Révélé

Publié par 10lunes le 18 septembre 2015 dans 9 mois

 

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Il  entre d’un pas sûr, le torse bombé,  parcourt la salle d’un regard circulaire, s’affale sur une des chaises presque avant que sa femme ne s’installe, et prend immédiatement la parole, histoire de démontrer qu’il contrôle la situation.
Je viens pour lui faire plaisir affirme-t-il d’une voix trop forte.

Je la connaissais bien avant cette grossesse. Je le rencontre pour la première fois.
Elle a déjà un enfant ; lui ce sera son premier.
Une nouvelle union comme elle le formule de façon désuète.

Il se demande visiblement ce qu’il fait là, dans un cabinet de sage-femme, et fanfaronne
– Et donc, on va parler de quoi ?

C’est avec lui que je dois faire connaissance. Je tente et tends quelque perches. Eviter ce qui pourrait ressembler à un interrogatoire, lui offrir un espace pour exprimer son ressenti, ses éventuelles questions.
Au départ, drapé dans sa cape de supermacho, il la joue très sûr de lui ; c’est des histoires de nanas, je suis là parce qu’elle a insisté, mais moi tant que le petit est pas là, suis pas concerné, de toute façon la parlotte c’est pas mon truc…

Petit à petit il s’apprivoise, s’autorise à livrer quelques émotions, évoque son désir de paternité présent depuis longtemps mais enfoui faute d’avoir trouvé la femme avec qui… et puis cette rencontre, ce parfait amour, l’évidence de sa concrétisation par l’arrivé d’un enfant.

II a ôté sa cape ; son regard se fait plus doux, son ton plus modulé. Il a pris la main de sa compagne et la caresse d’un pouce un peu fébrile.

Il tente encore de la jouer bravache quand je lui propose de venir à la rencontre de son bébé.
– Oh mais je touche déjà son ventre hein, c’est même moi qui lui passe sa crème alors…

Elle s’amuse de ses défenses. Maintenant allongée, elle prend sa main dans la sienne pour la poser sur son ventre. Timidement il avance l’autre main la pose délicatement, et s’étonne, guidé par nos paroles, de sentir les contours utérins.

Son bébé réagit sous sa paume.
Il sourit.
Je leur propose alors d’inviter l’enfant à se blottir dans leurs mains, d’un côté puis de l’autre.
Ce petit là doit sentir combien c’est important pour son papa, il se blottit avec vigueur !

La première fois, son père lève un regard étonné, passant tour à tour du visage de sa compagne au mien, cherchant dans nos sourires la confirmation de ce qu’il a perçu.
La troisième fois il ne doute plus. Ses yeux se sont embués.

Quand il repart, il bombe le torse, encore, mais c’est une nouvelle fierté qui l’anime.

 

 

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Paternité (1)

Publié par 10lunes le 21 décembre 2014 dans 9 mois

 

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C’est la consultation du quatrième mois. Ils s’y rendent à deux, même s’il a été habitué lors des autres grossesses à rester simple témoin, quasi invisible aux yeux des soignants.

Mais cette fois, la grossesse est suivie par une sage-femme attentive. Pas question pour elle de faire un geste sans leur proposer d’en partager le sens.

Après avoir palpé le contour utérin pour en évaluer la croissance, elle guide les mains de la mère pour qu’elle le sente aussi.
Puis c’est au père, tout étonné d’être invité à faire de même. Il s’applique à sentir les bords latéraux, le fond utérin, s’émerveille de percevoir ainsi l’espace offert à son bébé. Il pose tendrement la main sur le ventre de sa compagne, au centre de la zone qu’il vient de délimiter.

La sage-femme sourit : Là, tu tiens ton bébé dans la main.
L’attention du père est totale, encore renforcée par la perception d’un léger frémissement.


Alors, une brève seconde, il tourne le poignet pour observer sa paume.
Et serait presque déçu de ne pas y découvrir son enfant.

 

 

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Mal mot

Publié par 10lunes le 27 mai 2013 dans Petites phrases

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Elle est enceinte, elle est heureuse, elle est inquiète.

