Autothérapie

Publié par 10lunes le 8 septembre 2016 dans Médias, Petites phrases, Pffffff

 

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Hier soir un mail : Je viens de regarder en replay l’émission de la « Maison des maternelles »   : Je veux accoucher sans péridurale. Je te conseille de la regarder si c’est pas déjà fait.

Le temps d’un téléchargement à la lenteur que je qualifierais de majestueuse – on se console comme on peut de la fracture numérique – j’ai pu voir le replay tôt ce matin. Ou comment « bien » débuter une journée.


Il y a une femme, Marie Charlotte, témoignant de ses trois accouchements, le premier sous péridurale, les deux autres sans. Elle avait une parole modulée, ne diabolisant pas l’un, n’idéalisant pas les autres.

Il y a une sage-femme, Barbara Bouhanna, au discours posé, respectueuse des femmes et de leurs choix.

Il y a un obstétricien, Philippe Descamps, chef de service du CHU d’Angers, le propos un poil paternaliste quand il explique la petite aiguille et le petit cathéter, un poil colonialiste quand il évoque son expérience à l’étranger, le silence des asiatiques et les cris des nord-africaines.
Il prévient : Ca vaut ce que ça vaut mais on estime que la douleur d’un accouchement c’est entre la fracture de la jambe et l’amputation du doigt… Malgré tout cela, son discours apparait presque neutre.

Neutre, surtout comparé à celui de l’animatrice, Agathe Lecaron qui, si j’ai bien compris, a eu un enfant récemment, accouchement qui a été, si j’ai bien deviné, très douloureux.
Car cela s’est beaucoup, beaucoup, vraiment beaucoup entendu.

Ca démarre dès la présentation  : C’est bien si on accouche sans péridurale d’accoucher très très vite mais c’est pas le cas pour tout le monde. D’ailleurs : Accoucher sans péridurale, pourquoi ?
Dans les années 80, la péridurale nous a délivré de douleurs atroces, les douleurs atroces de l’accouchement. En France 8 femmes sur 10 bénéficient aujourd’hui de cette anesthésie, dont la majorité d’entre nous d’ailleurs n’imagine même pas pouvoir se passer le jour J.


Sans se soucier de l’évidente contradiction, elle enchaîne :
Pour info, selon un récent sondage diffusé en mars 2016, 44% des femmes se déclarent prêtes à accoucher sans péridurale mais au bout du compte une femme sur deux va changer d’avis – hihiiiiii –ben oui parce quand on commence à avoir mal, c’est pas pareil ! Et pourtant, de plus en plus de futures mamans souhaitent revenir à un accouchement plus naturel, c’est la tendance, plus riche en sensations, quitte à déguster au moment des contractions.

Je souligne que la Maison des maternelles est diffusée en direct mais que cette présentation était écrite et donc préparée…
La suite sera encore
 plus spontanée.

Petit florilège des interventions de la présentatrice lors du débat :
– Accoucher volontairement ou pas sans péridurale, mais pourquoi, mais comment ?

S’adressant à la femme venue témoigner  : Vous, vous êtes allée au bout de votre choix, c’est pas toujours le cas. Il y a 5 ans, vous aviez accouché sous péridurale. La mère en fait un court récit que résume ainsi l’animatrice : Vous, vous étiez confortable, ça s’est très très bien passé, y avait pas de regret après, tout s’est bien passé.

Un peu plus tard
– Puisque c’est si facile d’accoucher avec péridurale, enfin facile, c’est jamais facile d’accoucher mais enfin c’est plus facile d’accoucher avec péridurale au niveau des douleurs, comment on explique qu’il y a encore des femmes qui veulent accoucher sans péridurale dans notre pays ? Faut quand même rappeler que les contractions ça fait un mal de chien, il faut le dire.

D’ailleurs se passer de péri, c’est peut-être pas par choix :
– Ca arrive souvent quand on arrive trop tard à la maternité, c’est-à-dire qu’on a trop attendu, du coup on a plus le temps quoi.

– Mais en même temps, les dernières contractions sont les plus douloureuses quoi, c’est vraiment du travail concret. C’est quand même très dur si on l’a pas à ce moment-là.
– Y a pas à culpabiliser de pas avoir envie d’avoir mal, ça on va quand même pas mal le dire.
– Quand on a cette envie, faut essayer de la tenir jusqu’au bout, après c’est vrai que quand les contractions arrivent et que c’est un premier, on peut pas imaginer ce que ça fait et parfois ça démotive.

