Renommée

Publié par 10lunes le 4 décembre 2016 dans Naissance

 

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Le travail a été long, très long, vraiment très long. Un jour et une nuit de contractions à la maison et encore nombre d’heures à la maternité.

Sans dormir ou si peu, sans manger, et presque sans boire.
Sa fatigue est à la mesure de l’attente.

Il est temps de pousser. Le père s’inquiète. Sa compagne aura-t-elle l’énergie de mettre leur enfant au monde ?
Elle y met toute sa force, il y met tout son soutien.
Aussi, quand leur petite fille se montre enfin, soulagé, il s’écrie : « VICTOIRE ! »

-« C’est un bien joli prénom commente la sage-femme.
Ah mais non ! Elle s’appelle Cassandre » répondent en chœur les deux parents.

Les premières secondes de Cassandre seront bercées par un fou-rire général.

 

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Soutenue

Publié par 10lunes le 23 décembre 2015 dans Profession sage-femme

 

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La garde est plus que dense. Tous les enfants semblent s’être donné le mot pour naître ce jour là.

A courir de salle en salle, elle n’a que peu de temps à consacrer à chaque femme et s’en désole. Elle s’excuse auprès des unes et des autres, le sourire de plus en plus fatigué :
– Pardon d’être si peu disponible, c’est un festival de bébés aujourd’hui.


La fin de la journée arrive, toujours aussi trépidante.
Ca pourrait être l’heure du dîner mais pas l’heure du sien. Elle n’a rien eu le temps d’avaler depuis son arrivée, tôt ce matin.
Elle aide une femme à s’installer pour les derniers moments.

Sa petite mine doit être patente.
Puisque, dans une parfaite inversion des rôles, c’est la femme qui soutient la sage-femme :
– Allez courage ! Je suis la dernière, après moi, vous aurez fini.

 

 

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Désorienté

Publié par 10lunes le 20 décembre 2015 dans Après, Vie des femmes

 

004Ils n’ont pas choisi la maternité la plus proche. L’équipe qui accueillera leur enfant saura se montrer plus qu’attentive à leurs attentes. Le prix à payer pour cet accompagnement est de faire une bonne demi-heure de voiture.

Le trajet se passe bien. Soucieuse de ne rien perturber du travail de son corps, elle s’est isolée dans sa bulle, s’en remettant à son compagnon pour la conduire à bon port. Les yeux fermés, elle est centrée sur elle-même et rien ne vient la déranger.

Tout se passe comme prévu, le départ comme l’arrivée sont sereins, l’accueil chaleureux et la naissance facile. 
Aucune fausse note dit-elle le lendemain quand ils se refont le film de la naissance, pour mieux en graver chaque instant dans leur mémoire.

Elle surprend le regard un instant confus de son compagnon.
– Hier, sur la route, tu n’as pas remarqué…?

Non elle n’a rien remarqué ; pas de coup de frein brusque, pas de virage violent, une conduite efficace et douce.
– Oui… mais je me suis trompé de chemin.

Elle sourit, quel que soit le détour, elle n’y aurait pas prêté attention.

Et je ne résiste pas à copier ici sa phrase de conclusion
« Notre chemin était parfait. Juste parfait »

 

 

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Du people et du pipeau

Publié par 10lunes le 30 mai 2015 dans Médias, Pffffff

 

Catherine,_Duchess_of_Cambridge

Devant la multiplicité des médias traitant soudain ce sujet, j’imagine que l’assurance maladie a souhaité communiquer sur les sorties précoces de maternité. M6 a choisi de traiter le sujet à la n’importe nawak. Autant d’inepties et de contres-vérités débitées en 3 minutes (à 15’20), ça frise l’exploit.

Je vous laisse en juger avec cette transcription intégrale… agrémentée de quelques captures d’écran histoire de vous prouver que je n’écris pas ce billet sous l’emprise d’une substance hallucinogène.
Et je vous épargne le ton surjoué genre iMMMMMMMense hôpital ou sans-pé-ri-du-ra-le

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Question : les jeunes mamans restent elles trop longtemps à la maternité après leur accouchement. Elles y passent un peu plus de  4 jours actuellement et c’est trop selon certaines mères d’autant qu’un délai plus court est synonyme d’économie. La caisse nationale d’assurance maladie estime que raccourcir leur séjour permettrait d’économiser 280 millions d’euro par an.

