Mal traitant – mal traité

Publié par 10lunes le 3 octobre 2015 dans Médias, Pffffff

 

Cible-j-f-r

Le sujet était brûlant, l’émission a fait le buzz, les blogs*qui l’ont commentée un peu aussi.
Jeudi, je reçois un mail « Je tenais à vous informer que dans le cadre de notre rubrique « Le Post », nous citerons votre blog dans un article publié samedi sur JIM.fr. »
On est samedi. Je lis.

Comment éviter le débat ? En le caricaturant !
Opposons  de pauvres gynécologues manipulés par la radio (grands naïfs qu’ils sont) à des blogueuses enragées engagées.
Fin du débat.

Le JIM reproduit ma retranscription des propos des gynécos en terminant sur ce commentaire « épingle cruellement Dix Lunes sans reconnaître que le jeu du montage a pu donner des gynécologues interviewés une image peut-être un peu déformée (et sans envisager que Jean Marty se référait à une acception très classique du terme « maltraitance »). »

Les mauvais esprits tentent toujours de remettre en cause les témoignages de patientes, les renvoyant à leurs mauvaises compréhension des gestes, à leur hypersensibilité voire pudibonderie, aux impératifs médicaux. Je me suis attachée à ne retranscrire que les propos des Dr Marty et Paganelli, justement parce qu’ils se suffisaient à eux-mêmes et n’étaient pas susceptibles d’interprétation.

A l’inverse, j’aurais aimé voir cité ma conclusion qui, loin du gynéco bashing auquel on me résume, soulignait combien cette représentation syndicale était problématique pour la profession…

Le JIM ne dit d’ailleurs rien d’autre quand il regrette ensuite :
Ainsi les deux praticiens ne trouvent nullement grâce aux yeux de ces blogueuses engagées et sont, rapidement, érigés comme le symbole d’une gynécologie maltraitante et paternaliste, sexiste et irrespectueuse… et qui plus est fière d’elle ! Si les propos rapportés par les trois blogueuses ont effectivement été tenus par les deux praticiens et s’ils reflètent assez bien la teneur générale de leurs déclarations (la tentative de démonstration de l’absence de respect des patientes par Elisabeth Paganelli est on ne peut plus maladroite), on ne peut s’empêcher d’apporter quelques nuances à cette vindicte. D’abord, dans une émission toute acquise à la cause des patientes « malmenées », Jean Marty et Elisabeth Paganelli n’avaient pas la tâche facile et tenaient forcément le mauvais rôle… mauvais rôle appuyé par un montage où se superposent sans véritable lien les témoignages les plus édifiants et leurs propos souvent décalés.
L’injustice radiophonique ne fit qu’aggraver leur cas : à côté de la belle voix douce de Martin Winckler et de celle des différentes intervenantes, l’accent
.
Surtout, on peut se demander pourquoi France Culture a choisi de ne s’en tenir qu’à ces deux seuls praticiens : il n’y a donc en France aucun gynécologue qui soit d’accord pour reconnaître qu’il existe une tendance regrettable au paternalisme, que certains actes doivent être prohibés et que la pédagogie doit remplacer l’infantilisation autoritaire ? Une sorte de « Martin Winckler » (l’irréprochable ) de la gynécologie ! Ou au moins un gynécologue capable d’expliquer la nécessité de certains actes, de tenter d’excuser certains propos maladroits (et pas seulement en soulignant que c’est ainsi que les gynécologues ont appris leur métier comme le répète toujours Martin Winckler)… sans tomber dans la caricature. Apparemment non.

Le JIM feint donc d’ignorer que les médecins interrogés sont des représentants très officiels de la profession. Bien sur, ils y en a d’autres. Mais c’est bien le SYNGOF qui, par ses prises de positions régulièrement agressives et méprisantes, nuit à l’image des gynécologues et à toute tentative de réflexion conjointe autour de l’organisation des soins ou de la coordination nécessaire entre praticiens. 

