Chantée

Publié par 10lunes le 14 décembre 2015 dans Naissance

 

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Elle arrive sereine à la maternité, tellement sereine que celle qui l’accueille ne la pense pas en travail. Ni la sage-femme ni le couple ne le savent à cet instant mais leur enfant va naître dans deux  petites heures.

Petites, c’est vite dit ! Elle sent la montée en puissance des contractions et s’étonne de leur violence. Le souvenir des naissances précédentes était plus doux.
C’est la sage-femme qui lui donne la clef. Son bébé se présente le nez en l’air, une position qui complique un tantinet la dernière partie de son trajet.

Elle le sait et ça l’angoisse un peu.

Elle laisse sa voix s’élever, comme une vibration l’aidant à laisser passer chaque contraction.
Pour la soutenir, son homme entonne le même chant.
Et la sage-femme accompagne leurs vocalisations communes.

Leurs voix résonnent à l’unisson, au rythme imposé par le travail utérin.
Les sensations se font encore plus fortes, le son encore plus puissant.

Et puis l’enfant naît
et le silence se fait.

Au supposable grand soulagement de l’interne, resté hors de la salle. Lorsque la sage-femme le croise, un peu pâlot, il lui glisse
– Le chant prénatal, ça fait un peu peur quand même…

 

 

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Itérative

Publié par 10lunes le 8 décembre 2015 dans Profession sage-femme

 

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Elle referme doucement la porte de la salle de naissance, un plus que large sourire accroché à ses lèvres. Le quatrième enfant de cette famille vient de voir le jour. Et les hasards des gardes hospitalières ont bien fait les choses puisque déjà elle était là pour le troisième et même aussi pour le deuxième.

Elle repense aux naissances précédentes, sourit à ce chemin parcouru ensemble. Lors de leur première rencontre, le couple osait à peine, malgré les encouragements, s’essayer à d’autres attitudes que l’attente résignée de la prochaine contraction. Pour cette dernière naissance, ils devançaient ses propositions, autonomes et confiants.
Surement d’autant plus sereins que « leur » sage-femme était là.

Elle retrouve sa collègue en salle de garde et ne résiste pas à partager cette heureuse coïncidence.
– Tu te rends compte, c’est la troisième fois qu’elle accouche avec moi. A un enfant près, j’aurais été là pour toute la fratrie.

La réponse de l’autre sage-femme arrive dans un éclat de rire. Forte de ses trente années d’expérience, elle souligne
– Bien sur, assister trois fois la même femme, ça te fait quelque chose. Mais attends de voir ce que ça te fera quand ce seront ses enfants que tu accompagneras !

 

 

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Rationnel

Publié par 10lunes le 2 décembre 2015 dans 9 mois

 

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Ils sont tous les deux chercheurs, maniant les données biologiques avec dextérité, habitués au milieu médical. Ils sont aussi parfaitement néophytes en vécu de grossesse. Ils attendent leur premier enfant.

La sage-femme qui les accompagne cherche à trouver le juste niveau d’information, ne pas les noyer d’évidences inutiles, ne pas les priver d’explications nécessaires.

Fin du premier trimestre. Pour la première fois, elle dépose un peu de gel sur la sonde doppler, la pose sur le bas du ventre maternel, cherche en orientant le capteur dans différents axes. Un son nouveau envahit la pièce. Celui des battements du cœur fœtal.

En parfait scientifique, le père s’interroge, comment être sûr qu’il s’agit du cœur du bébé et pas de celui de sa mère ?
La sage-femme explique le rythme cardiaque fœtal, bien plus rapide que celui de l’adulte. Elle encourage le père à prendre le pouls de sa compagne pour vérifier lui-même la flagrante différence de fréquence.  Il confirme.

Le temps s’arrête.
Seul le bruit du galop décompte les secondes.

Puis la sage-femme retire la sonde, essuie la trace de gel sur le ventre maternel, sourit à l’ émotion parentale encore palpable.
Alors elle ajoute malicieusement : Là où je cherchais le cœur du bébé, il aurait été très étrange que j’entende celui de la mère.

 

 

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Rassurée

Publié par 10lunes le 1 décembre 2015 dans Vie des femmes

 

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La soirée bat son plein.  De petits groupes se sont formés, les discussions sont animées. Dans un coin du salon, quelques femmes en grande conversation. L’une d’elle refuse d’envisager une grossesse, expliquant sa panique à l’idée d’accoucher. Ce serait une horreur, une boucherie, la douleur, le sang, les gens entre mes jambes, l’écartèlement au passage de l’enfant…

Une autre femme est là. Portée par son souvenir, elle parle et parle encore, explique sa liberté de mouvement et de position, le ballon, le bain, raconte la présence essentielle de son compagnon, le soutien rassurant de la sage-femme, décrit l’intensité des émotions, la puissance des sensations et le bonheur de la rencontre.

