Mienne, tienne, notre…

Publié par 10lunes le 6 décembre 2016 dans 9 mois

 

coeur-5-bis

Ce deuxième enfant doit naître, comme le premier, en maison de naissance*.  Mais, au septième mois, de fortes contractions l’amènent à consulter sa sage-femme. Celle-ci l’adresse pour un bilan plus complet à la maternité.

Le verdict tombe : risque d’accouchement prématuré, traitement pour accélérer la maturation pulmonaire de l’enfant et hospitalisation le temps de voir comment tout cela tourne.

C’est son compagnon qui se charge de prévenir la sage-femme.
Au téléphone, elle interroge, quels examens, quels traitements, et se fait pédagogique pour ré-expliquer ce qui été mis en oeuvre par l’équipe hospitalière. Elle s’inquiète ensuite du vécu de sa compagne, de son moral.
Lui se rassure de faire un point apaisé avec une professionnelle connue.
Mais sa dernière question le touche plus encore.
Parce qu’après ce tourbillon de soignants, d’informations, de décisions prises par d’autres, enfin quelqu’un se soucie de lui, le père de cet enfant :
-« Et toi comment vas-tu ? »

Il s’est montré fort pour rassurer sa compagne et peut enfin tomber le masque et parler de ses peurs.
« Sa » sage-femme est devenu la « leur ».

La naissance aura finalement lieu comme prévu en maison de naissance, quelques jours après terme, avec « leur » sage-femme.

 

 

*Suisse la MDN. Les maisons de naissance françaises n’ont ouvert que récemment leur portes ; mais déjà plus de 150 enfants y sont nés.

 

Mots-clés : , , , | 1 commentaire

Ceci n’est pas un poisson

Publié par 10lunes le 1 avril 2016 dans Militer

 

House-Gift-and-Tax

Les premières maisons de naissance françaises ouvrent officiellement leurs portes aujourd’hui !


Ce pourquoi beaucoup ont âprement combattu pendant 18 années voit le jour un 1er avril.

Petit clin d’œil du destin à tous leurs détracteurs.

18 ans, c’est long. Suffisamment pour que des amis espèrent que je les accompagne en maison de naissance pour leurs prochains petits et que ces petits voient arriver le lycée, qu’un autre réfléchisse à devenir sage-femme ou qu’un tout dernier soit scolarisé depuis septembre.

18 ans, c’est la moitié de mon temps d’exercice et du coup la certitude que je ne serai jamais de l’aventure. Aucune ouverture dans ma région et quasi pas d’espoir que cela advienne dans les années à venir.

Mais quel plaisir de voir que d’autres y sont parvenu.
Quel bonheur de voir toutes ces énergies réunies se concrétiser enfin.

Que la route leur soit belle !

 

 

Petite récap des principaux billets sur ce thème depuis l’ouverture du blog

Maison de naissance et faux semblants
Prendre date

Où l’on reparle des MDN
Démocratie
Soutenir
Fière d’être lobbyiste
Sept ans de réflexion
Feuilleton
Salve 1
Salve 2
Salve 3 et mise à mort
Rebelote
Le bout du chemin ?
Un tout petit pas pour les femmes, un vrai pas pour l’obstétrique ?
You pas pi
Top départ ?

 

 

Mots-clés : , | 8 commentaires

Fleurie

Publié par 10lunes le 13 décembre 2015 dans Après

 

024

Ce troisième enfant qui s’annonce n’a pas encore de prénom. Parce qu’ils ne savent pas encore s’il est fille ou garçon ; et parce que, faute de s’être enthousiasmés ensemble sur un même choix, la liste reste longue.
Pour une fille, le père a eu un coup de coeur. Mais sa compagne hésite encore.
Alors, comme pour leur précédent enfant, ils attendent de découvrir leur tout-petit pour se décider.

C’est une petite fille qui vient se poser sur le ventre maternel. 
A la rituelle question de la sage-femme, ils répondent qu’ils ne savent pas encore.
Elle s’affaire autour d’eux, couper le cordon, attendre puis vérifier le placenta, s’assurer de l’absence de déchirure, s’attendrir devant la petite tétant avec vigueur.

Tout va bien. La sage-femme se retire et les laisse en famille.
Ils s’émerveillent devant leur petite aux traits si fins, la nomme de multiples petits surnoms tendres.
Le bracelet de plastique rose attend sagement un prénom sur un coin de chariot.

