La rameuse ensablée

Publié par 10lunes le 19 juin 2016 dans Pffffff

 

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Vous pourriez me reprocher ma mono-maniaquerie mais y a des fois, c’est dur de faire autrement.
Je viens de lire que pour une IVG, les arrêts de travail sont  inutiles voire néfastes.

Et oui, comme les sages-femmes – et d’autres – osent s’offusquer du dernier communiqué de presse du SYNGOF (cf dernier billet), certaine rame de plus belle en nous expliquant que oui, y a pas besoin d’arrêt de travail pour une IVG « normale ».

A l’appui de cela, d’excellents arguments :
La dame, elle a qu’à choisir de faire son IVG le week-end ou alors poser un jour de congé.

NDLR : Ben c’est comme quand tu as la grippe hein, tu poses des jours de congé.

Et pourquoi éviter l’arrêt de travail ? 
Pour ne pas avoir à donner d’explications à ton employeur.

       NDRL : Ben oui quand t’as la grippe, tu reviens, t’as le nez qui coule, ça permet de te justifier. Apres une IVG, c’est pas ton nez qui coule alors ça justifie rien.

 

Si ça ne vous suffit pas comme argumentaire, on peut aussi en appeler aux combats féministes. 
Oui, parce qu’en faisant des arrêts de travail à tout va à ces bonnes femmes même pas capables de prévoir le refus ou la rupture de capote, la gastro ou l’oubli de pilule, ben on les pé-na-li-se.
C’est parce que nous professionnels de santé permettons aux femmes de s’arrêter pour un oui ou pour un non que l’égalité salariale n’est toujours pas acquise !

Hum, vous trouvez que mes attaques sont débiles, mes propos outranciers et que faut quand meme pas exagérer, #NosAmisDuSyngof n’ont pas dit ça ?

Ben si !

Je n’ai fait que paraphraser la publication sur leur page facebook d’une représentante bien connue du Syngof, déjà célèbre pour avoir déploré sur France Culture « Les dames qui me disent je viens pour un examen gynéco et un frottis et elles ont leur règles et elles m’en mettent partout ». J’ai nommé Mme Paganelli, secrétaire générale dudit syndicat.

Comme vous ne me croyez surement pas, je vous invite à lire tout cela ici.

Et copie paresseusement la conclusion de cet autre billet évoquant le Syngof :
Avec des amis pareils, ils n’ont pas besoin d’ennemis !

 

 

NB, prudence étant mère de sûreté, je copie ci-dessous le post- sans en modifier une virgule – au cas où l’éclair de lucidité d’un gestionnaire de la page le ferait retirer…(j’ai peu d’espoir, il est en ligne depuis  4 jours) :

Pour avoir pratiqué en ville l’ivg médicamenteuse depuis des années dans mon cabinet, après l’ivg chir au chu de Tours, je n’ai jamais prescrit 4 à 8 jours d’arrêt de travail pour une ivg médicale…
Soit il y a une complication et la patiente a du être vue aux urgences gynécologiques pour hémorragie et l’arrêt de travail est prescrit pour complications ;
soit tout se passe bien et on propose à la patiente de choisir le jour de l’expulsion un jour férié avec un adulte, si possible le compagnon ou une amie, ou de poser un jour de congé ( cela lui évite de donner un arrêt de travail à son employeur et de craindre de devoir s’expliquer avec ses collègues).
Cela est le vrai contexte de l’ivg de ville qui permet aux femmes de poursuivre au mieux leurs activités sans arrêt de travail et leur permet au mieux l’anonymat de l’acte
S’il y a nécessité de quatre jours d’arrêt de travail ce n’est pas une ivg médicamenteuse normale
Il faut justement travailler tous ensemble : médecins traitant, sage femme, gynécologues de ville et hôpital
Si on considère que la femme est l’égale de l’homme au sein du travail et qu’elle puisse enfin etre payée comme l’homme et avec égalité, il faut que les professionnels de santé évitent les arrêts de travail injustifiés à leurs patientes
dr Elisabeth PAGANELLI, SYNGOF

 

 

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Les poings serrés !

Publié par 10lunes le 19 avril 2014 dans Pffffff, Vie des femmes

 

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Le point du mari ? Pour moi, ce furent d’abord quelques lignes en attente d’article depuis… 2008, déroutée par le récit lu sur le net d’une femme envisageant une épisiotomie recousue très/trop serrée pour le bonheur supposé de son mec.
Et puis j’ai pas écrit, pas assez d’éléments.