Alors quels sont les avantages et les inconvénients d’un retour précoce à la maison,  comment ça se passe chez nos voisins européens ? 
Pourquoi certaines femmes veulent elles réduire leur séjour à la maternité ?

C’est en général parce qu’elles ont déjà eu un enfant et donc elles veulent souder rapidement le lien avec les frères ou les sœurs.  Elles se disent également dans un environnement beaucoup plus confortable à  la maison que dans un immense hôpital impersonnel. Et au total 30 % des mères estiment rester trop longtemps à la maternité quand ça se passe bien évidemment.  Alors on le rappelle, la durée minimale du séjour est de trois jours pour un accouchement classique par voie basse, quatre pour une césarienne.

Et désormais certaines maternités peuvent permettre de rentrer plus tôt, c’est ce qu’on appelle le programme prado. La maman a alors droit à trois jours de visite d’une sage-femme à domicile, la première dans les 48 heures, ainsi qu’à une aide-ménagère, le tout évidemment pris en charge à 100 %.

pradoUn commentaire à présent : J’ai été choquée de voir Kate Middleton rentrer 10 heures après son accouchement nous dit Delphine.

Mais oui Delphine, ça a surpris  les français mais au Royaume Uni ça n’a rien d’exceptionnel. Les britanniques restent en moyenne 1.7 jours à la maternité contre 3 pour la moyenne européenne et 4,2 jours en France.

Pourquoi ?  Parce que la majorité des européennes accouchent sans péridurale contre une minorité seulement de françaises. Elles peuvent se lever tout de suite et il y a moins besoin de suivi médical.péri

L’autre tendance c’est l’accouchement à domicile ou dans une maison de naissance.  C’est très répandu en Hollande, aux Pays Bas, au  Royaume Uni. En France, c’est totalement marginal puisque les maisons de naissance sont totalement interdites.AAD

Y a quand même des risques non  à sortir trop rapidement de la maternité?
Ben oui, pour une jeune femme, une jeune maman dont c’est le premier enfant, c’est un peu comme partir dans l’inconnu. On peut ne pas dépister certains problèmes de lien mère- enfant, le fameux baby blues par exemple.baby bluesL’enfant risque aussi certaines complications, certaines infections, la jaunisse qui apparaît entre le 3ème et le 5ème jour de sa vie.

Ictère

Et selon la Haute Autorité de la Santé, et bien, deux femmes sur dix rencontrent des difficultés après l’accouchement et c’est précisément dû à une mauvaise préparation de sa (sic) sortie de la maternité.post nat
Et donc on comprend la prudence des femmes françaises.

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Voilà… Je ne sais même pas si ça vaut le coup de décrypter tellement c’est gros mais 

