Addict !

Publié par 10lunes le 5 juillet 2016 dans Profession sage-femme

 

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Cette nuit, j’ai « fait » un accouchement… je peux pas dire j’ai accouché. Il n’y a toujours pas de mot dans la langue française qui permette de différencier celle qui accompagne et celle qui met au monde. Alors j’écris je fais alors que j’ai rien fait.

C’était un peu la panique à la maternité, toutes les salles étaient pleines, l’équipe débordée. Moi j’arrivais du marché  d’à coté avec mes poireaux à 10 euros le kg – un peu cher mais faut bien soutenir les petits producteurs bios.

Mon cabas sous le bras, je passais dire bonjour à une amie en fin de grossesse.
Je l’ai retrouvée en salle de naissance. Elle était en travail, surprise d’en être déjà là, juste accompagnée de sa mère. Un peu dépassée par les événements la mère.

Quand je suis entrée, sa fille avait très envie de pousser… elle était d’ailleurs en train de passer de l’envie à l’action. Pas le temps d’appeler une des sages-femmes de garde, la tête faisait déjà bomber le périnée. Je me suis débarrassée de mon cabas, éparpillant quelques feuilles de blette au passage.

Plus le temps de mettre des gants ; poser une main légère sur une bosse brune et bouclée, chuchoter à la mère : Souffle doucement, il est là ton petit, si tu tends ta main tu vas toucher sa tête. Sentir les cheveux humides sous ma paume, vaguement poisseux (poisseux n’est pas le bon mot, poisseux ça évoque quelque chose de sale, et rien de sale dans ce contact…), l’encourager encore à souffler doucement, craindre que le périnée tendu ne résiste pas à la dernière pression, le voir finalement s’ouvrir sans une déchirure, glisser mes doigts autour du cou, dégager le circulaire qui s’y enroulait, attendre que la mère pousse encore un peu pour passer les épaules, la voir tendre ses bras en criant Mon bébé ! l’aider à remonter l’enfant vers elle en sécurisant le mouvement par une main posée sous les petites fesses, s’émouvoir de son émotion à elle, sentir cette odeur particulière de liquide amniotique envahissant la salle.

Ensuite…
Ensuite je me suis réveillée.
Et l’intensité de ce rêve et de son souvenir me montre combien cette partie de mon métier me manque encore.

Pourtant, j’aime tellement ce que je fais maintenant. J’aime décider de ma façon de travailler sans avoir de compte à rendre à d’autres qu’aux femmes et à moi-même. J’aime disposer du temps qui m’est nécessaire. J’aime ne pas avoir à m’écarteler entre deux demandes (voire bien plus) simultanées. J’aime la complicité se tissant au fil des mois, des semaines, des années. J’aime pouvoir plaisanter, provoquer parfois, parce que nous nous connaissons suffisamment pour qu’elle ne doute pas de ma volonté de l’aider ; qu’elle peut être certaine que mon humour n’est jamais de l’ironie, mon insistance jamais une volonté de contraindre.
J’adore mon métier au quotidien.

Hier, j’ai essuyé une larme en consultation parce que la femme me racontait comment une de ses amies, que j’avais suivie il y a 15 ans et jamais revue depuis * parlait encore avec émotion de SA sage-femme.

En deux mots comme en mille, j’adore ce que je fais et la continuité relationnelle que l’exercice libéral m’offre.
Mais mon rêve me montre que je n’ai pas encore totalement tourné la page.
Cela dit, il m’arrive encore de rêver que je fume,  pourtant ça fait 20 ans que j’ai arrêté !

 

 

*Avant que nous obtenions la compétence en « gynécologie de prévention », la sage-femme disparaissait forcément du paysage une fois les maternités passées.

 


PUB ! Le ministère de la Santé a préparé une campagne de communication sur les sages-femmes. Il n’a par contre pas prévu de gros moyens de diffusion… Mais qu’à cela ne tienne, si chacun la relaye, ça peut, ça va largement circuler ! Je compte sur vous  😉

 

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Et aussi
– des
témoignages de « patientes »
– un
dépliant qui présente tout ce qu’une sage-femme peut et sait faire.