Heureuse parce que cet enfant était très attendu, inquiète parce que la grossesse précédente s’est terminée sur une échographie annonçant l’arrêt précoce du développement de l’embryon.
Elle n’en avait rien pressenti.

Alors l’absence de règles, le test de grossesse acheté en pharmacie, la tension mammaire persistante, tout ça ne suffit pas à l’apaiser totalement.
De plus, elle n’est pas nauséeuse, ce fréquent malaise si désagréable mais si rassurant.

Il est trop tôt pour pouvoir écouter les battements cardiaques. Cette annonce la déçoit. Elle espère, elle a besoin d’un élément objectif venant lui confirmer, là, tout de suite, que tout va bien.
Je lui propose de l’examiner pour m’assurer du volume utérin.

Comme toujours lors d’un toucher vaginal, je baisse les yeux, attentive à ne pas ajouter à l’intrusion du geste celui du regard. 
Je glisse doucement index et majeur dans son vagin, mon autre main palpe son ventre.
Entre mes deux mains, son utérus, rond et dodu à souhait, parfaitement rassurant, parfaitement conforme à la taille attendue pour l’âge de la grossesse.
J’en suis ravie pour elle.
Et m’exclame joyeusement. « Voilà un utérus gravide ! »

Je lève les yeux vers elle à la fin de ma phrase, surement en quête d’un sourire rassuré. Juste le temps d’apercevoir son regard qui se voile… J’ajoute rapidement « Tout se présente bien », elle sourit enfin.

Elle ne dirait rien de plus et c’est moi qui insiste : « Je vous ai inquiétée ? »
Dans un murmure, elle s’autorise « Oui, dans gravide, j’ai entendu grave ».

J’explique le mot, lui demande d’excuser ce vocabulaire médical parfaitement inapproprié. 
Et me désole en silence de ma stupidité.

 

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Faire connaissance

Publié par 10lunes le 5 mars 2013 dans Blessures

 

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L’entretien prénatal précoce est une prise de contact parallèle au suivi de grossesse permettant à une femme ou à un couple d’exprimer leurs attentes, besoins et craintes pour les aider à s’orienter dans le dédale des options qui s’offrent à eux.

Cet entretien est un échange ouvert, pas une succession de cases à cocher. Il n’empêche, certaines questions ont besoin d’être posées pour cerner le contexte.

« Est-ce votre première grossesse » est l’une d’elle. Je m’applique à parler de grossesse et non d’enfant à venir afin que la question soit claire.

« Oui, c’est la première » me répond-elle.
Débutée sur un mode joyeux, notre discussion révèle au fil des minutes une anxiété croissante. Elle dit sa crainte des rendez-vous médicaux, des nombreux examens complémentaires, déplore cette médicalisation qui  » l’empêche de profiter de sa grossesse « …
Je tente de comprendre l’origine de son angoisse. 
Et c’est ainsi qu’au détour d’une phrase, une IVG et deux fausses couches viennent s’ajouter à cette « première ».

 

Ce petit texte pour introduire les portes ouvertes proposées par l’ANSFL pour marquer la journée des droits des femmes. Ce sera l’occasion d’évoquer deux outils de prévention, le frottis cervico-utérin et l’entretien prénatal précoce.
Le 8 mars prochain, contactez le cabinet de sage-femme de votre secteur et faites connaissance !

 

 

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Ginger et cher

Publié par 10lunes le 21 mai 2012 dans Pffffff

 

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Un sondage, largement relayé sur le net, nous « révèle » que 75 % des femmes souffrent de nausées au cours de leur grossesse.

L’enquête a été réalisée sur 1061 femmes dont on ne sait si elles sont enceintes ou si elles font appel à leurs souvenirs. Les 75% annoncés en une du site se transforment en 72% dans la brochure téléchargeable dont 40% de façon occasionnelle. C’est moins impressionnant vu ainsi mais il faut savoir crier au loup assez fort pour être relayé dans les médias.

Pour faire bon poids, il nous est précisé que « pour 80% des femmes, les nausées persistent tout au long de la journée ». Manque de bol, nous ne saurons pas d’où vient ce chiffre puisque la référence a disparu.

