Leçons de l’expérience, épisode 2

Publié par 10lunes le 15 janvier 2017 dans Formation/déformation

 

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Comme promis dans ce déjà lointain billet, je vous raconte.

Le stage alterne théorie et exercices pratiques. La théorie me semble obscure, parsemée de néologismes divers et d’affirmations gratuites visant à vernir le tout d’un fondement scientifique irréfutable.
La pratique nous fait expérimenter le toucher.

Le premier exercice dont je me souvienne, c’est d’être assis en tailleur deux par deux et dos à dos. Nous devons sentir comment nos corps s’imbriquent, comment chacun réagit, se défend ou se détend au contact de l’inconnu de l’autre côté.

Le second…
Ah, le second…

Dans mon vieux souvenir un peu reconstruit nous sommes en sous-vêtements mais j’imagine que nous étions simplement jambes nues.
Nous nous bandons les yeux et les animateurs du stage nous placent deux par deux. Chacun doit toucher, palper les jambes de l’autre, en mémoriser formes, contact, perceptions diverses.
Puis les animateurs nous séparent et nous répartissent dans la salle.
L’exercice est maintenant de retrouver notre binôme.

D’aucuns, plus doués, plus chanceux ou plus tricheurs (y a eu des aveux secondaires !) y parviennent rapidement et gagnent le droit de s’asseoir et de retirer leur bandeau.

D’autres, moins doués ou plus naïfs s’appliquent à jouer le jeu.
Je suis – évidemment- dans le clan des naïfs.

Les exclamations de voix et autres commentaires m’indiquent que presque tout le groupe a terminé l’exercice.
Ils sont donc tous assis autour de la salle et contemplent les derniers égarés.

Nous restons quatre à tourner désespérément en rond en cherchant à percevoir où sont les autres.

Je donne un spectacle pitoyable. Imaginez un peu.
Dans un  corps post-partum avec lequel je ne suis pas tout à fait réconciliée, je suis en slip (et surement T-shirt), sous les yeux de différents étrangers et pire encore de mon chef de service, également stagiaire.
J’avance quasi pliée en deux, battant largement mes bras tendus à 50 cm du sol.
Oui, 50 cm, surtout pas plus haut.
Parce que les voix montrent qu’il reste au moins un mec parmi les retardataires et que je ne veux pas prendre le risque de choper une paire de couilles…

Je ne sais plus comment ça s’est terminé, si j’ai retrouvé mon binôme ou si en désespoir de cause, on a autorisé les derniers à laisser tomber.

Mais là aussi, j’ai mis des années avant de réaliser la perversité de cet « exercice » et surtout à interroger ma tolérance du moment.

 

 

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Bataille !

Publié par 10lunes le 28 juin 2016 dans Blessures, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Non, je ne me fendrai pas d’un énième billet sur #NosAmisduSyngof. Je dirais même que là ce soir, je n’ai plus du tout envie d’en sourire. L’immensité de leur mépris, leurs approximations  volontaires, leurs accusations sans fondement… Trop c’est trop.

Ce ne sont que les représentants d’une profession et j’ose espérer qu’ils ne représentent qu’eux-même. 
Mais comme ils sont toujours en place, je vais finir par en douter.

Je vous invite à vous faire votre propre opinion en lisant leur dernier torchon communiqué de presse.

A vous de bosser : le débat est ouvert et les commentaires aussi.
Je les espère nombreux, parce que cette bataille d’un autre âge est à la fois dérisoire et déprimante.

 

NB  : ils ont une page facebook aussi, rendue célèbre par leur avant-dernière polémique. Vous aurez peut-être envie de copier là-bas ce que vous écrirez ici…

 

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Ne vous inquiétez pas, néanmoins…

Publié par 10lunes le 26 juin 2016 dans Formation/déformation, Pffffff

 

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Ne vous inquiétez pas et néanmoins sont les deux mantras d’une vidéo postée par un site « d’information santé ». Vidéo dont je ne donnerai pas le lien, parce que je veux ici dénoncer un discours, pas la collègue qui le récite. Je ne sais pas comment cette vidéo a été tournée, quel contrôle cette sage-femme a eu sur la version finale. Surtout, je ne sais pas quel est son parcours et je sais trop bien quel aurait pu être le mien sans un petit coup de main du destin.

J’ai donc choisi de vous copier les mots et vous certifie l’exhaustivité de la copie.

 

Bonjour, je m’appelle Gudule* je suis sage-femme.  Nous allons voir aujourd’hui les questions qu’on n’ose pas poser sur l’accouchement.

Première question : Est-ce que je vais avoir mal ?
La douleur est une sensation subjective, nous n’avons pas toutes le même seuil de douleur.
Parler de seuil de douleur, c’est sous-entendre que son niveau serait unique mais, selon que l’on soit douillette ou courageuse, sa tolérance variable. Pourtant, de multiples facteurs vont influer sur le vécu de la douleur, en particulier le stress (et perso, si on me bassine avec des ne vous inquiétez-pas… je stresse). Tout ce qui aide ou empêche le glissement dans l’état de conscience si particulier de l’accouchement favorise ou bloque la sécrétion d’endorphines.

Néanmoins, la période de pré-travail peut être douloureuse.  Les contractions seront présentes toutes les 10 minutes, peu douloureuses, puis elles vont s’accentuer toutes les 2, 3 minutes, assez régulières et douloureuses. 
Je m’insurge (oui, à ce point !) contre cette description mathématique des contractions. Elle laisse penser que tous les utérus avancent de la même manière, indépendamment du corps et de la psyché qui les accompagnent. Les contractions peuvent être immédiatement rapprochées, rester espacées ou irrégulières jusqu’à la naissance. Cette description minutée du rythme du travail fait que nombre de femmes ont l’impression que rien ne se passe comme prévu et s’en tracassent. Alors que ça se passe et c’est tout.