  • Il n’y a pas de durée minimale de séjour imposée ; plus exactement, un départ avant les délais indiqués est considéré comme précoce par la HAS qui a rédigé des recommandations de bonnes pratiques sur la sortie de maternité.
  • Le prado c’est, par exemple, ça. Donc plutôt deux visites de la sage-femme et pas le début de l’amorce d’un hypothétique passage d’une aide-ménagère. Coté tarif, la mère est bien prise en charge à 100 % pendant 12 jours mais pour le nouveau-né, on retombe à 70 % dès la fin de la première semaine de vie.
  • Les taux de péridurale européens sont justes (et devraient nous faire réfléchir …) mais expliquer la durée des séjours par la nécessité d’un suivi médical prolongé du fait de l’anesthésie est absurde sinon totalement stupide.
  • Coté statistiques européennes  des accouchements à domicile, j’ai la flemme de chercher des références mais en gros, c’est 25 % aux Pays Bas et 3 % en Angleterre.
  • Non seulement les maisons de naissance en France ne sont pas interdites (!!) mais le principe de leur expérimentation a été voté en 2013. Si tout va bien – croisage de doigts recommandé- les premières ouvriront l’année prochaine.
  • Evoquer le baby blues comme un trouble du lien mère-enfant est une ineptie juste bonne à faire frémir toutes celles qui ont vécu cet état émotionnel bref et banal.
  • L’ictère (jaunisse) n’est en aucun cas une infection. Il est le plus souvent banal, (même s’il mérite d’être surveillé et quantifié) au point d’être qualifié de « physiologique ».
  • Enfin, la HAS  écrit : « Actuellement en France, le nombre de femmes qui rencontrent des difficultés en post-partum serait relativement important (de 15 à 35 % en fonction des études), du fait d’une mauvaise préparation à la sortie de la maternité. D’une manière générale, ces difficultés ne seraient pas directement imputées à la durée du séjour, puisque près des trois quarts des femmes interrogées jugeaient leur durée d’hospitalisation à la maternité adéquate. »
    En poursuivant la lecture, il est clair que ces difficultés sont liées au manque d’informations dispensées par les professionnels. Le suivi à domicile est justement l’occasion de donner ou redonner ces informations, d’autant plus pertinentes et audibles que nous ne sommes plus dans la projection d’un futur idéalisé mais dans le concret de la vie avec un nouveau-né.

Résumons, la seule information fiable donnée par M6, c'est l'info people. Kate est bien sortie 10 heures après son accouchement.
L'honneur journalistique est sauvé !

 

NB : Il y a 5 ans, j’étais nettement plus critique sur les sorties précoces. L’accompagnement s’est tout de même amélioré.
NB bis: Vous devez ce billet à la nécessité de réagir rapidement à une « information » donnée dans un journal télévisé et à la conjonction d’incidents domestiques bouleversant mon programme. Pardon pour mon silence, je traverse une parenthèse un peu agitée mais ça devrait s’arranger bientôt.

 

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En souvenir des jours heureux

Publié par 10lunes le 29 juillet 2014 dans Après, Vie des femmes

 

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Il y a plus de 20 ans que nous ne nous sommes vues.

Je l’avais accompagnée pour ses maternités. Consultations,  préparation, retour à la maison, post-partum… Une année partagée pour chacun de ses enfants.

Ces enfants qui sont maintenant des adultes ; le dernier vient de quitter le nid.
C’est peut-être pour cela que tout va mal. Moral en berne et douleurs erratiques, pas violentes, juste assez présentes pour lui gâcher la vie. Personne n’arrive à la soulager me dit-elle.

Elle a récemment repensé à certains exercices que je lui avais montré quand elle était enceinte, pour protéger son dos, soulager des sciatalgies.
A l’époque, leur effet aurait été « miraculeux ».

Elle me contacte ce jour là pour que je lui remontre ces gestes expliqués deux décennies plus tôt.
Je devine que la question n’est pas là, et que je n’aurai pas de réponse…
Mais elle insiste.

Alors, ce soir là, elle retrouve le chemin du cabinet et s’étonne que je ne la reconnaisse pas en salle d’attente.

A peine assise, elle débute un long monologue. Au travers des mots s’exprime toute la nostalgie de ses maternités. Elle revient en souriant sur chacune de ses grossesses, détaille ses accouchements, s’attarde avec gourmandise sur les mois suivants. Parfois, elle s’interrompt pour m’interpeller sur des souvenirs qui ne nous sont plus communs.

Comme ses mots, le temps s’écoule. Toutes ces années à materner ses petits, à les voir grandir … et puis s’éloigner.
Elle finit par évoquer ses douleurs, feint de penser que je vais savoir les soulager.

C’est hors de mon domaine de compétence. Je le lui avais précisé au téléphone, lui rappelle encore une fois. Elle insiste pour la forme.
Je sais bien qu’elle n’y croyait pas vraiment.

Puis elle s’en va, visiblement déçue.
Et pourtant…
Elle n’était venue que pour boucler la boucle et constater que nous n’avions plus rien à partager.

