Spontanée

Publié par 10lunes le 31 janvier 2012 dans 9 mois

 

4690504255_b1a1a09879_zSon accent chante mais son regard est voilé de larmes… Elle s’inquiète de tout, échafaude de nombreuses et hasardeuses hypothèses, soumet sa vie à de multiples rituels censés porter chance à son futur enfant. Elle s’angoisse du trop ou du trop peu de ses mouvements, de son ventre très rond mais pas encore assez, des aliments quelle mange et de ceux qu’elle boude, des douleurs ressenties et des risques de leur traitement, de ses nuits d’insomnie ou de son sommeil de plomb…

Et plus encore elle s’angoisse ce que son angoisse fait vivre ainsi à son futur bébé.

Ces questionnements incessants ne sont que la partie émergée d’une histoire complexe dont elle livre quelques bribes lors de notre première rencontre. Je sais déjà qu’il me faudra la guider vers d’autres soignants et d’autres compétences pour l’aider à sortir de cette nasse de symptômes et pensées qui l’envahissent et l’encerclent.

Pour le moment, il me faut bien faire quelque chose pour qu’elle se sente accompagnée, pour qu’elle puisse déposer un peu de son si lourd fardeau.

Alors, je reprends avec elle l’ensemble des symptômes évoqués, tentant pour chacun de valoriser l’extrême attention qu’elle porte à son bébé.

Au milieu d’une phrase, elle me coupe et s’exclame « Ah ça me fait du bien ce que vous me dites ! », puis elle se lève avec élan et, se penchant vers moi, me claque une grosse bise sur la joue.

 

©Photo

 

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Partenaires multiples *

Publié par 10lunes le 12 novembre 2011 dans 9 mois

 

« – Allo ? C’est pour prendre un rendez-vous.
– Pour quelle raison ?  (selon leur motif, les rendez-vous demandent de bloquer plus ou moins de temps, se programment à distance ou nécessitent un créneau rapide).
– Ben je voudrais un rendez-vous avec une sage-femme ! « 

Jusque là tout va bien. Mais quand je tente de lui faire préciser ses besoins…
Elle est enceinte de six mois, suivie par son médecin traitant depuis le début de sa grossesse. Il lui a prescrit les bilans habituels et les échographies.
– « A chaque consultation, il prend ma tension et regarde mes jambes, mais il fait rien sinon ! « 
Elle a aussi rencontré une sage-femme à la maternité « qui m’a posé plein de questions mais qui m’a rien fait non plus « .**
Enfin, ses rendez-vous pour la préparation à la naissance sont déjà programmés dans cette même maternité.

Je peine à trouver ma place…

Oui mais elle aurait bien voulu voir un gynécologue.
Et comme je précise que sage-femme et gynécologue sont deux professions différentes.
Ca tombe bien, elle voudrait aussi être suivie par une sage-femme !

Reprenons…

 

* Google mon ami, le titre s’est imposé. Pardon aux quelques visiteurs qui vont s’égarer ici.

** Le « rien », c’est l’absence de toucher vaginal. Pratique inutile et facilement anxiogène en systématique – « Sa faible valeur pronostique entraine un grand nombre de faux positifs et négatifs » (note de cadrage HAS sur mesure échographique de la longueur du col) – mais tellement intégrée par les femmes qu’elles s’étonnent et s’inquiètent que ce geste invasif leur soit épargné quand leur grossesse se passe bien.  

 

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Absolument sachant

Publié par 10lunes le 4 septembre 2011 dans 9 mois

Première échographie, dite de datation. En salle d’attente, les panneaux affichent de joyeux avertissements: « L’échographie ne peut pas tout dépister » –  » La présence des enfants est interdite » – « Votre médecin détermine librement ses honoraires (… ) supérieurs au tarif du remboursement par l’assurance maladie ».

C’est leur tour. La pièce est petite, logiquement sombre. Au centre, le divan d’examen en skaï bleu foncé est recouvert d’un papier blanc ; à sa gauche, une chaise à dossier bas et l’appareil d’échographie ; à sa droite, une autre chaise ; en face du lit, fixés au mur, un second écran et une triple patère permettant d’accrocher les vêtements.