 

 

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Bataille !

Publié par 10lunes le 28 juin 2016 dans Blessures, Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Non, je ne me fendrai pas d’un énième billet sur #NosAmisduSyngof. Je dirais même que là ce soir, je n’ai plus du tout envie d’en sourire. L’immensité de leur mépris, leurs approximations  volontaires, leurs accusations sans fondement… Trop c’est trop.

Ce ne sont que les représentants d’une profession et j’ose espérer qu’ils ne représentent qu’eux-même. 
Mais comme ils sont toujours en place, je vais finir par en douter.

Je vous invite à vous faire votre propre opinion en lisant leur dernier torchon communiqué de presse.

A vous de bosser : le débat est ouvert et les commentaires aussi.
Je les espère nombreux, parce que cette bataille d’un autre âge est à la fois dérisoire et déprimante.

 

NB  : ils ont une page facebook aussi, rendue célèbre par leur avant-dernière polémique. Vous aurez peut-être envie de copier là-bas ce que vous écrirez ici…

 

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Du buzz et des larmes

Publié par 10lunes le 13 janvier 2014 dans Vie du blog

 

bigth_3303Le blog a débuté l’année sur les chapeaux de roue avec deux billets multi-relayés.

Le succès du premier me ravit. Comme de nombreux autres  blogueurs, j’ai souhaité annoncer le documentaire « Entre leurs mains ». Et tous ceux qui le voient ont envie qu’il soit vu par d’autres…

Un film qui réussit l’exploit de motiver la publication d’un article dans l’Express évoquant l’accouchement à domicile sans sous-entendre la folie des parents et l’inconscience des sages-femmes les accompagnant… comment dire, je ne pensais pas voir ça de mon vivant ! Ce reportage fait plus en 55 minutes pour convaincre de l’importance des conditions d’accouchement que de nombreux discours et mobilisations.  

En le visionnant,  chacun peut réaliser que nos prises en charges stéréotypées sont critiquables, que l’hypermédicalisation de la naissance à la française peut être remise en question, qu’une autre voie est possible. Et si cette conviction est portée par de nombreuses sages-femmes  – et quelques obstétriciens – rendre cela évident aux yeux de tous, et surtout de ceux qui ne s’interrogent pas sur les conditions de naissance, c’est une formidable réussite.

Puis il y a eu ce second billet, un texte bref, issu des échanges avec une amie sage-femme, racontant les larmes aux yeux une consultation récente. Elle évoquait cette blessure que laisse un accouchement mal vécu, mal soutenu, blessure tellement présente qu’elle peut s’ouvrir à nouveau des années plus tard. Celle-ci s’était ouverte en visionnant le film… et la douleur était violente.

Le jour de la publication de ce billet, le compteur de visites a explosé. J’aurais pu m’en réjouir  –  comme tout blogueur, j’écris dans l’espoir d’être lue –  mais si ce texte a été tant relayé, c’est certainement parce que vous êtes nombreuses (nombreux ?) à vous y reconnaître.  Sinistre constat.

Alors bravo à « Entre leurs mains » pour son succès ; merci à tous ceux qui en parlent, à tous ceux qui relaient.
Les prises de conscience, brutales et douloureuses, que ce film génère sont autant d’appels à interroger nos pratiques.
Saurons-nous enfin les entendre ?

 

 

NB : Il est maintenant possible de répondre à chaque commentaire ce qui, vous le reconnaîtrez, facilite grandement les débats. Un grand merci à la déménageuse réaménageuse Myriam Corbet qui s’est échinée à reprogrammer le truc.

 

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Privée de MG !

Publié par 10lunes le 23 septembre 2013 dans Militer

 

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Avant, j’avais un médecin traitant.