Le point du mari, plus récemment, des sages-femmes l’ont dénoncé sur les réseaux sociaux. Mais, faute de témoignage direct, je n’ai pas écrit non plus, ne sachant s’il ressortait de l’intervention volontaire ou d’une terrible combinaison d’incompétence et de goujaterie… En effet,  si je ne l’ai jamais vu pratiquer, j’ai hélas entendu des femmes évoquer certaines phrases satisfaites prononcées après une suture d’épisiotomie : Maintenant vous êtes comme neuve ou Votre mari n’y verra que du feu et autres allusions graveleuses supposant une virginité retrouvée.
La pseudo virginité comme une voie d’accès au plaisir… Vous m’en direz tant.

Mais mes amis du Syngof sont toujours prompts à relancer mon inspiration (voir par exemple, ici, ici ou encore …).  Je peux maintenant participer aux débats car le Dr Marty, voulant défendre son clan, l’enfonce avec application.

Evoquer la « somatisation vaginale » pour expliquer les séquelles douloureuses d’une épisiotomie, c’est aller un peu vite en besogne.
Laisser penser que les femmes souffrent non par « victimologie » ( je laisse chacun se référer au dictionnaire) mais pour le bénéfice secondaire de l’intérêt qui leur serait porté… C’est méconnaître la réalité d’une plainte trop souvent traitée avec légèreté « ça va passer », qui impacte fortement la vie des femmes et celle des couples.
Si le regretté Brassens chantait les femmes qui s’emmerdent en baisant, ce n’est en rien comparable à celles qui souffrent en baisant !

Et puis que penser de la « flexibilité vaginale » – qu’en termes choisis ces choses-là sont dites – « qui s’adapterait au fur et à mesure » ? Cette locution signifie bien que les tissus ne s’adaptent (sic) pas immédiatement. Ce qui correspond parfaitement à ce qu’en disent les femmes qui évoquent des suites douloureuses s’estompant – dans le meilleur des cas – de façon progressive.

Plus loin, on nous glisse que la femme « n’aurait peut-être pas son mot à dire, le choix du recours à l’épisiotomie est une décision qui appartient au corps médical ».
Pas tout à fait ! Comme tout geste médical, il peut s’avérer nécessaire, rarement, ainsi que le démontre le CHU de Besançon qui affiche un taux inférieur à 1%. Mais, comme tout geste médical, il suppose un consentement éclairé. Et s’il peut être difficile d’en débattre au moment de sa possible réalisation, à quelques minutes de la naissance, la question peut être abordée en amont.

Le Syngof peut se féliciter que le Dr Foldes – spécialisé non dans la réparation de l’hymen mais dans la reconstruction clitoridienne des femmes excisées – restaure l’honneur du clan en reconnaissant de possibles séquelles douloureuses et en soulignant que l’attention portée à la réfection d’une épisiotomie est essentielle.

Quant au Dr Marty, ses propos me rappellent d’antiques diagnostics d’hystérie.
Les femmes, ces affabulatrices…

 

 

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Exemplaire !

Publié par 10lunes le 25 août 2013 dans Petites phrases

 

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Une boite photo a passé contrat avec la maternité voisine pour démarcher les jeunes parents. Même genre de société que celle évoquée dans cet article* – ou sa cousine germaine – avec les mêmes procédés et la même exploitation de jeunes photographes essayant de gagner leur pain quotidien.

Le jeu est donc d’entrer dans la chambre, en blouse blanche pour mieux se fondre dans le défilé de l’équipe de soin. Cela permet d’éviter que l’accouchée ne réagisse immédiatement. Et voilà quelques précieuses secondes gagnées qui permettent au « démarcheur-photographe » de lancer son discours : souvenirs précieux, moments inoubliables, qualité pro, n’engage à rien, photo gratuite…

Ce jour là, la jeune maman n’est pas une novice. Deux ans plus tôt, à la naissance de son ainé, elle avait accepté la séance photo. Elle garde un souvenir amer de l’assaut mené quelques semaines plus tard par une commerciale aguerrie, lors de la remise du tirage gratuit ; ledit tirage étant celui où son bébé louchait avec application…
Sur les autres, les payants, son tout-petit a belle allure. Défilent devant ses yeux album, calendrier, tapis de souris et autres mugs ornés de la bouille de son nouveau-né. Ca fera plaisir aux grands-mères !
Les tarifs sont prohibitifs, elle s’accroche à son refus. La commerciale insiste, réduit peu à peu ses prétentions. Juste quelques photos alors ? Toujours non.
Vient le temps du chantage affectif : Mais si vous ne les achetez pas, on va tout bruler … Malgré ce que cela lui suggère d’images sinistres, elle résiste encore.
Arrive le dernier argument, le truc qui tue, surtout une jeune mère inondée d’hormones, espérant un monde beau et solidaire pour l’enfant qui vient de naître. Mais ça fait deux heures que je suis là, si je ne vous vends rien, je vais perdre mon job !
Elle est vaincue.