La sage-femme repasse un peu plus tard, s’amusant de la suggestion d’une collègue 
– Quand on ne sait pas, c’est bien de donner un prénom de fleur.

La sage-femme doit être fée. Un seul prénom parmi leur liste est aussi le nom d’une fleur, celui que le père préférait.
Ils y voient tous les deux un coup de main du destin.
Elle va s’appeler Garance !

 

 

Mots-clés : , , | 5 commentaires

Top départ ?

Publié par 10lunes le 26 novembre 2015 dans Militer, Profession sage-femme

 

stopwatch-259375_640

Les bonnes nouvelles ne sont pas légion en ce moment. Saluons la très attendue parution au JO de l’arrêté listant les 9 sites d’expérimentation des maisons de naissance.

Bien sur, ce n’est encore qu’une étape de la longue course d’obstacle.
Il faut maintenant adapter des locaux et les équiper.
Il faut aussi relancer le travail auprès des assureurs puisque les propositions actuelles restent tres supérieures aux prévisions (au vu de la proximité imposée entre MDN et maternité, les budgets tablaient sur une assurance au tarif « plateau technique »).
Il faut enfin inventer au quotidien comme une nouvelle façon d’exercer le métier de sage-femme, entre le  collectif d’une maternité et le solitaire du domicile.

C’est encore énormément d’argent, de temps, d’énergie à investir par les sages-femmes qui  ont accepté de se lancer dans l’aventure et la poursuivent sans réelle visibilité.

Saluons leur courage et leur détermination.
Elles sont en train de tourner une page essentielle de l’obstétrique française.

Merci à elles !
Merci à celles et ceux, parents comme professionnels, qui les encouragent et les soutiennent !

 

Edit du 27/11  : Audrey pose une excellente question en commentaire et je m’aperçois que je n’ai jamais pris le temps d’écrire la définition des MDN sur le blog. Wikipédia propose un dossier assez complet. Et en tapant le mot clef maison de naissance dans la case recherche (barre de droite) vous pouvez retrouver un certain nombre (!) d’articles sur les aléas de leur expérimentation…


Grace à ce petit coup de boost, je relance l’appel AVENT 2015. J’ai besoin de vous et de vos récits !
Edit bis : je précise ma demande. Je lis tous vos mails avec plaisir et intérêt, ils m’enrichissent, me touchent, me révoltent, en un mot ils me nourrissent !
Mais le projet Avent impose un certain format : je dois pouvoir m’accrocher sur une anecdote ayant un début, une suite et une chute.

 

 

Mots-clés : , , , , | 4 commentaires

« Déjà » la rentrée ?

Publié par 10lunes le 1 septembre 2015 dans Militer

 

cahier

Voilà, voilà, l’été est passé et avec lui les quelques idées de billets qui ont feint de me traverser l’esprit.
Arrive un moment où il y a tellement longtemps que tu n’as pas pianoté nerveusement sur ton clavier que tu en oublies l’impression que ça fait.
Tu te sens libérée…
Et ça te manque un peu aussi…

Alors voyons si l’arrivée de l’automne est propice au retour de l’inspiration.
Parce qu’il s’est quand même passé un truc extraordinaire  cet été… le décret permettant l’expérimentation des maisons de naissance a été publié.

Si !
A une date certainement déterminée par le plus grand des hasards.

Le samedi 1er août.

Plus au creux du creux de l’été, tu peux pas !

Bonne pioche, les syndicats médicaux étaient un peu aux abonnés absents. Ne rêvons pas, nous avons eu droit à la diatribe récurrente du Syngof sur le danger que vont courir les femmes… Mais comme le couplet du risque est à la fois éculé et surtout démenti par les études étrangères (cf BMJ 2011) ils tentent un autre angle d’attaque : Nous voulons être associés à l’expérimentation afin de nous assurer que l’évaluation sera bien médicale. Parce que c’est couru d’avance, sans leur supervision, les sages-femmes se contenteraient d’évaluer la satisfaction des couples devant la couleur des murs. La santé et le bien-être des femmes et des enfants, c’est pas notre souci…

Mais il y a eu aussi cet article du Figaro*où le secrétaire du CNGOF affirme à la fois la sécurité des maisons de naissance mais aussi  la réalité de l’hyper médicalisation et l’occasion enfin donnée aux parents et aux professionnels de progresser sur la physiologie.
Comme une main tendue laissant espérer qu’un jour, tous les acteurs de la périnatalité sauront travailler en bonne intelligence !