LE médecin de famille. Celui avec plein de dessins d’enfants, faire-part de naissance, voeux et autres cartes postales punaisés dans son bureau, celui qui a calmé mes angoisses devant des symptômes inconnus et évité la grosse et couteuse batterie d’examens complémentaires, celui qui m’a dispensée de courir aux urgences quand un de mes enfants s’était fait bien mal à l’école, celui qui s’est déplacé un soir jusqu’à mon lit parce que je souffrais au point de ne plus pouvoir en sortir, celui qui a dépisté la myopie de mon cadet en profitant d’un certificat pour le judo, celui qui notait sur sa fiche les caractéristiques d’un grain de beauté pour le surveiller l’année prochaine… 

Sa salle d’attente permettait de se tenir au courant de l’actualité d’il y a deux ans et parfois on attendait longtemps parce qu’il était retardé par une visite en urgence ou qu’un beaucoup plus mal en point passait en priorité. 

Il bossait seul, épaulé par une secrétaire un peu bougon tentant de faire barrage quand le carnet de rendez-vous débordait trop.

Je l’aimais bien. Et puis un jour pfff, envolé le médecin, parti sans prévenir… Burn out s’est-il murmuré dans les chaumières. Il semble qu’il n’avait trouvé personne pour alléger sa tâche.

Difficile de retrouver un médecin traitant, les autres exemplaires alentours étaient eux aussi bien débordés.
C’est finalement celle dont j’avais pris soin quelques années plus tôt, quand elle était à la fois interne et jeune maman, qui a bien voulu m’accueillir. 

J’ai bien failli être privée de MG.

Alors, je soutiens leurs propositions.

 

 

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Alerte suite

Publié par 10lunes le 20 septembre 2013 dans Militer

 

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Je n’accompagne pas d’accouchement à domicile mais le dossier me tient à cœur.

Peut-être parce que j’ai failli (oui c’est un double sens propulsé par mon inconscient…) le faire et que la crainte du ghetto dans lequel se retrouvent ces sages-femmes fut un des motifs me faisant reculer.

Peut-être parce que la solidarité veut que l’on n’abandonne pas des collègues injustement piégées.

Peut-être parce que j’ai pu mettre un de mes enfants au monde à la maison, grâce une amie sage-femme salariée qui a bien voulu m’accompagner.

Mais surtout parce que défendre l’accouchement à domicile, c’est  aussi défendre le droit des femmes à choisir pour elles-mêmes (et les études démontrent la sécurité de ce choix).

Mais enfin, parce que défendre l’accouchement à domicile c’est défendre le respect de la physiologie.

Quand j’étais étudiante, nous apprenions encore les bassins rachitiques des femmes malnutries. L’échographie balbutiait et une mauvaise praticienne pouvait confondre grossesse à terme et grossesse triple de 6 mois… 

Aujourd’hui, la majorité des grossesses (pas toutes) sont bien suivies, les femmes (pas toutes) peuvent correctement se reposer, ne souffrent plus de carences alimentaires, évitent l’anémie… La grande majorité des pathologies sont dépistées bien avant le terme. Pour tout dire, je n’ai jamais croisé un bassin rachitique ailleurs que dans les livres. Les accouchements devraient être de plus en plus simples ; les statistiques disent pourtant combien notre interventionnisme est grand.

Ce qui se passe en ce moment pour l’AAD est exemplaire de toute la périnatalité. On rabote et on arase tout ce qui dépasse. On nous laisse croire qu’observer ce qui se passe pour une femme et accepter que cela soit différent pour une autre serait  faire de la mauvaise obstétrique. Il n’y aura bientôt plus qu’une seule bonne façon d’accoucher, celle dont toutes les phases seront standardisées et contrôlées.

Nous ne savons plus ce qu’est une naissance physiologique.

Et celles qui savent encore, celles qui pourraient nous montrer le chemin, celles-là sont menacées.

Une sage-femme racontait une naissance à la maison, évoquant une stagnation de la dilatation vers 7 cm. Une autre l’interrompt : Ca ne t’a pas inquiétée ? Tu restes sereine à domicile avec un blocage de la dilatation ?