Confraternellement, le JIM précise ensuite : Comme Clara de Bort l’a bien souligné au cours de l’émission, la spécificité des organes concernés suppose des attentes, apparemment pas toujours satisfaites, et une sensibilité, pas toujours comprise, particulières.
Puis cite : La blogueuse Ovidie pourtant dans sa conclusion appelle à la nuance « …/… Et il y a des gynéco formidables, mentionnons-le au passage. Il ne s’agit pas de tirer à boulet rouge sur l’ensemble d’une profession si nécessaire » écrit-elle.

Je ne disais pas autre chose. Mais qui prendra le temps d’aller lire le blog après la présentation qui en est faite ?
L’article laissera à ses lecteurs le sentiment d’une sage-femme aux positions outrancières.
Ou comment nourrir – avec gourmandise ? – l’idée d’une bataille rangée entre nos deux professions…

 

 

*Autres blogs cités dans l’article :
– Marie-Hélène Lahaye
– Ovidie

 

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Pas de fumet sans feu

Publié par 10lunes le 1 avril 2012 dans Profession sage-femme

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Cet article paru le 29 mars dans le Monde a fait du bruit dans le landerneau des sages-femmes. Ces propos évidemment mal compris et mal interprétés les avaient quelque peu révoltées.

Odile Buisson a souhaité préciser sa pensée :

En aucun cas, je n’ai souhaité  porter atteinte, ni à la profession de sage-femme, ni à l’autonomie des femmes.

Loin de toute position corporatiste, je souhaitais alerter sur les difficultés d’accès à la contraception et au suivi de prévention, pourtant gages de la sécurité sanitaire des femmes françaises. Cette fonction, longtemps tenue par des gynécologues médicaux aux compétences sous employées, est sans aucun doute du ressort des sages-femmes (comme des médecins généralistes). Examen gynécologique, bilans biologiques et frottis cervico-vaginal sont en effet des pratiques banales pour les sages-femmes puisqu’elles s’inscrivent très habituellement dans le cadre du suivi de grossesse. 

En aucun cas, je ne suggèrais que les sages-femmes outrepassent leurs compétences. Elles réalisent lors de leurs consultations un interrogatoire soigneux permettant de dépister les éventuels facteurs de risques; si tel est le cas, elles réadressent les patientes vers le médecin. Ce temps consacré au dépistage et à l’information est autant de temps libéré pour les consultations déjà chargées des spécialistes.

Par ailleurs, attribuer la longévité des françaises à l’existence de notre spécialité était un raccourci hasardeux. Rien ne permet de démontrer la corrélation entre ces deux facteurs. Pour preuve, la gynécologie médicale est très peu présente en Espagne et l’espérance de vie des espagnoles est pourtant supérieure à celle des françaises.

Comme je le soulignais, les femmes sont des citoyennes à part entière. Chacune d’elle est en droit de choisir d’être suivie par une sage-femme ou un médecin, d’accoucher avec ou sans péridurale, d’allaiter ou non son enfant. Ces décisions lui appartiennent pleinement. Et notre role de soignant n’est ni d’influencer, ni de dénigrer leur choix mais de les accompagner.

Je m’attache comme l’ensemble des praticiens médicaux, à exercer au sein d’un réseau où tous les acteurs de la santé se complètent et se coordonnent, dans le souci partagé de répondre aux attentes et aux besoins des citoyennes de première classe que sont les femmes…

En ce dimanche premier avril, je remercie Odile Buisson d’avoir pris le temps de cette salutaire mise au point.

 

PS : pour celles et ceux qui douteraient  de la véracité des paroles rapportées, je vous renvoie à la date de publication et à l’illustration de ce billet…

PS bis : on me rapporte aujourd’hui que certains s’interrogent encore sur la réalité de ces propos. Je confirme donc le message implicite du PS précédent : poisson d’avril !!!


Quand l’article d’Odile Buisson est paru, nous avons été nombreux(ses) à réagir. Très vite, au fil d’échanges sur Twitter, est venue l’idée d’une réponse groupée. 