Barbara, la sage-femme, souligne qu’une femme a toujours la possibilité de changer d’avis
– Elle est libre, c’est important de le dire ponctue Agathe Lecaron.
Oui faut quand même pas se faire souffrir très longtemps.

Le reportage illustrant le débat vient confirmer le discours pas vraiment subliminal de la présentatrice. La femme qui souhaitait vivre son accouchement sans péridurale change d’avis au bout de neuf heures et met au monde son enfant au bout de 22 heures de travail.
Puisqu’on vous dit que c’est difficile !
Elle accouche sous péridurale donc, mais aussi les jambes calées dans les étriers, et la lumière du scialytique braquée sur son sexe.  

C’est ballot, juste à côté de cette maternité, y a une maison de naissance, j’ai nommé le CALM, avec un environnement et surtout un accompagnement se prêtant réellement à une naissance sans anesthésie.*

J’espère qu’Agathe Lecaron se sent mieux après cette émission exutoire.
Mais je doute que toute autre femme la visionnant résiste au martelage « sans péri, on en bave »…

D’ailleurs, le dernier reportage filme les parents d’un tout jeune bébé.
– Vous avez accouché d’un bébé de 4 kg 820 sans péridurale ! Vous êtes mon idole. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

 


*
 Les couples sont surement peu enthousiasmés par l’idée d’une équipe de tournage venant troubler cette intimité. Cela peut expliquer le choix du reportage

 

 

 

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Complices

Publié par 10lunes le 21 décembre 2015 dans Naissance

 

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Pour son premier, la conjonction d’un bébé annoncé gros et sa peur panique de l’expulsion l’ont fait choisir la césarienne.

Pour le second, elle a cheminé. C’est avec confiance qu’elle débute un travail souhaité sans péridurale. Mais le manque de sommeil et l’angoisse de ce qui va advenir la font changer d’avis quand arrive la phase de désespérance si bien nommée.

Le protocole de la maternité fixe une limite stricte pour le recours à l’analgésie ; elle n’est possible que jusqu’à une dilatation de huit centimètres.
Maintenant qu’elle a opté pour une péridurale, elle se tracasse d’avoir atteint la frontière. La sage-femme comprend à demi-mot et « omet » de vérifier la dilatation*. 

L’anesthésiste peine à trouver un espace entre deux contractions. Il s’interrompt régulièrement pour laisser passer les vagues successives et interroge :
Mais on est à quelle dilatation là ?
Cinq centimètres répond la sage-femme.

Ce n’est pas tout à fait un mensonge, c’est la dernière dilatation qu’elle a constaté… deux heures plus tôt.

L’anesthésiste n’est pas dupe :
– C’est bizarre, les contractions sont quand même très intenses et très proches …

La sage-femme bredouille vaguement.
L’anesthésiste n’insiste pas.
Fausse distraction de l’une, feinte crédulité de l’autre… la péri est posée.

La sage-femme propose de faire le point :
Vous êtes à huit centimètres !

Lui reste deux petits centimètres pour dépasser sa peur panique de l’expulsion
Sentir le besoin de se mettre à genou

Et faire naître avec bonheur ce bébé plus que costaud.

 

 

*Contrairement aux habitudes françaises, cette maternité d’Outre-Rhin ne prévoit pas un examen toutes les heures

 

 

 

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Sportif

Publié par 10lunes le 9 décembre 2015 dans Naissance

 

018Ils sont jeunes, aux dernières heures de la grossesse et assez impressionnés par l’équipement de la salle de naissance.

Elle annonce d’emblée sa peur des aiguilles. Le protocole hospitalier oblige à poser une « voie veineuse ». La sage-développe des trésors de patience et parvient à placer le cathéter. Mais pour la jeune femme, vaincre ce premier défi n’est rien, elle redoute bien plus la pose d’une péridurale, mimant dans un geste démesuré l’aiguille censée s’approcher de son dos.

Le travail évolue, lentement, douloureusement. La froideur métallique du décor médical, l’univers inconnu, l’angoisse des moments suivants rendent le travail utérin insupportable.
Alors, au grand soulagement de son compagnon qui ne savait que faire, elle cède.
Va pour la piqûre si elle lui permet de vivre plus sereinement les heures suivantes.

La sage-femme réclame un anesthésiste et se désole de voir arriver le plus taciturne. Elle sait combien la jeune mère aura besoin de paroles et de douceur pour bien vivre la pose de l’analgésie.
Se disant qu’un peu de caressage dans le sens du poil ne sera pas de trop pour dérider le praticien, elle le gratifie d’un :
– Vous étiez attendu comme le Messie !

