Au sein d’une île

Publié par 10lunes le 3 décembre 2013 dans Médias

 

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Depuis dimanche, un accouchement à domicile fait la joie des médias. Sa particularité, avoir eu lieu sur une île qui n’avait pas vu naître d’enfant depuis 35 ans.
Bienvenue à Emilie !

Mais je m’étonne qu’aucune voix dissonante ne vienne ternir la fête avec l’habituelle ritournelle : dangers de l’accouchement à domicile, incompétence des professionnels, difficultés de transfert, coût pour la société et autre attaque récurrente…

Parce que si on lit bien :
– la mère était assistée par un médecin qui n’avait pas pratiqué d’accouchement depuis son internat en 1975 (mais ouf,  il était accompagné au téléphone par une sage-femme  !).

– un éventuel transfert en urgence aurait pris une petite heure (la mère parle de 20 minutes dans le reportage (à 15’50) mais l’hélicoptère doit partir de Quimper, soit 20 mn, prendre en charge la patiente, puis redécoller vers l’hôpital, soit 20 nouvelles minutes…)
Mon habituel mauvais esprit rappelle que Marisol Touraine évoquait la semaine dernière l’attenance à une maternité imposée aux maisons de naissance dans ces termes « Cette disposition est absolument indispensable dans le cas où surviendraient des complications ».

–  mère et enfant ont ensuite été transférés à la maternité sans que personne ne s’en émeuve, « juste comme ça » précise l’article, « par précaution » dit le reportage.

– enfin, l’hôpital semble avoir validé ce projet.

Ailleurs, nombre de femmes prévoyant d’accoucher à la maison, accompagnée par une sage-femme dont c’est le métier (et qui le pratique au quotidien), avec des possibilités de transfert bien plus aisées et rapides, se voient pourtant refuser une simple consultation d’anesthésie au motif de ne pas cautionner leur décision.

Rêvons ensemble que l’île bretonne ouvre une nouvelle ère, où tous trouveront normal et banal qu’un enfant naisse au sein de son foyer…

 

©Image : David Tourquetil

 

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Solitude

Publié par 10lunes le 3 octobre 2013 dans Médias

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Mardi soir, j’ai voulu jeter un œil sur Babyboom. Pas téméraire, j’allume la télé sans m’installer devant; juste un fond sonore accompagnant mes dernières occupations de la journée. Je vaque d’une pièce à l’autre, m’éloigne et perds le fil, me rapproche et entends une femme s’effondrer à l’annonce de la mort de son bébé – c’est bon pour l’audimat ça coco – puis les remarques à haute teneur philosophique -la vie, la mort, tout ça – d’un membre de l’équipe.

Besoin d’une pause. 

Un peu plus tard, je recroise mon écran. Une femme est seule dans une salle qui n’a de nature que le nom – qualificatif initié par la rédaction ? Elle gémit, pleure, se tord. Elle est seule, très seule.
Toute seule ? A un détail près, l’objectif de la caméra qui nous rend complices et voyeurs. Nous sommes des milliers à contempler son immense solitude.

Besoin d’une pause.

Je reviens ; son homme est avec elle, visiblement démuni devant sa détresse.

Besoin d’une pause.

C’est le moment du changement d’équipe. L’une des sages–femmes explique à la relève que cette femme est là depuis le matin (il est 20 heures) qu’elle espère une péridurale depuis trois heures mais que des urgences ont retenu l’anesthésiste. L’anesthésiste oui, mais d’autres semblaient disponibles ? C’est en tout cas ce que laissent penser les indiscrètes caméras. Pourtant, personne n’a été présent aux cotés de cette femme pour la soutenir, la rassurer, l’accompagner… (ou ces images n’ont pas été retenues au montage ? *)

Coup de sonnette ; une sage-femme prenant la garde va voir. Nous voilà à nouveau dans la salle « nature ». L’attitude de la mère fait clairement penser qu’elle est en fin de travail. La sage-femme l’examine, confirme l’imminence de la naissance.

Une femme sur le point de mettre son enfant au monde, une sage-femme. On espère un instant que la situation va s’adoucir, que la présence chaleureuse de l’une va apaiser l’autre, lui permettre de vivre une fin d’accouchement plus sereine, quelque chose de doux et d’humain qui viendrait compenser la solitude des heures précédentes.

