Joueuse

Publié par 10lunes le 23 décembre 2016 dans Rencontre

 

Venue à reculons consulter une sage-femme, il a fallu quelques séances pour nous apprivoiser, pour que la confiance s’installe, doucement.
Ce jour-là, j’insiste sur le temps nécessaire pour les exercices, soulignant qu’ils seront plus efficaces si elle les pratique lentement.

Alors, elle livre un peu de son histoire.
Elle évoque son enfance à la ferme, son père trop tôt disparu, sa mère restée seule avec une tripotée d’enfants, petits encore les enfants.

Adulte, elle a réalisé combien la vie de sa mère avait dû être difficile mais jamais elle n’en a eu conscience dans son enfance.

Sa mère les protégeait, gommant les difficultés, sublimant un quotidien ardu. Des travaux de la maison à ceux du potager, tout était prétexte à émulation joyeuse entre la fratrie.

Elle se tait un instant, cherchant un moment plus précis à raconter.

Puis reprend :
-« Quand il fallait ramasser les haricots, ma mère nous mettait chacun au bout d’un rang et on jouait à qui finirait le plus vite. Et maman jouait avec nous, ramassait aussi son rang.
Bien sur, elle allait plus vite que nous, mais s’arrêtait toujours avant la fin parce que la soupe allait déborder ou qu’il y avait la lessive à étendre.
Et puis elle revenait, juste un peu trop tard, mais à temps pour nous féliciter d’avoir fini avant elle et d’avoir gagné.

Dans les mots de cette dame déjà âgée, il y a l’amour inconditionnel de cette maman depuis disparue.

– Depuis, j’ai toujours pris le travail comme un jeu, à me dépêcher de finir la première ».

 

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Bouclées

Publié par 10lunes le 22 décembre 2016 dans Naissance

 

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Après plusieurs fausses alertes, elle le sait, le sent, son utérus travaille cette fois-ci de façon efficace.
Quelques heures plus tard, en route pour la maternité, les contractions réveillent ses doutes en s’espaçant.

Pourtant, la sage-femme qui les accueille ne doute pas et –  après avoir vérifié si l’examen était souhaité – annonce une dilatation de 6 cm.

Elle plonge dans sa bulle, cette conscience à la fois aiguë et distanciée qui marque le travail de l’accouchement.
Au rythme des vagues successives, l’univers se recentre sur son ventre.

La sage-femme passe régulièrement s’assurer que tout va bien, restant discrète, attentive à ne pas la déranger.
Plus tard, elle propose de percer la poche des eaux nacrée venue bomber à l’entrée du vagin.
Juste après, sans effort perceptible, l’enfant naît.

Si la praticienne a semblé à son compagnon avare en mots et en gestes, elle lui sait gré de sa discrétion, de sa confiance.

Et, malgré le flou de l’environnement qui marque toute naissance, un détail lui reste très précis : les jolies boucles d’oreilles de sa sage-femme.

 

 

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Normale

Publié par 10lunes le 19 décembre 2016 dans Naissance

 

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Son premier enfant est né par césarienne et si elle a accepté l’éventualité d’une nouvelle intervention, elle a aussi cherché à préparer au mieux une naissance par voie basse.

Seul hic, son utérus cicatriciel, statut maintes fois rappelé, statut entraînant même la programmation d’une autre césarienne.

La nature étant joueuse, l’accouchement se déclenche avec quinze bons jours d’avance, alors que rien ne laissait deviner l’imminence de la naissance.
La veille, son col était encore long et fermé.

Son enfant naît finalement par voie basse comme elle le désirait, même si l’accouchement est plus médicalisé  qu’elle ne l’envisageait.
Elle souhaite remercier la sage-femme, pour son accompagnement et sa confiance dans sa capacité à accoucher mais aussi pour un détail… essentiel à ses yeux.

Elle est la seule ce jour là, à l’inverse de la sage-femme qui l’a accueillie et de l’obstétricien venu pour l’accouchement, la seule donc à ne jamais évoquer son « utérus cicatriciel ».

 

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Résiste !

