Pour un clic, avec toi, j’écrirais n’importe quoi… ♫

Publié par 10lunes le 12 janvier 2016 dans Après

 

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Quel meilleur moyen pour booster les visites sur un site que d’affoler le chaland ?
Les titres accrocheurs et les contenus racoleurs, c’est le fond de poubelle du net.
Cette petite cuisine me laisse souvent indifférente. Mais quand un titre grand public tente de recruter de l’audience en reprenant une étude sur l’accouchement tout en en omettant un « détail » essentiel pour la rendre plus angoissante, je m’énerve.

Parents.fr titre « Les blessures post-accouchement comparables à celles des sportifs ».
Sportive de dernière zone inclassable tellement elle est énième, je peux m’enorgueillir de deux performances athlétiques enfants ! Et m’imagine bardée de blessures de guerre, éclatante démonstration de mon dévouement maternel puisque je n’en ai jamais rien ressenti…

Je lis « événement le plus traumatisant, blessures pelviennes irréversibles dans 15 % des cas » (en gras, des fois que vous sautiez la ligne). Et comme on en est plus à un trou de la sécu près, l’article évoque l’intérêt d’une IRM systématique pour toute accouchée.

Mais vous n’avez pas encore assez peur, alors se rajoute avec un deuxième paragraphe sur le périnée avec 41 % (!) des femmes ayant subi « une déchirure du périnée, au point que ce muscle se détachait partiellement ou complètement de l’os pelvien ». Vous le voyez bien votre corps déchiqueté… vous vous imaginez traînant votre lambeau de périnée plus attaché à rien… ?

Sous l’article un lien conduit à un résumé de l’étude initiale. On découvre alors que les chiffres ne concernent pas l’ensemble des accouchées ; l’étude ne portait que sur des femmes présentant des facteurs de risque élevés de déchirure (lesquels, quel pourcentage de femmes concernées ?).
Elle souligne d’ailleurs qu’il n’est pas question de généraliser l’IRM à toutes les femmes ayant accouché.

La conclusion est bien celle citée par Parents.fr : « Si une femme sent qu’elle ne récupère pas assez, qu’elle a une sensation d’inconfort ou que certains symptômes l’empêchent de faire ses exercices de Kegel, elle doit consulter un spécialiste »*. 

Mais elle n’a plus tout à fait  le même sens…

 

*En espérant qu’elle n’entendra pas ce qu’une femme me racontait ce matin même. Se plaignant de douleurs vives plusieurs semaines après son accouchement, elle a consulté et a eu pour seule réponse, « Tout est rentré dans l’ordre, tout est normal, c’est dans votre tête ».

 

 

 

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Du people et du pipeau

Publié par 10lunes le 30 mai 2015 dans Médias, Pffffff

 

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Devant la multiplicité des médias traitant soudain ce sujet, j’imagine que l’assurance maladie a souhaité communiquer sur les sorties précoces de maternité. M6 a choisi de traiter le sujet à la n’importe nawak. Autant d’inepties et de contres-vérités débitées en 3 minutes (à 15’20), ça frise l’exploit.

Je vous laisse en juger avec cette transcription intégrale… agrémentée de quelques captures d’écran histoire de vous prouver que je n’écris pas ce billet sous l’emprise d’une substance hallucinogène.
Et je vous épargne le ton surjoué genre iMMMMMMMense hôpital ou sans-pé-ri-du-ra-le

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Question : les jeunes mamans restent elles trop longtemps à la maternité après leur accouchement. Elles y passent un peu plus de  4 jours actuellement et c’est trop selon certaines mères d’autant qu’un délai plus court est synonyme d’économie. La caisse nationale d’assurance maladie estime que raccourcir leur séjour permettrait d’économiser 280 millions d’euro par an.

Alors quels sont les avantages et les inconvénients d’un retour précoce à la maison,  comment ça se passe chez nos voisins européens ? 
Pourquoi certaines femmes veulent elles réduire leur séjour à la maternité ?

C’est en général parce qu’elles ont déjà eu un enfant et donc elles veulent souder rapidement le lien avec les frères ou les sœurs.  Elles se disent également dans un environnement beaucoup plus confortable à  la maison que dans un immense hôpital impersonnel. Et au total 30 % des mères estiment rester trop longtemps à la maternité quand ça se passe bien évidemment.  Alors on le rappelle, la durée minimale du séjour est de trois jours pour un accouchement classique par voie basse, quatre pour une césarienne.

Et désormais certaines maternités peuvent permettre de rentrer plus tôt, c’est ce qu’on appelle le programme prado. La maman a alors droit à trois jours de visite d’une sage-femme à domicile, la première dans les 48 heures, ainsi qu’à une aide-ménagère, le tout évidemment pris en charge à 100 %.

pradoUn commentaire à présent : J’ai été choquée de voir Kate Middleton rentrer 10 heures après son accouchement nous dit Delphine.

Mais oui Delphine, ça a surpris  les français mais au Royaume Uni ça n’a rien d’exceptionnel. Les britanniques restent en moyenne 1.7 jours à la maternité contre 3 pour la moyenne européenne et 4,2 jours en France.

Pourquoi ?  Parce que la majorité des européennes accouchent sans péridurale contre une minorité seulement de françaises. Elles peuvent se lever tout de suite et il y a moins besoin de suivi médical.péri

L’autre tendance c’est l’accouchement à domicile ou dans une maison de naissance.  C’est très répandu en Hollande, aux Pays Bas, au  Royaume Uni. En France, c’est totalement marginal puisque les maisons de naissance sont totalement interdites.AAD

Y a quand même des risques non  à sortir trop rapidement de la maternité?
Ben oui, pour une jeune femme, une jeune maman dont c’est le premier enfant, c’est un peu comme partir dans l’inconnu. On peut ne pas dépister certains problèmes de lien mère- enfant, le fameux baby blues par exemple.baby bluesL’enfant risque aussi certaines complications, certaines infections, la jaunisse qui apparaît entre le 3ème et le 5ème jour de sa vie.

