Soignée

Publié par 10lunes le 5 décembre 2015 dans 9 mois

 

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Elle est hospitalisé en  GHR, acronyme éludant le stressant « grossesses à haut risque ». Un peu perdue devant le défilé des blouses pastels, les bilans, prélèvements et autres examens, elle sait que chacun s’attache à ce que sa grossesse se passe au mieux. Alors elle pense à son bébé et suit docilement les consignes.

La sage-femme repasse la voir en début d’après-midi.
– Tout va bien ?
– Oui, ça va, mais alors le nouveau médicament, ce midi, il est vraiment pas bon hein.

La sage-femme s’étonne, ne voyant pas de quel traitement il peut s’agir. Elle jette un œil sur le dossier, n’y trouve aucune nouvelle prescription et commence à s’inquiéter. Y aurait-il eu une erreur dans la distribution ? C’est une chambre à deux lits, aurait-elle pris un traitement destinée à sa voisine ?

Elle cherche à en savoir plus :
– C’était quel médicament. Un comprimé ? Une gélule ? De quelle couleur ?
– Non non, c’était un petit sachet, une poudre à dissoudre.
– Une  poudre ???  Avez vous gardé le sachet, je voudrais  vérifier ?
– Oui, oui, attendez, je vais le retrouver. C’est un petit sachet blanc et c’est écrit en bleu dessus.
– Ca y est, regardez ! C’est du chlorure de… dit-elle en tentant de lisser le papier froissé pour en déchiffrer le texte

 La sage-femme réprime un sourire.
– Ah mais non, ce n’est pas un médicament ! C’est le sachet de sel servi avec votre plateau repas.

 

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Reconnue

Publié par 10lunes le 4 décembre 2015 dans Profession sage-femme, Rencontre

 

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Elle a rendez-vous au CHU, service médecine. Elle connait le service maternité-aile sud pour y avoir traîné ses guêtres lors de diverses journées de formations et autres rencontres professionnelles.
Mais aujourd’hui, c’est en tant que patiente qu’elle monte un peu inquiète dans l’ascenseur-aile nord et appuie sur la touche n°5.

La porte est en train de se refermer, avec une lenteur toute hospitalière, quand une femme vêtue de bleu se précipite en poussant un chariot métallique.
Elle presse le bouton d’ouverture afin de lui laisser le temps de rejoindre la cabine.
Le chariot franchit le seuil, les roulettes tressautent sur le léger décalage de niveau. Cinquante centimètres plus haut, le matériel brinquebale, laissant craindre un effondrement  imminent.
Elle adresse un sourire complice à la dame en bleu.

Vous m’avez préparée pour l’accouchement de mon fils.
La sage-femme hésite, le visage ne lui dit rien.
La femme complète, Vous êtes Lola c’est bien ça ? Je me souviens si bien de vous !
Troisième étage
annonce la voix métallique de l’ascenseur.

La porte s’ouvre, la dame en bleu pousse son chariot vers le couloir et ajoute : Vous ne vous souvenez plus mais c’est normal, ça fait longtemps ; mon fils a 27 ans.

Il lui reste deux étages pour effacer le sourire béat de son visage avant de se présenter au secrétariat du service.

 

 

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Familiale

Publié par 10lunes le 3 décembre 2015 dans 9 mois

 

010C’était il y a bien longtemps, avant l’avènement du dieu échographie, au temps où l’on calculait le terme d’une grossesse en se basant sur la date des dernières règles et pas sur une mesure en millimètre. 

Le médecin palpe son ventre, s’attarde sur le volume utérin, s’étonne à voix haute de le trouver si gros. Poursuivant son examen, il envisage plusieurs explications, simple particularité, grossesse plus avancée, ou alors des jumeaux ?
La future mère s’imagine déjà portant deux enfants  et  s’inquiète de cette option imprévue. Pour conjurer le sort, elle plaisante, Ce n’est rien docteur, s’ils sont deux, j’en mettrai un au surgélateur pour le sortir quand le premier aura grandi.

Maintes fois racontée, forcément évoquée à chaque nouvelle grossesse,  transmise à la génération suivante, l’anecdote fait désormais partie du patrimoine et de l’identité familiale.