Publié par 10lunes le 15 décembre 2016 dans Naissance

 

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Sage-femme, enceinte et insomniaque, elle consulte une hypnothérapeute.

Lors du premier rendez-vous, elles ont l’une et l’autre la certitude de s’être déjà rencontrées.
Mais où et quand…?

La sage-femme cherche toujours quand le visage de son interlocutrice s’éclaire : « Et si je vous disais : Il jouait du piano debout … ? »

Alors le souvenir revient, précis.
Elle est en salle de naissance, prenant en charge un accouchement trop vite venu, à sept mois et demi de grossesse.
Le médecin de garde demande une surveillance rapprochée, à l’inverse du projet d’accouchement naturel du couple. Perfusion, péridurale, enregistrement continu du rythme cardiaque fœtal… la sage-femme ne peut qu’obtempérer.
Elle tente de préserver au mieux les parents, reste présente, à l’écoute, diffuse leurs musiques préférées.

Au moment de la naissance, ce sont les paroles de Michel Berger qui résonnent dans la pièce.
L’obstétricien arrivé pour l’expulsion exige une position gynécologique, exige aussi que la musique cesse.
La sage-femme trouve que l’addition des renoncements imposés est bien lourde. Elle n’a pu s’opposer à la médicalisation de cette naissance, mais là elle peut agir.
Elle met la musique un peu plus fort.
La petite naît sur cette chanson.

Et le souvenir de cette précieuse complicité leur met les larmes aux yeux.

 

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Présentes

Publié par 10lunes le 13 décembre 2016 dans Naissance

 

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Après un premier accouchement très envahi par la technique médicale, elle est certaine de vouloir vivre autre chose et se tourne vers une sage-femme proposant un accompagnement en plateau technique*.

Sa grossesse est sereine et la confiance installée avec la sage-femme.
Peut-être un peu moins avec la maternité…

Parce que le jour J, rien ne parviendra à l’alerter sur l’imminence de la naissance ; ni les contractions présentes depuis plusieurs heures, ni les vocalises qui s’imposent à elle, ni le besoin d’un bain chaud pour calmer la tempête, ni même l’envie de pousser qu’elle n’identifie clairement qu’au dernier moment. Prise d’un doute « soudain », elle pose sa main sur son sexe et sent un crane chevelu !

La sage-femme est en route, venant tranquillement faire le point avec une femme en début de travail qui blaguait au téléphone.
En route, ça veut dire pas encore arrivée.

Ce sont avec les mots de la sage-femme rencontrée pendant sa première grossesse qu’elle trouve sa position.
Avec les phrases d’un livre écrit par une autre qu’elle met sa fille au monde en confiance.
Et c’est la présence de la troisième arrivée juste après la naissance qui la rassurera sur leur toute nouvelle-née
(et épargnera la plancher de la chambre en l’encourageant à rester dans la salle de bain pour la délivrance !)

Ce sont mes trois fées dit-elle.

 

*Accouchement en maternité mais suivi par la sage-femme libérale

 

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Déçue ^^

Publié par 10lunes le 12 décembre 2016 dans Naissance

 

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Son accouchement s’avère finalement nettement plus long et fatigant que ce qu’elle avait anticipé.

Elle en est maintenant à la dernière phase, celle mal nommée de l’expulsion, et là aussi, c’est long et fatigant.

La péridurale masque la majorité des sensations et elle doute de l’efficacité de ses efforts.
La sage-femme pense alors que découvrir l’avancée de son bébé dans un miroir pourrait l’encourager et guider sa poussée.

« – Est ce que vous voulez une petite glace pour vous aider ?
– Oh oui, un sorbet citron me ferait tellement de bien ! »

 

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Respectée

Publié par 10lunes le 9 décembre 2016 dans Naissance

 

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Elle s’apprête à mettre au monde son premier enfant et si elle ne sait pas trop ce qu’elle souhaite, elle sait très clairement ce qu’elle refuse. Elle ne veut ni péridurale, ni épisiotomie. Elle l’a précisé lors des consultations et l’annonce à la sage-femme dès son arrivée à la maternité.

