Leçons de l’expérience, épisode 1

Publié par 10lunes le 20 novembre 2016 dans Formation/déformation

 

 

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Il y a longtemps, très  longtemps, tellement longtemps que j’étais jeune et juste accouchée, j’ai suivi une formation centrée sur le toucher.

Nous apprenions comment être dans un contact différent, plus attentif à celui que l’on touche, comment des gestes similaires en apparence pouvaient générer des ressentis multiples et contrastés. Nous apprenions à poser nos mains à l’écoute d’un enfant niché dans l’utérus maternel. Nous apprenions comment une femme enceinte et ses proches pouvaient sentir le bébé se blottir au creux de leurs mains.

Au final la découverte de choses toutes simples, devenues évidentes au fil des années et qui font encore mon quotidien.
Ca c’est pour le versant positif.

L’autre versant, c’est une sorte de formatage dont je n’ai pris conscience que bien plus tard.
Au cours du stage, on nous avait indiqué que la future mère devait se mettre en sous-vêtements lors des séances. Ca ne nous était pas expliqué, juste énoncé comme une évidence.
De retour dans ma maternité, ravie de mettre en pratique ce que je venais de découvrir, j’ai respecté la consigne. Cela me semblait d’autant plus anodin que le déshabillage était banal en consultation obstétricale. A l’époque, le toucher vaginal mensuel était encore un incontournable.

Habituée j’étais, habituée j’ai fait.

Je n’ai pas compris tout de suite combien cette « habitude » créait une sorte de rapport hiérarchisé détestable entre la patiente allongée et dévêtue et la soignante en blouse et debout.

J’ai mis… des années à penser que je pouvais procéder autrement et simplement préciser avant la séance de prévoir une tenue permettant de découvrir le ventre.

Comme je dois être  « un peu »  lente, il m’a fallu encore quelques années pour réaliser que si je percevais un  enfant à travers la paroi utérine, mais aussi au travers de toutes les couches séparant cet utérus de la peau, je n’étais plus à une épaisseur de vêtement près…

Si je vous raconte ça, c’est grâce ou à cause de la lecture des commentaires de mon dernier billet.

Parce que, pendant toutes ces années, personne hélas ne m’a jamais fait aucune remarque. Si quelqu’un m’avait questionnée sur le pourquoi du déshabillage, j’aurais surement réalisé et abandonné cette stupide consigne bien plus tôt.

Mais, si au lieu de me faire remarquer l’absurdité de la pratique, l’on m’avait accusée de maltraitance, j’aurais ouvert de grands yeux innocents, nié avec force et rangé la remarque dans le tiroir des accusations gratuites et injustifiées.
Bref, je ne me serais pas remise en cause.

D’autant que pendant la formation, moi aussi je m’étais retrouvée en sous-vêtement.
Mais je vous raconterai ça bientôt.

 

 

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Désordonnée

Publié par 10lunes le 24 décembre 2015 dans 9 mois

 


032 (1)Le groupe s’installe dans un brouhaha joyeux. C’est leur avant-dernière séance de préparation à la naissance. 

La rencontre commence comme d’habitude par un petit tour de table. Les trois couples partagent les dernières nouvelles, leurs dernières découvertes, émotions, questionnements…

L’un interroge sur le thème « officiel » de la rencontre du jour.
– On est censés parler de quoi aujourd’hui, de la fin de l’accouchement ou du nouveau-né ?
– Si tout le monde est d’accord, centrons-nous plutôt sur le nouveau-né répond la sage-femme.

Tout irait bien si elle n’ajoutait ensuite
Je préfère aborder les choses de façon chronologique…

 

 

Voilà. La sage-femme était sûrement fatiguée comme je le suis aussi un peu par ce petit marathon.
J’ai eu plaisir à écrire, j’espère que vous aurez eu plaisir à me lire.  😳
Le blog va retrouver son rythme de croisière … et ses mouvements d’humeur !
Parce que les nouvelles, bonnes et mauvaises, ont continué d’affluer pendant la trêve de Noël….

Demain, c’est Hécate, créatrice des elfes et amicale complice de cet Avent 2015, qui tournera la dernière page du calendrier.