Ictère

Et selon la Haute Autorité de la Santé, et bien, deux femmes sur dix rencontrent des difficultés après l’accouchement et c’est précisément dû à une mauvaise préparation de sa (sic) sortie de la maternité.post nat
Et donc on comprend la prudence des femmes françaises.

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Voilà… Je ne sais même pas si ça vaut le coup de décrypter tellement c’est gros mais 

  • Il n’y a pas de durée minimale de séjour imposée ; plus exactement, un départ avant les délais indiqués est considéré comme précoce par la HAS qui a rédigé des recommandations de bonnes pratiques sur la sortie de maternité.
  • Le prado c’est, par exemple, ça. Donc plutôt deux visites de la sage-femme et pas le début de l’amorce d’un hypothétique passage d’une aide-ménagère. Coté tarif, la mère est bien prise en charge à 100 % pendant 12 jours mais pour le nouveau-né, on retombe à 70 % dès la fin de la première semaine de vie.
  • Les taux de péridurale européens sont justes (et devraient nous faire réfléchir …) mais expliquer la durée des séjours par la nécessité d’un suivi médical prolongé du fait de l’anesthésie est absurde sinon totalement stupide.
  • Coté statistiques européennes  des accouchements à domicile, j’ai la flemme de chercher des références mais en gros, c’est 25 % aux Pays Bas et 3 % en Angleterre.
  • Non seulement les maisons de naissance en France ne sont pas interdites (!!) mais le principe de leur expérimentation a été voté en 2013. Si tout va bien – croisage de doigts recommandé- les premières ouvriront l’année prochaine.
  • Evoquer le baby blues comme un trouble du lien mère-enfant est une ineptie juste bonne à faire frémir toutes celles qui ont vécu cet état émotionnel bref et banal.
  • L’ictère (jaunisse) n’est en aucun cas une infection. Il est le plus souvent banal, (même s’il mérite d’être surveillé et quantifié) au point d’être qualifié de « physiologique ».
  • Enfin, la HAS  écrit : « Actuellement en France, le nombre de femmes qui rencontrent des difficultés en post-partum serait relativement important (de 15 à 35 % en fonction des études), du fait d’une mauvaise préparation à la sortie de la maternité. D’une manière générale, ces difficultés ne seraient pas directement imputées à la durée du séjour, puisque près des trois quarts des femmes interrogées jugeaient leur durée d’hospitalisation à la maternité adéquate. »
    En poursuivant la lecture, il est clair que ces difficultés sont liées au manque d’informations dispensées par les professionnels. Le suivi à domicile est justement l’occasion de donner ou redonner ces informations, d’autant plus pertinentes et audibles que nous ne sommes plus dans la projection d’un futur idéalisé mais dans le concret de la vie avec un nouveau-né.

Résumons, la seule information fiable donnée par M6, c'est l'info people. Kate est bien sortie 10 heures après son accouchement.
L'honneur journalistique est sauvé !

 

NB : Il y a 5 ans, j’étais nettement plus critique sur les sorties précoces. L’accompagnement s’est tout de même amélioré.
NB bis: Vous devez ce billet à la nécessité de réagir rapidement à une « information » donnée dans un journal télévisé et à la conjonction d’incidents domestiques bouleversant mon programme. Pardon pour mon silence, je traverse une parenthèse un peu agitée mais ça devrait s’arranger bientôt.

 

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Circulez

Publié par 10lunes le 27 juin 2014 dans Après, Militer, Profession sage-femme

 

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Tous les médias en parlent. Pour faire des économies, l’assurance maladie dégaine une nouvelle arme, le raccourcissement des durées de séjour en maternité.

Sauf que …

Les séjours plus courts, c’est déjà la réalité. Fermetures d’établissements obligent, le nombre de lits est en diminution constante. 32018 lits de maternité en 1975, 17686 en 2007. D’autres ont disparu depuis. Actuellement, Les Lilas, Orthez, Royan… sont menacés. Les maternités restantes absorbent difficilement les accouchements, encore plus difficilement les séjours.
Partout, on cherche  – chasse – la patiente de bonne volonté qui accepte de sortir plus tôt que prévu pour libérer une place… Et dans le CHU voisin, les lits sont doublés dans des chambres prévues pour un seul hébergement..

Il y a quatre ans, la sécurité sociale lançait l’expérimentation Prado. Je dénonçais à l’époque une « nouvelle organisation » à type d’usine à gaz alors que tous les outils nécessaires existaient déjà pour assurer le suivi des familles lors de leur retour à domicile. Personne n’était dupe… A terme, les durées de séjour allaient raccourcir et la sécu l’anticipait. La main sur le cœur, nos interlocuteurs de l’assurance maladie juraient qu’il n’en était rien.
Nous y sommes…

Je n’ai rien contre la sortie précoce, voire ultra-précoce quand elle est choisie. Certaines femmes souhaitent un accouchement ambulatoire, d’autres préfèrent carrément éviter l’étape maternité et faire naître leur enfant à la maison. Cette mesure pourtant économique n’est pas encore encouragée par notre chère sécu…

Mais raccourcir les durées de séjour, ce n’est pas proposer une sortie à la carte, en fonction des besoins de chacun, c’est imposer aux femmes de partir au plus vite, quelles que soient leurs conditions de vie, de logement et le soutien dont elles disposent chez elles… .
Je n’évoque même pas ici l’inhumanité de certaines situations. La visite de la sage-femme, aussi attentive soit-elle, se centre sur la santé et le bien-être de la mère et de l’enfant. Elle ne prépare pas les repas, ne fait pas la lessive, n’emmène pas les aînés à l’école et ne remplit pas le frigo. Quid du repos nécessaire pour les femmes peu entourées ? Prévoir une aide natale, sur le modèle hollandais serait une mesure peu coûteuse et bienvenue… ce n’est pas à l’ordre du jour.

Enfin, les maternités ont déjà le plus grand mal à boucler leur budget. Raccourcir officiellement la durée de séjour, ça ne signifie concrètement qu’une seule chose : diminuer la tarification correspondant au séjour post-accouchement. Le peu que chaque service « grattait » avec des sorties un peu plus rapides va donc être reperdu.
Les économies, il faudra les faire ailleurs, dans les services, en réduisant le nombre de postes.