L’histoire ne dit pas si l’anesthésiste est devenu plus volubile.
Mais le déridage marche très bien sur le futur père, enthousiasmé de se retrouver enfin en terrain connu :  
– Oh vous aussi vous êtes fan du Barça !

 

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Logique floue

Publié par 10lunes le 10 septembre 2015 dans Non catégorisé, Pffffff

 

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Il y a d’abord eu cette étude de l’Inserm issue des données de l’Enquête nationale périnatale 2010 : 26% des femmes avaient déclaré pendant leur grossesse ne pas vouloir de péridurale lors de l’accouchement. Toutefois, 52% ont finalement reçu une analgésie péridurale en cours de travail.

Le communiqué du CNOSF reprend certaines des conclusions de Béatrice Blondel qui souligne C’est moins le profil de la femme que l’organisation des soins qui va conduire à la pose d’une péridurale en cours de travail …/… La pose d’une péridurale peut être un moyen de faire face à la surcharge de travail au moment de certaines gardes.

Le CNOSF s’appuie sur l’étude pour dénoncer la très réelle et très problématique diminution des effectifs en maternité et enchaîne sur un élément n’apparaissant pas dans le résumé : Les problèmes organisationnels au sein des maternités contraindraient les professionnels de santé à déroger à un principe fondamental édicté par la loi : le consentement des patients.

Le communiqué du CNSF enfonce le même clou en évoquant le non-respect du choix initial des femmes.

Si je déplore avec les uns et les autres que les femmes ne puissent accéder à l’accouchement qu’elles souhaitent, l’adjectif « initial » s’appliquant au mot choix m’apparaît essentiel. Faudrait-il respecter la décision d’une femme prise en amont de l’accouchement plutôt que celle prise sur le moment, lorsqu’elle souhaite une solution médicale à la douleur ressentie ? Que cette douleur soit fortement majorée par l’indisponibilité des sages-femmes et/ou le renforcement des contractions par des hormones de synthèse*, personne ne peut en douter. Que notre organisation des soins défaillante conduise des femmes à renoncer à leur projet d’accouchement est une réalité quotidienne.
Mais évoquer le non-respect du consentement dune parturiente quand une péridurale est finalement posée à sa demande est un sophisme qui offre des armes à nos détracteurs.

La réponse de la SFAR parait à l’inverse apaisée. Les anesthésistes soulignent Du fait de la méthodologie de cette étude, on ne peut pas savoir si les femmes changent d’avis et demandent qu’une péridurale soit faite ou si les soignants convainquent les patients de la recevoir. Ils soutiennent les demandes des sages-femmes : Une partie de l’insatisfaction trouve d’autres motifs qui ne sont pas nécessairement du ressort de l’équipe d’anesthésie‐réanimation mais plutôt des protocoles obstétricaux et d’une révision des procédures et des organisations de l’équipe soignante au sens large. Ils dénoncent ensuite : La relation reste souvent paternaliste et manque d’explications, de temps d’échange.
La SFAR s’abstient de désigner un coupable et souligne les multiples facteurs en cause. Excellente façon d’inviter à un débat constructif.

Mais c’était sans compter sur nos amis du Syngof qui, fidèles à eux-mêmes, tirent dans le tas !
Comme d’hab, une petite explication de texte s’impose.

Ce communiqué a donné lieu depuis à une instrumentalisation visant à dénoncer une surmédicalisation de l’accouchement quand les professionnels médicaux ont pour unique préoccupation d’apporter aux femmes les conditions les plus sûres et les plus confortables pour leur accouchement.
Traduisons : Les matrones sages-femmes dénoncent une surmédicalisation imaginaire à des fins personnelles et égoïstes alors que les  professionnels médicaux – lire les gynéco-obstétriciens (autre pierre dans le jardin des sages-femmes qui sont elles aussi des professionnels médicaux) – sont seuls à se démener pour la santé et le confort des femmes.

Elles pensent à leur grand-mère et parfois mère qui n’ont pas eu la chance de connaître la péridurale.
Petit couplet aux relents paternalistes. De quoi se plaignent ces femmes qui ont la chance, contrairement à leurs aînées, de connaitre la péridurale.