 

 

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Reconnue

Publié par 10lunes le 4 décembre 2015 dans Profession sage-femme, Rencontre

 

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Elle a rendez-vous au CHU, service médecine. Elle connait le service maternité-aile sud pour y avoir traîné ses guêtres lors de diverses journées de formations et autres rencontres professionnelles.
Mais aujourd’hui, c’est en tant que patiente qu’elle monte un peu inquiète dans l’ascenseur-aile nord et appuie sur la touche n°5.

La porte est en train de se refermer, avec une lenteur toute hospitalière, quand une femme vêtue de bleu se précipite en poussant un chariot métallique.
Elle presse le bouton d’ouverture afin de lui laisser le temps de rejoindre la cabine.
Le chariot franchit le seuil, les roulettes tressautent sur le léger décalage de niveau. Cinquante centimètres plus haut, le matériel brinquebale, laissant craindre un effondrement  imminent.
Elle adresse un sourire complice à la dame en bleu.

Vous m’avez préparée pour l’accouchement de mon fils.
La sage-femme hésite, le visage ne lui dit rien.
La femme complète, Vous êtes Lola c’est bien ça ? Je me souviens si bien de vous !
Troisième étage
annonce la voix métallique de l’ascenseur.

La porte s’ouvre, la dame en bleu pousse son chariot vers le couloir et ajoute : Vous ne vous souvenez plus mais c’est normal, ça fait longtemps ; mon fils a 27 ans.

Il lui reste deux étages pour effacer le sourire béat de son visage avant de se présenter au secrétariat du service.

 

 

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Faux départs

Publié par 10lunes le 24 mars 2015 dans Naissance

 

point interrogationMi mars, les Maternelles ont consacré une émission* à l’accouchement.
Je  ne vais en évoquer que deux passages.

Le premier, sidérant, est un reportage en salle de naissance. Les parents ont déjà deux filles et n’ont pas voulu connaitre le sexe de ce futur bébé. Une fois le nouveau-né posé sur le ventre maternel, la sage-femme jette un coup d’œil peu discret à son entrejambe.
Le père croise son regard et interroge Alors ?
Elle l’enjoint à regarder lui-même : c’est une troisième fille, tendrement accueillie par ses parents.  

Que se passe-t-il alors dans la tête de la sage-femme qui se met à chantonner
– Y sait pas faire les garçooooons onh. 

On va dire que c’est le stress de la caméra … mais bon.


Une fois cette anecdote – et ma honte professionnelle – ainsi déposée, j’en arrive au vrai sujet de ce billet, car l’émission abordait entre autres questions celle récurrente du « Quand partir à la maternité », assortie de son corollaire habituel « J’ai peur de pas savoir ».

Il y a deux cas de figures répond l’obstétricien invité :
– la perte des eaux : on ne se pose pas la question, c’est le moment du départ. Pour clarifier son propos à l’intention des décervelées que sont les femmes enceintes, il se veut amusant : Quand ça coule pas normal on consulte.
– les contractions. Elles deviennent de plus en plus douloureuses, se rapprochent, et quand elles sont espacées de 4 ou 5 minutes et régulières depuis deux ou trois heures, c’est le moment.

Le témoignage qui suit vient tempérer ces affirmations. La femme explique avoir attendu que les contractions soient conformes à la description donnée lors des séances de préparation. Mais une fois arrivée à la maternité, la sage-femme a constaté un faux travail et l’a invitée à repartir. Enorme déception conclue-t-elle.

La journaliste se retourne vers l’obstétricien et interroge
– Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas reconnaître un faux travail ?
La réponse tombe avec toute l’expertise de la faculté

– Il FAUT être examinée pour savoir.

Reprenons…

Il est d’usage d’affirmer que le début du travail se caractérise par des contractions se rapprochant progressivement, de plus en plus fortes et régulières. Mais les femmes accouchent aussi avec des contractions irrégulières, espacées ou d’emblée très proches !
Alors pourquoi s’entêter à décrire le modèle standardisé ? Surement parce que ça rassure les parents qui ont le sentiment d’être bien informés.