Une fois la péridurale posée, vous ressentirez les contractions utérines mais vous n’aurez plus mal. Lors de l’accouchement, vous pourrez sentir une pression mais vous n’aurez plus mal non plus.
Comprenez bien, quel que soit votre seuil de douleur, la péridurale est un incontournable de la salle de naissance !!

L’accouchement sans péridurale est différent. Il vous faudra une solide préparation à l’accouchement reposant sur le souffle et la maîtrise de soi. La douleur sera constante jusqu’à l’accouchement.  Le travail peut être long si votre fœtus n’arrive pas à se positionner correctement dans votre bassin. A tout moment vous pouvez poser une péridurale, ne le considérez  pas comme un échec.
L’accouchement sans péridurale passerait plutôt par le lâcher prise. Se préparer à mettre au monde, ce n’est surement pas être formatée à souffler en cadence… Prendre confiance dans ses ressentis, se savoir compétente et capable de s’adapter me semble bien plus « solide ».

Une autre question que les femmes enceintes se posent régulièrement : Est ce que nous pouvons poser la péridurale à tout instant ?
Souvent la péridurale est posée à partir de 3 cm. Nous attendons cette dilatation afin d’être surs que le travail est bien lancé. Néanmoins, si les douleurs sont trop importantes, nous pouvons poser la péridurale avant.  La péridurale peut être posée jusqu’à dilatation complète. Cela s’appelle une rachi-anesthésie. Elle agit du coup instantanément.
Sans péridurale, pas de salut. Et si vous aviez pensé pouvoir faire sans, on vous le dit, ne vous entêtez pas, jusqu’au bout c’est possible. C’est vrai – mais variable selon les organisations de maternité – et parfois au prix de l’absence totale de sensation.

Néanmoins si la douleur est trop vive, nous pouvons choisir de nous installer car seul l’accouchement pourra  vous soulager.
Vous vous demandez bien quelle installation va vous soulager ? Le terme est un peu jargonnant et signifie que la sage-femme vous met en position pour pousser. Ca veut dire surtout que la sage-femme décide du quand et du comment (sans attendre votre besoin de pousser).

La question qui en découle est : est-ce que j’aurais assez de péridurale jusqu’à l’accouchement ?
Le travail peut durer  7 à 8 heures.  Ensuite nous pouvons attendre jusqu’à 2 heures que le bébé descende dans le bassin. Mais ne vous inquiétez pas la péridurale continuera jusqu’à la fin de l’accouchement.
Une énième couche de péridurale. Aucune nuance apportée sur l’efficacité, réelle mais pas toujours optimale ; aucune information sur la PCEA qui permet aux femmes de controler elles-mêmes la dose d’analgésie nécessaire. La PCEA n’est pas disponible dans tous les établissements mais c’est une information utile aux femmes qui pourraient alors interroger la maternité choisie.

La question que toutes les femmes enceintes se posent est la question des selles. Est-ce que nous allons avoir des selles au moment de l’accouchement ?
Seules 10 % des femmes sont dans ce cas. 
Personne ne sait d’où vient cette statistique de 10 % (j’ai demandé aux copains/copines). Et puis les chiffres on s’en fiche un peu. Même si la probabilité est de 1%, si c’est toi le 1 %, tu te sens très concernée.

En effet, cela fait 12 à 24h que vous supportez des contractions utérines douloureuses, vous n’avez pas ou peu mangé. Au moment de l’accouchement, nous vous posons une perfusion qui vous alimente par voie veineuse. Néanmoins vous pouvez sentir comme une pression au moment de l’accouchement. Si on reprend le bassin, le coccyx se met en arrière de manière à laisser passer votre bébé. C’est ce mouvement-là qui peut vous amener à penser d’avoir des selles au moment de l’accouchement. Pas de panique il ne se passera rien.
Effectivement le coccyx bascule mais la sensation de rectum plein n’a rien à voir. Elle est liée à la pression de la tête à travers la paroi vaginale. Cette sensation d’appui est présente pour toutes les femmes (plus ou moins gommée par une éventuelle péridurale) mais toutes ne vont pas à la selle. Rien à voir avec leur supposée jeûne de 12 à 24 heures (minutage au doigt mouillé un poil anxiogène), pour la plupart  leur rectum s’est vidé en début de travail.
Pour les autres, il se « passera bien quelque chose ». Il leur restera donc à paniquer comme les explications leur suggèrent.

Une autre question qui peut revenir, c’est est ce que je vais avoir mal si on utilise des instruments pour la naissance?
Suivant le mode d’accouchement, nous pouvons utiliser soit une ventouse, soit des forceps ou alors des spatules. Avec la péridurale vous sentirez la pose des instruments mais vous n’aurez pas mal.
Puisqu’on vous dit qu’une péridurale est in-dis-pen-sa-ble !

L’autre question qui en découle  c’est : est ce que mon bébé va être déformé par ces instruments ?
Ne vous inquiétez pas. Le bébé lorsqu’il descend dans votre bassin doit s’adapter. C’est pour cela qu’il a une tête un peu allongée. Cela peut être majoré par l’utilisation d’instruments.
Les forceps violents qui pouvaient avoir un impact sur le crane du nouveau-né ont laissé la place aux césariennes. La tête allongée n’est que le résultat de son adaptation pour traverser le bassin maternel. Et si l’accouchement est long et laborieux, cette déformation sera plus importante encore.
Par contre, la ventouse crée – du fait de la dépression – un œdème sur le sommet du crane.

Ne vous inquiétez pas, au bout de 24 heures votre bébé retrouvera une tête bien ronde. Une consultation chez l’ostéopathe peut être nécessaire à la sortie de la maternité.
Le crane met souvent plus de 24 heures à se remodeler, même quand aucun instrument n’est utilisé. Et enchainer tout revient à la normale mais faudra peut-être consulter, c’est … dissonant. 

