Et à trop intervenir…

En situation de famine, j’aurais campé sous l’arbre, chassé les étourneaux aux cailloux, à la fronde ou au fusil et surement même, je les aurais mangés avec mes figues.
De même, lors d’un accouchement, en situation d’urgence, nos interventions ne se discutent pas. Le déséquilibre peut être tel qu’il faille absolument agir pour permettre à mère et enfant de rester en bonne santé.

Mais le risque est-il si présent lors des naissances que nos interventions deviennent la norme et non l’exception ? Combien de fois la famine nous menace-t-elle vraiment ?
Ce qui dirige nos actes n’est plus la crainte de mourir de faim, mais l’habitude des saisons, la nécessité de faire des confitures quand nous en avons le temps voire notre satisfaction à démontrer que nous dominons les étourneaux…

Parfois on claque gentiment dans nos mains, ça ne sert pas à grand-chose mais ça nous rassure ; on laisse le monitoring en permanence pour ne pas sortir dans le jardin toutes les deux minutes. On parle, on examine, on bruisse… ça tient la buse à l’écart et ça perturbe un équilibre naturel toujours précaire.

Et parfois on tire au fusil avant même de savoir si les fruits sont murs.

 

* Titre honteusement emprunté à Jacques GELIS « L’arbre et le fruit: la naissance dans l’Occident moderne, XVIe-XIXe siècle » publié en 1984 chez Fayard

 

 

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Contorsionniste

Publié par 10lunes le 7 juillet 2014 dans Naissance

 

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Bringuebalé au gré des besoins maternels, le tabouret d’accouchement s’est retrouvé face au mur de la salle de naissance.

Pour la dernière phase du travail, elle s’est à nouveau installée sur le siège, dans la position accroupie qu’il permet d’adopter sans effort.
Ses yeux sont fermés, ses bras levés, ses mains nouées à celles de son homme, debout derrière elle, qui oppose toute sa force à la traction qu’elle exerce.
Son souffle puissant, profond, rythme chaque contraction.

Je ne suis que simple visiteuse, passée la voir et restée là, parce que ça nous faisait plaisir.
Elle ne sait plus que je suis là.

Elle ne sait rien que la force de son utérus, la force de son homme, la force de son souffle. Et toutes ces forces conjuguées contrastent avec cet enfant qui naît si doucement.

La sage-femme est agenouillée face à elle. Agenouillée, c’est beaucoup dire. L’espace entre le mur et le tabouret est si réduit qu’elle se contorsionne pour suivre l’évolution de la naissance.
Elle guide la mère de quelques mots, à peine chuchotés, qui l’aide à ralentir la progression de l’enfant.

La tête est en train de se dégager. La femme lâche les mains de son compagnon, vient les poser sur le sommet du crâne, ses doigts semblent s’attarder un peu sur la sensation des cheveux touffus  de ce bébé pas encore né. Puis une autre vague, un autre souffle, la tête qui se dégage et le corps qui glisse presque dans le même mouvement.
La sage-femme a juste le temps de s’écarter pour éviter le jet de liquide qui suit.

Serrant son enfant contre elle, la mère ouvre les yeux, embrasse tous les espaces de peau à sa portée, s’enivre de l’odeur amniotique.
Elle rit…

Et ne saura jamais dans quel précaire équilibre était la sage-femme, dont la voix douce et posée n’a pas un instant laissé percevoir l’inconfort de sa posture.

 

Je profite de ce billet pour vous inviter à découvrir, si ce n’est déjà fait, la très drôle et très pédagogique bande dessinée « Primipare » de Lucile Gomez.

 

 

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L’art du fil

Publié par 10lunes le 19 janvier 2014 dans Profession sage-femme, Vie des femmes

 

ciseaux

Son troisième enfant a 3 mois. Le précédent 1 an. L’aîné 2 ans et demi. Trois enfants en trois ans, ce n’était pas tout à fait leur projet mais … un comprimé oublié de temps en temps et deux bébés se sont invités.

C’est ce qu’elle m’explique lors de notre première rencontre, pour une rééducation périnéale. Elle dit sa crainte d’oublier encore… Parce que trois enfants plus rapprochés que prévu, ça va mais un de plus ? Vraiment pas ! « On » lui a fait la leçon en disant qu’elle devait être plus attentive. « On » lui a parlé du stérilet mais elle a dit qu’elle n’en voulait pas et « on » n’a pas insisté.

Notre séance de rééducation se transforme petit à petit en consultation de contraception. Pourquoi ne pas choisir autre chose que la pilule ? L’implant, elle n’en a jamais entendu parler mais ça ne la tente pas.
– Un truc dans le bras ? Nonnonnon.
– Et le dispositif intra utérin, qu’est-ce qui vous retient ?
– J’ai peur d’avoir mal.
– Vous avez déjà vu à quoi ça ressemblait ? Non ?
Je sors mon matériel de démo, lui laisse le temps de l’observer. Elle s’étonne de le découvrir si petit, si léger au creux de sa main. Elle commence à s’intéresser
Mais comment ça se pose ? Je raconte, montre sur la maquette. Elle se détend. En plus 5 ans sans risque d’oubli ? Elle sourit.

La fois suivante, elle ne veut pas qu’on s’occupe de son périnée, faut causer contraception. Dossier, examen, choix du mode d’action (cuivre ou hormonal) et nouveau rendez-vous pris pour la pose.

C’est pour ça qu’elle est là maintenant, un peu anxieuse…
Je tente de la rassurer en papotant de tout et de rien pendant qu’elle s’installe (en position gynécologique … je reviendrai un de ces jours sur mes démêlés avec la position à l’anglaise), la couvre du paréo que je demande aux femmes d’amener pour se sentir moins « exposées ».
J’attends qu’elle soit prête, qu’elle me le dise, pose le spéculum, fait gicler un peu d’antiseptique tout en l’interrogeant sur les frasques de son aîné, m’applique à parler pour détourner son attention du moment qu’elle appréhende. La pose est rapide, facile. J’annonce qu’il n’y a plus qu’à couper les fils avant de retirer le spéculum.
Je la vois sourire.

Son soulagement la rend volubile. Elle rit de sa peur infondée. Mais je le dirai à mes copines que ça fait pas mal, c’est bête parce que j’avais si peur mais finalement c’est rien du tout ! Les ciseaux, les fils, et tout en lui annonçant que c’est presque fini, je retire mes cisea…. Mon geste se fige. Je n’ai coupé qu’un fil, le second est resté coincé entre les deux lames. Au bout pend lamentablement le DIU que je viens donc de retirer.

Je suis honte ! J’explique ma maladresse, me confonds en plates excuses… annonce que j’ai un DIU d’avance et que si elle veut bien, je le lui pose tout de suite. Elle veut bien et me rassure gentiment. Mais c’est pas grave du tout vous savez… C’est même bien parce que la pose, ça y est, je sais que ça fait pas mal mais j’avais déjà peur en pensant au moment où il faudrait le retirer dans cinq ans. Maintenant je sais que ça ne fait pas mal non plus !

Je place rapidement le nouveau DIU, coupe les fils avec une extrême précaution. Je tirerais presque la langue tellement je m’applique…

Pendant tout ce temps, c’est elle qui continue à parler pour me rassurer !

 

 

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