Bien décidée à ne pas répéter son erreur, elle refuse la séance photo avec d’autant plus d’assurance qu’elle ne trouve pas son petit au mieux de sa beauté pour le moment.  Teint carmin, lanugo descendant bas sur le front et les oreilles, yeux encore bouffis ; il ne lui parait pas le plus beau bébé du monde.

Elle décline donc en justifiant son refus par cet argument. 

Le photographe ne se démonte pas… Mais non, il est parfait votre bébé !  Je vais vous montrer une photo de bébé moche dit-il en extirpant de son sac un tirage couleur qu’il brandit triomphalement sous son nez. Vous voyez, celui-ci est vraiment moche, pas comme le votre ! 

Elle termine son récit dans un éclat de rire, regardant tendrement son tout beau nouveau-né lové dans ses bras… Là, je me suis dit, faut vraiment pas que je le laisse faire une photo parce que sinon, ce sera mon bébé qui servira d’exemple !

 

 

*l’article était en accès libre au départ mais il est maintenant réservé aux abonnés  🙁

 

 

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Mal mot

Publié par 10lunes le 27 mai 2013 dans Petites phrases

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Elle est enceinte, elle est heureuse, elle est inquiète.

Heureuse parce que cet enfant était très attendu, inquiète parce que la grossesse précédente s’est terminée sur une échographie annonçant l’arrêt précoce du développement de l’embryon.
Elle n’en avait rien pressenti.

Alors l’absence de règles, le test de grossesse acheté en pharmacie, la tension mammaire persistante, tout ça ne suffit pas à l’apaiser totalement.
De plus, elle n’est pas nauséeuse, ce fréquent malaise si désagréable mais si rassurant.

Il est trop tôt pour pouvoir écouter les battements cardiaques. Cette annonce la déçoit. Elle espère, elle a besoin d’un élément objectif venant lui confirmer, là, tout de suite, que tout va bien.
Je lui propose de l’examiner pour m’assurer du volume utérin.

Comme toujours lors d’un toucher vaginal, je baisse les yeux, attentive à ne pas ajouter à l’intrusion du geste celui du regard. 
Je glisse doucement index et majeur dans son vagin, mon autre main palpe son ventre.
Entre mes deux mains, son utérus, rond et dodu à souhait, parfaitement rassurant, parfaitement conforme à la taille attendue pour l’âge de la grossesse.
J’en suis ravie pour elle.
Et m’exclame joyeusement. « Voilà un utérus gravide ! »

Je lève les yeux vers elle à la fin de ma phrase, surement en quête d’un sourire rassuré. Juste le temps d’apercevoir son regard qui se voile… J’ajoute rapidement « Tout se présente bien », elle sourit enfin.

Elle ne dirait rien de plus et c’est moi qui insiste : « Je vous ai inquiétée ? »
Dans un murmure, elle s’autorise « Oui, dans gravide, j’ai entendu grave ».

J’explique le mot, lui demande d’excuser ce vocabulaire médical parfaitement inapproprié. 
Et me désole en silence de ma stupidité.

 

©Photo

 

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Mon poussin !

Publié par 10lunes le 11 décembre 2012 dans Petites phrases

 

3158417292_268a14c8d7_bIls reviennent de la seconde échographie. Comme souvent, la position foetale n’était pas optimale et le praticien peinait à observer / vérifier /mesurer tout ce qui se doit de l’être lors de cet examen.  

Tant peiné qu’il renonce. Reposant sa sonde avec un sourire un peu contraint, il annonce aux parents que décidément non, il ne parvient pas à voir tout ce qu’il doit voir. Il leur propose d’aller faire un petit tour et de revenir dans une heure. En attendant que ce bébé fasse preuve de bonne volonté, il va prendre les patients suivants.

Ce n’est pas tout à fait ainsi que le couple a prévu de passer son après-midi mais quand il faut… Ils vont docilement marcher dans les rues enguirlandées pour revenir à l’heure dite.

Il y a comme une impression de déjà vu quand elle s’installe dans la petite salle quittée un peu plus tôt. Les mêmes gestes pour enlever son manteau, le poser sur la chaise, relever son pull, baisser son pantalon… la même giclée de gel glacé accompagnée de la même annonce rituelle « C’est un peu froid ».