Une autre question récurrente c’est : l’épisiotomie, est-elle systématique ?
La sage-femme ou l’obstétricien prendra la décision de la réaliser si une déchirure du périnée semble inévitable. L’épisiotomie fait peur pourtant la cicatrisation d’une épisiotomie est plus facile qu’une déchirure
C’est acquis depuis longtemps dans d’autres pays et depuis 2005 en France ; l’épisiotomie ne protege pas le périnée et elle ne cicatrise pas mieux  qu’une déchirure.

Votre conjoint sera présent à tout instant.
N’y aurait-il qu’un modèle unique ? Le mot « conjoint » exclut femmes seules, en couple avec une autre femme,  qui ne souhaitent pas la présence de leur compagnon, dont le compagnon ne souhaite pas être présent.

Pour la pose de péridurale, votre conjoint sera amené à attendre à l’extérieur de la pièce pour des raisons d’hygiène.
Le motif me rappelle un épisode récent de « babyburk » ou un soignant (sage-femme ? anesthésiste ?) assénait à un père demandant très poliment à rester auprès de sa femme pendant la pose de la péridurale « Non et ce n’est pas négociable ! ».
Là aussi l’hygiène était convoquée pour justifier l’arbitraire.

Si l’obstétricien décide de réaliser une césarienne, votre conjoint peut être amené à attendre à l’extérieur de la pièce.
Bis repetita. Et présenter comme banal le fait que l’accompagnant ne puisse aller au bloc en cas de césarienne court-circuite toute discussion sur le sujet avec l’équipe.

Voilà, j’espère que ces conseils vous seront utiles. N’hésitez pas à vous abonner à la chaîne maman gnangnan * et à bientôt pour une nouvelle vidéo.

Vous me direz que tout cela n’est pas si grave et que mes remarques ne changent pas foncièrement le fond du discours.
Mais se conjuguent maladresse du propos, approximations et injonction anesthésique sur un fond anxiogène peu contrebalancé par le propos plus lénifiant que rassurant.
Le ton est sirupeux, concentré de gnangnantitude. Le formatage assumé. 

Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout.
Dormez braves gens.
Dormez !

NB : Orcrawn a aussi été « inspiré » par cette vidéo. Plein de similitudes avec son billet et pourtant on ne s’est même pas concertés. Juste je lui ai piqué le prénom qui rebaptise la sage-femme…

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*Afin de préserver l’anonymat, les noms ont été modifiés  😉

 

 

 

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A son corps défendant

Publié par 10lunes le 8 mars 2016 dans Blessures

 

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Les jours défilent, les semaines s’enchaînent, pas le temps d’écrire, même pas le temps d’avoir de l’inspiration, quelques mots jetés çà et là sur une feuille volante ou un post-it informatique avec l’espoir que ça puisse un jour aboutir à un billet.

Mais pour le 8 mars, j’écris quoi ?
L’inspiration, c’est pas sur commande. Alors j’écris… rien.

Et puis hier un mail vient éclairer une journée pas folichonne à base de grossesse non désirée, violences, suivi médical abscons et autres joyeusetés. La journée du « pas droit des femmes ».

En substance le mail disait : « On s’était causé y a 4 ans parce que je cherchais une sage-femme pour un accouchement à domicile, je viens enfin de la trouver pour ma troisième grossesse. Pour la deuxième, la maternité s’annonçait accueillante mais le jour de la naissance, j’ai pas eu le choix… Si tu veux je t’en raconte plus pour le blog »

Je veux oui, d’autant que les droits des femmes, c’est aussi d’avoir le droit de choisir ce qui leur convient le mieux pour leur accouchement.

Alors elle m’a raconté
Et je vous raconte à mon tour.

Elle met son premier enfant au monde de façon suffisamment « classique » pour savoir que ça ne lui convient pas.
Pour son deuxième enfant, à défaut de sage-femme prête à l’accompagner pour une naissance à domicile, elle trouve une petite maternité – moins d’une naissance par jour – réputée accueillante.

Elle rencontre la cadre du service pour évoquer son projet d’accouchement physiologique. C’est quoi un accouchement physiologique ? lui est-il répondu. Mettons ça sur le compte d’une réelle volonté d’écoute et de la nécessité de mettre des mots précis sur des concepts qui ne sont même pas clairs pour les professionnels (au point qu’il leur est parfois demandé d’écrire des « protocoles » d’accouchement physiologique. Plus antinomique que ça tu meurs ; mais bon, là c’est pas le sujet…)

Ce premier contact un peu frais est très largement compensé par une seconde rencontre ; ils visitent l’établissement avec une sage-femme à l’écoute, ouverte à toutes leurs demandes ; pas de perfusion, liberté de mouvement, clampage tardif du cordon…. Ils se sentent entendus, respectés.
Ils sont confiants.

Le jour J arrive. Le travail avance vite. Elle est à 9 cm de dilatation quand ils sont accueillis par une sage-femme qu’elle ne connait pas. Elle est installée en salle de naissance. On lui parle de perfusion, elle refuse, se raccrochant aux paroles de la première sage-femme rencontrée  « Si vous le souhaitez, on peut ne poser qu’un cathéter ».
La sage-femme de garde s’étonne de son refus : Mais POURQUOI vous refusez la perfusion…?  Elle ne cède pas et obtient son cathéter, posé sans ménagement, après plusieurs essais infructueux de la sage-femme, par un anesthésiste  fanfaronnant  « Et si vous avez besoin, on peut aussi poser une péri ».

On les laisse enfin tranquilles quelques minutes. Elle trouve la position qui la soulage le mieux, à quatre pattes (en position mains-genoux 😉 )
Mais la sage-femme revient, Moi je ne fais pas les accouchements comme ça, et lui impose une position gynéco.
Tout s’enchaîne trop vite. Pas d’accompagnement, pas de respect de ses demandes. Elle crie qu’elle n’y arrivera pas. Pourtant, l’enfant naît rapidement. Le cordon est coupé tout aussi rapidement. Elle ne s’en aperçoit que trop tard, comme elle découvre trop tard aussi que son bras est branché à la perfusion refusée.

L’immense bonheur de la rencontre avec sa nouvelle-née se teinte de la déception de n’avoir pu se faire entendre.

