Ecoutée

Publié par 10lunes le 10 décembre 2016 dans Vie des femmes

 

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33 ans et 3 enfants, elle souhaite une stérilisation.

Son premier interlocuteur est son médecin généraliste. Il confirme qu’elle est en droit de faire cette démarche, souligne que ce choix  lui parait adapté à sa situation et… lui souhaite bon courage pour trouver le gynécologue qui accédera à sa demande.
Aux yeux de beaucoup, elle sera « trop jeune ».

Elle choisit de s’adresser à l’hôpital qui a vu naître son dernier enfant. Elle garde le souvenir d’une équipe bienveillante et ce souvenir ne sera pas pris en défaut. Le gynécologue qui la reçoit l’écoute avec attention, prend le temps de de repasser en revue les alternatives, méthodes de contraception et vasectomie afin que son choix soit totalement éclairé.
Rien d’intrusif dans sa sa démarche, tout dans son attitude atteste que la décision appartient à celle qui fait la demande.
Elle confirme sa volonté de stérilisation.

Une fois les quatre mois (délai de réflexion obligatoire) passés, rendez-vous suivant puis intervention s’enchaîneront avec le même respect.

Le parcours du combattant annoncé se révélera n’être qu’une promenade de santé !

 

*En dehors de la condition d’être majeur, aucun age minimum n’est requis par la loi ; livret d’information

 

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Les poings serrés !

Publié par 10lunes le 19 avril 2014 dans Pffffff, Vie des femmes

 

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Le point du mari ? Pour moi, ce furent d’abord quelques lignes en attente d’article depuis… 2008, déroutée par le récit lu sur le net d’une femme envisageant une épisiotomie recousue très/trop serrée pour le bonheur supposé de son mec.
Et puis j’ai pas écrit, pas assez d’éléments.

Le point du mari, plus récemment, des sages-femmes l’ont dénoncé sur les réseaux sociaux. Mais, faute de témoignage direct, je n’ai pas écrit non plus, ne sachant s’il ressortait de l’intervention volontaire ou d’une terrible combinaison d’incompétence et de goujaterie… En effet,  si je ne l’ai jamais vu pratiquer, j’ai hélas entendu des femmes évoquer certaines phrases satisfaites prononcées après une suture d’épisiotomie : Maintenant vous êtes comme neuve ou Votre mari n’y verra que du feu et autres allusions graveleuses supposant une virginité retrouvée.
La pseudo virginité comme une voie d’accès au plaisir… Vous m’en direz tant.

Mais mes amis du Syngof sont toujours prompts à relancer mon inspiration (voir par exemple, ici, ici ou encore …).  Je peux maintenant participer aux débats car le Dr Marty, voulant défendre son clan, l’enfonce avec application.

Evoquer la « somatisation vaginale » pour expliquer les séquelles douloureuses d’une épisiotomie, c’est aller un peu vite en besogne.
Laisser penser que les femmes souffrent non par « victimologie » ( je laisse chacun se référer au dictionnaire) mais pour le bénéfice secondaire de l’intérêt qui leur serait porté… C’est méconnaître la réalité d’une plainte trop souvent traitée avec légèreté « ça va passer », qui impacte fortement la vie des femmes et celle des couples.
Si le regretté Brassens chantait les femmes qui s’emmerdent en baisant, ce n’est en rien comparable à celles qui souffrent en baisant !

Et puis que penser de la « flexibilité vaginale » – qu’en termes choisis ces choses-là sont dites – « qui s’adapterait au fur et à mesure » ? Cette locution signifie bien que les tissus ne s’adaptent (sic) pas immédiatement. Ce qui correspond parfaitement à ce qu’en disent les femmes qui évoquent des suites douloureuses s’estompant – dans le meilleur des cas – de façon progressive.

Plus loin, on nous glisse que la femme « n’aurait peut-être pas son mot à dire, le choix du recours à l’épisiotomie est une décision qui appartient au corps médical ».
Pas tout à fait ! Comme tout geste médical, il peut s’avérer nécessaire, rarement, ainsi que le démontre le CHU de Besançon qui affiche un taux inférieur à 1%. Mais, comme tout geste médical, il suppose un consentement éclairé. Et s’il peut être difficile d’en débattre au moment de sa possible réalisation, à quelques minutes de la naissance, la question peut être abordée en amont.