Pas du tout.

Tout s’enchaîne ;  allongée,  jambes dans les étriers, poussée bloquée. Aucun mot de réconfort.  La compassion de la sage-femme se résume à cette annonce « Vous allez avoir très très très mal mais ce sera bientôt fini ».

En moins de vingt minutes, le bébé naît. Les cris qui ont accompagné sa naissance sont bien des cris de douleurs, ceux d’une femme enfermée dans sa solitude, entre une sage-femme induisant plus de souffrance encore par ses paroles négatives, une auxiliaire tentant quelques mots d’accompagnement et s’affairant à rabattre le drap pour préserver sa pudeur** et un homme perdu devant l’épreuve que traverse celle qu’il aime.

Des gestes, de la technique, du savoir faire… mais quel savoir être ?
Une naissance déshumanisée.

Pause définitive.

 

NB: après la naissance, le père essuie ses larmes et s’éloigne un peu, tournant dans la salle pour cacher son émotion. La caméra le suit pas à pas, sans plan de coupe. Les autres cadres sont fixes et l’on pourrait croire que les monteurs visionnent les images plus tard. La caméra suivant le père prouve que quelqu’un est bien là, partageant l’intimité de la naissance en direct, tout en se faisant totalement oublier du fait de son invisibilité.

*pour avoir décortiqué certaines mises en scène de la première saison… je reste prudente.

** pas de souci, la télé veille. Lorsque la jeune femme s’agite au point de dévoiler un coin de fesse, il est pudiquement flouté par la prod.

 

 

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Lol :(

Publié par 10lunes le 19 janvier 2013 dans Pffffff

 

6183597043_f98bdc56fb_b (1)Au début, je l’ai juste tweeté, évoquant une insondable stupidité méritant une péridurale du cerveau.

Et puis j’ai vu ce truc multirelayé par divers médias web, sites de vulgarisation médicale, sites « d’information » dédiés au féminin, pages facebook… La pseudo info est même arrivée dans ma boîte mail perso. J’ai lu des commentaires amusés, des admiratifs, des « Comme ça, ils sauront ce que c’est », des Lol et autres mdr…

Tout ça pour quoi ?

Pour une émission de télévision (Pays-Bas) à la noix où deux jeunes mecs se font poser des électrodes sur les abdominaux et subissent des stimulations électriques allant grandissant, soit-disant pour leur faire vivre ce que vit une femme lors d’un accouchement. 

L’extrait qui circule commence par des images de vraies naissances, sonorisées comme il se doit de bruits divers et cris plus ou moins étouffés. Au passage, j’aimerais qu’on rétablisse cette vérité : le cri de la poussée n’est pas corrélé à la douleur ; il  permet l’ouverture du périnée au passage de l’enfant. Une efficace protection du dit périnée prévue par dame nature.

On enchaîne sur des images des deux jeunes cons, plutôt hilares au début, et puis de plus en plus tordus de douleur.

Qui pourrait imaginer que les contractions utérines seraient équivalentes à des abdos trop sollicités ? Le mécanisme de l’accouchement est physiologique, le muscle répond normalement à une demande pour laquelle il est prévu. Rien à voir avec ce simulacre où les muscles sont artificiellement tétanisés.

Et puis, y aurait une  sage-femme… Elle tient la main, suggère des positions, cale un oreiller, masse, respire avec « l’accouchant ». Toutes choses pouvant réellement aider lors d’un vrai travail utérin ; mais on joue à quoi là ??  En quoi un coussin préservant l’ouverture du bassin par la rotation externe des fémurs pourrait-il soulager une crampe ?

Ça doit se sentir, cette émission m’a mise en rogne. Parce qu’elle fait du spectaculaire racoleur en prétendant faire du scientifique, parce qu’en filmant ce simulacre d’accompagnement, on dénigre ce travail essentiel qui permet à une femme de lâcher prise pour laisser son corps s’adapter au mieux.

Le travail de mise au monde, mêlant corps et psyché, est autrement plus complexe que ce que veut nous faire croire cette piteuse blague à la fois sadique et potache.