Un peu plus tard, la sage-femme  la (se) félicite. Vous voyez, vous y êtes arrivé !

 

 

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Pour un clic, avec toi, j’écrirais n’importe quoi… ♫

Publié par 10lunes le 12 janvier 2016 dans Après

 

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Quel meilleur moyen pour booster les visites sur un site que d’affoler le chaland ?
Les titres accrocheurs et les contenus racoleurs, c’est le fond de poubelle du net.
Cette petite cuisine me laisse souvent indifférente. Mais quand un titre grand public tente de recruter de l’audience en reprenant une étude sur l’accouchement tout en en omettant un « détail » essentiel pour la rendre plus angoissante, je m’énerve.

Parents.fr titre « Les blessures post-accouchement comparables à celles des sportifs ».
Sportive de dernière zone inclassable tellement elle est énième, je peux m’enorgueillir de deux performances athlétiques enfants ! Et m’imagine bardée de blessures de guerre, éclatante démonstration de mon dévouement maternel puisque je n’en ai jamais rien ressenti…

Je lis « événement le plus traumatisant, blessures pelviennes irréversibles dans 15 % des cas » (en gras, des fois que vous sautiez la ligne). Et comme on en est plus à un trou de la sécu près, l’article évoque l’intérêt d’une IRM systématique pour toute accouchée.

Mais vous n’avez pas encore assez peur, alors se rajoute avec un deuxième paragraphe sur le périnée avec 41 % (!) des femmes ayant subi « une déchirure du périnée, au point que ce muscle se détachait partiellement ou complètement de l’os pelvien ». Vous le voyez bien votre corps déchiqueté… vous vous imaginez traînant votre lambeau de périnée plus attaché à rien… ?

Sous l’article un lien conduit à un résumé de l’étude initiale. On découvre alors que les chiffres ne concernent pas l’ensemble des accouchées ; l’étude ne portait que sur des femmes présentant des facteurs de risque élevés de déchirure (lesquels, quel pourcentage de femmes concernées ?).
Elle souligne d’ailleurs qu’il n’est pas question de généraliser l’IRM à toutes les femmes ayant accouché.

La conclusion est bien celle citée par Parents.fr : « Si une femme sent qu’elle ne récupère pas assez, qu’elle a une sensation d’inconfort ou que certains symptômes l’empêchent de faire ses exercices de Kegel, elle doit consulter un spécialiste »*. 

Mais elle n’a plus tout à fait  le même sens…

 

*En espérant qu’elle n’entendra pas ce qu’une femme me racontait ce matin même. Se plaignant de douleurs vives plusieurs semaines après son accouchement, elle a consulté et a eu pour seule réponse, « Tout est rentré dans l’ordre, tout est normal, c’est dans votre tête ».

 

 

 

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L’impudent

Publié par 10lunes le 3 novembre 2015 dans Blessures

 

Elle vient de l’Est, il vient du Nord. 717277b042a447b809047a545289eefb-d4f7eaa
Deux cultures qui se rencontrent ; deux éducations, deux façons presque opposées d’envisager le couple, le corps, la maternité, la parentalité.

Leur amour s’est incarné dans l’attente d’un enfant.
Cette  grossesse se révèle pourtant être un perpétuel défi, les obligeant chaque jour à trouver comment conjuguer leurs traditions familiales. Le choc des cultures se concrétise autour de l’accouchement. Elle n’imagine pas qu’il soit présent, il n’envisage pas d’être absent.
Ils s’aiment ; ils en parlent. Elle accepte sa présence à condition qu’il ne puisse rien voir de ce qui se passe « en bas ». 

La sage-femme qui les accueille se montre très respectueuse de leurs attentes. Elle ne fait aucune remarque, ne dit rien qui pourrait laisser penser que leur demande est inhabituelle.

Elle est installée en salle de naissance, allongée sur le lit d’accouchement, habillée d’une trop courte blouse blanche piquetée de bleu. Comme demandé, un drap recouvre le bas de son corps. Attentive, la sage-femme s’assure de la couvrir quand elle se relève et se penche en avant pour la pose de la péridurale, prend soin de n’abaisser qu’un peu le drap quand il faut à nouveau ceindre son ventre des sangles du monitoring. Lors des examens, elle glisse sa main gantée en ne relevant qu’à peine le pan de tissus. Ils se sentent en confiance.

Le travail évolue, vient le moment des efforts de poussée. Elle est installée sur les jambières de skaï, le drap tendu sur ses cuisses. Il est debout à ses côtés, tient sa main, souffle avec elle, pousse avec elle. La rencontre tant attendue ne devrait plus tarder.
C’est une clinique privée et la consigne est d’appeler l’obstétricien pour la naissance. Lorsqu’il entre dans la pièce, la sage-femme lui glisse quelques mots pour expliquer la présence du drap. Elle n’aura pas le temps de terminer sa phrase.
Ne sachant rien, ne cherchant pas à savoir, l’obstétricien s’exclame C’est quoi cette connerie ! arrache le drap et le jette à terre.

Elle se sent humiliée, il se voit impuissant à la protéger.

Leurs larmes ponctuent le récit de cette naissance et ce ne sont pas des larmes de joie.

 

 

 

Crédit photo : Ashley Madden

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Indiana Michel

Publié par 10lunes le 5 avril 2015 dans Médias

 

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Une femme, un homme. Autour d’eux six (six !) personnes. Toutes portent un masque et un calot ; trois sont gantées. La lumière blanche du scialytique éclaire les cuisses fléchies de la femme.

– C’est parti ! On pousse ! Poussez !  Soufflez !
Une femme vêtue de vert intervient puis se recule. Un homme vêtu de bleu interpelle son voisin :
– Mr Cymes ? Docteur ?
Il s’approche et pratique quelques gestes, maladroitement (sur le côté, un genou au sol, on aperçoit la femme en  vert. Ses mains accompagnent discrètement celles du médecin)
– Madame, tendez les mains vers nous !