Sauf que… le jour J rien ne ressemble à ce qui était prévu et le discours apaisant devient anxiogène.
Certaines femmes sentent que c’est le moment mais hésitent à partir parce que le travail utérin n’est pas conforme au standard transmis.
D’autres perçoivent que rien n’est vraiment commencé mais leurs contractions « régulières et rapprochées » les font se rendre à la maternité, avec au final la déception de la fausse alerte et la crainte de ne pas savoir quand il faudra vraiment venir.

Alors, à l’inverse du médecin assurant qu’il faut être examinée pour savoir, j’affirme qu’il faut se fier à son ressenti !
Tant que la femme hésite, ce n’est pas le moment. Le top départ, c’est l’évidence du « maintenant on y va » !

Un dernier détail cependant. Même en suivant leur instinct, certaines font un petit tour « pour rien ». Mais les femmes le pressentent, elles jouent à « on dirait que j’accoucherais ». Une fausse alerte qui permet de répéter le parcours, de l’arrivée à la maternité aux différents examens d’entrée en passant par la rencontre avec la sage-femme.
Comme une répétition générale offrant un tout peu de connu avant le grand saut.

 

 

*ne cherchez pas, vu ma lenteur de production, il n’est plus en ligne 

 

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Paternité (1)

Publié par 10lunes le 21 décembre 2014 dans 9 mois

 

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C’est la consultation du quatrième mois. Ils s’y rendent à deux, même s’il a été habitué lors des autres grossesses à rester simple témoin, quasi invisible aux yeux des soignants.

Mais cette fois, la grossesse est suivie par une sage-femme attentive. Pas question pour elle de faire un geste sans leur proposer d’en partager le sens.

Après avoir palpé le contour utérin pour en évaluer la croissance, elle guide les mains de la mère pour qu’elle le sente aussi.
Puis c’est au père, tout étonné d’être invité à faire de même. Il s’applique à sentir les bords latéraux, le fond utérin, s’émerveille de percevoir ainsi l’espace offert à son bébé. Il pose tendrement la main sur le ventre de sa compagne, au centre de la zone qu’il vient de délimiter.

La sage-femme sourit : Là, tu tiens ton bébé dans la main.
L’attention du père est totale, encore renforcée par la perception d’un léger frémissement.


Alors, une brève seconde, il tourne le poignet pour observer sa paume.
Et serait presque déçu de ne pas y découvrir son enfant.

 

 

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Dark side

Publié par 10lunes le 16 octobre 2013 dans Blessures

 

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Comme tout le monde, je me perds dans les méandres du net.
J’entretiens l’illusion de ne rien rater des sujets qui me tiennent à cœur en programmant de multiples alertes. Les filtres sont largement paramétrés. Au final, ça fait un gros entonnoir qui absorbe articles, vidéos, publications officielles ou officieuses, revues de presse, forum, blogs etc…

A moi de faire le tri en aval. Je saute de référence en référence en cherchant ce qui mérite d’être retenu. La pêche se révèle plus ou moins bonne et parfois très indigeste.

Ce jour-là, je tombe sur un site dédié aux questions. Un message y disait, à peu de choses près :
Depuis plusieurs heures, j’ai la diarrhée et très mal dans le dos. Je dois accoucher dans trois semaines. C’est mon premier bébé et je ne sais pas si c’est normal pour une femme enceinte. Je ne sais pas quoi faire. Aidez-moi !

Parenthèse pédagogique
Cette association dorsalgies et diarrhée est très évocatrice d’un début de travail.
– Les contractions utérines peuvent ne se ressentir qu’au niveau du dos avec un utérus évidemment contracté dans son ensemble mais une douleur projetée sur le sacrum.
– La diarrhée est souvent associée au début du travail. Ce petit signe est rarement évoqué dans nos bouquins français qui s’entêtent à décrire une illusoire et faussement rassurante analyse des contractions, rythme, fréquence, intensité … Dans d’autres pays, cet emballement intestinal fait partie des signes présentés comme annonciateurs de la mise en route.

Cet appel au secours m’a semblé doublement attristant.
Attristant de constater qu’une femme inquiète préfère lancer une bouteille à la mer plutôt que de contacter ceux qui ont suivi sa grossesse. De quelle indifférence, de quelle indisponibilité faisons-nous preuve pour qu’il soit plus facile de s’adresser à des inconnus que de passer un coup de fils aux professionnels censés être une aide et un soutien ?