Le Syngof peut se féliciter que le Dr Foldes – spécialisé non dans la réparation de l’hymen mais dans la reconstruction clitoridienne des femmes excisées – restaure l’honneur du clan en reconnaissant de possibles séquelles douloureuses et en soulignant que l’attention portée à la réfection d’une épisiotomie est essentielle.

Quant au Dr Marty, ses propos me rappellent d’antiques diagnostics d’hystérie.
Les femmes, ces affabulatrices…

 

 

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Mon âme au diable

Publié par 10lunes le 8 décembre 2013 dans Formation/déformation

 

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Cette semaine, j’ai un peu vendu mon âme en participant à une formation offerte par des labos.
Je 
m’y étais inscrite malgré la petite voix de ma mauvaise conscience me rappelant que le discours serait forcément tronqué.

Je dois à la fréquentation assidue, virtuelle ou réelle, de praticiens soucieux de santé publique, soignants à l’esprit vif, indépendant, démontant les discours prémâchés et cherchant à se référer à des données fiables… Je dois à tous ceux-là et à mon abonnement à Prescrire une certaine prudence.
La voix fluette de mon ange gardien me disait donc que je vendais mon âme à Big pharma ; le petit diable perché sur mon autre épaule cherchait à me rassurer avec des paroles lénifiantes. A moi de rester vigilante, de ne pas prendre les infos reçues pour argent comptant, et puis quand même, c’était bien sympa de retrouver des copains-copines et de causer d’un sujet qui me passionne, la contraception.

Au final, mon petit ange avait raison, le diablotin a été mis KO au premier round et n’a plus osé l’ouvrir.
Nous (je co-voiturais, ce qui expliquera ma longue présence..) arrivons juste à temps pour prendre un café-croissant offert par le labo.

Vite aller chercher son badge, s’étonner de voir des couleurs différentes et  comprendre en lisant quelques noms à l’envers que c’est pour identifier la profession, gynécologue, généraliste  ou sage-femme. Mieux vaut savoir à qui l’on s’adresse quand on demande de passer le sucre, on pourrait se compromettre à causer avec quelqu’un n’appartenant pas à notre caste… Les gentils étudiants qui tiennent le stand conviennent de la stupidité du truc avec un grand sourire. C’est toujours ça de pris.

Entrée dans la salle de conférence. Sur nos chaises, une pub pour la pseudo contraception Clearblue nous attend. La notice rappelle en encadré  « Jours verts le couple peut avoir des relations sexuelles sans risque pour la femme de tomber enceinte » mais précise dans le paragraphe suivant : « Clearblue est fiable à 94 % cela signifie que sur 100 femmes qui utiliseraient Clearblue pendant un an, 6 d’entre elles pourraient tomber enceinte en ayant des rapports sexuels pendant un jour vert, suite à une identification incorrecte de leurs jours fertiles par Clearblue« . Fiable à seulement 94% donc …

Les interventions commencent et très vite, la journée s’annonce rude. L’artillerie lourde est sortie pour contester la position de l’ANSM sur les pilules de 3ème et 4ème génération. Les chiffres donnés sont justes mais la façon de les présenter manque de clarté. Tout est dans le commentaire et les sous-entendus.
Chacun par exemple s’accorde à reconnaître que le risque thrombo-embolique est plus important pendant une grossesse que sous n’importe quelle pilule. On pourrait en conclure que le recours à toute contraception est un facteur protecteur mais, petit glissement, seule la pilule estroprogestative est mise en avant pour ce bénéfice…

La plupart des interventions seront sur le même mode. Pas de fausses informations mais de la désinformation, des raccourcis, ellipses, données dépassées (une présentation  s’appuyait sur des études réalisées entre 1977 et 1999 !! ), et argumentaires étonnants – la pilule empêche la chute des cheveux.

Les échecs de pilule sont ainsi commentés « l’oubli est la première cause d’échec »… comme si cela dédouanait ce mode contraceptif. Alors que justement, la difficulté réside dans la nécessité d’une prise quotidienne. On nous dira ensuite que le DIU (stérilet) est plus efficace mais seulement parce que les femmes doivent avoir recours au médecin – ne cherchez pas les sages-femmes, elles n’ont jamais été citées pendant les interventions que j’ai suivies – pour l’enlever.
L’avantage d’une contraception longue durée, c’est justement qu’il n’y ait rien à faire au quotidien !