La page est enfin tournée.
Nous avons bien travaillé !

 

 

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Marketing

Publié par 10lunes le 11 mars 2014 dans Médias, Naissance, Pffffff, Profession sage-femme

 

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Tissées main au son de chants mayas ? Teintées au pourpre élevé biologiquement ? Fibres siliconées high-tech antimicrobiennes ?
Pardon, je réfléchissais à voix haute au meilleur argumentaire de vente…

Ce billet doit beaucoup à une sage-femme sociologue, ethnologue, une sage-femme dont la longueur des études universitaires est inversement vertigineuse à la mienne et qui m’honore pourtant de son amitié. Récemment, elle m’a offert la primeur d’un de ses articles (lien à venir dès que son travail sera publié) analysant les aspects sociologiques des « espaces physiologiques » au sein des maternités.
Entre autres réflexions parfaitement passionnantes, elle aborde un angle que je n’avais jusque-là jamais envisagé : l’aspect économique.

Ou plus prosaïquement : l’accouchement naturel est à la mode, y a du fric à se faire coco !

Hasard de la vie, je tombe le lendemain de cette lecture sur cet article. Il y aurait beaucoup à en dire ; se féliciter de la volonté d’offrir au sein de l’hôpital une alternative à l’accouchement hypertechnicisé et de l’ouverture du plateau technique aux sages-femmes libérales. Déplorer les allusions anxiogènes répétées à la sécurité garantie ou ce commentaire « comme un accouchement à domicile mais avec une équipe expérimentée » qui en dit long sur les failles séparant la vision de ces deux exercices !!!
En point d’orgue, cet aveu sur la nécessité de se former à l’accouchement physiologique, d’apprendre la mécanique obstétricale, de s’interroger sur les postures, qui résume à lui seul toute les errances d’une profession en quête d’identité …

Mais comme dit plus haut, je me suis arrêtée sur un seul paragraphe : le coût des équipements soit 80 000 € pour aménager un lieu … naturel !
Nous avons donc affaire à une onéreuse baignoire dont la seule spécificité semble être l’existence d’une porte. 36000€, ça fait cher la porte. J’ai toujours travaillé avec des baignoires « normales » et n’ai jamais vu une femme incapable d’en enjamber le tablier. On ne peut même pas évoquer la possibilité d’une « évacuation en urgence » pour justifier ce tarif prohibitif. Ouvrir la porte d’une baignoire pleine… je vous laisse imaginer la pataugeoire !

A côté de la baignoire, il y a le lit. Dans un accouchement na-tu-rel ma cocotte, tu prends les positions que tu veux mais sur le lit prévu à cet effet… (mobilité d’accord mais encadrée) 40000 € quand même ! Ce type de matériel se révèle intéressant dans une salle classique ; par sa modularité, il permet une plus grande variété de postures aux femmes immobilisées par le triptyque péridurale/perfusion/monitoring.
Mais dans une salle physiologique, à quoi bon ces jambières du plus bel orange ? Un matelas, quelques coussins, un ballon, une corde de tissus pour se suspendre et s’étirer … C’est la femme qui doit choisir, non le mobilier qui doit induire !

Mais je me suis vraiment étranglée sur « la simple écharpe de traction » à 5600 €. Qui peut m’expliquer ce tarif prohibitif alors qu’un banal drap ferait l’affaire ?

Et au final, cette addition : 80000 € ! 
Ou comment nous laisser penser que le confort des femmes se joue dans un aménagement onéreux plutôt qu’un accompagnement respectueux.

Voilà donc 80000 € donnés en pâture à tous les détracteurs de ce type d’accouchement. Une somme apparaissant de plus dépensée pour le plaisir de quelques doux allumés rêveurs. C’est en filigrane ce que nous dit le reportage puisque la seule naissance dans cette salle remonte à dix jours et que les deux femmes enceintes interrogées précisent qu’elles ne la choisiront pas.

80 000 euros qui viendront surtout enrichir quelques commerciaux visionnaires. Dans tout nouveau concept, y a du fric à prendre. Il suffit de créer le marché.