Elle s’arrête, prête à s’excuser de son long monologue.

Un large sourire accueille son silence, Mais alors je vais pouvoir faire un bébé ?

 


Cette année, les billets de l’Avent seront illustrés par les « Elfes » joliment créés par Hécate. Pour vous éviter les boules (cf Avent 2014 !!) mais surtout pour mettre un coup de projecteur sur un blog de sage-femme. Parce que oui, Hécate est aussi sage-femme. Et elle décrit son quotidien ici aussi bien qu’elle brode !!

 

 

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Primum non nocere

Publié par 10lunes le 22 novembre 2015 dans Blessures

 

4092855689_a29d36435fCette semaine,  j’assistais à un congrès périnatalité, évidemment organisé bien avant les attentats.  Il a été maintenu, assorti de quelques mesures de « sécurité » : Je peux voir votre valise, vous n’avez pas de bombe hein ? Ahahaha…

Nous étions dans une petite ville balnéaire, désertée par ses habitants aux premiers jours de l’automne, presque isolés du reste du monde.

Discuter EBM et puissance statistique par ces temps heurtés s’annonçait dérisoire. Pourtant, nous y sommes arrivé.

C’était comme une bulle de normalité, un espacé préservé qui faisait du bien.
Je ne sais pas si l’ombre des attentats planait sur nos têtes, si la chaîne de solidarité qu’ils ont déclenchée y était pour quelque chose mais ce congrès était étonnamment apaisé. Pas de grands discours, de décorum, de querelles d’ego et même pas de pingouins. Pontes et plèbe ont fait assaut de jeans-baskets.

L’essentiel était ailleurs. Comme la promesse d’une obstétrique redevenue humaine.

Dénoncer l’hypermédicalisation inutile et anxiogène de ce concept très français qu’est la menace d’accouchement prématuré.
S’attacher aux modalités des annonces faites aux parents lors de problèmes découverts pendant la grossesse.
Remettre en cause des pratiques qui font mal aux tenants de la physiologie comme l’épisiotomie (simple rappel bien sûr, mais toujours  bienvenu) ou –  sujet plus inattendu – le clampage immédiat du cordon…
Pour certains, dont je suis, qui ont toujours laissé le cordon cesser spontanément son battement afin de permettre la poursuite des échanges sanguins entre mère et enfant, cela pourrait apparaître comme la réinvention de l’eau chaude. Mais c’est la réinventer avec des données et des études à l’appui ; et donner ainsi les moyens à chaque praticien de s’affirmer scientifiquement face à des protocoles obsolètes et obtus.

Les interventions ont encore traité de prévention, de travail en réseau et d’usagers indispensables pour empêcher les professionnels de penser en rond…
Même le toujours polémique sujet des maisons de naissance a été abordé avec respect bien que la tension soit un poil plus palpable.

Et puis le congrès a pris fin, chacun est rentré chez soi, retrouvant état d’urgence, infos, hommages et appels à résistance.

Impuissante face à la terrible absurdité du monde, je veux croire qu’une société équitable et solidaire se construit dès les premiers instants d’une vie. Je ne peux rien sauf respecter parents et nouveaux nés, laisser les émotions s’exprimer, prévenir, accompagner, soutenir.
En toute humanité.
Parce que ça s’enracine où la violence, à quel moment de la vie ?

 

Crédit photo

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Etre choisie, ou pas.

Publié par 10lunes le 20 octobre 2015 dans Blessures, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

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Notre première rencontre a tout dû au hasard. Il fallait une sage-femme pour assurer sa sortie de maternité, c’est tombé sur moi.

Une grossesse longtemps espérée.
La médecine s’était imposée, d’abord pour pallier les défaillances du corps, ensuite pour accompagner les mésaventures successives venues angoisser ces neuf mois. Parmi elles, la certitude que la chirurgie serait nécessaire à leur enfant.

J’arrivais dans cette histoire trop lourde sans rien en savoir. Elle m’a fait confiance.