Plus tard, la salle se sépare en deux groupes, publics avertis – J’ai dit avertis et pas invertis rigole l’orateur. Je reste dans le groupe « novice » car c’est clairement là que sont attendues les sages-femmes. Il s’agit de réfléchir au déroulement d’une consultation d’une jeune fille venant pour la première fois demander la pilule ; quelles questions doivent être posées, quels examens cliniques sont nécessaires ? On est dans le B-A BA pour archidébutants… Les réponses qui fusent dans la salle montrent que ce sont déjà des acquis. On en arrive à Quand doit-elle commencer sa pilule ? La salle, dans une parfaite unanimité affirme : Aujourd’hui ! L’orateur est décontenancé, patine puis pirouette, Je suis un peu classique, on va lui dire de commencer le premier jour des règles…
Pourtant la situation mise en scène concerne une jeune fille de 17 ans et lui demander d’attendre son prochain cycle est un vrai facteur de risque de grossesse… Le désir a des raisons que la raison ne connait pas.

Nous apprendrons aussi qu’il faut parler de vaccin contre le cancer du col (raccourci anxiogène) parce que si on évoque le virus HPV, elle va pas comprendre. Seul bon point, on nous rappelle que l’examen gynécologique n’est pas indispensable (cf ces recommandations HAS).

Bon y a eu aussi des interventions plus objectives, de vraies infos données. Mais c’est presque pire car la qualité de quelques uns tend à faire oublier les « à-peu-près » des autres.

Une anecdote résume parfaitement la journée : un orateur interrompt son intervention pour souligner Ah, j’ai oublié de passer la diapos sur les conflits d’intérêts.  Mais c’est simple, j’ai bossé pour tous les laboratoires

Tout est dit !

 

PS : j’ai « tweeté » en direct  et @_castille a gentiment tout compilé, y compris mes fautes de frappe et mauvaises blagues. Si le cœur vous en dit (le fonctionnement et les « codes » de Twitter sont déroutants pour le novice…).

 

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Post partum animal triste

Publié par 10lunes le 3 septembre 2013 dans Après

 

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Merci les médias, quand je suis en mal d’inspiration, un petit article et ça repart.

Cette fois-ci, l’article est titré « La vraie histoire du sexe après l’accouchement ». Je le lis, bougonne doucement. Il la joue un peu hussard le Dr Harvey ! Le vagin ne sera plus jamais comme avant, ça a l’air de signer la fin d’une époque : bonjour la parentalité, adieu l’orgasme.
Mais si le propos est un peu rude, dénoncer le ronronnement médiatique – qui aime à laisser croire qu’une grossesse est une location de neuf mois restant sans effet dès le départ de l’occupant – est salutaire.

Pour autant est-il normal de penser Plus jamais mon mec ne me touche ? Ce n’est pas ce que j’entends des femmes que je rencontre au quotidien même si rien n’est simple. Fatigue, manque de disponibilité, peur d’avoir mal et/ou de ne pas retrouver le plaisir sont des sujets récurrents dans les semaines suivant la naissance… L’arrivée d’un enfant bouleverse tous les aspects de la vie et il faut se laisser le temps de s’y adapter. Ce n’est sûrement pas assez dit.
Admettons qu’il faille un peu charger la barque pour que le message soit clairement audible.

Mais la barque coule aux paragraphes suivants. 

Mon vagin était devenu un hall de gare. Pourquoi  présenter l’envahissement des examens comme un incontournable ? Les touchers vaginaux sont le plus souvent inutiles lors de la grossesse et ne devraient pas se multiplier pendant un accouchement. Par ailleurs, une femme peut être examinée avec respect, douceur, en ayant attendu son autorisation. Ou l’on peut considérer son corps comme un domaine public, entrer dans une salle de travail sans prononcer un mot, enfiler un doigtier et fourrager brutalement en oubliant qu’il y a un être humain de l’autre côté du plastique. N’est-ce pas plutôt cela qu’il faut dénoncer ?

Pendant l’accouchement, la sage-femme rentre l’avant-bras dans ton vagin pour voir où en est ton col. Que nenni, l’index et le majeur suffisent grandement, pas besoin de l’avant-bras ! Pourquoi véhiculer ce genre d’image sinon pour conforter la « goritude » de la chose ? 