Alors, la France veut-elle faire des économies sur le dos des femmes en diminuant les chances d’avoir une péridurale ?
Joli retournement ! Le fait de ne pas souhaiter une péridurale se transforme ainsi en perte de chance d’y avoir recours. Nouvelle attaque « discrète » contre les maisons de naissance ?
Je sais, je vois le mal partout…

Ces chiffres, s’ils doivent alimenter la réflexion sur l’organisation des maternités et la coordination entre sages-femmes et gynécologues obstétriciens, ne doivent pas être détournés à des fins corporatistes en mettant en cause la sincérité et l’engagement médical, jour et nuit, des gynécologues obstétriciens au service des femmes.
Nouvelle couche sur le supposé corporatisme de matrones sages-femmes égoïstes versus l’engagement mé-di-cal de gynéco dévoués au service des femmes.

Etre au service des femmes, ne serait-ce pas plutôt s’interroger sur ce qui pousse certaines à déroger à leur projet de naissance et réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour que ce projet puisse être respecté ?

 

 

* Sur ce point, la question du consentement doit se poser. Combien de femmes sont réellement informées de l’utilisation d’ocytocine et de ses conséquences ?

 

 

 

 

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Passe-passe

Publié par 10lunes le 27 février 2014 dans Médias, Naissance, Non catégorisé, Pffffff

 

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Hier, le thème du dossier des Maternelles était « Accoucher sans péridurale ».

Plateau, quelques échanges tranquilles. Je lève un sourcil lorsqu’une des futures mères affirme Quand on est sous péridurale, on brise le lien établi depuis neuf mois entre une mère et son bébé.

J’espère qu’elle n’aura pas besoin d’une analgésie, bien cher payée si elle se vit comme une rupture du lien mère-enfant. D’autant qu’une femme dépassée par la douleur ne saurait être présente à son bébé.
Je ne vire pas de bord en faisant l’apologie de la péri mais je milite pour que les femmes aient le choix, pas pour qu’elles se sentent contraintes, encore moins coupables !

Mais ma ralerie va trouver un bien meilleur carburant quelques minutes plus tard.
Comme pour chaque émission, le thème est illustré par un reportage. On nous le présente ainsi : Comment se passe un accouchement sans péridurale. Nous avons suivi Sandra qui accouche pour la troisième fois sans péridurale.

On assiste au premier examen. Mathilde, la sage-femme, annonce Le col est postérieur, court, dilatable à 5 cm.
Plan de coupe, Mathilde explique qu’on va se donner un peu de temps… Mais une voix off précise Pour accélérer le travail, la sage-femme injecte de l’ocytocine à Sandra, une hormone qui agit sur les contractions de l’utérus.
On retrouve Sandra, toujours allongée, branchée à sa perfusion et au monitoring ; conditions optimales comme chacun sait pour bien tolérer les contractions, de plus renforcées par des hormones de synthèse.

Nouvel examen une heure plus tard. Sandra tente de se rassurer… là c’est bon, je suis à 8 cm ? Non on est à 5 /6 concède la sage-femme, en annonçant, grimace à l’appui, que l’étape suivante serait de rompre la poche des eaux.
Plan de coupe, Mathilde explique Y a un avant et un après la rupture de la poche des eaux. C’est quelque chose qui dans la plupart des cas augmente très fortement la douleur mais qui accélère le travail.

Retour en salle de naissance, Mathilde rompt la poche des eaux.
Plan de coupe, Mathilde : Comme prévu, les contractions se sont très très fortement amplifiées. Et là effectivement, elle avait très très mal.
La voix off précise En effet, les douleurs sont tellement intenses que Sandra rappelle la sage-femme.

La naissance aura lieu peu après.
Plan de coupe. Mathilde se réjouit : Quand des mamans accouchent sans péridurale, y a toujours un peu un moment de panique vers la fin, c’est très difficile de les accompagner. Là je sentais qu’il n’y avait aucune panique. Honnêtement chapeau ! Ça a été très beau très rapide, et franchement une gestion parfaite.

Pourtant les images diffusées ne suggèrent pas une femme heureuse et triomphante pour être allée au bout de son projet, mais une mère dépassée par sa douleur et sa solitude, peinant à réaliser l’arrivée de son enfant.

Ce n’est qu’un bref reportage, ce ne sont que quelques extraits. Rien ne prouve que l’interprétation que j’en fais est conforme à la réalité.
Mais…
Accoucher sans péridurale devrait d’abord se conjuguer avec le respect des processus physiologiques, sans interventions intempestives. Rien ne nous est dit pour justifier la perfusion ou la rupture des membranes. Peut-être étaient-elles nécessaires, mais l’absence d’explications laisse penser au spectateur que ces gestes sont indispensables pour tout accouchement.