Au final, elle aura les deux.
Sans regret.

A chaque étape, sage-femme, anesthésiste et obstétricienne se sont montrés à l’écoute. Chacune de ses demandes a été entendue, et tout a été mis en oeuvre pour y répondre. La sage-femme a su rester plus que discrète et respecter « sa bulle » quand tout se passait bien. Lorsque la dilatation s’est bloquée à 7 cm, plutôt que de basculer immédiatement vers une intervention médicale, elle a suggéré des postures différentes et fait preuve de patience.
Et quand il a fallu se résoudre à intervenir, chaque renoncement a été expliqué, argumenté et a obtenu son accord.

Personne n’a fermé le débat d’un « on connait notre boulot » sans appel.
Au contraire, tous se sont attachés à faire équipe avec elle, à conjuguer compétences maternelles et professionnelles.

Et si son fils n’est pas né comme elle l’imaginait, elle garde un merveilleux souvenir de son accouchement grâce au respect et à la bienveillance de ceux qui l’ont accompagnée.

 

NB : le début de l’histoire est 😉

 

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Mienne, tienne, notre…

Publié par 10lunes le 6 décembre 2016 dans 9 mois

 

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Ce deuxième enfant doit naître, comme le premier, en maison de naissance*.  Mais, au septième mois, de fortes contractions l’amènent à consulter sa sage-femme. Celle-ci l’adresse pour un bilan plus complet à la maternité.

Le verdict tombe : risque d’accouchement prématuré, traitement pour accélérer la maturation pulmonaire de l’enfant et hospitalisation le temps de voir comment tout cela tourne.

C’est son compagnon qui se charge de prévenir la sage-femme.
Au téléphone, elle interroge, quels examens, quels traitements, et se fait pédagogique pour ré-expliquer ce qui été mis en oeuvre par l’équipe hospitalière. Elle s’inquiète ensuite du vécu de sa compagne, de son moral.
Lui se rassure de faire un point apaisé avec une professionnelle connue.
Mais sa dernière question le touche plus encore.
Parce qu’après ce tourbillon de soignants, d’informations, de décisions prises par d’autres, enfin quelqu’un se soucie de lui, le père de cet enfant :
-« Et toi comment vas-tu ? »

Il s’est montré fort pour rassurer sa compagne et peut enfin tomber le masque et parler de ses peurs.
« Sa » sage-femme est devenu la « leur ».

La naissance aura finalement lieu comme prévu en maison de naissance, quelques jours après terme, avec « leur » sage-femme.

 

 

*Suisse la MDN. Les maisons de naissance françaises n’ont ouvert que récemment leur portes ; mais déjà plus de 150 enfants y sont nés.

 

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Coquin de sort

Publié par 10lunes le 1 décembre 2016 dans Rencontre

 

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La rencontre avec la sage-femme est belle mais trop tardive. Ils profitent de tout ce qu’elle peut leur apporter en cette fin de première grossesse et se font déjà la promesse que le prochain enfant naîtra avec elle à la maison.

Quand ce petit deuxième s’annonce, elle recontacte « sa » sage-femme et apprend avec une immense déception que celle-ci sera en voyage aux alentours du terme.

La praticienne cherche comment répondre au mieux à sa demande. Elle propose un suivi conjoint avec son associée, assurant la présence de l’une des deux le jour J, ou simplement par son associée pour lui éviter d’avoir deux interlocuteurs.

Mais elle ne veut que « sa » sage-femme et rien ne peut l’apaiser. Elle doit faire le deuil d’un accouchement depuis longtemps rêvé. Aucune alternative n’est à la hauteur.

C’est son homme qui la convainc de donner une chance à l’ersatz de sage-femme, j’ai nommé l’associée.
La rencontre s’avère finalement tout aussi éblouissante.
Et c’est avec elle que leur enfant viendra au monde.

Depuis, malgré la vie qui les a éloignées aux deux bouts de la France, malgré les douze années passées, elle est restée une amie précieuse.
Et quand elle l’évoque, elle parle de « sa » sage-femme car il ne peut y en avoir d’autres.