Reste à saluer la mobilisation des porteurs de projets qui n’ont que  45 jours – dont le mois où les administratifs de tous poils sont en congé – pour boucler un dossier pléthorique et complexe …

Reste à pousser les murs pour trouver des locaux vacants au sein des maternités partenaires afin de respecter l’exigence de proximité (spécificité française s’il en est…)

Reste à résoudre la question de l’assurance alors qu’aucune compagnie ne souhaite s’engager sur les tarifs et que tout laisse craindre que l’addition finale soit plus que salée.

Reste à rire jaune de la présence imposée d’une seconde sage-femme alors que rien dans la nomenclature n’est prévu pour la rémunérer.

Reste surtout à s’incliner devant l’engagement de celles et ceux qui défendent une autre idée de la naissance et s’y investissent corps et âme pour lui donner vie.

Dire que j’ai mis deux mois à rédiger une demi-page 😉

 

 

*Extrait LE FIGARO 12 08 2015.

– Que pense le CNGOF de la légalisation des maisons de naissance ?
Philippe DERUELLE. – Nous sommes très favorables à ce changement, car les femmes pourront bénéficier d’une offre de soins différente pour accoucher. Aujourd’hui, en France, l’accouchement proposé en hôpital est standardisé, très normé. En maison de naissance, elles pourront accoucher comme elles le souhaitent.

Y a-t-il selon vous des aspects négatifs ?
Non, nous soutenons le décret à 100 %. À présent, le défi sera d’avoir assez de moyens humains pour le mettre en œuvre. Pour l’instant, il n’y a pas assez de sages-femmes, et il va falloir trouver des personnes très impliquées et motivées pour travailler dans ces maisons de naissance : elles devront suivre à elles seules plusieurs grossesses, et faire preuve de soutien auprès de femmes qui accouchent sans péridurale.

Pensez-vous que la sécurité y sera suffisante ?
Oui, les garanties de sécurité ont été respectées dans le texte. L’élément central du projet était la proximité avec la maternité, et il a été respecté. Si les femmes doivent être transférées à la maternité, il n’y aura même pas une rue à traverser et c’est une bonne chose. En Angleterre, par exemple, les maisons de naissance ne doivent pas nécessairement être attenantes à un hôpital, mais les résultats y sont moins bons (il est plus risqué d’y accoucher, NDLR). Et puis toutes les femmes ne pourront pas accoucher en maisons de naissance, les conditions d’accueil sont strictes : celles qui ont des antécédents médicaux, qui sont obèses, font du diabète ou qui ont une hypertension artérielle ne pourront pas, par exemple, bénéficier de cette offre. Pour les femmes qui passent par ce biais pour leur premier enfant, la sélection sera très stricte.

Ce changement aura-t-il un impact sur votre profession ?
Bien sûr, car les anesthésistes et obstétriciens n’interviendront pas dans ces accouchements. Mais je pense que ce décret aura un retentissement positif au sein du milieu médical en général. Nous sommes allés trop loin dans la médicalisation de l’accouchement, et cela fait des années que certains gynécologues et obstétriciens s’en alarment. Par exemple, en France, le taux de césariennes est très élevé, proche des 20 % ; il s’élève même à une moyenne de 40 % dans certains établissements. Ce décret illustre un changement de philosophie. Il montre qu’il y a une volonté de mieux accompagner les femmes dans leur grossesse, d’être plus à l’écoute, ce qui manque au milieu médical aujourd’hui, et qu’on lui reproche beaucoup.

 

 

Mots-clés : , , | 13 commentaires

You pas pi

Publié par 10lunes le 25 septembre 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

victory-sunset

Hier la Haute Autorité de Santé a publié sur son site le cahier des charges relatif à l’expérimentation des maisons de naissance.
Pas de réjouissances hâtives !

De nombreux points restent à régler, en particulier ces « détails » que sont le statut juridique et le financement de ces futurs sites.
Le cahier des charges apporte aussi quelques mauvaises surprises, ajouts de dernière minute non validés par le groupe de travail…
On est donc loin du consensus joyeux et d’un démarrage en fanfare des expérimentations.