La première explique posément qu’elle surveille la dynamique utérine, le bien-être fœtal, l’attitude maternelle. Elle décrit les indices qui l’orientent vers une complication, ceux qui la conduiraient à décider rapidement un transfert vers la maternité. Elle détaille ce qui lui permet de confirmer la physiologie de cette phase de latence, lorsque la femme, inondée d’endorphines, voit ses contraction s’espacer et récupère avant l’étape suivante. Elle raconte la pause, puis l’énergie revenue, le mouvement, l’envie de se lever, de marcher… signe que le travail reprend et progresse normalement.
L’autre sage-femme constate avec amertume Mais ça nous, en structure, on ne peut plus le voir !

Et si cette pause disparaît, ce n’est pas dû au lieu, à l’équipe, mais aux protocoles qui sonnent l’alerte dès que la courbe de la dilatation ne suit pas l’ascension attendue et obligent à « pousser le synto » pour stimuler la contraction utérine. 

Chaque jour, nous perdons un peu plus cette capacité à comprendre la physiologie de la naissance ; nous perdons cette observation fine de nombreux signes, postures, respiration, attitudes et réactions maternelles qui permettent de suivre avec précision la bonne évolution de l’accouchement.
Qui permettent surtout de ne pas intervenir inutilement au risque de perturber un processus complexe.

Cette sage-femme évoquait l’haleine particulière d’une femme se mettant en travail ; et l’arrachage du soutien-gorge (si !) comme signe de la descente foetale.

Qui sait cela ?

 

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Avis de tempête

Publié par 10lunes le 9 septembre 2013 dans Militer

 

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Le temps est à l’orage. Au départ, un court texte dans la dernière revue de l’Ordre (en page 6) arrivée dans les boites à lettre des sages-femmes par une chaude journée d’été.

Pratique des accouchements à domicile
Le Ministère des Affaires sociales et de la Santé nous ayant récemment interpelé sur la pratique des accouchements à domicile programmés par des sages-femmes sans couverture assurantielle, il nous a semblé utile d’apporter les trois précisions suivantes :
• Il appartient à notre Ordre d’assurer la meilleure garantie possible aux usagers et aux professionnels et donc de rappeler qu’une couverture assurantielle est indispensable à la pratique des accouchements à domicile lorsqu’ils sont programmés.
• Les sages-femmes libérales sont tenues de souscrire une assurance destinée à les garantir pour leur responsabilité civile professionnelle qui est susceptible d’être engagée en raison des dommages subis par des tiers et résultant d’atteintes à la personne survenant dans le cadre de leurs activités
• Le manquement à cette obligation peut être sanctionné au niveau disciplinaire mais aussi au niveau pénal.

On a tous espéré que ça en resterait là. L’Ordre, bien obligé de jouer sa fonction de garant de la déontologie, s’en acquitte en faisant un bref rappel de la loi. Basta.

Dans les paragraphes suivants, je vous demande de pardonner les nombreuses parenthèses, nécessaires à la compréhension du dossier pour ceux qui n’y sont pas plongés au quotidien.

Car le dossier est complexe ; la grande majorité des sages-femmes pratiquant des accouchements à domicile n’est pas assurée pour cet acte. Les quelques exceptions sont celles qui pratiquent depuis des décennies et qui bénéficient de la reconduction annuelle et tacite d’un contrat vieux comme Hérode.
Pour les autres, plus récemment arrivées sur le marché, la situation s’est sacrément compliquée depuis l’année 2000, date à laquelle la dernière offre d’assurance pour la pratique de l’accouchement à domicile a disparu.
Puis ça s’est re-compliqué en 2002 avec la loi Kouchner venant imposer – très normalement – aux professionnels de santé d’être assurés pour leurs actes. Travailler sans assurance, c’est risquer l’interdiction d’exercice et la bagatelle de 45 000 € d’amende.

