Crash

Publié par 10lunes le 15 juin 2014 dans Militer, Pffffff, Profession sage-femme

 

 

avionDevinette :
Qui alimente régulièrement ce blog par ses prises de position toujours « bienveillantes » ?
Qui n’avait pas fait l’objet d’un billet depuis janvier ?

Qui ravive mon mauvais penchant pour la ralerie ?

Le Syngof bien sûr (mais sur ce coup là, il n’est pas tout seul, regardez la liste des signataires).

Je vous demande de lire ce document pour vous faire votre propre opinion – les sages-femmes à la santé fragile en sont dispensées – avant de lire la suite du billet.

 

Alors ? Si ça se trouve, et si vous n’êtes pas sage-femme, vous l’avez trouvé très confraternel ce document.
Il mérite, je crois, un petit travail de décodage.

 

Blablabla… excellents rapports, blablabla… respect mutuel, blablabla… confraternité. Voilà une introduction qui va bien pour tenter de faire passer la suite.
Car ça se gâte immédiatement.

Affirmer la « non confusion de nos professions« , c’est reprendre le stratagème employé par Marisol Touraine pour décrédibiliser le mouvement des sages-femmes : « Elles veulent devenir médecin« .

En plaçant le qualificatif de médical entre guillemets, nos amis gynécologues tentent de créer la confusion ; y aurait les vrais médicaux : eux, et les moins vrais : nous.
J’ai déjà dit ici combien la césure entre médicaux/paramédicaux me parait inutile – vive les  » fournisseurs de soin » québécois – mais tant que cette nuance existe dans le code de la santé publique, cet adjectif ne saurait tolérer des guillemets pour notre profession.
Alors, quand le paragraphe se termine sur la nécessité d’une communication sans ambiguïté, je ris… (jaune).


L’affirmation suivante, « non équivalence des professions », s’appuie sur une réalité indéniable, une durée d’études différentes, pour aboutir à une conclusion apparaissant logique, des compétences différentes.

Joli sophisme.
Car tout dépend de quoi nous parlons. Nos compétences sont différentes en cas de pathologie mais équivalentes pour le suivi des femmes en bonne santé. La Haute Autorité de santé le réaffirmait d’ailleurs en 2007 dans des recommandations pour le suivi des femmes enceintes. Ce suivi se décline en effet sous différentes modalités :

  • Suivi A : lorsque la grossesse se déroule sans situations à risque ou que ces situations relèvent d’un faible niveau de risque, le suivi régulier peut être assuré par une sage-femme ou un médecin (généraliste, gynécologue médical ou gynécologue-obstétricien) selon le choix de la femme.
  • Avis A1 : l’avis d’un gynécologue-obstétricien et /ou d’un autre spécialiste est conseillé.
  • Avis A2 : l’avis d’un gynécologue-obstétricien est nécessaire. L’avis complémentaire d’un autre spécialiste peut également être nécessaire.
  • Suivi B : lorsque les situations à risque détectées permettent de statuer sur un niveau de risque élevé, le suivi régulier doit être assuré par un gynécologue-obstétricien.

Toute femme peut, pour une grossesse ou son suivi gynécologique, s’adresser à une sage-femme. Il sera de la responsabilité de celle-ci de déterminer si elle peut assurer ce suivi, si elle doit le faire en collaboration avec un autre professionnel ou s’il relève de la compétence spécifique du gynécologue. 

Ce qui nous amène au sujet très sensible du « premier recours« .
Les gynécologues revendiquent de ne pas en être exclus. Ça me va, c’est aux femmes de choisir. Et comme je dénie aux spécialistes le droit de décider pour ma profession, je m’interdis donc d’intervenir sur la leur.
J’en resterais là si le texte n’ajoutait cette affirmation pleine de menace « Toute orientation contraire serait extrêmement dommageable pour la santé des femmes » suggérant que les femmes qui font le choix de consulter une sage-femme prennent un risque pour leur santé !

Je me permets donc de citer la Cour des comptes recommandait dans son rapport de 2011 de « Mieux articuler et valoriser les compétences relatives des sages-femmes et des gynécologues-obstétriciens en faisant encore davantage des sages-femmes des professionnels de premier recours pour le suivi des femmes en bonne santé ».

