Outre-manche

Publié par 10lunes le 17 avril 2014 à 15 h 43 dans Profession sage-femme, Vie des femmes

 

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Les blogs, forums et autres lieux d’échanges moins virtuels bruissent de cette nouvelle façon de faire, apparaissant plus respectueuse des femmes. Il y a ceux qui pratiquent au quotidien, ceux qui ont déjà essayé, ceux qui vont commencer. Je devrais m’emparer de cette nouveauté avec enthousiasme et pourtant…
Si je vante les mérites des capotes ou me régale de la crème du même nom, l’examen à l’anglaise, j’y arrive pas!

Cette position, je l’ai découverte avec Martin Winckler dans un de ses romans, « le Choeur des femmes ». Ça ne m’avait pas vraiment interpellée mais à l’époque, je pratiquais peu de gestes gynécologiques.
Puis Borée en a causé de façon très pédagogique sur son blog. Billet que j’ai commenté, non comme praticienne mais comme patiente. Tant qu’à faire qu’un « non intime » mette ses doigts dans mon vagin, je préfère l’avoir en face de moi que dans mon dos.

Mais ce ressenti n’est que personnel et il me semblait important de laisser le choix aux femmes.

Dans le même temps, je me suis (re)formée en gynéco, ai réalisé de plus en plus de consultations dans ce cadre. J’ai régulièrement proposé cette position alternative. En retour, regards étonnés, sourires amusés ou refus déterminés. Personne ne désire essayer. Au mieux on croit à une blague, au pire on me taxe d’une nouvelle lubie de sage-femme. 
J’ai fini par penser que ce n’était pas la position innovante qui séduisait, mais le possible choix qui débaptise la « patiente » pour reconnaître la femme comme actrice de ses soins.
Ça m’arrangeait bien.

Et puis il y a eu l’étudiante, faisant son mémoire sur ce thème, éclatant de rire en m’entendant conclure ainsi mes explications un peu confuses :

-« Et je serai derrière.
– Ah ben oui, mais si tu le dis comme ça… »
Mes réserves transpirent dans ma proposition… elle est donc toujours déclinée.

Pourtant j’en cause avec des pratiquants. J’ai même eu droit à une démonstration de l’installation un soir de printemps, sur un banc public. Merci à cette ambassadrice d’y avoir mis autant d’énergie.

Alors, pour elle et pour tous ces praticien-ne-s que je respecte, je continue à m’interroger. Récemment, une copine a accepté (que ne ferait-elle pas pour la cause des femmes) que nous tentions ainsi le contrôle du DIU posé quelque semaines auparavant.
J’ai regretté de ne pas croiser son regard, j’ai détesté le mouvement d’écarter la fesse supérieure pour exposer la vulve ; et une fois tout cela dépassé, la pose du du spéculum a été désagréable, l’exposition du col impossible et bien que ma copine ait fait preuve d’une bonne volonté quasi sacrificielle, il a fallu se résoudre à finir « normalement ».

Alors, je continue à lutter avec mes petits moyens pour que l’examen gynéco ne consiste pas à se retrouver à poil sur une table avec les pieds posés dans des étriers de métal.
En rééducation périnéale manuelle – ou la symétrie indispensable à l’examen interdit toute variante latérale – et pour tous les examens, je me place sur le côté du lit. La femme est allongée, le buste un peu relevé. Ses jambes sont fléchies, plantes des pieds l’une contre l’autre. Un petit coussin soutient l’un des genoux et ma cuisse si je suis assise, ou un second coussin sinon, soutient l’autre. Un paréo la couvre. Cette installation semble plutôt bien accueillie.

Mais pour faire un frottis, je me sens obligée de me placer en face et je reviens carrément à la position gynéco pour la pose d’un stérilet, tout en m’excusant platement de mon incapacité à faire autrement.

Y a pas à dire, faut que je me trouve un stage.

 

 

20 commentaires sur “Outre-manche”

  1. Il n’y a pas d’excuses à faire : au moins, vous essayez, et examiner sur le côté, c’est bien aussi. 🙂

  2. Beatrix dit :

    « J’ai détesté ne pas croiser son regard »
    Brrr, croiser le regard du/de la sage-femme/médecin/gynéco pendant l’examen… quelle horreur… je tourne toujours la tête.