Tout en se déchaussant, en patiente appliquée, elle énonce date des dernières règles et durée de ses cycles. Elle sait très bien où elle en est et – à peu près – quand ils ont conçu leur bébé.

Cette première échographie se fera par voie vaginale. Pratique tellement habituelle que l’échographiste n’explique rien et la prévient de ce qui va se passer par cette phrase sibylline  « Enlevez le bas ».
Elle s’allonge sur le lit. Ne sachant pas où poser son slip, elle le froisse dans sa main droite. Sa main gauche cherche celle de son homme, assis à ses cotés sur la chaise dédiée.

L’examinateur s’empare d’une sonde oblongue. La tenant verticalement, il y déroule ce qui s’apparente à un préservatif. Une giclée de lubrifiant puis la main s’incline, la sonde s’horizontalise puis s’enfonce dans son vagin, intrusion accompagnée d’une affirmation sans appel « ça ne fait pas mal ».

Attentif aux premières images sur l’écran, le couple tente d’oublier l’outil qui s’agite et s’oriente au creux du corps maternel.

Du noir, un peu, quelques contours blancs et surtout du gris, plus ou moins dense, plus ou moins homogène. Le squelette contrasté animé de quelques mouvements aide à donner sens aux images.

L’échographiste procède aux mesures. Sa main gauche pianote sur le clavier, tourne le curseur ; l’image se fige. De petites croix clignotent sur l’écran puis des chiffres s’affichent. Satisfait, il annonce une date de conception… qui précède de cinq jours la date donnée par les parents.
Elle s’en étonne et se retourne vers son compagnon pour le prendre à témoin… « Ce n’est pas possible, tu te souviens, ce jour là, tu étais encore en Italie. »

Sans daigner leur jeter un regard, l’échographiste, impavide, confirme en fixant son écran que la grossesse a bien débuté pendant l’absence paternelle. *

Insupportable superbe d’une médecine qui s’invite dans l’intimité d’un couple et ose affirmer sans nuance la date de leur relation sexuelle.

 

* On considère que la datation est en moyenne précise à +/-3 jours mais que les bornes sont de +/-7 jours…

 

 


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Inutile

Publié par 10lunes le 21 avril 2011 dans 9 mois

Chaque week-end, le numéro d’une sage-femme est indiqué sur les répondeurs de tous les cabinets des environs. Cette organisation préserve nos temps de repos tout en assurant les rares suivis de grossesses nécessitant un passage quotidien ou les visites aux accouchées sorties rapidement de la maternité.
Cette semaine, c’est moi qui m’y colle. Le dimanche s’annonce calme mais je reste au bout de mon portable au cas où…

Le cas où, c’était elle. Une voix angoissée «Pardon de vous déranger mais j’ai besoin d’être rassurée».
Enceinte de six semaines, elle perd du sang depuis la veille au soir, sans facteur déclenchant ; saignements peu abondants mais continus. Evidemment, son inquiétude est grande.

Elle appelle d’abord SOS médecins. Le praticien venu la voir l’examine mais ne peut la rassurer sur l’évolution de sa grossesse sans examen complémentaire. Il lui prescrit une échographie.
L’hôpital contacté ensuite refuse de la recevoir un dimanche puisqu’elle ne se vide pas de son sang. L’interne de garde a justifié son refus «A ce stade, on ne peut rien faire». Effectivement ces saignements peuvent être sans importance ou annoncer une fausse couche mais la médecine est impuissante à protéger une grossesse débutante.
Ce n’est donc pas une urgence et son angoisse devra attendre le lendemain…

Alors elle tente de joindre une sage-femme et c’est mon numéro qu’elle trouve.
Enfin une oreille. Elle se plaint du médecin venu pour rien, de l’hôpital qui refuse de l’accueillir, de la PMI (qui suivait sa grossesse précédente) fermée le week-end. Elle demande à ce que je vienne écouter le cœur de son « bébé ». Mais c’est impossible, les battements cardiaques sont inaudibles à ce terme.

Mon inutilité l’excède. Je me fais vertement reprocher de ne pas disposer d’appareil d’échographie. Dernier maillon de la chaine, elle déverse sur moi toute son amertume. Puis elle raccroche, furieuse.

Je la sais seule avec sa peur.