Curieusement, après une longue liste d’arguments spécieux déniant aux sages-femmes toute autonomie d’exercice, les gynécologues retrouvent soudainement leur pleine confiance dans nos compétences et nous accordent généreusement un nouvel acte, l’IVG.

Loin de moi l’idée de m’en offusquer, je souhaite, comme beaucoup d’autres, que les sages-femmes puissent participer aux IVG.
Mais cette unique exception prouve le peu de considération accordé à cet acte. Nos autres demandes, portées non pour élargir nos compétences mais uniquement pour nous donner les moyens de les exercer restent inaudibles.

 

Voilà, rien de bien nouveau sous le soleil, si ce n’est la pitoyable métaphore aérienne.

Les gynécologues en appellent à l’aviation pour défendre leurs prérogatives. Ils oublient qu’un commandement unique, ça ne va pas du tout avec la réalité de la santé génésique qui peut, avec ou sans la sage-femme, nécessiter l’intervention conjointe de différents spécialistes.
Qui va piloter ?

Je vous renvoie au livre de Christian Morel « Les décisions absurdes« 
« La collégialité, dont l’efficacité a été mise en évidence dans les cockpits d’avion après bien des accidents, favorise la fiabilité des décisions prises »

Collégialité, c’est le mot qui me manquait !

 

 

 

Comme les textes auxquels je me réfère disparaissent parfois, je le copie ici :

L’ensemble des gynécologues médicaux et obstétriciens écrivent à Monsieur Debeaupuis chargé de ce groupe de discussion.

Monsieur le Directeur,

Après les réunions dites « décrets de périnatalité » et « premier recours » ayant eu lieu le 26 mai dernier, vous avez sollicité des contributions écrites.

Les gynécologues-obstétriciens et gynécologues médicaux, sociétés savantes et syndicats réunis, vous adressent ici leur contribution.

Trois valeurs fondamentales basent les rapports professionnels que les gynécologues­ obstétriciens et gynécologues médicaux ont avec les sages-femmes :

Rapports de confraternité et de respect mutuel dans la complémentarité de leurs professions. Les interactions entre gynécologues, gynécologues-obstétriciens et sages­-femmes sont quasi permanentes dans de multiples occasions de leurs exercices professionnels respectifs et, dans l’immense majorité des cas, elles se déroulent dans un esprit et une ambiance excellents.

Non confusion des professions. Même si ces professions sont « médicales » et que leur objectif est complémentaire dans le but de contribuer à la santé des femmes et de la naissance, leurs prérogatives, leur mode d’exercice, leurs compétences et leurs responsabilités ne sont pas les mêmes. Dans le cadre de l’organisation des soins sur un territoire donné, les praticiens ne sont pas interchangeables mais complémentaires et travaillent en coopérant entre eux. Il ne serait pas normal, et certainement dommageable, que la confusion soit entretenue auprès du grand public. La communication concernant la meilleure visibilité et le rôle de la sage-femme doit employer des mots justes et non ambigus.

Non équivalence des professions. Une formation en 5 ans (équivalent Master professionnel) ne peut jamais être équivalent à une formation en 11 ou 13 ans (doctorat professionnel suivi d’une spécialisation de 5 ans complétée dans la grande majorité des cas par un post-internat de deux années supplémentaires). Cette non équivalence doit se traduire par la reconnaissance de liens hiérarchiques de fonctionnement dans les situations qui associent les exercices, notamment en salle de naissance.

Sur la base de ces valeurs, et nous référant aux « demandes » formulées par les sages­-femmes, nous vous adressons les commentaires suivants:

1. S’agissant des décrets de périnatalité :

Nous avons compris qu’il s’agit de contribuer à la clarification des décrets existants et non de rédiger de nouveaux décrets. Pour nous, l’essentiel de la clarification doit porter sur les points suivants :

Organisation hiérarchique des professions médicales en salle de naissance. On n’imagine pas un avion dont le vol serait piloté de façon indépendante et autonome par les divers métiers qui en composent l’équipage. Il faut qu’il y ait un commandant de bord, à qui doit revenir la décision, et qui porte une responsabilité spécifique au-delà des responsabilités qui incombent à chaque professionnel individuellement.