Elle est enceinte. Le temps est passé, la médecine a changé. Une première échographie a déjà été réalisée. La mère sait qu’un seul cœur bat en son sein. Mais quand la sage-femme palpe son ventre et trouve son utérus un peu gros, elle ne résiste pas au plaisir de s’inscrire dans la lignée en prononçant à son tour, devant un compagnon et une sage-femme un poil décontenancés…
C’est pas grave, si ce sont des jumeaux, j’en mettrai un au surgélateur !

 

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L’impudent

Publié par 10lunes le 3 novembre 2015 dans Blessures

 

Elle vient de l’Est, il vient du Nord. 717277b042a447b809047a545289eefb-d4f7eaa
Deux cultures qui se rencontrent ; deux éducations, deux façons presque opposées d’envisager le couple, le corps, la maternité, la parentalité.

Leur amour s’est incarné dans l’attente d’un enfant.
Cette  grossesse se révèle pourtant être un perpétuel défi, les obligeant chaque jour à trouver comment conjuguer leurs traditions familiales. Le choc des cultures se concrétise autour de l’accouchement. Elle n’imagine pas qu’il soit présent, il n’envisage pas d’être absent.
Ils s’aiment ; ils en parlent. Elle accepte sa présence à condition qu’il ne puisse rien voir de ce qui se passe « en bas ». 

La sage-femme qui les accueille se montre très respectueuse de leurs attentes. Elle ne fait aucune remarque, ne dit rien qui pourrait laisser penser que leur demande est inhabituelle.

Elle est installée en salle de naissance, allongée sur le lit d’accouchement, habillée d’une trop courte blouse blanche piquetée de bleu. Comme demandé, un drap recouvre le bas de son corps. Attentive, la sage-femme s’assure de la couvrir quand elle se relève et se penche en avant pour la pose de la péridurale, prend soin de n’abaisser qu’un peu le drap quand il faut à nouveau ceindre son ventre des sangles du monitoring. Lors des examens, elle glisse sa main gantée en ne relevant qu’à peine le pan de tissus. Ils se sentent en confiance.

Le travail évolue, vient le moment des efforts de poussée. Elle est installée sur les jambières de skaï, le drap tendu sur ses cuisses. Il est debout à ses côtés, tient sa main, souffle avec elle, pousse avec elle. La rencontre tant attendue ne devrait plus tarder.
C’est une clinique privée et la consigne est d’appeler l’obstétricien pour la naissance. Lorsqu’il entre dans la pièce, la sage-femme lui glisse quelques mots pour expliquer la présence du drap. Elle n’aura pas le temps de terminer sa phrase.
Ne sachant rien, ne cherchant pas à savoir, l’obstétricien s’exclame C’est quoi cette connerie ! arrache le drap et le jette à terre.

Elle se sent humiliée, il se voit impuissant à la protéger.

Leurs larmes ponctuent le récit de cette naissance et ce ne sont pas des larmes de joie.

 

 

 

Crédit photo : Ashley Madden

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Mal traitant

Publié par 10lunes le 28 septembre 2015 dans Blessures, Médias, Pffffff

 

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Cet après-midi, France culture diffusait un Sur les docks consacré aux « Maltraitances médicales en gynécologie » avec cette intro édifiante « Tout au long de leur vie, les femmes livrent leur corps à des gynécologues ».

Bloquée dans un TGV à la connexion plus qu’intermittente, je me suis attelée au podcast aussitôt rentrée, bien décidée à produire une analyse détaillée et critique.
Mais nul besoin de détails, nul besoin de critique, les interventions des deux gynécologues, respectivement président et secrétaire générale du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (mes amis du Syngof quoi*) se suffisent à elles-mêmes.

J’aurais de toute façon été bien incapable d’écrire quelque chose de censé. L’audition cumulée des témoignages de femmes brutalisées par la médecine est aussi une violence. 


A tout seigneur tout honneur, commençons par le Dr Marty.

Il débute brillamment : La maltraitance vis-à-vis des femmes, pour moi c’est soit du domaine du fantasme soit effectivement des faits divers parce que y en a un ou deux qui ont violé mais ça ça existe dans tous les domaines.
Plus loin, il en rajoute tellement qu’il perd toute crédibilité : C’est pour nous un tel honnnnnnneur d’avoir des femmes qui nous font confiance.
Il osera conclure : Nous on est formés à tout entendre, à tout écouter. On ne fait rien que n’accepte la population.
Irréprochable !