Elle accueille son enfant.
Car c’est à une naissance que nous venons d’assister.

 

Donner la vie mêle reportage à la maternité Jeanne de Flandre et rappels historiques sur l’évolution de l’obstétrique.
Jacques Gélis et Marie France Morel sont des historiens de la naissance incontournables. En deux heures d’émission, le balayage est forcément rapide mais intéressant ; parfois aussi anecdotique et surprenant (ah le test de Hogben !!).

Mais les images tournées à la maternité nécessitent un zeste de décryptage…

La naissance de Lison inaugure le documentaire. Malgré la nombreuse assemblée, elle semble se dérouler sans problème, comme – évidemment !- la grande majorité des naissances. Mais l’extrait ne concerne que les dernières secondes.

Un peu plus loin, le reportage permet de retrouver les parents de Lison à leur arrivée à la maternité. La péridurale est posée, le son du monitoring envahit la pièce.

En voix off, Michel Cymes commente, usant des tics dramatisant habituellement chers aux chaînes privées (thème déjà évoqué sur le blog, en particulier ici).
– Dans la salle de naissance, la tension monte soudain d’un cran. Malgré les sourires, le risque d’une césarienne en urgence est bien là.
Omar, le sage-femme (qualifié d’atypique parce que c’est un homme…) fait quelques vérifications. Finalement tout va bien, le PH fœtal est bon.

La voix off poursuit
– Depuis leur poste de contrôle, les sages-femmes ne vont pas quitter des yeux le rythme cardiaque de l’enfant (la caméra zoome sur le tracé mais pas de chance, c’est celui des contractions).

Plus tard, la voix off reprend
– Malgré les efforts d’Hélène, Lison semble coincée. Pour le père, impuissant, les minutes sont interminables. Omar ne le montre pas mais il est inquiet. Il demande à écouter le cœur de Lison. Le rythme cardiaque est irrégulier. Il faut accélérer la naissance.

– Le médecin tire de toutes ses forces, une fois, deux fois, dix fois ! Mais rien n’y fait. La ventouse change de main. Par crainte des séquelles que peut laisser une épisiotomie, l’équipe l’a retardée le plus possible mais elle n’a plus le choix, il faut couper le périnée pour agrandir le passage.

Lison finira par naître, moins facilement que ne le laissaient penser les premières images. Le ballet sage-femme, obstétricien, médecin journaliste nous apparaît sous un tout autre éclairage.
Le premier rôle n’est d’ailleurs tenu ni par l’enfant, ni par ses parents. Quelqu’un de l’équipe s’enthousiasme :
Regardez qui sort votre bébé !

Une autre femme accouche de jumeaux par césarienne.

Puis c’est Mariana que nous retrouvons en salle de naissance. Elle aussi a recours à la péridurale
La voix off reprend du service
– Mariana a beau pousser de toutes ses forces, son bébé ne descend pas.  Les paroles apaisantes de la sage-femme cachent une crainte grandissante pour la santé du bébé. Alors, d’un seul signe de tête à sa collègue, elle déclenche la procédure.

– Son rythme cardiaque indique qu’il est en souffrance. La tête du bébé n’est pas assez sortie pour y poser une ventouse, il faut utiliser les forceps. Le gynécologue est arrivé. Il faut aller vite mais sans montrer à Mariana que la situation est critique.

– Le mécanisme semble barbare mais c’est la dernière chance avant une césarienne en urgence. La tête affleure mais le bébé ne sort toujours pas. Il faut faire une épisiotomie, inciser l’entrée du vagin pour élargir le passage en évitant les déchirures.

Il ne nous aura donc pas été offert de voir une naissance physiologique. Une césarienne et deux accouchements que l’on peut qualifier de difficiles !
Deux femmes allongées et immobiles, deux péridurales, deux extractions instrumentales, deux épisiotomies !
Ou comment transmettre à de futurs parents en quête d’information une vision plus que stressante et hypermédicalisée de la mise au monde.

Et si cela ne suffisait pas, il y a la voix off. Elle n’est évidemment pas continue, l’émission alterne son direct et commentaires.
Mais si je n’ai transcrit ici que ces derniers, c’est par souci de démontrer comment ils viennent dramatiser la réalité.
Heureusement, la médecine et le bon docteur Michel sont là pour nous sauver…

Et comme disait récemment un futur père commentant une émission du même acabit :
– Non mais si tu cherches bien, de temps en temps, y’en a qui se passent bien.

 

 

Crédit photo :Tim Norris 

 

 

 

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Présumées inconséquentes

Publié par 10lunes le 29 juillet 2013 dans Pffffff

 

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Tout dans cet article m’irrite. Le ton, les raccourcis approximatifs, les reproches sous-jacents…

On commence avec ces stupides et malpropres bonnes femmes qui arrivent de la plage « pas encore lavées » et viennent consulter alors qu’elles pourraient acheter directement leur traitement. Démarche aisée quand on connaît et reconnaît les symptômes, moins quand on découvre les joies de la mycose où que l’on préfère la confirmation d’un avis médical.
Avis que l’on a bien tort de réclamer puisqu’il s’accompagne de deux contre-vérités : « ni rapports sexuels ni bain pendant 7 jours ». Les premiers sont souvent spontanément évités – où y a d’la gène y a pas d’plaisir – mais aucune raison médicale ne justifie de supprimer l’un ou l’autre, sauf à vouloir punir l’inconséquente en gâchant ses vacances…

« Pour éviter les mycoses, il est nécessaire de se laver en rentrant de la plage et il faut surtout éviter de garder toute la journée un maillot de bain humide « . La douche après la plage est sûrement une bonne idée, sans rapport aucun avec la prévention d’une mycose. Mais comment ne pas garder un maillot humide ? Une journée en bord de mer, c’est mouillé /sec /mouillé /sec … Faudrait-il conseiller aux baigneuses de se changer après chaque passage dans l’eau ?