Encadrement des personnels. La compétence particulière des sages-femmes dans le domaine de la périnatalité lui confère un rôle spécifique d’encadrement et de coordination de l’ensemble des professionnels non médicaux en salle de naissance et dans les secteurs d’hospitalisation où sont placées les femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher. Les discussions sur le statut professionnel des sages-femmes ne doivent pas faire disparaitre cette responsabilité d’encadrement car ce serait un recul certain pour la qualité des soins en périnatalité.

La différence « physiologique/pathologique ». Une différenciation stricte est impossible tant les facteurs individuels qui doivent être pris en compte sont nombreux et une situation normale peut basculer à tout moment vers la pathologie. C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il n’est pas possible d’apporter plus de précisions sur ce sujet. Il appartient aux hôpitaux et aux cliniques de s’organiser de la façon la plus adaptée en fonction de leur situation locale pour accueillir de la façon la plus humaine possible les patientes dont la naissance est a priori programmée pour être « normale » par rapport aux patientes dont le risque obstétrical est supérieur et qui doivent pouvoir bénéficier de l’accès à un plateau technique adapté.

Il y a une confusion dommageable entre « urgences gynécologiques » et « urgences obstétricales ». Par définition, une salle de naissance doit être accessible 24h/24 7 jours/7. Cette notion est prise en compte par les décrets de périnatalité. Mais cela ne doit pas pour autant conférer automatiquement aux salles de naissance et à la zone d’accueil de l’urgence obstétricale une vocation à accueillir d’autres urgences, et notamment les urgences gynécologiques (sauf choix d’organisation de la structure en question, notamment pour les structures de moindre importance). Nous sommes favorables à ce que ce point précis soit clarifié en indiquant que, au sein des structures dont l’importance le justifie, les locaux et les personnels destinés à assurer ces urgences gynécologiques doivent être différenciés des locaux et du personnel dédié aux salles de naissance.

D’une manière générale il faut souligner la pluralité des professions concernées par les décrets de périnatalité. Les sages-femmes en font partie, mais pas seulement. Les décrets, dans leur ensemble, doivent être raisonnés et interprétés de façon pluri-professionnelle.

2. S’agissant des demandes de « premier recours » :

D’un point de vue général, le « premier recours » n’appartient pas à une profession individuellement, mais doit s’organiser de façon pluri-professionnelle sur un territoire donné. En particulier, pour ce qui est de leur domaine de compétences, les gynécologues-obstétriciens et gynécologues médicaux revendiquent de faire partie du premier recours et que l’accès direct à ces praticiens ne soit pas remis en cause, aussi bien dans le secteur d’activité public que le secteur libéral. Toute orientation contraire serait extrêmement dommageable pour la santé des femmes.

Dans le détail des demandes et des indications d’arbitrage en provenance du cabinet de Mme la Ministre :

IVG médicamenteuse : sous réserve d’une convention avec un plateau technique, dans les mêmes conditions qu’un autre praticien. Du point de vue des gynécologues­ obstétriciens et des gynécologues médicaux, rien ne s’y oppose.

Suivi des grossesses pathologiques et arrêt de travail supérieur à 15 jours pendant la grossesse : ce n’est pas dans les compétences professionnelles des sages-femmes. Les sages-femmes peuvent cependant contribuer au suivi de grossesses pathologiques sur prescription médicale, à la demande du médecin qui en a la responsabilité. La sage­ femme ne peut en aucun cas se substituer à ce médecin.

Examen postnatal : il n’y a pas d’examen postnatal « physiologique » si la grossesse ou la naissance ont été d’ordre pathologique. L’autorisation donnée à la sage-femme d’assurer la consultation du post-partum n’est acceptable que si en amont tout a été strictement normal. Il serait fort dommageable pour la santé des femmes de se priver de ce moment privilégié du post-partum destiné à faire le point précis des facteurs de risque qui ont conduit à la pathologie. Une consultation avec un médecin s’impose dans ces circonstances.

Il est normal que la sage-femme soit intégrée dans le parcours de soins et qu’elle puisse adresser elle-même la patiente au spécialiste gynécologue-obstétricien, gynécologue médical, pédiatre ou médecin traitant. Elle ne peut cependant se substituer à un médecin pour adresser à d’autres spécialités médicales (radiologues, cardiologues, néphrologues…)

La prescription d’examens complémentaires, d’arrêts de travail ou de thérapeutiques qui relèvent de la pathologie ne doit pas faire partie des prérogatives des sages-femmes dont les compétences sont limitées à la « physiologie ». C’est le cas pour la prescription des échographies de surveillance de la grossesse qui doivent se limiter à l’échographie de datation et aux échographies Tl, T2 et T3.