Et puis surtout, accoucher sans péridurale ne peut pas, ne doit pas, se résumer à se passer d’analgésie.
Les femmes faisant ce choix souhaitent vivre leur accouchement en toute liberté, en laissant leur corps agir et les guider.
Elles acceptent en retour la puissance des sensations et émotions qui les envahissent mais à une incontournable condition : se sentir accompagnées et soutenues.

Tout sauf ce que ce reportage nous a montré.

 

 

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Odile ne connait pas la nuance (2)

Publié par 10lunes le 20 mars 2013 dans Pffffff

 

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Le billet précédent se terminait par un pastiche, description volontairement caricaturale de l’accouchement sous péridurale, faisant écho à l’accouchement en maison de naissance narré par Odile Buisson.

Le moins que l’on puisse dire est que son propos n’est pas nuancé. Les professionnels de santé soucieux d’une médicalisation raisonnée sont croqués en « extatiques de la matrice », chantres de la douleur, célébrant la nature dans une nouvelle religion.
Les catholiques ont pour les guider un nouveau pape ; les femmes ont Odile.

Car c’est bien elle qui ose ce curieux parallèle « Que le principe religieux s’appelle Dieu ou nature, c’est au choix et c’est pareil »Les mères souhaitant éviter la péridurale sont rapidement cataloguées. Elles ne décident pas pour elles mêmes mais se soumettent  à une autorité extérieure ; « Mélange d’habitude, d’obéissance et de construction mentale séculaires ». Excusez du peu.

Pourtant, la catholique enceinte d’un enfant trisomique qui ne désire pas interrompre sa grossesse n’est elle aucunement suspecte de se soumettre à une loi naturelle ou religieuse. Sa décision ne sera annotée que de ce prudent commentaire « je ne suis pas tout à fait à mon aise »

Elle s’attarde ensuite sur le décalage entre un projet de naissance très idéalisé et la réalité finale. Cet accouchement est vécu sans soutien, sans accompagnement et seul le liquide teinté lors de la rupture spontanée de la poche des eaux fait qu’enfin l’on s’affaire autour de la mère. Si Odile Buisson semble au départ faire preuve d’empathie, déplorant le surbooking de la maternité qui ne permet pas aux sages-femmes d’accompagner ces parents, elle ne peut s’empêcher de moquer la supposée naïveté maternelle « elle le sait bien elle qu’il suffirait d’attendre un peu et que le bébé sortirait de lui-même ». L’enfant naîtra par forceps sous « anesthésie locale défaillante ».
La morale de l’histoire est limpide, imaginer se soustraire à la toute puissance médicale est une faute sanctionnée par le sort.

Les femmes exigent désormais de ne plus souffrir en accouchant nous dit elle plus loin. Décidément les femmes ne savent pas ce quelles veulent, Odile Buisson non plus. Elle témoigne de « féministes railleuses » venues les interpeller « Hep ! Les toubibs ! Cela vous défrise de vous lever la nuit pour faire des péridurales? »  Pourtant, le temps n’est pas si lointain où l’analgésie n’avait lieu qu’au bon vouloir de l’équipe médicale, aux heures ouvrables et pas le week end. Cette « libération », ce « soulagement » tant vantés par l’auteur n’ont pas toujours été une évidence pour les praticiens chargés de la dispenser.

Ne lui en déplaise, les partisans de la naissance respectée ne militent pas contre la péridurale mais pour son libre choix par les femmes, contre la médicalisation de la naissance mais pour le respect la physiologie. 

En 2008, un groupe de travail réuni sous l’égide du ministère de la santé a fait des propositions cherchant à conjuguer plus justement nécessités médicales et souhaits parentaux.

Étonnamment, ni dieu, ni diable, ni extatiques de la matrice dans cette commission qui notait pourtant « Un soutien empathique et physique continu pendant l’accouchement a pour effet de diminuer le stress et présente de ce fait de nombreux avantages comme un travail plus court, une diminution du recours systématique aux moyens techniques et une réduction des extractions instrumentales. »

 

à suivre…

 

 

©Photo Varahi, déesse indienne

 

 

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Odile nous raconte des histoires (1)

Publié par 10lunes le 18 mars 2013 dans Pffffff

 

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Odile Buisson semble faire dans le politiquement correct. Comment s’offusquer qu’un médecin enfourche son blanc destrier pour aller sauver la cause des femmes ? Celles évoquées sont tour à tour indépendantes ou soumises, émues ou indifférentes, informées ou naïves, trop ou mal accompagnées… D’évidence, Odile ratisse large afin que chacune puisse se reconnaître. 

Son credo, seul le gynécologue peut guider cette inconstante qu’est la femme.