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Inconcevable

Publié par 10lunes le 6 avril 2011 dans 9 mois

A quelques jours de son accouchement, elle évoque en souriant la découverte de sa grossesse.

Après plusieurs années de vie commune – et de longues discussions – ils se sentent prêts à accueillir un enfant.
Très logiquement, elle cesse de prendre la pilule mais imagine, conformément à une légende tenace, qu’il faudra quelques mois à son organisme pour se laver des hormones contraceptives.

Elle sera pourtant enceinte dès le cycle suivant.
Et aura le plus grand mal à le réaliser…

L’absence de ses règles ? Elle le savait bien, cette prise d’hormones artificielles a perturbé son cycle.
Cet impérieux besoin de sommeil, capable de la faire se coucher avec les poules après une sieste de plusieurs heures ? Le changement de saison, très certainement.
Cette presque douloureuse tension mammaire ? Voilà bien la preuve que son corps reprend son rythme physiologique.

Un discrète alerte doit cependant clignoter puisqu’elle se procure un test de grossesse.

Mais, quand elle voit apparaitre la petite croix turquoise, sa première idée est que le test a mal fonctionné. Elle se réjouit alors qu’ils soient vendus par deux. Le second, d’évidence, va lui confirmer la défaillance du premier.

Il lui faudra ce nouveau « + » pour commencer à réaliser…

 


PS : Pardon pour mon inexistence actuelle sur le blog. La semaine prochaine devrait me voir plus présente…

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Alibi

Publié par 10lunes le 8 mars 2011 dans 9 mois

Ils attendent leur troisième enfant. A chaque fois, ce père s’est investi avec bonheur dans la grossesse, s’est montré réellement attentif et soutenant lors de l’accouchement, a « paterné » avec tendresse cette nouvelle vie s’invitant chez eux, s’enchantant par exemple des tétées nocturnes, moment de douceur partagée à trois dans la chaleur du lit.

Ce jour là, deux autres couples sont présents pour une ultime séance de préparation à la naissance. La conversation s’initie autour des derniers événements, émotions, ressentis. Au fil de ces rencontres, chacun s’est confié un peu plus au groupe qui partage maintenant une réelle complicité.

Assise à ses cotés sur le tapis de mousse, l’œil taquin, elle le secoue par le bras, chuchotant de plus en plus fort «Dis leur ce que t’as dit ! Mais si ! Dis-leur ! Mais dis-leur ! »
Ainsi mis au défi, il se résout à raconter.

Grand gaillard travaillant sur les chantiers routiers, il a quitté son travail un peu plus tôt ce soir là pour nous rejoindre. Comme ses collègues s’interrogeaient sur ce départ anticipé, il a voulu partager un peu de son expérience et du plaisir pris à ces échanges. Devant leur air goguenard, il s’est tu rapidement pour se sauver sur une pirouette :
«C’est pas pour moi hein, c’est pour faire plaisir à ma femme ! ». 


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Mise en situation

Publié par 10lunes le 10 février 2011 dans 9 mois

Enceinte de leur premier enfant, elle me raconte leur récent trajet en voiture, lui au volant, elle à ses cotés.
Pendant tout le voyage, jetant des coups d’œil dans le rétroviseur ou se retournant brièvement vers le siège arrière, il s’est adressé à un enfant imaginaire.
– Jules, ca suffit !
– Emma, tu veux qu’on chante une chanson ?
– Victor, oui, on arrive bientôt !

Une façon pour ce trentenaire qui peine encore à se sentir adulte de se projeter en père de famille ?
A la fois hilare et un peu confus, il tient à s’expliquer : Je voulais tester pour voir comment ça sonnait…

 

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Intimité

Publié par 10lunes le 7 janvier 2011 dans 9 mois

En fin de grossesse, ils se tracassent de savoir diagnostiquer l’avancée du travail, dans l’attente de l’arrivée de la sage-femme. Le futur père voudrait apprendre l’examen du col et de la dilatation.

La sage-femme se propose de les lui expliquer. Afin de pouvoir le guider, enfilant un doigtier et l’enduisant de lubrifiant, elle réalise elle-même un toucher vaginal.