D’une manière générale, l’établissement d’un catalogue d’actes autorisés ou non ne nous parait pas judicieux car il ne peut être exhaustif. Si cette formule devait quand même être conservée, nous demandons à participer à son élaboration. Les points déclinés ci­ dessus peuvent servir d’exemple pour illustrer les principes que les prises en charge ne doivent pas être raisonnées de façon individualisée par une seule profession mais toujours de façon organisée et coordonnée, et que les professions ne sont pas interchangeables mais contribuent dans leur complémentarité à une prise en charge de qualité.

Nous espérons que cette contribution sera utile. Nous l’avons rédigée de façon concertée entre les différents groupes de sensibilité au sein de notre profession de gynécologues­ obstétriciens et de gynécologues médicaux afin que vous puissiez avoir un reflet synthétique de ce que nous pensons de façon très large.

Nous vous prions d’accepter l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Le président du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français)

La présidente de la FNCGM (Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale)

Le président de la Fédération des Cercles de Gynécologie-Obstétrique des Hôpitaux Généraux

La vice-présidente du Syngof, Vice-présidente d’Avenir Hospitalier

La présidente du SGL (Syndicat des Gynécologues Libéraux)

 

 

 

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Odile n’aime pas du tout les sages-femmes (5)

Publié par 10lunes le 8 avril 2013 dans Pffffff

 

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J’avais promis d’y revenir, Odile Buisson n’aime pas les sages-femmes. Evidemment peu de critiques directes, il ne faudrait pas prendre le risque d’une plainte.

La quatrième de couverture annonce la couleur en évoquant une « gynécologie low cost pratiquée par des intervenant non médecins » pour enchaîner immédiatement « Toutes les conditions pour un grand bon en arrière sont réunies. Sale temps pour les femmes ». Devinette : qui en France a le droit de réaliser des actes de gynécologie en dehors des gynécologues ? Les médecins généralistes et les sages-femmes. Les premiers étant  médecins, qui est ici implicitement désigné responsable du « sale temps pour les femmes » ?

Odile Buisson attaque en restant inattaquable, distillant allusions, adjectifs choisis et insinuations.

Attaque quand elle évoque les « nouveaux métiers de santé ».  « Désormais, ce n’est pas au cabinet du Docteur Machin que vous irez pour votre surveillance de cancer mais à celui de Madame Michu, fraîchement diplômée en 80 heures de cours ». Les sages-femmes se savent doublement désignées, d’abord par le choix pas tout à fait innocent du féminin, cette Madame aurait pu tout aussi bien être un Monsieur Michu– désignées aussi par le temps de formation annoncé car 80 heures est le temps moyen de formation théorique pour les DU (diplômes universitaires) de suivi gynécologique de prévention, certains DU étant d’ailleurs ouverts conjointement aux sages-femmes et aux médecins généralistes. Ce raccourci omet simplement que ces heures de cours se complètent d’heures de stage – est ce que le temps de formation d’un médecin se résume aux heures passées sur les bancs de la fac ? – de travail personnel, mais surtout qu’elles viennent s’ajouter à un diplôme obtenu après 5 années d’études (dont 500 heures de formation gynéco).

Attaque encore cette improbable liste de « petits métier » qu’elle se plait à imaginer « frotteur de col utérin, inciseur d’hémorroïdes, vaccineur de bébé, poseur de stérilet, toiletteur du 3ème âge, peseur de nouveau-nés ». Que quatre de ces six propositions soient déjà assurées par les sages-femmes n’est surement que le fait du hasard ! Il est par ailleurs savoureux de les voir ainsi soupçonnées de vouloir « faire de chaque morceau du corps humain une petite entreprise qui ne connaît pas la crise » alors que les sages-femmes revendiquent haut et fort les moyens d’une prise en charge plus globale.