 

©Photo

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Bruits

Publié par 10lunes le 25 octobre 2012 dans Profession sage-femme

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Le week-end dernier, un fait divers dramatique a occupé les médias qui ont unanimement relayé une version simpliste et reprise en boucle, à base de déserts médicaux et de fermetures des maternités de proximité. Après les médias se sont engouffrées les représentations professionnelles, reformulant les faits pour mieux les faire coïncider avec leurs propres combats. Les politiques ont renchéri – persistance de l’absurde agitation coutumière au mandat précédent ? – Le président a demandé publiquement l’ouverture d’une enquête administrative et MN Lienemann, sénatrice PS, réclamé un moratoire sur la fermeture de maternités. Enfin, Pelloux en a appellé aux maisons de naissance. Je devrais m’en réjouir mais là encore, il ne s’agit que d’attirer la lumière ; une maison de naissance n’est pas un lieu d’accueil pour un enfant prématuré.

Chez les sages-femmes, ça bruisse aussi. Elles se sentent oubliées, les médias ont causé maternités, gynécologues, mais pas d’elles. Il faudrait réagir. Ca discute, ça temporise… les uns et les autres finissent par publier leurs communiqués. 

Quelle que soit la justesse des causes défendues, cette curée où chacun tente d’utiliser l’émotion (le voyeurisme ?) me désole. Le monde médiatique semble ainsi fait que nous ne puissions débattre sur la place publique qu’à « l’occasion » d’un drame individuel …

Mais la difficulté d’accès aux soins n’est pas que géographique. Dans le même temps, les syndicats de médecins négocient leurs (tarifs) pardon, leurs dépassements d’honoraires. Les raisonnements spécieux fleurissent, invoquant le non remboursement par l’assurance maladie des dits dépassements pour contester sa place dans ce débat. La belle idée de 1945, garantissant un égal accès aux soins pour tous, est balayée. Oui les tarifs médicaux ne sont pas toujours à la hauteur des études/des responsabilités/du temps passé/de l’investissement- cf ce billet de Fluorette, médecin généraliste, qui détaille comment son exercice se vit au quotidien. Mais comment peut-on parler de santé en parlant de loi du marché ?! Certains osent évoquer les cabinets débordant des spécialistes en secteur 2 pour expliquer que les gens se font soigner, quelque soit la part restant à charge ! Et quid de ceux qui n’ont pas ou plus les moyens ? Que sont devenues les valeurs solidaires ? 

Et si vous voulez avoir une idée de ce que serait la santé sur le modèle américain, quand les assurances privées sont aux commandes, ce qui semble en train de se profiler en France, je vous invite très fort à lire cet article paru en 2009. Mesurons notre chance et faisons tous en sorte que le système ne s’effondre pas.

La politique de santé ne se pense pas dans l’urgence mais il y a urgence à la repenser.

 

 

PS prosélyte… :

Si j’étais médecin, je serai syndiquée au SMG 
Et comme je suis sage-femme, je suis syndiquée .

 

 

©Megatron Matrix – Nam June Paik

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Voix off, flou on

Publié par 10lunes le 12 octobre 2012 dans Médias

 

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Le magazine de la Santé (France 5) consacrait cette semaine sa série « In vivo » aux sages-femmes. L’ensemble des émissions est disponible sur le site et une rediffusion est programmée demain samedi à 13h25.

Le reportage montre des sages-femmes autonomes, présentes dans tous les secteurs de la maternité, praticiennes accomplies, chaleureuses, efficaces, compétentes.

Pourquoi alors ma diffuse insatisfaction ? 

L’émission est ainsi présentée :
La grossesse n’est pas une maladie. Forte de cette évidence souvent oubliée, la maternité de l’hopital Necker redonne toute leur place aux sages femmes. Elles sont désormais seules en scène pour assurer la prise en charge des femmes avant, pendant et après leur acccouchement, tant qu’aucun problème médical n’apparait bien sûr. Echographie, accouchement, allaitement, babyblues, leurs compétences sont aujourd’hui pleinement reconnues.