Puis le journaliste a du déplorer une panne de stylo qui nous vaut une intéressante ellipse. « L’eau de mer ou le chlore des piscines fragilisent également la flore vaginale et peuvent favoriser l’apparition de mycoses. Des conseils simples et évidents que ces gynécologues sont de plus en plus obligés de dispenser ». Quels seraient ces conseils ?  Nous ne pouvons que supputer… Préférer les vacances à la montagne ? 

On se réjouit ensuite de lire deux rappels à la fois justes et trop souvent méconnus.
« Pas de douche vaginale ». Effectivement, ce geste est non seulement inutile – le vagin est auto nettoyant (si !) – mais surtout nuisible à l’équilibre de la flore. Or, comme l’article ne le précise pas, le candida albicans est un hôte fréquent du vagin. Ce n’est pas sa présence mais sa prolifération qui pose problème.
– « Mieux vaut-il se méfier d’un préservatif qui aurait passé plusieurs heures au soleil. La chaleur altère effectivement sa porosité. La crème solaire a le même effet sur la qualité du latex« . Il aurait été judicieux de compléter l’information en précisant que cela concerne tous les corps gras (c’est noté sur le mode d’emploi mais qui le lit ? Voilà une bonne occasion de le faire… )

Hélas, la suite nous déçoit. « Messieurs, si ça vous chatouille ou ça vous grattouille, pensez au préservatif ! » Et si ça grattouille pas ? On s’en fout ? Il est bien dommage de commencer un paragraphe en évoquant le Sida pour le terminer en confortant l’idée que l’absence de symptôme est rassurante. De plus l’infection à clamydia, ça chatouille pas et ça grattouille pas, ni chez l’homme, ni chez la femme. Par contre, c’est un grand pourvoyeur de stérilité tubaire comme le rappelle cette campagne de l’Inpes (que je mets en lien tout en pestant qu’une fois de plus, les sages-femmes ne soient pas nommées).

On enchaîne avec la pilule. « Un seul oubli peut entraîner une grossesse non désirée ». C ‘est vrai et pas besoin de décalage horaire ou d’excès de boissons pour oublier un comprimé. Le conseil concernant la contraception d’urgence en est d’autant plus inacceptable « Comme son nom l’indique, elle doit être prise le lendemain ». Non ! Le plus tôt possible, de préférence dans les douze premières heures. Son efficacité est d’autant plus grande qu’elle est prise rapidement.
Et pourquoi ne pas avoir saisi l’occasion de citer le dispositif intra-utérin au cuivre, excellente contraception d’urgence – à poser dans les cinq jours suivant le rapport non protégé – qui permet en plus de ne plus avoir à se préoccuper d’un nouvel oubli de pilule pendant cinq ans !! 

L’article se poursuit sur des affirmations totalement erronées.
« On compte autant d’accouchement que d’avortements ». Faux ! En 2011, il ya eu 793 000 naissances pour 209 291 IVG soit 26.4%. On est très loin du 100% annoncé !
« Les statistiques le disent, c’est à l’automne que les IVG sont le plus nombreuses ». Faux aussi ! En 2010, en métropole, le – petit – pic des IVG était en mars. La faute à la galette des rois ou la Saint Valentin ?

Cela fait déjà beaucoup de reproches pour un article aussi bref mais la phrase de conclusion, s’appuyant sur les contre vérités dénoncées à l’instant- est  totalement inacceptable ! « La preuve qu’en vacances, les femmes ont de plus en plus tendance à se lâcher. Sans vraiment réfléchir aux conséquences »… 

Pourtant, deux tiers des IVG concernent des femmes utilisant une contraception.
Pourtant, la contraception est aussi l’affaire des hommes.

Les femmes, présumées irresponsables et forcément coupables !

PS 1 : les données datent de 2010, 2011 et même 2007 parce que contrairement à l’article, je souhaitais me baser sur chiffres réels (rien trouvé de plus récent).
PS 2: si vous vous étonnez du choix de l’illustration : juste une plage et du soleil pour coller au sujet, et surtout des hommes histoire de rappeler leur implication…

 

 

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Odile vend sa soupe

Publié par 10lunes le 12 avril 2013 dans Pffffff

 

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Odile Buisson veut vendre son livre et elle fait le nécessaire pour qu’on en cause,  se répandant dans tous les médias, assaisonnant un peu plus les sages-femmes à chaque nouvelle occasion. La seule riposte sensée, c’est de surtout ne pas acheter son bouquin, même si vous brûlez de savoir quelles autres absurdités l’on peut y trouver, même si une telle accumulation de mépris vous donne envie de décortiquer chaque affirmation pour mieux la démonter.…

Dans le dernier article publié par Charlie Hebdo, le propos devient réellement caricatural.

L’hebdomadaire a offert aux sages-femmes une réponse de 2000 signes pour commenter l’article en ligne.

2000 signes ça peut-être trop long : « Ce torchon est un tissu de mensonges juste bon à rejoindre le compost – entrisme écologique oblige – au fond de mon jardin. »

Ou trop court  : cet article fait 5050 signes ; c’est selon.

Depuis le 18 mars, j’ai publié cinq billets pour décortiquer le livre. Je l’ai fait calmement, en argumentant point par point, afin de mettre en évidence les approximations, omissions, sophismes et autres dérives de l’auteur. Et m’étais promis de ne plus y revenir.

L’argumentation est inutile face à la mauvaise foi multi martelée.

Odile se contrefout des femmes et la bannière du féminisme n’est là que pour donner un semblant de probité à une attaque qui n’est que corporatisme, mesquinerie, stupide lutte de pouvoir dont les femmes seraient, si ses thèses était reprises par d’autres gynécologues, les premières victimes.

« Qu’elles soient les gynécologues du futur, bienvenue, au contraire. Mais qu’elles se forment pour faire le boulot ! »
Mais toute la question est là chère Odile, nous ne sommes pas gynécologues, nous sommes sages-femmes. Nous réalisons les dépistages et orientons vers les spécialistes quand cela est nécessaire.