Ses bêtes noires avouées ? Tout ce qui ose de près ou de loin remettre en cause l’hégémonisme des médecins, questionner l’hypermédicalisation et nos prises en charge actuelles.

Ses bêtes noires inavouables, les sages-femmes qui, si elles ne sont jamais directement attaquées – Odile a certainement de très bons conseillers juridiques – sont malmenées en filigrane tout au long des chapitres. J’y reviendrai.

Bien plus que la cause des femmes, c’est la cause du pouvoir médical qui l’anime. Pour mieux servir son propos, les femmes apparaissent  souvent manipulées, petites choses bien en peine d’émettre un désir propre et gouvernées par une foule de gourous et autres « intervenants non médecins » (sic). 

Un extrait résume parfaitement le propos :

 » Puis on filme une femme qui accouche de façon très humaine : complètement nue, à quatre pattes, ahanant, tordant son bassin et remuant son postérieur en une transe saccadée douloureuse et électrique. Elle s’échine à expulser son petit. Le mari, calme, un peu peiné, lui masse le haut de la croupe tandis que la sage-femme surveille la posture du mammifère humain. En regardant la scène, il est difficile de ne pas avoir mal pour elle mais … il s’agit de son choix. Et devant une telle souffrance, avoir le choix est même le seul argument recevable. Car pour le reste, l’animalité de la scène est frappante tant elle évoque une douloureuse mise bas. »

La nudité n’a rien d’inhumain, la recherche d’une posture plus favorable à la mécanique obstétricale non plus. Mais cette femme dénudée ahane, se tort, se fait flatter masser la « croupe ». Le vocabulaire sélectionné avec soin renvoie à la bestialité. Evidemment, nous ne saurons rien du vécu de cette mère et de tant d’autres qui choisissent de mettre au monde leur enfant sans recourir à la péridurale. Odile sait pour nous, elles souffrent.

Moi aussi je peux tricher avec les mots et manier la caricature…

Puis on filme une femme qui accouche de façon civilisée. Elle est allongée, vêtue d’une chemise de papier bleu. Immobile, clouée au lit par l’analgésie, elle est dans l’incapacité de sentir comment pousser son enfant. Aucun mouvement, aucune vie ne vient animer son bassin. Le mari, calme, un peu peiné, lui soutient la nuque tandis que la sage-femme dirige les efforts de la mère, coupée de toute sensation.  En regardant la scène, il est difficile de ne pas être triste pour elle mais … il s’agit de son choix. Devant une telle passivité, seul avoir le choix est un argument recevable. Car pour le reste, la froideur de la scène est frappante tant elle évoque une  mécanique expulsive désincarnée.

 

à suivre…

 

 

©Photo

 

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Victoria

Publié par 10lunes le 20 juillet 2012 dans Naissance

 

1177003273_f80751c46e_zUne longue attente de trois ans, une FIV et enfin l’enfant tant espéré grandit en son sein. La grossesse se déroule sans problème, alternant les trimestres habituellement décrits, le premier nauséeux et somnolent, le second plus léger, le troisième interminable.

Arrive le jour de la naissance. Le contact du drap froid et mouillé la tire d’un profond sommeil. Elle a perdu les eaux mais ne s’est pas réveillée tout de suite. C’est pendant le trajet vers la maternité que son travail commence.

Elle est surprise par des contractions en salves serrées, violentes, bien éloignées du début de travail progressif qui lui avait été annoncé. Rien de comparable avec ce qu’elle avait imaginé, ce à quoi elle pensait être préparée.

Elle est immédiatement submergée.

Dans la tempête, une sage-femme, respectueuse, à l’écoute de ses refus, de sa douleur, de sa panique. Petite flamme chaleureuse à laquelle se raccrocher. Elle saura à chaque fois prononcer les mots qu’il faut, la rassurer, intercéder pour elle auprès des autres membres de l’équipe.
Elle a le droit de crier, de refuser les examens, de réclamer haut et fort sa péri…

Enfin, l’analgésie est posée, la tempête apaisée.

Vient le temps de la poussée. Ses efforts sont peu efficaces. L’enfant ne progresse pas. Le médecin de garde annonce «On ne vous laissera pas pousser plus longtemps, ne vous inquiétez pas ». Dans sa tête, se bousculent les mots qui n’ont pas été prononcés ; forceps, césarienne, spatules,ventouse… Elle ne veut pas de tout cela. Sa grossesse a nécessité une assistance médicale, sa dilatation aussi. N’y a t-il aucune étape qu’elle pourra franchir seule ?

