Puissante

Publié par 10lunes le 21 avril 2010 à 08 h 17 dans Naissance

Elle marche. Elle va mettre au monde son troisième enfant et arpente de long en large l’espace trop restreint de la salle de naissance. A chaque contraction, elle s’immobilise, les mains plaquées sur le bas de son dos, et souffle avec application le regard perdu dans le vague. Puis elle balaye sa frange d’un coup de tête, lève les yeux vers son homme assis un peu plus loin, et lui sourit pour le rassurer. Elle est arrivée il y a peu, sereine, certaine de l’avancée de son travail. L’examen n’a fait que confirmer ce qu’elle pressentait ; son col est souple et déjà dilaté à 6 cm, son bébé appuie, la naissance s’annonce proche.

Un peu plus tard, elle réclame le tabouret d’accouchement, s’y installe jambes fléchies, pieds posés bien à plat au sol, ancrée. Son homme s’est assis derrière elle, lui permettant ainsi d’appuyer son dos contre lui. Entre deux contractions, il effleure sa nuque, laisse descendre ses mains le long de ses bras dans un doux massage improvisé, remonte caresser ses cheveux. Puis une légère crispation des épaules de sa compagne vient lui signifier qu’il n’est plus temps ; elle retourne dans sa bulle et rien de doit l’y déranger, pas le moindre mouvement, le moindre son sauf celui qu’elle module elle même, mélopée lente…

L’envie de poussée est là, son souffle se renforce, se transforme en sourd grondement. Ses mains s’élèvent à la recherche d’un point d’accroche, entourent le cou de son homme, s’y arriment. Percevant son besoin, il vient placer ses bras sous ses aisselles, la soutenant et l’étirant tout au long de son effort.
Elle tire, il résiste, dans un corps à corps presque brutal mais pourtant harmonieux.Très rapidement, la tête de l’enfant commence à apparaitre. Le grondement maternel gagne en puissance. Elle force sur ses jambes, s’arque boute contre le corps de son homme et commence à se lever. Il suit son mouvement et se redresse à son tour. Elle termine presque debout, jambes arquées, dos basculé en arrière, dans un équilibre précaire qui ne tient que par le contrepoids que lui oppose son compagnon. C’est dans cette tension partagée que leur enfant glissera dans mes mains au son d’un dernier cri.

Le lendemain, ils s’étonneront de se découvrir courbaturés.
Pour le moment, blottis l’un contre l’autre, ils entourent leur bébé de leur double protection et savourent la douceur de cette rencontre.

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