Il y a eu les opérations, les sales peurs, les bonnes nouvelles.
Le suivi post natal s’est étiré plus qu’à l’habitude, petite fenêtre se voulant banale dans ce parcours qui ne l’était pas.
Elle ne m’avait pas choisie mais nous avons longtemps cheminé ensemble.

Pour sa deuxième grossesse, arrivée quand elle ne l’attendait plus, elle m’a vraiment choisie. Mais quelques semaines plus tard, le temps s’est suspendu. Une fausse-couche, techniquement banale, si douloureuse à vivre.
J’étais là.

Elle m’a encore choisie quand un nouvel enfant s’est invité. Il a grandi assez pour qu’elle le sente bouger, se réjouisse et fasse confiance à la vie. Chienne de vie qui s’est arrêté un jour sans explication.
J’étais là toujours pour accueillir ses pleurs et sa révolte.

Le temps a passé. Je n’ai plus eu de nouvelles ; mais elle traversait souvent mes pensées.

Autre temps, autre lieu. Nous sommes plusieurs sages-femmes à nous retrouver lors d’une journée du réseau régional. On cause, on râle et on rigole. Et puis l’une d’elle me glisse  Je vois une de tes anciennes patientes.  Quelques indications et je risque un prénom puis un nom. C’est bien elle.

Blanc.

Après tout ce que nous avons partagé, après le temps donné sans compter, la disponibilité, l’énergie mise à la soutenir… elle préfère s’adresser à une autre. Je rumine l’information, me sens comme une amoureuse trahie. Elle m’a abandonnée.

Bizarre inversion, ce n’est plus elle qui aurait besoin de moi mais moi qui ait besoin d’elle.

Je me replonge dans son dossier, cherchant à travers les lignes quel impair j’ai commis, me ronge de ce qui aurait pu m’échapper. Si je me réjouis sincèrement que sa grossesse se déroule bien, je m’attriste de ne pas être à ses côtés.
Je ne suis plus aimée…

Le week-end me permet de prendre la distance qui me manquait.
Je sais.

Je suis le mauvais objet. Présente à ses cotés pour toutes les galères, je suis la porteuse de poisse désignée.
Elle a souhaité repartir à zéro en choisissant une autre sage-femme.
Elle a eu raison.

Et ça ne me fait presque plus mal.
 

 

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Révélé

Publié par 10lunes le 18 septembre 2015 dans 9 mois

 

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Il  entre d’un pas sûr, le torse bombé,  parcourt la salle d’un regard circulaire, s’affale sur une des chaises presque avant que sa femme ne s’installe, et prend immédiatement la parole, histoire de démontrer qu’il contrôle la situation.
Je viens pour lui faire plaisir affirme-t-il d’une voix trop forte.

Je la connaissais bien avant cette grossesse. Je le rencontre pour la première fois.
Elle a déjà un enfant ; lui ce sera son premier.
Une nouvelle union comme elle le formule de façon désuète.

Il se demande visiblement ce qu’il fait là, dans un cabinet de sage-femme, et fanfaronne
– Et donc, on va parler de quoi ?

C’est avec lui que je dois faire connaissance. Je tente et tends quelque perches. Eviter ce qui pourrait ressembler à un interrogatoire, lui offrir un espace pour exprimer son ressenti, ses éventuelles questions.
Au départ, drapé dans sa cape de supermacho, il la joue très sûr de lui ; c’est des histoires de nanas, je suis là parce qu’elle a insisté, mais moi tant que le petit est pas là, suis pas concerné, de toute façon la parlotte c’est pas mon truc…

Petit à petit il s’apprivoise, s’autorise à livrer quelques émotions, évoque son désir de paternité présent depuis longtemps mais enfoui faute d’avoir trouvé la femme avec qui… et puis cette rencontre, ce parfait amour, l’évidence de sa concrétisation par l’arrivé d’un enfant.

II a ôté sa cape ; son regard se fait plus doux, son ton plus modulé. Il a pris la main de sa compagne et la caresse d’un pouce un peu fébrile.

Il tente encore de la jouer bravache quand je lui propose de venir à la rencontre de son bébé.
– Oh mais je touche déjà son ventre hein, c’est même moi qui lui passe sa crème alors…

Elle s’amuse de ses défenses. Maintenant allongée, elle prend sa main dans la sienne pour la poser sur son ventre. Timidement il avance l’autre main la pose délicatement, et s’étonne, guidé par nos paroles, de sentir les contours utérins.

Son bébé réagit sous sa paume.
Il sourit.
Je leur propose alors d’inviter l’enfant à se blottir dans leurs mains, d’un côté puis de l’autre.
Ce petit là doit sentir combien c’est important pour son papa, il se blottit avec vigueur !