Et là, ce sont encore une fois les femmes qui en payeront le prix. Etre bien accompagnée suppose que l’équipe soit disponible, donc en effectif suffisant.

Une équipe surmenée, c’est moins d’écoute, moins de réassurance, plus de symptômes*, donc plus de consultations, de bilans, de prescriptions, de péridurale, de perfusion, d’hormones de synthèse, voire d’hémorragie, de traitements lourds…

Elle est où l’économie ?

 

 

*Extrait de ce rapport « On notera que les sages-femmes sont moins prescriptrices, du fait de consultations plus longues et mettant l’accent sur le conseil et la prévention au-delà de l’acte médical ».

 

 

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Que du bonheur ?! (1)

Publié par 10lunes le 12 mai 2014 dans Après

 

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« Je ne pensais pas que ce serait si dur ». Son premier enfant, si longtemps attendu, si longtemps espéré, a juste deux semaines. Et c’est la première phrase qu’elle prononce en franchissant ma porte.

Aborder le post partum en préparation à la naissance est difficile. L’énergie des femmes et des couples est tournée vers le point culminant du parcours d’obstacles : l’accouchement.
Les sauts précédents, on les évoque en direct. Il est facile de déminer ensemble le décalage entre l’idéalisation de la grossesse – promesse de pur épanouissement – et la réalité quotidienne.

L’après, on croit le connaitre… Les futurs parents pensent aborder un rivage accueillant. Il est en couverture de tous les avatars de « Ma famille magazine » avec un couple radieux – forcément reposé, souriant, amoureux – s’extasiant devant un nourrisson au sourire enjôleur…
Que du bonheur !
Et ça parait si logique ; leur enfant a été dé-si-ré, quasi programmé (juste quasi pour cause de gamètes parentales capricieuses).
Ils se projettent forcément dans un après idéalisé.

Oh, tout le monde sait bien qu’un nouveau-né pleure mais chacun se pense à l’abri. Il sera un parent attentif se précipitant au premier appel, et le petit s’apaisera dans l’instant grâce au sein ou au biberon. Au pire une couche mouillée, un rot de travers… toutes choses facilement gérables.

Il faut donc avertir – en cassant un peu le rêve – que certains moments seront difficiles, que la nature a prévu que les pleurs soient insupportables et qu’elle a bien bossé sur ce coup là.
Qu’il est difficile de donner le maximum pour répondre aux besoins de son tout-petit, au point d’en oublier les siens, et de ne pas en être récompensé par un bébé paisible et certifié conforme.
Que chacun s’attend à des nuits entrecoupées de pleurs mais que cela devient intolérable quand les pleurs viennent vous cueillir dans les premières minutes d’un difficile endormissement et que c’est le énième espoir déçu d’une nuit reposante.
Que tout conjoint va rentrer un soir de son travail, un peu jaloux de la femme en congé maternité qui peut « profiter du petit » et qu’à peine la porte franchie, il réceptionnera un enfant hurlant et inconsolable déposé dans ses bras par une mère tout aussi inconsolable épuisée par une journée chaotique.

Il ne s’agit pas de noircir le tableau, juste de le rendre plus réaliste.
Il y a ces chouettes moments où l’enfant blotti contre soi s’endort en toute confiance, ou il tète avec avidité, témoignant par de petits bruits de son ravissement. Il y a ce regard profond et ces premiers sourires qui font craquer les parents même s’ils ne sont pas encore tout à fait intentionnels. Il y a même ces moments où l’on peut poser l’enfant endormi dans son berceau et s’étonner d’avoir du temps pour soi (mais qu’est-ce qu’on en faisait avant de tout ce temps ?).
Voilà, il y a -aussi- plein de moments de vrai bonheur.

Mais tout parent normalement constitué se dira un jour «  quelle connerie d’avoir voulu un bébé ! »
Le même parent sentira parfois la colère l’envahir, à quelques millimètres du précipice et d’un geste violent envers son enfant.
Se sentir totalement dépassé fait partie du postnatal. Il faut donc savoir s’en préserver et oser demander de l’aide à ses proches, afin d’être soutenu voire parfois relayé.

Et trouver comment se sentir conforté dans sa compétence parentale.

Au cabinet, nous organisons une rencontre postnatale. Les couples d’un même groupe de préparation se retrouvent pour se raconter les naissances, se présenter leurs nouveau-nés et surtout causer, causer, causer… de tous les aléas du quotidien.
Très souvent, entendre chacun évoquer ses doutes et ses moments de ras le bol est plus thérapeutique que toute autre parole.

Chacun redevient, par  la magie d’un vécu commun et partagé, un parent « suffisamment bon ».

 

NB : Ce billet fait partie d’une « série à thème », presque une commande, issue d’une « discussion » sur Twitter sur le différentiel entre la plénitude annoncée et le quotidien chaotique. Les angles d’abord sont multiples… J’y reviendrai surement bientôt.

 

 

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Les poings serrés !

Publié par 10lunes le 19 avril 2014 dans Pffffff, Vie des femmes

 

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Le point du mari ? Pour moi, ce furent d’abord quelques lignes en attente d’article depuis… 2008, déroutée par le récit lu sur le net d’une femme envisageant une épisiotomie recousue très/trop serrée pour le bonheur supposé de son mec.
Et puis j’ai pas écrit, pas assez d’éléments.

Le point du mari, plus récemment, des sages-femmes l’ont dénoncé sur les réseaux sociaux. Mais, faute de témoignage direct, je n’ai pas écrit non plus, ne sachant s’il ressortait de l’intervention volontaire ou d’une terrible combinaison d’incompétence et de goujaterie… En effet,  si je ne l’ai jamais vu pratiquer, j’ai hélas entendu des femmes évoquer certaines phrases satisfaites prononcées après une suture d’épisiotomie : Maintenant vous êtes comme neuve ou Votre mari n’y verra que du feu et autres allusions graveleuses supposant une virginité retrouvée.
La pseudo virginité comme une voie d’accès au plaisir… Vous m’en direz tant.