S’ajoutait à cette sensation un accessoire peu glamour mais obligé : pendant un mois après la naissance de son bébé, elle a porté constamment des couches, de très grosses serviettes. Effectivement la couche épaisse manque un tantinet d’élégance. Mais cela ne concerne que les premiers jours, ensuite les pertes diminuent et les protections se font plus discrètes. Alors oui, pas de tampons en postnatal immédiat (le glamour du fil qui dépasse ?) pas de moon cup non plus… Saigner est un aspect de la vie des femmes, tout simplement.

Les médecins recommandent d’attendre au moins quinze jours avant la reprise des rapports. Personnellement, je ne recommande rien sinon d’attendre d’en avoir envie et de prendre du temps ensemble ; pas forcément pour se grimper dessus, juste le temps de la tendresse, parce que le désir émerge rarement entre des pleurs à apaiser et un sac poubelle à descendre…

On nous sert ensuite les inévitables exemples de ceux pour qui ça n’est jamais reparti. L’arrivée d’un enfant ne soude pas un couple, ne le détruit pas non plus. Mais elle aiguise toutes les aspérités. Si ça n’allait pas très bien avant, ça ira rarement mieux après et ce n’est pas l’accouchement en lui-même qui est en cause.

Ce qui m’irrite au final, c’est que cet article écrit en filigrane qu’une nana n’est désirante et désirable que mince, tonique et aménorrhéique ; que tout changement corporel est forcément assassin pour le désir ; que récupérer d’un accouchement, c’est perdre ses kilos, masquer ses vergetures et remonter ses seins. Bien la peine de citer le Beautiful Body Project ! *

Je vous invite à ré(?)-écouter cette chanson de Moustaki magnifiquement interprétée par Reggiani (avec du Baudelaire en prime)

 

*extrait du volume 1 consacré aux mères

 

PS : j’ai volontairement omis plusieurs questions évoquées dans cet article car elles méritent à elles seules un billet. A venir… ?

 

 

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Recyclage

Publié par 10lunes le 28 juin 2012 dans Pffffff

 

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Le marché de la fertilité semble décidément inspirer les entrepreneurs de tous poils.  Après le « personal shopper », voici le « Clearblue Contraceptive Monitor », oh pardon, le moniteur de contraception Clearblue.

Je pourrais commenter chaque phrase de cet article promotionnel. Economisons notre temps- à défaut de notre argent, j’y reviendrai – et allons à l’essentiel.

Cette machine identifie (…/…) les jours où l’on a un risque de tomber enceinte (jour rouge) et ceux où l’on peut avoir des  rapports sans contraceptifs (jour vert). Le test permet de détecter les taux hormonaux dans les urines. L’un (pic de LH) est assez précis mais ne précède l’ovulation que de 24 à 36 heures. Un peu juste vu l’esprit malicieux de spermatozoïdes capables de survivre 72h (en moyenne..) dans l’attente d’un ovule accueillant… Il faut donc ajouter le dosage des oestrogènes, beaucoup moins précis, ce qui amène à des zones rouges plutôt longues.  

Cette nouvelle méthode de contraception est destinée aux femmes de 30-40 ans. Pourquoi  ? Moindre fertilité, pouvoir d’achat ? en relation amoureuse stable…  Serait-il plus facile d’annoncer « Pas ce soir chéri, je suis en jour rouge » au sein d’un couple stable ?  prévoyant d’avoir un enfant  dans les années à venir… C’est préférable vu que l’enfant pourrait arriver dans les – je calcule à la louche – neuf mois ! et ayant décidé de ne plus avoir recours à des moyens  anticonceptionnel. Oups, se sont dénoncés eux mêmes, c’est pas une méthode anticonceptionnelle !

Cette contraception est entièrement naturelle, sans prise de médicaments et sans effet secondaire. Et hop, l’air de pas y toucher, voilà le discrédit jeté sur l’ensemble des moyens contraceptifs ! Il suffit seulement d’uriner sur les bâtonnets. Seulement oui, mais chaque jour, au réveil, car le test doit se pratiquer après « votre période de sommeil la plus longue ». Accessoirement, cela évitera l’interruption d’ébats amoureux par un peu érotique « Attend chéri, faut que j’aille pisser sur ma bandelette »… 

La machine  (…/…)  vous informe sur les dates où vous avez le moins de chance de tomber enceinte. Le moins de chance hein, c’est eux qui le disent… Une étude, menée sur 710 femmes. Quelles femmes ? Parce que la fertilité n’est pas tout à fait la même à 20 ans ou à 45 hein… Oui j’ai mauvais esprit mais la seule précision « femme » apparaît un peu vague. qui n’avaient aucun rapport durant les « jours rouges »… Quid de votre libido ? Le site n’évoque même pas d’utiliser une autre contraception, les jours rouges, c’est ceinture !! a permis de montrer que ce moyen de contraception est efficace à 94%. Chiffre multimartelé sur le site du fabricant.