Une fois son examen terminé, elle invite le père à faire de même. Il lui décrira ses perceptions et, forte de ce qu’elle vient de constater, elle pourra l’aider à décrypter ce qu’il ressent.

Bien évidemment, nul besoin pour lui de doigtier, mais force de l’habitude, avant d’introduire index et majeur dans le vagin de sa compagne, il les lèche avec application.

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Timide

Publié par 10lunes le 13 novembre 2010 dans 9 mois

Jeune, blonde, rougissante, recroquevillée sur son siège, tête baissée, regard vague, elle se tord les mains parce que je me suis aventurée à l’interroger sur ses attentes.

Elle n’attend rien, ne souhaite rien. Elle murmure qu’elle a « juste » peur. Et de multiples craintes s’invitent au travers des quelques mots prononcés ensuite ; aiguilles, accouchement, douleur, être mère. Elle a peur de tout, de grandir, de vieillir, et par-dessus tout de se faire remarquer.

Nos premiers échanges sont laborieux. Elle n’accepte d’aborder que les aspects pratiques de sa maternité et s’attache à des détails, le nombre de pyjama, la marque du chauffe biberon. Toute son attention se concentre sur la panoplie de son futur enfant.

Il me faut la rassurer et comme je ne sais par où commencer, nous revoyons ensemble la longue liste de ce qui lui semble indispensable pour son bébé. Je tente au passage de glisser quelques mots sur les rythmes et besoins du nouveau-né. J’essaye de lui faire rayer quelques lignes de son inventaire surchargé. Elle est sans emploi et vit en colocation. Son homme a un petit boulot et occupe un minuscule studio. Ils cherchent un logement commun. Mieux vaut garder quelque argent pour leur installation.

A chaque rencontre, son embarras et sa candeur me confondent. Je m’épuise à monologuer devant cette jeune fille silencieuse, quêtant son regard, guettant une réaction. Je dois me contenter de bribes de mots, d’un soupir, de quelques bredouillements. Je m’obstine à créer les conditions d’un véritable échange mais désespère d’y parvenir.

Jusqu’au jour où, sans transition aucune, elle s’affirme enfin. Toute timidité envolée, elle interroge, commente mes réponses, évoque son accouchement prochain, son désir d’allaiter. Ils viennent d’emménager ensemble et cela semble sonner comme un nouveau départ.

Quelques jours plus tard, je laisse un message sur son répondeur pour tenter de modifier un rendez-vous. La sentant plus ancrée dans le réel, je voudrais lui donner l’occasion de faire une séance en groupe afin de partager avec d’autres futurs parents.

Elle me rappelle pour affirmer d’un ton sans appel qu’il n’est pas question de déplacer la séance. La date ne lui convient pas et il lui est d’ailleurs impossible de changer quoi que ce soit à son emploi du temps chargé ; on fera donc comme prévu !

Ainsi mouchée, je raccroche en souriant. Elle vient de m’en donner la preuve, elle a gagné en assurance et n’hésite plus à imposer son point de vue.

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Emballée

Publié par 10lunes le 16 mai 2010 dans 9 mois

 

Dernière visite de routine chez une jeune femme qui doit accoucher dans quelques jours. Elle a deux enfants en bonne santé mais a perdu un bébé en cours de grossesse et cet accident justifie une surveillance rapprochée.

Ces neuf mois se sont écoulés sereinement, les inquiétudes liées aux événements passés se sont dissipées et nos rendez-vous sont joyeux. Je  pose le monitoring qui va enregistrer le rythme cardiaque du bébé et les éventuelles contractions pendant une demi-heure et nous discutons tranquillement de ses derniers préparatifs. Un nouveau lit d’enfant, douillet et coloré, trône dans la cuisine/salon/chambre des parents – l’unique petite chambre est le domaine des aînés. Entre deux phrases, elle tend son bras pour la rituelle prise de tension ; l’appareil électronique fait son travail. Sans cesser nos papotages, je la libère du bracelet et jette un œil aux chiffres affichés. Sa tension est parfaite et c’est ce qui m’importe mais cet appareil « trop moderne » affiche également le pouls. Le chiffre135 clignote avec application ; un peu rapide…

J’imagine qu’elle s’est agitée avant mon arrivée, avec deux jeunes enfants toniques, un logement d’une propreté rutilante et une grosse valise qui s’expose sur la table de la cuisine, débordant de petits vêtements pastels pliés avec soin. Je ne dis rien et me promets de vérifier un peu plus tard. Après une bonne demi-heure passée au fond de fauteuils aux ressorts trop présents, je reprends son pouls qui se révèle toujours aussi rapide.