Mais mes amis du Syngof sont toujours prompts à relancer mon inspiration (voir par exemple, ici, ici ou encore …).  Je peux maintenant participer aux débats car le Dr Marty, voulant défendre son clan, l’enfonce avec application.

Evoquer la « somatisation vaginale » pour expliquer les séquelles douloureuses d’une épisiotomie, c’est aller un peu vite en besogne.
Laisser penser que les femmes souffrent non par « victimologie » ( je laisse chacun se référer au dictionnaire) mais pour le bénéfice secondaire de l’intérêt qui leur serait porté… C’est méconnaître la réalité d’une plainte trop souvent traitée avec légèreté « ça va passer », qui impacte fortement la vie des femmes et celle des couples.
Si le regretté Brassens chantait les femmes qui s’emmerdent en baisant, ce n’est en rien comparable à celles qui souffrent en baisant !

Et puis que penser de la « flexibilité vaginale » – qu’en termes choisis ces choses-là sont dites – « qui s’adapterait au fur et à mesure » ? Cette locution signifie bien que les tissus ne s’adaptent (sic) pas immédiatement. Ce qui correspond parfaitement à ce qu’en disent les femmes qui évoquent des suites douloureuses s’estompant – dans le meilleur des cas – de façon progressive.

Plus loin, on nous glisse que la femme « n’aurait peut-être pas son mot à dire, le choix du recours à l’épisiotomie est une décision qui appartient au corps médical ».
Pas tout à fait ! Comme tout geste médical, il peut s’avérer nécessaire, rarement, ainsi que le démontre le CHU de Besançon qui affiche un taux inférieur à 1%. Mais, comme tout geste médical, il suppose un consentement éclairé. Et s’il peut être difficile d’en débattre au moment de sa possible réalisation, à quelques minutes de la naissance, la question peut être abordée en amont.

Le Syngof peut se féliciter que le Dr Foldes – spécialisé non dans la réparation de l’hymen mais dans la reconstruction clitoridienne des femmes excisées – restaure l’honneur du clan en reconnaissant de possibles séquelles douloureuses et en soulignant que l’attention portée à la réfection d’une épisiotomie est essentielle.

Quant au Dr Marty, ses propos me rappellent d’antiques diagnostics d’hystérie.
Les femmes, ces affabulatrices…

 

 

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Du tarif de la roue

Publié par 10lunes le 3 février 2014 dans Après, Profession sage-femme

 

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Leur appel m’a cueillie à la sortie d’une réunion professionnelle, au moment où chacun se réjouit de rentrer chez lui après une journée bien remplie. Elle a accouché il y a dix jours, vit depuis un allaitement chaotique et douloureux

Pour son retour à domicile, personne ne lui a rappelé la possibilité d’un accompagnement par la sage-femme rencontrée pendant la grossesse. La seule consigne – donnée /entendue ? – était de contacter la puéricultrice de PMI pour surveiller le poids de son bébé. Comme elle a un peu tardé à l’appeler, le rendez-vous est prévu pour la semaine prochaine.

Consultations pédiatriques surbookées, médecin traitant annonçant son manque de compétence sur le sujet, maternité expéditive au téléphone. C’est le soir, elle a mal, envisage de cesser l’allaitement… et ils se souviennent que nous nous sommes déjà rencontrés.
Oh, pas beaucoup, juste à huit reprises, une bonne quinzaine d’heures, en préparation à la naissance.

Je suis la cinquième roue du carrosse mais la seule qui décroche son portable à cette heure un peu tardive. Cinquième roue donc mais roue de secours.

La situation n’a rien de désespéré ; son petit bonhomme plein de bonne volonté accepte de cesser de pleurer, accepte de tirer la langue pour me montrer qu’il en est capable, accepte de prendre correctement le sein et accepte de s’endormir paisiblement après une tétée redevenue indolore par la grâce d’une meilleure position.

On cause encore un peu ; l’accouchement, la rencontre, le retour à la maison et les plus ou moins petites questions restées sans réponses… je prends le temps nécessaire.

Il est tard, j’ai faim et ma soirée paisible est bien entamée. Je m’apprête à les quitter. Nous convenons qu’elle rappelle le lendemain pour faire le point et prévoir si besoin un nouveau rendez-vous. Au plus tard, nous nous retrouverons pour la rencontre postnatale déjà programmée avec le groupe de préparation.

Je suis en train d’enfiler mon manteau lorsque j’entends :
– Est-ce qu’on te doit quelque chose ?

Effectivement, je n’ai pas évoqué de règlement. Je suis arrivée les mains vides, sortie de réunion sans sacoche, évidemment sans son dossier et sans lecteur de carte vitale ; ça attendra notre prochaine rencontre, comme pour les séances de préparation dont je regroupe la facturation.
Mais la formulation m’irrite. « Combien te devons-nous » ou « Nous passerons te payer  » m’auraient mieux convenu.
Il n’irait donc pas de soi que mon travail soit rémunéré ?

Affichant mon plus large sourire, j’ai acquiescé.

 

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Un appel à signer pour soutenir le travail des PMI 

 

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Se retrouver

Publié par 10lunes le 10 mai 2012 dans Après

4153146979_f84a448580_oLes rencontres même virtuelles que nous offre le net sont riches d’idées partagées.Le texte qui suit est le fruit d’une réflexion réclamée par les Vendredis Intellosmise en mot et largement documentée par La Poule Pondeuse. Je n’ai plus eu qu’à me glisser dans ses pas. 

D’abord, le périnée, c’est quoi ? A ne pas confondre avec le péroné (qui en fait s’appelle la fibula, faut suivre), nous signale Wikipedia, qui le définit fort poétiquement comme « l’ensemble des parties molles fermant le détroit inférieur du pelvis ». En gros, et pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, ce « plancher » contient en particulier un ensemble de muscles qui a pour grandes fonctions d’une part le soutien des organes du petit bassin, soit utérus, vessie et rectum (sous peine de prolapsus, nom savant de la descente d’organes), et d’autre part le contrôle des sphincters (urètre, vagin/canal éjaculateur et anus). Messieurs, inutile de prendre cet air dégoûté, vous en avez un aussi. 