Je vous quitte, m’en vais de ce pas me recycler dans le lucratif commerce des écharpes de traction.

 

 

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Entre nos mains

Publié par 10lunes le 1 janvier 2014 dans Profession sage-femme

 

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J’ai terminé l’année en douceur en regardant « Entre leurs mains », magnifique documentaire consacré à l’accouchement à domicile, mais militant bien plus largement  pour une naissance respectée.

Ce que l’on y voit de l’accompagnement des sages-femmes filmées est humain,  juste, chaleureux, empathique, en un mot évident. Mais ce faisant, le film montre en filigrane comment l’organisation actuelle des établissements conduit à délaisser ces évidences.

Qu’il est triste d’entendre les femmes raconter les conditions de leur accouchement en maternité, qu’il est triste d’entendre les sages-femmes hospitalières évoquer ce qu’elles « font » aux femmes, ou plutôt ce qui leur est imposé de faire aux femmes. Le constat est glaçant.

Et c’est de notre responsabilité collective, à nous sages-femmes, à nous tous soignants, de changer cela.

Cet accompagnement attentif ne doit pas être, ne peut plus être une exception réservée à quelques femmes informées, déterminées et suffisamment chanceuses pour trouver une sage-femme proposant un accompagnement global.

Les sages-femmes sont en souffrance. Certaines se protègent et s’accommodent du fonctionnement actuel, devenant des techniciennes émérites. D’autres se désolent au quotidien et tentent de préserver ce qu’elles peuvent d’humanité dans les heures qui entourent une naissance.

Mais nous pouvons changer de paradigme ! 

Il « suffit » *que les sages-femmes puissent exercer vraiment leur métier, partout, à la maison comme en maternité.
Il « suffit » que les sages-femmes se mobilisent pour que l’organisation des structures ne les réduise pas à n’être que celles qui monitorisent, tensionnent, perfusent, périduralisent et délivrent.

Il ne s’agit pas de se reposer sur la supposée bienveillance de mère nature, ni de nier l’importance du suivi médical. Le documentaire d’ailleurs évoque les possibles aléas à travers quelques images, un transfert du domicile vers la maternité en cours d’accouchement parce que le travail n’évolue pas correctement, un monitoring (tenu à la main pour éviter à la mère l’inconfort d’une ceinture enserrant son ventre), des bilans sanguins discutés en consultation.

Mais en obstétrique, la médecine se doit d’être d’abord préventive. Nous avons le plus souvent affaire à des femmes en bonne santé, nous disposons d’efficaces outils de surveillance permettant d’anticiper nombre de pathologies et l’intervention n’est pas la règle mais l’exception.
Il nous faut retrouver cette tranquille sérénité incarnée par les quatre sages-femmes de ce documentaire. Savoir suivre grossesse et accouchement en pariant sur les compétences intrinsèques des femmes à mettre leur enfant au monde, tout en restant dans une discrète mais réelle vigilance.

Il nous faut aider les femmes à retrouver une confiance dont on les a dépossédées à coup de discours anxiogènes, de prises en charge déstabilisantes et de télé-réalités scénarisées.

Que perturbons-nous dans le processus de mise au monde en réduisant l’accouchement à l’extraction d’un fœtus d’un utérus ? Que modifions-nous dans l’accueil de ce nouveau-né ?

On m’objectera que les femmes qui accouchent et les enfants qui naissent ne vont pas si mal.

Regardez « Entre leurs mains » pour comprendre comment ils pourraient aller… autrement…  

 

Le film est disponible  en replay ici jusque fin janvier 

* Ne me taxez pas de naïveté, le « il suffit » est ironique. Les deux derniers mois ont démontré combien la parole des sages-femmes était inaudible. La pesante réalité du quotidien face à de grandes avancées. Mais nous pouvons chacun essayer de faire chaque jour un tout petit pas… Ne pas se taire en est un.