Loin de moi l’idée de minimiser l’enfer que vivent certaines femmes, pouvant les mener jusqu’à l’hospitalisation. Mais je déplore le procédé qui consiste à glisser allègrement du cas particulier à la généralité pour mieux faire passer la pilule.

La pilule en l’occurrence, c’est du gingembre.
Rien de nouveau ! Comme le distributeur le souligne lui même, la Haute Autorité en Santé précisait dès 2005, dans son livret « Comment mieux informer les femmes enceintes ?  » : « Seuls le gingembre et l’acupuncture sont efficaces pour les nausées ». 

Pas de progrès majeur donc, mais une campagne promotionnelle bien orchestrée avec l’annonce d’une fiche à télécharger « Parlez en à votre médecin « . Je glisserai rapidement sur l’oubli si coutumier des sages-femmes lorsque l’on évoque les professionnels du suivi de la grossesse… Cette fiche reprend tous les codes d’une notice pharmaceutique, histoire de s’acheter une légitimité, puis mentionne en bas de page et petits caractères gris clair « ce produit n’est pas un médicament ».

Mais pourquoi tant d’esbroufe ? Certainement pour justifier le prix, 1295 € le kg de gingembre en gélule ! C’est trois à quatre fois le tarif des autres fournisseurs.

Mais si vous êtes enceinte et nauséeuse, on peut faire encore moins cher : faire infuser cinq à dix minutes10 g (dose maximum pour une journée) de gingembre frais râpé dans 250 ml d’eau. A boire au fur et à mesure des besoins…

Elle est pas belle la vie ?

 

Petit billet au titre calamiteux (pas pu m’empêcher) pour annoncer la SMAR dont le thème cette année est la naissance et l’argent. Quelques actions annoncées ici.


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Spontanée

Publié par 10lunes le 31 janvier 2012 dans 9 mois

 

4690504255_b1a1a09879_zSon accent chante mais son regard est voilé de larmes… Elle s’inquiète de tout, échafaude de nombreuses et hasardeuses hypothèses, soumet sa vie à de multiples rituels censés porter chance à son futur enfant. Elle s’angoisse du trop ou du trop peu de ses mouvements, de son ventre très rond mais pas encore assez, des aliments quelle mange et de ceux qu’elle boude, des douleurs ressenties et des risques de leur traitement, de ses nuits d’insomnie ou de son sommeil de plomb…

Et plus encore elle s’angoisse ce que son angoisse fait vivre ainsi à son futur bébé.

Ces questionnements incessants ne sont que la partie émergée d’une histoire complexe dont elle livre quelques bribes lors de notre première rencontre. Je sais déjà qu’il me faudra la guider vers d’autres soignants et d’autres compétences pour l’aider à sortir de cette nasse de symptômes et pensées qui l’envahissent et l’encerclent.

Pour le moment, il me faut bien faire quelque chose pour qu’elle se sente accompagnée, pour qu’elle puisse déposer un peu de son si lourd fardeau.

Alors, je reprends avec elle l’ensemble des symptômes évoqués, tentant pour chacun de valoriser l’extrême attention qu’elle porte à son bébé.

Au milieu d’une phrase, elle me coupe et s’exclame « Ah ça me fait du bien ce que vous me dites ! », puis elle se lève avec élan et, se penchant vers moi, me claque une grosse bise sur la joue.

 

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Absolument sachant

Publié par 10lunes le 4 septembre 2011 dans 9 mois

Première échographie, dite de datation. En salle d’attente, les panneaux affichent de joyeux avertissements: « L’échographie ne peut pas tout dépister » –  » La présence des enfants est interdite » – « Votre médecin détermine librement ses honoraires (… ) supérieurs au tarif du remboursement par l’assurance maladie ».

C’est leur tour. La pièce est petite, logiquement sombre. Au centre, le divan d’examen en skaï bleu foncé est recouvert d’un papier blanc ; à sa gauche, une chaise à dossier bas et l’appareil d’échographie ; à sa droite, une autre chaise ; en face du lit, fixés au mur, un second écran et une triple patère permettant d’accrocher les vêtements.

Tout en se déchaussant, en patiente appliquée, elle énonce date des dernières règles et durée de ses cycles. Elle sait très bien où elle en est et – à peu près – quand ils ont conçu leur bébé.