Attristant de constater que rien ne change et que de futures mères se heurtent encore à l’incompréhension de leur ressenti. La préparation à la naissance est normalement un temps dédié -entre autres – à l’anticipation de ce qui va advenir pour pouvoir s’y adapter au mieux. Peut-être cette jeune femme n’a-t-elle pas souhaité ou pas pu suivre ces séances ? Peut-être les explications données n’ont-elles pas été suffisamment claires ? Quoi qu’il en soit, cela questionne à nouveau l’attitude des professionnels auprès de celles dont nous devons prendre soin…

 

Mais le surf m’amène parfois de plus mauvaises surprises encore. Il y a quelques jours, je suis tombé sur un de mes textes disons… « recontextualisé ». Je ne renie pas une virgule de ce que j’ai écrit mais mes propos sont utilisés à l’appui de théories parfaitement fumeuses à forts relents racistes dans lesquelles je ne me reconnais aucunement.

J’ai tenté d’en obtenir le retrait mais on ne discute pas avec les cons. J’ai aussi contacté « Le Plus » sans plus de succès (aucune  réponse… ça donne envie de collaborer à cet « espace participatif », dixit leur compte twitter).

Je ne donnerai pas le lien du site qui a volé mon texte. Pas envie d’en faire la publicité.
Mais si par hasard vous tombez sur ce mec, vous avez le droit de lui pourrir la vie !

 

 

 

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Faire connaissance

Publié par 10lunes le 5 mars 2013 dans Blessures

 

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L’entretien prénatal précoce est une prise de contact parallèle au suivi de grossesse permettant à une femme ou à un couple d’exprimer leurs attentes, besoins et craintes pour les aider à s’orienter dans le dédale des options qui s’offrent à eux.

Cet entretien est un échange ouvert, pas une succession de cases à cocher. Il n’empêche, certaines questions ont besoin d’être posées pour cerner le contexte.

« Est-ce votre première grossesse » est l’une d’elle. Je m’applique à parler de grossesse et non d’enfant à venir afin que la question soit claire.

« Oui, c’est la première » me répond-elle.
Débutée sur un mode joyeux, notre discussion révèle au fil des minutes une anxiété croissante. Elle dit sa crainte des rendez-vous médicaux, des nombreux examens complémentaires, déplore cette médicalisation qui  » l’empêche de profiter de sa grossesse « …
Je tente de comprendre l’origine de son angoisse. 
Et c’est ainsi qu’au détour d’une phrase, une IVG et deux fausses couches viennent s’ajouter à cette « première ».

 

Ce petit texte pour introduire les portes ouvertes proposées par l’ANSFL pour marquer la journée des droits des femmes. Ce sera l’occasion d’évoquer deux outils de prévention, le frottis cervico-utérin et l’entretien prénatal précoce.
Le 8 mars prochain, contactez le cabinet de sage-femme de votre secteur et faites connaissance !

 

 

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Larmes

Publié par 10lunes le 20 décembre 2011 dans Blessures

 

L’ovale perçant la face supérieure du parallélépipède cartonné laisse s’échapper des volutes de fin papier blanc.
La boite de mouchoirs me nargue au rythme accéléré de son épuisement…

Est-ce le changement de saison, la pluie qui s’invite sans discontinuer depuis plusieurs jours ou la simple occasion d’une oreille attentive ? Ces femmes et ces hommes viennent pour de multiples raisons mais au final, chacun se met à pleurer

Elle pleure sur son accouchement gâché par une sage-femme blasée, annonçant avec indifférence que ce sera trop tard pour la péridurale, levant les yeux au ciel à ses plaintes, détournant le regard à ses demandes de soutien. Elle a puisé dans le souvenir heureux de la naissance précédente la force de pousser son enfant dans cette salle d’accouchement froide et sans âme.

Il pleure sur son fils ainé, ex adorable bambin plombant l’ambiance familiale depuis l’arrivée du second. Ses colères incessantes provoquent chez son père une irritation croissante. Il ne le reconnaît plus, mais surtout ne se reconnaît pas dans des élans de violences qu’il a du mal à contenir. En filigrane, une plus sombre histoire, celle de sa propre enfance.