Voilà ce qui me chagrine ! La voix off trouble le message porté par les images. L’exercice autonome des sages-femmes est présenté comme une innovation de l’hopital Necker alors que c’est ainsi dans toutes les maternités de France ; l’accent est mis sur la nouveauté, laissant penser que ces compétences nous ont récemment été octroyées. Si cela est vrai pour le « suivi gynécologique de prévention » (simplement cité au dernier épisode), c’est faux pour toutes les autres activités évoquées. Même l’échographie est une compétence de longue date des sages-femmes.

Mais surtout, la petite phrase « tant qu’aucun problème médical n’apparait » ponctuée par un « bien sûr » fortement appuyé, vient contredire la présentation, comme une affirmation de notre totale dépendance aux médecins. Elle omet que le dépistage de ces « problèmes médicaux » est de notre ressort et que nous prenons en charge certaines  – évidemment pas toutes – de ces situations sans avoir à en référer aux médecins.

Je n’évoque ici que l’introduction, répétée à chaque épisode. Mais ce sentiment de décalage entre les images et les mots persiste au fil des commentaires.
D’autres praticiens, sages-femmes et médecins, m’ont confirmé que cette impression de flou était partagée.

Peut-être sommes nous des chipoteurs acharnés. A chacun d’en juger après avoir vu mais surtout écouté ce documentaire.

 

©Photo

 

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Ginger et cher

Publié par 10lunes le 21 mai 2012 dans Pffffff

 

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Un sondage, largement relayé sur le net, nous « révèle » que 75 % des femmes souffrent de nausées au cours de leur grossesse.

L’enquête a été réalisée sur 1061 femmes dont on ne sait si elles sont enceintes ou si elles font appel à leurs souvenirs. Les 75% annoncés en une du site se transforment en 72% dans la brochure téléchargeable dont 40% de façon occasionnelle. C’est moins impressionnant vu ainsi mais il faut savoir crier au loup assez fort pour être relayé dans les médias.

Pour faire bon poids, il nous est précisé que « pour 80% des femmes, les nausées persistent tout au long de la journée ». Manque de bol, nous ne saurons pas d’où vient ce chiffre puisque la référence a disparu.

Loin de moi l’idée de minimiser l’enfer que vivent certaines femmes, pouvant les mener jusqu’à l’hospitalisation. Mais je déplore le procédé qui consiste à glisser allègrement du cas particulier à la généralité pour mieux faire passer la pilule.

La pilule en l’occurrence, c’est du gingembre.
Rien de nouveau ! Comme le distributeur le souligne lui même, la Haute Autorité en Santé précisait dès 2005, dans son livret « Comment mieux informer les femmes enceintes ?  » : « Seuls le gingembre et l’acupuncture sont efficaces pour les nausées ». 

Pas de progrès majeur donc, mais une campagne promotionnelle bien orchestrée avec l’annonce d’une fiche à télécharger « Parlez en à votre médecin « . Je glisserai rapidement sur l’oubli si coutumier des sages-femmes lorsque l’on évoque les professionnels du suivi de la grossesse… Cette fiche reprend tous les codes d’une notice pharmaceutique, histoire de s’acheter une légitimité, puis mentionne en bas de page et petits caractères gris clair « ce produit n’est pas un médicament ».

Mais pourquoi tant d’esbroufe ? Certainement pour justifier le prix, 1295 € le kg de gingembre en gélule ! C’est trois à quatre fois le tarif des autres fournisseurs.

Mais si vous êtes enceinte et nauséeuse, on peut faire encore moins cher : faire infuser cinq à dix minutes10 g (dose maximum pour une journée) de gingembre frais râpé dans 250 ml d’eau. A boire au fur et à mesure des besoins…

Elle est pas belle la vie ?

 

Petit billet au titre calamiteux (pas pu m’empêcher) pour annoncer la SMAR dont le thème cette année est la naissance et l’argent. Quelques actions annoncées ici.


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Mère Nature !

Publié par 10lunes le 21 mars 2012 dans Médias

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Nous connaissions l’accouchement physiologique, l’accouchement eutocique, l’accouchement normal, voilà que l’on découvre l’accouchement naturel. J’attends avec impatience l’accouchement certifié bio par Ecocert.

