Bouclées

Publié par 10lunes le 22 décembre 2016 dans Naissance

 

c-22

Après plusieurs fausses alertes, elle le sait, le sent, son utérus travaille cette fois-ci de façon efficace.
Quelques heures plus tard, en route pour la maternité, les contractions réveillent ses doutes en s’espaçant.

Pourtant, la sage-femme qui les accueille ne doute pas et –  après avoir vérifié si l’examen était souhaité – annonce une dilatation de 6 cm.

Elle plonge dans sa bulle, cette conscience à la fois aiguë et distanciée qui marque le travail de l’accouchement.
Au rythme des vagues successives, l’univers se recentre sur son ventre.

La sage-femme passe régulièrement s’assurer que tout va bien, restant discrète, attentive à ne pas la déranger.
Plus tard, elle propose de percer la poche des eaux nacrée venue bomber à l’entrée du vagin.
Juste après, sans effort perceptible, l’enfant naît.

Si la praticienne a semblé à son compagnon avare en mots et en gestes, elle lui sait gré de sa discrétion, de sa confiance.

Et, malgré le flou de l’environnement qui marque toute naissance, un détail lui reste très précis : les jolies boucles d’oreilles de sa sage-femme.

 

 

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Décompté

Publié par 10lunes le 12 décembre 2015 dans Naissance

 

 

021De génération en génération, les femmes de sa famille accouchent par césarienne.

Alors, même si son accouchement s’étire en longueur, même s’il nécessite toutes les compétences de l’équipe obstétricale, même si le mot patience est multiplement conjugué, elle est heureuse de mettre son enfant au monde sans chirurgie.
Un ultime effort, une dernière poussée et son fils glisse hors de son ventre.

Elle est épuisée mais
 découvre avec bonheur son tout-petit tant attendu.
Elle le serre dans ses bras, le hume, le caresse, l’embrasse.
Et chuchote à l’oreille de l’enfant tout neuf :
– Voilà, ça y est, on est deux !

Seuls au monde
Ou presque

Car une autre voix toussote à ses côtés,
– Enfin trois.
dit le père…

 

 

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Incarné

Publié par 10lunes le 7 décembre 2015 dans Naissance

 

016

L’anesthésie a été posée, son bras gauche est perfusé, son bras droit entouré du brassard à tension. L’équipe attentionnée l’a protégée de la fraîcheur de l’air avec une couverture. Dans la lumière crue du bloc opératoire, un seul acteur manque encore, pourtant indispensable, le chirurgien.

L’attente lui parait longue. Elle imagine les instants à venir, craignant que l’anesthésie ne perde de son efficacité à force de patienter. La porte s’ouvre enfin, laissant passer un homme vêtu de vert, calot sur la tête, mains en l’air. L’infirmière s’affaire à l’habiller stérilement.

L’air se fait plus frais, la couverture a été retirée. Elle observe le ballet qui se réfléchit dans le miroir du scialytique, au dessus de sa tête.
Sa peau vire à l’orange au fur et à mesure des mouvements de la compresse imprégnée d’antiseptique. Les mains s’affairent maintenant à fixer les bandes de papier bleu de part et d’autre de son ventre.
Elle craint la sensation du bistouri et ferme les yeux.

Un bruit d’aspiration.
Elle ne sent toujours rien. Puis ça tire et ça remue, l’espace de quelques secondes.

Des pleurs.
Les mains hissent son enfant au dessus du champ opératoire, enroulé sur lui même, encore en position fœtale.
Le geste s’accompagne des paroles rassurantes du médecin
– Madame, voici votre bébé. Ne vous inquiétez pas, c’est votre sang.

Nimbés de l’intense émotion de la rencontre, les mots prennent un autre sens.
Celui de la filiation.

Elle accueille son enfant dans un presque cri.
– Oui ! C’est mon sang, la chair de ma chair, c’est mon fils !

 

 

 

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Primum non nocere

Publié par 10lunes le 22 novembre 2015 dans Blessures

 

4092855689_a29d36435fCette semaine,  j’assistais à un congrès périnatalité, évidemment organisé bien avant les attentats.  Il a été maintenu, assorti de quelques mesures de « sécurité » : Je peux voir votre valise, vous n’avez pas de bombe hein ? Ahahaha…

Nous étions dans une petite ville balnéaire, désertée par ses habitants aux premiers jours de l’automne, presque isolés du reste du monde.