Le moniteur de contraception sera disponible à 130 € et les 16 sticks à 40 €.  Je résume, un boitier – très- couteux et 2,50€ par bandelette, avec des tests obligatoires (16 le premier cycle, 8 ensuite, je vous laisse calculer), pour peut-être découvrir que l’on est en  jour rouge (jour ceinture..) 6 à 12 fois par cycle, voire plus « si vos cycles sont irréguliers », dixit le fabricant. Achevez-moi… 

Ce moniteur de contraception n’est au final que la variante du moniteur d’ovulation destiné aux couples en mal d’enfant. Suffit d’inverser les paramètres et hop, on se retrouve à calculer la période la moins féconde.
Avec des rentrées minimales de 20 € par mois et par « relation stable », ce serait dommage de s’en priver. 

Les stupides consommateurs que nous sommes n’y verront que du feu… 

 

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Les mots pour le dire

Publié par 10lunes le 14 février 2011 dans Rencontre

Plus que plantureuse, les cheveux cachés par un voile, les mains potelées immanquablement croisées sur le ventre, toujours souriante, son regard vif contraste avec son attitude réservée. Elle murmure plus qu’elle ne parle. Sa gentillesse me fait fondre, sa timidité m’invite à la plus grande attention.
Elle a vécu, dans son pays d’origine, un premier accouchement extrêmement difficile et sans possibilité de recours médical. Elle a eu depuis d’autres enfants en France, tous nés par césarienne. C’est à l’occasion du suivi rapproché prescrit pour sa dernière grossesse que nous nous rencontrons.

Elle revient me voir après la naissance et me confie alors un autre pan de son histoire ; plus aucun désir, plus aucun plaisir depuis son premier accouchement dantesque. Aucune douleur, pas de lésion apparente, « juste » ce corps qui ne réagit plus.

Je mesure combien évoquer ce sujet lui a été difficile. Unique dépositaire de ce secret, je me dois de l’aider. Mais nos échanges atteignent rapidement ma limite de compétence, il lui faut un accompagnement plus adapté.
Je lui propose alors de retourner à la maternité pour y consulter une psychologue, faisant l’hypothèse que ce cadre connu l’effraierait moins. Elle refuse avec force, ce n’est pas cela qu’il lui faut. J’évoque prudemment une consultation de sexologie et elle acquiesce immédiatement. Décidément surprenante.

Nous nous mettons en quête d’un médecin qui prendrait en compte ses faibles revenus car nombre de praticiens de la région pratiquent systématiquement des dépassements d’honoraires.
Le premier correspondant, hospitalier, est débordé. Je l’oriente alors vers un autre spécialiste en insistant pour qu’elle précise bien sa situation de bénéficiaire CMU. Rendez-vous est pris.

C’est ce qu’elle revient m’annoncer. Je la félicite de sa démarche, l’assure de ma disponibilité, souligne que je serai heureuse d’avoir des ses nouvelles. Elle sourit, baisse les yeux, mais n’esquisse pas un au revoir. J’attends.

Le silence persistant, je m’autorise une question.Y aurait t-il autre chose qu’elle ait envie de me dire ?
Elle saisit la perche. La secrétaire lui a demandé une lettre de son médecin traitant. Parcours de soin j’imagine. Mais évoquer son absence de libido avec son généraliste est un triple défi. Il est homme, plutôt bourru, et médecin traitant de son conjoint.

