Tout et son contraire

Publié par 10lunes le 22 août 2011 dans Médias

 

L’intervention d’une sage-femme dans « Les grandes gueules« , (le 18/08 entre 10 et 11h) m’a donné l’occasion d’écouter RMC. L’expérience fut éprouvante.
L’émission se voudrait informative mais s’apparente plutôt aux échanges arrosés d’un café du commerce, accompagnés des blagues graveleuses qui vont bien…
Elle débute avec quelques galéjades machistes sur « ces femmes qui déplorent d’être seules au milieu des hommes mais qui au final adorent ça »…
Puis les  intervenants abordent le périple du maire de la Seyne sur Mer (périple largement relayé ; au cœur de l’été, entre crise économique et combats libyens, un maire qui pédale doit être considéré comme une info rafraichissante).

Je souhaite revenir ici sur les interventions de Bernard Debré, professeur de médecine, urologue et député (UMP) qui argumente ainsi la nécessité de regrouper les plateaux techniques hospitaliers : « La médecine de proximité est dangereuse, on ne peut pas mettre du matériel ultrasophistiqué dans tous les hôpitaux ».
Il précise un peu plus loin : « il faut parler de choses que l’on connait ».
Belle déclaration d’intention qu’il s’empresse de ne pas respecter. Expert autoproclamé en périnatalité, il ose ensuite évoquer « l’enfant qui a un cordon autour du cou et qui s’étrangle, est ce que c’est prévisible ? »
Puis : « Il faut bien savoir que dans ces petites maternités, on n’est pas au courant, on ne sait pas bien faire. Le petit hôpital en bas de chez soi peut être horriblement dangereux. Il y a une présentation du siège, on ne sait pas le faire. Il y a un étranglement avec le cordon… c’est vu pendant l’accouchement, qu’est ce qu’on fait ? »
Il insiste encore « La taille est un facteur d’efficacité ». Cette affirmation déclenche une nouvelle salve d’allusions machistes que je vous laisse imaginer…

Céline, la sage-femme,  s’est exprimée  sur les maisons de naissance. Elle a bien tenté d’élever le débat en évoquant les besoins des femmes. Mais son intervention a été brève et régulièrement interrompue par d’intempestifs commentaires …

Qu’en retiendront les auditeurs distraits ?  Que les équipes de maternités de proximité sont incompétentes – merci pour elles  ! –  Et qu’un enfant peut s’étrangler avec son cordon. Inquiétude infondée fréquemment véhiculée par ceux qui n’y connaissent rien. Car s’il s’agit d’un circulaire du cordon (enroulé autour du cou), le dégager est un geste extrêmement banal que toute sage-femme peut pratiquer les yeux -presque- fermés … A moins que Bernard Debré n’ait pensé à la procidence du cordon (je lui laisse le bénéfice du doute, imaginant qu’il a sciemment « simplifié » son discours pour le rendre accessible à ces ignares de parents). C’est un incident rare, qui se produit  généralement au moment de la rupture spontanée de la poche des eaux – donc pas forcément à la maternité – et nécessite une intervention médicale rapide. Pour les habitants de la Seyne du Mer, 55 minutes pour rejoindre la future maternité de Toulon, c’est dans ce cas précis bien trop !

Parfait argument pour justifier les maternités de proximité …

 

Edit du 24/08 : la sage- femme s’appelle Céline ZIEGLER.

 


PS : pas d’autres suggestions pour « notre » anniversaire ?

 


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Expertise

Publié par 10lunes le 24 juillet 2011 dans Médias

 

Marie Claire, revue médicale de référence, titre, sans honte aucune : « Contre-enquête, les dangers de l’accouchement à domicile » et débute ainsi son article « Des obstétriciens et des personnalités, telle Elisabeth Badinter, préviennent : accoucher à la maison est rétrograde et dangereux ».

La féministe combative dont j’ai aimé les positions se trompait déjà de route en dénonçant les excès du maternage, confondant respect des besoins d’un tout-petit assumé par les parents et aliénation féminine.

Mais je ne la savais pas experte en santé publique, convoquée pour démontrer la supposée dangerosité d’une pratique … Ainsi les femmes faisant le choix d’accoucher à domicile seraient d’irresponsables bobos ! N’est ce pas le comble du machisme que de définir ainsi les mères, soumises à leurs envies, incapables d’analyse et de rationalité ? L’on s’offrirait une naissance à domicile sur un simple coup de tête ???