Pourtant,  à deux reprises, son inconscient le trahit.
Evoquant le vécu des touchers vaginaux : Ça dépend d’une appréciation individuelle de cet examen. La plupart des femmes ne posent pas de problèmes par rapport à ça.
A propos des examens sur des patientes sous anesthésie : Y avait aucune raison d’aller expliquer à une femme qui dormait qu’on allait en profiter pour apprendre aux étudiants à faire des examens.

Le Dr Paganelli brille elle par ses interventions… décalées.

Elle ose un premier :  Les dames qui me disent je viens pour un examen gynéco et un frottis et elles ont leur règles et elles m’en mettent partout.
Affirme ensuite : Maintenant les femmes elles demandent tout ce qu’elles veulent…
Puis feint de s’attacher au confort des femmes en comparant  toucher vaginaux  sous et sans anesthésie.
La question n’est pourtant pas celle de l’anesthésie mais celle du consentement…

Consentement qu’elle caricature ensuite  : On leur donnera une fiche d’information par la secrétaire. Est-ce que vous acceptez que je fais (sic) le TV, est ce que vous acceptez  que je prends (re-sic) la tension, est ce que vous acceptez que je vous pèse parce que moi moi j’ai des obèses elles veulent pas être pesées.

Fin des extraits choisis ; je vous encourage à écouter l’émission pour vous faire votre propre opinion.

Je ne souhaite pas opposer gynécologues et sages-femmes. Aucune profession n’a le monopole du respect des femmes. L’un des témoignages évoque d’ailleurs le soutien attentif d’une gynéco.

Mais il semble urgent  que cette profession se trouve d’autres représentants.
Parce qu’avec des amis pareils, ils n’ont pas besoin d’ennemis…

 

*régulièrement invités ici …

Edit du 03 10 2015
Oup ! On me dit dans l’oreillette que le Dr de Rochambeau a remplacé le Dr Marty à la présidence du Syngof le 8 juin dernier. Le Dr Marty est maintenant trésorier du syndicat.

 

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L’oeil et la main

Publié par 10lunes le 9 novembre 2014 dans Formation/déformation, Profession sage-femme, Vie des femmes

 

Incoming!!!!!

Après un échange sur son projet de mémoire avec une étudiante passionnée et passionnante, je lui prédis un brillant parcours. La petite phrase d’une de ses enseignantes vient doucher mon enthousiasme : « Elle a raté son évaluation « .

Devant mon étonnement, ma collègue complète : « Elle a fait un interrogatoire parfait, elle n’a rien oublié, été très pertinente dans ses questions mais…. elle n’a pas regardé la dame une seule fois ».

C’est à cette anecdote que je repense ce soir-là en rédigeant les courriers pour les maternités résumant le suivi de grossesse de « mes patientes ».

Et je me maudis !

Parce que je crois que je les regarde les dames, je crois aussi poser les bonnes questions. J’oublie « juste » de noter les réponses !

Oh, l’essentiel  y est. Le cancer du sein d’une grand-mère qui l’a fait embrayer sur sa propre inquiétude et l’idée de faire une mammographie de contrôle à 28 ans !
Ou ce diabète paternel de type 2. Même que j’ai failli le rater parce qu’elle a affirmé « Non, y a pas de diabétique dans ma famille «  et que je ne sais même pas ce qui m’a fait accrocher et reposer ma question autrement, pour entendre alors « Ben oui, y a mon père parce qu’il est gros mais ça compte pas ».

J’ai inscrit le harcèlement moral au boulot, celui qui m’a fait contacter médecin du travail et généraliste pour obtenir l’arrêt indispensable.
J’ai bien noté la fausse couche à trois semaines de grossesse, soit une semaine de retard de règles, parce que je sentais que pour cette femme là, cet accident ultra précoce avait du sens.

Je retrouve aussi l’ex petit ami  violent, la pilule oubliée ou l’accouchement difficile de la grande-sœur…

Mais je me suis perdue dans les récits de naissance de cette multipare en me focalisant sur l’orthographe complexe de prénoms inconnus aux sonorités chantantes. Les modalités d’accouchement ? Bonnes, je le sais ; mais c’est un peu  court pour un courrier médical. Que vais-je transmettre sur le terme précis, l’état du périnée ou le poids de l’enfant ?
J’ai bien noté « rubéole positive » lors d’une grossesse précédente mais j’ai omis de faire une copie du résultat.