 

 

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Les femmes et les enfants d’abord

Publié par 10lunes le 24 octobre 2013 dans Militer

 

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Les sages-femmes sont en colère. Toutes les sages-femmes.
Les sages-femmes sont en grève, pas toutes. Mais le mouvement s’étend.

La dernière grève de grande ampleur, c’était de mars à avril 2001.
12 ans, 7 mois et 25 jours plus tard, on pourrait copier-coller cet article. C’est juste… pire !

Les maternités ferment, les accouchements sont regroupés sans que les effectifs aient suivi. On rationne les moyens et on rationalise les prises en charge comme dans les « meilleures » usines.

Les femmes passent de mains en mains au gré des consultations, échographies, préparations (quand elles sont encore assurées) accouchements, suites de couche. Dans certaines maternités, il existe une sage-femme de tri d’accueil. Vous arrivez pour accoucher, elle assure les premiers contrôles, confirme votre mise en travail… et passe la main à une autre.

Une autre qui doit savoir se démultiplier tant l’utopique mais si souhaitable « une femme/une sage-femme » semble hors de portée.
Et si les sages-femmes tentent de pallier au mieux le surbooking des services, de temps à autre, elles échouent.

Notre système est devenu fou. Ailleurs, la périnatalité s’organise autrement, et mieux.
Sages-femmes premier recours !

Dautres savent parler mieux que moi de la réalité hospitalière. Cet ordinaire n’est plus le mien. J’ai eu la chance de voir s’ouvrir des chemins de traverses qui font mon bonheur quotidien.

Mais hors des murs de l’hôpital rien n’est simple non plus. En témoignent les nombreux rassemblements  prévus samedi pour le droit de choisir son lieu d’accouchement.

Défendre les conditions de travail en maternité ou l’exercice à domicile, ce ne sont au final que les deux versants d’une même histoire. La longue histoire commune des femmes -des couples- et des sages-femmes.
Aujourd’hui, les secondes réclament des conditions d’exercice permettant aux premiers de vivre au mieux ces moments essentiels.

 

Une pétition est à signer

 

NB: j’avais décidé de ne pas insister sur une méconnaissance de notre profession qui confine parfois au mépris… mais je tombe sur cet interview de « notre » ministre consacré à la santé des femmes. Elle réussit ce tour de force : aborder maternité, sexualité et contraception sans que soit prononcé une seule fois le mot « sage-femme ».

 

 

 

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Odile se contredit (3)

Publié par 10lunes le 22 mars 2013 dans Pffffff

 

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Odile Buisson écrit vite ; elle publie le 21 février un livre évoquant la polémique des pilules de 3ème et 4ème génération sortie début janvier. Tellement vite que ses arguments trop rapidement déroulés s’opposent à eux-mêmes.

Ainsi cette femme, hospitalisée deux jours au huitième mois de grossesse pour des douleurs inexpliquées sans qu’aucune cause ne soit retrouvée, puis victime d’une grave hémorragie de la délivrance. « Il est toujours étrange de pressentir un danger sans pouvoir l’identifier », explique-t-elle après avoir conseillé à la patiente de se rendre dès les premières contractions dans une maternité  « apte à prendre en charge les grossesses à risques ». C’est une hystérectomie qui permettra de sauver la mère. 

Et Odile de conclure, « l’histoire de cette patiente rappelle une vérité : une grossesse apparemment normale ne signifie pas que l’accouchement sera normal. Que serait-il advenu si elle n’avait pas accouché médicalement ? »

Faut-il souligner que des douleurs inexpliquées assez violentes pour justifier une hospitalisation de 48 heures ne sont pas vraiment à classer  « grossesse normale » ?

Mais il serait dommage de se limiter à une seule hypothèse. Le débat peut très largement s’enrichir !
– Que serait-il advenu si cette femme avait accouché dans un établissement disposant d’un service de radiologie interventionnelle ? Son utérus aurait certainement pu être préservé.
– Que serait-il advenu si elle avait eu la malchance de résider à distance d’une maternité (leur nombre a été divisé par 2.5 sur les 40 dernières années) et de ne pas arriver à temps. Cela lui aurait peut-être couté la vie.
– La mauvaise foi ne m’étouffant pas, que serait-il advenu si elle n’avait pu quitter son domicile, bloquée chez elle du fait des intempéries ? Faut-il pour autant prévoir un chasse neige à la porte de chaque femme enceinte ?