Apres 16 années de lutte, nous en sommes encore au début d’une potentielle expérimentation, très encadrée, limitée dans son nombre de sites (liste définie par le ministère de la Santé) et sa durée (5 ans).
Nombre de questions restent à régler, et cela dans un temps limité puisque la fenêtre pour lancer l’expérimentation se refermera en décembre 2015.

Souvenons nous aussi que la contiguïté à une maternité a été imposée aux projets pour pouvoir envisager un transfert immédiat, peut-être bien plus immédiat que dans certaines maternités où chambres d’hospitalisation, salles de naissance et bloc opératoire se retrouvent, du fait de l’ancienneté des bâtiments, à distance les uns des autres…

Cette obligation -qui exclut de fait plusieurs projets – n’est pourtant pas suffisante aux yeux de nos décidément toujours grands amis du SYNGOF.

Et s’il fallait vous convaincre de ne pas sauter trop vite de joie, je vous invite à lire cette copie du courrier qu’ils ont adressé à la HAS, copie publiée page 32 du rapport d’élaboration.

 

 

 

 

Mots-clés : , , , , | 16 commentaires

Marketing

Publié par 10lunes le 11 mars 2014 dans Médias, Naissance, Pffffff, Profession sage-femme

 

couilles en or

Tissées main au son de chants mayas ? Teintées au pourpre élevé biologiquement ? Fibres siliconées high-tech antimicrobiennes ?
Pardon, je réfléchissais à voix haute au meilleur argumentaire de vente…

Ce billet doit beaucoup à une sage-femme sociologue, ethnologue, une sage-femme dont la longueur des études universitaires est inversement vertigineuse à la mienne et qui m’honore pourtant de son amitié. Récemment, elle m’a offert la primeur d’un de ses articles (lien à venir dès que son travail sera publié) analysant les aspects sociologiques des « espaces physiologiques » au sein des maternités.
Entre autres réflexions parfaitement passionnantes, elle aborde un angle que je n’avais jusque-là jamais envisagé : l’aspect économique.

Ou plus prosaïquement : l’accouchement naturel est à la mode, y a du fric à se faire coco !

Hasard de la vie, je tombe le lendemain de cette lecture sur cet article. Il y aurait beaucoup à en dire ; se féliciter de la volonté d’offrir au sein de l’hôpital une alternative à l’accouchement hypertechnicisé et de l’ouverture du plateau technique aux sages-femmes libérales. Déplorer les allusions anxiogènes répétées à la sécurité garantie ou ce commentaire « comme un accouchement à domicile mais avec une équipe expérimentée » qui en dit long sur les failles séparant la vision de ces deux exercices !!!
En point d’orgue, cet aveu sur la nécessité de se former à l’accouchement physiologique, d’apprendre la mécanique obstétricale, de s’interroger sur les postures, qui résume à lui seul toute les errances d’une profession en quête d’identité …

Mais comme dit plus haut, je me suis arrêtée sur un seul paragraphe : le coût des équipements soit 80 000 € pour aménager un lieu … naturel !
Nous avons donc affaire à une onéreuse baignoire dont la seule spécificité semble être l’existence d’une porte. 36000€, ça fait cher la porte. J’ai toujours travaillé avec des baignoires « normales » et n’ai jamais vu une femme incapable d’en enjamber le tablier. On ne peut même pas évoquer la possibilité d’une « évacuation en urgence » pour justifier ce tarif prohibitif. Ouvrir la porte d’une baignoire pleine… je vous laisse imaginer la pataugeoire !

A côté de la baignoire, il y a le lit. Dans un accouchement na-tu-rel ma cocotte, tu prends les positions que tu veux mais sur le lit prévu à cet effet… (mobilité d’accord mais encadrée) 40000 € quand même ! Ce type de matériel se révèle intéressant dans une salle classique ; par sa modularité, il permet une plus grande variété de postures aux femmes immobilisées par le triptyque péridurale/perfusion/monitoring.
Mais dans une salle physiologique, à quoi bon ces jambières du plus bel orange ? Un matelas, quelques coussins, un ballon, une corde de tissus pour se suspendre et s’étirer … C’est la femme qui doit choisir, non le mobilier qui doit induire !

Mais je me suis vraiment étranglée sur « la simple écharpe de traction » à 5600 €. Qui peut m’expliquer ce tarif prohibitif alors qu’un banal drap ferait l’affaire ?