De la même façon, mes dossiers de rééducation collectent bien plus de notes sur le ressenti des femmes que de signes cabalistiques sur les exercices réalisés et les progrès constatés.
Je n’omets jamais de coter l’EVA lors de la pose d’un dispositif intra-utérin, mais il m’arrive de plonger dans ma corbeille à papier pour en extirper l’emballage et noter le numéro du  lot.
Je vérifie la tension mais, si elle est normale, j’oublie parfois de la transcrire parce que la priorité est à la femme assise en face de moi qui soudain livre quelque chose de sa vie méritant qu’on soit totalement à son écoute.

En début d’année, une formation était proposée par un assureur sur les aléas du médico-légal. Le résumé tient en un mot : TRACABILITE*(il ne suffit pas d’avoir bien fait, il faut aussi pouvoir en apporter la preuve). A l’issue de cette présentation, j’avais conclu que j’avais le choix entre bien me protéger et bien travailler…

Je pense passer aux dossiers informatisés en espérant que cela m’aide à cadrer mes notes, me fasse gagner du temps dans leur écriture. Mais si je sais un peu griffonner sans regarder ma feuille, je ne sais pas remplir un menu déroulant sans regarder l’écran.

Aussi, je me demande combien de petits signes, expressions, hochements et autres crispations je vais rater en cochant bien les cases.
Et combien de phrases en devenir resteront tues parce que je n’ai pas accompagné d’un regard attentif la profonde inspiration qui les inaugurait.

Mais mon assureur sera content.

 

 *Cette même traçabilité qui, selon la MACSF, imposerait un monitoring continu pendant l’accouchement

 

 

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Poussez pas !

Publié par 10lunes le 15 mars 2014 dans Naissance, Profession sage-femme

 

bulldozerLa nuit a été longue. L’annonce de la dilatation complète lui parvient comme une libération. La dernière ligne droite se profile enfin, quelques poussées et son petit sera là.

Vite dit.
Oh, elle s’applique pourtant, mettant en œuvre tout ce qui lui a été appris, dans une expiration forcée du plus bel effet. Du plus bel effet sauf sur la progression fœtale.
La sage-femme l’encourage, tente de lui communiquer toute l’énergie dont elle dispose, elle qui vient de prendre sa garde.
Mais rien n’y fait, le petit n’avance pas.

La sage-femme suggère une pause,
– Si vous voulez, on attend un peu ?
– Non, non, je ne veux pas me reposer. Je veux pousser !
– La sage-femme insiste doucement : Vous êtes sure d’être prête ? Il n’y a aucune urgence. Si vous avez besoin d’un peu de temps pour vous séparer de ce bébé…
Sa phrase reste inachevée ; la mère s’offusquerait presque de l’hypothèse évoquée…

Chacun poursuit ses efforts. La sage-femme propose de changer de technique. Va pour une poussée bloquée.
Ventre tendu, rouge aux joues, son souffle explose quand enfin elle s’autorise à reprendre un peu d’air.
Comme il serait tentant d’appuyer sur son ventre. Une « petite » poussée sur le fond utérin et très certainement ce troisième bébé viendrait se poser sur le périnée maternel.
Tentant mais injustifié. Tout va bien si ce n’est l’inutilité des efforts. La sage-femme se donne, leur donne, du temps.

Et puis le déclic, ce besoin de pousser qui s’impose. Cette force qui la traverse. Ce souffle qui se transforme en cri. Comme une évidence.
En une seule contraction, la tête arrive à la vulve. Elle la sent, souffle plus doucement pour laisser glisser son enfant hors d’elle.
Il est né.

Que s’est-il passé ? Comme une bascule, une dernière hésitation vaincue dans l’ambivalence qui préside à toute mise au monde : garder l’enfant encore un peu pour soi ou le laisser partir. Le temps du corps n’est pas forcément celui de l’esprit et le col utérin peut s’ouvrir bien avant que la mère soit prête à la séparation.
Si elle pousse cependant, elle sera inefficace. Combien de femmes le disent ensuite « Je sentais bien que je ne faisais pas ce qu’il fallait, mais je ne pouvais pas faire autrement ». L’ambivalence est bien au delà de la volonté…

Parfois l’ambivalence cesse, parfois elle se règle par une extraction instrumentale.
L’intermédiaire semble être « l’expression utérine », ce geste paraissant anodin car réalisé sans instrument. « Accompagner « les efforts de poussée de la femme en labourant son ventre  appuyant sur son fond utérin.
Violent et absurde.