Ainsi l’accouchement naturel comporte trois  phases, dilatation, expulsion, délivrance…  Serais-je dans l’erreur en pensant que c’est le cas de tous les accouchements ?

Puis vient cet élogieux paragraphe / mères moins fatiguées /enfants moins angoissés / relations de meilleure qualité / sorties plus rapide / moins de complications… qui dessine en creux une terrible et abusive image de l’accouchement « médicalisé ».

La démonstration est un peu courte. Si la surmédicalisation a des effets iatrogènes, personne ne souhaite pour autant s’en remettre  aveuglément à dame nature. Un accouchement peut se compliquer et l’intervention du médical sera alors bienvenue.

Mais pour que tout le monde s’y retrouve – faut faire consensuel cocotte -les baffes sont équitablement distribuées, une  à droite, une à gauche. L’accouchement naturel ça se paye, on a mal et si y a des complications, y a pas de matériel ! Autant dire que ces pauvres femmes sont livrées à elles-mêmes… C’est ballot quand on sait que le  « matériel nécessaire » – mot générique pouvant recouvrir un large univers, du forceps au bloc opératoire en passant par la baguette magique – est dans la salle d’à coté.

Enfin, les sages-femmes penseraient la naissance dénaturée parce que médicalisée. Oui nous sommes nombreuses à déplorer la protocolisation qui s’impose à chaque femme et l’oblige à accoucher non comme elle le souhaite mais comme la médecine en décide. Oui l’hypermédicalisation nous éloigne de la réalité physiologique de la naissance. Mais qui oserait penser que la césarienne est un acte inutile, que toute péridurale est superflue ?

De la mesure ! Comme toujours, les extrèmes sont néfastes. Certes, les 99% de péri, les 40 % de césariennes revendiquées par certaines maternités effraient. Mais je serais tout aussi effrayée si l’on imposait que toute femme accouche « naturellement » dans son foyer.

La médecine actuelle nous permet de prévenir, de dépister… c’est ainsi que nous pouvons accompagner les femmes, en fonction de leur désirs et de leur réalité médicale.

Tout traitement univoque – qu’il soit naturel ou hypertechnicisé – serait, comme l’article cité, dénué de sens.

 

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La forme sans le fond

Publié par 10lunes le 26 février 2012 dans Pffffff

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Un espace physiologique vient d’être inauguré à la maternité de Villefranche-de-Rouergue. La forme semble sympathique – quoiqu’un peu grise – pour ce que l’on peut en apercevoir dans ce bref reportage. Le commentaire du Pr Nisand (CHU de Strasbourg et non de Toulouse comme l’indique le sous-titre…) souligne que les femmes « préfèrent qu’on respecte la physiologie de leur accouchement ».

J’aimerais que la médecine le préfère aussi…

Si la forme semble convenable, on est bien loin du fond ! En témoigne cet article de l’AFP où chaque mot mériterait une analyse de texte.

Le titre  « L’accouchement comme à la maison » est déjà un petit  – un gros – arrangement avec la réalité.

Nous avons cherché à créer une atmosphère de zénitude totale, pour donner le sentiment de materner la mère. Cette phrase sonne comme un aveu. Il ne s’agit pas de faire mais de donner l’impression.

– Lsalle physiologique de préparation à l’accouchement de Villefranche, la première en Midi-Pyrénées, correspond aux Maisons de naissanceLes espaces physiologiques sont sans nul doute une proposition intéressante mais n’ont rien à voir avec les maisons de naissance que l’on nous promet depuis …1998.

– Dans la salle aux murs gris clair, un investissement de 130.000 euros… Ca coûte cher de faire comme à la maison dans un hôpital !

– Le lit est assez grand pour que le mari soit allongé avec sa femme. C’est donc ainsi que la chef de service imagine un accouchement « naturel ». 

– L’accouchement lui-même se fait sur le lit, en position accroupie. Interprétation du journaliste ? L’accouchement en maternité ne pourrait se concevoir que normé ? 

– Après l’accouchement, la petite Manon ne lui a pas été arrachée pour la pesée et les examens. Faut-il noircir la réalité des stuctures pour justifier les demandes aletrnatives ?