Cette première échographie se fera par voie vaginale. Pratique tellement habituelle que l’échographiste n’explique rien et la prévient de ce qui va se passer par cette phrase sibylline  « Enlevez le bas ».
Elle s’allonge sur le lit. Ne sachant pas où poser son slip, elle le froisse dans sa main droite. Sa main gauche cherche celle de son homme, assis à ses cotés sur la chaise dédiée.

L’examinateur s’empare d’une sonde oblongue. La tenant verticalement, il y déroule ce qui s’apparente à un préservatif. Une giclée de lubrifiant puis la main s’incline, la sonde s’horizontalise puis s’enfonce dans son vagin, intrusion accompagnée d’une affirmation sans appel « ça ne fait pas mal ».

Attentif aux premières images sur l’écran, le couple tente d’oublier l’outil qui s’agite et s’oriente au creux du corps maternel.

Du noir, un peu, quelques contours blancs et surtout du gris, plus ou moins dense, plus ou moins homogène. Le squelette contrasté animé de quelques mouvements aide à donner sens aux images.

L’échographiste procède aux mesures. Sa main gauche pianote sur le clavier, tourne le curseur ; l’image se fige. De petites croix clignotent sur l’écran puis des chiffres s’affichent. Satisfait, il annonce une date de conception… qui précède de cinq jours la date donnée par les parents.
Elle s’en étonne et se retourne vers son compagnon pour le prendre à témoin… « Ce n’est pas possible, tu te souviens, ce jour là, tu étais encore en Italie. »

Sans daigner leur jeter un regard, l’échographiste, impavide, confirme en fixant son écran que la grossesse a bien débuté pendant l’absence paternelle. *

Insupportable superbe d’une médecine qui s’invite dans l’intimité d’un couple et ose affirmer sans nuance la date de leur relation sexuelle.

 

* On considère que la datation est en moyenne précise à +/-3 jours mais que les bornes sont de +/-7 jours…

 

 


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Déniée

Publié par 10lunes le 13 juillet 2011 dans Blessures

 

De presque aussi loin que je me souvienne, j’affirme ma confiance dans le ressenti des femmes enceintes.
Ce jour là, ma profession de foi s’est révélée désincarnée.

Fin d’après midi. Au cinquième mois de sa grossesse, elle appelle pour partager son inquiétude. Elle ne se sent pas bien sans parvenir à préciser mieux ce qui se passe. Elle décrit quelques tiraillements abdominaux qu’elle identifie comme des contractions. Rien de violent, mais le sentiment lancinant que quelque chose ne va pas. Nous faisons un premier point par téléphone, pas de douleur, pas de signes d’infection urinaire, pas de fièvre, pas d’événement notable ces derniers jours, son bébé bouge bien… Je lui propose de la recevoir après mes rendez-vous programmés, dans moins de deux heures. Cherchant à apaiser ses craintes, j’ajoute que ses symptômes m’apparaissent tout à fait banals.

Elle arrive les traits tirés, visiblement anxieuse. A nouveau, je ne perçois rien d’inquiétant dans les sensations qu’elle décrit. Je suis rassurée et me veux rassurante. Mon cerveau refuse d’entendre la sonnette d’alarme, cette irrationnelle angoisse croissante chez une femme habituellement sereine.

Je m’attache à relativiser son ressenti ; ces tiraillements sont certainement ligamentaires, cette fatigue bien compréhensible au vu de ses deux aînés qui réclament énergie et disponibilité.
L’examen clinique va à coup sûr me permettre de la tranquilliser.

Le coeur du bébé galope, l’utérus semble un peu tendu. Au toucher vaginal, la situation bascule en quelques secondes ; son col est déjà dilaté de deux bons centimètres et la poche des eaux bombe sous mes doigts.
Adressée en urgence à l’hôpital voisin, ils ne pourront rien faire. Les quelques kilomètres qui séparent le cabinet de la maternité ont suffi à l’utérus pour poursuivre sa dilatation. Elle perdra son trop petit enfant peu après.