Discuter EBM et puissance statistique par ces temps heurtés s’annonçait dérisoire. Pourtant, nous y sommes arrivé.

C’était comme une bulle de normalité, un espacé préservé qui faisait du bien.
Je ne sais pas si l’ombre des attentats planait sur nos têtes, si la chaîne de solidarité qu’ils ont déclenchée y était pour quelque chose mais ce congrès était étonnamment apaisé. Pas de grands discours, de décorum, de querelles d’ego et même pas de pingouins. Pontes et plèbe ont fait assaut de jeans-baskets.

L’essentiel était ailleurs. Comme la promesse d’une obstétrique redevenue humaine.

Dénoncer l’hypermédicalisation inutile et anxiogène de ce concept très français qu’est la menace d’accouchement prématuré.
S’attacher aux modalités des annonces faites aux parents lors de problèmes découverts pendant la grossesse.
Remettre en cause des pratiques qui font mal aux tenants de la physiologie comme l’épisiotomie (simple rappel bien sûr, mais toujours  bienvenu) ou –  sujet plus inattendu – le clampage immédiat du cordon…
Pour certains, dont je suis, qui ont toujours laissé le cordon cesser spontanément son battement afin de permettre la poursuite des échanges sanguins entre mère et enfant, cela pourrait apparaître comme la réinvention de l’eau chaude. Mais c’est la réinventer avec des données et des études à l’appui ; et donner ainsi les moyens à chaque praticien de s’affirmer scientifiquement face à des protocoles obsolètes et obtus.

Les interventions ont encore traité de prévention, de travail en réseau et d’usagers indispensables pour empêcher les professionnels de penser en rond…
Même le toujours polémique sujet des maisons de naissance a été abordé avec respect bien que la tension soit un poil plus palpable.

Et puis le congrès a pris fin, chacun est rentré chez soi, retrouvant état d’urgence, infos, hommages et appels à résistance.

Impuissante face à la terrible absurdité du monde, je veux croire qu’une société équitable et solidaire se construit dès les premiers instants d’une vie. Je ne peux rien sauf respecter parents et nouveaux nés, laisser les émotions s’exprimer, prévenir, accompagner, soutenir.
En toute humanité.
Parce que ça s’enracine où la violence, à quel moment de la vie ?

 

Crédit photo

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Indiana Michel

Publié par 10lunes le 5 avril 2015 dans Médias

 

indiana

Une femme, un homme. Autour d’eux six (six !) personnes. Toutes portent un masque et un calot ; trois sont gantées. La lumière blanche du scialytique éclaire les cuisses fléchies de la femme.

– C’est parti ! On pousse ! Poussez !  Soufflez !
Une femme vêtue de vert intervient puis se recule. Un homme vêtu de bleu interpelle son voisin :
– Mr Cymes ? Docteur ?
Il s’approche et pratique quelques gestes, maladroitement (sur le côté, un genou au sol, on aperçoit la femme en  vert. Ses mains accompagnent discrètement celles du médecin)
– Madame, tendez les mains vers nous !

Elle accueille son enfant.
Car c’est à une naissance que nous venons d’assister.

 

Donner la vie mêle reportage à la maternité Jeanne de Flandre et rappels historiques sur l’évolution de l’obstétrique.
Jacques Gélis et Marie France Morel sont des historiens de la naissance incontournables. En deux heures d’émission, le balayage est forcément rapide mais intéressant ; parfois aussi anecdotique et surprenant (ah le test de Hogben !!).

Mais les images tournées à la maternité nécessitent un zeste de décryptage…

La naissance de Lison inaugure le documentaire. Malgré la nombreuse assemblée, elle semble se dérouler sans problème, comme – évidemment !- la grande majorité des naissances. Mais l’extrait ne concerne que les dernières secondes.

Un peu plus loin, le reportage permet de retrouver les parents de Lison à leur arrivée à la maternité. La péridurale est posée, le son du monitoring envahit la pièce.