Attaque toujours ce récit de grossesse non désirée survenue après la pose d’un stérilet par un « professionnel de santé » ( lire sage-femme, en dehors des médecins, elles sont actuellement les seules autorisées à poser des dispositifs intra-utérins). Odile Buisson se régale de la description échographique « d’un stérilet inséré dans le col utérin. L’absence de douleur et de saignement fait plutôt penser qu’il y a été malencontreusement placé lors de la pose ». Et hop, preuve serait faite que les sages-femmes sont incapables de poser correctement un DIU. Oui mais non ! L’expulsion d’un DIU bien placé n’est pas toujours accompagnée de douleur et de saignements (cf cette notice précisant qu’il est bon de contrôler les fils après les règles)Que le gynécologue qui n’a jamais connu cet incident me jette la première pierre…

Saluant la santé des françaises dont le  taux de cancer du col est le plus bas d’Europe, Odile Buisson s’offusque « qu’il soit de plus en plus souvent répliqué : n’importe qui peut faire un  frottis » (n’importe qui en l’occurrence, ce sont les médecins et les sages-femmes) et termine le paragraphe pas un méprisant « oui bien sur, les vétérinaires aussi… «  Les vétérinaires apprécieront ! 

Evoquant la visite de la maison de naissance de Pontoise, Odile Buisson souligne « D’emblée il est expliqué qu’il ne faut pas confondre les maisons de naissance avec les espaces physiologiques qui s’ouvrent dans les maternités publiques ou privées ; les premières sont indépendantes des médecins les secondes ne le sont pas ». La formulation laisse à penser que la seule préoccupation des sages-femmes serait de se libérer de la tutelle des médecins. Mais travailler en autonomie signifie avant tout se dégager des nombreux protocoles mis en place afin de donner une cohérence aux prises en charge assurées par de multiples intervenants. Ces prises en charge standardisées n’ont que peu de place  en maison de naissance où la globalité du suivi permet une adaptation à chaque situation rencontrée.

Mais pour Odile Buisson, interroger nos façons de faire est forcément suspect. « Il existe chez les sages-femmes et parfois chez les médecins un petit lot d’extatiques de la matrice ». Voyez comme le parfois des médecins laisse entendre le souvent des sages-femmes. Elle développe ensuite, « volonté de religiosité, morale conformiste et souvent bourgeoise de la sujétion à la douleur »… Oserai-je ce mauvais jeu de mot, la messe est dite et les sages-femmes qualifiées dans le paragraphe suivant de « nouvelles matrones ordinales ».

Car les soignants mis en cause sont presque exclusivement les sages-femmes. Quand certains comportements de médecins pourraient être dénoncés, le « on » vient avantageusement remplacer le nom du professionnel. Ainsi dans le récit d’une femme ayant fait une fausse couche et plusieurs fois renvoyée par les urgences, ce n’est pas le médecin qui la refoule mais  « on » et « on » aussi qui lui dit qu’il faut attendre ; quand elle appelle le 15 ce n’est pas un médecin régulateur mais « on » qui se borne à  lui conseiller de consulter en ville. A l’inverse, quand elle est enfin reçue, l’interne est désolé et le médecin attentionné.

Les sages-femmes, elles, ne bénéficient pas de ce « on » générique et protecteur.  

Par exemple dans ce récit d’un accouchement difficile mettant plus qu’à mal le projet de naissance d’un couple. La sage-femme « rétorque sèchement », à la ligne suivant elle est qualifiée de « cerbère« , deux phrases plus loin « elle se crispe et ne donne pas dans l’empathie » et lorsque la mère hurle et se débat, elle est attachée et « la sage-femme indifférente observe : elle est agitée ». L’obstétricien sera pour une fois lui aussi qualifié de rustre et de sale type.

Loin de moi l’idée de défendre à tout prix ma corporation, être sage-femme ne garantit aucune qualité, ne préserve d’aucun défaut…
Mais à la fin de ce récit apocalyptique la femme est « très remontée contre les sages-femmes de l’hôpital ». Le rustre a soudainement disparu.

Si les sages-femmes de Pontoise sont accusées de refuser une péridurale à leurs patientes, d’autres l’imposent. Dans une autre maternité, une jeune  femme arrive dans le service en fin de travail. « La sage-femme appelle l’anesthésiste », adroite ellipse qui évite de préciser si c’est du fait d’une demande maternelle. Il nous est expliqué que la future mère a passé « une nuit atroce, percluse de douleurs abdominales », en soulignant  qu’elle a été renvoyée la veille par la sage-femme … « La patiente lui dit, c’est trop tard, j’ai envie de pousser, je sens qu’il arrive. La sage-femme rétorque – vous l’aurez remarqué, une sage-femme ne répond pas, elle rétorque – qu’elle a encore du temps et la péri est posée ».