Et alors, c’est quoi son problème ? La partie musculaire du périnée est mise à rude épreuve tant par les hormones de la grossesse que par l’accouchement, mais aussi par la ménopause. Certaines interventions (forceps, épisiotomie… mais aussi expression abdominale, d’ailleurs formellement déconseillée par la Haute autorité de santé) ou complications (déchirure, gros bébé -bien qu’en soi ce ne soit pas forcément une complication !) lors de l’accouchement peuvent accroître cette fragilisation des tissus. Concrètement, sans aller jusqu’à la descente d’organe, cela peut se manifester par des problèmes plus ou moins sévères (fuites urinaires, incontinence aux gaz, diminution des sensations sexuelles…).

Alors, on fait quoi ? C’est là qu’intervient la fameuse rééducation périnéale. En France du moins, car si la rééducation périnéale est facilement proposée (et donc remboursée)  à toute femme ayant accouché, l’existence même d’une telle thérapie reste embryonnaire dans d’autres pays occidentaux (voir par exemple ce témoignage édifiant d’une Américaine). Elle est fortement recommandée même si vous avez accouché par césarienne, et avant de reprendre le sport. La nécessite d’une rééducation périnéale doit toujours être évaluée lors de la consultation postnatale – six à huit semaines après l’accouchement – même si ce n’est que pour reprendre une activité sportive modérée (cf l’inoxydable trio marche-yoga-natation).

Petit aparté : mais si les forces de l’évolution ont bien fait leur boulot et façonné le corps de femmes pour donner la vie, ne suffirait-il pas de respecter la physiologie pour éviter d’avoir à rééduquer le périnée ?

  • Il est clair qu’un certain nombre des pratiques actuelles d’accompagnement des accouchements sont délétères pour le périnée : outre les interventions citées plus haut, la poussée en inspiration bloquée (dite de Valsalva) et/ou dirigée et la position imposée sont par exemple identifiées comme des facteurs de risque (voir par exemple Albers et al 2006 ou Albers et Borders 2007). Je ne dis bien sûr pas qu’il faut se passer totalement de ces pratiques, mais simplement qu’elles ont souvent un impact sur notre périnée : peut-être plutôt réfléchir au rapport risque-bénéfice avant de les mettre en oeuvre.
  • Par ailleurs notre mode de vie n’est pas très « périnée-friendly », nous vivons avachis sur le canapé dans une sédentarité quasi-totale entre-coupée par ci par là d’efforts violents et inadéquats (ah c’est caricatural ?), au lieu de vivre accroupis en marchant quotidiennement de longues distances tout en portant des poids importants de façon plus physiologique (quoi c’est aussi caricatural ?).
  • Enfin notre société valorise un corps hyper maîtrisé, y compris dans l’excrétion des fluides corporels et autres gaz. On ne transpire pas, on n’a pas ses règles (et si jamais on perd du sang bleu transparent, merci), on ne pète pas… Il ne semble pas impossible que ça sentait le fennec dans les grottes préhistoriques et qu’on n’était pas à une petite fuite urinaire près. Et puis l’espérance de vie étant bien moindre, les femmes mourraient sans doute avant d’arriver au prolapsus…

Qui s’en occupe ? La rééducation peut être prescrite par un médecin ou par une sage-femme (tant qu’elle fait suite à une grossesse pour le second cas) ; elle est principalement pratiquée par les kinés et les sages-femmes libérales (plus rarement proposée en maternité).

Quand s’y mettre ? On attend généralement la visite de contrôle des six semaines post-natales (avec le médecin ou la sage-femme) ; même si certaines maternités donnent l’ordonnance en suite de couches, il vaut mieux attendre d’avoir fait le point à cette occasion, sans compter qu’il faut laisser le temps aux tissus et organes de se remettre en place (et honnêtement qui a envie de travail endovaginal juste après l’accouchement ?). On peut soit profiter du congé maternité/parental (il est admis de venir avec son bébé et les professionnels sont souvent équipés pour cela), soit attendre la reprise du travail.

Comment ça marche ? Plusieurs techniques existent, et je ne suis pas certaine que leur efficacité relative ait été beaucoup étudiée (PubMed n’est pas très bavard sur le sujet, à part un article sur l’efficacité de l’électrostimulation sur les dyspareunies du post partum). Selon l’endroit où vous habitez (et la densité de professionnels de santé), vous n’aurez d’ailleurs peut-être pas le choix de la méthode.

  • L’électrostimulation par sonde : vous avez vu les pubs pour Sport élec au télé-achat ? C’est un peu le même principe : on stimule les muscles du périnée par des courants électriques envoyés par une sonde endovaginale. Paraît que non, c’est pas vraiment comme un vibro.
  • Le biofeedback avec sonde : une des techniques les plus pratiquées. Toujours avec la sonde endovaginale, mais qui là est passive. Vous contractez vos muscles et voyez le résultat sur un écran, au final c’est un peu comme un jeu vidéo mais assez répétitif.
  • Connaissance et maîtrise du périnée (CMP) : il s’agit d’une technique basée sur la visualisation dont le côté indirect et imagé peut être déroutant. En effet, on visualise certains mouvements à différents endroits du périnée sans pour autant tenter de bouger les muscles, et les images (herse, pont levis, vase, etc) ne sont sans doute pas adaptées à toutes. Mais elle présente l’avantage de travailler très spécifiquement et précisément les différents muscles.
  • L’eutonie : si on en croit l‘institut d’eutonie, « l’eutonie propose une recherche adaptée au monde occidental, pour aider l’homme de notre temps à atteindre une conscience approfondie de sa propre réalité corporelle et spirituelle dans une véritable unité. » Bon ça ne parlera pas forcément à tout le monde mais lisez ici le témoignage de Petit Scarabée qui a l’air d’avoir apprécié.
Il y a encore d’autres techniques plus ou moins directes : la pratique du yoga peut contribuer, avec les bandhas ; les boules de geisha sont régulièrement citées pour allier plaisir et rééducation. Les Anglo-saxons parlent beaucoup des exercices de Kegel, qui sont une version un peu rudimentaire du biofeedback (mais pas forcément avec la sonde). Quelle que soit la méthode choisie, il y a généralement une part importante de travail à la maison entre les séances si on veut voir des résultats significatifs.
 