Elle pleure sur son rêve évanoui. Après deux accouchements plus que physiologiques, instinctifs, juste accompagnés par des sages-femmes discrètes et attentives, elle découvre le monde de la pathologie. Sa santé s’est entre temps dégradée et nécessite un suivi rapproché. Elle alterne consultations avec de multiples spécialistes, examens de contrôles, bilans sanguins, échographie et autres réajustements de ses traitements. Chaque rendez vous hospitalier vient sonner un peu plus fort le glas d’une naissance naturelle. Ce bébé viendra au monde au son des bip scandant la bonne évolution du travail. Et s’ils en comprennent la nécessité, elle pleure sur cette dernière naissance qui va lui échapper, il pleure de la voir si triste.

Il pleure sur leur amour fusionnel disparu, sur sa compagne happée par leur enfant. Il lui semble qu’il n’a plus de place et cherche désespérément, tel un ainé jaloux, à attirer son attention.

Elle pleure sur cette grossesse longtemps attendue, tant rêvée après deux fausses couches. Mais tout se révèle si difficile; les kilos s‘installant et déformant son corps, le manque du tabac, les week end festifs écourtés par la fatigue, l’insouciance perdue, la libido effondrée, les tensions avec un compagnon supportant mal les changements liés à la grossesse. Si loin de l’épanouissement promis.

Tapies dans le placard, d’autres boites cartonnées attendent leur tour.

 

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Logique floue

Publié par 10lunes le 10 septembre 2011 dans Militer

 

Le rapport de la cour des comptes sur la sécurité sociale vient de paraître. Au sein de ce très dense document, 25 pages sont consacrées aux sages-femmes.
Je vous encourage à aller les éplucher.

Pour les fainéants du rang du fond et les « pas vraiment concernés mais intéressés quand même », je tente un résumé que je crains indigeste.

L’introduction souligne la qualité de notre formation (en 5 ans), l’extension de nos compétences et le développement de notre profession (+80% en 20 ans).

La cour des comptes se penche ensuite sur les fonctions assumées par les sages-femmes selon leur mode d’exercice.

Du coté des salariées, le rapport confirme ce que nous savons déjà – la grande majorité des accouchements du secteur public (2/3) est assurée par des sages-femmes – et affirme que la proportion s’inverse dans le privé (1/5). Ce dernier chiffre est ainsi expliqué « Dans le secteur privé, les sages-femmes salariées travaillent en effet le plus souvent comme auxiliaires médicales des gynécologues obstétriciens : elles surveillent le travail de leurs patientes et appellent ces médecins (…) pour assurer l’accouchement, même lorsqu’il est physiologique « .

Je revendique pour mes consœurs salariées du privé la reconnaissance de leur travail ! Elles n’ont pas les mains sur le périnée de la dame lorsque l’enfant parait ; c’est une différence certes, mais qui reste toute relative… Dans le public comme dans le privé, tous les accouchements sont suivis par les sages-femmes  (en cas de pathologie, elles « assistent » les obstétriciens qui ont compétence pour décider de la conduite à tenir).

Coté libérales, notre activité serait massivement centrée sur la préparation à la naissance. « Les consultations (…) de suivi de grossesse ne représenteraient que 5 % des montants remboursés « . Soyons positif,  cela veut dire qu’il existe une très bonne marge de progression ! Loin de moi l’idée de dénigrer la préparation, mais l’on peut regretter que cette activité soit trop souvent déconnectée du suivi de la grossesse.

Vient ensuite un chapitre qui fait ma joie et je l’espère la votre en dénonçant l’hypertechnicisation de la naissance. Il cite des chiffres d’intervention souvent supérieurs aux autres pays européens (20% de césarienne, 20% de déclenchement, 80% de péridurale) avec cette précision quelque peu déroutante : « Selon une enquête de la DREES de 2006, 80 % des femmes interrogées déclarent avoir bénéficié d’une péridurale, dont 5 % sans l’avoir demandé. « 

La cour des comptes précise, toujours au sujet de l’hypermédicalisation « Cette conception française de l’accouchement est loin d’être universelle » et cite ensuite cette phrase de la mission périnatalité (2003), déjà mentionnée ici : « Les données disponibles laissent penser qu’il faudrait à la fois faire plus et mieux dans les situations à haut risque et moins (et mieux) dans les situations à faible risque ».