L’échographiste, tout en s’inquiètant de savoir si la promenade a été bonne, s’empare de la sonde, la pose sur le ventre rebondi et s’exclame  » Mais il a pas bougé l’animal ! « 

C’est à ce moment que le père interrompt son récit détaillé pour remarquer ironiquement… « C’est déjà un peu difficile de m’imaginer papa alors que j’arrive même pas à me représenter le bébé mais franchement, le qualificatif d’animal, ça m’aide pas ! ».

 

©Photo 

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Clairvoyance

Publié par 10lunes le 10 décembre 2012 dans Petites phrases

 

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A l’examen du neuvième mois, son médecin lui prédit un accouchement facile et rapide.

Elle le raconte avec un immense sourire lors de la dernière séance de préparation, visiblement rassurée par ce pronostic venant contredire ses expériences passées.

Je souligne prudemment la différence entre un constat clinique favorable lors d’une consultation et la prédiction. Personne n’est en mesure d’annoncer avec précision le déroulement d’une naissance. 

Le jour J, l’accouchement traîne en longueur, suffisamment pour que la sage-femme appelle le médecin de garde. »Heureuse » coïncidence, le médecin est celui rencontré à la dernière consultation. Très gentiment, il s’excuse d’avoir pronostiqué à tort un travail rapide.

Elle, fatiguée, forcément déçue de retrouver la lente progression coutumière à ses accouchements précédents, fâchée d’avoir été trop rassurée, vexée de lui avoir fait confiance, lui lance :
« Lola, elle l’avait bien dit que vous vous trompiez tout le temps ! « 

Ce n’était pas tout à fait ce que j’avais dit…
Mais mes oreilles ont sifflé fort ensuite !

 

©Photo april-mo

 

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Farniente

Publié par 10lunes le 4 mars 2012 dans Petites phrases

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Réunion de professionnels de la périnatalité. Le débat s’oriente sur les protocoles qui s’imposent chaque jour plus aux équipes de maternité.

Plusieurs sages-femmes défendent une prise en charge sur mesure, souhaitant que les dits protocoles ne s’appliquent qu’en cas de pathologie avérée.
Elles soulignent ensuite combien nos prises en charges standardisées nous éloignent des processus physiologiques, se  défient de l’enchainement de nos actes, insistent sur la nécessité de mesurer nos gestes.

Un des obstétriciens présents s’interroge sur la définition de la physiologie.
S’en suit un échange animé. Un accouchement sous péridurale est-il physiologique ? La rupture artificielle de la poche des eaux rentre-t-elle dans la définition ? La perfusion d’ocytocine ? Et le monitoring continu ? Chacune des situations faisant le quotidien des salles d’accouchement est analysée. Sans surprise, la façon dont chacun les classe se révèle à géométrie très variable.

Certaines sages-femmes sont pourtant catégoriques. Le respect de la physiologie passe par l’abstention de toute intervention. Lorsqu’un accouchement évolue normalement, leur fonction relève bien plus l’accompagnement vigilant que des actes. 

Paraissant sincèrement étonné, un des médecins s’écrie «Vous ne posez pas de perfusion, vous ne rompez pas la poche des eaux ? Mais qu’est-ce que vous faites alors ? » …

 

 

 

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Revanche

Publié par 10lunes le 3 mars 2011 dans Petites phrases

Son ventre plus que tendu est habité par deux bébés prenant leurs aises. Cette grossesse un peu difficile lui impose un suivi régulier, alternant consultations à la maternité et visites à domicile. Dans ce programme chargé, un incontournable se répète deux fois par semaine, le très banalisé ERCF. *

Enregistrer le cœur de jumeaux n’est pas toujours aisé. Parfois, l’un les enfants s’étale pendant que l’autre se blottit. Il faut trouver comment installer l’appareil pour parvenir à les entendre simultanément. Chez elle, de façon inhabituelle, il faut placer le premier capteur en haut, vraiment tout en haut, et l’autre en bas, vraiment tout en bas du ventre maternel.

Le suivi est débuté depuis plusieurs semaines mais ce jour là, c’est une nouvelle sage-femme qui se rend à son domicile. Elle connait la position des deux enfants au sein de l’utérus et peut logiquement en déduire où placer les capteurs mais ces deux là sont des farceurs et les stratégies connues ne fonctionnent pas. Elle cherche longuement, très longuement, sans parvenir à les enregistrer de façon simultanée…

Elle espère, sans oser la réclamer, l’aide de la mère, forcément rompue à l’exercice. En vain. Les minutes passent, l’accordéon de papier se déroule lentement, vierge de tout graphique lisible. Le visage maternel affiche de plus en plus clairement l’agacement, la sage-femme poursuit ses recherches dans un silence pesant.
Finalement, dans un profond soupir, la mère repousse sa main pour s’emparer de l’appareil et le placer elle même. Dans l’instant, l’enregistrement devient bon, les rythmes s’affichent et clignotent allègrement, les graphiques des cœurs fœtaux s’entremêlent gracieusement.