Personnellement, deux enfants, deux histoires. Le seul point commun : j’ai attendu d’avoir repris le travail pour m’y mettre, dans le premier cas parce qu’il n’y avait pas de place plus tôt, dans le second parce que je ne me voyais pas y aller avec Pouss2 ET Pouss1 (3 ans à l’époque et pas encore scolarisé). Je dois dire aussi que c’était dans les deux cas une rééducation « de confort », n’ayant pas eu de traumatisme périnéal majeur (pour Pouss1 une petite déchirure, pour Pouss2 rien du tout) ni de gros dysfonctionnement (juste quelques fuites urinaires pour parler simplement). J’imagine qu’on aborde ça un peu différemment lorsqu’on souffre de problèmes plus sévères.

J’ai donc d’abord testé le biofeedback avec sonde chez une sympathique kiné. Elle m’examinait d’abord pour faire le point et m’aider à trouver les muscles à contracter puis je faisais mon jeu vidéo avec la sonde (différentes intensités et durées de contraction, d’abord allongée puis assise et debout). A propos la sonde est personnelle et s’achète en pharmacie (remboursée sur ordonnance). La kiné recommandait de la garder dans sa poche avant de venir pour qu’elle soit à la température du corps, seul hic elle la passait sous l’eau froide avant de l’installer ce qui ruinait tout l’effet… Et je faisais les exercices entre deux séances (sur le quai du métro… regardez bien les femmes qui ont l’air un peu constipé en attendant le métro…), avec globalement un bon résultat.

Après mon deuxième accouchement, j’ai un temps caressé l’idée de me rééduquer toute seule, en faisant les exercices, en laissant le temps au temps. Mais finalement, après presque 2 ans, avec l’impression persistante que ma vessie avait parfois des velléités d’indépendance, j’ai pris le temps de retourner voir ma sage-femme, celle qui avait accompagné ma grossesse et mon accouchement, et ainsi de tester la méthode CMP. Je dois dire que la première fois que j’en ai entendu parler par une copine j’ai carrément halluciné (« votre urètre est comme un soliflore », mais oui bien sûûûr). Mais après tout, en y réfléchissant l’idée n’est pas si bête, et je l’avais même déjà expérimentée par la pratique du chant. En effet, le périnée, comme le chant, mobilisent des muscles qu’on ne voit pas ; il est impossible d’imiter le mouvement d’un autre, et de pouvoir comparer ce qu’on fait à une référence. La visualisation est donc un moyen assez efficace de contrôler ces organes qu’on utilise plutôt de façon inconsciente, la difficulté étant de trouver la bonne image pour chacun (et aussi simplement d’accepter de se prêter sincèrement à l’exercice). J’ai beaucoup apprécié de pouvoir rapidement acquérir une certaine autonomie et surtout la grande finesse de l’approche, qui va bien plus loin que le simple « serrez mes doigts » et permet de travailler indépendamment les différentes zones (urètre, anus, vulve, vagin etc). On peut ensuite privilégier les exercices dont on a le plus besoin en fonction de sa situation personnelle.

La professionnelle que je suis est habituée à l’air mi hagard mi goguenard de la dame qui découvre la CMP. Lorsque nous nous connaissons déjà, le capital confiance acquis aide à passer cette première phase. Avec un peu de bonne volonté, la femme accepte la règle du jeu, visualiser, ne rien faire, et, au départ, ne rien sentir… Le plus souvent, il faudra huit à quinze jours d’exercices quotidiens avant de percevoir quelque chose. Mais une fois cette phase là arrivée, bingo, de nouveaux muscles se révèlent et cette conscience sera définitivement acquise, facilement ravivée par quelques exercices si le cerveau venait à se lasser. Et le bénéfice de cette finesse des sensations ne se limite pas à rétablir la continence urinaire…

En bref la rééducation périnéale, et en particulier la seconde version, a été pour moi aussi une façon de me (ré)approprier mon corps. Le tabou encore persistant sur la masturbation (même si maintenant toute femme qui se respecte se doit d’avoir une collection de sex toys) interdit implicitement aux femmes l’accès à leur propre vagin. On nous vend même des tampons avec applicateur pour s’assurer qu’on n’y mette pas les doigts ! Par contre il nous est présenté comme normal d’écarter les cuisses chez le médecin et de le laisser faire ses affaires. Eh bien moi j’attends le médecin (ou la sage-femme !) qui proposera une petite caméra ou appareil photo pour me faire une visite guidée de mon anatomie, qui au lieu d’un laconique « tout va bien c’est normal » prendra le temps de me montrer mon col, de m’aider à l’examiner moi-même, qui m’aidera à comprendre comment j’ai été déchirée et comment exactement se place la cicatrice, etc. Idéalement comme je serais chez la même personne dans la durée on pourrait comparer des photos avant/après l’accouchement, pendant la grossesse, etc. On pourrait être aidée pour choisir une coupe menstruelle, un diaphragme (c’est déjà le cas même si peu de professionnels le proposent) ; on pourrait voir les fils du DIU si on choisit d’en porter un, ce qui aiderait aussi à se l’approprier et à mieux comprendre comment il se positionne… Techniquement je ne pense pas qu’il faille un matériel très sophistiqué, ce qui manque c’est sans doute le temps et probablement l’envie chez certains. Et vous, ça vous intéresserait ?