Et au final, cette addition : 80000 € ! 
Ou comment nous laisser penser que le confort des femmes se joue dans un aménagement onéreux plutôt qu’un accompagnement respectueux.

Voilà donc 80000 € donnés en pâture à tous les détracteurs de ce type d’accouchement. Une somme apparaissant de plus dépensée pour le plaisir de quelques doux allumés rêveurs. C’est en filigrane ce que nous dit le reportage puisque la seule naissance dans cette salle remonte à dix jours et que les deux femmes enceintes interrogées précisent qu’elles ne la choisiront pas.

80 000 euros qui viendront surtout enrichir quelques commerciaux visionnaires. Dans tout nouveau concept, y a du fric à prendre. Il suffit de créer le marché.

Je vous quitte, m’en vais de ce pas me recycler dans le lucratif commerce des écharpes de traction.

 

 

Mots-clés : , , , , , | 19 commentaires

 

baby-footprints-beach

Jeudi dernier, la proposition de loi concernant l’expérimentation des maisons de naissance a enfin été adoptée, à l’unanimité qui plus est ! Depuis 15 ans, ses partisans avaient épuisé quelques parcelles d’optimisme au gré des nombreux rebondissements du parcours législatif…
Alors champagne !

Mais ce n’est qu’un premier pas .

Nous ne savons rien des contraintes qui seront imposées à part celle-ci : « Ces maisons devront être attenantes – le mot a son importance – à une maternité » a annoncé Marisol Touraine. L’évidence française du tout hospitalier ne saurait tolérer autre chose. Il faudra accepter cette étape pour un jour ouvrir des maisons de naissance totalement indépendantes des maternités. Cette exigence s’impose donc même si nous sommes nombreux à la déplorer. Elle dénature (!) le principe d’un lieu de vie bien identifié et différent d’un service de soin, elle pèse sur l’indépendance des pratiques, elle pourrait modifier les prises en charge.
Ces écueils sont réels et pourtant bien contournés par les « presque MDN » déjà en fonctionnement, le CALM et Pontoise, qui seront sans aucun doute les premiers lieux autorisés.

Le cahier des charges qui doit être rédigé par la Haute Autorité de Santé sera un élément essentiel – et pour le moment inconnu – du fonctionnement des MDN. Jeudi dernier, Marisol Touraine a souligné « Le gouvernement ne marque aucune opposition à cette démarche, dès lors qu’un certain nombre de conditions sont posées, à commencer par la sécurité absolue des femmes au moment de l’accouchement. Et chacun peut lire dans ces quelques mots toute la menace d’un possible décalquage de la pratique hospitalière sur les MDN. C’est oublier un peu vite la iatrogénie de certaines de nos prises en charges, soulignée par la mission périnatalité dès 2003 (cf ce billet). Le fonctionnement des maisons de naissance doit être libéré des protocoles hospitaliers pour s’axer sur cet autre savoir, sur cette autre sécurité que donnent la réelle connaissance de « l’accouchante ». Comment démontrer sinon qu’une autre obstétrique est possible ?

Il n’ s’agit en rien d’un retour en arrière, comme ce titre du Figaro « Des centres pour donner naissance à l’ancienne », voudrait le laisser croire… Il s’agit au contraire de s’appuyer sur les connaissances les plus récentes, sur les moyens de dépistages et de surveillances les plus actuels pour n’intervenir qu’à bon escient.

Mais l’accusation d’obscurantisme n’est jamais loin. J’ai d’ailleurs cru reconnaître dans l’intervention de notre ministre l’inspiration d’une certaine Odile » Nous ne pouvons pas confondre l’attente d’un nombre important de femmes d’un accouchement plus conforme à leurs désirs de bien-être avec l’injonction qui monte dans certaines associations d’accoucher comme on le faisait il y a des décennies. Nous ne saurions accepter que certains milieux, au nom d’une idéologie, cherchent à récupérer le mouvement des maisons de naissance. »

Dernier point, la quasi concomitance de cette loi avec les menaces pesant sur l’accouchement à domicile fait craindre à certains que les maisons de naissance soient un jour considérées comme la seule alternative légale à l’accouchement hospitalier. Pour suivre les deux dossiers depuis de très longues années, j’affirme que cette coïncidence n’est qu’un énième mauvais tour du hasard !

