Décompté

Publié par 10lunes le 12 décembre 2015 dans Naissance

 

 

021De génération en génération, les femmes de sa famille accouchent par césarienne.

Alors, même si son accouchement s’étire en longueur, même s’il nécessite toutes les compétences de l’équipe obstétricale, même si le mot patience est multiplement conjugué, elle est heureuse de mettre son enfant au monde sans chirurgie.
Un ultime effort, une dernière poussée et son fils glisse hors de son ventre.

Elle est épuisée mais
 découvre avec bonheur son tout-petit tant attendu.
Elle le serre dans ses bras, le hume, le caresse, l’embrasse.
Et chuchote à l’oreille de l’enfant tout neuf :
– Voilà, ça y est, on est deux !

Seuls au monde
Ou presque

Car une autre voix toussote à ses côtés,
– Enfin trois.
dit le père…

 

 

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Révélé

Publié par 10lunes le 18 septembre 2015 dans 9 mois

 

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Il  entre d’un pas sûr, le torse bombé,  parcourt la salle d’un regard circulaire, s’affale sur une des chaises presque avant que sa femme ne s’installe, et prend immédiatement la parole, histoire de démontrer qu’il contrôle la situation.
Je viens pour lui faire plaisir affirme-t-il d’une voix trop forte.

Je la connaissais bien avant cette grossesse. Je le rencontre pour la première fois.
Elle a déjà un enfant ; lui ce sera son premier.
Une nouvelle union comme elle le formule de façon désuète.

Il se demande visiblement ce qu’il fait là, dans un cabinet de sage-femme, et fanfaronne
– Et donc, on va parler de quoi ?

C’est avec lui que je dois faire connaissance. Je tente et tends quelque perches. Eviter ce qui pourrait ressembler à un interrogatoire, lui offrir un espace pour exprimer son ressenti, ses éventuelles questions.
Au départ, drapé dans sa cape de supermacho, il la joue très sûr de lui ; c’est des histoires de nanas, je suis là parce qu’elle a insisté, mais moi tant que le petit est pas là, suis pas concerné, de toute façon la parlotte c’est pas mon truc…

Petit à petit il s’apprivoise, s’autorise à livrer quelques émotions, évoque son désir de paternité présent depuis longtemps mais enfoui faute d’avoir trouvé la femme avec qui… et puis cette rencontre, ce parfait amour, l’évidence de sa concrétisation par l’arrivé d’un enfant.

II a ôté sa cape ; son regard se fait plus doux, son ton plus modulé. Il a pris la main de sa compagne et la caresse d’un pouce un peu fébrile.

Il tente encore de la jouer bravache quand je lui propose de venir à la rencontre de son bébé.
– Oh mais je touche déjà son ventre hein, c’est même moi qui lui passe sa crème alors…

Elle s’amuse de ses défenses. Maintenant allongée, elle prend sa main dans la sienne pour la poser sur son ventre. Timidement il avance l’autre main la pose délicatement, et s’étonne, guidé par nos paroles, de sentir les contours utérins.

Son bébé réagit sous sa paume.
Il sourit.
Je leur propose alors d’inviter l’enfant à se blottir dans leurs mains, d’un côté puis de l’autre.
Ce petit là doit sentir combien c’est important pour son papa, il se blottit avec vigueur !

La première fois, son père lève un regard étonné, passant tour à tour du visage de sa compagne au mien, cherchant dans nos sourires la confirmation de ce qu’il a perçu.
La troisième fois il ne doute plus. Ses yeux se sont embués.

Quand il repart, il bombe le torse, encore, mais c’est une nouvelle fierté qui l’anime.

 

 

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Paternité (4)

Publié par 10lunes le 24 décembre 2014 dans 9 mois

 

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En préparation à la naissance, trois couples partagent attentes et craintes autour de l’arrivée de leurs enfants. Pour ce père qui attend des jumeaux, les craintes semblent se multiplier par deux.

Pour illustrer son stress, il se lance dans le récit détaillé de son dernier rêve, y insérant les digressions habituelles de celui qui, encore imprégné du souvenir nocturne, cherche à se remémorer chaque détail, aussi infime soit-il.

C’était dans la ville de mon enfance, enfin pas vraiment, j’habitais dans un bourg, mais c’était la petite ville juste à coté. Il y avait une supérette où j’allais souvent faire des courses avec ma mère. La boutique est fermée maintenant. Mais bon, dans le rêve, j’étais ado, on se baladait avec des copains au milieu de la nuit parce qu’on revenait d’une soirée d’anniversaire.