Elle se dit dégoutée par la présence d’enfants à la naissance. Le qualificatif est plus que violent et sa position demanderait à être argumentée.

Elle critique « Le Premier cri », en le qualifiant d’esthétisant. Ce film montre pourtant combien l’accouchement est dépendant des conditions de vie, comment il peut être vécu de façon différente selon la région du monde où l’on réside et la pauvreté que l’on subit.
C’est justement parce que les françaises bénéficient de bonnes conditions sanitaires, d’un suivi de qualité qui permet de prévenir les complications ou de les dépister précocement que l’on peut envisager sereinement une naissance à domicile.

Finalement, une seule phrase d’Elisabeth Badinter est à retenir, la dernière. Oublions la « régression idéologique« , jugement de valeur infondé et méprisant, pour nous attarder sur la seconde partie « révèle une véritable hargne vis à vis de la technologie médicale ». Cette colère est réelle, s’exprimant aussi dans les commentaires de ce blog. Mais j’attendrais de la philosophe qu’elle tente d’en comprendre les motifs plutôt que de la dénoncer.
L’envahissement médical est rarement remis en cause lorsqu’il est à la fois indispensable ET expliqué. Trop souvent la technicité, à travers des protocoles rigides, s’impose à tous. C’est bien ce que les parents rejettent, ce qui les poussent à chercher ailleurs l’accompagnement qu’ils ne trouvent plus dans les maternités.

Sur le reste de l’article, j’avais rédigé une trop longue critique que je ne vous infligerai pas. Pour résumer, l’argumentaire déployé par les professionnels de santé relève plus de l’incantation que de l’analyse rigoureuse.
Le seul chiffre des transferts varie de 10 à 43% ! *

En réalité, les études sur l’accouchement à domicile ou en maisons de naissance sont peu nombreuses et comportent de nombreux biais ; mêlant par exemple naissances à domicile prévues et inopinées, accompagnées ou non par des sages-femmes. Les taux de transfert comptabilisent des femmes qui ne prennent qu’un premier contact pour se renseigner, ou les transferts en cours de grossesse, pourtant révélateurs de la qualité du suivi ( réorienter les femmes vers une prise en charge plus médicalisée lorsqu’elle est nécessaire) et les transferts en cours d’accouchement que l’on confond trop facilement avec des transferts en urgence…

Depuis des années, des sages-femmes françaises proposent une étude de grande envergure sur l’ accouchement à domicile en intégrant cette possibilité dans un réseau de périnatalité.  Cette proposition n’a pas été retenue. Leurs interlocuteurs préfèrent ne pas savoir pour continuer à accuser…

Cessons de dresser une situation contre une autre. Tout le monde ne peut ni ne veut accoucher à la maison. Tout le monde ne veut ni de doit accoucher dans un hôpital universitaire. Tentons de faire cohabiter intelligemment les différents types de prises en charge. Permettons  des relais aisés en fonction des attentes des parents et des circonstances médicales. Etudions l’impact de nos pratiques hypertechnicisées sur un accouchement banal.
Cessons d’invoquer la sacro sainte sécurité alors que les résultats français se révèlent moins bons que ceux d’autres pays européens faisant des choix différents.
Dialoguons.
Les batailles rangées sont vaines…

 

* Lors des débats sur les maisons de naissance à l’assemblée nationale, le taux de transfert variait de 29 à 67%… G. Barbier, le député qui l’avait évoquée, s’était autorisé à citer un taux de 87 %. Personne ne vérifie, pourquoi mégoter !

 

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Voeu pieu !

Publié par 10lunes le 1 janvier 2011 dans Profession sage-femme

Deux lieux « saints »
Saint Gaudens, maternité publique de type I en Haute Garonne « où il fait bon naitre » comme l’indique cet article. Maternité  avoisinant les 600 naissances annuelles ; une équipe en recherche, faisant preuve de disponibilité, d’écoute pour un accompagnement personnalisé.

Saint Avold, maternité PSPH* de type I en Moselle, accueillant 650 accouchement cette année. Une équipe en pleine réflexion, cherchant à améliorer ses pratiques pour mieux respecter la physiologie, en passe d’obtenir le label Hôpital amis des bébés.