En voix off, Michel Cymes commente, usant des tics dramatisant habituellement chers aux chaînes privées (thème déjà évoqué sur le blog, en particulier ici).
– Dans la salle de naissance, la tension monte soudain d’un cran. Malgré les sourires, le risque d’une césarienne en urgence est bien là.
Omar, le sage-femme (qualifié d’atypique parce que c’est un homme…) fait quelques vérifications. Finalement tout va bien, le PH fœtal est bon.

La voix off poursuit
– Depuis leur poste de contrôle, les sages-femmes ne vont pas quitter des yeux le rythme cardiaque de l’enfant (la caméra zoome sur le tracé mais pas de chance, c’est celui des contractions).

Plus tard, la voix off reprend
– Malgré les efforts d’Hélène, Lison semble coincée. Pour le père, impuissant, les minutes sont interminables. Omar ne le montre pas mais il est inquiet. Il demande à écouter le cœur de Lison. Le rythme cardiaque est irrégulier. Il faut accélérer la naissance.

– Le médecin tire de toutes ses forces, une fois, deux fois, dix fois ! Mais rien n’y fait. La ventouse change de main. Par crainte des séquelles que peut laisser une épisiotomie, l’équipe l’a retardée le plus possible mais elle n’a plus le choix, il faut couper le périnée pour agrandir le passage.

Lison finira par naître, moins facilement que ne le laissaient penser les premières images. Le ballet sage-femme, obstétricien, médecin journaliste nous apparaît sous un tout autre éclairage.
Le premier rôle n’est d’ailleurs tenu ni par l’enfant, ni par ses parents. Quelqu’un de l’équipe s’enthousiasme :
Regardez qui sort votre bébé !

Une autre femme accouche de jumeaux par césarienne.

Puis c’est Mariana que nous retrouvons en salle de naissance. Elle aussi a recours à la péridurale
La voix off reprend du service
– Mariana a beau pousser de toutes ses forces, son bébé ne descend pas.  Les paroles apaisantes de la sage-femme cachent une crainte grandissante pour la santé du bébé. Alors, d’un seul signe de tête à sa collègue, elle déclenche la procédure.

– Son rythme cardiaque indique qu’il est en souffrance. La tête du bébé n’est pas assez sortie pour y poser une ventouse, il faut utiliser les forceps. Le gynécologue est arrivé. Il faut aller vite mais sans montrer à Mariana que la situation est critique.

– Le mécanisme semble barbare mais c’est la dernière chance avant une césarienne en urgence. La tête affleure mais le bébé ne sort toujours pas. Il faut faire une épisiotomie, inciser l’entrée du vagin pour élargir le passage en évitant les déchirures.

Il ne nous aura donc pas été offert de voir une naissance physiologique. Une césarienne et deux accouchements que l’on peut qualifier de difficiles !
Deux femmes allongées et immobiles, deux péridurales, deux extractions instrumentales, deux épisiotomies !
Ou comment transmettre à de futurs parents en quête d’information une vision plus que stressante et hypermédicalisée de la mise au monde.

Et si cela ne suffisait pas, il y a la voix off. Elle n’est évidemment pas continue, l’émission alterne son direct et commentaires.
Mais si je n’ai transcrit ici que ces derniers, c’est par souci de démontrer comment ils viennent dramatiser la réalité.
Heureusement, la médecine et le bon docteur Michel sont là pour nous sauver…

Et comme disait récemment un futur père commentant une émission du même acabit :
– Non mais si tu cherches bien, de temps en temps, y’en a qui se passent bien.

 

 

Crédit photo :Tim Norris 

 

 

 

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Contorsionniste

Publié par 10lunes le 7 juillet 2014 dans Naissance

 

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Bringuebalé au gré des besoins maternels, le tabouret d’accouchement s’est retrouvé face au mur de la salle de naissance.

Pour la dernière phase du travail, elle s’est à nouveau installée sur le siège, dans la position accroupie qu’il permet d’adopter sans effort.
Ses yeux sont fermés, ses bras levés, ses mains nouées à celles de son homme, debout derrière elle, qui oppose toute sa force à la traction qu’elle exerce.
Son souffle puissant, profond, rythme chaque contraction.