Les  associations et syndicats de sages-femmes se sont mobilisés, les associations d’usagers également. De nombreuses démarches ont été entreprises que l’on peut résumer ainsi :

– Auprès des assureurs français. Aucun ne s’est montré intéressé; trop peu de professionnels concernés (donc peu de contrats potentiels) et des indemnisations possiblement onéreuses (évaluées à la très grande louche puisque même si les sages-femmes pratiquant l’AAD collectent leurs données, il leur est opposé que le risque est si faible qu’il est … incalculable !)

– Auprès des assureurs  étrangers ensuite. Mais aucun n’a donné suite (la jurisprudence française et le montant des indemnisations parfois octroyées par les tribunaux les dissuadent de toute proposition).

– Les sages-femmes se sont ensuite tournées vers le  BCT (bureau central de tarification) pour qu’il impose aux assureurs de les couvrir (sur le même principe que les assurances automobiles, si toutes les compagnies refusent de vous prendre en charge, le BCT désigne l’une d’elle qui est obligée de vous assurer). Le BCT est donc intervenu avec succès. Les assureurs ont été dans l’obligation de couvrir les sages-femmes.

Amère victoire !
Ils ont proposé une assurance au tarif des obstétriciens soit 19 000 € (en 2008). Pourtant les obstétriciens ne prennent pas en charge les mêmes situations (un accouchement à domicile suppose que tout se présente au mieux et qu’aucune intervention ne s’annonce nécessaire. Dans le cas contraire, il y aura transfert vers une maternité). Ils n’ont pas les mêmes revenus (l’UNASA annonce un revenu moyen 2012 de 91 297 € pour les obstétriciens et 24 697 € pour les sages-femmes). De plus, l’assurance maladie prend en charge jusqu’à 50% du coût de l’assurance des obstétriciens mais ne prévoit rien de tel pour les sages-femmes… 

Le blocage dure donc depuis des années. Ce n’est pas faute d’alerter politiques (en 2010, un député s’était aventuré à poser une question au gouvernement, la réponse est « savoureuse »… ) et pouvoirs publics. Cette situation est connue de tous et de longue date. La cour des comptes l’avait d’ailleurs souligné en 2011 et je l’avais évoqué ici.

Il est donc particulièrement irritant que chacun fasse mine de découvrir cette impasse et de s’en émouvoir. En ce moment, les sages-femmes libérales reçoivent un courrier de l’Ordre leur posant deux questions :
– pratiquez vous des accouchements à domicile programmés ?
– si oui, êtes vous couvertes par une assurance ?

Qu’est ce qu’elles peuvent bien répondre mes collègues concernées ?
– être honnête et risquer l’interdiction d’exercice et une amende correspondant à deux ans de revenus moyens ?
– être honnête et s’engager à cesser les AAD pour être en règle ?
– mentir et nier ?

A quoi sert de poser une question dont on connaît parfaitement la réponse sinon à demander aux sages-femmes de se désigner coupables ?

Sortons de cette hypocrisie. Le coût de l’assurance ne peut être déconnecté des revenus de ceux qui la payent.
Je n’ai aucune idée de la capacité d’intervention de l’état sur les tarifs des assureurs mais deux autres options sont possibles et indispensables !
– revaloriser subséquemment l’accouchement. Le tarif actuel, 313.60€ pour la prise en charge de l’accouchement ET des visites à domicile de suivi de la mère et enfant pendant 7 jours, est une insulte au travail des sages-femmes. Rappelons aussi que l’assurance maladie qui oppose la convergence tarifaire (même acte = même tarif pour tous les professionnels) à nos demandes de revalorisation vient d’inventer un magique coefficient multiplicateur pour revaloriser le tarif accouchement des obstétriciens (cf ce courrier syndical). 
– participer au financement de l’assurance des sages-femmes comme cela est fait pour les obstétriciens.