La première a vu sa fréquentation augmenter de presque 50 % en 5 ans. On ne laissera pas la seconde recueillir les fruits de ses efforts. Sa disparition est annoncée comme imminente.
Que lui est-il reproché ? De manquer de rentabilité… On apprend incidemment de la bouche du directeur général que seules des maternités faisant plus de 1200 accouchements annuels seraient rentables.

En 1998, Bernard Kouchner annonçait la fermeture des maternités réalisant moins de 300 accouchements par an pour des raisons de sécurité. Cet argument de poids n’a jamais été démontré ; seule la nécessité d’adapter le « niveau de soin » au « niveau de risque » est prouvée.
Depuis, de nombreuses réflexions ont été menées afin d’orienter les femmes enceintes vers l’établissement adéquat.

Mais la médecine française a pour particularité de considérer toute grossesse, tout accouchement comme à risque. Conséquence logique, le concept de sécurité bascule progressivement vers l’orientation de toutes les femmes vers les grands centres de type III avec pour corollaire la fermeture des maternités de proximité (on comptait1379 maternités en 1975, moins de 600 actuellement).

Moins de maternités, plus de sécurité et – a priori – moins de dépenses. L’argument sécuritaire vient au secours de la nécessité économique. Que demander de plus ?

Sauf que ….
Ce n’est pas économique : La coordination nationale des hôpitaux de proximité l’affirme : Pour les maternités, les économies d’échelle sont inopérantes. Les frais de transport sanitaires explosent parallèlement aux fermetures. Les femmes sont contraintes de faire appel au 15 et à un transport par SMUR, voire à un transport héliporté avec un surcoût important et un risque d’insuffisance de moyens face à l’augmentation de la demande. Par ailleurs, le coût des actes techniques simples est moindre dans une structure de proximité (jusqu’à deux fois moins).

Ce n’est pas sécuritaire : Le nombre d’accouchements inopinés hors maternité augmente (en Isère, entre 1998 et 2005, ce nombre a été multiplié par 2.9 alors que le nombre des naissances n’a été multiplié que par 1.1**).

Les progrès de la médecine nous permettent de dépister les signes annonciateurs de complications afin que les femmes soient correctement prises en charge dans des lieux de haute technicité.
Mais lorsque tout s’annonce bien, et je le martèle dans ce blog, la « prise en charge » la plus économique et la plus sécuritaire se résume à un accompagnement attentif, au respect de la physiologie, des rythmes maternels… toutes choses que peuvent offrir de petite maternités à taille humaine ; toutes choses difficile à proposer dans le contexte des usines à bébé où les intervenants sont multiples et les actes protocolisés.

On pourrait faire tout aussi bien dans un grand centre que dans un « petit » à condition de réorganiser les prises en charge et de très largement augmenter le nombre de sages-femmes.

Une femme/une sage-femme sera donc mon vœu – totalement irréaliste –
pour l’année 2011 !

En attendant, allez signer la pétition pour la maternité de St Avold.



*participant au service public hospitalier : établissement privé de santé à but non lucratif
**Thèse  M.PONCELET, faculté de médecine de Grenoble, 2007

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Médiatiquement leur(re)

Publié par 10lunes le 7 avril 2010 dans Médias

Un mail récent m’a gentiment sollicitée «Il me semble que cet article est susceptible de retenir votre attention».
Je prends ce message comme une invitation à commenter ce qu’il est convenu de nommer fait divers, ce que je m’étais bien gardée de faire jusque là ; sujet complexe, conclusions facilement hâtives, éléments inconnus et traitement spectaculaire par les médias…  autant de raisons pour ne pas réagir !
Commenter le commentaire est cependant un exercice auquel je veux bien m’essayer.

C’est comme ça qu’on l’appelle dans les médias, « la fausse sage-femme ». Une femme qui pratiquait des accouchements à domicile en se présentant comme « éducatrice à la naissance ». François Souverville, 58 ans avait déjà pratiqué plusieurs dizaines d’accouchements en Ariège jusqu’au jour, ou en août 2008, l’un des bébés qu’elle a aidé à naître meurt.
Pourquoi des parents se tournent-ils vers une « éducatrice à la naissance » ? Peut-être, surement, parce qu’il est difficile sinon impossible de trouver une sage-femme lorsque l’on souhaite accoucher à domicile. L’année dernière, une enquête du Conseil de l’Ordre des sages-femmes révélait «En 2008, il y a eu 1 052 accouchements à domiciles pour quelques 4 500
demandes non satisfaites
».