– Elle n’aurait pas voulu accoucher chez elle: En aucun cas je n’aurais souhaité mettre la vie de ma fille et la mienne en danger, il me fallait la sécurité d’un hôpital à côté. Opinion personnelle que l’on nous assène comme une évidence.

Le Pr Israël Nisand est formel: Je suis contre les Maisons de naissance expérimentées en dehors des hôpitaux. Lors de l’élaboration du cahier des charges des MDN, les sages-femmes avaient pourtant accepté la proximité immédiate (qui ne correspond pas à la définition des MDN) afin d’obtenir le démarrage de l’expérimentation. Ce n’est pas l’éloignement qui inquiète certains de nos amis obstétriciens, mais notre autonomie…

Sans compter que de nombreuses femmes ayant fait le choix d’un accouchement naturel, démédicalisé, sans intervention (injections, péridurale…) pour faire diminuer les souffrances, changent d’avis au moment des premières contractions: seules 3 à 4 % de ces futures mères vont jusqu’au bout de leur démarche, reconnaît Mme Bader.

C’est à la lecture de cette dernière phrase que ma colère a explosé.

Aménager de jolies salles ne sert à rien si les sages-femmes ne sont pas disponibles et désireuses d’accompagner les femmes autrement. Je m’en inquiétais il y a quelques mois. « La douleur et le stress se payent cash et le risque est de voir pulluler des statistiques démontrant l’inanité des ces équipements ». 

Voilà, j’ai déjà raison et je m’en désole.

Les gens de mauvaise volonté retiendront que l’on a dépensé 130 000 € d’argent public pour satisfaire des femmes capricieuses changeant d’avis dès leurs premières contractions…

 

 

Edit de 11h 30 : on me glisse à l’oreille que cette maternité ne mérite pas de jugement hatif… Mon billet n’étant inspiré « que » par un article de presse, tout témoignage direct sera le bienvenu !


Edit de minuit : Témoignages reçus ! L’article de l’AFP ne semble pas du tout représentatif de la réalité de cette maternité. Loin d’une simple politique d’affichage, il existe une réelle volonté de Mme Bader, chef de service, comme de l’équipe de respecter les attentes des couples. Pour preuve, le nombre d’accouchements augmente de façon régulière et certains parents délaissent une maternité bien plus proche pour se rendre à Villefrance de Rouergue. Dont acte !

Reste ce mystérieux chiffre de 3 à 4% dont je continue à cherche la source (cette statistique serait une estimation « générale » ne concernant pas la maternité citée)


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L’académie veille

Publié par 10lunes le 26 janvier 2012 dans Profession sage-femme

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Me voilà encore à défendre le prado*… Pas tant pour ce qu’il est – nous le faisions déjà – mais pour dénoncer la manipulation des idées…

L’académie de médecine se préoccupe du sort des femmes et des nouveau-nés. Louable souci ! Mais nos académiciens sont au mieux mal informés, au pire de mauvaise foi.

Si les termes de « sortie précoce » sont largement utilisés par des médias méconnaissant la réalité hospitalière, ils étonnent dans la bouche d’experts de la médecine. Le programme expérimenté ne consiste pas à faire sortir les femmes plus rapidement de la maternité mais à leur proposer, après une sortie « normale »  un suivi prolongé qui n’était pas encore formalisé. Le prado permettra que chaque jeune mère soit informée de cette possibilité,(auparavant, les femmes qui bénéficiaient de cet accompagnement étaient principalement celles qui, suivies pendant leur grossesse par une sage-femme libérale, faisaient de nouveau appel à celle-ci à leur retour à domicile). 

Mais les sous-entendus parsemant le texte me laissent penser que la dénomination erronée ne relève pas du défaut d’information …

Pourquoi insister sur la « décision médicale »  – en taclant dans le même temps celles qui décideraient d’elles même une sortie rapide – alors que la décision de sortie est explicitement précisée comme du ressort de l’équipe hospitalière.

Pourquoi souligner la nécessité d’une « parfaite connexion entre les maternités et les sages-femmes libérales » alors que nul ne se préoccupait jusqu’à présent de l’absence de suivi au retour à la maison. 

Pourquoi réclamer une sécurité équivalente à celle proposée en maternité qui laisse entendre que le retour à domicile met en danger la santé des femmes et des nouveau-nés ?