Soit il y a un obstacle réel et il ne sert à rien d’appuyer, il faut utiliser une aide instrumentale pour mieux orienter l’enfant dans les axes du bassin maternel, ou même recourir à la césarienne.
Soit il n’y pas d’obstacle. Pourquoi alors ne pas se laisser du temps ? Rien n’oblige à pousser dès dilatation complète. Savoir attendre, c’est permettre à la femme de réaliser que l’heure de se séparer est venue, de l’accepter ou de s’y résoudre…

L’expression abdominale est fortement déconseillée par la HAS depuis 2007.
L’enquête du Ciane révèle pourtant qu’elle est encore utilisée dans un accouchement sur cinq !

 

Sur le même sujet  :
Le besoin et l’envie
Brève tempête 

NB : certains commentaires semblent rester bloqués plusieurs jours en attente de validation avant que je n’en sois informée. Vous m’en voyez à la fois désolée et incapable d’y remédier. N’hésitez pas à me le signaler par mail.

 

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Du buzz et des larmes

Publié par 10lunes le 13 janvier 2014 dans Vie du blog

 

bigth_3303Le blog a débuté l’année sur les chapeaux de roue avec deux billets multi-relayés.

Le succès du premier me ravit. Comme de nombreux autres  blogueurs, j’ai souhaité annoncer le documentaire « Entre leurs mains ». Et tous ceux qui le voient ont envie qu’il soit vu par d’autres…

Un film qui réussit l’exploit de motiver la publication d’un article dans l’Express évoquant l’accouchement à domicile sans sous-entendre la folie des parents et l’inconscience des sages-femmes les accompagnant… comment dire, je ne pensais pas voir ça de mon vivant ! Ce reportage fait plus en 55 minutes pour convaincre de l’importance des conditions d’accouchement que de nombreux discours et mobilisations.  

En le visionnant,  chacun peut réaliser que nos prises en charges stéréotypées sont critiquables, que l’hypermédicalisation de la naissance à la française peut être remise en question, qu’une autre voie est possible. Et si cette conviction est portée par de nombreuses sages-femmes  – et quelques obstétriciens – rendre cela évident aux yeux de tous, et surtout de ceux qui ne s’interrogent pas sur les conditions de naissance, c’est une formidable réussite.

Puis il y a eu ce second billet, un texte bref, issu des échanges avec une amie sage-femme, racontant les larmes aux yeux une consultation récente. Elle évoquait cette blessure que laisse un accouchement mal vécu, mal soutenu, blessure tellement présente qu’elle peut s’ouvrir à nouveau des années plus tard. Celle-ci s’était ouverte en visionnant le film… et la douleur était violente.

Le jour de la publication de ce billet, le compteur de visites a explosé. J’aurais pu m’en réjouir  –  comme tout blogueur, j’écris dans l’espoir d’être lue –  mais si ce texte a été tant relayé, c’est certainement parce que vous êtes nombreuses (nombreux ?) à vous y reconnaître.  Sinistre constat.

Alors bravo à « Entre leurs mains » pour son succès ; merci à tous ceux qui en parlent, à tous ceux qui relaient.
Les prises de conscience, brutales et douloureuses, que ce film génère sont autant d’appels à interroger nos pratiques.
Saurons-nous enfin les entendre ?

 

 

NB : Il est maintenant possible de répondre à chaque commentaire ce qui, vous le reconnaîtrez, facilite grandement les débats. Un grand merci à la déménageuse réaménageuse Myriam Corbet qui s’est échinée à reprogrammer le truc.

 

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Payer…

Publié par 10lunes le 24 juin 2013 dans Vie des femmes

 

 

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Elle appelle à la première heure, se présente, perçoit mon hésitation, me donne quelques éléments permettant de la situer. Cela fait des années que nous ne nous sommes pas vues. Par politesse, elle demande de mes nouvelles. J’élude ; cet appel matinal n’a surement pas pour but de renouer des relations distendues.