La première fois, son père lève un regard étonné, passant tour à tour du visage de sa compagne au mien, cherchant dans nos sourires la confirmation de ce qu’il a perçu.
La troisième fois il ne doute plus. Ses yeux se sont embués.

Quand il repart, il bombe le torse, encore, mais c’est une nouvelle fierté qui l’anime.

 

 

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Du people et du pipeau

Publié par 10lunes le 30 mai 2015 dans Médias, Pffffff

 

Catherine,_Duchess_of_Cambridge

Devant la multiplicité des médias traitant soudain ce sujet, j’imagine que l’assurance maladie a souhaité communiquer sur les sorties précoces de maternité. M6 a choisi de traiter le sujet à la n’importe nawak. Autant d’inepties et de contres-vérités débitées en 3 minutes (à 15’20), ça frise l’exploit.

Je vous laisse en juger avec cette transcription intégrale… agrémentée de quelques captures d’écran histoire de vous prouver que je n’écris pas ce billet sous l’emprise d’une substance hallucinogène.
Et je vous épargne le ton surjoué genre iMMMMMMMense hôpital ou sans-pé-ri-du-ra-le

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Question : les jeunes mamans restent elles trop longtemps à la maternité après leur accouchement. Elles y passent un peu plus de  4 jours actuellement et c’est trop selon certaines mères d’autant qu’un délai plus court est synonyme d’économie. La caisse nationale d’assurance maladie estime que raccourcir leur séjour permettrait d’économiser 280 millions d’euro par an.

Alors quels sont les avantages et les inconvénients d’un retour précoce à la maison,  comment ça se passe chez nos voisins européens ? 
Pourquoi certaines femmes veulent elles réduire leur séjour à la maternité ?

C’est en général parce qu’elles ont déjà eu un enfant et donc elles veulent souder rapidement le lien avec les frères ou les sœurs.  Elles se disent également dans un environnement beaucoup plus confortable à  la maison que dans un immense hôpital impersonnel. Et au total 30 % des mères estiment rester trop longtemps à la maternité quand ça se passe bien évidemment.  Alors on le rappelle, la durée minimale du séjour est de trois jours pour un accouchement classique par voie basse, quatre pour une césarienne.

Et désormais certaines maternités peuvent permettre de rentrer plus tôt, c’est ce qu’on appelle le programme prado. La maman a alors droit à trois jours de visite d’une sage-femme à domicile, la première dans les 48 heures, ainsi qu’à une aide-ménagère, le tout évidemment pris en charge à 100 %.

pradoUn commentaire à présent : J’ai été choquée de voir Kate Middleton rentrer 10 heures après son accouchement nous dit Delphine.

Mais oui Delphine, ça a surpris  les français mais au Royaume Uni ça n’a rien d’exceptionnel. Les britanniques restent en moyenne 1.7 jours à la maternité contre 3 pour la moyenne européenne et 4,2 jours en France.

Pourquoi ?  Parce que la majorité des européennes accouchent sans péridurale contre une minorité seulement de françaises. Elles peuvent se lever tout de suite et il y a moins besoin de suivi médical.péri

L’autre tendance c’est l’accouchement à domicile ou dans une maison de naissance.  C’est très répandu en Hollande, aux Pays Bas, au  Royaume Uni. En France, c’est totalement marginal puisque les maisons de naissance sont totalement interdites.AAD

Y a quand même des risques non  à sortir trop rapidement de la maternité?
Ben oui, pour une jeune femme, une jeune maman dont c’est le premier enfant, c’est un peu comme partir dans l’inconnu. On peut ne pas dépister certains problèmes de lien mère- enfant, le fameux baby blues par exemple.baby bluesL’enfant risque aussi certaines complications, certaines infections, la jaunisse qui apparaît entre le 3ème et le 5ème jour de sa vie.

Ictère

Et selon la Haute Autorité de la Santé, et bien, deux femmes sur dix rencontrent des difficultés après l’accouchement et c’est précisément dû à une mauvaise préparation de sa (sic) sortie de la maternité.post nat
Et donc on comprend la prudence des femmes françaises.