Toute autre attitude reviendrait à interdire aux femmes d’être accompagnée d’une sage-femme lors d’un accouchement à domicile…

 

PS militant
En tant que sage-femme solidaire de mes consoeurs, je vais répondre à ce courrier d’un ni oui ni non du plus bel effet (cf http://www.unssf.org/index.php?mact=CGBlog,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=220&cntnt01returnid=16) et j’encourage toutes les sages-femmes à faire de même.
En tant que femme et citoyenne, j’invite chacun à se poser la question du libre choix, du droit des femmes à disposer d’elles-même et du symbole que serait une interdiction déguisée de l’AAD. Un petit courrier à votre député ? (on peut même s’appuyer sur cet avis de la Cour Européenne des Droits de l’Homme)

 

Pub5e Colloque de la Société d’Histoire de la Naissance : 

Naître à la maison, d’hier à aujourd’hui Châteauroux, les 21et 22 septembre 2013

 

 

 

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Avis de recherche ?

Publié par 10lunes le 30 juin 2013 dans Militer

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Trois campagnes de prévention ont récemment eu lieu : supplémentation en folates (vitamine B9) en prévision d’une grossesse, contraception et frottis.
Trois campagnes où les sages-femmes avaient très logiquement leur place.

La première était la plus confidentielle. Les professionnels de santé ont reçu une affiche à apposer en salle d’attente, ainsi que  des plaquettes d’information à destination de leurs « patientes ».

Qui peut prescrire ces folates ? Les médecins et les sages-femmes. Mais si ces dernières étaient bien mentionnées dans la brochure, un fâcheux oubli les avaient effacées de l’affiche. Nous étions donc censées placarder dans nos salles d’attentes un document omettant de nous citer…

Peu de temps après débute une campagne sur la contraception. Joie, nous sommes bien référencées parmi les multiples interlocuteurs possibles. « La contraception qui vous convient existe. Pour vous aider à la choisir, parlez-en à votre médecin ou à une sage-femme, demandez conseil à votre pharmacien ou rendez-vous sur choisirsacontraception.fr ».
Je pourrais remarquer que les femmes parlent à leur médecin, leur pharmacien mais à une sage-femme. Ne chipotons pas.

L’omission des sages-femmes dans les campagnes de santé publique aurait pu n’être qu’un mauvais souvenir quand soudain, nouvelle annonce, nouvel oubli.  Un spot radio m’interpelle tous les matins en rappelant l’intérêt du frottis de dépistage. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes de la prévention si le spot ne se terminait ainsi  « Si vous n’avez pas fait de frottis depuis plus de 3 ans prenez rendez-vous avec votre médecin, c’est important ».

Et nous voilà encore une fois gommées alors que nous effectuons régulièrement ces frottis, depuis des lustres en début de grossesse, plus récemment en post natal puis dans le cadre du suivi gynécologique de prévention.

Pourtant, là aussi le document explicatif disponible sur le site dans la rubrique « Vos interlocuteurs »  nous cite (dans une synthaxe un tantinet approximative) « Dans une nouvelle loi promulguée en 2009 (loi « Hôpital, patients, santé, territoires » (HPST), les sages-femmes sont désormais habilitées à réaliser des frottis, y compris en dehors de la grossesse. Par ailleurs, un arrêté daté de 2010 amène tout médecin ou sage-femme à questionner les femmes enceintes et à leur proposer la réalisation d’un frottis si cet examen n’a pas été fait dans les trois années précédant cette consultation ».

Il aurait été judicieux d’ajouter que nous pouvions prescrire le vaccin, comme cela est précisé pour les médecins. Mais je chipote encore.

Mais est ce toujours du chipotage de souligner que le gynécologue est qualifié d’ »acteur central du dépistage du cancer du col de l’utérus ». Pourquoi serait-il plus « central » que le généraliste ou la sage-femme ?
Le gynécologue est l’acteur du diagnostic comme le texte le précise ensuite « En cas d’anomalie décelée sur le frottis, il réalise la démarche diagnostique (colposcopie, éventuellement biopsie du col ». Peut-être vaut-il mieux ne pas encombrer ses consultations de rendez-vous pouvant être aussi bien assurés par d’autres.