Le groupe sourit de cette évocation si précise, attendant la suite avec curiosité.

Alors on passe devant la supérette – enfin c’était pas vraiment le même magasin que celui de mon enfance mais dans mon rêve je savais que c’était bien celui là – et on s’aperçoit que la porte est ouverte. Comme il fait nuit, on décide de rentrer. Y a personne qui peut nous voir, personne ne sait qu’on est là. A l’intérieur, les lumières sont allumées, comme si le magasin était ouvert et c’est fou hein, parce qu’il est fermé depuis longtemps.

L’attention des auditeurs s’amenuise un peu devant cette accumulation de précisions.

Les rayons sont remplis. Il y a tout ce qu’on peut trouver dans un supermarché. On a tous rêvé d’être une nuit seul dans un grand magasin et de pouvoir y faire tout ce qu’on veut non ? Dans mon rêve, on est tranquilles, on a pas peur de se faire repérer.
Alors les copains commencent à vouloir emporter des trucs. Ils prennent un chariot et vont dans le rayon boissons. Ils remplissent le caddie à ras bord de bouteilles et de paquets de bières.
Pendant que mes potes piquent de l’alcool, je pars tout seul dans un autre rayon, et moi…

Le silence du groupe est toujours aussi poli mais un peu moins attentif.
L’explosion finale n’en sera que plus forte.

… et moi je pique des couches ! conclut-il d’un air désolé.

 

 

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Paternité (3)

Publié par 10lunes le 23 décembre 2014 dans Naissance

 

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Je les revois pour la première fois depuis la naissance de ce tout-petit porté en écharpe par son père.

Elle évoque un brouillard de sensations et émotions.
Lui se remémore avec précision tous les détails de la salle de naissance ; les bruits, battements du coeur fœtal, bip de la pompe à perfusion, froissement des emballages stériles, heurt du plateau sur le chariot métallique, la lumière tamisée à leur arrivée puis celle plus puissante du scialytique, les odeurs, sueur, bétadine, liquide amniotique…

Il se félicite que son nouveau-né n’ait pas été lavé mais juste séché et réchauffé à la naissance. A leur demande, il n’a été baigné que 36 heures plus tard.

Il poursuit : Le lendemain, chaque fois que je prenais mon fils dans mes bras, je respirais dans ses cheveux l’odeur du liquide amniotique et toutes les émotions de sa naissance me revenaient.

Il reste un instant silencieux, envahi par le souvenir, puis ajoute de façon plus abrupte : c’était comme me faire un sniff d’accouchement !

 

 

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Paternité (2)

Publié par 10lunes le 22 décembre 2014 dans Naissance

 

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La maternité qui verra naître leur bébé impose un enregistrement permanent du rythme cardiaque fœtal. La contrainte s’avère plutôt incompatible avec les postures proposées en préparation pour améliorer le confort maternel et favoriser la progression de l’enfant.

La sage-femme qui anime ces séances propose donc aux pères de tenir eux-même le capteur. Cela permet de préserver la continuité attendue de l’enregistrement sans entraver les changements de positions.

Ce père là est plus qu’attentif aux conseils donnés. Tout au long du travail, il s’applique à déplacer le capteur de quelques millimètres, à l’orienter de quelques degrés, guidé par les battements cardiaques qui résonnent dans la salle de naissance.

Lorsque vient le moment de la poussée, il poursuit sa tâche. Main posée à plat sur le capteur, il l’oriente et suit la progression fœtale dans le bassin.

Et c’est avec cette main qu’il perçoit ce qu’il n’aurait jamais imaginé sentir.
L’épaule de son enfant, glissant progressivement pour disparaître derrière le pubis quelques secondes avant d’apparaître à la lumière.

Réelle sensation ? Simple illusion ?
Qu’importe. Ce souvenir tactile l’émerveille.

 

 

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Paternité (1)

Publié par 10lunes le 21 décembre 2014 dans 9 mois

 

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C’est la consultation du quatrième mois. Ils s’y rendent à deux, même s’il a été habitué lors des autres grossesses à rester simple témoin, quasi invisible aux yeux des soignants.

Mais cette fois, la grossesse est suivie par une sage-femme attentive. Pas question pour elle de faire un geste sans leur proposer d’en partager le sens.

Après avoir palpé le contour utérin pour en évaluer la croissance, elle guide les mains de la mère pour qu’elle le sente aussi.
Puis c’est au père, tout étonné d’être invité à faire de même. Il s’applique à sentir les bords latéraux, le fond utérin, s’émerveille de percevoir ainsi l’espace offert à son bébé. Il pose tendrement la main sur le ventre de sa compagne, au centre de la zone qu’il vient de délimiter.