Une politique de santé ne peut se concevoir à partir de cas particuliers.

Odile Buisson enchaîne « benoîtement » sur les maisons de naissance. Le raccourci est clair. Puisque personne ne peut prévoir comment se passera une naissance, accoucher hors d’une structure « apte à prendre en charge les grossesses à risques », c’est mettre la santé de la mère et de son enfant en danger.

Pourtant, l’accompagnement global favorisant une parfaite connaissance de la femme par la sage-femme étaye cet « étrange instinct » qui lui a fait conseiller de se rendre précocement à la maternité. Pourtant, le projet d’expérimentation impose l’attenance à une maternité. Surtout, comme le démontre cette étude britannique et contrairement à ce que Odile Buisson tente d’insinuer, pour les femmes présentant une grossesse à bas-risque, la sécurité de l’accouchement est identique quel que soit le lieu de naissance

Je l’ai déjà écrit, Odile ratisse large. A quelques pages d’écart, elle peut à la fois rappeler « la cour des comptes souligne que les maternités n’ont pas suffisamment accès aux services de radiologie interventionnelle » et dénoncer « la création de maternités gigantesques, véritables accouchoirs publics ». Faudrait-il concevoir de multiples « petites »  maternités suréquipées ? Avec quel budget ? Quel personnel ? Sachant qu’elle relève ensuite que « certaines maternités disposant de financement ne trouvent pas de médecins… »

Mais Odile Buisson en reste au pamphlet. Il est plus aisé de dénoncer que de proposer.

Elle insiste un peu plus loin « La toute première cause des décès maternels est une hémorragie cataclysmique au décours de l’accouchement » en ajoutant « si les données épidémiologiques soupçonnent l’ocytocine utilisée pour réguler les contractions utérines, aucun lien formel n’a pu être établi ». Odile Buisson écrit trop vite. Une  étude de l’Inserm publiée en décembre 2011 démontre au contraire que l’administration d’ocytocine pendant le travail augmente le risque d’hémorragie grave. 

Finalement les apôtres de la physiologie, les « extatiques de la matrice » n’auraient-ils pas raison de se défier? Le groupe de travail cité dans mon dernier billet précise  « La prise en charge de manière systématique de toute grossesse et de tout accouchement avec le même niveau d’intervention que celui requis par ceux qui présentent un risque comporte des effets négatifs tant pour les femmes que pour les équipes des maternités et la société. »

Je m’autorise un dernier parallèle. Ce mémoire d’une sage-femme étudiant la prescription d’ocytocine dans une maternité de type 1 retrouve un taux de 45.4 % (et ce chiffre ne prend pas en compte les accouchements déclenchés ! ) Odile Buisson cite cette  étude du Ciane qui dénonce « la plupart des femmes ne sont pas prévenues de l’administration d’ocytocine pendant l’accouchement, administration rendue invisible par la pose systématique d’une perfusion« . Elle ironise sur le titre de l’article – méprisamment qualifié d’articulet – « Les femmes n’ont pas leur mot à dire » « qui en dit long sur l’idée qui est véhiculée : les parturientes sont  les victimes d’une médecine totalitaire ».  

Injecter sans en informer les femmes un produit qui majore le risque d’hémorragie serait donc à ranger dans la bientraitance médicale ?

 

à suivre…

 

©Photo

 

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Coup de projecteur

Publié par 10lunes le 7 janvier 2013 dans Militer

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Des articles et forums lus sur le net, les témoignages de mes consoeurs, certains commentaires du blog, des questions posées par le biais de « contactez l’auteur« , des échanges mails, et le presque quotidien du cabinet … une convergence d’éléments démontrant la méconnaissance de notre métier.

La sage-femme cette inconnue…

La sage-femme est la professionnelle de santé pouvant prendre en charge l’ensemble des événements physiologiques (normaux) de la maternité et du suivi gynécologique.