La sage-femme s’étonne alors :
– Pourquoi m’avoir laissé chercher si longtemps puisque vous saviez comment faire ?
L’explication tombe. Lors de son dernier passage à la maternité, la même situation s’était produite. Mais lorsque la mère avait gentiment cherché à guider la sage-femme, celle-ci l’avait interrompue sèchement, affirmant d’un ton sans appel : « Inutile, je connais mon boulot ! « 

… puis avait longuement cherché ensuite.

 

* Enregistrement du Rythme Cardiaque Fœtal

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Second life

Publié par 10lunes le 23 novembre 2010 dans Petites phrases

Une fresque colorée pare son dos de l’épaule gauche à la hanche opposée, immense tatouage réalisé il y a plusieurs années, bien avant qu’elle n’envisage d’avoir cet enfant.

Elle perd les eaux trois semaines avant le terme prévu, à la veille du rendez-vous fixé pour la consultation d’anesthésie.
Faute de contraction, son accouchement est déclenché. Son utérus travaille longtemps et douloureusement avant que la dilatation n’autorise, selon le protocole de la maternité, le recours à l’analgésie.

L’anesthésiste découvre la fresque. Il exprime alors son agacement, critique l’aberration d’avoir cédé à cette « mode » et glose abondamment sur l’inconscience féminine ; discours apparaissant bien long à celle qui attend que sa douleur soit apaisée.
Enfin, la péridurale est posée, sans difficulté aucune. Un espace de peau blanche a permis de piquer en évitant de traverser l’encre.

L’enfant nait quelques heures plus tard, paisiblement.

Sa mère conserve une secrète rancœur pour celui qui l’a longuement sermonnée avant de consentir à la soulager. Malaise diffus qu’un dernier épisode viendra involontairement désamorcer le jour de sa sortie.
Apparemment hanté par le vaste dessin gravé sur sa peau, l’anesthésiste repasse la voir pour condamner à nouveau cette pratique. Le mot tatouage vient ponctuer régulièrement son monologue.
Il s’en va enfin sur une dernière phrase « la prochaine fois, il faudrait éviter » en désignant son dos d’une main lasse.
Bien évidemment, c’est à la péridurale qu’il pensait. Mais comme jamais le terme n’a été prononcé, cela résonne comme la promesse d’une seconde vie lui permettant de présenter un épiderme vierge de tout pigment.

Et cette absurdité l’enchante.

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Empathique n’est-il pas ?

Publié par 10lunes le 11 mars 2010 dans Petites phrases

Dès le début de sa grossesse, et même dès son projet d’enfant, la péridurale a été son credo. Lors de nos rencontres, j’ai tenté d’infléchir sa conviction. Pourquoi ne pas se laisser le temps d’accueillir les premières sensations avant d’affirmer la nécessité d’une analgésie ? Mais cette incertitude lui semblait trop pesante et je me suis inclinée. De multiples angoisses assombrissaient sa grossesse, je ne souhaitais pas la déstabiliser plus encore.

Arrivée en fin de nuit pour une rupture de la poche des eaux, elle attend dans une chambre du service ses premières contractions. Au matin, le couloir s’emplit de bruits divers, roulement des chariots sur le sol plastifié, brocs de métal qui s’entrechoquent, portes qui s’ouvrent et se referment. C’est l’heure du petit déjeuner.

Si rien ne se passe, l’accouchement sera provoqué dans la journée. Elle hésite devant le bol de thé et les deux tartines qui lui sont servis. Elle croit se souvenir qu’il faut être à jeun pour avoir « droit » à la péridurale. L’idée que le geste salvateur pourrait être différé parce qu’elle a transgressé l’interdit lui est insupportable.

Elle interroge la jeune femme qui vient de lui amener son plateau. «Êtes-vous bien certaine que je peux manger ?»
Le «oui bien sur» ne lui suffit visiblement pas et, devant son inquiétude, l’aide soignante annonce avec gentillesse qu’elle va vérifier auprès de la sage-femme.

Quelques instants plus tard, on ouvre sans frapper. Du seuil de la porte, la désignant d’un doigt accusateur, la sage-femme l’interpelle violemment «Vous, quand je dis que vous pouvez manger, c’est que vous pouvez ! Je connais mon boulot!» puis tourne les talons, la laissant en pleurs.

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