Pour être honnête, l’idée était d’écrire un article à deux mains… Et comme je suis de loin la plus paresseuse des deux, j’ai proposé à la Poule pondeuse de commencer…  Quand elle m’a envoyé « sa » partie, je ne pouvais que constater : je n’avais rien à ajouter. C’était clair, argumenté, documenté, avec tous les liens qui vont bien… J’aurais surement pu trouver quelques anecdotes pour illustrer tout ça mais à quoi bon ? Et puis ce dernier paragraphe m’a rendu l’inspiration. Les féministes avaient déjà usé de ce moyen pour se réapproprier leur corps, mieux le connaitre, le comprendre.

En France, dans les années 70, on apprenait aux femmes la mise en place d’un spéculum, on leur proposait de regarder leur vagin, leur col dans une glace. J’ai bénéficié de cet accompagnement mais ce souvenir était resté tapi dans un tiroir mémoriel de mon adolescence, je ne l’avais jamais proposé. Je l’ai fait à quelques occasions depuis cette prise de conscience. Quelques regards interrogateurs sinon franchement étonnés, quelques refus polis et quelques pourquoi pas… mais une autre fois.

Au final, est-ce aux professionnels de santé d’assurer cette fonction de réappropriation ? L’essentiel est peut-être de nous montrer suffisamment disponible pour que la demande puisse si besoin émerger.

A l’inverse, après un accouchement, je suggère régulièrement aux femmes de regarder leur sexe dans une glace, avec ou sans mon aide. Souvent, elles préfèrent avec. Certaines ne l’ont jamais fait et craignent de ne pas bien comprendre ce qu’elles vont voir. D’autres l’ont déjà fait mais craignent de ne pas se reconnaitre. Une cicatrice douloureuse, des points qui tirent, une sensibilité particulière ; à chaque fois, la réalité apaise.. ce n’est finalement « que » ça. Et l’imaginaire plus ou moins terrifiant qui s’était construit cède devant une cicatrice un peu rouge, un fil, un hématome, images finalement banales et beaucoup plus rassurantes.

Mais le temps de l’examen et plus encore le temps de la rééducation sont beaucoup plus larges que la simple éducation musculaire. Le « hors sujet »  le plus souvent abordé, surtout dans les semaines postnatales est celui de la sexualité ; la libido plus ou moins éteinte, la confiance en son corps plus ou moins atteinte, l’attente de l’autre plus ou moins pressante… Comment se retrouver ou se redécouvrir.

Enfin bien sur, pour répondre aux interrogations de la poule pondeuse, nous pouvons accompagner les femmes dans une meilleure compréhension de leur anatomie, le repérage du col, des  fils d’un dispositif intra utérin. Nous pouvons les aider à choisir un diaphragme – de  la bonne adaptation de la taille dépend son efficacité. Nous pourrions montrer comment utiliser une coupe menstruelle…

A vous de savoir exprimer vos besoins. Aidez nous à vous aider !

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Limites de territoires

Publié par 10lunes le 12 février 2012 dans Profession sage-femme

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C’est fatiguant à la fin… Après certains syndicats médicaux, ce sont maintenant des kinésithérapeutes qui nous prennent pour cible.

A l’origine de leur ire, une initiative de notre Conseil de l’ordre qui défend la possibilité pour les sages-femmes d’assurer la rééducation périnéale de femmes sans enfant*. 

De mon point de vue, cette revendication n’est pas une priorité. Ma seule réserve concerne les patientes vivant à distance de tout cabinet de kiné mais à proximité d’un cabinet de sage-femme. Eviter dans ce cas un long déplacement justifierait une dérogation (parfois déjà accordée par l’assurance maladie). Pour le reste, nous avons bien assez à faire avec les accouchées.

Je n’avais donc pas souhaité réagir au mécontentement compréhensible des kinés avant ce qui m’apparait comme une nouvelle attaque. Ainsi, les sages-femmes « phagocytent la rééducation du post partum » ?!  

Comme pour le suivi de la grossesse, je revendique le libre choix des femmes pour leur rééducation postnatale. C’est à elles de décider vers quel praticien elles souhaitent se tourner. Je déplore donc avec les kinés que la nomenclature les exclue de cette rééducation dans les trois mois suivant une naissance. Solidaire encore, je soutiens une cotation similaire de nos actes, en soulignant cependant que l’on ne peut comparer la rémunération d’un praticien se consacrant exclusivement à son patient à celle d’un autre prenant en charge plusieurs personnes simultanément (n’y voyez aucune inflexion corporatiste, ce bémol concerne nos deux professions… à des degrés différents.)

Mais nos amis viennent de se tromper de combat… Dans un courrier adressé à la caisse de Paris, le SMKRP écrit « En effet, il semblerait que certaines caisses primaires d’assurance-maladie remboursent des actes de rééducation fonctionnelle prescris (sic) par les sages-femmes. Cette information laisserait à penser que les sages-femmes prescrivent une rééducation qui n’entre pas dans leur domaine de  compétence ».

Mauvais argument ! Lorsque nous prescrivons une rééducation périnéale, nous sommes à la fois aptes à la prescrire et à la réaliser. Il serait pourtant parfaitement abusif et irrespectueux des femmes comme de nos collègues kinés d’exiger que cette rééducation se fasse avec une sage-femme. 

A l’inverse, nous sommes  en conflit avec l’assurance maladie qui refuse de prendre en charge la rééducation abdominale postnatale si l’ordonnance est signée par une sage-femme et non par un médecin (cf cette action syndicale). Si la réalisation de cet acte n’est pas de notre compétence, sa prescription l’est et le soutien des kinésithérapeutes serait bienvenu.

Les sages-femmes assurent de plus en plus de suivi de grossesse et voient donc des patientes consultant pour sciatalgies, lombalgies… Le plus souvent, il s’agit d’une symptomatologie banale chez la femme enceinte, banale ne signifiant pas pour autant négligeable. Mais quelle que soit la situation, nous ne pouvons actuellement prescrire de traitements de kinésithérapie et sommes amenées à rediriger ces patientes vers un médecin. Cette double consultation est absurde …

En dénonçant nos prescriptions, le SMKRP dénie aux femmes la possibilité de choisir leur praticien, leur complique l’accès à des soins remboursés parce qu’elles ont eu l’audace de ne pas s’adresser à un médecin, contribue à des dépenses superflues pour un système de santé déjà malmené. 