Alors oui, le(s) combat(s) pour une autre naissance ne s’éteignent pas avec le vote de cette loi. Mais c’est une première brèche ouverte dans l’évidence du tout hospitalier, un premier pas vers une offre de soin élargie, reconnaissant – enfin ! – aux femmes le droit de CHOISIR.

 

Vous pouvez retrouver les débats de jeudi dernier ici (pas d’erreur sur le lien, la première partie aborde le rétablissement des avantages liés aux heures supplémentaires, mais la seconde concerne l’expérimentation des maisons de naissance )

NB : Mention spéciale à Mme Catherine Lemorton que nous devrions embaucher pour notre promotion : « Les sages-femmes sont une profession médicale aux compétences multiples, et j’en profite pour les rappeler parce qu’on ne les connaît pas assez : elles ne s’occupent pas uniquement de l’accouchement mais aussi du suivi médical de la grossesse, de la réalisation des échographies obstétricales, du dépistage des troubles néonataux, du suivi médical des femmes en post-partum, de la prise en charge en sortie de maternité de la mère et du bébé, de la consultation postnatale, du suivi gynécologique de prévention et des consultations de contraception, des séances de préparation à la naissance et à la périnatalité, de la rééducation et de la prévention des troubles périnéo-sphinctériens, du suivi de l’allaitement et de l’alimentation du nouveau-né, tout cela avec un droit de prescription concernant les femmes enceintes, accouchées, dans le domaine de la gynécologie et de la contraception, mais aussi pour les nouveau-nés. Toutes ces compétences, inscrites dans le code de la santé publique, ne sont pas suffisamment utilisées et mises en valeur dans la pratique au quotidien de leur profession. »

 

 

 

Mots-clés : , , , | 2 commentaires

Le bout du chemin ?

Publié par 10lunes le 25 novembre 2013 dans Militer

 

winding road

Mercredi dernier, la proposition de loi sur l’expérimentation des maisons de naissance a été facilement (tout arrive !) adoptée par la commission des affaires sociales*. Elle sera présentée au vote des députés jeudi prochain.

Pour les curieux mais pressés, voici quelques éléments des débats.

La rapporteur, Yannick Favennec, rappelle que la question commence à dater  « Elle a été évoquée pour la première fois par Bernard Kouchner en 1998, puis reprise dans le plan Périnatalité 2005-2007. Elle a même fait l’objet de dispositions spécifiques dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2011, qui ont été censurées par le Conseil constitutionnel au titre de cavalier social ». (cf ce billet)

Il souligne plus loin que le projet est d’offrir une alternative à l’accouchement hospitalier pour « répondre à la demande de nombreuses femmes d’accoucher dans des conditions moins médicalisées et moins stéréotypées qu’à l’hôpital » et insiste sur la iatrogénie de notre hyper médicalisation. Il rappelle que « La France présente également des taux de péridurale, d’épisiotomie ou de césarienne plus élevés que les pays voisins, sans que le recours à ces techniques améliore le taux de satisfaction des femmes concernées » … n’en déplaise à Odile ! (ndlr)

Il se prend un peu les pieds dans le tapis en évoquant de « grosses structures, pratiquant parfois plus d’un millier d’accouchements par an, si bien que certaines peuvent avoir l’impression d’accoucher dans des « usines à bébés ». Moins de trois naissances par jour, ça ressemble maintenant plutôt à une « petite » maternité, par opposition aux grands centres dont certains tournent autour de 5000 accouchements par an.

Il donne ensuite des chiffres qui viennent  soutenir les revendications actuelles des sages-femmes. « Pour des raisons de démographie de la profession de gynécologue-obstétricien, les sages-femmes seront vraisemblablement appelées à jouer un rôle prépondérant dans le suivi des grossesses et des accouchements à l’avenir. 

Rappel au rapporteur : Si notre rôle est effectivement à développer dans le suivi des grossesses, les sages-femmes prennent en charge 100% des femmes en travail.

La France compte aujourd’hui plus de 20 000 sages-femmes en activité, dont la moyenne d’âge est de quarante et un ans, et seulement 4 200 gynécologues-obstétriciens, dont 30 % ont plus de cinquante ans. »
Catherine Lemorton souligne cette même réalité. Et Annie Lehouerou tacle nos confrères « Actuellement, elles [les sages-femmes] consacrent en général trente minutes à une heure à chacune de leur consultation, alors que les gynécologues, souvent débordés, examinent leur patiente sans prendre en compte l’environnement familial ni les éventuelles angoisses des parents ».