Décidément, les sages-femmes ne semblent jamais respecter les souhaits des femmes.

Paradoxalement, Odile Buisson conclut son ouvrage en saluant  la création d’un Institut de santé génésique dirigé par Pierre Foldes « fédérant médecins, sages-femmes, infirmières, et membres d’autres professions ».

Fédérer les professionnels, cela peut se faire au sein d’un même lieu, mais aussi d’une ville, d’un réseau de soin.
Fédérer, c’est mutualiser les compétences et les savoirs pour se mettre au service des patients.
Fédérer, c’est reconnaître et respecter chaque maillon de la chaîne de soin parce que la santé se construit avec chacun d’eux.
Mais comment imaginer ce partenariat quand l’un distille autant de mépris pour l’autre ?

Odile Buisson, j’aimerais croire que vous vous souciez réellement de défendre la santé des femmes et non l’hégémonisme médical…
Mais j’ai comme un doute.

 

NB: Il y a un an, j’avais choisi l’humour pour dénoncer d’autres propos incendiaires d’Odile Buisson. Mais la répétition des attaques est lassante…

 

*En aucun cas les sages-femmes ne surveillent un cancer… Par contre elles participent activement à son dépistage.

 

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Prix d’excellence

Publié par 10lunes le 1 octobre 2012 dans Militer

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Il faudra que je pense à remercier le Syngof qui se montre attentif à mes pannes d’inspiration et me donne régulièrement – un peu trop – matière à billets.

Voici donc un nouveau communiqué tout poli tout lissé pour s’étonner «de l’appel lancé par l’ordre des sages-femmes incitant les femmes françaises à les consulter en gynécologie»

« L’appel » est pourtant plus que discret ; il ne s’agit que d’une page sur le site de l’ordre intitulée «Histoire de la profession» qui, entre autres éléments, cite la compétence accordée aux sages-femmes depuis juillet 2009 dans le suivi gynécologique de prévention.

Le Syngof lance des attaques récurrentes contre notre profession. Les arguments utilisés sont eux aussi récurrents. Mes réponses finissent par l’être tout autant.

J’aurais donc pu bouder ce énième avatar de « c’est qui qu’est le meilleur » si, dans sa volonté de convaincre, le Syngof n’avait pas usé d’un nouveau qualificatif à notre égard. Soudaine reconnaissance «Elles [les sages-femmes] excellent en salle de naissance ». Cette reconnaissance se tempère cependant rapidement par le «dévouement» qui suit. Chers confrères, plutôt que de dévouement, parlons de compétences. Je ne me dévoue pas à mes patientes, j’exerce mon métier. Et si j’y trouve de grandes satisfactions, abnégation et renoncement, grands compagnons du dévouement, ne font pas partie de ma vie.

Donc nous excellons en salle de naissance alors que l’année dernière, le même Syngof souhaitait «demeurer vigilant sur la sécurité de l’accouchement qu’elles [les sages-femmes] ne peuvent assumer seules». Loin de moi l’idée d’affirmer l’inutilité des obstétriciens. Mais la tournure de la phrase et le contexte du moment laissaient à penser que nous n’étions que de stupides exécutantes.

La lutte de territoire semblant se déplacer sur le terrain de la gynécologie, le Syngof nous accorde enfin toutes les qualités en obstétrique.

Quoique..  le petit lapsus de ce communiqué de presse prouve que rien n’est gagné. Nous excellons (permettez-moi de me régaler de ce verbe)  mais «depuis toujours, les femmes françaises ont une relation privilégiée avec leur gynécologue – le « gygy » cher à Borée ? – ou généraliste pour tout ce qui concerne le suivi de leur grossesse ».

« Depuis toujours » est à la louche aussi précis que « ça fait bien longtemps », oublie l’histoire de l’obstétrique pratiquée par les ventrières bien avant que les barbiers (ancêtres des chirurgiens) ne viennent s’en mêler. L’imprécision du terme évite de s’interroger sur la répartition optimale des rôles entre sages-femmes et médecins. Mais surtout, cette affirmation convaincue élude une réalité : de plus en plus de femmes choisissent de s’adresser aux sages-femmes. 

