Les poings serrés !

Publié par 10lunes le 19 avril 2014 dans Pffffff, Vie des femmes

 

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Le point du mari ? Pour moi, ce furent d’abord quelques lignes en attente d’article depuis… 2008, déroutée par le récit lu sur le net d’une femme envisageant une épisiotomie recousue très/trop serrée pour le bonheur supposé de son mec.
Et puis j’ai pas écrit, pas assez d’éléments.

Le point du mari, plus récemment, des sages-femmes l’ont dénoncé sur les réseaux sociaux. Mais, faute de témoignage direct, je n’ai pas écrit non plus, ne sachant s’il ressortait de l’intervention volontaire ou d’une terrible combinaison d’incompétence et de goujaterie… En effet,  si je ne l’ai jamais vu pratiquer, j’ai hélas entendu des femmes évoquer certaines phrases satisfaites prononcées après une suture d’épisiotomie : Maintenant vous êtes comme neuve ou Votre mari n’y verra que du feu et autres allusions graveleuses supposant une virginité retrouvée.
La pseudo virginité comme une voie d’accès au plaisir… Vous m’en direz tant.

Mais mes amis du Syngof sont toujours prompts à relancer mon inspiration (voir par exemple, ici, ici ou encore …).  Je peux maintenant participer aux débats car le Dr Marty, voulant défendre son clan, l’enfonce avec application.

Evoquer la « somatisation vaginale » pour expliquer les séquelles douloureuses d’une épisiotomie, c’est aller un peu vite en besogne.
Laisser penser que les femmes souffrent non par « victimologie » ( je laisse chacun se référer au dictionnaire) mais pour le bénéfice secondaire de l’intérêt qui leur serait porté… C’est méconnaître la réalité d’une plainte trop souvent traitée avec légèreté « ça va passer », qui impacte fortement la vie des femmes et celle des couples.
Si le regretté Brassens chantait les femmes qui s’emmerdent en baisant, ce n’est en rien comparable à celles qui souffrent en baisant !

Et puis que penser de la « flexibilité vaginale » – qu’en termes choisis ces choses-là sont dites – « qui s’adapterait au fur et à mesure » ? Cette locution signifie bien que les tissus ne s’adaptent (sic) pas immédiatement. Ce qui correspond parfaitement à ce qu’en disent les femmes qui évoquent des suites douloureuses s’estompant – dans le meilleur des cas – de façon progressive.

Plus loin, on nous glisse que la femme « n’aurait peut-être pas son mot à dire, le choix du recours à l’épisiotomie est une décision qui appartient au corps médical ».
Pas tout à fait ! Comme tout geste médical, il peut s’avérer nécessaire, rarement, ainsi que le démontre le CHU de Besançon qui affiche un taux inférieur à 1%. Mais, comme tout geste médical, il suppose un consentement éclairé. Et s’il peut être difficile d’en débattre au moment de sa possible réalisation, à quelques minutes de la naissance, la question peut être abordée en amont.

Le Syngof peut se féliciter que le Dr Foldes – spécialisé non dans la réparation de l’hymen mais dans la reconstruction clitoridienne des femmes excisées – restaure l’honneur du clan en reconnaissant de possibles séquelles douloureuses et en soulignant que l’attention portée à la réfection d’une épisiotomie est essentielle.

Quant au Dr Marty, ses propos me rappellent d’antiques diagnostics d’hystérie.
Les femmes, ces affabulatrices…

 

 

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Ne coupez pas

Publié par 10lunes le 1 avril 2011 dans Naissance

Changement de garde, je prends le relai auprès de cette jeune femme en travail, sur le point de mettre au monde son premier bébé.
Elle est à dilatation complète et le temps pour faire connaissance est forcément restreint.
Les transmissions faites par ma collègue sont simples : tout va bien. Travail tranquille, péridurale posée à 3 cm sur demande maternelle, dilatation régulière, présentation fœtale banale.
Seule anicroche à ce tableau, sa péridurale est plus qu’efficace ; elle ne sent pas grand-chose…
On fera avec.

Quand je lui propose de pousser – espérer qu’un besoin spontané émerge de ce corps insensible étant parfaitement utopique – elle sourit et se dit impatiente d’arriver au moment de la rencontre.
Elle force son expiration. Assez rapidement, les premiers cheveux noirs apparaissent à la vulve. Quelques contractions encore et le périnée commence à se tendre.
J’ai alors une phrase malheureuse – mais je ne le comprendrai qu’ensuite.
« A la prochaine contraction, vous allez souffler plus doucement pour laisser le temps à votre périnée de s’adapter… »
Que n’ai-je dit là ! Dans un  improbable tour de passepasse, le bébé remonte et disparait…
Totalement !

Je l’interroge sur son ressenti, ses appréhensions. Elle m’assure de sa totale sérénité. Ce bébé a pourtant fait « demi-tour » sous mes yeux.
J’insiste un peu, tends quelques perches. Nous avons tout notre temps ;  son enfant va bien et la péridurale poursuit son travail anesthésique.
Il faudra parlementer un moment avant qu’elle ne concède une franche terreur de l’épisiotomie… terreur évidemment réveillée par mon conseil, lui signifiant que le moment fatidique de la dilatation vulvaire était venu.
Je mets encore de longues minutes à la convaincre de ma volonté de ne pas intervenir, puis il faudra plusieurs contractions pour ramener le bébé à sa place initiale.
Un intermède de 20 minutes.

Apaisée, elle acceptera ensuite de souffler doucement, les yeux rivés au miroir reflétant la tête de son enfant en train de se dégager doucement. Pour la rassurer tout à fait, mes deux mains restent rivées à ses genoux, preuve absolue que je ne m’emparerai pas d’une paire de ciseaux.

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