Je ne suis que simple visiteuse, passée la voir et restée là, parce que ça nous faisait plaisir.
Elle ne sait plus que je suis là.

Elle ne sait rien que la force de son utérus, la force de son homme, la force de son souffle. Et toutes ces forces conjuguées contrastent avec cet enfant qui naît si doucement.

La sage-femme est agenouillée face à elle. Agenouillée, c’est beaucoup dire. L’espace entre le mur et le tabouret est si réduit qu’elle se contorsionne pour suivre l’évolution de la naissance.
Elle guide la mère de quelques mots, à peine chuchotés, qui l’aide à ralentir la progression de l’enfant.

La tête est en train de se dégager. La femme lâche les mains de son compagnon, vient les poser sur le sommet du crâne, ses doigts semblent s’attarder un peu sur la sensation des cheveux touffus  de ce bébé pas encore né. Puis une autre vague, un autre souffle, la tête qui se dégage et le corps qui glisse presque dans le même mouvement.
La sage-femme a juste le temps de s’écarter pour éviter le jet de liquide qui suit.

Serrant son enfant contre elle, la mère ouvre les yeux, embrasse tous les espaces de peau à sa portée, s’enivre de l’odeur amniotique.
Elle rit…

Et ne saura jamais dans quel précaire équilibre était la sage-femme, dont la voix douce et posée n’a pas un instant laissé percevoir l’inconfort de sa posture.

 

Je profite de ce billet pour vous inviter à découvrir, si ce n’est déjà fait, la très drôle et très pédagogique bande dessinée « Primipare » de Lucile Gomez.

 

 

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Que du bonheur ?! (2)

Publié par 10lunes le 5 juin 2014 dans Après, Vie des femmes

 

coup de foudre

Leur enfant est né la veille au soir. Le père, contraint de quitter la maternité pour la nuit, revient aux premières heures de la matinée. Il retrouve sa compagne contemplant le nouveau-né, dormant paisiblement  dans son berceau.
Dans un geste tendre, il caresse son ventre vide.
Elle lui sourit.
-« Tu dis bonjour au bébé ?
En me racontant l’anecdote, elle précise

Il a cru que je blaguais, j’ai pas osé lui dire que non. »

Les regards qui se croisent, l’amour immodéré, le bonheur immense…
Qui n’a pas lu ou entendu ces mots, au détour d’un article, d’un reportage, non pour évoquer un coup de foudre amoureux mais pour décrire les sentiments d’une mère à la naissance de son enfant.

La rencontre est présentée comme évidente, immédiate.
Et comme toujours, la vie est plus nuancée que ça.

Bien sûr, cette rencontre peut se faire à la première seconde, d’autant que les nouveau-nés sont « programmés » pour ça.
Mais il y a d’autres vécus, qui vont de la tiédeur à l’indifférence.

Je ne pense pas ici aux parcours difficiles, complexes mais tout simplement aux femmes heureuses de porter un enfant, attendant avec impatience ce moment tant vanté, le coup de foudre maternel.
Et l’émotion promise n’est pas là.

Car elle ne sera pas au rendez-vous si la mère n’a pu d’abord réaliser la séparation. Comment s’émouvoir de la naissance de son enfant s’il est encore pensé comme niché au creux de son ventre ?

Les raisons de cette sidération sont multiples. Naissance trop rapide surprenant une femme pas encore prête ; naissance longue et difficile transformant l’accouchement en épreuve physique dont la seule attente est qu’elle se termine ; péridurale trop dosée coupant la femme de toute sensation, participant ainsi à l’irréalité du moment. Telle cette jeune mère racontant qu’en voyant le nouveau-né émerger entre ses jambes, sa première pensée  avait été « Oh ! Un bébé ! »

Non seulement, ces femmes se retrouvent frustrées de ce bonheur promis, mais souvent aussi dans la culpabilité, celle de ne pas être une bonne mère, puisque une bonne mère ne saurait être insensible à son enfant.

Pourtant, la rencontre se fera, un peu plus tard, plus ou moins progressivement…
Comme pour toute histoire d’amour, personne ne peut dire qu’elle sera plus belle si l’amour s’est invité d’un coup ou s’il s’est révélé doucement.