Notre absence dans les annonces alors que les sages-femmes sont bien citées dans la documentation plus complète me laisse un petit gout amer. Très certainement, l’efficacité de la communication – nécessité d’un message bref et lisible – serait le prétexte invoqué.

Mais « parlez en à votre médecin ou à votre sage-femme », est ce vraiment prendre le risque de brouiller le message ?

N‘est-ce pas plutôt le moyen d’informer correctement les femmes pour leur permettre de choisir le praticien qu’elles souhaitent consulter ?

 

 

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Addendum

Publié par 10lunes le 14 mai 2013 dans Militer

 

58518662_c2ebeaed2e_bCertains se sont sentis blessés par le billet précédent. D’où ce nouveau billet pour clarifier ma position.

Loin de moi l’idée que les sages-femmes soient les seules en capacité de…  La plupart de nos actes peuvent être assurés et parfaitement assurés par d’autres professionnels.

Je souhaitais souligner ce qui donne sens à notre métier. Tout ce que nous faisons peut être fait par d’autres mais nous sommes les seules à pouvoir faire tout cela. Cette compétence transversale permet une  continuité dans une prise en charge qui peut sinon se révéler très morcelée et donc très morcelante. Notre profession n’a d’intérêt que par la -relative – cohérence qu’elle apporte.

Mais le billet évoquait surtout une rationalisation des soins si extrême qu’elle en devient déshumanisante. Et si la disparition des sages-femmes n’est que pure fiction, la tarification à l’activité (T2A pour les intimes) est bien réelle. Cette façon d’alimenter les budgets des établissements de santé prend principalement en compte les actes réalisés. Un document de l’IRDES (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé) rappelle cette volonté économique :  » En tant que mode de financement, la T2A n’a aucune vocation à assurer une couverture optimale des besoins ni à améliorer la qualité des soins ». Gloups.

Pour réduire les coûts, les maternités ferment et les naissances se concentrent dans les établissements restants. La santé devient un produit comme un autre. Le terme « économie d’échelle » est d’ailleurs employé pour justifier les restructurations. « Une économie d’échelle est l’accroissement de l’efficience d’une entreprise grâce à la baisse du coût unitaire des produits obtenue en augmentant la quantité de la production ». Gloups bis.

Les sages-femmes  – comme les autres professionnels – sont sous pression. Les maternités travaillent à flux tendus. Certains jours, les entrées sont moins nombreuses et les femmes bénéficient d’un accompagnement attentif. Le lendemain, les naissances se pressent et le rythme se doit d’être rapide car sinon, les prochaines accoucheront dans le couloir.

Pour réduire les coûts, on réduit aussi le nombre de soignants. Nous nous éloignons chaque jour un peu plus du très utopiste mais très sensé « Une femme une sage/femme » revendiqué dans nos manifestations. Les équipes doivent se démultiplier. Les écrans centralisés permettent de surveiller d’un œil ce qui se passe dans les  salles voisines, la péridurale est censée pallier l’absence d’accompagnement (comme si celui-ci ne concernait que le vécu douloureux), les temps de présence sont réduits, les explications données rapidement parce que d’autres femmes attendent. Chacun ne peut se concentrer que sur ce qu’il a à faire. Mais « prendre soin » peut-il se résumer à une succession d’actes ?

Les liens de l’article précédent sont tous réels. Il existe des écrans centralisés, des maternités se félicitant d’avoir la télévision en salle de naissance, des sites pédagogiques prêts à pallier nos explications trop succinctes… il y a bien des inventeurs faisant breveter un appareil mesurant la dilatation du col et des obstétriciens défendant la programmation de l’accouchement « Grâce à la programmation, les sages-femmes peuvent organiser les salles de travail et gérer leur effectif en tenant compte du nombre de parturientes programmées ». Gloups ter.

A la fin une mère et un enfant quittent la maternité en bonne santé et nous sommes censés nous en féliciter. Le pouvons-nous vraiment ?

