Le poids des mots

Publié par 10lunes le 13 octobre 2009 à 08 h 54 dans Petites phrases

Elle décrit très sereinement l’enchainement des temps et des actes, dilatation facile, poussée laborieuse, forceps, déchirure, hémorragie.
Puis s’exclame «c’était une vraie boucherie !»

Cherchant à apaiser ce ressenti brutal,  je tente de reprendre avec elle les différentes étapes de son récit mais bute sur ses dénégations.
« Le forceps ? Non ça s’est très bien passé, le médecin est arrivé avec tout son attirail. La sage-femme m’avait prévenue qu’elle l’appelait. Il a posé le forceps et puis le bébé est né»
«La déchirure ? Non je n’ai rien senti. J’ai eu un peu mal dans les semaines suivantes et puis voilà»
«L’hémorragie ? Non je n’ai rien vu. Et puis après ça a été, je n’ai même pas été transfusée»

Pourquoi alors ce qualificatif de boucherie ? En poursuivant l’échange, un début de réponse apparait.

La sage-femme l’a prévenue de l’appel de l’obstétricien, mais sans en évoquer le motif. Peu au fait des raccourcis hospitaliers, la jeune mère n’a pas compris l’information. Le forceps a été posé sans qu’elle puisse l’anticiper.

La déchirure lui a semblé banale jusqu’à la petite phrase du médecin la voyant pour sa sortie, «ah, oui, c’est vous la déchirure ! Et on vous laisse déjà partir ?»

Elle n’a rien vu de l’hémorragie mais a bien entendu la sage-femme disant «faut nettoyer, y’en a partout et on va glisser».

Trop peu de paroles pour expliquer le forceps, trop de paroles pour commenter les suites.
La boucherie s’est invitée dans l’absence ou la profusion de mots.

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