    1. Sarah dit :

      Pareil. Le Gynéco qui me suit a une sorte de fauteuil d’examen, super bien fait, et qui a l’avantage de pouvoir se surélever.
      Il sait que je suis trèèèèèès mal quand je suis obligée de le laisser m’examiner, alors il monte la chaise au maximum pour que je ne voie pas sa tête. A la place, je regarde l’écran qu’il a installé au mur juste en face et qui diffuse des images et de la musique zen.

      Du coup, je me suis posée la question de la « méthode à l’anglaise » et je ne sais pas si ça m’apporterait un confort supplémentaire. A la fois j’aime le fait de ne pas voir le praticien, mais en même temps, le fait qu’il doive me manipuler encore plus (soulever la fesse par exemple) me rebute.

    2. 10lunes dit :

      Voui Beatrix, je me suis mal exprimée. J’ai toujours le regard au loin au moment d’un examen, histoire de ne pas être plus intrusive encore. Mais avant, après vu qu’on saute pas direct sur les femmes hein, ben je parlais à son dos… Et puis même pendant, si la femme m’interroge, je la regarde pour lui répondre.

    3. Hermine dit :

      Complètement…
      Lors des rendez-vous gynéco que j’ai pu avoir, j’évitais à tout prix de croiser le regard de celle qui m’examinait : je me serais sentie encore plus mal à l’aise ! Pour elle, cette situation était totalement naturelle et elle continuait à me parler de la pluie et du beau temps..

  3. Maïa dit :

    Pour moi, le plus difficile était que je me cassais le dos quand je m’installais sur le côté… Question d’habitude. Maintenant ça va mieux. Cela dit j’ai mis un an à pratiquer cette position régulièrement.
    Tout est une question de présentation. Et surtout, l’important me parait le choix. Certaines n’aiment pas. Et tout va bien parce que dans ce cas, j’examine sur le dos. Pour ce qui est de voir la personne, une patiente m’a judicieusement glissé l’idée de mettre des miroirs au mur comme ça, on peut se regarder si on veut !
    Il est vrai que parfois, j’ai aussi encore un peu du mal anatomiquement. Mais ça va de mieux en mieux. Bref, j’ai plein d’années de réflexes anatomiques à reprendre… Tu es la bienvenue à Bordeaux pour un stage ! Ca serait avec grand plaisir !!

    1. Anna dit :

      Comme quoi tout ça est vraiment personnel : si je devais imaginer quelque chose de plus inconfortable que ne pas voir la personne qui m’examine, ce serait probablement me retrouver devant un miroir où je me vois me faire examiner.

  4. Fleur dit :

    Oui au choix!
    Et Oui, je préfère lire sur le visage de celui ou celle qui m’examine si tout va bien!

  5. Lore dit :

    Bonjour Dix lunes
    Lors de la pose de mon DIU ma sage femme m’a proposé la position à l’anglaise (que je connaissais grâce à Borée et à Winckler) et d’ailleurs c’est peut être moi qui ai évoqué le mot car elle m’indiquait qu’on pouvait tenter une position différente et je souhaitais que cela soit fait comme ça… C’était vraiment top: alors il est vrai c’était sur un lit d’examen et pas sur une table gynéco donc on était peut être plus à l’aise. Je ne crois pas que la Sage femme ait eu à écarter la fesse. Pour ce qui est de voir la sage femme et qu’elle voit mon visage et ben si on pouvait se voir si on le voulait me semble t il. Ca a été parfait pour trouver le col: centré du premier coup et pour la pose fantastique sans pince de pozzi ni rien, en deux temps trois mouvements! Ma sage femme m’a dit que ce n’était que son deuxième examen à l’anglaise pour pose de stérilet et que pour l’instant elle trouvait ça super confortable et mieux qu’en position classique.
    Je pense aussi que tout est une question de formation , d’envie de la patiente et de la sage femme et peut être de lit confortable.

  6. reinemère dit :

    Moi aussi j’ai du mal avec la position à l’anglaise,surtout parce que mes patientes refusent souvent.Et je me place sur le côté aussi pour l’examen,j’ai une table très large que nous utilisons sans étriers,juste les jambes pliées…Une patiente qui a voulu tester m’a avoué avoir été parasitée par la sensation insolite de s’installer pour l’introduction d’un suppositoire!!!On a renoncé ce jour là

  7. murmure dit :

    J’avoue humblement que les descriptions faites ne me parlent pas. Je n’ai même jamais proposé d’examen à l’anglaise, je n’arrive pas vraiment à y trouver un avantage. J’utilise la position sur le coté lorsque je dois examiner des lésions anales (je laisse le choix) mais je ne suis pas convaincue. Je devrais probablement au moins essayer hein (je fais pas mal de gynéco). Et on peut faire des échos vaginales aussi en position à l’anglaise?