Le financement est abordé rapidement. Une subvention (unique ? pérenne ?) de 150 000 € est évoquée « permettant de couvrir les frais de structure ainsi que tout ou partie des primes d’assurance demandées aux sages-femmes ».

Tout va dépendre de la position des pouvoirs publics face aux assureurs. Car si l’on reprend les tarifs actuels proposés aux sages-femmes qui travaillent à domicile, la subvention payerait – au mieux – une année d’assurance pour six sages-femmes, soit le nombre de praticiens envisagé dès 2010 par le groupe de travail… Il ne resterait plus de budget pour les frais de structure !

Gisèle Biémouret rappelle que l’ouverture de maison de naissance est un progrès pour les femmes mais que l’on ne peut s’en contenter « Le désir d’un accompagnement personnalisé n’est pas l’apanage des tenantes de l’accouchement physiologique. Une grossesse pathologique, qui n’est pas un choix mais une situation subie et angoissante pour la femme qui la vit, nécessiterait encore davantage une prise en charge plus humaine ».

Enfin, cette proposition de loi permet de connaitre les  sites  d’expérimentation envisagés « à ce stade »  (traduction, faut voir, ça dépend et on est pas sûr ) : Paris, Pontoise, Rennes, Nancy, Remiremont, Thonon-les-Bains, Toulouse, Marseille et Beauvais.

Le discours globalement très positif change des débats entendus en 2010. Espérons que le vote de jeudi confirmera la bienveillance des députés vis-à-vis d’un projet  attendu depuis quinze ans…

 

* La proposition de loi avait suscité quelques « étonnantes » réactions lors de son débat au Sénat

 

Mots-clés : , , | 7 commentaires

Odile n’aime pas les maisons de naissance (4)

Publié par 10lunes le 2 avril 2013 dans Pffffff

 

164679659_a0acb1a9c0_z

Parfois, on se surprend à acquiescer. Odile Buisson constate « Un certain nombre de femmes se disent fatiguées de devoir subir tant de médecine pour un acte si naturel ». Mais ce n’est que pour mieux les cataloguer. « Certains groupements associatifs (…) se chargent de repasser le cerveau des bougresses. Le credo de ces associations est un hymne à la tradition. Fonction principale d’une femme : mère ! Comment devenir une mère en accouchant dans le ressenti de la douleur« .

Seuls des esprits faibles manipulés par des « groupements »(lire secte) pourraient souhaiter se réapproprier le moment de la naissance ?

Odile Buisson visite la presque maison de naissance de Pontoise. Comme à son habitude, la charge est lourde. Si une première description factuelle évoque avec honnêteté un « espace de liberté, convivial, respectant l’intimité du couple », très vite elle s’interroge sur ce qu’ils viennent y chercher. « Est ce vraiment l’accouchement dit naturel (…) ou plutôt les conditions d’écoute et d’attention exceptionnelles ? »
L’un ne va pas sans l’autre ! Et trouver écoute et attention de la part des soignants est une attente, plus que légitime, de toute femme enceinte, quel que soit le lieu de son accouchement.

Plus fort encore, Odile Buisson envisage que ce soit « le luxe de l’hôtellerie » qui attire les parents. Je laisse chacun juger de ce supposé luxe à travers les photos disponibles sur le site du centre hospitalier de Pontoise. Que ce lieu soit accueillant, nul ne peut en douter, mais luxueux ? Imaginer que les femmes y viennent pour les locaux est d’autant plus absurde que la maison de naissance n’est pas un lieu d’hébergement. On y accouche – et encore, pas tout à fait puisque l’expérimentation n’est toujours pas inscrite dans la loi – mais l’on n’y séjourne pas.

Odile Buisson poursuit sa charge en comparant un peu rapidement les fonctionnements « la maison (…) mobilise deux sages-femmes pour 100 accouchements annuels soit une sage-femme pour 50 accouchements. Dans la maternité, elles ne sont que six sages-femmes pour assurer 4700 accouchements ». Si ces chiffres étaient exacts, une telle disparité serait effectivement scandaleuse.
En réalité le temps de travail des sages-femmes de la maison de naissance correspond à 1,80 équivalent temps plein (elles sont salariées) pour 100 femmes suivies par an. Le centre hospitalier en a assuré lui 4760 en 2012 avec 60 sages-femmes mais aussi de nombreux autres personnels. Rien de choquant pour autant ; le centre hospitalier est un type 3 qui gère des situations complexes mobilisant les équipes.