Le rapport s’aventure jusqu’à annoncer « Un groupe minoritaire (ndlr : 49% ?) souhaitant pouvoir bénéficier d’un accouchement peu médicalisé a également été identifié lors de l’évaluation du plan périnatalité. Ainsi, le département des Pyrénées orientales et celui de la Lozère sont confrontés à une demande d’accouchements « naturels », voire d’accouchements à domicile « .
Ainsi rédigé, d’aucuns pourraient penser que cette attente ne concerne que ces deux seuls départements. Je précise donc que l‘étude s’est concentrée sur quelques régions. La demande d’accouchement naturel me semble très équitablement répartie sur l’ensemble du territoire. Seules les réponses ne le sont pas !

Toutes ces constatations amènent la cour des comptes à constater l’inadéquate répartition des actes entre sages-femmes et médecins. « Un parcours de soins faisant davantage de la sage-femme le professionnel de premier recours en cas de grossesse et pour le suivi gynécologique contraceptif et de prévention pourrait être en effet envisagé à terme, à l’instar de ce qui est pratiqué dans d’autres pays ».
Youpi !!!!  même si je me serais volontiers passée du « à terme »…

Enfin la cour des comptes revient sur le feuilleton « Maison de Naissance » de l’automne dernier et recommande « la mise en oeuvre de cette expérimentation dans un cadre juridique approprié (…) pour autant qu’elle fasse l’objet d’une évaluation médico-économique rigoureuse ». Et cite cette estimation de la DGOS : « L’économie escomptée par accouchement par rapport à une structure hospitalière serait de l’ordre de 600€ ».

Voilà pour les bonnes nouvelles.

Certaines sont nettement moins bonnes.

« Le projet d’accouchement à domicile, qui ne fait l’objet d’aucun encadrement réglementaire, comprend une prise de risque dès lors que le système de soins n’est pas organisé pour assurer le transfert et l’accueil des patientes en cas de nécessité. Ainsi, l’absence d’assurance constitue une situation tout à fait anormale qui ne peut perdurer. Il convient donc que l’Etat fasse strictement respecter l’interdiction de réaliser des accouchements à domicile programmés sans couverture assurantielle ».

Décortiquons :

  • Qui ne fait l’objet d’aucun encadrement réglementaire. Ce n’est pas tout à fait juste. De manière générale, notre pratique est  « encadrée » par le code de la santé publique dont l’article L4151-1 précise nos compétences, complété principalement de l’article L4151-3 qui en défini les limites : « En cas de pathologie maternelle, fœtale ou néonatale (…), la SF doit faire appel à un médecin »
  • Le système de soin n’est pas organisé pour assurer le transfert. Ce n’est pas faute de le réclamer !
  • L’absence d’assurance. La cour des comptes a l’honnêteté de noter en bas de page  » En France, aucune assurance n’accepte aujourd’hui de couvrir à un tarif compatible avec des revenus de sages-femmes la responsabilité civile professionnelle dans le cas d’accouchements à domicile »

Ces deux derniers constats sont justes et les conclusions évidentes : il faut travailler sur l’intégration de l’accouchement à domicile dans l’offre de soin, le partenariat avec les réseaux de périnatalité et permettre aux sages-femmes de s’assurer (participation des caisses au paiement de la RCP, réévaluation substantielle de l’acte « accouchement », intervention de l’état auprès des assureurs…)

Que nenni ! La cour des comptes  recommande de « Faire strictement respecter l’interdiction de réaliser des accouchements à domicile programmés sans couverture assurantielle ». Ce qui revient, au vu du blocage actuel de toutes les démarches entreprises pour trouver une solution, à interdire l’accouchement à domicile programmé.