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Voilà… Je ne sais même pas si ça vaut le coup de décrypter tellement c’est gros mais 

  • Il n’y a pas de durée minimale de séjour imposée ; plus exactement, un départ avant les délais indiqués est considéré comme précoce par la HAS qui a rédigé des recommandations de bonnes pratiques sur la sortie de maternité.
  • Le prado c’est, par exemple, ça. Donc plutôt deux visites de la sage-femme et pas le début de l’amorce d’un hypothétique passage d’une aide-ménagère. Coté tarif, la mère est bien prise en charge à 100 % pendant 12 jours mais pour le nouveau-né, on retombe à 70 % dès la fin de la première semaine de vie.
  • Les taux de péridurale européens sont justes (et devraient nous faire réfléchir …) mais expliquer la durée des séjours par la nécessité d’un suivi médical prolongé du fait de l’anesthésie est absurde sinon totalement stupide.
  • Coté statistiques européennes  des accouchements à domicile, j’ai la flemme de chercher des références mais en gros, c’est 25 % aux Pays Bas et 3 % en Angleterre.
  • Non seulement les maisons de naissance en France ne sont pas interdites (!!) mais le principe de leur expérimentation a été voté en 2013. Si tout va bien – croisage de doigts recommandé- les premières ouvriront l’année prochaine.
  • Evoquer le baby blues comme un trouble du lien mère-enfant est une ineptie juste bonne à faire frémir toutes celles qui ont vécu cet état émotionnel bref et banal.
  • L’ictère (jaunisse) n’est en aucun cas une infection. Il est le plus souvent banal, (même s’il mérite d’être surveillé et quantifié) au point d’être qualifié de « physiologique ».
  • Enfin, la HAS  écrit : « Actuellement en France, le nombre de femmes qui rencontrent des difficultés en post-partum serait relativement important (de 15 à 35 % en fonction des études), du fait d’une mauvaise préparation à la sortie de la maternité. D’une manière générale, ces difficultés ne seraient pas directement imputées à la durée du séjour, puisque près des trois quarts des femmes interrogées jugeaient leur durée d’hospitalisation à la maternité adéquate. »
    En poursuivant la lecture, il est clair que ces difficultés sont liées au manque d’informations dispensées par les professionnels. Le suivi à domicile est justement l’occasion de donner ou redonner ces informations, d’autant plus pertinentes et audibles que nous ne sommes plus dans la projection d’un futur idéalisé mais dans le concret de la vie avec un nouveau-né.

Résumons, la seule information fiable donnée par M6, c'est l'info people. Kate est bien sortie 10 heures après son accouchement.
L'honneur journalistique est sauvé !

 

NB : Il y a 5 ans, j’étais nettement plus critique sur les sorties précoces. L’accompagnement s’est tout de même amélioré.
NB bis: Vous devez ce billet à la nécessité de réagir rapidement à une « information » donnée dans un journal télévisé et à la conjonction d’incidents domestiques bouleversant mon programme. Pardon pour mon silence, je traverse une parenthèse un peu agitée mais ça devrait s’arranger bientôt.

 

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L’oeil et la main

Publié par 10lunes le 9 novembre 2014 dans Formation/déformation, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

Incoming!!!!!

Après un échange sur son projet de mémoire avec une étudiante passionnée et passionnante, je lui prédis un brillant parcours. La petite phrase d’une de ses enseignantes vient doucher mon enthousiasme : « Elle a raté son évaluation « .

Devant mon étonnement, ma collègue complète : « Elle a fait un interrogatoire parfait, elle n’a rien oublié, été très pertinente dans ses questions mais…. elle n’a pas regardé la dame une seule fois ».

C’est à cette anecdote que je repense ce soir-là en rédigeant les courriers pour les maternités résumant le suivi de grossesse de « mes patientes ».

Et je me maudis !

Parce que je crois que je les regarde les dames, je crois aussi poser les bonnes questions. J’oublie « juste » de noter les réponses !

Oh, l’essentiel  y est. Le cancer du sein d’une grand-mère qui l’a fait embrayer sur sa propre inquiétude et l’idée de faire une mammographie de contrôle à 28 ans !
Ou ce diabète paternel de type 2. Même que j’ai failli le rater parce qu’elle a affirmé « Non, y a pas de diabétique dans ma famille «  et que je ne sais même pas ce qui m’a fait accrocher et reposer ma question autrement, pour entendre alors « Ben oui, y a mon père parce qu’il est gros mais ça compte pas ».

J’ai inscrit le harcèlement moral au boulot, celui qui m’a fait contacter médecin du travail et généraliste pour obtenir l’arrêt indispensable.
J’ai bien noté la fausse couche à trois semaines de grossesse, soit une semaine de retard de règles, parce que je sentais que pour cette femme là, cet accident ultra précoce avait du sens.