Mais c’est moi la sage-femme qui vient  de repérer une contre-indication formelle à la prise d’une contraception oestro progestative  renouvelée depuis des années par un gynécologue hautement formé, c’est moi la sage-femme qui explique à la dame que contrairement à ce que lui affirme son gynéco, les anti-inflammatoires ne sont pas contre indiqués avec un DIU(stérilet) au cuivre, c’est moi la sage-femme qui donne pour 21€ les réponses que le gynéco à 80 € n’a pas daigné fournir, les dix minutes imparties à la consultation étant écoulées, et c’est encore moi la sage-femme qui explique que le retrait n’est pas une méthode de contraception alors que le gynéco s’est contenté de différer (sans autre bonne raison que sa propre habitude) la prise de pilule, demandant d’attendre le retour de couche. * 

Je connais de nombreux gynécologues qui font extrêmement bien leur travail, se montrent disponibles, sont à l’écoute de celles qu’ils reçoivent, soucieux d’adapter traitements et conseils à chaque personne accueillie. Ceux-là – étonnamment ! –  se réjouissent de notre collaboration qui libère un peu de leur temps pour les situations nécessitant leur expertise.

« Elles sont de profession médicale, bien sûr, mais elles n’ont pas franchement de comptes à rendre ».
Pas de compte à rendre ? Nous en avons, et comme tout soignant, à rendre d’abord à celles dont nous prenons la santé en charge. Ce qui défrise Mme Buisson, c’est  que les sages-femmes osent s’affranchir de la tutelle des gynécos pour imaginer travailler en partenariat plutôt que sous leurs ordres !

« Et moi, je n’aime pas trop les milieux clos féminins, où il peut y avoir un entrisme écolo ou religieux ».
Quelle belle leçon de féminisme ! Ces pauvres êtres influençables que l’on nomme femmes seraient donc à la fois en quête perpétuelle de gourou et incapables de se défendre des attaques écologistes (j’avoue, j’ai ma carte EELV) ou religieuse (suis pas baptisée, j’ai bon ?).

« Parce que, dans les maisons de naissance, les sages-femmes ont le droit de faire des dépassements d’honoraires… »
Rappelons que les maisons de naissance n’existent pas mais que, dans l’ attente d’une expérimentation officielle, certains lieux tentent de s’en rapprocher. Le seul visité par Madame Buisson est Pontoise et les sages-femmes y sont salariées.
D’autres sages-femmes, ailleurs, pratiquent l’accompagnement global. Elle sont disponibles à chaque instant le dernier mois de la grossesse, assument l’entière responsabilité de l’accouchement, accompagnent tout le déroulement du travail, de la naissance et des heures qui suivent pour 313 € dont il faut retirer au minimum 50 % de charges… plutôt que déplorer d’éventuels dépassements d’honoraires, Odile Buisson aurait pu à raison s’offusquer de ces tarifs ridicules.
Le reproche est en outre particulièrement savoureux venant de celle qui a choisi d’exercer en secteur 2 (cf site ameli-direct.ameli.fr)

 

Voilà, il suffit ! Vos erreurs et errances ne méritent pas que l’on s’y attarde plus.  D’aucuns ont pu vous croire sincèrement préoccupée par la santé des femmes. Vous ne défendez que vous même.

Mais les femmes, soyez en certaine, n’en sont pas dupes.

 

 

*hasard ou coïncidence, je jure que trois de ces quatre situations datent de moins de 24 heures.

©Photo

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Odile n’aime pas du tout les sages-femmes (5)

Publié par 10lunes le 8 avril 2013 dans Pffffff

 

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J’avais promis d’y revenir, Odile Buisson n’aime pas les sages-femmes. Evidemment peu de critiques directes, il ne faudrait pas prendre le risque d’une plainte.

La quatrième de couverture annonce la couleur en évoquant une « gynécologie low cost pratiquée par des intervenant non médecins » pour enchaîner immédiatement « Toutes les conditions pour un grand bon en arrière sont réunies. Sale temps pour les femmes ». Devinette : qui en France a le droit de réaliser des actes de gynécologie en dehors des gynécologues ? Les médecins généralistes et les sages-femmes. Les premiers étant  médecins, qui est ici implicitement désigné responsable du « sale temps pour les femmes » ?

Odile Buisson attaque en restant inattaquable, distillant allusions, adjectifs choisis et insinuations.

Attaque quand elle évoque les « nouveaux métiers de santé ».  « Désormais, ce n’est pas au cabinet du Docteur Machin que vous irez pour votre surveillance de cancer mais à celui de Madame Michu, fraîchement diplômée en 80 heures de cours ». Les sages-femmes se savent doublement désignées, d’abord par le choix pas tout à fait innocent du féminin, cette Madame aurait pu tout aussi bien être un Monsieur Michu– désignées aussi par le temps de formation annoncé car 80 heures est le temps moyen de formation théorique pour les DU (diplômes universitaires) de suivi gynécologique de prévention, certains DU étant d’ailleurs ouverts conjointement aux sages-femmes et aux médecins généralistes. Ce raccourci omet simplement que ces heures de cours se complètent d’heures de stage – est ce que le temps de formation d’un médecin se résume aux heures passées sur les bancs de la fac ? – de travail personnel, mais surtout qu’elles viennent s’ajouter à un diplôme obtenu après 5 années d’études (dont 500 heures de formation gynéco).

Attaque encore cette improbable liste de « petits métier » qu’elle se plait à imaginer « frotteur de col utérin, inciseur d’hémorroïdes, vaccineur de bébé, poseur de stérilet, toiletteur du 3ème âge, peseur de nouveau-nés ». Que quatre de ces six propositions soient déjà assurées par les sages-femmes n’est surement que le fait du hasard ! Il est par ailleurs savoureux de les voir ainsi soupçonnées de vouloir « faire de chaque morceau du corps humain une petite entreprise qui ne connaît pas la crise » alors que les sages-femmes revendiquent haut et fort les moyens d’une prise en charge plus globale.

