Braderie de fin d’année !

Publié par 10lunes le 22 décembre 2013 dans Militer

 

manif SF 7-11

En ce moment, les sages-femmes se font entendre et je ne moufte pas. C’est pas vraiment mon habitude hein, en général j’arrive à suivre ce qui se passe. Mais là, niet, nada… j’ai l’impression de ne rien comprendre.

Parce qu’au départ c’est clair ! Les sages-femmes portent des revendications partagées par toutes :  reconnaissance de leurs compétences, réelle autonomie d’exercice pour que ces compétences puissent être mises en œuvre, parcours de soin utilisant au mieux les dites compétences et puis un peu aussi de meilleurs salaires (ce point ne concerne pas les libérales mais je suis évidemment solidaire).

Simple, carré, évident.

Sauf que tout cela achoppe sur le statut qui semble diviser les sages-femmes.
On pourrait même dire que ça achoppe sur un point de vocabulaire : « mé-di-cal ». Encore une fois, le classement des professions de santé – quasi spécificité hexagonale – en deux catégories, médicaux/paramédicaux, complique la donne. Ainsi, Michel Sapin, ministre du travail s’autorise à interpréter (mais de quoi qu’il se mêle !) « [Le travail des sages-femmes] mérite une reconnaissance mais ce ne sont pas des médecins ». Personne ne le prétend et surtout pas les sages-femmes. Mais le code de santé publique a déjà tranché, les sages-femmes sont une des trois professions médicales. Point. 

Les objectifs sont donc communs à toute la profession. Mais les chemins qui y conduisent au sein de l’hôpital font débat. Et Marisol Touraine s’empare avec bonheur de ces divisions. Apres avoir annoncé en novembre une phase de concertation suivie de décisions définitives rendues le 20 décembre, elle annonce ce jour là qu’il est urgent d’attendre. L’annonce de la fin 2013 serait donc définitive fin mars 2014.
Ou comment tenter de laisser un mouvement s’épuiser.

Les sages-femmes se seraient mobilisées depuis deux mois pour en arriver là, c’est-à-dire pas très loin ?
Puis vient ce communiqué et là, je me dis qu’elles ont gagné !!!

Paradoxal ?
Mais si certains s’abaissent à ce genre de grossière attaque, c’est que le balancier balance et que la place des sages-femmes devient enfin plus visible.

Sachez Mesdames et Messieurs de la FNCGM que le gouvernement n’a pas à confier la santé des femmes à quiconque. De droit, nous faisons partie des praticiens à qui les femmes peuvent s’adresser. Elles sont adultes et autonomes et confieront leur santé à qui elles le voudront…  Sachez aussi que certaines confient déjà leur santé – génésique – aux sages-femmes et qu’elles sont chaque jour plus nombreuses à le faire. Sachez enfin que les sages-femmes qui les reçoivent s’attachent justement à dépister tout antécédent, toute anomalie qui justifierait de passer le relais.

Mais quand une sage-femme doit diriger une femme vers un gynécologue parce que la situation nécessite ses compétences spécifiques, comment pourrait-elle l’adresser à un signataire de cette pétition ?

Nous ne sommes pas médecins, ne prétendons pas prendre leur place. Nous demandons simplement à être respectées pour ce que nous faisons au quotidien, à pouvoir exercer la profession pour laquelle nous sommes formées.

Le méprisable mépris dont vous faite preuve dans ce communiqué, la pitoyable pétition qui l’accompagne sont révélateurs de votre mode de pensée. Vous grands chefs, nous dociles fourmis ouvrières.

Mesdames et Messieurs de la FNCGM, à tous les étages du système de soin, dès que l’un pense détenir le savoir et réduit l’autre à la simple exécution, il fait fausse route et met en péril la qualité des soins.

Je souhaite travailler avec vous, j’ai besoin de vous.
Mais sans respect réciproque, nous et les femmes dont nous prenons soin, nous sommes bien mal barrés !

 

Photo : manifestation des sages-femmes © « sage-femme en colère »

PS : la succession d’articles « militant » a de quoi lasser les non sages-femmes qui passent par ici. Je vais profiter de la la trêve de Noël pour revenir à d’autres thèmes qui me sont tout aussi chers…

 

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Prix d’excellence

Publié par 10lunes le 1 octobre 2012 dans Militer

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Il faudra que je pense à remercier le Syngof qui se montre attentif à mes pannes d’inspiration et me donne régulièrement – un peu trop – matière à billets.

Voici donc un nouveau communiqué tout poli tout lissé pour s’étonner «de l’appel lancé par l’ordre des sages-femmes incitant les femmes françaises à les consulter en gynécologie»

« L’appel » est pourtant plus que discret ; il ne s’agit que d’une page sur le site de l’ordre intitulée «Histoire de la profession» qui, entre autres éléments, cite la compétence accordée aux sages-femmes depuis juillet 2009 dans le suivi gynécologique de prévention.

Le Syngof lance des attaques récurrentes contre notre profession. Les arguments utilisés sont eux aussi récurrents. Mes réponses finissent par l’être tout autant.

J’aurais donc pu bouder ce énième avatar de « c’est qui qu’est le meilleur » si, dans sa volonté de convaincre, le Syngof n’avait pas usé d’un nouveau qualificatif à notre égard. Soudaine reconnaissance «Elles [les sages-femmes] excellent en salle de naissance ». Cette reconnaissance se tempère cependant rapidement par le «dévouement» qui suit. Chers confrères, plutôt que de dévouement, parlons de compétences. Je ne me dévoue pas à mes patientes, j’exerce mon métier. Et si j’y trouve de grandes satisfactions, abnégation et renoncement, grands compagnons du dévouement, ne font pas partie de ma vie.

Donc nous excellons en salle de naissance alors que l’année dernière, le même Syngof souhaitait «demeurer vigilant sur la sécurité de l’accouchement qu’elles [les sages-femmes] ne peuvent assumer seules». Loin de moi l’idée d’affirmer l’inutilité des obstétriciens. Mais la tournure de la phrase et le contexte du moment laissaient à penser que nous n’étions que de stupides exécutantes.

La lutte de territoire semblant se déplacer sur le terrain de la gynécologie, le Syngof nous accorde enfin toutes les qualités en obstétrique.

Quoique..  le petit lapsus de ce communiqué de presse prouve que rien n’est gagné. Nous excellons (permettez-moi de me régaler de ce verbe)  mais «depuis toujours, les femmes françaises ont une relation privilégiée avec leur gynécologue – le « gygy » cher à Borée ? – ou généraliste pour tout ce qui concerne le suivi de leur grossesse ».

« Depuis toujours » est à la louche aussi précis que « ça fait bien longtemps », oublie l’histoire de l’obstétrique pratiquée par les ventrières bien avant que les barbiers (ancêtres des chirurgiens) ne viennent s’en mêler. L’imprécision du terme évite de s’interroger sur la répartition optimale des rôles entre sages-femmes et médecins. Mais surtout, cette affirmation convaincue élude une réalité : de plus en plus de femmes choisissent de s’adresser aux sages-femmes. 

Le résultat de l’excellence sans doute…

 

 

©Photo

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