Encore une fois, la sage-femme comprend son besoin, négocie quelques précieuses minutes supplémentaires.
Alors, seule, toute énergie révélée, elle met au monde Victoria, la bien nommée.

 

©Photo

 

Ce texte renoue avec quelques essais passés ; mettre en mots non ce que l’on me dit ou ce que j’ai vécu, mais ce que l’on m’écrit. Ces billets ont pour titre un prénom, celui choisi par ceux qui me confient leur histoire.

 

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Propagande

Publié par 10lunes le 15 avril 2012 dans Pffffff

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Tiphanie, étudiante sage-femme à Bruxelles m’a signalé cette vidéo sobrement intitulée  « Mon accouchement avec ou sans anesthésie ».

Le titre laisse à penser qu’avantages et inconvénients respectifs des deux « options » vont nous être exposés. En fait, sous de faux airs d’impartialité, la démonstration vise à emporter la conviction du spectateur, accoucher sous péridurale est un must.

L’analgésie péridurale est une technique suffisamment répandue pour que l’on ne s’offusque pas de la voir présentée sous son meilleur jour. Mais quid de l’objectivité annoncée par le titre ? Le message méritait d’être décortiqué.

Tiphanie travaillait dans le marketing avant de se tourner vers les études de maïeutique. Son éclairage et son aide m’ont été plus que précieux, merci à elle !

Décryptage

L’avis autorisé : Dans toute communication persuasive, un des éléments essentiels est d’avoir un personnage d’autorité à qui l’auditoire peut accorder toute sa confiance. L’ auteur du film,Roland Desprats, qualifié dans cet article « d’homme des péris » *, est accueilli par « Ah mon sauveur! » lorsqu’il arrive auprès d’une femme en travail.

L’obstétricienne est un autre personnage d’autorité appelé à énoncer sa vérité, de façon magnifiée (technique de communication persuasive) « Grâce à la rachianesthésie, la maman peut vivre pleinement son accouchement même par césarienne […] avoir l’enfant directement sur son ventre alors qu’il vient de naître, sans douleur. […] Elle peut vivre pleinement son accouchement. » (répété). Ces premiers commentaires suivent une naissance par césarienne, situation où les avantages de l’anesthésie loco régionale sont indéniables.

Plus tard, « C’est vrai qu’il y a un tout petit peu plus d’extractions instrumentales [avec la péridurale], mais de façon très faible. Donc si on met dans la balance l’avantage de la péridurale par rapport à ses inconvénients, il y a quand même beaucoup plus d’avantages à réaliser une péridurale. »
Et encore : « Il n’y a absolument aucun inconvénient [à la péridurale], il n’y a pas d’augmentation de la durée du travail, –ce n’est pas ce que dit cette étude il n’y a vraiment que des avantages à la péridurale ».
La redondance des mots avantages/pas d’inconvénient appuie encore le discours.

L’effet moutonnier (faire adhérer à une thèse en soulignant qu’elle est massivement partagée)
Au début du reportage, on peut entendre la voix off énoncer « 4000 femmes accouchent ici chaque année, 90% d’entre elles bénéficient de la péridurale, un pourcentage légèrement supérieur à la moyenne nationale ».
L’effet de masse est bien présent avec ce chiffre de 90% de femmes qui bénéficient d’une péridurale ; le choix de ce verbe n’est pas non plus anodin .

La peur (levier essentiel dans toute communication persuasive).
« La douleur de l’accouchement peut parfois être inhumaine ». Mais pas d’inquiétude, pour la douleur comme pour toute complication, la péridurale est LA solution.« Une anesthésie est souvent nécessaire pour assurer la sécurité de la mère et de l’enfant ».

L’histoire d’Andrea, qui souhaite accoucher sans péridurale, vient à point nommé illustrer « l’inhumanité » de cette douleur. Juste après l’accouchement qualifié de « génial, merveilleux » par la maman césarisée sous rachi anesthésie, la voix off annonce qu’Andréa est entrée en travail. On ne voit alors qu’une porte fermée.
On entend successivement des cris, suffisamment puissants pour traverser la porte close, la voix off « un accouchement comme elle l’avait souhaité, un accouchement sans péridurale » et enfin « AIE, AIE, AIE », provenant de la salle de naissance. Cette caricaturale succession  cris /commentaire /cris, appelle une désapprobation complice de l’auditoire (autre technique de communication)  « C’est bien fait pour elle ».