 

Le second point négatif est cette fausse bonne nouvelle « Réorienter l’activité des sages-femmes libérales vers le suivi post-natal et le suivi global ».
Evoquer le suivi post natal de façon isolée… c’est tout sauf global !
Favoriser une prise en charge globale des couples et des familles devrait me ravir. Mais une nuance de taille réside dans cette petite phrase  « Cela n’est possible que si la nomenclature des actes des sages-femmes est – à coût constant pour l’assurance maladie – significativement modifiée ».
Ce coût constant pourrait être une redistribution des actes. Plus de consultations par les sages-femmes, c’est moins de consultations pour les médecins ; une – infime- partie du budget alloué aux uns pourrait ainsi être attribuée aux autres…
Mais la cour des comptes fait une autre suggestion  » Dans un contexte où une assez faible proportion de femmes accouche désormais sans péridurale, la question pourrait également être posée d’une diminution du nombre de cours (sic) de préparation à la naissance  et d’une révision à la baisse de la tarification de cet acte ».

S’appuyer sur le recours à la péridurale pour démontrer l’inutilité de la préparation tout en recommandant une moindre technicisation de la maternité est un savoureux paradoxe ! Tant que le système de soin sera celui que nous connaissons, hypermédicalisation/ surcharge des équipes /multiplicité des intervenants, la préparation n’aura que peu d’impact sur les conditions de naissance (mais elle répond à de nombreux autres objectifs de prévention); transférer les consultations des médecins aux sages-femmes n’y changera pas grand chose.

A l’inverse, imaginons des femmes et des couples suivis tout au long de la grossesse, en consultation comme en préparation par les mêmes sages-femmes, avec l’assurance de retrouver l’une d’entre elles au moment de la naissance ( en plateau technique, maison de naissance ou à domicile), puis d’être accompagnés en postnatal par les mêmes personnes.
Voilà une façon économique de prendre en charge la périnatalité physiologique tout en répondant réellement aux attentes parentales…

Mieux faire pour moins cher c’est possible… mais il ne faut pas se tromper de chemin.

 

Edit du 14/09  : lire aussi cet article du Monde

 

PS : Je vous invite à aller voir ce bref reportage de TF1  « Accoucher moins cher  » (sic) sur la -presque- maison de naissance de Pontoise. Ne ratez pas surtout la moue dédaigneuse de Laurence Ferrari accompagnant le lancement du sujet…

Autre moment d’anthologie, au 13 h de France 2 (vers 13h24). On y voit une sage-femme expliquant que nos compétences ne se limitent pas à l’accouchement et aux consultations et elle détaille « la gestion de l’hémorragie, les points de suture, la réanimation du nouveau né » ; raccourci hasardeux ou miracle du montage ?
Le reportage se termine par ce commentaire : « la revalorisation du statut des sages-femmes devrait être au coeur des prochaines discussions entre la sécurité sociale et les syndicats … de médecins« . Gloups!

 


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Alibi

Publié par 10lunes le 8 mars 2011 dans 9 mois

Ils attendent leur troisième enfant. A chaque fois, ce père s’est investi avec bonheur dans la grossesse, s’est montré réellement attentif et soutenant lors de l’accouchement, a « paterné » avec tendresse cette nouvelle vie s’invitant chez eux, s’enchantant par exemple des tétées nocturnes, moment de douceur partagée à trois dans la chaleur du lit.

Ce jour là, deux autres couples sont présents pour une ultime séance de préparation à la naissance. La conversation s’initie autour des derniers événements, émotions, ressentis. Au fil de ces rencontres, chacun s’est confié un peu plus au groupe qui partage maintenant une réelle complicité.

Assise à ses cotés sur le tapis de mousse, l’œil taquin, elle le secoue par le bras, chuchotant de plus en plus fort «Dis leur ce que t’as dit ! Mais si ! Dis-leur ! Mais dis-leur ! »
Ainsi mis au défi, il se résout à raconter.

Grand gaillard travaillant sur les chantiers routiers, il a quitté son travail un peu plus tôt ce soir là pour nous rejoindre. Comme ses collègues s’interrogeaient sur ce départ anticipé, il a voulu partager un peu de son expérience et du plaisir pris à ces échanges. Devant leur air goguenard, il s’est tu rapidement pour se sauver sur une pirouette :
«C’est pas pour moi hein, c’est pour faire plaisir à ma femme ! ». 


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