Le résultat de l’excellence sans doute…

 

 

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Tirs groupés

Publié par 10lunes le 16 décembre 2011 dans Militer

 

Les sages-femmes libérales sortent de l’ombre et cette exposition semble contrarier certains autres praticiens. Plutôt que de penser nos prises en charge comme complémentaires, quelques réactions évoquent fortement la bataille de territoire.

Ainsi, sur Impact-santé, la FMF s’exprime par la voix de son président, le Dr Hamon, qui qualifie le Prado « de scandale de la fin de l’année et évoque un risque sanitaire puisque seule une équipe de soins pluridisciplinaire est en mesure de repérer des situations à risques comme les déprimes post-partum »

Confier le suivi des accouchées et de leurs enfants aux sages-femmes est donc un risque sanitaire ? C’est bien embêtant puisque cela se passe ainsi depuis … des lustres !
Par ailleurs, le Dr Hamon invente un nouveau concept, la « déprime » du postpartum. Nous connaissons le blues du post partum (ou babyblues), épisode bref, sans gravité et qui ne demande qu’un accompagnement empathique pour aider à le traverser, et la dépression du post partum, réelle pathologie à prendre en charge médicalement… mais qui se révèle à quelques semaines de l’accouchement. La sortie de maternité avancée ou retardée de quelques jours n’y change rien.
A l’inverse, le dépistage de ces situations passe par un accompagnement prolongé dans le temps, souvent assuré par… les sages-femmes ! Nous revoyons les mères pour leur allaitement, les questions liés aux soins du nouveau-né, la rééducation périnéale… elles évoquent avec nous leur fatigue et leurs difficultés… toutes occasions qui permettent de faire le point en amont ou en aval de la consultation postnatale, de se préoccuper d’un épisode dépressif et de mettre en route le réseau médical pour une prise en charge adaptée. Complémentaires vous dis-je.

Sur Egora, autre article sur les transferts de compétences qui évoque l’extension récente (20 octobre) de nos droits de prescription en listant « antibiotiques, contraceptifs, homéopathie, anti-inflammatoires non stéroïdiens, anti-sécrétoires gastrique ». 

Faut-il rappeler aux rédacteurs que notre compétence en matière de contraception date de 2004 pour le postpartum et 2009 pour le suivi gynécologique.  C’est une compétence certes récente mais qui n’a pas été modifiée par cet arrêté sur les médicaments. Feindre de la découvrir permet à nouveau de s’en offusquer… et de quelque peu se ridiculiser.  « …Ceci dans le but notamment d’améliorer le suivi de la contraception des femmes et des jeunes filles. «On se demande quand les sages-femmes les rencontrent», ironise le Dr Michel Combier, le président de l’Unof . C’est vrai ça, quand est-ce qu’une sage-femme peut bien rencontrer les femmes et les jeunes filles ? Au quotidien, parce qu’elles s’adressent à nous.

Dans le même article « (les sages-femmes) « ont renoncé à la prescription de l’IVG médicamenteuse, ce qui signifie qu’elles ont conscience de leurs limites ».
A ma connaissance, nous n’avons renoncé à rien, le projet de loi présenté par la députée Bérangère Poletti a été écarté sous la pression des lobbies anti avortement. Cette proposition d’expérimentation ne concernait pourtant que les sages-femmes hospitalières et de fait, les sages-femmes exerçant dans les CIVG sont déjà impliquées dans cette prescription.

Leur accorder la possibilité de prescrire une contraception « ne serait pas sans risques, alors que le sujet « très sensible », justifie une prise en charge longue, surtout auprès des adolescentes« .
La contraception est un sujet sensible, merci de le souligner ! Nous le savons, prenons le temps de débattre avec les femmes du moyen contraceptif qui leur sera le plus adapté et les revoyons aussi souvent, aussi longtemps que nécessaire. En obstétrique comme en gynécologie, nos compétences concernent les situations exemptes de pathologie et nous passons le relai quand ce n’est pas ou plus le cas. Nous ne prétendons pas faire mieux mais aussi bien que les médecins avec souvent la possibilité d’y consacrer plus de temps.