Impression confortée par une  phrase d’Andréa : « Ca fait mal, si ça avait duré, j’aurais pris la péridurale »
Même les paroles de la sage-femme revenant gentiment la féliciter « Vous avez poussé tout doucement, pourtant ce n’est pas facile quand on a mal de gérer la poussée » sont une critique implicite ; quand on n’a pas mal, donc sous péridurale, on contrôle mieux sa poussée…

Le témoignage (très utilisé en communication pour persuader un auditoire du bien-fondé d’une idée). 
Géraldine, qui a choisi d’avoir une péridurale, arrive confiante et souriante. La sage-femme explique que son col n’est pas dilaté. Puis le travail s’intensifie. « Au moment de la contraction, j’ai pas de comparaison, on ne peut pas se contrôler, c’est tout le corps qui souffre » paroles appuyées par les images de son visage crispé ; et son mari d’ajouter « de la voir souffrir comme ça…vivement la péridurale parce que là, ça fait un quart d’heure que ça dure, c’est dur pour moi aussi ! » La succession des deux phases suggère que confiance et sourire sont incompatibles avec un travail efficace…

Les questions purement rhétoriques du médecin en salle de césarienne reposent également sur la technique du témoignage « Est-ce que vous avez ressenti quoi que ce soit de l’acte chirurgical ? », « Vous avez eu le plaisir et la joie d’avoir votre enfant en présence de votre mari ? » Les bonnes réponses de la femme sont saluées par un discret mais bien réel « Voilà ! » du médecin.

Sur vingt-huit minutes de reportage, seulement trois sont consacrées à l’accouchement sans péridurale. Appel à l’autorité, effet moutonnier, recherche de complicité avec l’auditoire, peur et témoignages sélectionnés…  Tous les ingrédients d’une communication réussie sont présents. Remarquons également l’émotion nettement plus visible chez les femmes sous anesthésie que chez Andréa. 

Si tous les bénéfices de la péridurale sont détaillés, aucun n’est évoqué pour les femmes faisant un autre choix.
C’est toute la différence entre une information éclairée et un message publicitaire…

 

 * à l’humour en bandoulière… (sic)

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Mère Nature !

Publié par 10lunes le 21 mars 2012 dans Médias

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Nous connaissions l’accouchement physiologique, l’accouchement eutocique, l’accouchement normal, voilà que l’on découvre l’accouchement naturel. J’attends avec impatience l’accouchement certifié bio par Ecocert.

Ainsi l’accouchement naturel comporte trois  phases, dilatation, expulsion, délivrance…  Serais-je dans l’erreur en pensant que c’est le cas de tous les accouchements ?

Puis vient cet élogieux paragraphe / mères moins fatiguées /enfants moins angoissés / relations de meilleure qualité / sorties plus rapide / moins de complications… qui dessine en creux une terrible et abusive image de l’accouchement « médicalisé ».

La démonstration est un peu courte. Si la surmédicalisation a des effets iatrogènes, personne ne souhaite pour autant s’en remettre  aveuglément à dame nature. Un accouchement peut se compliquer et l’intervention du médical sera alors bienvenue.

Mais pour que tout le monde s’y retrouve – faut faire consensuel cocotte -les baffes sont équitablement distribuées, une  à droite, une à gauche. L’accouchement naturel ça se paye, on a mal et si y a des complications, y a pas de matériel ! Autant dire que ces pauvres femmes sont livrées à elles-mêmes… C’est ballot quand on sait que le  « matériel nécessaire » – mot générique pouvant recouvrir un large univers, du forceps au bloc opératoire en passant par la baguette magique – est dans la salle d’à coté.

Enfin, les sages-femmes penseraient la naissance dénaturée parce que médicalisée. Oui nous sommes nombreuses à déplorer la protocolisation qui s’impose à chaque femme et l’oblige à accoucher non comme elle le souhaite mais comme la médecine en décide. Oui l’hypermédicalisation nous éloigne de la réalité physiologique de la naissance. Mais qui oserait penser que la césarienne est un acte inutile, que toute péridurale est superflue ?

De la mesure ! Comme toujours, les extrèmes sont néfastes. Certes, les 99% de péri, les 40 % de césariennes revendiquées par certaines maternités effraient. Mais je serais tout aussi effrayée si l’on imposait que toute femme accouche « naturellement » dans son foyer.

La médecine actuelle nous permet de prévenir, de dépister… c’est ainsi que nous pouvons accompagner les femmes, en fonction de leur désirs et de leur réalité médicale.

Tout traitement univoque – qu’il soit naturel ou hypertechnicisé – serait, comme l’article cité, dénué de sens.

 

©Photo

 

 

 

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