 

 

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Poussez pas !

Publié par 10lunes le 15 mars 2014 dans Naissance, Profession sage-femme

 

bulldozerLa nuit a été longue. L’annonce de la dilatation complète lui parvient comme une libération. La dernière ligne droite se profile enfin, quelques poussées et son petit sera là.

Vite dit.
Oh, elle s’applique pourtant, mettant en œuvre tout ce qui lui a été appris, dans une expiration forcée du plus bel effet. Du plus bel effet sauf sur la progression fœtale.
La sage-femme l’encourage, tente de lui communiquer toute l’énergie dont elle dispose, elle qui vient de prendre sa garde.
Mais rien n’y fait, le petit n’avance pas.

La sage-femme suggère une pause,
– Si vous voulez, on attend un peu ?
– Non, non, je ne veux pas me reposer. Je veux pousser !
– La sage-femme insiste doucement : Vous êtes sure d’être prête ? Il n’y a aucune urgence. Si vous avez besoin d’un peu de temps pour vous séparer de ce bébé…
Sa phrase reste inachevée ; la mère s’offusquerait presque de l’hypothèse évoquée…

Chacun poursuit ses efforts. La sage-femme propose de changer de technique. Va pour une poussée bloquée.
Ventre tendu, rouge aux joues, son souffle explose quand enfin elle s’autorise à reprendre un peu d’air.
Comme il serait tentant d’appuyer sur son ventre. Une « petite » poussée sur le fond utérin et très certainement ce troisième bébé viendrait se poser sur le périnée maternel.
Tentant mais injustifié. Tout va bien si ce n’est l’inutilité des efforts. La sage-femme se donne, leur donne, du temps.

Et puis le déclic, ce besoin de pousser qui s’impose. Cette force qui la traverse. Ce souffle qui se transforme en cri. Comme une évidence.
En une seule contraction, la tête arrive à la vulve. Elle la sent, souffle plus doucement pour laisser glisser son enfant hors d’elle.
Il est né.

Que s’est-il passé ? Comme une bascule, une dernière hésitation vaincue dans l’ambivalence qui préside à toute mise au monde : garder l’enfant encore un peu pour soi ou le laisser partir. Le temps du corps n’est pas forcément celui de l’esprit et le col utérin peut s’ouvrir bien avant que la mère soit prête à la séparation.
Si elle pousse cependant, elle sera inefficace. Combien de femmes le disent ensuite « Je sentais bien que je ne faisais pas ce qu’il fallait, mais je ne pouvais pas faire autrement ». L’ambivalence est bien au delà de la volonté…

Parfois l’ambivalence cesse, parfois elle se règle par une extraction instrumentale.
L’intermédiaire semble être « l’expression utérine », ce geste paraissant anodin car réalisé sans instrument. « Accompagner « les efforts de poussée de la femme en labourant son ventre  appuyant sur son fond utérin.
Violent et absurde.

Soit il y a un obstacle réel et il ne sert à rien d’appuyer, il faut utiliser une aide instrumentale pour mieux orienter l’enfant dans les axes du bassin maternel, ou même recourir à la césarienne.
Soit il n’y pas d’obstacle. Pourquoi alors ne pas se laisser du temps ? Rien n’oblige à pousser dès dilatation complète. Savoir attendre, c’est permettre à la femme de réaliser que l’heure de se séparer est venue, de l’accepter ou de s’y résoudre…

L’expression abdominale est fortement déconseillée par la HAS depuis 2007.
L’enquête du Ciane révèle pourtant qu’elle est encore utilisée dans un accouchement sur cinq !

 

Sur le même sujet  :
Le besoin et l’envie
Brève tempête 

NB : certains commentaires semblent rester bloqués plusieurs jours en attente de validation avant que je n’en sois informée. Vous m’en voyez à la fois désolée et incapable d’y remédier. N’hésitez pas à me le signaler par mail.

 

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Au sein d’une île

Publié par 10lunes le 3 décembre 2013 dans Médias

 

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Depuis dimanche, un accouchement à domicile fait la joie des médias. Sa particularité, avoir eu lieu sur une île qui n’avait pas vu naître d’enfant depuis 35 ans.
Bienvenue à Emilie !