La croire immédiatement n’aurait, il me semble, rien changé au dénouement.
Mais je me suis retrouvée en flagrant délit de pouvoir médical. Je pensais savoir et ne l’entendais pas.
Mes belles théories sur la compétence des femmes n’ont pas résisté à cette violente mise en situation.

Cette erreur, comme d’autres, m’anime encore.
Lorsqu’une femme évoque une inquiétude irraisonnée, je tente d’en décrypter l’origine ; parfois trop d’informations erronées sur le net, trop d’affirmations sans nuance dans la presse dédiée, trop de conseils avisés des copines…

Mais s’il s’agit d’un ressenti profond, d’une « intime conviction »,  je m’applique à prendre cette alerte en compte.

 

 

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Inutile

Publié par 10lunes le 21 avril 2011 dans 9 mois

Chaque week-end, le numéro d’une sage-femme est indiqué sur les répondeurs de tous les cabinets des environs. Cette organisation préserve nos temps de repos tout en assurant les rares suivis de grossesses nécessitant un passage quotidien ou les visites aux accouchées sorties rapidement de la maternité.
Cette semaine, c’est moi qui m’y colle. Le dimanche s’annonce calme mais je reste au bout de mon portable au cas où…

Le cas où, c’était elle. Une voix angoissée «Pardon de vous déranger mais j’ai besoin d’être rassurée».
Enceinte de six semaines, elle perd du sang depuis la veille au soir, sans facteur déclenchant ; saignements peu abondants mais continus. Evidemment, son inquiétude est grande.

Elle appelle d’abord SOS médecins. Le praticien venu la voir l’examine mais ne peut la rassurer sur l’évolution de sa grossesse sans examen complémentaire. Il lui prescrit une échographie.
L’hôpital contacté ensuite refuse de la recevoir un dimanche puisqu’elle ne se vide pas de son sang. L’interne de garde a justifié son refus «A ce stade, on ne peut rien faire». Effectivement ces saignements peuvent être sans importance ou annoncer une fausse couche mais la médecine est impuissante à protéger une grossesse débutante.
Ce n’est donc pas une urgence et son angoisse devra attendre le lendemain…

Alors elle tente de joindre une sage-femme et c’est mon numéro qu’elle trouve.
Enfin une oreille. Elle se plaint du médecin venu pour rien, de l’hôpital qui refuse de l’accueillir, de la PMI (qui suivait sa grossesse précédente) fermée le week-end. Elle demande à ce que je vienne écouter le cœur de son « bébé ». Mais c’est impossible, les battements cardiaques sont inaudibles à ce terme.

Mon inutilité l’excède. Je me fais vertement reprocher de ne pas disposer d’appareil d’échographie. Dernier maillon de la chaine, elle déverse sur moi toute son amertume. Puis elle raccroche, furieuse.

Je la sais seule avec sa peur.

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Inconcevable

Publié par 10lunes le 6 avril 2011 dans 9 mois

A quelques jours de son accouchement, elle évoque en souriant la découverte de sa grossesse.

Après plusieurs années de vie commune – et de longues discussions – ils se sentent prêts à accueillir un enfant.
Très logiquement, elle cesse de prendre la pilule mais imagine, conformément à une légende tenace, qu’il faudra quelques mois à son organisme pour se laver des hormones contraceptives.

Elle sera pourtant enceinte dès le cycle suivant.
Et aura le plus grand mal à le réaliser…

L’absence de ses règles ? Elle le savait bien, cette prise d’hormones artificielles a perturbé son cycle.
Cet impérieux besoin de sommeil, capable de la faire se coucher avec les poules après une sieste de plusieurs heures ? Le changement de saison, très certainement.
Cette presque douloureuse tension mammaire ? Voilà bien la preuve que son corps reprend son rythme physiologique.

Un discrète alerte doit cependant clignoter puisqu’elle se procure un test de grossesse.

Mais, quand elle voit apparaitre la petite croix turquoise, sa première idée est que le test a mal fonctionné. Elle se réjouit alors qu’ils soient vendus par deux. Le second, d’évidence, va lui confirmer la défaillance du premier.

Il lui faudra ce nouveau « + » pour commencer à réaliser…

 


PS : Pardon pour mon inexistence actuelle sur le blog. La semaine prochaine devrait me voir plus présente…

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