Enfin, dans le Quotidien du médecin « Les professionnels de santé ont découvert le PRADO ces derniers jours et ils s’offusquent de n’y avoir pas été associés. «À J +2, les femmes et les enfants sont fragiles et on les éjecte des maternités alors que le retour clas sique à domicile est de 4 à 5 jours », s’insurge le Dr Jean-Paul Hamon, président de la FMF ».
Il semble ignorer les contingences hospitalières. La tarification à l’activité impose aux établissements de faire « tourner » au maximum leurs lits. La durée de séjour se réduit depuis plusieurs années sans prise en charge à domicile. Officialiser un tel suivi est plutôt un progrès.

« Nous sommes pris pour des pions », s’insurge pour sa part le Dr Alice Touzaa, du Syndicat des gynécologues médicaux« . Pourtant, le suivi postnatal immédiat ne concerne pas les gynécologues médicaux qui, à ma connaissance, ne se déplacent pas à domicile. Loin de moi l’idée de le leur reprocher. C’est encore une fois le constat de notre complémentarité, constat que le SGM a décidément ( voir ici et ici) du mal à accepter.

Je suis plus que lassée de ces incantations sécuritaires chaque fois qu’il est question des compétences des sages-femmes. Comment espérer parvenir à collaborer efficacement quand les uns se défient autant des autres ?

 

PS : contrairement à ce que ce billet pourrait laisser penser, ma position sur le Prado reste la même. J’affirme l’intérêt d’un suivi cohérent de l’ante au postnatal et déplore que l’accompagnement du retour à domicile ne soit pas encore (expérimentation à venir) lié à celui de la grossesse.


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Comme signalé dès hier soir dans un commentaire (bravo pour cette réactivité !), le Syngof présente ses excuses aux sages-femmes et les pages en question (cf billets du 14 et du 23 mai) ont été supprimées.

Saluons cette volte face. Mais il est un peu facile d’avoir ainsi porté l’opprobre sur notre profession puis de s’en dédouaner en rédigeant quelques brèves et banales phrases de regret.

La technique est très courue ces derniers temps !
Etape 1 : lancer une belle grosse moche provocation (au hasard, RSA, immigration, échec scolaire, troussage de soubrette…)
Etape2 : attendre les réactions…  
Si elles sont modestes, voire inexistantes, en déduire que l’on peut taper plus fort…
Et passer à l’étape 3 : l’offensive majeure.

Le Syngof s’est fait piéger par l’apparente docilité des sages-femmes. Les réponses au premier communiqué ont été plutôt modérées. De multiples raisons peuvent l’expliquer ; le surbooking de l’ensemble de la profession, la trop faible proportion de sages-femmes investies dans les représentations syndicales et associatives, la volonté de consensus entre ces différentes représentations, la crainte de froisser une profession dans son ensemble (eux ne s’étaient pourtant pas gênés !)… Nos réactions sont restées assez discrètes. Par exemple, la réponse envoyée au Syngof par notre Conseil de l’Ordre, claire et sans concession, n’est pas publiée sur leur site.

Fort de notre supposée soumission, le Syngof a donc entamé l’étape suivante mais s’est montré si violent que nous ne pouvions rester indifférentes.
Cette nouvelle attaque concernait les actuels débats parlementaires sur la prescription du suivi biologique de la contraception par les sages-femmes.
Extraits :
Le SYNGOF y est totalement opposé et veut surtout alerter les femmes et les jeunes filles de la perte de chance que représente cette mesure, si elle était adoptée.
Cette économie attendue compensera-t-elle les indemnisations consécutives à cette gigantesque prise de risques par les femmes ?

Enfin, de toutes parts, les voix des sages-femmes se sont élevées ; menaces de procès, appels à envahir les boites mails des auteurs des communiqués, sollicitations des associations et des syndicats de sages-femmes à réagir fortement… Nous n’étions, au final, pas si dociles !
Les femmes, nos « patientes », se sont aussi fait entendre en soulignant combien elles pouvaient êtres satisfaites de nos soins… et le Syngof a reculé.

Jolie victoire à partager entres sages-femmes et usagers.
Amère victoire car rien n’est résolu sur le fond. Quelques mots d’excuses ne peuvent suffire à balayer le mépris.

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