Pourquoi préciser le nombre de visites nécessaires qui suggère que les sages-femmes ne sont pas en capacité d’en décider avec les parents.

Pourquoi insister sur une disponibilité de la sage-femme « à tout moment » alors qu’il s’agit de mères et d’enfants sans souci particulier (c’est dans la définition même du prado) et que plus aucun médecin de ville, quel que soit l’état de santé de ses patients, n’assure cette permanence. 

Pourquoi évoquer « l’accompagnement attentif » de l’allaitement maternel alors que ce rôle est assuré au quotidien par les sages-femmes.

Et pourquoi conclure sur d’éventuels retards diagnostiques si ce n’est pour faire frémir les familles – femmes et bébés seraient-ils des bombes à retardement – et suggérer en quelques mots que les sages-femmes sont incompétentes.

 

En clair, ce communiqué n’est-il pas au service des médecins plutôt que des »patients », certains parmi les premiers s’inquiétant de voir les sages-femmes prendre enfin une place plus visible dans la périnatalité française ? 

 

 

©Photo

 * présentation du prado

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Babyboom, décorticage tardif

Publié par 10lunes le 28 novembre 2011 dans Médias

 

Audrey Hepburn disait, le plus difficile dans la maternité, c’est cette grande inquiétude intérieure que l’on ne peut pas montrer. Et bien aujourd’hui, nous vous montrons TOUT.
Cette phrase pompeuse introduisait chaque épisode de Baby Boom…Une promesse d’honnêteté qui méritait, même très en retard (!), d’être explorée.

Histoire que personne ne soit dupe… décortiquons.

Le décor
Tristes salles d’accouchement. La modernité s’incarne dans les appareils médicaux mais déserte les carreaux de faïence kaki faussement égayés de quelques fleurs désuètes.
En comparaison, d’autres lieux de la maternité paraissent bien pimpants… En particulier l’office où l’équipe se réunit pour se détendre et partager un repas. Normal, il a été rénové pour l’émission ; le personnel a même eu droit à de la vaisselle neuve.
Quant à l’entrée des urgences, elle a été réaménagée en prévision du reportage puis « remise en état ».  Les canapés de cuir, luxueux et détonants, dans lesquels les pères se reposaient en attendant l’heureux événement n’ont existé que le temps du tournage.

La mise en scène
L’étudiante sage-femme est en train de photographier le premier bébé qu’elle a « aidé à naitre » lové dans les bras de sa maman. Le père entre chargé d’un imposant bouquet. Pour l’offrir à sa compagne ? Que nenni ! C’est pour remercier l’étudiante. Comme elle fait des études de sage-femme et pas de théâtre, elle surjoue légèrement et s’extasie «C’est pour moi oh mais c’est gentiiiil» dès l’arrivée du bouquet sans attendre que le père précise qu’il lui est destiné…

Le racolage
A deux reprises au moins, nous avons droit aux piteux ressorts propres aux chaînes commerciales … quelques images pour nous faire craindre le pire et s’assurer – en titillant nos mauvais instincts – que nous resterons devant l’écran pendant les spots publicitaires.
Après un accouchement laborieux, l’enfant nait. Cri de la mère « Il respire pas ! ». La sage-femme emmène le bébé inerte et … Il faudra attendre la fin de la coupure pub pour être rassuré sur la santé de ce nouveau-né !

Autre accouchement, l’enfant prend son temps. Avant de nous infliger un long tunnel publicitaire, la production extrait quelques mots de la sage-femme évoquant une possible césarienne puis expliquant à la caméra «Quand ça dérape notre métier devient le plus moche métier du monde ! ». Plan de coupe sur le visage anxieux des parents.
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Au final, l’histoire se résume à de très banales explications de la sage-femme, plutôt optimiste sur le déroulement du travail, qui ne fait que répondre à une question du père impatient «Qu’est ce qu’on peut faire si jamais ça n’avance pas ?».