Ce texte s’inscrit dans une démarche partagée avec la Poule Pondeuse et Souristine  ; chaque texte est individuel et rédigé en fonction de nos sensibilités personnelles. 
Néanmoins, femmes, médecin, sage-femme, nous partageons toutes une certaine idée de ce que pourrait (devrait?) être le suivi des femmes et la prise en charge de la naissance en France.


 

 

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Lettre à mes amis syngofiens

Publié par 10lunes le 23 mai 2011 dans Pffffff

 

Mes très chers amis du Syngof, j’avais envie d’évoquer ici votre dernier communiqué, nouvelle démonstration de l’harmonie présidant au partenariat entre gynécologues et sages-femmes.

Je me réjouis avec vous de cette autre possibilité donnée aux femmes de consulter avec facilité. Elles n’ont plus à attendre de longues semaines un rendez-vous avec un médecin au planning saturé par des pathologies que lui seul peut gérer.

Je suis comme vous heureuse qu’elles soient reçues par des professionnels disponibles qui peuvent prendre  le temps d’examiner avec elles la méthode de contraception non seulement la plus adaptée à leur santé mais aussi à leur mode de vie, à leurs habitudes et préférences.

Je suis rassurée comme vous l’êtes par la qualité de la formation des jeunes diplômés, par la volonté d’actualisation des connaissances des plus anciens (les DU de gynécologie et d’orthogénie sont pris d’assaut).

Je me félicite de votre réflexion sur la meilleure façon d’articuler nos deux professions, nos compétences respectives, afin que chaque femme en demande de contraception, en attente de grossesse, enceinte, ou en post partum soit accompagnée par l’interlocuteur le plus adéquat.

Cette collaboration se révèlera fructueuse, n’en doutons pas.

Mais, très chers amis du Syngof, je vous en prie, soyez attentifs à la formulation de vos idées.
L’on finirait sinon par croire que votre unique souci est la défense de votre pré carré.


Ce billet est le énième traitant de ce thème. Une petite sélection ci-dessous
14/11/09

27/12/09
08/06/10
25/08/10

 

 

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Préhistoire

Publié par 10lunes le 2 septembre 2009 dans Pffffff

Service de gynécologie, au cœur d’un vieil hôpital fatigué. Une toute jeune fille y est hospitalisée en chambre collective pour une infection gynécologique. La pièce s’étire d’une fenêtre à l’autre. Quatre lits sont alignés, séparés d’à peine plus que la largeur d’une table de nuit. Aucune intimité n’est possible.

C’est la grande visite. Derrière le chef de service, des membres de l’équipe soignante – « surveillante », sage-femme de l’étage et infirmière de jour – mais surtout le cortège des étudiants en médecine, élèves infirmières et futures sages-femmes.

Nous nous entassons dans la chambre. Comme de coutume, chaque cas est exposé au chef de service par l’un des étudiants. La chambre commune ne laisse aucune patiente ignorante de la pathologie des voisines ; respecter le secret médical n’est pas encore une préoccupation.

Vient le tour de l’adolescente. Elle est jeune, diaphane, assortie au blanc rêche de ses draps.
Outre ses trois voisines de chambre, nous sommes bien une vingtaine, hommes et femmes, entourant son lit.
Après la présentation de son dossier, le médecin l’informe qu’il va l’examiner pour confirmer le diagnostic. Sans autres explications, il écarte le drap,  empoigne ses chevilles pour l’installer en position gynécologique et relève le bas de la chemise fournie par l’hôpital.

Elle se raidit et ferme les paupières. La main gantée s’approche de son corps crispé, insiste puis se retire au bout de trop longues secondes. Le grand patron annonce qu’elle est «inexaminable» car trop contractée. Il faudra donc «la passer au bloc» pour une courte anesthésie afin de parfaire le diagnostic. L’étudiant prend note.

Le cortège recule pour aller s’entasser dans la chambre voisine.

Personne n’a osé suggérer qu’un peu d’humanité et l’intimité d’un cabinet de consultation pourraient éviter le recours aux hypnotiques.

PS: nous sommes en 1977

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