 


Et oui, je retente finalement un Avent 2016… pas du tout sure de tenir le rythme, ni d’avoir assez de récits en réserve (à vot’bon coeur…)
Ma seule certitude, c’est de ne pas me limiter à la bientraitance comme annoncé. J’ai juste envie de vous relater de jolies histoires.

 

 

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Mea culpa

Publié par 10lunes le 26 novembre 2016 dans Militer

 

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Commençons par une brève et vielle histoire :

Il est 19h. Cela fait 23 heures que suis de garde à la maternité, seule sage-femme présente et responsable à la fois du service et des salles de naissances. Je n’ai pas du tout fermé l’œil et pas vraiment posé mes fesses depuis mon arrivée ; j’ai grignoté de la main gauche en remplissant mes dossiers de la main droite et j’ai pissé quand j’en avais le temps, c’est-à-dire pas souvent.
Une chambre sonne. Je frappe à la porte, entre, réponds à je ne sais plus quelle demande au sujet du nouveau-né et m’apprête à repartir quand la jeune mère me remercie par un truc du genre « C’est formidable ici, vous avez toujours le sourire ».
Du coin de la chambre s’élève alors une autre voix, celle de la grand-mère qui tempère la gentille phrase de sa fille  d’un « Ben c’est normal, c’est leur boulot » prononcé sans nuance.

Je suis repartie blessée par cette remarque parce que oui, je trouvais « normal » que l’on me remercie de mon sourire encore présent après cette garde harassante.

Mais en y repensant 25 ans plus tard…

Ces derniers jours, le mot maltraitance a occupé mes pensées.

Il y a eu les récits gentiment adressés pour nourrir mon avent bienveillant. Certains ne relatent que ce qui devrait faire notre quotidien, une très banale et surtout très normale bientraitance assimilable à mon sourire d’il y a 20 ans. D’autres débutent par une situation de maltraitance compensée ensuite par la sollicitude d’autres soignants qui du coup apparaissent exceptionnellement attentifs.

Il y a eu les discussions, ici et ailleurs, plus audibles que certains non-débats parce qu’évitant les jugements définitifs pour privilégier l’analyse fine et la réflexion partagée.

Il y a eu cette réunion professionnelle où des soignants de qualification, région et exercice divers, tous sincèrement attachés à bien faire, s’emparaient chacun de l’étendard de la bientraitance pour défendre leur pré-carré.

Il y a eu ce fil twitter de IuliaLathebiosas@JGiovacchini et ces quelques mots « la médecine est une domination consentie » se mettant à clignoter dans mon cerveau insomniaque.

Il y a eu cette femme rencontrée très récemment en suivi post natal, évoquant avec des étoiles dans les yeux le respect de ses demandes par son obstétricien alors que, plus en mesure de décoder, je n’entendais dans son récit que consultation bâclée et sous-entendus ironiques.

Et puis il y a eu la soirée d’hier, passée à suivre par SMS les tribulations d’une amie sage-femme accompagnant une proche aux urgences gynécologiques d’un CHU.

L’évidence s’est imposée : je me suis plantée !

Alors je réitère mon erreur en répétant que le mot maltraitance recouvre de multiples réalités. Que certaines sont le fait de brutes absolues et inexcusables, que d’autres maltraitances ne sont pas plus excusables mais que peut être leurs auteurs pourraient l’être un peu.
Je m’enfonce en souhaitant que l’on mette avec les soignants au banc commun des accusés la formation, le paternalisme, l’organisations des soins, les conditions de travail, la dérive médico-légale et tant d’autres mécanismes complexes…
Je répète ma crainte d’une bataille rangée inutile parce que stérile.

En un mot comme en cent, l’analyse binaire ne me convient toujours pas.
Mais je commence à admettre qu’elle est le moyen le plus sûr d’être entendu.

 

 


  • Conséquence directe de ce que j’ai écrit plus haut, je ne me lance pas dans un « Avent bienveillant » (et du coup dans aucun Avent faute de munition)
  • C’est un détail mais la suite du dernier billet arrivera un de ces jours

 

 

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