Je retrouve aussi l’ex petit ami  violent, la pilule oubliée ou l’accouchement difficile de la grande-sœur…

Mais je me suis perdue dans les récits de naissance de cette multipare en me focalisant sur l’orthographe complexe de prénoms inconnus aux sonorités chantantes. Les modalités d’accouchement ? Bonnes, je le sais ; mais c’est un peu  court pour un courrier médical. Que vais-je transmettre sur le terme précis, l’état du périnée ou le poids de l’enfant ?
J’ai bien noté « rubéole positive » lors d’une grossesse précédente mais j’ai omis de faire une copie du résultat.

De la même façon, mes dossiers de rééducation collectent bien plus de notes sur le ressenti des femmes que de signes cabalistiques sur les exercices réalisés et les progrès constatés.
Je n’omets jamais de coter l’EVA lors de la pose d’un dispositif intra-utérin, mais il m’arrive de plonger dans ma corbeille à papier pour en extirper l’emballage et noter le numéro du  lot.
Je vérifie la tension mais, si elle est normale, j’oublie parfois de la transcrire parce que la priorité est à la femme assise en face de moi qui soudain livre quelque chose de sa vie méritant qu’on soit totalement à son écoute.

En début d’année, une formation était proposée par un assureur sur les aléas du médico-légal. Le résumé tient en un mot : TRACABILITE*(il ne suffit pas d’avoir bien fait, il faut aussi pouvoir en apporter la preuve). A l’issue de cette présentation, j’avais conclu que j’avais le choix entre bien me protéger et bien travailler…

Je pense passer aux dossiers informatisés en espérant que cela m’aide à cadrer mes notes, me fasse gagner du temps dans leur écriture. Mais si je sais un peu griffonner sans regarder ma feuille, je ne sais pas remplir un menu déroulant sans regarder l’écran.

Aussi, je me demande combien de petits signes, expressions, hochements et autres crispations je vais rater en cochant bien les cases.
Et combien de phrases en devenir resteront tues parce que je n’ai pas accompagné d’un regard attentif la profonde inspiration qui les inaugurait.

Mais mon assureur sera content.

 

 *Cette même traçabilité qui, selon la MACSF, imposerait un monitoring continu pendant l’accouchement

 

 

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En souvenir des jours heureux

Publié par 10lunes le 29 juillet 2014 dans Après, Vie des femmes

 

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Il y a plus de 20 ans que nous ne nous sommes vues.

Je l’avais accompagnée pour ses maternités. Consultations,  préparation, retour à la maison, post-partum… Une année partagée pour chacun de ses enfants.

Ces enfants qui sont maintenant des adultes ; le dernier vient de quitter le nid.
C’est peut-être pour cela que tout va mal. Moral en berne et douleurs erratiques, pas violentes, juste assez présentes pour lui gâcher la vie. Personne n’arrive à la soulager me dit-elle.

Elle a récemment repensé à certains exercices que je lui avais montré quand elle était enceinte, pour protéger son dos, soulager des sciatalgies.
A l’époque, leur effet aurait été « miraculeux ».

Elle me contacte ce jour là pour que je lui remontre ces gestes expliqués deux décennies plus tôt.
Je devine que la question n’est pas là, et que je n’aurai pas de réponse…
Mais elle insiste.

Alors, ce soir là, elle retrouve le chemin du cabinet et s’étonne que je ne la reconnaisse pas en salle d’attente.

A peine assise, elle débute un long monologue. Au travers des mots s’exprime toute la nostalgie de ses maternités. Elle revient en souriant sur chacune de ses grossesses, détaille ses accouchements, s’attarde avec gourmandise sur les mois suivants. Parfois, elle s’interrompt pour m’interpeller sur des souvenirs qui ne nous sont plus communs.

Comme ses mots, le temps s’écoule. Toutes ces années à materner ses petits, à les voir grandir … et puis s’éloigner.
Elle finit par évoquer ses douleurs, feint de penser que je vais savoir les soulager.

C’est hors de mon domaine de compétence. Je le lui avais précisé au téléphone, lui rappelle encore une fois. Elle insiste pour la forme.
Je sais bien qu’elle n’y croyait pas vraiment.

Puis elle s’en va, visiblement déçue.
Et pourtant…
Elle n’était venue que pour boucler la boucle et constater que nous n’avions plus rien à partager.

La page est enfin tournée.
Nous avons bien travaillé !

 

 

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