Odile Buisson ne conçoit l’accouchement qu’« effroyablement douloureux ». Elle le martèle dans les médias« sur une échelle de 0 à 10, la douleur de l’accouchement est cotée à 12″, formule efficace mais forcément erronée*.  A se demander comment font les 20% de françaises qui n’ont pas recours à la péridurale ? Et qui n’accouchent pas en maisons de naissance puisqu’elles n’existent pas encore…

Ce qui la chagrine le plus serait cette « petite ombre restrictive (…) quand une maman vient accoucher, elle doit renoncer définitivement à une éventuelle péridurale, même si en raison de l’effroyable intensité de ses douleurs elle la réclame, il faudra qu’elle s’en passe coûte que coûte ». Cela est présenté comme une différence majeure avec les espaces physiologiques des maternités où « une femme submergée par la douleur peut obtenir une péridurale dès qu’elle la demande ».
Bien évidemment, il est toujours possible de transférer une mère vers le plateau technique si une péridurale est souhaitée. Mais les sages-femmes ont l’honnêteté de se montrer exhaustives dans leur présentation, précisant que certaine femmes demandent une analgésie puis décident de s’en passer grâce au soutien qui leur est apporté. Situation qu’Odile Buisson transpose en un despotique « ne pas céder à leur demande » traduisant une vraie méconnaissance des hauts et bas que peut traverser une femme en travail, par moment en mesure d’accueillir sereinement ses sensations, à d’autres submergée et découragée puis trouvant à nouveau l’apaisement.
La question n’est pas de refuser, de ne pas céder, mais de proposer des alternatives pour respecter au plus près le projet initial de la femme. Est-il nécessaire de le préciser, la décision lui appartient ; toujours.

Mais Odile Buisson imagine un autre motif au soutien des sages-femmes, bien moins noble. Si l’on s’oppose ainsi à la péridurale en maison de naissance c’est que tout le monde y aurait recours si elle n’était pas proscrite « et les lobbies qui vivent de leur lubies n’aurait plus qu’à plier pancarte et rendre l’argent de leur subvention ».
Ainsi nous militerions pour mieux garnir nos porte-monnaie… Avec plus de 15 années de bénévolat au compteur, je me dis que j’ai du rater quelque chose.

Mais revenons à Pontoise. Locaux luxueux mais équipement défaillant. Odile Buisson s’étonne « aucun équipement médical n’est utilisé que celui des sages-femmes. Des gants en latex ? Une sonde pour les bruits du cœur ? « 
A se demander si les sages-femmes ne coupent pas le cordon avec les dents !
Peu de technique est une évidence en maison de naissance où prime le respect de la physiologie. Si une intervention s’avère nécessaire, il est plus que logique de changer de lieu pour accoucher dans une salle traditionnelle et traditionnellement équipée.

Certains prônent des espaces physiologiques aux frontières moins définies.
En préparant ce billet, je suis tombée sur une étude récente qui conclut à l’imprévisibilité de l’accouchement et l’impossibilité de sélectionner le bas risque ! En comparant un groupe bas risque et un groupe dit à haut risque, l’étude dénombre en effet plus d’intervention de l’obstétricien dans le premier groupe (21 versus 12 %).
Edifiant ?  A un détail près : dans le groupe bas-risque, on retrouve 76,8% de péridurale et 77,3 % de perfusion d’ocytocine.

On est loin – très loin – très très loin – du respect de la physiologie prôné en maison de naissance.
Mais en faisant mine de l’ignorer, leurs détracteurs tracent leur sillon en dévoyant la notion même de bas-risque. **

 

PS, si la photo d’illustration de ce billet vous semble caricaturale, et bien vous avez raison ! Chacun son tour …

à suivre….

 

* Echelle orale d’évaluation de la douleur : Le soignant demande au patient de quantifier sa douleur sur une échelle virtuelle allant de 0 « Douleur absente », à 10 « Douleur maximale imaginable ».

**Cf cette autre étude à la conclusion semblant « intéressante » (mais je n’ai accès qu’au résumé). 

 

©Photo Jyn Meyer

 

 

Mots-clés : , , , | 2 commentaires