Et il énerve un tantinet les sages-femmes…

 

 * Les sages-femmes ne peuvent assurer la rééducation périnéale que chez les femmes ayant – un jour même lointain- accouché…  Cette restriction semble un peu dérisoire ; à 80 ans, les problèmes de prolapsus ou d’incontinence sont-ils à mettre sur le compte d’un accouchement vieux d’un demi-siècle ou de l’âge ?

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Cinéma

Publié par 10lunes le 3 février 2012 dans Profession sage-femme

 

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Magazine de la santé, mercredi 1er février. Reportage sur le prado (dixième minute). Il débute par des images du passage à domicile de Julien, sage-femme libéral*, qui expose brièvement le contenu de ses visites.  Une conseillère de l’assurance maladie rappelle ensuite que cette possibilité existait déjà mais que « les femmes n’en étaient pas correctement informées ».

L’intervention suivante est ainsi annoncée :  » Le prado fait pourtant grincer des dents, en particuliers les médecins totalement exclus des négociations ».

Voici le texte intégral – je ne voudrais pas le dénaturer en le coupant – de l’intervention du Dr Jean Paul Hamon, président de la FMF (Fédération des médecins de France). 
 » Il faut au moins qu’il y ait une auxiliaire de puériculture, il faut au moins qu’il y ait une visite de médecin qui puisse examiner la mère, il faut au moins qu’il y ait une visite de médecin ou pédiatre ou d’une personne qui a l’habitude des enfants en bas âge pour prendre en charge cet enfant. Il faut arrêter, il faut arrêter de penser que la sécurité sociale peut faire des économies sur tout et n’importe quoi sans consulter personne. »

Pour en saisir tout le sel, il faut imaginer ces quelques phrases proférées avec le ton immensément las de celui qui répète les mêmes évidences depuis des années… 

Voilà donc un monsieur qui déplore de ne pas avoir été consulté pour la mise en route d’une prise en charge qui ne le concerne pas. Au risque de me répéter lourdement, les femmes sortent de maternité comme elles le faisaient avant ce programme mais il leur est proposé d’accompagner leur retour par deux visites (ou plus si nécessaire) de sage-femme.

Le Dr Hamon en appelle à l’auxiliaire de puériculture pour – j’imagine – prendre  soin du bébé, au médecin traitant pour l’examen de la mère et au pédiatre -ou « à toute personne habituée aux enfants en bas âge » (sic) – pour examiner l’enfant.

J’ai une bonne nouvelle pour le Dr Hamon, une sage-femme fait tout cela à la fois, peut y consacrer plus de temps et coûtera 30% moins cher à la collectivité**.
Je serais moins acide si je pensais que derrière son intervention se cachait un réel souci des femmes et des enfants. Mais le ton et les « arguments » employés (ainsi que les propos tenus par le même Dr Hamon en décembre 2011 ) démontrent le contraire.

Par ailleurs, avant que le post partum immédiat ne devienne un enjeu de territoire, qui a vu médecin généraliste ou pédiatre envisager de se déplacer deux fois à domicile en quelques jours pour une femme ou un enfant sans pathologie avérée ? Loin de moi l’idée de le leur reprocher, ce n’est pas leur rôle. Et c’est bien là tout l’intérêt de la collaboration entre médecins et sages-femmes qui peuvent proposer des approches parallèles et complémentaires.
 
Monsieur Hamon, les sages-femmes n’exercent pas sous tutelle.
Respectez notre profession, reconnaissez nos compétences, notre autonomie d’exercice, de diagnostic, de prescription… Nous ferons alors du bon travail ensemble.

 

*je remarque encore une fois la sur-réprésentation de mes collègues masculins dans les reportages.

**Visite médecin = 23 € +10 € de déplacement, consultation pédiatrique = 28 € +10 € (sans compter l’auxiliaire de puériculture, ce métier n’existant pas en libéral) soit un total de 71 €.
La visite d’une sage-femme libérale coûtera à l’assurance maladie 42.40€ + 3.81€ de déplacement soit 46.21€.

NB : le CNGOF a publié un communiqué plus modéré critiquant l’intervention du conseiller de l’assurance maladie. Il suggère d’autres utilisations des budgets, comme la création de TISF. Sur ces deux points, il rejoint la position des sages-femmes. Par contre, il égratigne les libérales et s’offusque de la publicité donnée à notre profession à travers cette nouvelle organisation des soins…

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Déplacée

Publié par 10lunes le 22 janvier 2012 dans Profession sage-femme

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Au téléphone, une jeune femme inconnue souhaite une consultation.

Quelques questions pour décrypter les motifs de sa demande. Elle vient d’accoucher de son premier enfant. Son bébé a deux semaines, va bien, elle aussi. A sa sortie de maternité, « on » lui a cependant demandé de faire surveiller son épisiotomie.

Elle ne sait pas ce qui se passe, n’a pas mal, ne pense pas avoir eu de problème particulier mais « on » lui a conseillé de contacter une sage-femme.

Nous ferons donc la consultation demandée.

Puis elle précise « faudra venir chez moi « .

-« Vous avez des difficultés pour vous déplacer ?
– Non
– Vous n’avez pas de voiture ? (les transports en commun sont calamiteux dans ma ville)
– Si
– Pourquoi avez vous besoin d’une visite à domicile ?
– Parce que c’est noté sur l’ordonnance… » *

Petit exposé didactique pour expliquer que venir au cabinet nous permet de faire un examen dans de meilleures conditions, que le rendez-vous est plus facile à caser dans notre emploi du temps et que de plus cela fait gagner quelques sous à la sécu … Je sens bien que je la contrarie mais j’insiste.

Elle se résout dans un -très gros-  soupir à faire l’apparent -très gros – effort de se déplacer.

Reste à trouver le moment du rendez vous. Je propose un créneau le surlendemain.
Ca ne va pas être possible, ce jour là, elle rend visite à sa famille.

* Note à mes collègues de maternité : nul besoin de prescription pour une consultation de sage-femme !

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