La sage-femme sourit : Là, tu tiens ton bébé dans la main.
L’attention du père est totale, encore renforcée par la perception d’un léger frémissement.


Alors, une brève seconde, il tourne le poignet pour observer sa paume.
Et serait presque déçu de ne pas y découvrir son enfant.

 

 

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Impliqué

Publié par 10lunes le 18 décembre 2012 dans Après

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Leur enfant est né un peu plus tôt que prévu. C’est donc à trois qu’ils assistent à la dernière séance de préparation, heureux et fiers de présenter leur tout-petit aux deux autres couples. Les questions pleuvent.

C’est lui qui raconte, faisant un récit détaillé de toutes les étapes de l’accouchement. Il débute par  la description minutieuse de la perte des eaux, enchaine sur le départ à la maternité, évoquant au passage son rôle essentiel dans le bouclage de la valise, décrit l’accueil de la sage-femme, le premier examen. Avec fierté, il explique comment il a soutenu sa compagne en la massant, l’étirant, la berçant et souligne combien il était fatigué… Vient la poussée, « Elle s’est accrochée à mon cou, j’en ai encore des courbatures » et enfin la naissance. Pas un détail ne manque à sa narration.

Volubile, occupant l’espace de ses gestes amples, c’est une vraie pièce de théâtre qu’il est en train de jouer. Dans son enthousiasme, c’est le « on » qui préside. Le « on est arrivé » passe très bien, « on a accouché » nous attendrit, mais « on avait des contractions toutes les trois minutes » semble un peu exagéré.
Sa femme l’écoute avec le petit sourire de celle qui ne dit rien mais n’en pense pas moins…

Quand la question du recours à la péridurale leur est posée, il continue sur sa lancée. « On a pas pris la péri parce qu’on allait bien.
Sans lui faire remarquer sa maladresse, sa voisine se tourne vers elle et l’interroge directement. Comment as tu vécu les contractions ? Ca faisait mal ?
Et quand c’est lui qui ouvre la bouche pour se lancer dans une énième tirade, sa compagne pose doucement la main sur son avant bras pour l’interrompre, « Je t’ai laissé tout raconter mais pour la douleur, tu vas peut-être me laisser parler ? « 

 

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Flemmardes

Publié par 10lunes le 17 août 2011 dans Après

Il y a 30 ans.
C’est une maternité qualifiée d’alternative, respectueuse des attentes des parents comme des besoins de l’enfant. La préparation à l’accouchement tient une grande place, alternant temps d’information, groupes de discussion et multiples séances de relaxation et respiration. Au fil des mois, de réels liens se tissent avec les futurs parents, parfaitement informés de l’accompagnement qu’ils trouveront le jour J.

A l’inverse, ce couple là nous est inconnu. Pas de préparation ni de consultation au sein de la maternité, ils ne savent rien de notre fonctionnement. Au moment de l’accouchement, elle s’est présentée à l’accueil de la maternité – la pratique actuelle d’inscription au premier jour de retard de règle n’est pas encore d’actualité – et nous l’accompagnons comme à notre habitude.

A la naissance, nous respectons ce qui s’apparente à un rituel d’accueil, selon les principes de la très en vogue « naissance sans violence« .
Le nouveau-né est posé sur le ventre maternel, puis l’équipe s’éclipse quelques minutes afin de laisser les parents découvrir leur enfant en toute intimité. Une fois revenue, après m’être assurée que la circulation ombilicale est interrompue, je tends très solennellement les ciseaux au père afin qu’il coupe le cordon. Ma proposition enthousiaste ne doit pas laisser de place au refus ; il s’exécute. Avec tout autant de conviction, j’invite le père à baigner son enfant. En guise de baignoire, un berceau de plexiglas éclairé par une lumière dirigée par en dessous, nimbant l’enfant d’une douce lueur sans risquer de l’éblouir…

Pour ce petit d’homme, un accueil avec tout le respect, toute la douceur qui lui sont dus.
Pour nous, le sentiment du travail bien fait.

Sentiment quelque peu tempéré par ce père parti fêter la naissance de son petit au troquet voisin. C’est le patron du bar qui a vendu la mèche…

Ballon de rouge à la main, le géniteur se félicite de la force et de la vigueur de son « couillu de fils ». Suit une petite remarque concernant le personnel : «Ah ben, celles là, elles s’emmerdent pas, pour le même prix c’est moi qu’a du couper le cordon et baigner le gamin !»

 

 


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