C’est ainsi que je me retrouve à rédiger laborieusement un courrier à ce « Cher confrère » inconnu afin de lui exposer sommairement les difficultés sexuelles de sa patiente et l’inviter à une écoute empathique lors de la prochaine consultation…

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Enthousiasme

Publié par 10lunes le 1 septembre 2010 dans Après

Elle a accouché il y a quelques mois. Nous prenons le temps de faire le point après l’année si dense qui vient de s’écouler, l’attente de ce bébé, le paroxysme de l’accouchement, la nécessaire adaptation à cette nouvelle vie à trois…
Elle rayonne.
Elle évoque l’harmonie revenue, le plaisir d’avoir repris son travail, le bonheur de retrouver son petit en fin de journée, l’amour pour son homme, grandi encore par l’arrivée de leur enfant.
Quand vient le temps d’évaluer ses besoins en rééducation périnéale, je l’interroge – entre autres nombreuses questions ! –  sur sa sexualité.
Dans un éclat de rire, elle explique que cette maternité l’a révélée ; si elle ne s’estimait pas insatisfaite auparavant, son plaisir atteint maintenant des sommets jamais imaginés.

Lors de l’examen qui suit, je découvre sur la paroi vaginale une toute petite zone d’érosion, douloureuse au toucher, qui me laisse perplexe.

C’est elle qui me souffle le diagnostic… une muqueuse quelque peu « brutalisée » par des rapports fréquents et enthousiastes !

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Tête à quoi ?

Publié par 10lunes le 27 mars 2010 dans Après

Lu sur famili.fr : Accouchement : quand peut-on reprendre les rapports sexuels ?
Explications du Pr Bruno Carbonne, chef du service gynécologie-obstétrique à l’hôpital Saint-Antoine à Paris :
Pendant deux à trois semaines après une naissance, ils sont déconseillés : le col est encore ouvert avec un risque d’infection. Et rares sont les femmes qui ont la tête à « ça » ! Les lochies, pertes de sang et de sérosités, sont encore très abondantes… De plus, la zone du vagin est douloureuse, surtout après une épisiotomie ou une déchirure. Un mois est un délai «raisonnable» !

Parole masculine n’envisageant les relations sexuelles qu’à travers leur versant pénétrant…
Crainte de l’infection, fantasme du pénis triomphant, forcément démesuré, venant franchir un col encore béant…

Le professeur délivre de sentencieuses affirmations à d’infortunés couples supposés suspendu à son savoir. Omnisciente et toute puissante, la faculté s’autorise à juger du bon moment de la reprise des rapports sexuels.

Il nous est affirmé que «les femmes n’ont pas la tête à ça». Effectivement, la libido est rarement au plus haut dans les semaines suivant une naissance. Faut-il pour autant parler à la place des intéressés ? Ne serait-il pas plus clair, plus respectueux, et bien moins intrusif de souligner que reprendre une activité sexuelle suppose d’en avoir l’envie, tout simplement.

Vient ensuite cette description minutieuses des pertes féminines. Qu’en des termes choisis ces choses là sont dites ! L’on comprend bien à le lire qu’aucun homme ne pourrait – ne devrait ! – avoir envie de s’approcher d’un corps dont s’écoulent en abondance sang et sérosités.

Enfin Mesdames sachez que votre vagin sera douloureux et que vous n’échapperez surement pas à l’épisiotomie sinon à la déchirure…

Non, aucun délai n’est raisonnable

J’entends cette jeune accouchée racontant avec émotion ses retrouvailles avec la sexualité deux semaines après la naissance de son enfant, les gestes doux de son compagnon, attentif, devinant sa crainte de ne pas retrouver les sensations de ce corps traversé par un enfant, dévoué à son plaisir.
Acte d’amour.

Ne nous mêlons pas de définir la sexualité des couples. Seuls comptent leur désir et leur attention l’un à l’autre.

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Pas ce soir chérie

Publié par 10lunes le 14 août 2009 dans 9 mois

Faire l’amour en fin de grossesse est réputé « murir » le col de l’utérus et favoriser le démarrage de l’accouchement…

Dans son neuvième mois, ronde et impatiente, elle explique avec un demi-sourire : « c’est ceinture ». Elle voudrait bien mais lui ne veut pas.

Pourquoi ? Par crainte de faire mal au bébé, de se sentir observé, parce qu’il imagine ne plus avoir la place, trop de place, parce qu’une femme enceinte est intouchable, quasi sanctifiable, parce qu’il ne reconnait plus ce corps tout en rondeurs et qu’il y perd repères et désir….

Non…
Il fait une croix sur sa libido car il craint de déclencher l’accouchement.
En ce moment, il a trop de boulot, ça tomberait mal.

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