Son procès a eu lieu le 16 mars dernier et il en est ressorti que : Le bébé est mort quelques heures après la naissance; Qu’il fallait lui prodiguer des soins que Françoise n’était pas en mesure de faire.
Cette formulation laisse penser que seule l’absence de soins adaptés a conduit au décès de l’enfant. Le suggérer ainsi participe à la tension des relations entre praticiens et familles. En cas d’accident, nous apparaissons forcément responsables puisque la
médecine est réputée toute puissante… Les actions en justice contre les professionnels de santé se multiplient et ce constat amène les équipes à rigidifier les prises en charge au nom du sacro-saint médico-légal.

Et que le cordon ombilical n’a été coupé que 3 heures après la naissance selon la méthode du Lotus Birth et c’est ça qui aurait provoqué le décès de l’enfant selon les experts.
Le lotus Birth consiste à laisser le placenta relié au cordon jusqu’à ce que celui-ci se dessèche et tombe, afin de ne pas intervenir dans un processus naturel.
La circulation ombilicale s’interrompt pourtant spontanément dans les minutes qui suivent la naissance et le cordon inerte semble bien inutile. Ne pas le couper au prétexte que cela ne se fait pas spontanément m’apparait un raisonnement spécieux. Je n’ai côtoyé cette situation qu’une seule fois, au sein d’une maternité ayant accepté cette demande des parents…tentative rapidement abandonnée au vu des odeurs se dégageant du placenta. J’ai lu depuis qu’il faudrait le saler pour permettre sa conservation, ou l’enfermer dans un sac plastique… curieuses façons de ne pas intervenir dans le processus.
L’on peut s’étonner du procédé, mais le lien direct de cause à effet reste à démontrer. De nombreux « Lotus Birth » sont décrits, en particulier aux Etats Unis, et cela sans complication à déplorer.

L’Académie nationale de médecine émet quant à elle des réserves sur l’accouchement à domicile
L’occasion devait sembler trop belle ! Je souhaiterais que l’Académie de médecine s’interroge également sur les accouchements en milieu médical et notre interventionnisme potentiellement iatrogène…

et précise que les accouchements qui sont pratiqués sans accompagnement médical comportent de sérieux risques.
Ce sera la seule phrase de cette coupure de presse avec laquelle je puisse me sentir à peu près en accord. Accoucher sans accompagnement médical, c’est faire le pari qu’aucune complication ne surviendra, penser que la pathologie ne découle que des actions intempestives des professionnels. La nature forcément bienveillante est un leurre qu’il faut savoir abandonner.

Le constat une fois posé, quelles conséquences en tirer ? Les journalistes pourraient s’aventurer à soutenir la compétence des sages-femmes, insister sur la nécessaire intégration de l’accouchement à domicile dans l’offre de soin, souhaiter voir se développer la coopération entre maternités et praticiens libéraux. Ils n’en font rien.

Dans d’autres articles, il est rappelé que « Les accouchements à domicile représentent moins de 1% des naissances, et ceux qui sont effectués sans assistance médicale ne dépassent pas quelques centaines par an en France ». L’enquête du conseil de l’Ordre citée plus haut annonçait «60 % des sages-femmes libérales ont déjà été sollicitées pour réaliser un accouchement à domicile mais  4,4 % d’entre elles acceptent d’en pratiquer».

Au risque de me répéter, pas d’assurance, ostracisme des équipes, frilosité des décideurs, blocage des maisons de naissance…tout cela conduit des couples à solliciter de « fausses sages-femmes », trop heureux de trouver sur leur route une personne acceptant de les accompagner.
D’autres envisagent un accouchement sans assistance aucune.

Il y a quelques années, les sages-femmes s’inquiétaient déjà de cette situation, insistant auprès du Ministère de la Santé sur la nécessaire reconnaissance de l’AAD afin de répondre aux attentes des parents et ne pas entrainer les plus déterminés d’entre eux vers des choix potentiellement dangereux. Un de nos interlocuteurs avait affirmé, lors d’une informelle « conversation de couloir »  «Il y aura un jour une complication grave, elle sera médiatisée et la question se règlera d’elle même»…

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