Elle est enceinte ; un accident. C‘est elle qui prononce ce mot en ajoutant aussitôt « c’est de ma faute ». Elle ne veut pas poursuivre cette grossesse et, bien que je ne demande rien, éprouve le besoin d’expliquer : un oubli de pilule* conjugué à une relation qu’elle sait sans lendemain.

Je ponctue prudemment ses paroles de quelques oui neutres, un peu en alerte. Cette femme que j’ai connue féministe, assurée, autonome, semble vouloir se justifier à chacune de ses phrases. Je veille à ne rien dire qui puisse conforter le sentiment d’une faute.

Elle hésite entre IVG médicamenteuse et aspiration. Elle est par contre décidée à ne pas avoir d’anesthésie générale. Son « Je ne veux surtout pas esquiver le moment », laisse à nouveau deviner le poids du prix qu’il faudrait payer.

Elle a vu son médecin qui a lancé les démarches en attestant de sa demande et la renvoie vers le centre d’orthogénie. Mais le centre est débordé et ne peut lui donner un premier rendez-vous que dans quinze jours.

Alors elle est à l’autre bout du fil, au petit matin, avec ses questionnements et ses silences. Le choix de la méthode semble n’être qu’un prétexte pour pouvoir parler de sa décision, de sa difficulté. Comme tant d’autres femmes, elle n’imaginait pas se retrouver un jour dans cette situation. Et elle évoque à nouveau sa responsabilité dans l’oubli du cachet.

J’aimerais pouvoir gommer un peu du poids qu’elle porte.  Elle se projette dans une IVG médicamenteuse faite à domicile. « Ça me permettrait plus facilement  de lâcher mes émotions. Maladroitement,  je l’interromps, il n’y aura pas forcément d’émotion à lâcher« …

Je n’en sais évidemment rien. Mais c’est le seul moyen que je trouve pour dénoncer la culpabilité qui sourde à chacun des mots qu’elle prononce.

Elle est enceinte et ne souhaite pas cet enfant. Elle a besoin d’une IVG. C’est tout.

 

Rappel : la pilule comme moyen contraceptif sur toute la période féconde, c’est à peu près 10 000 comprimés qu’il ne faudrait jamais oublier… 

 

 

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Effet secondaire ?

Publié par 10lunes le 10 juin 2013 dans Vie des femmes

 

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En préparation à la naissance, nous abordons toujours le sujet de la contraception en rappelant cette évidence : une contraception, ça se choisit !
Cela permet aux femmes de ne pas sortir de la maternité en pensant que le petit comprimé quotidien est un incontournable.

Nous listons les différentes méthodes, leurs avantages et inconvénients J’évoque aussi  » l’aménorrhée lactationnelle  » dite méthode Mama  – quel est le publiciste fou qui l’a nommée ainsi  !? –  et puis nous parlons du chamboulement plus ou moins violent pour le couple qu’est l’arrivée d’un enfant, de la libido possiblement en berne, des retrouvailles pas toujours faciles… 

Elle découvre le dispositif intra utérin qui ne lui avait jamais été présenté.  

Quelques mois plus tard, revenant en rééducation postnatale, elle annonce, tout sourire « J’ai vu ma gynéco – celle qui la suit depuis une dizaine d’années – et je lui ai causé du stérilet (oui, faut dire dispositif intra-utérin mais le mot  reste bien ancré dans les esprits) et du coup, on a beaucoup discuté… D’habitude c’est pas comme ça, on cause pas mais là on a bien causé et elle a dit qu’elle était d’accord pour me le mettre. »

Très déontologiquement, je suggère qu’à force de penser les médecins débordés, on ne s’autorise plus à poser des questions et qu’il suffit d’ouvrir le dialogue pour…

« Ah non !  me coupe-t-elle, j’avais souvent essayé de discuter mais ça marchait jamais. D’ailleurs, elle regardait même pas mes bébés. Et là, je suis arrivée avec le petit dernier, je l’ai posé sur le côté comme d’habitude, vu qu’elle les regarde pas, et puis là après, elle est venue lui dire bonjour, et tout… »

Et mon mauvais esprit me fait me demander si le suivi « low cost » des sages-femmes n’aurait pas comme impact inattendu d’améliorer le relationnel de certains gynécos…

 

PS : Oui, ce billet est une pique inutile et mesquine mais j’ai lu ça ce matin…

 

©Photo

 

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