La normalisation
La quasi totalité des émissions est consacrée à des accouchements standardisés répondant parfaitement à l’imaginaire que le public peut en avoir : femmes immobiles + péridurale  + position gynécologique. Standard à peine tempéré par les images d’une femme refusant l’analgésie, accompagnée par une sage-femme qui lui suggère d’autres positions.
Seules quelques variations contrôlées à travers une césarienne ou une naissance express tentent de donner l’illusion de la diversité…

L’équipe de Poissy – de ce que j’ai pu en apprendre par de courts échanges virtuels- s’attache pourtant à proposer bien autre chose que cet accompagnement stéréotypé. Preuve de cette ouverture, la phrase d’une sage-femme expliquant à ses collègues qu’il (ben oui, c’est un homme sage-femme) a examiné une femme debout… mais bien évidemment, pas d’images ni de cet examen, ni de quoi que ce soit d’autre qui pourrait dépasser du cadre.
A l’inverse, Poissy est une maternité de type III qui accueille des grossesses hautement pathologiques et gère des situations complexes ; nous ne le verrons pas non plus.

Le montage
L’obstétricien vient saluer chaleureusement des parents en salle d’accouchement. Au plan suivant, il explique face à la caméra le plaisir de retrouver lors de la naissance les couples qu’il a suivis. Retour au bloc obstétrical ; un coup de fil l’oblige à quitter la salle. Il s’avère que l’appel « urgent » concerne la gestion d’une commande de sushis. Le médecin règle les derniers détails du repas– en demandant au passage à une sage-femme de « faire une jolie table genre maîtresse de maison (sic) le temps qu’on finisse l’accouchement» et revient nonchalamment vers la  salle de naissance. Il s’attarde devant la porte. On entend le bébé naître. Il ne rentre qu’ensuite.
Tout cela est sans grande importance, la présence du médecin n’était pas requise.

Oui mais…
– Dr Tête-nue-sans-masque entre dans la salle et prononce quelques mots sympathiques.
– Le téléphone du Dr Tête-nue-sans-masque sonne en salle d’accouchement ; il s’apprête à sortir de la pièce.
– Sort dans le couloir le Dr Bonnet-de-bloc-et-masque-dénoué.
– Dr Bonnet-de-bloc-et-masque-dénoué paye la commande de sushis et cherche une maîtresse de maison.
– Dr Bonnet-de-bloc-et-masque-dénoué s’approche tranquillement de la salle d’accouchement.
– Dr Tête-nue-sans-masque rentre dans la salle…
Pourquoi ce médiocre montage sinon pour suggérer la duplicité du médecin, s’affirmant heureux d’assister à la naissance, s’absentant dans l’instant suivant pour une dérisoire histoire de sushis …

L’impact
Dans les semaines précédant l’émission, la production a insisté sur la discrétion – plus de 40 caméras tout de même !- du dispositif mis en place. « Pour perturber le moins possible les naissances, la chaîne a opté pour des caméras dirigées à distance par une régie ».
Aucune perturbation du service donc ? Même en oubliant les puissantes lumières nécessaires aux images, le tournage a forcément influé sur la vie de l’équipe et des parents.

Telle cette anecdote, non diffusée évidemment.
Une femme arrive aux urgences à dilatation complète. L’équipe la brancarde à toute allure dans les couloirs pour l’emmener en salle de naissance. Arrivée au bloc obstétrical, bref temps d’arrêt pour demander où l’installer.
« La 4 est libre »
Le brancard repart, ça urge.
« Ah oui mais non, la 4 c’est une salle avec caméra…On attend une autre femme »
Le brancard amorce un demi-tour.
« Enfin, ah moins que la dame veuille bien être filmée ? »
La sage-femme s’entend prononcer :
«- Ah ben je sais pas. Madame ? Madame ! Vous voulez être filmée ?
Nooooon ! s’époumone la femme en pleine contraction.
 – Bon ben non, on va où alors ? »

Contraintes techniques imposées par le tournage, aléas médicaux soigneusement évités, sélection des images, montage… Une sage-femme de Poissy après la diffusion du premier épisode m’a écrit : « Pour notre part à toutes c’est une déception. Ça ne représente pas notre pratique. »

Je la crois sans peine !

 

NB : Si vous ne l’avez pas déjà lue, ne manquez pas cette analyse affûtée publiée dès la diffusion du premier épisode sur « Maman Travaille.fr »

 

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