Oui, le monde glaçant décrit dans le billet précédent n’était que fiction, mais pas pure imagination. Juste un sinistre puzzle fait de petits morceaux du pire de ce que nous vivons déjà.

Il est urgent de s’atteler à un nouveau puzzle conjuguant de petits morceaux du meilleur !

 

©Photo

 

PS : En dehors du premier (Irdes), tous les liens de cet article renvoient vers d’autres billets plus anciens. Comme le signe que rien ne change… Quand est-ce qu’on se bouge  ?

 

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Ne laissons pas la naissance rimer avec finance

Publié par 10lunes le 8 mars 2013 dans Militer

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Aujourd’hui 8 mars, participer à une action collective soutenant une maternité respecteuse me semble une excellente façon de célébrer la journée des droits des femmes !

Longue vie au Belvédère !

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Acharnement pas thérapeutique

Publié par 10lunes le 26 février 2013 dans Militer

 

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Certains combats judiciaires dépassent très largement la défense d’un intérêt personnel. Celui mené depuis 6 ans par Eudes Geisler est de ceux-là.

Après un premier accouchement en clinique privée qui la laisse insatisfaite, elle cherche un accompagnement différent pour son second enfant. Aucune sage-femme de sa région ne pratique les accouchements à domicile (1) et les maisons de naissance pourtant évoquées depuis 1998 sont toujours en débat (2)Par chance, elle habite en zone frontalière. Son bébé verra donc le jour dans une maison de naissance allemande.

Bien avant son accouchement, Eudes Geisler prévient sa CPAM pour obtenir une prise en charge, essuie un refus, fait un recours en adressant un courrier très argumenté qui génère pourtant un nouveau refus. Elle sollicite la commission de recours amiable sans plus de succès. Elle saisit alors le TASS (tribunal des affaires de sécurité sociale) et est encore déboutée

Pour faire bonne mesure, elle est condamnée à une amende de 100 € « pour avoir voulu faire supporter par la communauté des assurés sociaux un choix de pure convenance personnelle »…

Cet argument spécieux est d’autant moins recevable que le remboursement demandé (1046 €)  est inférieur au tarif d’un accouchement – sans séjour- dans une structure française (3).  

Eudes Geisler n’est pas femme à se laisser abattre. Elle se pourvoit en cassation. Le premier jugement est annulé et l’affaire renvoyée devant le TASS. Cette fois ci, il tranche en sa faveur et lui attribue le remboursement de ses frais d’accouchement.

 

La bataille semble gagnée ?
Pas du tout !
La CPAM fait appel de ce jugement…
…Et est à nouveau déboutée.

Happy end ?
Toujours pas !
La CPAM décidément déterminée à faire supporter le coût de son obstination par « la communauté des assurés sociaux » se pourvoit en cassation.

C’est donc reparti pour un tour et si je vous ai décrit tout cela, c’est que cette bataille juridique a un coût – déjà bien supérieur à la somme réclamée ! – et qu’il faut maintenant trouver plus de 5000 € pour payer les frais d’avocat.

Entre temps, Eudes Geisler a mis au monde un autre bébé, toujours en maison de naissance allemande.
Et devinez quoi, sa demande de prise en charge a été refusée !

 

Pour en savoir plus
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1- le coût de l’assurance serait d’environ 20 000€, à rapprocher des 313 € versés par l’assurance maladie à une sage-femme pour l’accouchement et les soins postnatals pendant sept jours…

2- Une proposition de loi sur l’expérimentation des maisons de naissance sera débattue au Sénat jeudi prochain (28/02)à partir de 16 heures

3- Petit appel : le PMSI m’est -très- hermétique. J’aimerais la confirmation de personnes plus habituées à manier ces données… Ce que j’ai pu trouver : accouchement sans complication et sortie à J0 Mère: GHM 24Z20Z = 1134€ + Nouveau-né de plus de 2500g en bonne santé GHM 24Z23Z = 357 €.

 

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