Maternité : suivi médical de la grossesse, préparation à la naissance, accouchement, suivi postnatal, allaitement, rééducation périnéale.

Gynécologie : suivi annuel, frottis, prescription de contraception (y compris pose d’implant et de dispositif intra utérin).

Lorsqu’elle dépiste une pathologie, la sage-femme collabore avec le médecin spécialiste pour la prise en charge de la grossesse et de l’accouchement, lui passe le relais pour le suivi gynécologique.

La France compte 20000 sages–femmes en exercice. Elles exercent majoritairement au sein des maternités, mais aussi en cabinet libéral et en PMI.

 

En libéral, elles assurent tout ou partie des activités suivantes : consultation de grossesse et postnatale, préparation à la naissance, suivi au retour à domicile, suivi de l’allaitement, consultation nourrisson (suivi staturo pondéral), rééducation périnéale, échographie, suivi gynécologique (et, sur prescription d’un médecin, surveillance d’une grossesse qualifiée de pathologique).

Certaines de ces sages-femmes proposent un accompagnement global de la naissance : présentes du pré au postnatal, elles vous assistent lors de votre accouchement, que ce soit à domicile ou en plateau technique (au sein d’une maternité mais en toute autonomie)

Il y a 4000 sages-femmes libérales, donc forcément une pas trop loin de chez vous. Pensez à la contacter pour votre suivi gynécologique et dès que vous avez un projet de grossesse…

 

En maternité, vous aurez – très ! – souvent affaire aux sages-femmes. Elles assurent une partie des consultations, des échographies, la préparation à la naissance, sont les praticiennes qui vous prennent en charge au quotidien en cas d’hospitalisation pendant la grossesse, tout au long de votre accouchement et pendant votre séjour postnatal.

 

Elles sont aussi présentes dans les centres de protection maternelle et infantile (PMI) pour accompagner les femmes enceintes dont la grossesse nécessite, pour des raisons médicales, sociales ou psychologiques, une présence rapprochée.

Certaines exercent dans les centres de procréation médicalement assistée.

Enfin, vous trouverez des sages-femmes dans les centres d’orthogénie, pour assurer les consultations de contraception et pour accompagner les IVG.

 

Vous avez donc de très nombreuses raisons d’avoir affaire à une sage-femme. Pourtant, les jeunes diplômées peinent à trouver leur place.

Certains cabinets libéraux ont du mal à exister, faute d’agenda suffisamment rempli. A l’inverse, du fait de la diminution des postes, les sages-femmes salariées sont débordées et constatent chaque jour la dégradation de la qualité de leurs prises en charge. Il est demandé à chacune d’en faire toujours plus avec moins. Ce toujours plus se fait forcément au dépend de la qualité des soins, de l’attention portée à chacune.

 

Comment agir ?

– pour les libérales, le principal obstacle est la méconnaissance de leur champ de compétences. La sécurité sociale promettait en 2007 une mise en avant de leur profession. Nous l’attendons toujours. Faisons le ensemble grâce à la magie des réseaux sociaux !

– pour les salariées, les directions des établissements négligent leur surbooking quotidien. La pénurie n’est pas encore à un point tel que la sécurité soit en cause (quoique…) mais « la mère et l’enfant vont bien » n’est qu’un minimum, nécessaire mais pas suffisant ! Il faut que de nouveaux postes soient ouverts. Ecrivez, témoignez, dénoncez ce qui ne doit plus être.

 

Faites circuler très largement cet article autour de vous. Demandez à vos contacts de le relayer.
Faites mieux connaître ce métier dédié à la santé des femmes !

 

Pour aller plus loin

Rôle des sages femmes dans le système de soin (rapport de la cour des comptes septembre 2011) 

– Une plaquette d’information restée confidentielle.

Quelles sont les compétences générales de la sage-femme (site du conseil de l’ordre)

– Sur ce blog, Sage-femme mode d’emploi, Résister

 

©Photo  A is for Angie

 

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