Dé-Primés

Publié par 10lunes le 16 novembre 2009 à 12 h 15 dans Profession sage-femme

La grève des obstétriciens du privé voit fleurir les articles sur le sujet. On y trouve une phrase récurrente «Les gynécologues obstétriciens libéraux assurent environ 30% des accouchements en France dans des cliniques privées».

Mon mauvais esprit habituel me conduit à souligner que ce sont les sages-femmes qui accompagnent la plus grande partie de ces naissances. La présence quasi symbolique d’un médecin dans les 5 dernières minutes ne justifie pas qu’il soit considéré comme ayant assuré l’accouchement alors que toutes les heures d’accompagnement – et de « surveillance » – précédentes ont été effectuées par une sage-femme.

Le tour de passe-passe est habituel. La présence du médecin, figure connue et donc rassurante est annoncée comme un gage de sérénité. Le jour J, la future mère découvre une sage-femme inconnue et tisse avec elle des liens de confiance. L’irruption tardive du médecin apparait alors souvent superflue.

Il ne s’agit pas d’exclure les médecins des salles de naissance. Un certain nombre d’accouchements pathologiques nécessite leur intervention et la compétence des obstétriciens nous est indispensable. Mais c’est une aberration de l’organisation française que de voir leur grande expertise couteusement (1) sous-utilisée pour le suivi de grossesses normales et pour venir « cueillir » un bébé sur le périnée de sa mère.

Pour en revenir aux motifs de la grève, il faut souligner l’inflation des indemnisations. Les procédures sont de plus en plus fréquentes et les tribunaux semblent vouloir pallier les carences de l’état en faisant porter par les assurances le poids de la prise en charge du handicap.
Bien évidemment, les professionnels de santé ne sont pas au dessus des lois. Mais de nombreuses situations résultent non pas d’une erreur médicale mais de l’impuissance de la médecine à tout traiter et guérir. Transférer la solidarité aux sociétés privées pour se dédouaner des problèmes soulevés est pour le moins pervers et conduit les sociétés d’assurance à majorer leurs primes.

Ainsi, la cotisation demandée à une sage-femme pratiquant des accouchements à domicile est de 19 000 € (2)… En dehors de quelques professionnelles bénéficiant de la stabilité tarifaire d’une assurance antédiluvienne, le plus grand nombre ne peuvent souscrire une couverture pour les naissances à la maison.
Ailleurs en Europe, l’assurance des sages-femmes, couvrant tous les aspects de leur pratique, reste tout à fait raisonnable. (900 € en Belgique)

Le système français et son calcul de l’indemnisation sert d’alibi aux compagnies d’assurance pour nous proposer ces tarifs inaccessibles.
Le combat des obstétriciens rejoindrait presque le notre…

1 en novembre 2004, les tarifs de l’acte accouchement des médecins et sages-femmes ont été « alignés ». Mais le tarif accouchement médecin ne comprend ni la surveillance du travail ni celle des suites de couches, assurées par les sages-femmes salariées des maternités privées financées parallèlement par l’assurance maladie.
2 pour une sage-femme, l’accouchement et les soins des sept jours suivants sont royalement payés 312.70 €

 

 

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