  8. Zulie dit :

    Sinon, on peut aussi être sur le dos mais sans étriers et sans se retrouver à poil. Ici en NZ, on m’a généralement examinée de la façon suivante :

    – déshabillage du bas seulement, derrière un rideau
    – installation sur la table, toujours derrière le rideau, avec un pareo pour recouvrir ce qu’on veut
    – le médecin / sage-femme / infirmère ouvre le rideau, me demande de mettre mes pieds l’un contre l’autre, de plier les jambes, puis de les écarter (toujours avec les pieds l’un contre l’autre)
    – il /elle remonte ce qu’il faut de pareo pour m’examiner
    – rabillage derrière le rideau

    Ah, oui, et la personne demande systématiquement si je l’autorise à m’examiner (et pourquoi elle va le faire). Quant à la pose du stérilet, il y avait 2 personnes : une pour la pose, l’autre pour me tenir la main, me taper la causette et surveiller si je n’avais pas mal. Et ça, c’était vraiment chouette.

    1. 10lunes dit :

      C’est ce que je décrivais, mais sans paravent faute de place. J’essaye du coup de « m’occuper », nez dans la paperasse, le placard à matériel,ou toute autre activité que je peux faire le dos tourné 😉
      Par contre, en dehors de quelques stagiaires plein-e-s de bonne volonté, je suis le plus souvent seule.

      1. Zulie dit :

        Pour la pose du stérilet, c’était dans un centre de planification familiale, donc il y a certainement toujours quelqu’un de disponible pour 10 minutes. Mais c’est sans doute une idée à garder en tête lorsque c’est possible.

  9. Borée dit :

    Hello Dix-Lunes !

    Ah ah ! Tu ne t’y es toujours pas faite ? Bah, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, mieux vaut un professionnel à l’aise et serein qu’un autre qui stresse et transpire en voulant se forcer à travailler dans une position où il n’est pas à l’aise.

    Ceci dit, une chose me gêne presque toujours dans ces débats, c’est quand on dit qu’on ne peut pas voir le professionnel en position « à l’anglaise ».
    C’est parfaitement possible ! En effet, rien n’empêche la femme de tourner la tête et, par exemple, de s’accouder.

    Regarde ici par exemple ! http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Odalisque.jpg

    1. lore dit :

      Bonjour Boréee quel plaisir de vous revoir!
      Et je reconfirme oui on peut se voir entre patiente et soignant (j’adore l’odalisque)! Et j’ai eu quelques souvenirs supplémentaires par rapport à mon témoignage d’hier soir. J’avais un pied posé sur un petit tabouret à côté du lit d’examen à peu près au même niveau que la table (ca doit pouvoir marcher avec un étrier aussi). Ce n’est peut être pas la position académique mais je pense que c’est pour ça que je ne me rappelle pas qu’on ait eu besoin de soulever la fesse. A tester aussi peut être!!

    2. 10lunes dit :

      Hello Borée,comme Lore, suis ravie de te retrouver 🙂
      Oui, femme et praticien peuvent se voir évidemment, mais de façon moins directe, un peu »contorsionnée »
      Mais c’est mon ressenti, pas une évidence géométrique !

  10. Maude poulin dit :

    MERCI beaucoup pour cet échange très intéressant !

  11. faribole dit :

    le top, ce serait être examinée assise dans un canapé et habillée.
    ça, ce serait quand même vachement bien.
    mais merci à vous de vous décarcasser pour que ça bouge.
    en fait, la position c’est peut-être anecdotique, tant qu’il y a écoute, respect, attention

  12. S.L. dit :

    Bonjour,

    tout d’abord je tiens à vous remercier pour ce blog très bien écrit que je lis régulièrement.
    Je vous envoie aujourd’hui ce commentaire pour vous signaler les propos du président du Syndicat de gynécologue obstétriciens cités dans Le Monde: ici
    Je les trouve particulièrement misogynes et graves dans la bouche d’un praticien de santé, spécialement un gynécologue… c’est juste moi?

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