Attaque toujours ce récit de grossesse non désirée survenue après la pose d’un stérilet par un « professionnel de santé » ( lire sage-femme, en dehors des médecins, elles sont actuellement les seules autorisées à poser des dispositifs intra-utérins). Odile Buisson se régale de la description échographique « d’un stérilet inséré dans le col utérin. L’absence de douleur et de saignement fait plutôt penser qu’il y a été malencontreusement placé lors de la pose ». Et hop, preuve serait faite que les sages-femmes sont incapables de poser correctement un DIU. Oui mais non ! L’expulsion d’un DIU bien placé n’est pas toujours accompagnée de douleur et de saignements (cf cette notice précisant qu’il est bon de contrôler les fils après les règles)Que le gynécologue qui n’a jamais connu cet incident me jette la première pierre…

Saluant la santé des françaises dont le  taux de cancer du col est le plus bas d’Europe, Odile Buisson s’offusque « qu’il soit de plus en plus souvent répliqué : n’importe qui peut faire un  frottis » (n’importe qui en l’occurrence, ce sont les médecins et les sages-femmes) et termine le paragraphe pas un méprisant « oui bien sur, les vétérinaires aussi… «  Les vétérinaires apprécieront ! 

Evoquant la visite de la maison de naissance de Pontoise, Odile Buisson souligne « D’emblée il est expliqué qu’il ne faut pas confondre les maisons de naissance avec les espaces physiologiques qui s’ouvrent dans les maternités publiques ou privées ; les premières sont indépendantes des médecins les secondes ne le sont pas ». La formulation laisse à penser que la seule préoccupation des sages-femmes serait de se libérer de la tutelle des médecins. Mais travailler en autonomie signifie avant tout se dégager des nombreux protocoles mis en place afin de donner une cohérence aux prises en charge assurées par de multiples intervenants. Ces prises en charge standardisées n’ont que peu de place  en maison de naissance où la globalité du suivi permet une adaptation à chaque situation rencontrée.

Mais pour Odile Buisson, interroger nos façons de faire est forcément suspect. « Il existe chez les sages-femmes et parfois chez les médecins un petit lot d’extatiques de la matrice ». Voyez comme le parfois des médecins laisse entendre le souvent des sages-femmes. Elle développe ensuite, « volonté de religiosité, morale conformiste et souvent bourgeoise de la sujétion à la douleur »… Oserai-je ce mauvais jeu de mot, la messe est dite et les sages-femmes qualifiées dans le paragraphe suivant de « nouvelles matrones ordinales ».

Car les soignants mis en cause sont presque exclusivement les sages-femmes. Quand certains comportements de médecins pourraient être dénoncés, le « on » vient avantageusement remplacer le nom du professionnel. Ainsi dans le récit d’une femme ayant fait une fausse couche et plusieurs fois renvoyée par les urgences, ce n’est pas le médecin qui la refoule mais  « on » et « on » aussi qui lui dit qu’il faut attendre ; quand elle appelle le 15 ce n’est pas un médecin régulateur mais « on » qui se borne à  lui conseiller de consulter en ville. A l’inverse, quand elle est enfin reçue, l’interne est désolé et le médecin attentionné.

Les sages-femmes, elles, ne bénéficient pas de ce « on » générique et protecteur.  

Par exemple dans ce récit d’un accouchement difficile mettant plus qu’à mal le projet de naissance d’un couple. La sage-femme « rétorque sèchement », à la ligne suivant elle est qualifiée de « cerbère« , deux phrases plus loin « elle se crispe et ne donne pas dans l’empathie » et lorsque la mère hurle et se débat, elle est attachée et « la sage-femme indifférente observe : elle est agitée ». L’obstétricien sera pour une fois lui aussi qualifié de rustre et de sale type.

Loin de moi l’idée de défendre à tout prix ma corporation, être sage-femme ne garantit aucune qualité, ne préserve d’aucun défaut…
Mais à la fin de ce récit apocalyptique la femme est « très remontée contre les sages-femmes de l’hôpital ». Le rustre a soudainement disparu.

Si les sages-femmes de Pontoise sont accusées de refuser une péridurale à leurs patientes, d’autres l’imposent. Dans une autre maternité, une jeune  femme arrive dans le service en fin de travail. « La sage-femme appelle l’anesthésiste », adroite ellipse qui évite de préciser si c’est du fait d’une demande maternelle. Il nous est expliqué que la future mère a passé « une nuit atroce, percluse de douleurs abdominales », en soulignant  qu’elle a été renvoyée la veille par la sage-femme … « La patiente lui dit, c’est trop tard, j’ai envie de pousser, je sens qu’il arrive. La sage-femme rétorque – vous l’aurez remarqué, une sage-femme ne répond pas, elle rétorque – qu’elle a encore du temps et la péri est posée ».

Décidément, les sages-femmes ne semblent jamais respecter les souhaits des femmes.

Paradoxalement, Odile Buisson conclut son ouvrage en saluant  la création d’un Institut de santé génésique dirigé par Pierre Foldes « fédérant médecins, sages-femmes, infirmières, et membres d’autres professions ».

Fédérer les professionnels, cela peut se faire au sein d’un même lieu, mais aussi d’une ville, d’un réseau de soin.
Fédérer, c’est mutualiser les compétences et les savoirs pour se mettre au service des patients.
Fédérer, c’est reconnaître et respecter chaque maillon de la chaîne de soin parce que la santé se construit avec chacun d’eux.
Mais comment imaginer ce partenariat quand l’un distille autant de mépris pour l’autre ?

Odile Buisson, j’aimerais croire que vous vous souciez réellement de défendre la santé des femmes et non l’hégémonisme médical…
Mais j’ai comme un doute.

 

NB: Il y a un an, j’avais choisi l’humour pour dénoncer d’autres propos incendiaires d’Odile Buisson. Mais la répétition des attaques est lassante…

 

*En aucun cas les sages-femmes ne surveillent un cancer… Par contre elles participent activement à son dépistage.

 

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