Mais je m’étonne qu’aucune voix dissonante ne vienne ternir la fête avec l’habituelle ritournelle : dangers de l’accouchement à domicile, incompétence des professionnels, difficultés de transfert, coût pour la société et autre attaque récurrente…

Parce que si on lit bien :
– la mère était assistée par un médecin qui n’avait pas pratiqué d’accouchement depuis son internat en 1975 (mais ouf,  il était accompagné au téléphone par une sage-femme  !).

– un éventuel transfert en urgence aurait pris une petite heure (la mère parle de 20 minutes dans le reportage (à 15’50) mais l’hélicoptère doit partir de Quimper, soit 20 mn, prendre en charge la patiente, puis redécoller vers l’hôpital, soit 20 nouvelles minutes…)
Mon habituel mauvais esprit rappelle que Marisol Touraine évoquait la semaine dernière l’attenance à une maternité imposée aux maisons de naissance dans ces termes « Cette disposition est absolument indispensable dans le cas où surviendraient des complications ».

–  mère et enfant ont ensuite été transférés à la maternité sans que personne ne s’en émeuve, « juste comme ça » précise l’article, « par précaution » dit le reportage.

– enfin, l’hôpital semble avoir validé ce projet.

Ailleurs, nombre de femmes prévoyant d’accoucher à la maison, accompagnée par une sage-femme dont c’est le métier (et qui le pratique au quotidien), avec des possibilités de transfert bien plus aisées et rapides, se voient pourtant refuser une simple consultation d’anesthésie au motif de ne pas cautionner leur décision.

Rêvons ensemble que l’île bretonne ouvre une nouvelle ère, où tous trouveront normal et banal qu’un enfant naisse au sein de son foyer…

 

©Image : David Tourquetil

 

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Vitesse excessive

Publié par 10lunes le 17 juin 2013 dans Naissance

 

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Ils viennent de passer à table, leur fille ainée juste couchée. Un moment tranquille à partager dans l’attente de la naissance qui ne devrait plus tarder. Ils prévoient de finir les derniers aménagements de la chambre le week end prochain. Elle le taquine sur les aléas du montage de l’armoire en kit et se tracasse un peu que tout ne soit pas prêt en désignant son ventre plus que rond…

Soudain, un léger « plop », la sensation du liquide chaud et la petite flaque qui s’arrondit à ses pieds. Elle vient de perdre les eaux.

Très vite, tout s’accélère. Attraper la valise, réveiller la grande pour la déposer chez des grands-parents. Dans la voiture les vagues montent et refluent sans réelle pause entre deux.

A l’arrivée en salle de naissance, le rythme s’élève encore d’un cran. Le col est totalement dilaté, il est temps de pousser. Elle n’en sent pas encore le besoin mais s’exécute, puisque c’est le moment… La poussée se révèle laborieuse, bien plus que la première fois. L’équipe envisage à voix haute la possibilité d’un forceps. Cela, elle n’en veut pas. Convoquant toute son énergie, elle met son enfant au monde.

Un pleur et déjà il s’apaise, posé sur le ventre maternel. Les soignants s’affairent encore un peu, vérifiant que tout va bien puis se retirent quelques minutes, les laissant découvrir leur tout-petit dans l’intimité.

Cela, c’est le récit lissé qu’elle répète à chaque visiteur venant se pencher sur le berceau en s’extasiant d’une naissance si facile.

A « sa » sage-femme, elle ose confier sa déception. Cette naissance éclair a un goût de trop peu ; pas le temps de réaliser, de sentir, d’attendre, d’imaginer, de rêver… 

Pour son homme aussi, tout a été très, trop, vite. Ils peinent l’un comme l’autre au souvenir des premiers instants ; une fois seuls, ils ont repris leur conversation sur le montage de l’armoire ; comme poursuivant une discussion interrompue par un incident sans importance.

Une naissance tellement rapide qu’ils n’ont pu réaliser que leur enfant était né.

Et ce bref moment d’apparente indifférence revient les miner chaque fois qu’un proche s’écrie « A peine deux heures, mais quelle chance vous avez ! « 

 


©Photo

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