Impossible de ne pas s’y arrêter. Je cherche un peu plus loin, l’interroge sur sa consommation de café ou autres élixirs américains excitants, me préoccupe d’éventuels symptômes, lui demande à tout hasard de vérifier sa température, palpe ses mollets à la recherche d’une douleur suspecte. Rien d’anormal… sauf son pouls !
Je me résigne à appeler la maternité. Comme d’habitude, ils sont surchargés et «mon cas» leur apparaît bien encombrant. Mon interlocutrice me demande de laisser la mère se reposer et de faire un nouveau contrôle dans deux heures.
Dans deux heures ? C’est bien une réponse hospitalière !  A la maternité, on laisse la femme dans une quelconque salle d’examen, on court vaquer à ses autres occupations dans les chambres voisines et on repasse à l’occasion. Je ne perds pas mon énergie à expliquer que je suis en visite à domicile, que j’ai d’autres consultations à assurer, à l’autre bout de la commune, que les allers retours vont me faire perdre un temps déjà compté, tout cela pour vérifier un rythme cardiaque inchangé depuis plus d’une heure. J’obtempère parce que je les sens débordés et … qu’ils ne me laissent pas vraiment le choix.

J’explique tout cela à la mère, poursuis mon circuit de visite et retraverse la ville à l’heure dite.
Je la trouve sirotant tranquillement un verre de limonade. L’appareil électronique vient entourer son poignet. Quelques secondes de patience et le résultat s’affiche.130 ! Damned !

Je rappelle la maternité, demande à parler à la même sage-femme, toujours aussi débordée, qui cherche à éviter une consultation supplémentaire risquant de plus encore surcharger le service en soulignant que 130 c’est moins que 135 et que donc ça va mieux !

J’insiste pour avoir l’avis de l’interne. Il commence par me soupçonner d’avoir confondu rythme fœtal et maternel. Je me fâche un peu… Si l’on peut en effet confondre, par manque d’attention, le cœur fœtal et le pouls maternel lors d’une auscultation utérine, l’inverse est impossible. En l’occurrence, c’est lui qui fait preuve d’inattention. Je l’imagine débutant son semestre en obstétrique.

Il réfléchit à voix haute, s’inquiète de l’embouteillage de son secteur, se tracasse sur la possibilité de trouver un cardiologue disponible pour venir faire le point. Il me concède une auscultation cardiaque, mais surtout pas à la maternité, et me demande de l’adresser à son médecin traitant. Heureux de se débarrasser ainsi du problème, il raccroche.

Il est plus de 18 h et je crains qu’il ne soit malaisé de justifier auprès du généraliste une consultation urgente pour l’auscultation cardiaque d’une femme enceinte de 9 mois, tachycarde depuis plus de trois heures et refoulée par la maternité. Je préfère l’appeler moi-même, je ne suis plus à quelques minutes près !
Il me faut le nom et le téléphone de leur médecin . Elle se relève péniblement, se dandine vers la table, farfouille lentement dans une pile de papiers puis me tend triomphalement une ancienne ordonnance.

La sonnerie résonne plusieurs fois, me laissant le temps de jeter un œil à ma montre et de commencer à calculer l’heure tardive à laquelle je finirai ma tournée, une fois repartie vers mes autres rendez-vous.
A l’arrêt de la sonnerie, ce n’est pas le médecin que j’entends mais un message enregistré annonçant que le cabinet est fermé et qu’il faut appeler le 15 en cas d’urgence. J’hésite quelques secondes à chercher un autre médecin disponible mais à cette heure ci, pour ce dossier ubuesque, et une patiente à la CMU… je ne me fais guère d’illusion.

Au final, la maternité acceptera enfin de la recevoir. Elle rentrera chez elle tard dans la nuit, sans le début d’une explication mais assurée que tout va bien. Son cœur a cessé de battre la chamade.

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